Université de Paix asbl

[Historique] Dominique Pire : les 60 ans du Nobel

À l’occasion du 60e anniversaire du Prix Nobel de la Paix 1958, les Archives de l’État à Namur ont organisé une exposition rétrospective sur le Père Dominique Pire. Celle-ci se déroule du 11 décembre 2018 au 30 mars 2019. Extraits choisis.

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« L’éducation est l’arme la plus puissante… »

« L’éducation est l’arme la plus puissante que l’on puisse utiliser pour changer le monde » – Nelson Mandela

L’Université de Paix est une Organisation de jeunesse. Depuis sa fondation par Dominique Pire, sa mission est de créer et maintenir un climat de paix par le dialogue. Le moyen que nous privilégions pour accomplir cet objectif est l’éducation.

Nous vous présentons ici des actions éducatives que nous mettons en place au quotidien auprès des enfants ainsi qu’avec les adultes qui les encadrent.

En effet, nous travaillons jour après jour sur le terrain avec des groupes de jeunes et d’adultes pour développer un climat de vie harmonieux à l’école et en-dehors. Ce numéro vise à présenter de manière succincte un panel d’actions concrètes que nous réalisons en ce sens.

Dans un premier article de fond, Julie Duelz nous présente des bases pédagogiques de nos interventions en maternelle. Les enseignants de maternelle doivent parfois faire preuve de beaucoup de créativité face au manque d’outils concrets directement applicables avec des tout-petits. A l’Université de Paix, nous travaillons depuis plusieurs années pour construire des activités « clés sur porte » pour ce public.

Dans un second texte, Catherine Breuer témoigne justement de sa réappropriation de contenus et méthodes en gestion de conflits qu’elle applique dans sa classe en maternelle. Elle nous explique notamment comment elle fait vivre les bases de la Communication NonViolente aux enfants.

Passage en primaire ensuite ! Dans un troisième article, Manon Lecocq nous témoigne elle aussi de ce qu’elle retire d’une formation pour gérer les conflits avec et entre enfants. Elle s’attarde notamment sur le cadre de vie et l’accueil de ce que vivent les enfants.

Dans un quatrième texte, Catherine Bruynbroeck nous explique sa vision de son rôle de détachée pédagogique à l’Université de Paix. Enseignante passionnée et créative, elle nous parle de l’importance d’ancrer les apprentissages dans la pratique, sur le terrain. Elle expose ensuite quelques idées créatives pour susciter la motivation des enfants.

Enfin, dans un dernier article de fond, nous présentons une utilisation possible des marionnettes, la girafe et le chacal, pour parler de la Communication NonViolente avec les enfants.

Pour terminer, nous partageons avec vous une activité pédagogique orientée sur la question de l’étiquetage dans un groupe, notre agenda d’activités à venir, ainsi que quelques informations utiles sur le travail et la vie de l’institution.

Bonne lecture à vous !

Une boîte à lire installée à l’Université de Paix

L’Université de Paix met à disposition, depuis septembre 2018, une boîte à lire accessible gratuitement où trouver des livres (des romans, essais, guides touristiques, livres scientifiques, bandes dessinées, revues…), des vidéos, des jeux… en libre service et en bon état.

Son principe est simple : celui du « livre-échange ».

Les participants aux activités de l’Université de Paix, les membres du personnel… déposent un ou deux ouvrages dans la boîte à lire ou se servent parmi ceux apportés par d’autres personnes.  Cela permet aux livres d’avoir une deuxième vie, une troisième… un nouveau propriétaire… un nouveau lecteur…

La boîte à lire prône le partage, l’échange, la culture pour tous, l’économie solidaire. Sa gestion en est participative et à la charge de chacun-e.

Victor Hugo aurait aimé cette tendance de partage de livres, lui qui déclara : « Qui que vous soyez qui voulez cultiver, vivifier, édifier, attendrir, apaiser : mettez des livres partout ».

La boîte à lire de l’Université de Paix se situe au rez-de-chaussée, entre le hall d’entrée et l’espace d’accueil de la cuisine. A bon entendeur…

Des conflits, des émotions et des besoins en maternelle !

Par Catherine Breuer.

Catherine Breuer est enseignante en maternelle. Enseignante créative, elle a suivi un module de formation donné par l’Université de Paix à la demande de l’Helmo Cespl. Dans cet article, elle nous partage comment elle s’est réapproprié des outils de cette formation et comment elle les applique dans sa classe.

Ma classe, mon école

Je travaille dans une petite école qui accueille 83 enfants : 31 en maternelle et 52 en primaire. Il y a une certaine mixité sociale dans notre école. Nous avons également quelques enfants dont la langue maternelle n’est pas le français. Nous avons 2 classes maternelles. Nous travaillons en cycle : dans ma classe, j’ai 6 grands, 4 moyens et 5 petits. Ce tout petit nombre d’enfants me permet d’entreprendre de chouettes activités au coin tapis où les débats et échanges d’idées se déroulent dans de très bonnes conditions.

Que ce soit en maternelle ou en primaire, notre équipe est très soucieuse du bien-être de chaque enfant. La violence est pourtant parfois présente dans notre école (essentiellement dans la cour de récréation) mais nous tentons de mettre des dispositifs en place pour l’éviter ! En choisissant de suivre ce module, je voulais donc avoir quelques pistes, quelques petites idées pour améliorer la gestion des conflits et des émotions. Les nombreux partages m’ont permis de mettre quelques petites choses en place dans ma classe. Il suffit parfois de faire un petit jeu comme « La statue » pour aider les enfants à prendre conscience des différentes postures qui traduisent les émotions (langage non verbal).

Ce que le module m’a apporté au niveau de ma classe

Dans ma classe, j’avais déjà mis en place des outils pour appendre à mieux communiquer afin de gérer les conflits.

Un tableau CNV

J’ai notamment un petit tableau qui permet aux enfants de « structurer » la communication non violente. Ils peuvent choisir des pictogrammes afin de remplir le tableau.

Au préalable, un travail a été fait sur l’identification de la situation qui pose problème, sur l’expression des émotions, sur l’identification des besoins et sur la formulation des demandes.

J’ai construit cet outil parce que je pense qu’un support visuel permet de structurer les étapes. Les enfants peuvent l’utiliser en remplissant les cases ou juste comme référent.

J’utilise cet outil en faisant des jeux de rôle. Je n’ai pas encore réussi à l’utiliser dans des situations de conflits réels. En effet, je pense que les enfants sont trop envahis par leurs émotions et ont du mal à s’en détacher. Prendre du recul, analyser la situation (surtout quand il y a un débordement d’émotions) est difficile pour un enfant de maternelle.

J’ai donc voulu mettre en place un autre outil afin d’aider les enfants à comprendre la situation et à se comprendre.

Vivre le cheminement de la CNV

Travailler l’auto-empathie avec un déplacement sur le bonhomme de la communication non violente me semble être une chouette activité à mettre en place dans ma classe.

J’ai introduit cet outil lors d’une séance de psychomotricité.

Les enfants l’ont baptisé le « Géant bleu ». Je me suis dit que c’était l’endroit et le moment idéal pour débuter l’utilisation de cette démarche d’auto-empathie.

En effet, pendant les séances de psychomotricité, les enfants entrent sans cesse en interaction, en communication. Il y a donc des conflits ! Aussi, je profite souvent de ces moments pour observer chacun de mes élèves et j’en apprends beaucoup sur leurs relations, leurs intérêts, leurs peurs…

Voici comment nous avons fait connaissance avec le « Géant bleu » :

  • Avant la séance, j’ai dit à mes élèves que j’installais un bonhomme dans la salle et qu’on pouvait librement marcher dessus (ou courir, ou sauter…). Je voulais profiter d’une situation réelle de conflit pour expliquer à quoi il servait et comment l’utiliser.
  • Ninon et Thélio ont été les premiers à l’utiliser. Ninon voulait jouer avec Thélio mais ce dernier ne voulait pas… Petit conflit sans trop de gravité mais Ninon est venue me trouver toute tristounette. J’ai dit à Ninon et Thélio que le Géant bleu allait nous aider à comprendre la situation et à les écouter tous les deux.
  • Dans le cerceau, Ninon a pu utiliser tous les mots qu’elle voulait : « Thélio, il est méchant, il ne veut jamais jouer avec moi ! »
  • Sur la tête, Ninon a expliqué ce qu’il s’était passé ; « J’ai demandé à Thélio pour jouer avec lui et il m’a répondu non ».
  • Sur le cœur, j’ai demandé à Ninon comment elle se sentait. Elle a répondu qu’elle était triste. Thélio la regardait se déplacer sur le bonhomme et l’écoutait sans rien dire.
  • Sur le triangle, Ninon devait exprimer ses besoins. Cette étape a été un peu plus difficile à réaliser. J’ai dû la guider. Ninon a finalement identifié ses besoins en disant qu’elle ne voulait pas être toute seule et qu’elle avait besoin de jouer avec les autres.
  • Sur les jambes, il fallait trouver des solutions. Ninon a d’abord suggéré l’idée d’aller jouer avec quelqu’un d’autre. Et là, Thélio a réagi « Mais non, si elle veut jouer avec moi, elle peut… Mais c’est moi qui décide mon jeu ! »

Thélio a également fait les déplacements sur le « Géant bleu » pour essayer de comprendre pourquoi il avait rejeté la demande de Ninon. Je pense que le fait de se déplacer et de s’exprimer en fonction de l’endroit où l’on se trouve, structure la situation, apaise les enfants, et permet de prendre du recul par rapport à la situation de conflit.

C’est exactement l’outil qu’il me manquait dans ma démarche pour faire de la communication non violente avec les enfants. Le déplacement sur le bonhomme permet aux enfants de distinguer les étapes de la communication non violente et de passer de l’une à l’autre en exprimant leur vécu, leurs ressentis, leurs besoins et leurs propositions de résolution de conflit. Tout cela dans un ordre qui n’est pas imposé puisqu’ils peuvent faire des aller-retours librement.

Jusqu’à présent, nous faisions de la communication non violente à partir de jeux de rôle ; nous faisions semblant. C’est évidemment déjà pas mal mais je pense que maintenant, je vais pouvoir travailler à partir de situations réelles de conflits.

Le « Géant bleu » sera présent à chacune de nos séances de psychomotricité. Je serai là pour guider les enfants dans leurs déplacements dans la communication non violente. Et peut-être pourront-ils l’utiliser sans l’aide de l’adulte ? Et pourquoi pas utiliser cet outil pendant la récréation, moment où l’on doit gérer pas mal de conflits ? Il suffirait de quelques petits coups de peinture sur le sol pour faire apparaitre le Géant bleu dans la cour de récréation !

Je suis convaincue, que dès la maternelle, nous pouvons mettre des outils en place pour apprendre à mieux communiquer. En tant qu’enseignante, je dois donner aux enfants des moyens pour mieux s’exprimer, pour mieux se comprendre et pour mieux comprendre les autres. Bien communiquer, c’est difficile… mais ça s’apprend !

Ce que le module m’a apporté sur le plan personnel

Dans ma classe, nous parlons beaucoup des émotions. Nous les traduisons par des mots, des gestes, des musiques, des dessins, des peintures… Les enfants aiment toutes les histoires traitant ce sujet. Lors de l’évaluation à la fin de chaque journée, les enfants ont l’occasion de raconter comment ils ont vécu leur journée. Nous faisons également un conseil de coopération (deux fois par semaine) pendant lequel ils peuvent s’exprimer sur ce qui va bien ou ce qui ne va pas.

Bref, je donne une grande importance à l’expression des émotions dans ma classe. Et pourtant, dans la vie de tous les jours, je suis quelqu’un qui n’exprime pas très facilement ses émotions… Les petites situations que nous avons vécues pendant le module m’ont poussée à m’exprimer. Mettre des mots sur comment je me sens, trouver une situation dans laquelle je me sens triste ou en colère, sont des exercices qui ne sont pas si facile que ça pour moi. Je suis donc assez contente d’avoir joué le jeu sans avoir dû utiliser le STOP !

J’aimerais aussi introduire la méditation dans ma classe. Je n’ai pas encore osé, je ne me sens pas encore tout à fait à l’aise avec la démarche. Je pense que je vais bouquiner et m’intéresser à ce sujet pour pouvoir faire des exercices de pleine conscience avec les enfants.

Grâce à cette formation, j’ai pu mettre en place des outils concrets dans ma classe et j’ai aussi pu refaire les petits jeux « Brise-glace ». Ces 6 séances m’ont aussi donné l’envie d’approfondir ce que j’ai appris et d’aller plus loin.

Les outils partagés comme par exemple « Graines de médiateurs » vont me permettre de continuer les apprentissages dans le domaine des émotions et de la gestion des conflits dans ma classe et dans mon école. J’ai également envie de me documenter sur la démarche de communication non violente avec la girafe et le chacal.

L’idée d’utiliser des marionnettes pour concrétiser et caricaturer nos comportements dans les situations de conflits me plait aussi assez bien !