Ressources pédagogiques

L’estime de soi dans l’action

Par Lysiane Mottiaux.

La formation « Développer l’estime de soi » est née d’une constatation : la difficulté de certains participants ayant acquis des outils de communication de pouvoir s’affirmer.

L’obstacle prépondérant de cette situation était la plupart du temps un manque d’estime d’eux-mêmes.

Nous avons décidé de fixer les quatre ateliers à une semaine d’intervalle. Ceci permet aux participants, entre les séances, de mettre en pratique les notions vues, afin d’augmenter leur estime.

Qu’est-ce que l’estime de soi ?

L’estime de soi est la conscience de la valeur que je me reconnais dans différents domaines. Ce qui implique également la capacité de reconnaître la valeur de l’autre.

Le mot sur lequel nous décidons de mettre l’accent en formation est « la conscience ». En effet les personnes à haute estime de soi ne sont pas meilleures ou plus compétentes que les autres, elles ont leurs qualités et leurs défauts comme tout le monde, elles vivent des réussites et des échecs, elles vivent des moments de certitude et des moments de doute, elles se sentent fortes ou fragiles, selon les circonstances….

La grande différence par rapport aux personnes qui manquent d’estime d’elles-même est qu’elles connaissent leurs forces et leurs limites, agissent et acceptent d’être imparfaites.

La méthodologie utilisée dans cette formation est active et créative, nous proposons des exercices pratiques à partir des expériences personnelles de chacun.

Pour développer l’estime de soi nous travaillons avec les participants :

  • Le fait de mieux se connaître : Quelle est l’image que j’ai de moi ici et maintenant ? Quelles sont mes forces et mes limites ?
  • La clarification de mes valeurs et la cohérence de mes actes par rapport à celles-ci
  • La clarification de mes valeurs me permet d’agir d’une manière cohérente et de faire des choix adéquats. Prenons un exemple : je travaille dans une société près de chez moi, les locaux sont agréables, je m’entends bien avec mes collègues, je fais un travail intéressant, je peux utiliser mes compétences et faire preuve de créativité et pourtant je ne me sens pas bien. En fait, une valeur importante pour moi est le respect de l’environnement et je sais que la société dans laquelle je travaille déverse des déchets toxiques en Afrique ce qui explique mon malaise. Je risque d’éprouver un malaise quand mes actes ne sont pas en adéquation avec mes valeurs. Plus j’agis en adéquation avec mes valeurs, plus mon estime de moi grandit.
  • La découverte de ses croyances limitantes et leur transformation : Qu’est-ce que je me dis sur moi-même, sur les autres, sur la vie ? Est-ce que mes croyances sont limitantes ? c’est-à-dire qu’elles génèrent des prédictions d’échec ou m’empêchent d’agir et donc de construire mon estime de moi. Exemple de croyance limitante : j’arrive le matin en formation, il y a déjà 5 participants qui discutent, je pense : « je ne suis pas intéressante », je ne prends pas la parole, je me mets à l’écart, je baisse la tête, personne ne me parle et je me confirme que je ne suis pas intéressante. Des exercices de recadrage sont proposés pour élargir la réalité et accéder à mes ressources en pensant ou en agissant autrement.
  • La clarification des objectifs et la mise en action pour les atteindre. « Il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va » (Sénèque). Dans cette étape, je vais clarifier un de mes objectifs à long terme et le découper en objectifs spécifiques qui seront eux-mêmes fractionnés en petites actions concrètes, précises, atteignables par moi-même, réalistes, en lien avec l’objectif et formulés affirmativement.

Construire l’estime de soi dans l’action

Petites actions par petites actions, je progresse dans l’atteinte de mon objectif d’une manière cohérente.

L’estime de soi se construit dans l’action et dans la faculté de relativiser l’échec, comme l’illustre Christophe André.

Au terme de la formation, les participants ont clarifié certaines de leurs valeurs, de leurs croyances limitantes pour les dépasser, ont mis des actions en place pour atteindre un objectif. Ils possèdent les outils pour continuer à faire de petits pas dans la construction de leur estime d’eux-mêmes.

Quel plaisir de les voir partir, avec déjà, de petits changements perceptibles.

« L’important n’est pas ce qu’on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu’on a fait de nous »
Jean-Paul Sartre

Peut-on empêcher la violence en maternelle ?

Par Julie Duelz

Julie Duelz est formatrice à l’Université de Paix. Elle a contribué au développement de plusieurs programmes éducatifs de l’UP, notamment en maternelle.

Depuis quelques années, le nombre de demandes d’animation et de formation pour les équipes « maternelle » a véritablement explosé dans notre association. Les enseignants se retrouvent parfois démunis par rapport aux comportements des enfants (non-respect des règles, agressivité, coups…). Parallèlement, notre conviction, étayée par les recherches scientifiques, est qu’il est indispensable de commencer au plus jeune âge d’apprendre à entrer en contact, développer les habiletés sociales et gérer les conflits de façon positive.

En effet, selon les conclusions des nombreuses recherches menées par Richard E. Tremblay, l’enfant n’apprend pas à être violent par les médias et les jeux vidéo comme beaucoup le pensent : c’est dans la toute petite enfance que naissent les agressions physiques (dès le moment où l’enfant a la motricité pour se déplacer et taper, arracher, mordre…). Ce professeur canadien en pédiatrie, psychiatrie et psychologie a commencé sa carrière en prison, et s’est interrogé sur l’âge auquel prévenir ces actes criminels : quels que soient l’époque ou le pays, les recherches prouvent que le pic d’agressivité ne se situe pas à l’adolescence, mais entre 2 ans et 4 ans, et diminue progressivement jusqu’à 6 ans par la socialisation. Seulement, pour une partie des enfants, cette diminution ne se produit pas. Il est important de travailler avec les enfants dès la maternelle car c’est à cet âge que les programmes de prévention ont le plus de résultats.

L’enjeu de l’éducation en maternelle est donc d’apprendre à tous les enfants des moyens non violents pour obtenir satisfaction, le contrôle de soi, le développement du langage, la gestion des émotions, et de ne surtout pas lâcher les enfants qui sont les plus agressifs en se disant que cela va passer en grandissant.

Pour ce faire, il est indispensable de créer un climat de sécurité affective dans la classe. En effet, les enfants doivent se sentir en confiance dans leur classe, par le cadre et la bienveillance de l’enseignant ainsi que par les relations avec les autres enfants (travail de cohésion de groupe). Si ce n’est pas le cas, l’insécurité des enfants va contribuer à la mise en acte de l’agressivité.

A travers nos programmes éducatifs, nous proposons des pistes concrètes pour travailler la sécurité dans le groupe : par le cadre mis par l’enseignant, par sa manière de communiquer qui préserve l’estime de soi), par l’augmentation de la cohésion de groupe.

Sur base de ce climat de sécurité, l’enseignant pourra enseigner les habiletés sociales : les attitudes en conflit, la capacité à nommer et réguler les émotions, le développement de moyens non agressifs pour obtenir satisfaction, mettre sa limite, être créatif dans la résolution de conflits…

Malgré toute la bonne volonté de l’enseignant de maternelle à créer un environnement sécurisant et à développer les compétences sociales des enfants, il ne peut exclure totalement les agressions physiques qui correspondent au développement normal des jeunes enfants. Ceci permet de rassurer les professionnels tout en encourageant d’agir avec détermination parce que c’est aussi l’âge où la prévention est la plus efficace.

En 2019, l’Université de Paix prévoit de rédiger un ouvrage pédagogique directement destiné aux enseignants de maternelle.

Médiation : comment je me positionne face à un conflit ?

Focus sur les attitudes en conflits dans le cadre de la médiation : « Le conflit et moi. Comment je me positionne face à un conflit ? »

Par Almudena Vaquerizo Gilsanz

Le médiateur par définition se doit d’adopter une posture « neutre » face aux deux parties. Ou plutôt garder une multipartialité : être 100% avec une partie puis 100% avec l’autre.

Pourtant, parfois, c’est difficile… Le 19 décembre 2018, l’Université de Paix a proposé un atelier interactif pour élargir, interroger et clarifier nos propres représentations du conflit.

Comment je me représente un conflit ? Quelle place avait le conflit dans ma famille ? Comment je me sens face à un conflit ?

Partant de ces questions, l’invitation était de mettre de la conscience dans certains comportements, peut-être guidés par des « pilotes automatiques inconscients », en lien avec les réponses à ces questions.

Ma posture de médiateur risque sans doute d’être colorée de ce vécu autour du conflit : peut-être que partant de mon envie que les parties négocient absolument, je vais avoir tendance à porter la médiation, de manière inconsciente, à souffler des solutions. Il se peut même que dans la posture d’une des parties (posture de pouvoir, posture de victime ou de celui qui accepte trop facilement…), je reconnaisse ma propre posture ou celle d’une figure avec qui j’ai du mal en conflit. Est-ce par empathie ou par opposition ? Et moi, je prends quelle place ?

Cette matinée a mis de l’éclairage sur ces notions et, selon les participants a pu aider à :
• Partager, entre médiateurs, vécus et expériences autour du conflit
• Prendre conscience de mon propre fonctionnement en tant que médiateur
• Mieux comprendre comment les parties peuvent vivre le conflit

Mieux connaître son propre fonctionnement est le meilleur chemin pour mieux comprendre le fonctionnement des autres, et le médiateur a son rôle à jouer dans cette compréhension.

Les formations proposées par l’Université de Paix pour la formation continue des médiateurs agréés (CFM) travaillent la connaissance de soi et des autres, donnent des grilles de lecture du conflit et aident le médiateur à incarner la posture de celui qui fait tiers, pour sortir du conflit de manière constructive.

La médiation à l’Université de Paix

Il y a une équipe de médiatrices à l’Université de Paix (avec des intervenantes externes) pour répondre aux demandes dans ce cadre. Almudena Vaquerizo Gilsanz organise des intervisions dans le cadre de l’UBMP dans les locaux de l’Université de Paix. Elle a également formé des médiateurs scolaires de Bruxelles à la gestion des situations de harcèlement, et ils ont commandé trois autres formations : nos outils les aident beaucoup apparemment. Un nouveau public vient à nos formations programmées à l’agenda : avocats, médiateurs… L’UBMP avance dans la reconnaissance de la profession de médiateurs. La Semaine de la médiation a de nouveau eu lieu en octobre 2018 et nous participons également au Carrefour de la médiation.

Conseil académique : bilan 2018

En 2018, le travail du Conseil a permis de réaliser 3 nouvelles publications de fond :