Ressources pédagogiques

« L’éducation est l’arme la plus puissante… »

« L’éducation est l’arme la plus puissante que l’on puisse utiliser pour changer le monde » – Nelson Mandela

L’Université de Paix est une Organisation de jeunesse. Depuis sa fondation par Dominique Pire, sa mission est de créer et maintenir un climat de paix par le dialogue. Le moyen que nous privilégions pour accomplir cet objectif est l’éducation.

Nous vous présentons ici des actions éducatives que nous mettons en place au quotidien auprès des enfants ainsi qu’avec les adultes qui les encadrent.

En effet, nous travaillons jour après jour sur le terrain avec des groupes de jeunes et d’adultes pour développer un climat de vie harmonieux à l’école et en-dehors. Ce numéro vise à présenter de manière succincte un panel d’actions concrètes que nous réalisons en ce sens.

Dans un premier article de fond, Julie Duelz nous présente des bases pédagogiques de nos interventions en maternelle. Les enseignants de maternelle doivent parfois faire preuve de beaucoup de créativité face au manque d’outils concrets directement applicables avec des tout-petits. A l’Université de Paix, nous travaillons depuis plusieurs années pour construire des activités « clés sur porte » pour ce public.

Dans un second texte, Catherine Breuer témoigne justement de sa réappropriation de contenus et méthodes en gestion de conflits qu’elle applique dans sa classe en maternelle. Elle nous explique notamment comment elle fait vivre les bases de la Communication NonViolente aux enfants.

Passage en primaire ensuite ! Dans un troisième article, Manon Lecocq nous témoigne elle aussi de ce qu’elle retire d’une formation pour gérer les conflits avec et entre enfants. Elle s’attarde notamment sur le cadre de vie et l’accueil de ce que vivent les enfants.

Dans un quatrième texte, Catherine Bruynbroeck nous explique sa vision de son rôle de détachée pédagogique à l’Université de Paix. Enseignante passionnée et créative, elle nous parle de l’importance d’ancrer les apprentissages dans la pratique, sur le terrain. Elle expose ensuite quelques idées créatives pour susciter la motivation des enfants.

Enfin, dans un dernier article de fond, nous présentons une utilisation possible des marionnettes, la girafe et le chacal, pour parler de la Communication NonViolente avec les enfants.

Pour terminer, nous partageons avec vous une activité pédagogique orientée sur la question de l’étiquetage dans un groupe, notre agenda d’activités à venir, ainsi que quelques informations utiles sur le travail et la vie de l’institution.

Bonne lecture à vous !

Des conflits, des émotions et des besoins en maternelle !

Par Catherine Breuer.

Catherine Breuer est enseignante en maternelle. Enseignante créative, elle a suivi un module de formation donné par l’Université de Paix à la demande de l’Helmo Cespl. Dans cet article, elle nous partage comment elle s’est réapproprié des outils de cette formation et comment elle les applique dans sa classe.

Ma classe, mon école

Je travaille dans une petite école qui accueille 83 enfants : 31 en maternelle et 52 en primaire. Il y a une certaine mixité sociale dans notre école. Nous avons également quelques enfants dont la langue maternelle n’est pas le français. Nous avons 2 classes maternelles. Nous travaillons en cycle : dans ma classe, j’ai 6 grands, 4 moyens et 5 petits. Ce tout petit nombre d’enfants me permet d’entreprendre de chouettes activités au coin tapis où les débats et échanges d’idées se déroulent dans de très bonnes conditions.

Que ce soit en maternelle ou en primaire, notre équipe est très soucieuse du bien-être de chaque enfant. La violence est pourtant parfois présente dans notre école (essentiellement dans la cour de récréation) mais nous tentons de mettre des dispositifs en place pour l’éviter ! En choisissant de suivre ce module, je voulais donc avoir quelques pistes, quelques petites idées pour améliorer la gestion des conflits et des émotions. Les nombreux partages m’ont permis de mettre quelques petites choses en place dans ma classe. Il suffit parfois de faire un petit jeu comme « La statue » pour aider les enfants à prendre conscience des différentes postures qui traduisent les émotions (langage non verbal).

Ce que le module m’a apporté au niveau de ma classe

Dans ma classe, j’avais déjà mis en place des outils pour appendre à mieux communiquer afin de gérer les conflits.

Un tableau CNV

J’ai notamment un petit tableau qui permet aux enfants de « structurer » la communication non violente. Ils peuvent choisir des pictogrammes afin de remplir le tableau.

Au préalable, un travail a été fait sur l’identification de la situation qui pose problème, sur l’expression des émotions, sur l’identification des besoins et sur la formulation des demandes.

J’ai construit cet outil parce que je pense qu’un support visuel permet de structurer les étapes. Les enfants peuvent l’utiliser en remplissant les cases ou juste comme référent.

J’utilise cet outil en faisant des jeux de rôle. Je n’ai pas encore réussi à l’utiliser dans des situations de conflits réels. En effet, je pense que les enfants sont trop envahis par leurs émotions et ont du mal à s’en détacher. Prendre du recul, analyser la situation (surtout quand il y a un débordement d’émotions) est difficile pour un enfant de maternelle.

J’ai donc voulu mettre en place un autre outil afin d’aider les enfants à comprendre la situation et à se comprendre.

Vivre le cheminement de la CNV

Travailler l’auto-empathie avec un déplacement sur le bonhomme de la communication non violente me semble être une chouette activité à mettre en place dans ma classe.

J’ai introduit cet outil lors d’une séance de psychomotricité.

Les enfants l’ont baptisé le « Géant bleu ». Je me suis dit que c’était l’endroit et le moment idéal pour débuter l’utilisation de cette démarche d’auto-empathie.

En effet, pendant les séances de psychomotricité, les enfants entrent sans cesse en interaction, en communication. Il y a donc des conflits ! Aussi, je profite souvent de ces moments pour observer chacun de mes élèves et j’en apprends beaucoup sur leurs relations, leurs intérêts, leurs peurs…

Voici comment nous avons fait connaissance avec le « Géant bleu » :

  • Avant la séance, j’ai dit à mes élèves que j’installais un bonhomme dans la salle et qu’on pouvait librement marcher dessus (ou courir, ou sauter…). Je voulais profiter d’une situation réelle de conflit pour expliquer à quoi il servait et comment l’utiliser.
  • Ninon et Thélio ont été les premiers à l’utiliser. Ninon voulait jouer avec Thélio mais ce dernier ne voulait pas… Petit conflit sans trop de gravité mais Ninon est venue me trouver toute tristounette. J’ai dit à Ninon et Thélio que le Géant bleu allait nous aider à comprendre la situation et à les écouter tous les deux.
  • Dans le cerceau, Ninon a pu utiliser tous les mots qu’elle voulait : « Thélio, il est méchant, il ne veut jamais jouer avec moi ! »
  • Sur la tête, Ninon a expliqué ce qu’il s’était passé ; « J’ai demandé à Thélio pour jouer avec lui et il m’a répondu non ».
  • Sur le cœur, j’ai demandé à Ninon comment elle se sentait. Elle a répondu qu’elle était triste. Thélio la regardait se déplacer sur le bonhomme et l’écoutait sans rien dire.
  • Sur le triangle, Ninon devait exprimer ses besoins. Cette étape a été un peu plus difficile à réaliser. J’ai dû la guider. Ninon a finalement identifié ses besoins en disant qu’elle ne voulait pas être toute seule et qu’elle avait besoin de jouer avec les autres.
  • Sur les jambes, il fallait trouver des solutions. Ninon a d’abord suggéré l’idée d’aller jouer avec quelqu’un d’autre. Et là, Thélio a réagi « Mais non, si elle veut jouer avec moi, elle peut… Mais c’est moi qui décide mon jeu ! »

Thélio a également fait les déplacements sur le « Géant bleu » pour essayer de comprendre pourquoi il avait rejeté la demande de Ninon. Je pense que le fait de se déplacer et de s’exprimer en fonction de l’endroit où l’on se trouve, structure la situation, apaise les enfants, et permet de prendre du recul par rapport à la situation de conflit.

C’est exactement l’outil qu’il me manquait dans ma démarche pour faire de la communication non violente avec les enfants. Le déplacement sur le bonhomme permet aux enfants de distinguer les étapes de la communication non violente et de passer de l’une à l’autre en exprimant leur vécu, leurs ressentis, leurs besoins et leurs propositions de résolution de conflit. Tout cela dans un ordre qui n’est pas imposé puisqu’ils peuvent faire des aller-retours librement.

Jusqu’à présent, nous faisions de la communication non violente à partir de jeux de rôle ; nous faisions semblant. C’est évidemment déjà pas mal mais je pense que maintenant, je vais pouvoir travailler à partir de situations réelles de conflits.

Le « Géant bleu » sera présent à chacune de nos séances de psychomotricité. Je serai là pour guider les enfants dans leurs déplacements dans la communication non violente. Et peut-être pourront-ils l’utiliser sans l’aide de l’adulte ? Et pourquoi pas utiliser cet outil pendant la récréation, moment où l’on doit gérer pas mal de conflits ? Il suffirait de quelques petits coups de peinture sur le sol pour faire apparaitre le Géant bleu dans la cour de récréation !

Je suis convaincue, que dès la maternelle, nous pouvons mettre des outils en place pour apprendre à mieux communiquer. En tant qu’enseignante, je dois donner aux enfants des moyens pour mieux s’exprimer, pour mieux se comprendre et pour mieux comprendre les autres. Bien communiquer, c’est difficile… mais ça s’apprend !

Ce que le module m’a apporté sur le plan personnel

Dans ma classe, nous parlons beaucoup des émotions. Nous les traduisons par des mots, des gestes, des musiques, des dessins, des peintures… Les enfants aiment toutes les histoires traitant ce sujet. Lors de l’évaluation à la fin de chaque journée, les enfants ont l’occasion de raconter comment ils ont vécu leur journée. Nous faisons également un conseil de coopération (deux fois par semaine) pendant lequel ils peuvent s’exprimer sur ce qui va bien ou ce qui ne va pas.

Bref, je donne une grande importance à l’expression des émotions dans ma classe. Et pourtant, dans la vie de tous les jours, je suis quelqu’un qui n’exprime pas très facilement ses émotions… Les petites situations que nous avons vécues pendant le module m’ont poussée à m’exprimer. Mettre des mots sur comment je me sens, trouver une situation dans laquelle je me sens triste ou en colère, sont des exercices qui ne sont pas si facile que ça pour moi. Je suis donc assez contente d’avoir joué le jeu sans avoir dû utiliser le STOP !

J’aimerais aussi introduire la méditation dans ma classe. Je n’ai pas encore osé, je ne me sens pas encore tout à fait à l’aise avec la démarche. Je pense que je vais bouquiner et m’intéresser à ce sujet pour pouvoir faire des exercices de pleine conscience avec les enfants.

Grâce à cette formation, j’ai pu mettre en place des outils concrets dans ma classe et j’ai aussi pu refaire les petits jeux « Brise-glace ». Ces 6 séances m’ont aussi donné l’envie d’approfondir ce que j’ai appris et d’aller plus loin.

Les outils partagés comme par exemple « Graines de médiateurs » vont me permettre de continuer les apprentissages dans le domaine des émotions et de la gestion des conflits dans ma classe et dans mon école. J’ai également envie de me documenter sur la démarche de communication non violente avec la girafe et le chacal.

L’idée d’utiliser des marionnettes pour concrétiser et caricaturer nos comportements dans les situations de conflits me plait aussi assez bien !

Peut-on empêcher la violence en maternelle ?

Par Julie Duelz

Julie Duelz est formatrice à l’Université de Paix (UP). Elle a contribué au développement de plusieurs programmes éducatifs de l’UP, notamment en maternelle.

Depuis quelques années, le nombre de demandes d’animation et de formation pour les équipes maternelle a véritablement explosé dans notre association. Les enseignants se retrouvent parfois démunis par rapport aux comportements des enfants (non-respect des règles, agressivité, coups…).

Parallèlement, notre conviction, étayée par les recherches scientifiques, est qu’il est indispensable de commencer au plus jeune âge d’apprendre à entrer en contact, développer les habiletés sociales et gérer les conflits de façon positive.

En effet, selon les conclusions des nombres recherches menées par Richard E. Tremblay (Prix Nobel de criminologie en 2017), l’enfant n’apprend pas à être violent par les médias et les jeux vidéos comme beaucoup le pensent : c’est dans la toute petite enfance que naissent les agressions physiques (dès le moment où l’enfant a la motricité pour se déplacer et taper, arracher, mordre…). Ce professeur canadien en pédiatrie, psychiatrie et psychologie a commencé sa carrière en prison, et s’est interrogé sur l’âge auxquels prévenir ces actes criminels : quelque que soit l’époque ou le pays, les recherches prouvent que le pic d’agressivité ne se situe pas à l’adolescence comme on peut le croire, mais entre 2 ans et 4 ans, et diminue progressivement jusqu’à 6 ans par la socialisation. Seulement, pour une partie des enfants, cette diminution ne se produit pas. Il est important de travailler avec les enfants dès la maternelle car c’est à cet âge que les programmes de prévention ont le plus de résultats.

L’enjeu de l’éducation en maternelle est donc d’apprendre à tous les enfants des moyens non violents pour obtenir satisfaction, le contrôle de soi, le développement du langage, la gestion des émotions, et de ne surtout pas lâcher les enfants qui sont les plus agressifs en se disant que cela va passer en grandissant.

Pour ce faire, il est indispensable de créer un climat de sécurité affective dans la classe. En effet, les enfants doivent se sentir en confiance dans leur classe, par le cadre et la bienveillance de l’enseignant ainsi que par les relations avec les autres enfants (travail de cohésion de groupe). Si ce n’est pas le cas, l’insécurité des enfants va contribuer à la mise en acte de l’agressivité.

A travers nos programmes éducatifs, nous proposons des pistes concrètes pour travailler la sécurité dans le groupe : par le cadre mis par l’enseignant, par sa manière de communiquer qui préserve l’estime de soi), par l’augmentation de la cohésion de groupe.

Sur base de ce climat de sécurité, l’enseignant pourra enseigner les habiletés sociales : les attitudes en conflit, la capacité à nommer et réguler les émotions, le développement de moyens non agressifs pour obtenir satisfaction, mettre sa limite, être créatif dans la résolution de conflits…

Malgré toute la bonne volonté de l’enseignant de maternelle à créer un environnement sécurisant et à développer les compétences sociales des enfants, il ne peut exclure totalement les agressions physiques qui correspondent au développement normal des jeunes enfants. Ceci permet de rassurer les professionnels tout en encourageant d’agir avec détermination parce que c’est aussi l’âge où la prévention est la plus efficace.

Mes découvertes en gestion de conflits transposées dans ma classe !

Manon Lecocq est enseignante. Elle a suivi un module en gestion de conflits. Elle nous témoigne d’outils qu’elle réutilise dans sa classe, en première primaire.

Ce module « Gestion de conflits » m’a fait prendre conscience et découvrir certaines pratiques informelles.

Des outils de communication, d’écoute et d’accueil des émotions

Le cercle de la frustration 

Le modèle théorique du « cercle de la frustration » montre que l’on peut créer du changement de plusieurs manières pour prévenir ou stopper la violence ou les transgressions.

Un besoin peut être assouvi ou entendu sinon il engendre une émotion (de la colère) qui peut être exprimée, écoutée sinon elle engendre de l’hostilité par la posture, l’attitude qui peut être stoppée par un rappel de la règle et de la sanction ou qui peut aboutir à un acte de violence qui doit alors générer une sanction réparatrice sous peine d’alimenter encore la frustration.

Avec de la communication et de l’écoute, on peut agir sur les besoins et les émotions. Avec des règles et des sanctions, on peut agir sur l’hostilité et les violences.

Avec un élève plus « difficile », j’ai utilisé le cercle de la frustration afin d’agir à plusieurs moments sur ses besoins, émotions et comportements. Cela a fonctionné à plusieurs reprises. La communication lui a permis d’évacuer certaines émotions et d’exprimer des besoins afin de les mettre de côté pour pouvoir penser à autre chose.

Après chaque conflit avec les autres enfants ou avec moi, il y a une discussion et une réflexion sur ce qui s’est passé.

D’abord, après chaque transgression, l’enfant restait avec moi en classe. Je le laissais toujours se calmer au début. Après quelques minutes, je lui demandais de m’expliquer la raison de son comportement. J’essayais alors de lui poser des questions pour lui faire dire ce qu’il s’était passé.

Ensuite, je lui expliquais en quoi il n’avait respecté la règle et je lui rappelais la sanction.

Enfin, nous discutions ensemble sur une réparation possible. Dans certains cas, la réparation pouvait être la sanction. Lorsqu’il se moquait d’un autre, le fait de devoir aller demander pardon à l’enfant, de réaliser un dessin pour s’excuser était déjà une avancée. Dans ce cas, ce n’est parfois pas nécessaire d’ajouter une sanction inconfortable en plus.

« Atterrissage »

La prise en compte des besoins des enfants a été abordée dans le module, justement en lien avec le cercle de la frustration. Cela passe par une attention à des petits moments comme par exemple quand un enfant arrive en retard. Je laisse désormais le temps aux enfants qui sont en retard de s’installer, je ne les « plonge » pas dans l’apprentissage directement. J’avais l’habitude lorsqu’un enfant arrivait plus tard d’aller près de lui et de lui expliquer tout de suite ce qu’on était en train de faire. Maintenant, lorsqu’un enfant est en retard, je lui laisse le temps de sortir ses affaires, de préparer son crayon et sa gomme et, lorsqu’il est prêt, j’arrête l’activité que l’on est en train de faire et je demande aux autres enfants d’expliquer ce qu’on est en train de réaliser.

Cela permet aux enfants de se préparer à apprendre, de se poser calmement et de « se connecter » à l’activité qui est en train d’être vécue et cela permet aux enfants qui n’étaient pas en retard d’expliquer ce qu’ils sont en train d’apprendre pour vérifier leur compréhension.

Un jour, j’ai vu qu’un enfant n’était pas dans de bonnes dispositions pour être réceptif aux apprentissages. Je lui ai alors proposé de ne pas faire l’activité qu’on était en train de faire et de se coucher sur son banc quelques minutes. Il a accepté sans déranger le groupe et il était bien prêt pour l’activité suivante.

Le « poisson froid » pour répondre aux provocations

Durant le module, nous avons distingué deux types de violence :

  • La violence « chaude » : une émotion peut amener un acte de violence. Dans ce cas, une discussion, une situation d’écoute (et éventuellement une sanction) pourraient résoudre le problème.
  • La violence « froide » fait référence à un comportement de domination pour avoir le contrôle de la situation (par exemple, par des provocations). Lorsque l’on est confronté à une violence froide, il est conseillé de ne pas réagir directement (par exemple, compter 5 secondes dans sa tête « 5 crocodiles ») et de faire le « poisson froid ». Face à de tels comportements, la technique du « poisson froid » consiste à montrer que la situation ne nous atteint pas, que nous avons confiance en nous, que nous sommes conscients de notre valeur afin d’empêcher l’autre de prendre le pouvoir. Le « poisson froid » peut déstabiliser l’enfant en lui montrant que ses provocations n’ont aucun impact sur nous.

La technique du « poisson froid » fonctionne très bien. Le fait d’attendre quelques secondes avant de répondre déstabilise complètement notre interlocuteur lorsque celui-ci essaie de prendre un ascendant sur nous (par des provocations, par exemple), et cela nous permet de gagner en assurance. Montrer que ce qu’on entend n’a pas d’impact sur nous fait perdre de l’influence à notre interlocuteur. Après un certain temps, l’enfant a moins envie de provoquer puisqu’il a compris que ça n’aurait pas d’impact sur nous.

La météo pour exprimer ses émotions

Cette activité consiste à « prendre la température » du groupe, à exprimer son humeur, ses sentiments directement ou à l’aide du vocabulaire de la météo. Je l’utilise tous les matins dans ma classe, les enfants doivent lever ou baisser le pouce et dire comment ils se sentent. J’ai dû ajouter le geste à la parole parce que certains enfants étaient trop réservés pour parler devant les autres.

Au début, certains enfants ne s’exprimaient pas parce qu’ils étaient gênés de prendre la parole devant le groupe. J’ai alors proposé à ces enfants-là de lever ou de baisser le pouce selon leur humeur et de ne pas parler. Après plusieurs jours, je leur ai dit qu’ils avaient le droit de ne rien dire mais qu’ils pouvaient aussi essayer de dire un mot quand ils seraient prêts.

Puis, petit à petit, tous sont parvenus à dire un petit mot sur leur humeur du jour. Les enfants adorent ça et cela permet également de désamorcer un besoin, une émotion pouvant amener un éventuel comportement « violent ». Effectivement, une émotion qui est exprimée permet déjà à l’enfant de se décharger de cette émotion et d’essayer de se concentrer sur autre chose. Cela permet aussi à l’enseignant d’être plus attentif à tel enfant en fonction de ce qui aura été dit lors de la « météo ».

Cette activité renforce le sentiment d’appartenance au groupe et la confiance en soi. Pour certains enfants, c’est un réel défi de s’exprimer sur leurs émotions devant le groupe. Sans forcer les enfants, au fur et à mesure, ils prennent de l’assurance et osent s’exprimer de plus en plus.

L’activité « météo » est positive pour chaque enfant. Effectivement, ceux qui ont besoin de s’exprimer en ont la possibilité. Ceux qui ont « peur » de s’exprimer peuvent simplement faire un geste et ajouter des mots après quelques temps. Ces derniers prennent confiance en eux petit à petit.

Cette activité a aussi permis à un élève « difficile » de trouver une place dans la classe et de se sentir appartenir à la classe mais aussi de s’exprimer et de libérer des émotions ou des besoins qu’il avait envie de partager. De plus, elle m’a permis d’écouter ce qu’il avait envie de dire et d’être attentive à son humeur afin d’essayer d’anticiper certaines ces réactions. Cette activité me permet également de prendre du temps pour écouter et essayer de percevoir l’univers de chaque enfant.

La synchronisation pour se connecter avec empathie

La synchronisation est le fait de se coordonner physiquement avec notre interlocuteur, de prendre la même posture, la même attitude que celui-ci. À l’école et dans ma vie personnelle, je fais régulièrement preuve d’empathie et je suis très souvent synchronisée avec la personne avec laquelle je parle. J’ai pris conscience de cela après notre séance sur ce thème. Je trouve cela très amusant d’observer les comportements des gens et de voir ou non leur synchronisation avec leur interlocuteur.

Les règles et la discipline positive

Donner du sens à la règle

Dans ma classe, nous n’avons qu’une règle : « il est interdit d’empêcher d’apprendre » (aux autres ou à soi-même).

Nous avons exprimé et listé des comportements observables rencontrant ou non cette règle avec les enfants. Pour apprendre, il faut être dans de « bonnes conditions » comme ne pas interrompre autrui / parler une personne à la fois, avoir son matériel en ordre…

Cette règle « empêcher d’apprendre » peut être déclinée pour beaucoup de cas. Cependant, il est clairement difficile de s’obliger soi-même à apprendre et encore plus de sanctionner une transgression à cette règle. Mais par cet aspect de la règle, je voulais attirer l’attention des enfants sur le fait que leur comportement influençait les apprentissages du groupe mais aussi leurs apprentissages personnels. Je mets beaucoup plus l’attention sur les conséquences de nos comportements pour chacun et essaie ainsi de les responsabiliser petit à petit plutôt que de leur dire que « c’est comme ça ».

Ce point me semble important et je voudrais le mettre en place davantage dans ma pratique future.

Une sanction est accompagnée d’une écoute

Lorsqu’un enfant est puni, la sanction est toujours suivie d’un moment d’écoute et d’un temps de réflexion sur la réparation qui pourrait être envisagée. Ce point me semble important et je voudrais le mettre en place dans ma pratique future.

Une discipline positive

En parallèle, je valorise les enfants dès qu’ils font quelque chose de bien. Plusieurs enfants ont pris goût à cela et, maintenant, essayent réellement de bien faire et font beaucoup moins de bêtises. Des enfants qui attiraient autrefois l’attention par un comportement inapproprié comprennent qu’ils peuvent attirer l’attention autrement. Ils sont moins dans la provocation, en train de chercher les autres, plus posés… Ils jouent plus calmement dans la cour.