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Pourquoi un mensonge pose-t-il problème ?

Un mensonge poserait-il problème s’il n’y avait personne pour y croire ?

Par Julien Lecomte

Le terme de « fake news » (que l’on pourrait traduire par « actualités mensongères ») s’est progressivement répandu suite à la propagation effarante de fausses nouvelles ces derniers mois. L’impression donnée est que la véracité des faits importe peu lorsqu’il s’agit de partager des contenus.

> Lire l’article paru dans le numéro 13 de la revue de la COJ

Mensonge et biais cognitifs : comment en sortir ?

Un mensonge poserait-il problème s’il n’y avait personne pour y croire ?

Par Julien Lecomte

Le terme de « fake news » (que l’on pourrait traduire par « actualités mensongères ») s’est progressivement répandu suite à la propagation effarante de fausses nouvelles ces derniers mois. L’impression donnée est que la véracité des faits importe peu lorsqu’il s’agit de partager des contenus.

Vérifier les faits : tous « fact-checkeurs » ?

Dans le domaine de l’éducation aux médias, les compétences d’évaluation de la fiabilité des sources sont depuis longtemps identifiées comme un enjeu fondamental. En effet, dans un monde idéal, les journalistes et plus largement les citoyens diffuseraient uniquement des informations vérifiées de manière méthodique, seraient transparents quant à leurs sources et feraient tout cela de manière impartiale. C’est sans compter sur les collusions politiques, les œillères idéologiques ou encore le contexte de production (délais serrés, formats imposés, moyens limités…) qui ne favorisent pas toujours un travail de qualité.

De surcroit, ces compétences de vérification ne s’appliquent pas qu’à la presse ou à la communication. Déjà les historiens, bibliothécaires, documentalistes ou encore chercheurs appliquent des éléments de critique historique lorsqu’ils sont confrontés à un document. Que le contenu figure sur un parchemin, dans un livre ou un journal, dans un film ou sur un site internet, la question de sa vérité ne date pas d’hier.

Biais cognitifs et chambres d’écho

Le problème, c’est que ces compétences ne sont pas « innées ». De plus, comme les journalistes, et même en toute bonne foi, nous ne sommes pas toujours en mesure de les appliquer correctement. Plusieurs études montrent par exemple que nous sommes enclins à accorder plus d’importance aux informations qui confortent nos idées préalables (biais de confirmation). De surcroit, au plus ces idées nous semblent constitutives de notre « identité », au plus ce sera difficile de les remettre en question. Par exemple, si je crois que les corbeaux sont tous noirs, cela ne me fera peut-être rien de changer d’avis si j’en croise un albinos. Par contre, si je crois que les industries pharmaceutiques ne cherchent qu’à faire de l’argent, je vais être très méfiant quant à leur dernière étude sur le caractère bienfaiteur de tel ou tel vaccin. Dans le second cas, remettre en cause ma croyance me fait remettre en cause toute une vision du monde et mon attitude par rapport à celui-ci (dissonance cognitive). La charge cognitive est plus grande, du coup il me sera moins difficile de garder mon opinion préalable en ajoutant l’hypothèse selon laquelle leur étude est truquée.

Sans parler du « point aveugle » qui veut que les biais à propos desquels nous sommes les plus « aveugles », ce sont… nos propres biais.

Ce n’est pas tout. Les interactions et échanges sur les médias sociaux ont eu le triste mérite de révéler au grand jour le phénomène des « chambres d’écho » ou « bulles de filtre ». Concrètement, cela représente les « bulles déformantes » dans lesquelles nous évoluons et qui font que nous ne percevons qu’une partie des informations, selon certains filtres, et que nous les interprétons d’une certaine manière. Ces « bulles » sont fortement influencées par nos « groupes d’appartenance », c’est-à-dire ceux que nous considérons comme nos proches. En clair, pour caricaturer, si vous êtes sympathisant d’une idéologie politique, vous risquez d’être plus exposés à des propos confortant cette idéologie. Les algorithmes de Facebook ou Google sont d’ailleurs construits entre autres sur ce principe : il s’agit de vous montrer ce que vous êtes susceptibles d’apprécier, en fonction de ce que vous avez déjà aimé.

Bref, il y a une difficulté colossale à dépasser lorsque remettre en cause une fausse nouvelle va à l’encontre de nos propres opinions, de celles du groupe auquel on s’identifie. Ne serait-ce que parce que l’on n’est pas confronté à une information contradictoire.

C’est la raison pour laquelle, dans Médias : influence, pouvoir et fiabilité (2012), je défendais déjà l’idée que l’analyse critique des médias et des informations passe par l’observation – tout aussi critique – de notre propre rapport à ces médias et à ces infos. Les faits ne sont qu’un état du monde. Dès le moment où ils font l’objet d’une observation, ils mettent en jeu notre propre subjectivité.

Eduquer à (pratiquer) la décentration

Depuis 2008, je m’interroge sur ce que signifie le mot « critique » qui figure notamment dans la mission de former des « CRACS » des Organisations de jeunesse. C’est là un bien beau mot, et en même temps chacun peut lui faire dire ce qu’il veut. Comment mesurer l’esprit critique ? Est-on critique une fois pour toutes ? L’esprit critique est-il inné ? Suffit-il de se poser des questions pour faire preuve d’une pensée critique ?

Pour moi, une composante observable de ce terme se situe dans la pratique de la « décentration ». Ce concept renvoie à la capacité à se mettre à la place d’autrui, à « sortir de son centre » pour pouvoir prendre en considération le point de vue l’autre, sans nécessairement le partager. La décentration peut être cognitive (compréhension, apprentissage), mais aussi corporelle (expérimentation, imitation) et émotionnelle (empathie). Cela passe notamment par la pratique des échanges : lorsque j’observe ou entends ce qu’un autre individu a fait, ressenti ou pensé dans une situation, je peux prendre conscience que nous ne réagissons pas tous et toutes de la même manière dans les mêmes contextes.

Nos points de vue sont façonnés par notre vécu, nos expériences et nos représentations préalables. Se décentrer, c’est comprendre ce qui fonde le point de vue de l’autre, c’est le rejoindre dans ce que nous avons de commun, dans les tripes, dans les besoins, dans les valeurs… Ainsi, même face à quelqu’un avec qui je suis en profond désaccord, je peux tâcher de le comprendre quant à ses raisons, à ses émotions et à son histoire. Cela ne veut pas dire que c’est facile. Ce n’est pas inné. Mais c’est une condition si nous voulons être capables de changer d’avis lorsque, parfois, exceptionnellement, malgré notre bonne volonté… C’est nous qui avons tort.

Pratiquer la décentration permettrait d’être plus vigilant et de prendre distance quant à nos propres biais de perception, à nos propres filtres, et par conséquent d’être moins « vulnérables » par rapport aux articles trompeurs.

Silence, on communique !

Silence, on communique ! Comment décoder le silence et quand est-il utile ?

Dérangeant, ressourçant, nécessaire, pesant… Nombreux sont les adjectifs qui peuvent accompagner le mot « silence ». Dans quelles situations se manifeste-t-il ? Comment faire pour interpréter celui de l’autre ? Comment l’utiliser de manière adéquate ?

Par Lucie Perleau, suite à son stage en Relations Publiques à l’Université de Paix.

Il arrive parfois que notre silence soit mal interprété : un collègue croit que ce qu’il me dit ne m’intéresse pas, alors que je n’ai juste rien à en dire et que je l’écoute attentivement. Un autre pense que je ne veux pas crever l’abcès et que je me replie alors que je n’ose pas prendre la parole. Que peut vouloir dire le silence ? Quand est-il opportun ?

Tout d’abord, le silence exprime parfois un repli, notamment lorsqu’une conversation est trop lourde émotionnellement ou qu’il persiste un désaccord entres les personnes et que les conditions ne sont pas réunies pour prendre une décision. Dans ce cas-là, il peut être utile de faire une pause dans l’échange verbal, pour évacuer la tension émotionnelle présente et laisser du temps pour penser à ce qui a été dit. Par contre, s’il est prolongé ou répété, la situation peut devenir problématique car il devient impossible de trouver une solution au conflit.

Le silence peut être celui d’une personne timide, qui n’ose pas émettre ses idées ou qui ne se permet pas de demander quelque chose par peur d’être en opposition avec son interlocuteur. Il peut être intéressant pour elle de développer son assertivité : elle va pouvoir exprimer sa requête sous forme d’une demande claire basée sur des faits concrets, ce qui ouvre le champ des réponses à son répondant. Il s’agit peut-être aussi d’une question d’estime de soi, et plus spécifiquement de confiance en soi, la personne n’osant pas s’affirmer et faire entendre son opinion.

Lorsque que l’on écoute attentivement une personne, être silencieux(se) permet d’accueillir ce qu’elle nous dit et peut favoriser sa compréhension, pour peu que nous accordions notre attention aussi à ce que la personne ne dit pas, à son non verbal. Cela lui permet aussi à l’interlocuteur de prendre la parole sans avoir la crainte d’être interrompu. Cette écoute peut être « passive » (très silencieuse), ou alors « active », avec une recherche de l’essentiel du message, suivie d’une reformulation de celui-ci. Notamment, quand la personne en face est sous tension et veut tout simplement « vider son sac », redire avec nos propres mots ce qu’elle vient de dire (parfois, ce qu’elle a montré, aussi, émotionnellement) lui montre l’intérêt que l’on porte à ses paroles et à ce qu’elle ressent.

Se taire peut aussi être un moyen pour mettre mal à l’aise, pour décontenancer, pour attirer l’attention et faire réagir. Par exemple, si je suis une personne habituellement bavarde, je peux décider de m’enfermer dans un mutisme, ce qui va provoquer un questionnement chez ceux qui m’entourent. Une réaction inattendue permet parfois de sortir d’une dynamique conflictuelle en escalade ou basée sur la manipulation.

Le silence est également une stratégie lorsque l’on utilise la technique du « poisson froid », qui consiste à compter mentalement jusqu’à 5 avant de répondre à un interlocuteur agressif, en gardant une posture droite. Il ne signifie pas être muet face à une attaque, mais il permet de s’accorder du temps pour réfléchir et laisser l’autre faire de même. Face à une personne manipulatrice, il peur décontenancer et envoie le message qu’il n’atteint pas sa cible. Ce silence consiste à dire à l’autre que je suis imperturbable, que j’esquive sa tentative de mise à mal.

Celui qui ne veut aucun contact peut via le mutisme avoir un impact sur ses relations avec les autres.  En effet, si j’ai envie que l’on me laisse tranquille, je vais arrêter de parler pour montrer aux autres que je ne veux pas être dérangé. Par contre, si à chaque fois je refuse que l’on rentre en relation avec moi, je pourrai être considéré comme désagréable ou même franchement asocial pour mon entourage.

Le silence exprime parfois le fait de n’avoir rien à dire, mais il ne doit pas être mal interprété. Il est donc préférable de poser une question hypothétique à la personne, car malgré des indicateurs corporels telles que la posture, les gestes ou encore les mimiques faciales qui peuvent me donner des pistes sur son humeur, il est risqué de  faire de conclusions hâtives sur celle-ci. Un simple cas : si mon interlocuteur fronce les sourcils en gardant le silence, il me donne l’impression d’être énervé, mais en le questionnant, il m’explique simplement qu’il est concentré sur ce que je dis.

Le silence peut aussi se présenter comme une opportunité de prendre conscience de ce qui nous entoure et d’observer cet environnement. Un exemple simple : prendre le temps de se taire lors d’une conversation entre amis permet de savourer le moment présent.

De plus, le silence peut être réciproque entre deux personnes qui n’ont pas besoin de mots pour se comprendre et communiquer. Comme le dit Paul Watzlawick, « on ne peut pas ne pas communiquer » : le corps et la relation parlent pour nous. Cela est particulièrement vrai pour les personnes ayant une connexion forte entre elles : elles peuvent faire une activité ensemble sans la parole et être coordonnées dans leurs mouvements, et elles savent anticiper les besoins et connaissent les attentes de l’autre.

En conclusion, toutes ces situations peuvent nous aider à déduire que le silence veut toujours exprimer quelque chose, puisqu’il est capable de donner des significations sans parole. Il ne doit pas être sous-estimé car il a un impact sur la communication. Certes, il peut être difficile à interpréter, et potentiellement inadapté à la situation (notamment face à quelqu’un qui ne dispose pas des « clés » pour le « décoder »), mais il est aussi très utile pour certaines personnes ou dans certains contextes.

Des outils de prévention face au harcèlement scolaire

Dans le cadre de mon travail de fin d’études et de mon futur métier d’institutrice primaire, je me suis penchée sur la question de la prévention du harcèlement scolaire. Après une semaine de stage à l’Université de Paix, certains éléments me sont apparus essentiels à mettre en place en classe et certaines notions importantes à connaître.

Par Marie Verniers.

La pyramide de prévention

La première notion qui me paraît importante à définir à la suite de ce stage est la notion de la prévention. Pour mieux la comprendre, il faut se pencher sur la pyramide de prévention établie par Joan Deklerck.

Afin de prévenir efficacement le harcèlement, il faut partir de la base et faire de la prévention dite « indirecte » en travaillant sur le bien-être, en organisant le temps scolaire et en posant un cadre de vie et une cohésion de groupe. Ensuite, nous retrouvons la prévention directe, qui travaille sur le bien-être avec un focus sur l’empathie, les émotions, l’estime de soi… ainsi que sur la sensibilisation au harcèlement. Enfin, la résolution de problèmes correspond elle aussi à un niveau de prévention indirecte. A ce niveau-là, il est déjà trop tard pour faire de la prévention, car il s’agit de régler ce qui est déjà présent. Malheureusement, souvent, les personnes décident d’intervenir en urgence lorsqu’une situation de harcèlement est déjà présente et bien installée. Il est donc important de travailler cette pyramide en ne négligeant pas les niveaux inférieurs.

Les jeux coopératifs

Ceux-ci constituent un deuxième point important, car ils permettent d’établir la confiance au sein d’une classe. Il y a plusieurs étapes nécessaires aux jeux de coopération : je m’exprime, j’écoute, je prends ma place, j’ai des qualités, je vis la confiance et je vis la coopération. J’ai pu suivre une journée de formation sur les jeux de coopération.

Voici un exemple d’activité pour vivre le « j’ai des qualités ». Chacun réfléchit à une situation où il a été fier de lui. Ensuite, il se choisit deux qualités pour cette situation à l’aide d’une série de mots. On place les élèves deux par deux afin qu’ils se racontent leur situation. Le binôme choisit alors deux qualités par rapport à cette situation et compare avec l’autre pour voir s’ils ont choisi les mêmes. Cela permet de prendre conscience de ses qualités (celles que je me reconnais, mais aussi celles que les autres perçoivent de moi).

Au vu de ces jeux coopératifs, je pense les réutiliser et mener une activité de chaque type. J’ai déjà eu l’occasion de mener l’activité décrite en deuxième primaire. Les élèves ont tout de suite été captivés par l’activité. Ils étaient fiers de pouvoir expliquer une de leurs qualités à travers une situation réelle. Pour certains, il a été nécessaire de le guider en leur posant des questions. J’ai par exemple demandé : « As-tu déjà aidé les autres ? As-tu déjà surmonté une de tes peurs ? »

Les émotions

Grâce à la formation « Graines de médiateurs » et mon observation sur le terrain, je me suis rendu compte que les émotions sont importantes et fort présentes autour de nous et des enfants.

Une activité qui est proposée est la « météo des émotions ». Il s’agit à chacun d’exprimer son émotion du jour. On peut le faire à l’aide de gestes, d’images, ou de cubes de couleur. Pour les gestes, par exemple, je trouve que cela est plus facile pour des petits, car ils ne doivent pas nommer leur émotion à l’aide des mots : peur, joie, tristesse et colère. Ils doivent simplement montrer s’ils se sentent bien (bras en l’air), bien mais un peu fatigués (mains sur les épaules), un peu stressés/quelque chose ne va pas (mains sur le ventre) ou si ça ne va pas du tout (mains sur les pieds).

Cela se déroule les yeux fermés afin de ressentir au plus profond de nous comment on se sent. Ensuite on ouvre les yeux et on regarde comment se sentent les autres. Il est alors intéressant d’interroger ceux qui ne vont pas bien sur le « pourquoi ». Ceux qui veulent peuvent alors expliquer pourquoi ils se sentent comme ça. Ce genre d’activité permet aux enfants de prendre conscience de leurs propres émotions, mais aussi de celles des autres et d’éprouver de l’empathie.

J’ai déjà pu tester la météo des émotions à l’aide des gestes. Les élèves avaient plus de facilités à faire les gestes plutôt que mettre des mots. Effectivement, pour certains, c’était difficile d’exprimer à l’aide d’une émotion. Je n’ai pas hésité à demander, à ceux qui voulaient, d’expliquer leur émotion.

J’ai également changé la façon de faire en leur proposant de « déposer » leur(s) émotion(s). Il s’agit de la même chose que les cubes de couleurs, sauf qu’ici, j’ai utilisé des bouteilles à remplir de morceaux de laine de couleurs. Au début de journée, les élèves déposent la couleur de leur(s) émotion(s) dans la bouteille correspondante. Cela me permet, ainsi qu’aux élèves, de voir la météo générale de la classe. Avec cela, je peux adapter ma façon de donner cours pendant la journée en privilégiant, par exemple, des activités de rupture s’ils sont forts en colère.

Mon avis

Cette semaine de stage, m’a permis de découvrir toutes les facettes du harcèlement et de sa prévention. Je repars surtout avec des expériences enrichissantes à réutiliser en classe. Cette semaine, m’a également donné l’envie d’approfondir mes connaissances et mes expériences.

En réutilisant déjà certaines activités, je me suis rendu compte que les élèves étaient forts impliqués et ouverts à toutes ces propositions. Je suis d’ailleurs déçue de ne pas avoir pu suivre plus de jours de formation. Je n’hésiterais donc pas à m’inscrire, plus tard, à une formation complète et à en parler à mes futurs collègues afin de, pourquoi pas, avoir un projet contre le harcèlement dans l’école !