Evaluation du programme Graines de médiateurs

Au cours des cycles scolaires 2007-2009 et 2009-2011, la Fondation Bernheim a attribué à l’Université de Paix un soutien financier pour assurer la réalisation du programme de développement des habiletés sociales « La médiation par les pairs », durant 4 ans, dans 48 classes primaires (tous réseaux confondus), en formant 1200 enfants et 48 enseignants-titulaires (cf. « Médiation par les pairs 8 – 10 ans, le projet dans les classes »).

Ce programme tel que proposé par l’Université de Paix est une réponse aux objectifs de l’article 6 du décret « Missions » du 24 juillet 1997 tels que promouvoir la confiance en soi et le développement de la personne de chacun des élèves. Amener tous les élèves à s’approprier des savoirs et à acquérir des compétences qui les rendent aptes à apprendre toute leur vie et à prendre une place active dans la vie économique, sociale et culturelle. Préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures. Assurer à tous les élèves des chances égales d’émancipation sociales…

Ce programme de développement des habiletés sociales s’inscrit dans une démarche préventive, durable, utile tout au long de la vie et ayant des conséquences bénéfiques dans et hors les murs de l’école.

Le programme « La médiation par les pairs » consiste à intégrer la médiation par les pairs à un ensemble d’interventions visant le développement de prévention et de gestion de conflits interpersonnels. Étalée sur deux années, l’implantation de ce programme à l’école regroupe trois aspects :

  1. des séances d’information auprès des familles, de l’ensemble de la communauté éducative
  2. la formation des enseignants, des directions d’école à la prévention et à la gestion de conflits
  3. des ateliers menés en classe par un formateur de l’Université de Paix, accompagné de l’enseignant-titulaire de la classe et de son coaching

Les jeunes sont ainsi amenés à développer diverses habiletés permettant d’établir des relations interpersonnelles bienveillantes. La formation propose des ateliers ayant pour objectifs spécifiques de :

  • repenser le conflit et favoriser regard différent de situations conflictuelles ;
  • encourager les habiletés d’écoute, d’expression verbale, de coopération… ;
  • développer une meilleure compréhension et gestion de leurs émotions

Les objectifs poursuivis pour les enseignants est qu’ils soient capables, au terme du projet, de :

  • Prévenir les conflits en installant un climat de confiance et de coopération dans la classe, ainsi qu’un cadre clair
  • Analyser les situations conflictuelles (tant les objectifs que les attitudes) en tant que partie au conflit et tiers intervenant
  • Gérer positivement un conflit, c’est-à-dire : énoncer les faits en les distinguant des jugements, exprimer ses sentiments et besoins et être à l’écoute de ceux des autres, proposer différentes solutions et choisir une solution qui convienne aux deux parties

Après 4 ans d’actions soutenues par la Fondation Bernheim, nous pouvons tirer plusieurs apprentissages de ce programme…

Évaluation du programme Graines de médiateurs – médiation par les pairs en écoles primaires

Par Christine Cuvelier, chargée de communication et Julie Duelz, coordinatrice du programme « La médiation par les pairs », 2012.

Que sait-on des effets de ce programme de médiation en milieu scolaire ?

A la fin de cette période, les résultats sont probants : les enfants de 4ème primaire ayant suivi deux ans de ce programme -et dont les titulaires se sont investis- sont capables de gérer positivement un conflit de manière autonome.

De plus, ils ont acquis des compétences de médiateurs. Pour atteindre de tels résultats, trois facteurs sont essentiels :

  • la motivation des enseignants,
  • leurs compétences en gestion de conflit,
  • la formation et l’implication des directions.

En septembre 2011, la Fondation Bernheim a choisi de soutenir à nouveau pendant ce projet afin :

  • de le perfectionner, de l’implanter de façon durable dans les écoles déjà formées,
  • d’institutionnaliser le processus pour augmenter sa portée,
  • de communiquer l’expérience pour en augmenter sa visibilité.

Plus de 80 écoles se sont montrées intéressées. Douze écoles fondamentales, réparties selon les provinces et les réseaux, ont été sélectionnées de manière drastique sur base de projets déjà mis en place dans l’école, de la motivation des enseignants et de la direction.

Évaluation du programme auprès des acteurs concernés (salve de septembre 2011 à juin 2012)

1) Les enseignants-titulaires de 3ème & 4ème primaires

Les 24 enseignants-titulaires (2 titulaires en moyenne par établissement scolaire) sont en cours de formation afin d’acquérir les outils de gestion de conflits. En fin d’année scolaire, en juin 2012, 68% d’entre eux s’estiment compétents par rapport aux objectifs à atteindre (2), contre 28,6% en début d’année. Cette évolution a été possible grâce aux différents moyens utilisés :

  • 1 animation par mois dans chaque classe suivie d’un coaching personnalisé
  • 3 journées de formation spécifique pour l’ensemble des 24 enseignants-titulaires
  • 1 site web, en accès réservé pour y puiser des idées d’animation, partager des expériences et développer des liens entre enseignants.

L’objectif visé pour juin 2013 est de 80%.

Les enseignants ont-ils mesuré un changement aux faits de violence et de gestion de conflits qui leur posaient problème en début d’année ?

A cette question, si le temps passé à gérer les conflits ne diminue pas (1h par semaine), la satisfaction des enseignants est réelle vu l’augmentation du nombre de conflits dont l’issue est satisfaisante : de 57% à 77%. Ce chiffre est particulièrement intéressant car il indique une meilleure gestion des conflits dans une perspective gagnant-gagnant.

2) Les enfants de 3ème et 4ème primaire

Durant l’année scolaire 2011-2012, les enfants ont bénéficié de 10 séances d’animation d’1h40 par un formateur de l’Université de Paix.

Les enfants de ces classes (plus de 500 enfants) ont été évalués sur les différentes compétences, prérequis de la négociation et de la médiation.

Quelques résultats :

  • Différenciation d’un fait d’un jugement. En juin 2012, 90% des enfants sont capables de différencier un fait d’un jugement, contre 30% en septembre 2011.
  • Augmentation du vocabulaire des émotions. Entre septembre 2011 et juin 2012, les enfants parviennent à énoncer de 6 à 8 mots différents de sentiments pour des situations précises, soit une augmentation de plus de 10%.
  • Evolution des représentations du conflit. A la fin de l’année scolaire 2012, plus de 50% des enfants ont une vision « neutre » du conflit (désaccord, dispute) ; cela permet d’appréhender le conflit comme un problème à gérer et non à éviter à tout prix.
  • Capacité d’identification des attitudes en situation conflictuelle. En juin 2012, 70% des enfants reconnaissent les attitudes (compétition, repli, accommodation ou collaboration) sur des cas fictifs, contre 45% en septembre 2011.

Ces résultats sont encourageants : les bases de la gestion positive des conflits par la médiation sont posées. Durant l’année scolaire 2012-2013, les enfants s’entraîneront, entre autres, à la recherche de solutions, à la négociation et à la médiation par les pairs en cas de conflits.

3) L’équipe éducative

Afin d’enraciner davantage l’implantation du programme de « médiation par les pairs », plusieurs moyens ont été mis pour former les 12 équipes éducatives par :

  • l’organisation de 2 journées pédagogiques,
  • les séances de coaching collectif,
  • l’incitation aux échanges entre collègues lors des concertations. Certaines directions ont également imaginé de nouvelles pistes : création d’une commission « médiation par les pairs » ou d’un conseil de discipline.

67% des enseignants des équipes concernées se sont investis dans ce programme de formation. L’objectif de cette année scolaire 2012-2013 est de confirmer ce chiffre en augmentant l’investissement de chacun et l’impact de l’équipe sur les comportements des enfants et sur le climat scolaire en général.

4) Les directions

Les directions font part d’une satisfaction globale par rapport au projet et aux objectifs fixés. Elles soulignent la pertinence des activités en lien avec la citoyenneté, la gestion des conflits et la violence.

Les directions ont constaté que le nombre de conflits à gérer entre enfants a diminué de moitié entre le début et la fin de l’année scolaire.

Les directeurs constatent les effets positifs du projet au niveau de l’école :

  • au niveau des enfants : de manière générale, une amélioration du climat de classe; par rapport aux conflits, une attitude plus positive et des compétences pour les gérer.
  • au niveau de l’équipe éducative : une amélioration générale des pratiques face aux conflits même si le transfert des compétences entre enseignants n’est pas toujours évident.
  • au niveau des parents : difficulté de faire venir les parents lors des conférences en soirée. Néanmoins, les réactions des parents sont positives.

Par ailleurs, une journée de formation a réuni une dizaine de directions afin de :

  • faire l’état des lieux sur les conflits dans l’école,
  • analyser les difficultés d’implantation,
  • s’approprier les outils de gestion de conflit
  • élargir les pistes d’action pour installer le programme dans leur école.

5) Les parents

Dans chaque école, une conférence était programmée pour l’ensemble des parents. La conférence poursuivait plusieurs objectifs :

  • présenter le projet et l’enjeu du programme soutenu par la Fondation,
  • expliquer le programme et ses 4 rouages afin de favoriser une gestion positive des conflits à la maison,
  • proposer des pistes d’action pour favoriser un comportement non-violent chez leur enfant,
  • présenter les aspects concrets de la réalisation du programme à l’école…

Quant à l’évaluation, plus de 40% des parents interrogés déclarent avoir perçu un changement d’attitude de leur enfant au niveau de la gestion des conflits.

Durabilité (suites des projets 2007-2009 et 2009-2011)

Afin d’assurer la pérennité des compétences acquises lors du programme « La médiation par les pairs », plusieurs accompagnements ont été proposés aux équipes déjà formées :

  • un programme de prévention en 1ière /2ième primaire ou un programme de rappel pour les enfants de 5ème /6ème,
  • une formation approfondie pour les enseignants (hormis les enseignants de 3ème et 4ème),
  • des intervisions d’équipe ayant bénéficié de ce programme de formation,
  • l’implantation de groupe relais (enfants, enseignants, directions) pour créer des projets spécifiques au sein de l’école.

Ces différentes propositions ont rencontré du succès dans les écoles déjà formées. Celles-ci soulignent également l’importance de ce soutien pour asseoir les acquis.

Institutionnalisation

De nombreuses actions de sensibilisation ont été menées dans le cadre de réunions officielles : Observatoire de la violence, Service général de l’Enseignement à destination de plus d’une centaine de Chefs d’établissement scolaire, UFAPEC, SeGEC…

Par ailleurs, nous avons formé sur le terrain des animateurs pour étoffer l’équipe actuelle des formateurs de l’Université de Paix. Pour étendre cet objectif, le brevet d’animateur en gestion des conflits (dans des groupes d’enfants) a été construite et à démarré en octobre 2012.

Communication

De nombreux articles de presse ont été publiés sur le projet, à la fois dans la presse généraliste (Vers l’avenir, Femmes d’aujourd’hui…) que spécialisée (Non-violence actualité, Prof magazine, Financité…).

Plusieurs articles ont été lisibles sur le web (Child’s rights, enseignement.be…). Trois reportages ont été également diffusés à la télévision, dont une séquence au journal télévisé de la RTBF et une émission de 20 minutes sur Canal C (TV locale namuroise).

3 réponses à Evaluation du programme Graines de médiateurs

  • Ping : Le programme Graines de médiateurs | Université de Paix asbl

  • Samia Agha dit :

    Bonjour,

    J’ai lu avec intérêt votre évaluation du programme graines de médiateur,

    Néanmoins, je souhaite savoir:
    – De quelle manière les méthodes du Canada ont- elles été adaptées à la Belgique? Quels sont les éléments pris en considération ? quels sont les profils des personnes ayant participé à ce travail ?

    – Quelles sont les techniques et les outils scientifiques qui ont été utilisées sur le terrain pour évaluer l’impact de ce programme sur les différentes parties (élèves, encadrement scolaire, parents)?

    – Si ce programme intéresse un pays étranger, à quels modules doit on former le chargé de ce programme? Y a-t-il des formations qui se font d’un trait , c’est-à-dire sur plusieurs jours successifs ?

    Merci d’avance

    • Bonjour Madame Agha,

      Merci pour votre message et pour l’intérêt porté à nos actions.
      A titre personnel, je suis dans l’incapacité de répondre à vos questions de fond. En effet les origines du programme remontent à plus de 15 ans et donc je ne suis pas au courant de toutes ses évolutions, des adaptations aux outils canadiens, etc.
      Je peux par contre vous inviter à contacter directement Julie Duelz à j.duelz@universitedepaix.be, elle pourra sans doute vous en dire davantage sur cela…

      Nous restons disponibles pour toute demande, remarque ou suggestion,
      Bien cordialement

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