Ressources pédagogiques

Ce que tu penses, ce que je pense

PUBLIC

Cette activité nécessite déjà des capacités d’écoute de l’autre relativement avancées.

Elle peut être réalisée avec des groupes d’adolescents ou d’adultes, par exemple.

OBJECTIFS

  • Pratiquer la reformulation
  • Comprendre le point de vue de l’autre (décentration)
  • Identifier des avantages à l’écoute

MATERIEL

Pas de matériel spécifique. L’animateur peut préparer des sujets « clivants » à l’avance (sujets qui suscitent des oppositions, des conflits de valeurs…).

DEROULEMENT

  1. Le groupe liste des sujets « clivants », éventuellement des croyances ou jugements, sous forme d’affirmations. Par exemple, « on dit chocolatine et pas pain au chocolat », « parfois, tricher est une bonne chose », « c’est mieux de toujours dire la vérité, même quand c’est blessant », « les garçons et les filles ne peuvent pas jouer ensemble », « les garçons ne doivent pas pleurer », « on devrait mettre un uniforme à l’école ». Des sujets plus « sensibles », y compris idéologiques, politiques, religieux, peuvent également être utilisés.
  2. Ensuite, chacun se positionne « pour » ou « contre » chaque affirmation, éventuellement physiquement.
  3. L’animateur constitue ensuite des binômes avec, pour chaque binôme, une personne « pour » et une personne « contre » une même affirmation. Par exemple, une personne « pour » les uniformes à l’école, et une personne « contre ».
  4. Dans les binômes (5-10 minutes) :
    1. Le participant « pour » (A) l’affirmation s’exprime et explique son opinion
    2. Le participant « contre » (B) reformule ce que A a dit, c’est-à-dire redit avec ses mots l’essentiel du message de A. Il n’y a pas de réaction autorisée.
    3. A confirme ou corrige la reformulation en clarifiant.
    4. Le participant B s’exprime et explique son opinion
    5. Le participant A reformule ce que B a dit.
    6. B confirme ou corrige la reformulation en clarifiant.

VARIANTE

Cette activité peut aller plus loin en demandant aux participants de pratiquer une écoute active (hypothèse sur l’émotion de l’interlocuteur et validation par ce dernier) ou une écoute empathique en CNV (hypothèse sur le besoin ou la valeur de vie importante de l’interlocuteur et validation par ce dernier).

Pistes de réflexion :

L’animateur demande à chaque participant comment il s’est senti durant l’activité. Il suscite le débat autour de questions telles que :

  • Cela a-t-il été facile, difficile pour tous de pratiquer la reformulation de quelqu’un avec qui ils n’étaient pas d’accord ?
  • Etait-ce agréable, désagréable ?
  • Cela a-t-il permis de mieux comprendre le point de vue de l’autre ? Ses émotions, ses besoins ?
  • Lorsqu’un participant a été reformulé, celui-ci s’est-il senti plus écouté que si l’autre avait répondu directement en donnant son opinion ?

NOTES À L’ANIMATEUR

Cette activité nécessite des capacités de se mettre un minimum à la place de l’autre. Les bases de la reformulation (fait de redire brièvement avec ses mots ce que l’autre ressent ou a dit).

Elle peut impliquer des affirmations assez polémiques. De ce fait, il est prudent de préparer une liste de propositions adaptées au groupe.

Le cadre est également important : il est demandé aux participants de suivre le processus sans « réagir » aux affirmations de l’autre, simplement les reformuler.

Il est possible d’utiliser cette activité après un débat qui aurait tendu le groupe.

« La folie, c’est se comporter de la même manière… »

« La folie, c’est se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent » (Einstein)

Visite guidée de la nouvelle mouture de notre revue trimestrielle (décembre 2017)

A ceux avec qui nous avons pu prendre contact par téléphone ou par mail, nous vous disons encore un grand « merci » pour les avis que vous nous avez envoyés quant à l’avenir de la revue.

A celles et ceux à qui nous n’avons pas pu témoigner individuellement de notre reconnaissance, nous vous remercions chaleureusement.

Show must go on

La plupart des répondants ayant manifesté un attachement à ce support, et dans l’optique de continuer à remplir notre mission de communication des connaissances et de sensibilisation, nous allons maintenir ce canal tout en rationalisant les dépenses qui y sont liées.

Moins de pages, mais pas moins de fond

Le nombre de pages de la revue diminue, malgré des retours contradictoires sur la question. Notre souci était de diminuer les coûts liés à l’édition de ce périodique. Certains parmi vous nous ont proposé de diminuer le nombre d’exemplaires imprimés, mais ceci n’a pas un impact fort sur les coûts, car les frais d’impression impliquent des coûts fixes importants.

Notre objectif suite à vos retours était d’impacter le moins possible nos rubriques d’articles de fond tout en continuant à vous informer des activités que nous programmons.

Dès lors, les rubriques impactées sont les suivantes : l’espace documentation (ramenée à 1 page maximum) et les fiches-outils (ramenée à 1 ou 2 pages), la vie de l’institution (« brèves »), les événements, salons, festivals à venir ou encore les promotions (ramenée à 1 ou 2 pages).

L’agenda des formations, conférences et ateliers à venir est désormais réduit lui aussi à une seule page. Le détail des programmes de ces activités et les conditions préférentielles qui y sont liées (APEF, ONE, IFC, Article27, Forem, CFM, prix membre…) figurent sur notre site internet https://www.universitedepaix.org

Le nombre d’articles thématiques demeure quant à lui constant. Dans le numéro 141 de la revue et sur ce site, nous échangerons avec vous à propos des « raccourcis » que fait notre cerveau, de l’assertivité face à une personne qui adopte des comportements de domination et de manipulation, de la place du rire dans les situations de harcèlement scolaire et de la gestion de conflits en classe en école primaire.

Disparition du système d’abonnements

La dernière page de la précédente mouture du trimestriel vous demandait de vous réabonner. Dans les faits, seules quelques personnes étaient encore abonnées à la revue, tandis que plusieurs centaines parmi vous la reçoivent sans être abonnées. Nous pensons que les personnes parmi vous qui restent abonnées le sont surtout parce qu’elles soutiennent nos projets et nos actions. Par conséquent, nous supprimons le principe « d’abonnement », et encourageons davantage les dons et cotisations « membre » individuelles volontaires.

Autrement dit, tous les sympathisants qui le souhaitent reçoivent le trimestriel gratuitement, en tant que support d’information et outil de sensibilisation. Cela nous semble « en phase » avec notre objectif de démocratisation des savoirs en gestion de conflits et en éducation à la paix.

En contrepartie, si vous souhaitez soutenir nos actions de fond et contribuer à leur pérennité, vous pouvez effectuer un don (déductible fiscalement à partir de 40 € / an) ou participer à nos activités en bénéficiant de prix préférentiels en payant une cotisation membre annuelle (25 € / an).

Une diffusion plus ciblée

En corollaire du passage à la gratuité, et afin de continuer à optimiser les coûts de la revue : si nous ne recevons pas de nouvelles de vous pendant deux années (vous ne participez plus aux activités, n’avez pas renouvelé votre don ou cotisation, ou ne nous avez plus contactés du tout pendant cette période pour manifester votre intérêt), nous cesserons de vous l’envoyer afin d’en faire bénéficier une autre personne.

Comment concilier nos points de vue différents ?

Une question de perception(s)

Il n’est pas toujours facile de comprendre l’autre et de se faire comprendre. Nous oublions parfois que l’autre n’est pas nous et que nous avons chacun notre façon de percevoir le monde qui nous entoure. Ces différentes manières que nous avons d’aborder les choses peuvent tantôt être une richesse et tantôt compliquer nos relations. Que pouvons-nous faire pour améliorer notre communication, trouver des zones d’accord possibles, afin de cultiver la richesse des points de vue sans nourrir un éternel désaccord ?

Par Frédéric Duponcheel

Une manière de trouver un terrain qui va nous mettre d’accord est de faire la distinction entre ce qui fait partie de mes pensées personnelles, de mes interprétations, et ce qui fait partie d’une réalité « objectivable », commune à tous.

Nos perceptions du réel se construisent sur le mode de l’économie

Partons d’un exemple. Si je vous demandais de choisir un arbre et de le décrire, pensez-vous que vous et moi aurions le même descriptif ?

Tout d’abord, à quel arbre pensez-vous spontanément ? Pour ma part, c’est un beau cerisier. Pensiez-vous au même arbre ?

De plus, nous avons chacun notre propre manière d’aborder cet arbre. Un menuisier y verra peut-être l’architecture particulière de son futur meuble. Un bucheron le nombre de stères que l’arbre pourra fournir, un arboriste y verra la variété, l’histoire et la spécificité… Un yogi ou un méditant essayera peut-être de décrire son ressenti de l’arbre.

Et vous que voyez-vous en regardant ce dernier ? L’ombre qu’il apporte ? Les fruits qu’il donne ? Sa beauté ? Sa taille ? Durant quelle saison ? Dans quel environnement ?

Dans une réalité comportant des milliers d’informations, il peut être complexe de se retrouver. Nous appréhendons le monde par nos 5 sens, mais aussi par ce qui se vit en nous, nos pensées, nos émotions, nos besoins… Notre cerveau va nous aider à nous y retrouver dans ce flux constant d’information. Pour ce faire, il va sélectionner les informations qui sont attachées à une réalité factuelle, et cette sélection sera à la base d’autres pensées.

Par exemple, si je pense que mon fils est hyperactif, de manière inconsciente, je vais garder en mémoire les moments où il n’a pas su se calmer. C’est comme si je formatais mon cerveau à ne sélectionner que des faits qui vont confirmer la pensée que j’ai mise en place.

Notre cerveau est obligé en quelque sorte de fonctionner sur le mode de l’économie. Il doit gérer une telle quantité d’informations qu’il est nécessaire pour lui de faire des raccourcis. Il fait des regroupements et des associations pour faciliter le traitement des informations et les décisions à prendre au quotidien.

Notre cerveau va simplifier la masse de données qu’il reçoit. Il va « naturellement » faire des raccourcis en colorant, en interprétant, en étiquetant, en rassemblant, en faisant des liens, pour que nous puissions nous y retrouver plus facilement. Cela se passe d’instant en instant au fil des informations reçues à tout moment de notre vie.

Pour sélectionner ces informations, notre cerveau va devoir utiliser des filtres. Ces derniers sont issus de la juxtaposition de nos évènements de vie et de notre vécu de ceux-ci. Une croyance est donc une pensée intime, « propre à moi », qui parle de ma vie, et qui va influencer ma manière de percevoir et d’entrer en relation avec le monde. À la vue du fait que nous avons tous des vies différentes, il n’est donc pas un hasard si nos perceptions divergent plus ou moins fort les unes des autres.

Ce phénomène peut parfois compliquer nos relations et en même temps, c’est ce qui offre une richesse infinie.

Pourquoi faire cette distinction ?

Avoir conscience de ce mécanisme cognitif permet de faire la nuance entre ce qui est là, factuel, commun, objectivable et ce qui fait partie du tri, de l’étiquetage, de notre manière de colorer, d’interpréter les évènements.

Nous pouvons dire qu’en communication, il y a ce qui est objectivable (la réalité extérieure, indépendamment de notre perception, sur laquelle nous pouvons nous mettre d’accord) et ce qui est de l’ordre du subjectif (tout ce qui relève de notre perception de cette réalité, même quand je crois qu’elle est « indiscutable »).

Muni de cette conscience, je vais pouvoir communiquer autrement. Pour prendre une métaphore, chacun d’entre nous vit « sur sa propre montagne ». Nous avons notre propre manière de regarder le monde qui nous entoure avec nos propres filtres de la réalité. Je suis « sur ma montagne », avec mes perceptions, mes émotions, mes besoins, et l’autre est sur la sienne. Dès le départ, je peux déposer le constat que l’autre n’est pas moi.

Lors de désaccords, je peux comprendre que l’autre m’exprime son point de vue, et dès lors distinguer ce qui fait partie de ses croyances et pensées et ce sur quoi se base son raisonnement. Cela peut permettre une meilleure compréhension de l’autre et de moi-même.

Si une personne nous dit : « je ne peux plus te faire confiance »

Derrière « je ne peux plus te faire confiance », au-delà de la charge émotionnelle que cela peut susciter chez vous, ce message est une interprétation de la part de votre interlocuteur. Il y a bien autre chose qui se cache derrière. Toute l’idée consiste à aller voir ce que la personne essaie de nous dire maladroitement, « sur sa montagne ». Derrière un jugement, il y a toujours des faits qui se cachent.

Nous pouvons interroger ce qui fonde le jugement de l’autre : « qu’est-ce qui te fait penser que tu ne peux plus me faire confiance ? », « pourquoi penses-tu cela » ?

Nous invitons ainsi notre interlocuteur à revenir dans les faits qui lui ont posé problème. Ceux-ci me donnent alors plus d’informations quant au jugement déposé. Nous alors donner un autre suivi à notre échange et une issue constructive est alors envisageable…

Le côté enfermant de nos jugements

L’ensemble de nos croyances constitue ce que nous sommes et est étroitement lié à notre perception du monde, nourrissant notre identité : « je suis… ». Forte de nos expériences antérieures une croyance pourra tantôt nous être utile (par exemple, si je pense qu’une situation est dangereuse et qu’elle contient effectivement un danger, je vais peut-être m’y préparer voire l’éviter) et tantôt limiter notre perception (par exemple, si mon anticipation du danger m’empêche d’agir, même s’il n’y a pas de risque).

Dans ce second cas, il peut être intéressant de tâcher de les « assouplir », de les nuancer… notamment en revenant aux « faits »…

« Détends-toi, c’est juste pour rire » !

Le rire comme outil d’oppression… ou de décompression !

Par Pascaline Gosuin et Julien Lecomte

Dans cet article, nous tâchons de faire la différence entre le « rire avec » et le « rire de », entre l’humour de camaraderie et la moquerie. En effet, le rire est parfois le symptôme de situations dans lesquelles un individu ou un groupe exerce une pression désagréable sur une ou plusieurs personnes… Le rire a souvent une fonction d’inclusion ou d’exclusion. Dès lors, pourquoi rit-on ? Peut-on rire de tout, avec tout le monde ? Comment rire sans blesser ?

C’est le cas par exemple de situations d’humiliation ou d’intimidation à l’école. Un élève prend la parole. Un autre le singe ou fait une blague sur sa manière de parler. Le reste du groupe sourit, rigole ou ignore. Une situation anodine qui peut dégénérer si celle-ci est répétée, et avoir des effets négatifs sérieux sur l’élève qui la subit.

En observant les situations de harcèlement entre jeunes, nous constatons que le ou les jeunes qui harcèlent ou les témoins ne se rendent pas toujours compte de la gravité potentielle de la situation : c’est juste pour rire. Les jeunes, mais aussi les adultes, sont d’ailleurs habitués à se vanner entre eux, à se taquiner, à utiliser l’ironie.

Notons que parfois, les blagues caustiques sont le fait de certains professeurs. Dans un climat de classe malsain et/ou compétitif, en moquant un élève, en l’humiliant (pour de mauvaises notes, par exemple), le professeur s’assure de ne pas être lui-même le bouc-émissaire du groupe, souvent inconsciemment.

Notons aussi que les jeunes sont confrontés à des modèles adultes qui fonctionnent sur ce mode, dans certaines émissions de télé par exemple. Le cas de l’émission « Touche pas à mon poste » a plusieurs fois défrayé la chronique en ce sens, l’animateur et son groupe procédant régulièrement à de « petites humiliations » et transgressant généralement le consentement des personnes moquées. C’est juste pour rire. Jusqu’à quel point ?

Enfin, un focus est souvent mis sur le « harcèlement entre jeunes ». L’observation de ce phénomène nous montre qu’il s’agit généralement d’une dynamique groupale. Il nous semble utopiste d’imaginer que ce genre de dynamique impliquant moquerie, rabaissement et intimidation disparait totalement comme par magie à l’âge adulte, dans le milieu professionnel par exemple…

Le problème vient ici de la disproportion de force entre un individu qui serait le bouc émissaire et le reste du groupe. Il s’agit en fait d’une dynamique sociale dans laquelle il y a un « nous » qui rit d’un autre qui ne fait pas partie du groupe. Lorsque les blagues sont « symétriques », même s’il s’agit de « rire de », il n’est pas nécessairement question de harcèlement scolaire, ce qui en fait quelque chose de difficile à identifier. Par contre, le glissement s’opère parfois vite, et c’est toujours la personne qui en est victime qui sait si elle en souffre et si elle en ressent de l’oppression.

Selon le Larousse, l’« humour est une forme d’esprit qui s’attache à souligner le caractère comique, ridicule, absurde ou insolite de certains aspects de la réalité » (Larousse). Il y a plusieurs formes d’humour, les plaisanteries, les jeux de mots, l’humour noir, le comique, la dérision, le second degré, l’ironie, etc.

L’humour peut favoriser l’inclusion, rassurer l’autre de sa bienveillance, nous rions avec l’autre. L’humour peut aussi favoriser l’exclusion, tel que le sarcasme, l’ironie, la moquerie ou la « private joke ». L’humour est donc une arme à double tranchant, il peut apaiser, mettre en lien, contribuer à la cohésion d’un groupe, ou au contraire exclure, renforcer les clans et augmenter l’agressivité. Dans le cas du harcèlement scolaire, l’humour renforce l’inclusion des uns en canalisant les tensions sur l’autre, en l’excluant de plus en plus.

Le rire est une soupape, un réflexe compensateur, qui nous permet d’exulter le trop plein d’émotions.  C’est une sorte de court-circuit qui crée une surprise et qui déclenche l’éclat de rire.

Trois théories de l’humour (source : Out the Box)

Notre humour va dépendre de nos expériences personnelles, de notre culture et de notre vécu. Nous recensons trois grandes caractéristiques ou théories de l’humour.

1. La théorie de l’incongruité

« Elle suggère que l’humour se produit lorsque la logique et la familiarité sont remplacées par des choses qui ne vont normalement pas ensemble.

Le chercheur Thomas Veatch affirme qu’une blague devient drôle lorsque nous nous attendons à un résultat et que c’est un autre qui arrive à la place. Quand une blague commence, nos esprits et nos corps anticipent déjà ce qui va se passer et comment cela va se terminer. C’est le cas généralement des devinettes, dans lesquelles nous ne nous attendons pas à la réponse finale, par exemple.

L’anticipation prend la forme d’une pensée logique, étroitement liée à l’émotion, et est influencée par nos expériences passées et nos processus de pensée. Quand la plaisanterie prend une direction inattendue, nos pensées et nos émotions changent subitement ».

Cela « bouleverse nos horizons d’attente ».

« Nous vivons alors simultanément deux ensembles de pensées et d’émotions incompatibles. Une incongruité que nous interprétons comme de l’humour et qui nous amène à rire ! »

2. La théorie de la supériorité

Elle entre en jeu lorsque nous rions des erreurs, de la bêtise ou du malheur des autres. La situation nous fait nous sentir supérieur à la personne en question, provoquant un certain détachement qui nous permet d’en rire. On trouve de nombreuses illustrations de cela dans les bêtisiers, rythmés entre autres de chutes, de gamelles et autres bourdes…

3. La théorie du soulagement

« Lorsqu’une histoire ou une situation crée une tension en nous, nous faisons face à deux sortes d’émotions et de pensées : la tension en question et le désir de l’évacuer.

Pour nous en libérer, nous utilisons le rire (le fameux « rire nerveux »), ce qui nous aide à évacuer la tension accumulée. Dans les films d’action/thrillers, lorsque la tension est au maximum, le réalisateur utilise un effet comique juste au bon moment. Typiquement, c’est la petite remarque du héros qui permet de dédramatiser la situation (et, au passage, de valoriser le dit héros !). Cela permet au spectateur de se soulager de l’émotion refoulée, et au film de bâtir à nouveau une tension.

Selon Lisa Rosenberg, l’humour (particulièrement l’humour noir) peut aider les travailleurs à faire face à des situations stressantes ».

La moquerie, ou quand l’intimidateur impose sa définition de ce qui est drôle

Peut-on accepter toutes les formes d’humour ? Peut-on rire de tout, avec tout le monde, n’importe où ? 

Nous rions pour la plupart du temps des interdits, de ce qui nous mets mal à l’aise. Plus spécifiquement, les adolescents rient de ce qui angoisse et dérange les adultes, ce qu’ils perçoivent comme tabou. Ils vont rire de la mort, de la vieillesse, de la maladie, du handicap, du sexe, de la religion, etc. Ils rient de ce qui n’est pas la norme, de ce qui sort des codes.

Par exemple, un ado qui évolue dans un milieu xénophobe (peur de l’étranger avec des messages tels que : « les étrangers nous volent notre boulot ») rira plus volontiers à des blagues racistes qu’un ado qui a réfléchi à sa peur de l’autre et aura compris qu’elle n’est pas fondée.

Le rire est politique, c’est un choix social. En riant des homosexuels, on prend le risque de créer des liens avec les homophobes, qu’on le veuille ou non. Tout comme en riant des victimes, on crée des liens avec les intimidateurs. Rire est donc un choix, ou du moins un positionnement, conscient ou non.

La plupart du temps, dans les groupes d’adolescents, lorsqu’il y a des moqueries elles sont suivies par l’éternel « mais enfin c’était pour rire, il ou elle n’a pas d’humour » ! L’humour devient alors un sacré fourre-tout dans lequel tout devient acceptable. Si c’est « pour rire » alors, on peut se permettre les pires atrocités, car, enfin, ce n’est pas sérieux ! Il faut donc apprendre à déceler à quel moment l’humour est dirigé « contre », et à quel moment il permet de rire « avec ».

Le rire donne un certain pouvoir que chacun peut s’approprier d’une manière ou d’une autre. Celui qui fait rire le groupe, c’est celui qui mène la danse et qui définit la norme. Faire rire, c’est avoir du pouvoir car on range de son côté les rieurs en définissant par la raillerie c’est qui est acceptable de ce qui ne l’est pas.

C’est pourquoi une personne qui ose répondre à celui qui tente de faire rire « tu n’es pas drôle » se verra rétorquer « t’as pas d’humour ». Sous-entendu « tu ne sais pas ce qui est drôle. Je te suis supérieur car je sais ce dont on doit rire, et tu es bête de ne pas le reconnaître en riant de ma blague ».

Montrer qu’on refuse de rire est un acte qui demande du courage. C’est pouvoir s’opposer ouvertement à ce qui communément amuse la masse est donc faire savoir au « meneur » qu’on ne lui reconnaît pas le droit de brimer un groupe donné (qu’on en fasse partie ou non) au risque d’être exclu ou encore plus moqué.

C’est ainsi que l’humour oppressif fonctionne : on tient l’autre en respect. S’il ne veut pas être exclu du groupe, il doit accepter qu’on se moque de lui sans rien dire, et même en rire avec les autres

Rire, c’est rire avec. Se moquer de, c’est rire contre.

Chacun peut choisir de quoi il rit en comprenant pourquoi il rit de certaines choses et pas d’autres et ce, en s’observant lui-même.

On peut rire du sexisme avec une femme, on peut rire du racisme avec un arabe. On peut rire du handicap avec une personne porteuse d’un handicap. Avec leur consentement. Par contre, se moquer c’est exclure la cible du rire. Rire avec elle, c’est l’intégrer dans le groupe, dans la société. Il faut dès lors se poser les bonnes questions lorsqu’on pratique l’humour. Quel est mon but ? Est-ce que je cherche à exclure ou à intégrer ? Et si je cherche à intégrer, est-ce que c’est réellement visible ? Ne suis-je pas maladroit ? Il est important de prendre conscience du ressenti possible de l’autre par rapport à ma blague.

Il n’est pas évident d’anticiper combien l’humour, même celui aux apparences les plus innocentes, peut être excluant… Prenons le cas d’un enseignant qui fait des jeux de mots en classe. Certains élèves les comprennent, d’autres pas. Sans le savoir, l’enseignant exclut une partie de sa classe et se lie avec l’autre partie (ceux qui ont compris). Le rire qui se voulait certainement incluant devient excluant.

Des « règles du jeu » de l’humour

Il serait triste de conclure cet article en s’imposant de ne plus rire ou de ne plus utiliser l’humour au risque de blesser autrui ! Par contre, comme on ne rit pas des mêmes choses, on peut rire avec l’autre quand on partage les mêmes règles ou codes que lui.

Selon Bruno Humbeeck, il y a 3 « règles » qui définissent si l’on peut rire avec une autre personne :

  • Partager les règles communicationnelles : on a les mêmes codes, la même culture du rire, les mêmes valeurs.
  • Ne pas rire partout : c’est le principe de séparation. On peut rire de tout mais pas n’importe où. Exemple : Si on rit lors d’un enterrement, si c’est un rire nerveux, cela passera peut-être, mais si c’est de « l’humour », cela devient dérangeant, malsain.
  • S’ancrer dans le réel et composer avec le réel. On peut rire, mais il faut pouvoir revenir au réel par après, sinon cela s’apparente à la folie et mieux vaut aller consulter !

Même les personnes les plus stoïques arrivent parfois à rire, personne n’y échappe. C’est juste que les gens ne rient pas toujours au même moment, ni pour les mêmes raisons. Le rire a des fonctions de régulation émotionnelle et sociale fortes. Plutôt que de ne pas rire, nous invitons à prendre de conscience de pourquoi on rit, des fonctions utiles du rire, et d’avec qui (voire contre qui) nous rions. Nous pourrons ainsi non pas rire moins, mais rire mieux !

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Lire aussi nos articles sur le harcèlement scolaire : https://www.universitedepaix.org/ressources/archives-des-articles