Témoignages

temoignages

Monique Degimbe raconte son volontariat à l’UP

Volontariat à l’Université de Paix

Les circonstances de la vie ont fait qu’à l’âge de 35 ans, je suis devenue « maman à temps plein ».

Pendant plusieurs années, j’ai apprécié être disponible et présente pour mes fils.

Mais ils ont grandi, sont devenus autonomes et j’ai trouvé que mon mode de vie était devenu très réducteur.

Reprendre l’enseignement était difficile, mais je voulais « de nouveau être utile ».

C’est lors d’une visite au salon du volontariat de Namur que j’ai rencontré Julien qui m’a parlé de l’Université de Paix et de ses activités. J’avais déjà approché la communication nonviolente (CNV) et j’avais été emballée. Je me suis proposée pour quelques heures par semaine.

Accueil, prise de contact et intégration

Le 1er mardi de février 2015, c’est avec un peu d’appréhension que j’ai poussé la porte de l’Université de Paix. Le premier contact fut simple : « Ici tout le monde se tutoie » et puis, ce fut une vague de nouveaux visages et de nouveaux prénoms, un accueil chaleureux et cette sensation de bienvenue.

Au fil des semaines, ce sentiment s’est conforté. Après une intégration rapide et une place vite trouvée, j’ai pu expérimenter dans la façon d’être de chacun, toutes les valeurs de l’Université de Paix : un intérêt réel des personnes les unes pour les autres, de l’écoute et beaucoup de bienveillance.

Un enrichissement intellectuel, mais surtout humain

Différentes tâches m’ont été confiées mais la plus intéressante est sans aucun doute, la relecture de plusieurs syllabi (à la recherche d’éventuelles coquilles oubliées). Ce travail m’a donné un accès direct aux différentes théories et applications qui font la base même des formations de l’UP : gestion de conflits, intelligence émotionnelle, harcèlement entre jeunes, médiation, CNV…

En dehors d’un apport intellectuel indéniable, cela a été une prise de conscience, une fenêtre ouverte sur une autre communication, une autre possibilité de vivre les relations avec les autres et avec soi-même. Essayer de vivre ces principes, même à très petite échelle a été une véritable évolution personnelle.

Si je devais faire un bilan de ces deux années passées au sein de l’UP, je soulignerais que ce fut bien plus que du volontariat ou qu’une occupation. Cela a été une expérience de vie, un enrichissement personnel et une ouverture d’esprit. Mais cela a surtout été beaucoup de belles rencontres…

« La folie, c’est de faire toujours la même chose… »

« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent »

La citation est attribuée à Albert Einstein.

Lorsque les désaccords perdurent ou s’enveniment, les parties en conflit peuvent se décourager. L’impression d’être dans une « voie sans issue » s’installe. 2016 n’a pas été épargnée par des drames d’une extrême violence, ici et ailleurs. Nous écrivions dans de précédents trimestriels que la paix n’est jamais acquise une fois pour toutes, mais qu’elle doit se construire et s’entretenir au quotidien.

Comme le développe Almudena Vaquerizo Gilsanz dans son article sur les liens entre créativité et médiation, il est difficile de ne pas se censurer et de ne pas être obsédé – et donc enfermé – par la recherche de ce qui nous semble être « la » solution. Face à des situations qui nous attristent, nous mettent en colère ou nous effraient, nous pourrions être attirés par des « solutions » simplistes, et nous contenter de répondre à la violence par encore plus de violence, de surveillance, de stigmatisation et de méfiance.

Comment espérer un résultat différent en répétant sans cesse ces « recettes » qui, seules, se sont avérées inefficaces (voire meurtrières) ?

Almudena Vaquerizo Gilsanz poursuit : « la créativité permet d’ouvrir le champ de ce qui est possible, de ce qui est permis. C’est un espace de nouvelle liberté, lorsque l’on pense être dans une impasse, que l’on a tout essayé »… Dans ce trimestriel, nous vous souhaitons une année 2017 pleine de créativité, pleine de nouvelles expériences, et donc pleine de solutions. Nous ne prétendons pas qu’il faut arrêter d’agir, au contraire. Nous prétendons qu’il faut multiplier les niveaux d’action, et travailler sur le long terme.

Nous vous proposons notamment des outils afin de développer l’intelligence émotionnelle des enfants. En éduquant dès le plus jeune âge à gérer ses émotions et en développant l’empathie, nous pensons que nous pouvons construire, brique par brique, une meilleure compréhension mutuelle.

Au travail, également, avec le pôle UP Entreprise (voir le site UP Entreprise), nous développons des approches diversifiées pour résoudre des problèmes : parfois, une difficulté relationnelle peut cacher un dysfonctionnement au niveau organisationnel, par exemple… Là encore, il s’agit de diversifier les points de vue.

A l’Université de Paix, nous souhaitons aussi partager une certaine réappropriation critique des outils que nous partageons et appliquons. Il ne suffit pas d’utiliser grammaticalement des théories, des grilles de lecture ou des méthodes de communication pour vivre des relations harmonieuses. Paradoxalement, elles peuvent même parfois nuire à la relation.

Enfin, l’Université de Paix continue – et continuera – à produire, partager et diffuser des ressources pédagogiques et des contenus et méthodes de formation afin d’outiller chaque personne qui le souhaite à résoudre ses conflits positivement.

« Depuis que je fais du développement personnel… »

« Depuis que je fais du développement personnel, je casse les pieds à mon entourage »

Paradoxalement, depuis que je suis des formations pour « mieux » communiquer et écouter, pour m’affirmer sans agressivité ou encore pour développer mon estime de moi-même, j’ai l’impression que certains de mes comportements agacent des membres de mon entourage.

Comment l’expliquer ?

En formation, j’ai appris par exemple à différencier les propos factuels et les interprétations. Les propos factuels décrivent la réalité extérieure, sans jugement. Ils sont dès lors indiscutables.

Dans l’image ci-dessus : « il y a trois garçons » et « un garçon est sur une chaise » sont des propos factuels. Par contre, dire « deux garçons ennuient un autre garçon » ou que « un des trois garçons a peur » sont des interprétations. Ils sont peut-être en train de jouer une pièce de théâtre, par exemple (autre interprétation possible).

Quand je suis en conflit, il arrive que j’émette des jugements en faisant des généralisations, par exemple : « tu es toujours en retard ». Ces jugements peuvent être mal perçus par mon interlocuteur. Ils le sont d’autant plus quand ils sont colorés au niveau moral : « ce que tu as fait est mauvais, ce n’est pas bien de te comporter comme cela, tu es méchant… ».

Bref, depuis que j’ai appris à distinguer les faits et les jugements, je suis plus vigilant. Je tâche de m’exprimer davantage en termes de faits concrets : « cela fait deux fois que tu es arrivé en retard ». Je parle de mes émotions (ou mes besoins) plutôt que d’attribuer une connotation morale aux actions de l’autre ou à ses intentions : « je suis mécontent par rapport à ce comportement que tu as eu ».

Cela me permet aussi de mieux me faire comprendre : plutôt que de dire à l’autre qu’il est « méchant » ou « gentil », je lui exprime ce qui m’a plu ou déplu dans ses actes concrets.

Alors, ce faisant, en quoi est-ce que je casse les pieds à mon entourage ?

En aiguisant mes capacités à distinguer les faits et les jugements, en m’exerçant, je suis devenu plus attentif à mes propres jugements… mais aussi à ceux des autres !

Ainsi, quand une personne me dit que je n’éteins jamais la lumière lorsque je sors d’une pièce, je ne peux m’empêcher de me dire que c’est un jugement. Ce n’est pas vrai. On peut certainement mesurer que j’ai oublié un certain nombre de fois d’éteindre la lumière en sortant d’une pièce, mais ce n’est pas « jamais ».

Avant de m’être formé à la distinction entre les faits et les jugements, le désaccord aurait porté sur le fait d’éteindre ou non la lumière dans une pièce. Le « fond » du problème portait sur cela. Ce qui a changé aujourd’hui, c’est que la manière de s’exprimer de mon entourage est devenue une autre source de désaccord. Moi-même, je ne suis pas d’accord avec le fait qu’une personne m’exprime son désaccord sous la forme d’un jugement, voire un reproche.

De ce fait, je me suis transformé sans m’en rendre compte en « redresseur de torts ».

En communiquant avec moi, tu prends un risque !

Ma tendance à voir ce qui peut nuire à la communication interpersonnelle au quotidien s’est renforcée lorsque j’ai appris à distinguer les différentes attitudes en conflit (compétition, coopération, accommodation, repli ou compromis). Et cela ne s’est pas amélioré lorsque j’ai appris qu’il existait des messages dits « risqués » ! Lorsqu’une personne a besoin d’être entendue dans ce qu’elle vit, d’exprimer et de décharger son émotion avant tout, il est parfois inopportun d’essayer de la conseiller (lui donner des solutions), de lui faire des blagues ou encore de lui faire la morale. C’est ce que Gordon appelle les messages risqués (voir encadré ci-dessous).

De nouveau, je me suis transformé en machine à détecter les « messages risqués »… chez moi et chez autrui !

Autant dire que cela n’a pas dû être très agréable pour mes proches. Certains participants m’ont déjà témoigné de tendances similaires. L’un m’a raconté son agacement par rapport à la manière de communiquer d’un collègue. Une autre personne m’a dit connaître une personne qui communiquait « beaucoup » par « messages risqués ». Une troisième m’a confié se sentir moins authentique depuis qu’elle « se force » à communiquer sans message risqué.

Un équilibre à trouver

C’est seulement suite à ces expériences que j’ai pris conscience que les outils devaient être utilisés avec nuance. Des « jugements » ou des « messages risqués », ce n’est pas « bien » ou « mal » en tant que tel. Il en est de même pour une attitude « compétitive », par exemple.

Les outils de l’Université de Paix sont davantage à voir comme un éventail de moyens de communiquer. A certains moments, ils sont adaptés ou non, en fonction de la situation, de mon état émotionnel, de celui de mon interlocuteur. Il n’y a pas de « recette » absolue pour « bien communiquer ». De toute manière, si je dis une phrase en pensant le contraire, cela ne sonnera pas juste.

Ensuite, avec un marteau, je peux planter un clou, mais je peux aussi frapper sur le pied de mon voisin. Les outils dépendent donc de l’usage que l’on en fait.

Inconsciemment, quand j’utilise des techniques de communication pour reprocher à mes proches leur mode de communication, j’adopte une posture moralisante.

Bien sûr, il est possible de trouver des solutions pour des conflits de forme, c’est-à-dire de se mettre d’accord sur nos manières de communiquer entre nous. Les outils peuvent nous permettre de « diagnostiquer » ce qui ne nous convient pas dans nos relations. Toutefois, c’est en fonction de mes propres réactions et des réactions des autres que je vais voir s’ils sont pertinents ou non, si le moment était adéquat ou non, etc.

Aujourd’hui, tout cela fait partie de ma « boîte à outils ». Je peux varier les modes de communication en fonction des situations et des personnes : un conseil, une reformulation, une écoute dite « active », un « recadrage » ou une boutade à un autre moment, parfois une relativisation ou un jugement bien tranché… Je vois ce que ça me fait et ce que ça fait chez mon partenaire dans la discussion, et j’essaie d’adapter en conséquence. L’autre n’est pas moi et ne dispose peut-être pas des mêmes grilles de lecture que moi. Dès lors, plutôt que de m’offusquer de sa manière de dire les choses, je peux tâcher de le « décoder ». Pourquoi pas, si cela s’avère opportun, échanger avec cette personne à un autre moment à propos des techniques que j’ai apprises.

Je n’ai pas voulu apprendre les outils pour casser les pieds à mon entourage. Je crois qu’il s’agissait d’un moment de réappropriation de ceux-ci. J’ai dû les tester, m’entrainer, puis mesurer chez moi et chez l’autre ce qu’ils généraient. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles les formations de l’Université de Paix sont fortement orientées par la pratique et les échanges entre les participants !

Qu’est-ce qu’un « message risqué » ?

Dire à l’autre qu’il émet un « message risqué », c’est (parfois) un message risqué.

La terminologie provient de Thomas Gordon. Pour lui, nous utilisons des messages que l’on peut considérer comme risqués. Ce sont des messages généralement bien acceptés quand la tension est basse, mais plus difficilement recevables par celui qui vit une situation problématique et qui est vulnérable. Dans un tel contexte, il peut ressentir plus facilement ces messages comme dévalorisants ou agressifs. Ces messages ne sont donc risqués que si l’autre est dans l’émotion et qu’il a besoin de se sentir entendu, de décharger son émotion…

Les messages risqués sont classés en trois catégories :

  • jugement sur la personne, la situation ou son émotion
  • solution
  • diversion par rapport au vécu de l’interlocuteur
Jugement Solution Diversion
Moraliser, prêcher  Donner des ordres, commander Rassurer, consoler
Critiquer, blâmer Avertir, menacer Enquêter, questionner
Complimenter, approuver Conseiller, donner des solutions Dévier, blaguer, esquiver
Humilier, ridiculiser Argumenter, persuader par la logique   
Psychanalyser, diagnostiquer    

Construction et évaluation du Brevet d’animateur

Modifications apportées en 2014-2015 et 2015-2016 au Brevet d’animateur en gestion de conflits (dans des groupes d’enfants – 6-12 ans)

La mise en place de dyades entre les sessions

Une difficulté dans la nouvelle mouture (4 sessions en week-end) est la longueur entre chaque week-end pour les personnes qui n’étaient inscrites qu’au brevet d’animateur.

Nous avons mis en place des dyades de travail entre chaque session afin de permettre aux participants d’échanger avec un pair entre les sessions notamment au niveau du stage (difficultés, questionnements, pistes de solution).

Les dyades ont été modifiées entre chaque session pour une plus grande richesse de points de vue.

Intensité du parcours pour les personnes inscrites aux deux brevets

A contrario, les personnes qui ont suivi parallèlement les deux Brevets (Brevet en gestion positive des conflits avec les jeunes et Brevet d’animateur) ont exprimé que le fait de suivre les deux brevets était particulièrement intense. Cela requiert en effet un week-end par mois ainsi que les travaux et stages demandés entre chaque module. Nous avons averti les participants de cette lourdeur. Quatre personnes étaient dans le cas cette année.

Organisation des stages « passifs »

Quelques soucis de communication lors de l’organisation de stage passif en 2014 ont été réajustés cette année. Un tableau plus précis (niveau de la classe, horaire exact, communication directe entre le formateur et le stagiaire) a permis à chacun de pouvoir effectivement assister à une voire à deux animations données par des formateurs aguerris.

Pré-requis des candidats certifiés précédemment

En cours de formation l’an dernier, nous nous étions rendus compte que les personnes qui avaient suivi antérieurement le « certificat interpersonnel en gestion des conflits » avaient quelques lacunes au niveau du contenu du programme Graines de médiateurs.

Afin de combler celle-ci, les participants dans le cas ont été inscrits à un module de sensibilisation au programme (5 après-midis consacrés à Graines de médiateurs).

En fin d’année 2014-2015, nous pouvons conclure que la majorité des candidats ont acquis les connaissances nécessaires pour mener à bien des animations dans les classes. Nous serons toutefois attentifs l’an prochain à insister sur la connaissance d’une méthode de gestion de conflits (le SIREP) qui n’est parfois pas encore suffisamment maitrisée.

La difficulté d’évaluer les candidats de manière objective – évaluation formative

L’évaluation des candidats se base sur :

  • L’observation du stage
  • La préparation des 6 séances d’animation
  • Les 6 analyses de leurs séances d’animation
  • Leur auto-analyse lors des deux entretiens individuels
  • Le travail de synthèse remis sur base d’une problématique de terrain
  • L’entretien final (question de contenu et d’animation, pertinence de l’argumentation liée au travail de fin d’année, auto-évaluation)

Afin d’objectiver les compétences acquises, une nouvelle grille d’évaluation des 5 compétences a été retravaillée et déclinée en indicateurs. Cette précision permettra aussi de mieux comprendre les lacunes de chaque candidat et  lui communiquer ses forces et pistes d’amélioration.

Chacune des compétences a été déclinée en critères. Nous aimerions tester à nouveau cette grille tout au long de l’année 2015-2016 et la retravailler le cas échéant pour les candidats de l’exercice suivant. L’idée serait également de pouvoir la compléter au fur et à mesure de l’année pour être plus précis dans les retours faits au candidat, notamment via les exercices animés par les candidats lors des sessions.

L’accompagnement plus intensif des stagiaires au niveau du stage pratique

Certains candidats, en difficulté lors de leur stage pratique, auraient aimé un « coaching » plus intense. Celui-ci est prévu lors de l’entretien individuel suivant l’observation par un formateur du stage du participant. Or, pour certains, cet entretien était prévu à la fin de leur stage et ne leur a pas permis de mettre en place les conseils reçu.

Pour l’an prochain, plusieurs pistes pour aider les participants à surmonter leurs difficultés de stage :

  • Veiller à mettre l’entretien individuel consécutif au stage après la troisième séance d’animation.
  • Possibilité pour chaque stagiaire d’appeler un formateur ou le coordinateur par téléphone à un moment prévu. En effet, cette possibilité existait déjà mais nous avons souvent joué « au chat et à la souris » au niveau des horaires.
  • Inviter fermement les participants à envoyer leur préparation de stage et leur auto-analyse dès que celle-ci est réalisée. Ainsi la coordinatrice peut suivre de manière plus serrée les difficultés qui apparaissent.
  • Proposer plus d’échanges liés au stage lors des week-ends de formation, supervisés par un formateur.
  • Proposer à chacun de se filmer lors d’une séance supplémentaire afin de recevoir plus de feed back de l’animation du stage.

Préparations des animations : grande diversité

Les préparations d’animations des participants sont très diverses : certains décrivent les activités et d’autres juste le titre, d’autres les objectifs sans nommer les objectifs spécifiques…

Afin de stimuler les participants à bien savoir où ils vont dans leurs animations, les objectifs généraux, spécifiques et pistes de débriefing devront être notées obligatoirement.