Ressources pédagogiques

Comprendre et développer la résilience

Quelles aptitudes pour « rebondir » après une expérience douloureuse ? Comment les développer ?

Nous vous proposons un dossier de fond relatif au développement de l’intelligence émotionnelle chez les enfants. Ce document a été produit par le Groupe de Travail « Résilience » du Conseil académique en gestion de conflits et en éducation à la paix. Il est issu d’une réflexion ayant débuté en septembre 2017.

Membres du Groupe de Travail ayant contribué à cette note : Florence Guastella, Isabelle Brouillard, François Bazier, Pascal Minotte, Stefan Vanistendael.

En lien avec la mission de prévention de la violence de l’Université de Paix, un groupe de travail du Conseil académique en gestion de conflits et en éducation à la paix a choisi de s’intéresser au phénomène de la résilience.

Dans cette note, nous identifions des situations dans lesquelles des individus ont a priori mis en œuvre des capacités de résilience, c’est-à-dire des aptitudes à « dépasser » l’expérience douloureuse et à se reconstruire. Sur cette base, nous proposons des pistes afin de développer les dispositions des individus à la résilience.

Définition

Sur Wikipédia, la résilience est définie comme « un phénomène psychologique qui consiste, pour un individu affecté par un traumatisme, à prendre acte de l’événement traumatique pour ne plus, ou ne pas, avoir à vivre dans la dépression et se reconstruire ».

D’un point de vue étymologique, toujours sur Wikipédia, nous trouvons la définition suivante : « la résilience est la capacité d’un matériau à absorber de l’énergie quand il se déforme sous l’effet d’un choc (déformation rapide) ». Il est important de comprendre un aspect particulier du processus de résilience, qui consiste à devoir « chauffer plus fort », à plus haute température que la première fois, une tôle « bosselée » que l’on veut remettre dans une forme correcte, lorsqu’une tôle à subit un choc et une déformation.

En fonction de cela, Cyrulnick met en garde dans ses conférences : dans son extension psychologique, le terme de résilience ne peut pas se limiter à simplement le concept de « rebondir » après une épreuve. D’où l’importance d’un « tuteur de résilience ». Les tuteurs de résilience ont les caractéristiques suivantes :

  • « Ils manifestent de l’empathie et de l’affection
  • Ils s’intéressent prioritairement aux côtés positifs de la personne
  • Ils ne se découragent pas face aux échecs apparents
  • Ils respectent le parcours de résilience d’autrui
  • Ils facilitent l’estime de soi d’autrui
  • Ils évitent les gentilles phrases qui font mal »

Stefan Vanistendael (BICE) définit la résilience comme étant « la capacité d’un individu ou d’un groupe à surmonter de très grandes difficultés et à croître dans la vie. Il peut s’agir de traumatismes, de grande pauvreté, d’une maladie grave, d’un deuil lourd, ou d’autres problèmes. Le journal d’Anne Frank ou la vie de Nelson Mandela sont des exemples célèbres de résilience ».

Comment se fait-il que certains « s’en sortent mieux » que d’autres après une expérience « traumatique » ? Est-il possible de développer des capacités à la résilience dans le cadre de formations individuelles ?

Dans cette note, nous identifions un ensemble de « ressources » susceptibles de favoriser la résilience.

Pistes et facteurs de résilience

Boris Cyrulnik identifie 3 pistes pour les professionnels accompagnant les enfants sur comment favoriser la résilience chez l’enfant, c’est-à-dire lui permettre de développer des compétences sociales : capacité à communiquer, empathie, souplesse, tolérance, humour, ouverture d’esprit, collaboration ; la capacité à résoudre des problèmes par lui-même, à savoir mesurer ses forces et se fixer des objectifs réalistes ; des capacités à décrypter l’environnement et la réalité ; l’autonomie et la responsabilisation et l’optimisme et l’espoir en l’avenir.

  • La présence de personnes concernées pas le bien-être de l’enfant.
  • Avoir des attentes positives vis-à-vis de l’enfant.

Si nous nous attendons à ce qu’un enfant réussisse et soit heureux, notre communication verbale et non-verbale s’adaptera automatiquement à cette vision et l’enfant le sentira. Il se comportera de telle manière que la « prophétie » se réalise. D’où le terme de prophétie auto-réalisatrice.

  • Les occasions de participation.

Rendre actif un enfant blessé est un moyen de l’aider à guérir de ses blessures. Il est essentiel de lui donner des occasions de se sentir utile en agissant. Cela renforcera son estime personnelle. Les encouragements dans l’effort ou l’intention de l’effort trouvent une place de choix dans ce troisième conseil.

Selon Stefan Vanistendael, 5 facteurs constituent la résilience :

  • Des réseaux d’aide sociale et, au cœur de ces réseaux, l’acceptation inconditionnelle de l’enfant en tant que personne ;
  • La capacité de trouver un sens à la vie ;
  • Des aptitudes et des compétences à connaitre et à utiliser ;
  • L’amour propre ;
  • Le sens de l’humour.

Cf. également Lecomte, J., « Les caractéristiques du tuteur de résilience », Recherche en soins infirmiers, 2005. 

La notion de « ressource »

D’emblée, nous constatons une tension entre un « donné » lié à des « personnalités » individuelles et des « stratégies » que chacune et chacun pourraient déployer. Si certains ont peut-être des « dispositions internes » plus favorables à mettre en place des stratégies pour « aller mieux », il nous semble fertile de postuler que ces stratégies peuvent être développées et « entrainées » à différents niveaux chez tous les individus.

Dans une première approximation, nous pourrions dire qu’une « juste estime de soi » (conscience de ses forces et de ses faiblesses, de sa valeur en tant que personne), par exemple, fait partie des ressources mobilisables par un individu.

Or nous savons que cette estime est variable en fonction des circonstances et contextes (cf. e. a. « Comparaison sociale »), et que si celle-ci se construit en grande partie durant l’enfance, elle peut être développée également à l’âge adulte. Autrement dit, chacun a certainement des « bases » plus ou moins propices à des comportements résilients, et en même temps celles-ci ne sont pas acquises une fois pour toutes.

Des ressources « communautaires » et un réseau relationnel

Les capacités de résilience d’un individu à mobiliser ou non les ressources à sa disposition ont également une dimension culturelle, voire communautaire. Ainsi, la résilience pourrait également être approchée comme un processus collectif et non seulement individuel.

Il a notamment été observé qu’après une catastrophe climatique, par exemples, des communautés ayant des habitudes d’entraide citoyenne à travers des projets communs (comme les « Incroyables comestibles » – cf. cet article et celui-ci) ont « rebondi » plus vite et plus efficacement que d’autres villages touchés par cette catastrophe.

De manière générale, le réseau relationnel d’un individu fait partie des ressources potentielles face à un événement traumatique.

En guide de prolongement, nous nous demandons s’il y a moins de « ressources communautaires » aujourd’hui qu’avant ? Le « noyau familial » contemporain semble plus éclaté qu’auparavant. Il y a une complexification des situations avec différentes dimensions problématiques. De surcroit, le contexte social se veut plus ou moins rassurant, sécurisant. Dans Sociologie des réseaux sociaux, Pierre Mercklé évoque plusieurs indicateurs de la baisse de la « cohésion sociale ». En étant optimistes, nous pouvons constater qu’en parallèle, des « projets communautaires » voient le jour pour tisser des liens entre citoyens.

Dans un cas comme dans l’autre, nous soulignons que le contexte de société « général » peut contribuer à plus ou moins de sécurité, à plus ou moins de confiance en soi et dans les autres, et de ce fait à des capacités plus ou moins fortes de « rebondir » face à l’adversité. Si une personne vit dans un contexte de précarité (pas seulement du point de vue économique), elle aura potentiellement plus de mal à « se relever » si elle doit faire face à une situation difficile supplémentaire.

Cela souligne l’attention à porter au continuum entre les « causes internes » et les « causes externes » d’un mal-être. C’est ce que l’on appelle l’erreur fondamentale d’attribution en psychologie sociale : il y a une tendance à surévaluer les « caractéristiques internes » d’un agent par rapport à celles du contexte, ici lorsque l’on évalue sa propension à aller plus ou moins bien. Un risque que cela représente consiste à faire porter totalement la charge de son mal-être : il serait seul responsable de sa rémission. Nous soulignons l’importance de distinguer l’attribution interne de l’attribution externe, y compris lors du travail visant à reconnaître pleinement le vécu traumatique.

Dans le cas du harcèlement scolaire, nous l’attribuons plus volontiers à des causes liées au contexte, à des dynamiques de groupe. Cela va à l’encontre de la figure du « héros » qui s’interposerait entre le « méchant » harceleur et sa (« gentille ») victime. Il demeure bien entendu possible de travailler sur des postures individuelles, et en même temps le travail collectif sur le contexte permet de trouver des issues plus favorables au bien-être de chacun.

Des capacités à « esquiver » et à se protéger

Dans ses observations relatives aux stratégies mises en place par les adolescents pour faire face à leurs difficultés, Pascal Minotte soulève également que l’évitement peut en soi être un comportement efficace pour aller mieux.

A ce sujet, cf. notamment :

– Minotte, P., & Antoin, A. (2016). Cyberharcèlement et ressources mobilisées par les adolescents – Partie 1. Note de l’Observatoire “Vies Numériques” du CRéSaM, 1, 23.

– Minotte, P., & Lê, A. (2017). Cyberharcèlement et ressources mobilisées par les adolescents – Partie 2. Note de l’Observatoire “Vies Numériques” du CRéSaM, 2, 28.

Il existe, en lien avec ce sujet, toute une littérature sur les stratégies de coping des ados. Par exemple : Compas, B. E., Orosan, P. G., & Grant, K. E. (1993). Adolescent stress and coping : implications for psychopathology during adolescence. Journal of Adolescence, 16(3), 331–349.

Concrètement, certains adolescents considèrent par exemple le jeu vidéo comme un « refuge ». Le jeune se retranche « dans sa caverne », puis parfois passe à autre chose. Ce serait une manière à la fois de faire « diversion » du problème, de l’éviter, de « laisser passer l’orage » en se constituant une « bulle de sécurité ». Toutes ces « bulles de sécurité » dans lesquelles se réfugient des personnes (« ma maison », ma chambre », « ma musique »…) peuvent être vu autant comme des symptômes que des ressources.

Accueillir ses émotions et ses besoins

La reconnaissance de ses valeurs, de ses émotions et de ses besoins est également une porte d’entrée possible. L’hypothèse ici est que le fait de reconnaître un manque ou une frustration permet soit de les satisfaire (ou au moins, les exprimer), soit de les accueillir et d’en faire le deuil.

Accueillir nos fragilités – Résilience et prévention du suicide

Par rapport à la prévention du suicide, la question posée est de chercher pourquoi tant de personnes ayant eu des idées ou des projets de suicide ne sont pas passées à l’acte. Beaucoup de facteurs peuvent contribuer à la résilience et à la prévention du suicide. La qualité des relations humaines joue un rôle fondamental. Stefan Vanistendael porte l’attention sur trois autres éléments pouvant contribuer à préserver ou à construire ou à reconstruire cette tension positive entre réalisme et espérance :

  • L’accueil de nos fragilités ;
  • La beauté ;
  • L’exploration d’un socle de sens dans la vie quotidienne.

A priori, des fragilités et des faiblesses apparaissent comme des facteurs de risque par rapport à la résilience et au suicide. Toutefois, beaucoup dépend de la façon de les gérer, de les intégrer dans la vie.

Notre société, les médias ou notre entourage nous inspirent souvent des attentes trop élevées, irréalistes surtout quand nous pensons à nos fragilités. « Tout est possible, tu peux tout faire, cela ne dépend que de toi ». Cette surenchère de nos attentes et exigences rend la vie et le bonheur difficiles, parfois même impossibles. Au pire, elle programme l’échec. Un tel climat de société peut nous rendre malade tout en criant le bonheur.

Stefan Vanistendael croise cet élément avec la qualité de nos relations humaines. Ainsi une relation vraiment profonde entre deux personnes peut croitre, s’approfondir parfois en dépassant le stade de l’admiration mutuelle, en découvrant les fragilités de l’autre, et en les respectant. La conscience mutuelle de ces fragilités ainsi que le respect mutuel pour ces fragilités peuvent contribuer à une relation très profonde et intime.

Une telle approche positive des fragilités humaines – avec ou sans rituels – n’est pas toujours facile, il ne s’agit pas d’une solution miracle ni d’un romantisme de goût douteux. Il s’agit vraiment de la lutte pour garder active cette tension entre réalisme et espérance, une tension finalement vivifiante.

Voici un exemple concret mais extrême et dur. Bieke Vandekerckhove était une jeune étudiante flamande, brillante et très enthousiaste, qui a été terrassée par une maladie dégénérative, lentement et en plusieurs étapes. Elle s’est même mariée pendant cette maladie. Après des années de lutte elle est décédée en septembre 2015. Elle a témoigné de cette lutte dans ces écrits. Elle précise à un moment ce qui reste quand tout semble s’écrouler dans sa vie. Elle mentionne cinq choses qui méritent d’être méditées, sans en faire des dogmes :

  • Mon histoire de vie
  • Mes questions (à ce moment de désespoir évidemment pas les réponses)
  • Le hurlement (on peut penser au fameux tableau du peintre norvégien Edvard Munch)
  • Le silence
  • Le sourire (elle dit bien sourire, et non pas le rire)

(cf. Bieke Vandekerckhove, « De smaak van stilte» (Le gout de silence), Ten Have – Lannoo, Tielt, 2013)

Adopter un nouveau point de vue

Que ce soit dans les thérapies cognitives et comportementales (dont l’Eye Movement Desensitization and Reprocessing – « EMDR », utilisé notamment après des accidents ou traumatismes tels que suite à un viol (notons que selon certaines études récentes, le mouvement des yeux n’est pas une composante fondamentale de l’efficacité de cette technique)), les thérapies dites « systémiques » ou encore à travers la pratique de la « pleine conscience », l’idée est que l’événement traumatique ne peut pas être effacé. On ne peut pas changer ce qui s’est passé. Par contre, il est possible d’agir sur notre regard sur ce qui s’est passé, sur notre regard sur nous-mêmes, sur le monde, sur notre avenir…

Nous avons prise sur la manière dont nous nous racontons les choses. A travers la narration que nous en faisons, un événement peut raviver un traumatisme ou au contraire être porteur de soulagement, de solutions ou simplement de sens. La résilience, ce serait cela : ce n’est pas le traumatisme qui s’en va, mais le fait de « faire avec ».

Au sujet des croyances et représentations du monde, parfois, c’est de véritables schémas de fonctionnement mental dont il est question. Pour comprendre cela, nous prenons l’image du lit de la rivière qui se creuse. En fonction des événements de vie auxquels un individu est confronté, il va progressivement mettre en place un ensemble d’habitudes de réactions, comme une rivière trace son sillon au fur et à mesure. Pour cette raison, « creuser » un nouveau parcours implique de donner sens et de solutionner des situations autrement, à plusieurs reprises. Il s’agit de créer de « nouvelles » habitudes, en quelque sorte, pas toujours seulement liées à la situation traumatique.

Ecrire (la suite de) l’histoire

Il s’agit donc en quelque sorte de pouvoir à la fois « donner du sens » à ce qui s’est passé, mais aussi « ouvrir » à la suite. C’est à la fois une manière d’adopter un point de vue pour « accueillir » les événements, les reconnaître, et à la fois une façon de se positionner en tant qu’acteur du changement.

Ecrire l’histoire – au figuré ou au propre correspond à une manière de se la réapproprier, voire de la rendre « autre ». Notons que le temps du « récit » est très présent dans la pratique de l’EMDR ou encore même dans la résolution de conflits en médiation. L’idée est que le fait de dépasser une situation difficile implique de (se) la raconter plusieurs fois, de l’extérioriser pleinement, de différents points de vue.

Explorer le sens de la vie

Le sentiment que la vie a un sens vient de la connexion positive entre notre vie individuelle, vie avec ses hauts et ses bas, d’une part, et le courant de la vie autour de nous, l’existence en tant que telle, d’autre part.

Concrètement : si les connexions positives à la vie jouent un rôle dans la découverte de sens, nous avons des possibilités quasiment infinies pour explorer ce sens. Une telle exploration pose un défi car souvent ce lien positif est trop évident, trop facilement oublié, négligé, parfois même méprisé.

Exemple : il est si évident de porter un nom, presque trop évident, que nous pouvons facilement en sous-estimer l’importance.  Mais un poème de la poétesse néerlandaise Neeltje Maria Min nous laisse sentir et vraiment comprendre l’importance de porter un nom.

Ma mère a oublié mon nom

Mon nom,

Ma mère l’a oublié,

Mon enfant l’ignore encore.

Seule je suis, exposée, mais qui le sait ?

Donne-moi un nom, dis-moi mon existence,

Que mon nom soit comme une chaine.

Un nom, un nom, dis-moi mon nom,

O, appelle-moi par mon nom le plus profond.

Pour celui que j’aime je veux avoir mon nom.   

Neeltje Maria Min, poétesse néerlandaise. Original néerlandais, dans son recueil « Voor wie ik liefheb wil ik heten » (Pour celui que j’aime je veux avoir mon nom), Bert Bakker, Amsterdam, 1983. Une traduction adéquate de ce poème est quasiment impossible vu l’absence du mot clé « geborgen » et toute sa richesse de nuances, dans le vocabulaire de plusieurs autres langues, comme le français ou l’anglais ou l’espagnol. Malgré cette difficulté le poème garde une grande force d’expression.

Ces connexions à la vie par les petites choses forment comme un socle de sens dans la vie : un socle n’attire pas l’attention, il est souvent comme enfoui, oublié, mais il est important qu’il soit là, il porte et soutient le monument plus grandiose.

Exemples de pistes pour explorer le sens de la vie :

  • les grandes responsabilités pour des humains, des plantes, des animaux, même des objets
  • les amitiés profondes
  • une vie familiale réussie
  • les grands projets motivants et constructifs
  • un travail que nous aimons
  • un engagement bénévole constructif
  • une foi non sectaire, religieuse ou non, qui nous invite à entrer plus profondément dans la vie
  • la philosophie
  • la beauté

Exemple de résilience par l’exploration du sens de la vie : une femme réfugiée.

Cette femme très solide, mise en prison dans une cellule d’isolation totale sous une dictature dans son pays en témoigne des années plus tard : dans une telle isolation, réellement coupée de la vie, il est surprenant de voir que des idées de suicide viennent si rapidement.

Des années après son accueil et son installation en Suisse, elle remercie dans une lettre l’assistant social qui l’a aidée et accompagnée, pour tout ce qu’il a fait. Mais elle le remercie surtout parce que chaque fois qu’elle devait venir dans son bureau il lui avait offert une tasse de café, et ce petit geste avait fait le plus grand bien à cette réfugiée.

Cela attire notre attention sur l’importance des gestes les plus simples, comme le partage d’une tasse de café ou la beauté d’une simple carte postale, ou d’une goutte de parfum, constatée par des visiteurs de la Croix Rouge Internationale quand ils rendent visite à des détenus politiques dans des prisons atroces. Des gestes très simples ont un caractère humanisant, non pas seulement pour le détenu mais aussi pour le visiteur de la Croix Rouge (Paul Bouvier, « Humanitarian care and small things in dehumanised places », in : International Review of the Red Cross, Nr 888, 2012). Par ces petits gestes, chacun se lie parfois à nouveau à la vie.

Se (re)connecter au plaisir du quotidien et avec le corps

En lien avec cette « exploration » renouvelée de la vie, on peut évoquer tous les liens possibles avec la psychologie dite « positive » et les liens avec le corps, la (re)découverte des « plaisirs simples », les pratiques de méditation, les pratiques sportives, les arts martiaux, etc.

Entre réalisme et espérance : « la surprise d’un mieux »

Pour Stefan Vanistendael, « la résilience devient visible dans les cheminements de vie qui nous surprennent en bien » : la recherche de l’articulation entre réalisme et espérance est au cœur de la résilience. Cette articulation espérance – réalisme constitue déjà en elle-même la « surprise d’un mieux », car nous ne mettons pas spontanément ensemble espérance et réalisme. Néanmoins, le réalisme sans l’espérance peut conduire à un cynisme dévastateur, et l’espérance sans le réalisme à des illusions dangereuses. Dans la mesure où nous pouvons préserver cette tension entre réalisme et espérance, elle peut même porter des fruits.

A ce titre, notons que la foi pourrait jouer un rôle dans la résilience des individus.

Injustice et impuissance : (ré)apprendre à donner et recevoir

Les développements ci-dessous sont basés sur « l’approche contextuelle » développée par Iván Böszörményi-Nagy. Cf. également

  • Michard P. « Le droit de donner avant toute dette ». In Le groupe familial n°144 – 7/94, pp. 59-65.
  • Heireman M. Du côté de chez soi. La thérapie contextuelle d’Ivan Boszormenyi-Nagy. Paris, ESF, 1989.

Selon cette approche, « quand on donne, on acquiert toujours quelque chose ». Le problème survient quand la balance du « donner/recevoir » est bloquer : la personne a l’impression par exemple d’avoir « tout donné », qu’on lui a « tout pris » ou encore qu’elle n’a « plus rien à donner ». Il s’agit dès lors de retrouver du pouvoir d’agir, de récupérer une capacité à donner et à recevoir.

C’est entre autres une question de reconnaissance. Quand on donne et que ce n’est pas reconnu, voire que c’est blâmé, cela génère des situations difficiles.

Il est très important de reconnaitre le droit de donner de chacun. Ce droit de donner nous valide dans notre humanité.

Cette reconnaissance est nécessaire mais non suffisante, dans la mesure où la personne peut se donner ou non la permission d’être reconnue. Un préjudice ancien non reconnu peut créer un dysfonctionnement par rapport à la reconnaissance. De plus, il y a des « bénéfices secondaires » au statut de victime (« on s’occupe de moi ») qui font que celui-ci peut devenir chronique en quelque sorte. La résilience doit donc être profondément « motivée » de l’intérieur, accompagnée d’une intention au clair avec les gains et les pertes à « tourner la page ». Abandonner une manière de faire ou d’être, même lorsque celle-ci est liée à une souffrance, représente un deuil.

La démarche de récit peut permettre de comprendre la situation. Il ne s’agit pas de « pardonner » l’un ou l’autre bourreau (qu’il soit réel ou symbolique), mais de « l’exonérer », parfois, de la dette que nous ressentons à son égard.

Ici aussi c’est l’approche contextuelle développée par Ivan Boszormenyi-Nagi. Par contre, lui ne parle pas de démarche de récit telle quelle. Il s’agit là de l’approche narrative développée par d’autres auteurs.

La notion d’exonération est brièvement expliquée dans cet article : Heireman M.& Igodt P., L’approche intergénérationelle : la danse de la loyauté et de l’autonomie. L’éthique relationelle dans la thérapie et dans la formation, p. 7.

Face aux ruminations du passé, aux situations « non solutionnées », dans lesquelles il y a ce manque, il s’agit en quelque sorte de « clôturer les comptes » de ce qui a été donné ou reçu afin de pouvoir récupérer sa capacité à le faire dans la vie quotidienne.

Ceci peut se faire notamment à travers la voie artistique.

L’expérience de la beauté

La beauté est souvent considérée comme réservée à une élite ou comme la cerise sur le gâteau quand tout va bien. L’expérience montre que des personnes très démunies sont sensibles à la beauté et la beauté est un soutien réel dans leurs difficultés, souvent sans être utile pour une chose précise.

On trouve des témoignages convergents venant de plusieurs pays, de plusieurs situations : en prison, en territoire occupé, dans une favela, chez le père d’une famille très pauvre en Suisse, chez des détenus en prison politique très dure, en soins palliatifs… Le pédopsychiatre français Marcel Ruffo exprime à partir de son expérience pratique son intuition : « la beauté soigne ». L’art-thérapie illustre un pari sur cette intuition, sans en faire une solution miracle.

Il s’agit également d’une connexion positive et parfois forte avec la vie en dehors de soi, ce qui peut donner un sentiment, conscient ou inconscient, que la vie a du sens.

Pour une personne suicidaire Stefan Vanistendael pose les questions de travail suivantes : est-ce que cette personne est encore capable d’une telle expérience de beauté ? Si non, comment pouvons- nous rétablir cette capacité ?

Vivre des expériences artistiques ou culturelles : le cas de Théâtre et Réconciliation

Théâtre et Réconciliation vise, comme le nom l’indique, à rassembler des personnes qui sont opposées par un conflit et à les amener à traiter leurs points de vue contradictoires à travers le théâtre.  

L’approche artistique du metteur en scène Frédérique Lecomte éveille la « résilience » des acteurs ou du moins transforme la personne à partir de la mise en récit de soi (Niewiadomski, C., Delory-Momberger, C., La Mise en récit de soi : Place de la recherche biographique dans les sciences humaines et socialesPresses Universitaires du Septentrion, 2013).

La Mise en récit de soi : Place de la recherche biographique dans les sciences humaines et sociales. Ce livre retrace le projet de Théâtre & Réconciliation mené depuis plus d’une décennie par la metteuse en scène belge Frédérique Lecomte. Elle y présente, sur base de journaux et de carnets de voyage, de correspondances et de témoignages, la méthode qu’elle a imaginée et mise au point pour faire du théâtre un instrument de réconciliation — pour autant que la chose soit possible — dans les zones de conflit (au Burundi avec les victimes de torture comme avec les tortionnaires ou au Congo avec les enfants soldats notamment) et, plus généralement, venir en aide aux personnes fragilisées (prisonniers, demandeurs d’asile, malades du sida, rapatriés ou déplacés, victimes de violences sexuelles, etc.). Soucieuse de communiquer son expérience et de rendre sa méthode accessible à toute personne ou association désireuse d’élargir les potentialités curatives du théâtre dans des contextes de crise et de conflit, Frédérique Lecomte a demandé à Karel Vanhaesebrouck et à Marie Soleil-Frère, tous deux chargés de cours à l’université libre de Bruxelles, ainsi qu’à son collaborateur Ewout Dhoore, de resituer le contexte historique, culturel et politique de ce type d’intervention théâtrale qui requiert une grande intelligence du terrain.

Cette méthode se base sur l’expérience vécue. Elle est éveillée à partir de stimuli créés à partir des préoccupations des acteurs : quels sont leurs désirs, leurs peurs, comment ils comprennent leur situation… A partir de cela, ils improvisent et le metteur en scène leur pose des questions ouvertes/qui invitent à la reformulation, à approfondir à mieux comprendre son point de vue (un peu comme en médiation) et qui finalement transforme et fait évoluer sa perception et celles des autres (prise de conscience de sa souffrance et de celle des autres, développement de l’empathie à travers un processus cathartique). Ensuite, à partir de la première improvisation et de la discussion qui s’ensuit Frédérique Lecomte met en scène ce qui lui semble être le point crucial. Cela permet à l’acteur de prendre de la distance sur ce qu’il vit ou a vécu et donc d’accéder à la résilience.

Bref, à travers le jeu théâtral des changements s’opèrent dans et entre les individus.

Au Burundi, Frédérique Lecomte a travaillé avec différents groupes en conflits (des condamnés à mort, des tortionnaires, des victimes de tortures, des enfants démobilisés, des femmes violées…). Tous participaient sur base volontaire ; ils reposaient sur leur envie de parler. Un des premiers spectacles était intitulé d’ailleurs « si ayo guhora » (littéralement cela ne peut pas se taire).

Dans la pratique, chacun s’exprimait dans son idiome pour raconter son histoire, se réconcilier avec lui-même et, avec les autres. A travers la création théâtrale conjointe, un processus de reconnaissance mutuelle et de récupération de l’estime de soi se met en place.

Nous nous situons ici au croisement entre :

  1. Questions de sens / projet qui fait sens [cf. note sur la radicalisation + Paul-Henri]
  2. Emotions
  3. Reconnaissance
    1. de ses qualités / compétences
    2. des préjudices, de l’injustice

Communiquer ses préoccupations

Pour qu’un enseignant soit perçu comme une « ressource » du point de vue de ses élèves, il doit être identifié comme se souciant de ceux-ci. Ce postulat est partagé notamment dans les méthodes permettre de solutionner les situations de harcèlement scolaire, telles que la méthode « Pikas », dite de la « préoccupation partagée ». Concrètement, cela signifie que pour dépasser une situation problématique, cela implique de communiquer ses préoccupations.

Pascal Minotte constate que la sollicitation d’un adulte est assez marquée au niveau du genre : un garçon se tourne vers un adulte perçu comme préoccupé lorsqu’il rencontre un problème, tandis que cinq filles ont tendance à le faire.

Cf. les sources suivantes :

Autrement dit, la littérature scientifique montre unanimement que les filles demandent plus volontiers de l’aide pour résoudre leurs problèmes que les garçons et ce pour tous les types de problèmes.

La stratégie de soutien social est plus utilisée par les filles lorsqu’elles sont confrontées à une situation stressante. A ce sujet : Sordes-ader, F., Esparbès-Pistre, S., & Tap, P. (1997). Adaptation et stratégies de coping à l’adolescence. Etude différentielle selon le sexe et l’âge. Spirale – Revue de Recherches En Education, 20, 131–153.

Il est cependant intéressant de relativiser ce constat en fonction du contexte. L’étude de Eliot, M., Cornell, D., Gregory, A., & Fan, X. (2010) mentionnée ci-dessus montre que dans une école où les élèves perçoivent les enseignants comme étant soucieux de leur bien-être, les garçons ne sollicitent que deux fois moins d’aide que les filles. Par contre, dans un établissement scolaire où les élèves ne perçoivent pas les enseignants de cette façon, les garçons sollicitent cinq fois moins d’aide que les filles. Autrement dit, l’impact du genre est significativement pondéré par la qualité de l’environnement scolaire.

Ces observations préalables nous mènent à dire qu’en cas de situation traumatique – ou simplement « difficile » à traverser, le fait de considérer l’aide d’autrui comme une ressource peut également être « travaillé ». Dans le cas de travailleurs qui encadrent des personnes ou ont le mandat d’en prendre soin, il y a une affaire de « posture » : une personne qui a besoin d’aide ou de soutien n’en demandera vraisemblablement pas à quelqu’un qui ne semble pas se préoccuper de son bien-être. Dans le cas de ceux qui pourraient se tourner vers la relation d’aide, cela implique d’être conscient que l’autre peut être présent et le cas échéant apporter un soutien.

L’humour constructif

Stefan Vanistendael a aussi écrit des articles sur l’importance de l’humour constructif et de la spiritualité (éventuellement foi non sectaire). « Et pourtant je souris, malgré ce qui va mal ». Cf. annexes + Vanistendael Stefan, « Humour et résilience : le sourire qui fait vivre », dans La résilience : le réalisme de l’espérance. Toulouse, ERES, « Fondation pour l’Enfance », 2005.

Note de lecture et commentaires de Stefan Vanistendael

« Ce texte est riche et proche de la pratique, de la vie réelle. Il y a un problème pratique pour approfondir ce thème : il existe des milliers de publications et de références en plusieurs langues sur la résilience et spécifiquement sur la résilience humaine. A mon avis, il n’y a plus personne, ni aucun « expert » qui peut vraiment maîtriser ce domaine. Cela incite à une certaine humilité. Mais je trouve que votre texte répond très bien à ce défi d’un « approfondissement humble ». En plus, il répond à un défi fondamental que j’ai appris d’un chercheur allemand : « Pour approfondir la résilience il faut construire une sagesse qui intègre la science, et qui la dépasse ». Dans ce sens, la vie reste notre maître pour approfondir la résilience, avec prudence, sans trop vite généraliser.

Cyrulnik reste toujours un penseur intéressant à explorer, même s’il est critiqué dans certains milieux universitaires. S’il y a un article que je conseille, c’est celui de Paul Bouvier dans la revue de la Croix Rouge Internationale (CICR) : BOUVIER, P., « Soin humanitaire et petites choses dans des lieux déshumanisés », Revue internationale de la Croix-Rouge, No. 888, 31-12-2012.

Paul Bouvier est un médecin, pédiatre, capable de penser « autrement » mais avec beaucoup de sens, sans pose. Il travaille aussi sur l’éthique médicale.

Le Bice a décidé de publier un quatrième cahier sur la résilience de ma main, qui devrait sortir peut-être en juin de cette année. Il s’agit d’une réflexion à partir d’un modèle très souple (casita) de comment on peut essayer de mettre la résilience en pratique, sans dogmatisme. Il y a certainement bien d’autres approches.

Avec d’autres, je suis convaincu que la qualité des relations humaines (acceptation fondamentale) et la découverte de sens sont souvent des fondements de la résilience, sous des formes multiples.

Depuis longtemps je suis aussi convaincu de l’importance de l’humour constructif, et de la spiritualité (éventuellement foi non sectaire) qui apparaissent en un mot dans votre texte, ainsi que de l’importance de l’humour. Au Bice, j’avais aussi publié un cahier sur résilience et spiritualité (chrétienne en particulier) ».

Stefan Vanistendael a également joint des références d’articles de sa plume au sujet des liens entre d’une part résilience et humour et d’autre part résilience et spiritualité.

Bibliographie

BOUVIER, P., « Soin humanitaire et petites choses dans des lieux déshumanisés », Revue internationale de la Croix-Rouge, No. 888, 31-12-2012.

Compas, B. E., Orosan, P. G., & Grant, K. E. (1993). Adolescent stress and coping : implications for psychopathology during adolescence. Journal of Adolescence, 16(3), 331–349.

Eliot, M., Cornell, D., Gregory, A., & Fan, X. (2010). Supportive school climate and student willingness to seek help for bullying and threats of violence. Journal of School Psychology, 48(6), 533–553.

Heireman M. Du côté de chez soi. La thérapie contextuelle d’Ivan Boszormenyi-Nagy. Paris, ESF, 1989.

Heireman M.& Igodt P., L’approche intergénérationelle : la danse de la loyauté et de l’autonomie. L’éthique relationelle dans la thérapie et dans la formation.

Hunter, S. C., Boyle, J. M. E., & Warden, D. (2004). Help seeking amongst child and adolescent victims of peer-aggression and bullying: The influence of school-stage, gender, victimization, appraisal, and emotion. British Journal of Educational Psychology, 74(3), 375–390.

Lecomte, J., « Les caractéristiques du tuteur de résilience », Recherche en soins infirmiers, 2005.

Michard P. « Le droit de donner avant toute dette ». In Le groupe familial n°144 – 7/94, pp. 59-65.

Minotte, P., & Antoin, A. (2016). Cyberharcèlement et ressources mobilisées par les adolescents – Partie 1. Note de l’Observatoire “Vies Numériques” du CRéSaM, 1, 23.

Minotte, P., & Lê, A. (2017). Cyberharcèlement et ressources mobilisées par les adolescents – Partie 2. Note de l’Observatoire “Vies Numériques” du CRéSaM, 2, 28.

Niewiadomski, C., Delory-Momberger, C., La Mise en récit de soi : Place de la recherche biographique dans les sciences humaines et socialesPresses Universitaires du Septentrion, 2013.

Sordes-ader, F., Esparbès-Pistre, S., & Tap, P. (1997). Adaptation et stratégies de coping à l’adolescence. Etude différentielle selon le sexe et l’âge. Spirale – Revue de Recherches En Education, 20, 131–153.

Vanistendael Stefan, « Humour et résilience : le sourire qui fait vivre », dans La résilience : le réalisme de l’espérance. Toulouse, ERES, « Fondation pour l’Enfance », 2005.

Fiche-outil (créativité) : « à quoi ça sert ? »

A quoi ça sert ?

OBJECTIFS

  • Exercer sa créativité.
  • Découvrir et intégrer les règles de la créativité.

MATERIEL

Différents objets tels que : un foulard ou une écharpe, une chaussure, un boîtier de DVD, un manuel scolaire, une paire de lunettes…

DISPOSITION

Les participants sont debout en cercle.

DEROULEMENT

L’animateur prend un des objets, le montre et explique à quoi il pourrait servir si on l’utilisait hors de son contexte habituel.

Par exemple : « Avec l’écharpe je ferais un garrot si j’étais blessé », « j’utiliserais la chaussure pour creuser un trou ». Il mime avec l’objet l’utilisation qu’il propose.

L’animateur précise que l’activité va permettre d’exercer leur créativité et il en explique les conditions :

  • Toutes les idées sont les bienvenues !
  • Il est important de trouver un maximum d’idées.
  • Les propositions les plus loufoques, les plus originales sont admises.
  • Une idée peut en amener une autre.

L’animateur tend ensuite l’objet au participant qui est à sa droite. Celui-ci doit trouver une nouvelle façon d’utiliser l’objet et la mimer. Le participant tend alors l’objet à son voisin, qui invente et mime à son tour une nouvelle utilisation.

Lorsque les suggestions semblent être épuisées, l’animateur propose un nouvel objet au participant qui n’a pas su répondre et l’activité se poursuit jusqu’à nouvel épuisement des idées. L’animateur relance plusieurs fois la réflexion jusqu’à ce que tous les participants aient eu l’occasion de s’exprimer.

Pistes de réflexion…

L’animateur suscite le débat autour de questions telles que :

  • Etait-ce facile, difficile d’envisager des utilisations loufoques des objets ?
  • Les participants peuvent-ils citer des situations vécues pour lesquelles l’imagination et le non conformisme ont été utiles ?

NOTES A L’ANIMATEUR

Pour stimuler davantage encore la créativité, l’animateur peut proposer au groupe de relever le défi de trouver successivement des réponses durant deux tours complets.

L’animateur peut souligner que le fait de quitter les représentations courantes a permis d’innover et de trouver des utilisations intéressantes. Il peut en citer quelques exemples.

La résistance au changement (2) : comment changer ?

Quelle(s) piste(s) pour l’accompagnateur du changement ? Comment l’accompagner en douceur, vers un nouvel équilibre, plus satisfaisant ?

Cet article est une adaptation du dossier sur la résistance au changement issu de la réflexion du Conseil académique en gestion de conflits et en éducation à la paix.

Autoriser les personnes à vivre leurs peurs

A la base de ce qui est perçu comme une résistance au changement, il y a des préoccupations. Le sens (« pour quoi ») du changement n’est pas perçu : « en quoi est-ce utile de changer ? Qu’ai-je à gagner ? Qu’ai-je à perdre ? »

Une personne peut culpabiliser ou avoir peur de ses propres peurs. Cela implique pour l’accompagnateur de créer un espace sécurisé sans jugement par rapport à ces peurs, et donc d’être dans une forme de bienveillance empathique avec l’individu : « Si l’individu ne veut pas changer, c’est qu’il a d’excellentes raisons de ne pas le faire ». Il doit y avoir une acceptation inconditionnelle de ce qu’amène la personne accompagnée. Cela implique une posture d’écoute.

De plus, la peur par rapport à l’inconnu est un processus normal. Chacun est « préoccupé » dans une certaine mesure, en fonction de ses besoins vitaux ou de sa place dans le système.

Ensuite, il s’agit d’identifier les croyances qui sous-tendent les peurs. Que craint la personne de rencontrer de mauvais ? Que craint-elle de perdre de bon ?

L’idée est d’aller questionner les histoires que la personne se raconte à elle-même, en allant voir en quelque sorte « l’enfant intérieur » de cette personne. Il s’agit d’identifier les peurs (de les explorer, de les accueillir) et donc d’être dans un cadre de confiance, puis ensuite de distinguer les croyances qui les sous-tendent. Par rapport aux peurs des managers et à leur prise en charge, notamment, cf. Conseil académique en gestion des conflits et en éducation à la paix, Le management émotionnel, Namur : Université de Paix asbl, 2016.

Après seulement, on interroge la raison d’être de ces croyances : reposent-elles sur des faits ou sont-elles fantasmatiques ? Dans quelle mesure ces croyances sont-elles utiles (ou « limitantes ») dans nos choix ? Est-il possible d’adopter d’autres croyances qui nous permettront d’autres choix ?

En équipe : créer un esprit collectif et travailler la motivation

Il est important de collectiviser les peurs et ce qui ne va pas bien, mais aussi les joies et les réussites… L’homéostasie du groupe n’est pas l’homéostasie individuelle. De plus, chacun des membres peut avoir des peurs liées à ce qu’il se représente comme son « territoire », sa « zone de confort ». Créer des espaces qui permettent non seulement de partager les peurs et les critiques, mais aussi les réussites collectives et les joies permet de créer un esprit collectif plus fort et de diminuer les craintes. Il s’agit de rassurer chacun quant à sa place dans la collectivité.

Le travail sur les réussites et les bonnes nouvelles est un aspect négligé de certaines méthodes de gestion. Bien que cela soit a priori le plus agréable, cela ne va pas de soi. Il faut casser le paradigme selon lequel c’est normal de « faire son job correctement », comme si tout ce qui allait bien coulait de source.

Ce travail sur le long terme permet un terreau fertile pour développer la confiance pour se dire aussi ce qui ne fonctionne pas. Cela permet aussi de la reconnaissance mutuelle. Beaucoup d’attention et d’énergie sont consacrées à ce qui va « mal ». A un moteur « négatif » du changement (les inconforts, auxquels se heurtent les peurs de changer), on appose un moteur « positif », axé sur les motivations. A ce sujet, cf. notamment Kourilsky, F., Du désir au plaisir de changer, 1999.

Le fait qu’il y ait un minimum de gens qui partagent une volonté positive (une motivation) de changement ou d’amélioration, qui aspire à « bouger », nous semble être une condition importante du changement.

Le plaisir est un moteur de changement et de conditionnement avéré. Il est important de travailler sur le plaisir et non seulement sur les « freins » par rapport à une situation insatisfaisante. Lorsqu’une personne décide de changer, ou au contraire éprouve des difficultés à sortir d’une situation qui lui cause de la souffrance – y compris pathologique, prendre conscience de ce qui lui procure ou non du plaisir dans la situation actuelle ou imagée est un postulat de travail très fécond.

Mettre dans une posture d’acteur par rapport au changement

Les personnes ne sont pas toujours en demande active de changement. Un participant à une formation ou à un coaching en développement personnel est parfois en « attente » de solutions toutes faites. Dans cette posture, elle ne se visualise pas toujours en train de les mettre en actes, et peut plutôt se référer à ce qui pose problème dans sa situation. Une méthodologie consiste à faire travailler les individus sur leurs « défis », leurs « questions », ce qui les mobilise, ce sur quoi ils souhaitent travailler, plutôt que sur leurs « attentes » (qui supposent une posture plus passive).

Le changement implique un processus volontaire. Parfois, le commanditaire d’une intervention (formation, supervision d’équipe, etc.) pense que les personnes dont elle a la charge souhaitent changer, or ce n’est pas toujours le cas, du moins pas dans la direction impulsée. Le fait que les individus soient « preneurs » ou non d’au moins amorcer un processus de changement est primordial dans cette optique. Un postulat est que plus les acteurs sont impliqués dans le changement, moins il y aura de blocage. Cela implique de bien diagnostiquer les demandes d’intervention visant à accompagner le changement.

D’une manière générale, nous soulignons la pertinence de créer des contextes propices à un changement constructif. Nous rappelons à ce titre qu’il est possible de travailler à la fois sur trois dimensions :

  • Le cadre de droit, garant d’une équité, d’une justice, d’une liberté des individus
  • La communication vraie, bienveillante, accompagnant le processus d’expression et d’accueil des peurs, des ressentis, des émotions, des préoccupations…
  • La négociation efficace, afin de trouver des solutions « gagnant – gagnant », permettant de maximiser les gains des parties

Modèle brièvement présenté dans la note suivante : Conseil académique en gestion des conflits et en éducation à la paix, Le management émotionnel, Namur : Université de Paix asbl, 2016.

Se représenter le processus du changement

« Le changement, c’est comme la traversée d’une rivière ». Il y a plusieurs étapes dans le processus de changement. D’abord, cela implique de profiter de la rive où l’on est, de l’observer. On ne voit pas toujours ce qui nous attend sur la rive en face. Il faut commencer par mettre un pied dans l’eau. Plus on avance, plus des craintes et questions peuvent émerger : lorsqu’une personne est au milieu de la rivière et qu’elle ne voit toujours pas l’autre rive, elle peut paniquer, se demander le sens que ça a, vouloir faire demi-tour. Ensuite, on voit ce qu’il y a en face…

Cette métaphore illustre le fait qu’un changement, surtout au niveau collectif, n’est pas instantané et que les individus ne sont pas toujours tous au même stade de changement les uns que les autres. Il peut être judicieux de passer par cette métaphore avec un groupe, et de leur faire vivre les différentes étapes en sous-groupes.

L’accompagnateur demande à chacun comment il se sent et ce qu’il pourrait faire pour se sentir mieux, ou de quoi il aurait besoin pour être rassuré ou continuer à avancer. Cela permet aussi de fournir un langage commun pour parler du changement, de ses étapes et des perceptions de chacun.

Prendre en compte les préoccupations des acteurs

Plutôt que de « résistances » au changement, Céline Bareil préfère parler de préoccupations. Ce sont des signaux qui permettent de situer un collectif par rapport aux différentes phases du changement. Tous les individus n’ont pas tous les mêmes préoccupations en même temps : au plus elles seront partagées, au plus l’équipe sera en phase. Il est néanmoins possible de travailler avec chacun en fonction de ses préoccupations à un moment t du processus.

La métaphore de la rivière permet aussi de créer du sens et de raconter une histoire commune, ce qui est important au sein d’une collectivité. Il s’agit de « faire culture commune » autour d’un vocabulaire partagé. Celui-ci pourra être utilisé par les acteurs concernés par le changement tout au long de sa mise en place.

Identifier les obstacles et les ressources

Une autre manière de parler des préoccupations consiste à identifier les représentations des motivations et des capacités de chacun. Quelles sont les ressources ? Quels sont les obstacles ?

Capacité Je peux Je ne peux pas Par rapport aux autres
Par rapport aux choses
Motivation Je veux Je ne veux pas Par rapport aux autres
Par rapport aux choses

Des outils pour accompagner le changement

De nombreuses modélisations existent. En partant de l’idée des préoccupations (Bareil, op. cit), nous pouvons travailler collectivement avec une équipe en procédant en une classification de ce qui entoure le problème et les changements potentiels :

  • Ce qui pose problème (perceptions des acteurs, représentations des gens)
  • Préoccupations, peurs, inquiétudes, objections
  • Solutions simplistes ou ayant échoué
  • Faits objectifs

Comme de nombreuses grilles visant à accompagner le changement collectif, ceci a plusieurs objectifs :

  • Développer un langage commun
  • Mettre à plat les représentations
  • Permettre d’exprimer les non-dits, les malentendus, les besoins
  • Permettre une autorégulation, entre autres par la prise de conscience générée

Cela peut tout aussi bien fonctionner sur base de la grille des motivations et des capacités, ou encore via l’image du processus du changement sous forme de rivière à traverser. L’enjeu est de permettre à un collectif de s’exprimer, de reconnaître les peurs et les préoccupations, tout en relativisant les interprétations et les malentendus. Il s’agit aussi de pouvoir faire la part des choses entre les faits et ce qui fonctionne bien et les peurs ou freins exprimés.

Identifier et formuler les objections au changement

En sociocratie, au sein de chaque cercle, les membres sont équivalents et sont donc de ce fait à la fois libres et responsables des décisions qui les concernent directement. Chacun peut formuler des objections par rapport à un changement à mettre en place. Or, quand une personne formule son objection, il s’agit de l’argumenter, d’expliquer ce qui lui pose problème et qui l’empêche de consentir au projet. C’est un processus constructif : si je dis non, je dois assumer ce non. Cela permet aussi de diminuer les tensions relatives aux non-dits ou aux peurs. Parfois, le simple fait de pouvoir exprimer son point de vue par rapport à un changement peut apaiser les résistances.

Faire vivre du changement, expérimenter le mouvement

Une personne mandatée pour accompagner le changement peut faire expérimenter des situations par cette personne ou ce groupe, physiquement parlant. Il s’agit de représenter la « scène » de manière virtuelle, de s’y déplacer, de la mettre en mouvement, et de voir ce que cela engendre ou procure : « quand tu fais cela, qu’obtiens-tu ? De quoi aurais-tu besoin ? Que pourrais-tu faire alors ? ». Par le mouvement, il s’agit aussi littéralement de « créer de la souplesse ». Qui dit « résistance » dit rigidité, effort. En créant une forme de détente au niveau corporel, l’individu est dans une posture plus propice à l’acceptation du changement.

Prolongement : le cas d’un individu qui freine le groupe

Donner le choix de rester ou de partir

On ne peut forcer une personne à changer contre sa volonté. Si un individu adopte une posture qui sabote les apprentissages ou l’avancée d’un groupe qui souhaite changer, alors il convient de lui donner le choix de partir ou de rester. Rien ne l’en empêche. Il s’agit de verbaliser le choix et l’opposition. Le contrat tacite est que si l’individu reste, ce n’est pas pour faire du présentéisme ou bloquer le groupe. La personne qui choisit de rester ne le fait pas parce qu’elle a été obligée d’être là (ce qui peut être le cas lors de formations imposées au personnel par exemple) : cela change sa posture. Le fait de rester alors qu’on a le choix, c’est rentrer dans un processus volontaire et non plus subi.

Accueillir avec bienveillance une posture d’opposition

Il s’agit de pouvoir fournir une écoute bienveillante y compris envers les individus qui se placent en opposition frontale avec les contenus ou les processus proposés. Si une personne soupire pendant une formation, je peux avoir de la compassion pour elle et comprendre que cela doit être épuisant pour elle. L’empathie autorise la personne à ressentir ce qu’elle ressent, et peut par conséquent aussi lever des peurs.

Face à une contestation ostensible, il s’agit de postuler qu’elle est due à une frustration, à une préoccupation, ne serait-ce que celle de prendre sa place dans le groupe.

D’autres résistances sont dues à des perceptions de la situation : le sens n’est pas perçu (« tout va bien pour moi, je ne devrais même pas être ici ») ou il y a des difficultés au changement.

Certaines résistances ne sont pas orientées contre l’animateur ou le chef, mais témoignent de frustrations « extérieures » : à ce moment-là, la personne n’a juste pas envie d’être là. Elle est peut-être fatiguée, éreintée par son quotidien, préoccupée par autre chose.

Varier les registres et les rythmes

Parfois, une personne ou un groupe n’est pas preneur d’une activité ou d’un contenu pour des raisons indépendantes de la volonté de changer ou non. Passer d’un jeu de rôle à une mise en situation ou à une analyse ou à un exercice par le corps peut changer la dynamique du groupe et ancrer différemment des apprentissages.

Accepter que le groupe ne bouge pas

En tant que gestionnaire ou formateur, on peut avoir des objectifs personnels : « j’ai envie que mon groupe bouge ». Un formateur veut apprendre des choses à ses participants. Un manager pense à des solutions pour résoudre des soucis dans son équipe. Parfois, le groupe n’est simplement pas preneur, ici et maintenant. Une des pistes proposées consiste en un travail sur soi-même pour sortir de la posture de « celui ou celle qui veut convaincre ». Il s’agit de pouvoir se détacher de son programme, de ses objectifs, pour accueillir ce qui vient, ce qui émane du groupe, quitte à voir une résistance plutôt comme une opportunité pour le groupe, justement, d’avancer ensemble… Cela rejoint la logique martiale de l’aïkido, qui vise à accompagner le mouvement plutôt que d’aller à son encontre…

Apprendre à « observer, sans évaluer »

« La plus haute forme de l’intelligence humaine est la capacité d’observer sans évaluer » (Krishnamurti)

Par Ophélie Corbisier, participante au Certificat en gestion de conflits interpersonnels 2017-2018.

Si je dois citer un élément de la formation qui m’a marquée, c’est la notion d’observation.

L’observation doit être une description sans jugements. Pour illustrer mes propos, je vais utiliser Marshall Rosenberg, créateur de la communication non violente (CNV) qui en  parle en ces termes : « Ce que j’entends par une « observation » se réfère à ce que nous pouvons voir, entendre, ou toucher — ce qui peut être enregistré avec une caméra vidéo. Une observation est purement descriptive. Par contre, un « jugement » sous-entend que l’on fait des déductions, des suppositions ou que l’on tire des conclusions à propos de ce que l’on observe ».

Observer ou évaluer ?

Depuis la formation, ma signification du mot « observer », n’est plus la même. En effet, j’ai pu prendre conscience que la plupart du temps, j’observais en évaluant. Mon regard est « conditionné » par tout ce que je suis, il est la résultante de la rencontre entre mon éducation, l’environnement dans lequel j’ai évolué ainsi que des modèles qui me semblaient bons et justes pour moi.

Par les exercices et la mise en pratique de l’apport théorique initialement donné par les formateurs, j’ai bien du me rendre à l’évidence qu’un peu trop souvent à mon goût, il m’arrivait de porter sur moi-même ainsi que sur autrui un jugement et/ou une critique.

De façon inconsciente et automatique, j’avais aussi parfois tendance à analyser et à juger la façon de faire ou d’être de ceux qui m’entouraient. Pire encore, il m’arrivait même parfois de construire des certitudes sur ce qu’ils pensaient ou penseraient de moi et de mes actes.

Lors des deux journées où les croyances limitantes et l’estime de soi ont été abordés, j’ai pu commencer à différencier beaucoup plus facilement les jugements, les croyances des faits.

Ceci dit, je sais que la mise en application de toute la théorie est un travail sur le long terme et qu’il ne suffit pas de la bonne volonté pour la vivre avec facilité et aisance.  En effet, je constate que sous l’emprise de fortes émotions, je suis incapable, actuellement, de m’exprimer sans jugement, de rester uniquement dans les faits.  Les émotions sont plus fortes que la raison et le « chacal » qui sommeille en moi aurait tendance à se réveiller.

L’évolution opérée depuis la formation est actuellement dans ma capacité à analyser et à faire évoluer favorablement la situation.

Ecouter les émotions

L’éveil et l’importance de l’écoute m’ont été inculqués dès mon enfance. Dans ma famille, la communication a été un des piliers fondateurs de nos relations. L’échange y était aisé.

Mes parents, mais particulièrement ma maman, ont pris soin de mettre en place des moments de dialogues afin que nous puissons nous sentir en sécurité et à l’aise pour parler ou demander conseil.

Chaque enfant était écouté avec la même qualité d’écoute, et cela, peu importe le sujet abordé ou ce que nous avions à dire. La règle de base était de ne pas couper la parole et pour cela nous utilisions un bâton de parole. Celui-ci nous avait été offert par Jacques Salomé lors de l’une de nos rencontres. Grâce à ces journées passées à ses côtés, nous avons aussi appris à mettre des mots sur nos émotions, à les identifier et à les accepter.

Au-delà du constat que ces connaissances étaient déjà bien intégrées, ce week-end a ancré en moi définitivement la chance que j’avais d’être née dans ma famille.

Le DESC, un outil pour s’affirmer

Lorsque la notion d’affirmation de soi a été abordée, j’ai pris connaissance d’un nouvel outil, le DESC (Description (des faits de la situation) – Expression (des émotions / des besoins), Suggestion de Solutions et Conséquences de celles-ci pour les différentes parties).

Celui-ci n’a pas été évident à intégrer.  J’ai dû relire mes notes et reprendre plusieurs situations vécues sous la loupe de celui-ci. Je peux actuellement réaliser une analyse DESC uniquement lorsque je prends du recul sur des situations vécues avec émotions.

Les « jeux de pouvoir »

Le week-end qui abordait la notion de « pouvoir et moi » m’a complètement épuisée ! J’ai découvert le pouvoir de chacun d’entre nous et cela m’a déstabilisée.

Une foule de questions m’ont traversé l’esprit durant ce week-end, au point que j’ai préféré m’isoler un moment après une activité :

  • « Pourquoi as-tu mis en avant ton côté de compétitrice dans ce jeu ? »
  • « Comment cela se fait-il que tu n’aies pas agi plus tôt comme tu l’as fait ? »
  • « Pourquoi n’as tu pas été, particulièrement lors de ce jeu, sensible à ce que les autres ressentaient ? »
  • « Tu avais le pouvoir de ne jamais arrêter ce jeu, te sentais-tu bien avec cela ? »
  • « Quel impact la force du groupe a-t-elle sur toi ? »

Toutes ces questions m’ont vraiment interpelée et bouleversée. À l’issue d’un des jeux, je me suis sentie soulagée, mais épuisée !

À ce jour, même si je suis convaincue que le pouvoir est inhérent à la vie et à l’égo, je ne me sens pas encore capable d’avoir une juste clairvoyance quant à mon rapport à celui-ci. J’oscille entre l’idée que ce n’est pas toujours quelque chose de positif et qu’en même temps il est partout et il se joue inlassablement dans de nombreuses relations humaines et dans la société.

La négociation gagnant-gagnant est possible… Vraiment ?

Force était de constater que je n’étais pas à l’aise avec la notion de négociation et qu’il m’était même parfois difficile d’y accéder à celle-ci. La négociation me plonge directement dans une notion de perte. Que suis-je prête à perdre de moi pour le bien des deux ? La question est en cours de cheminement…

La médiation, un métier et une posture

Les 2 journées de formation traitant du thème de la médiation m’ont bouleversée.

J’ai présenté au groupe un exemple de conflit personnel que je voulais travailler en jeu de rôle. Celui-ci m’a permis de percevoir la réalité de l’autre partie autrement et de me mettre en empathie avec elle. Il m’a fallu quelques jours pour m’avancer sur la piste de cette souffrance et d’en parler avec elle… mais cela nous a aider à avancer dans notre résolution de conflit.

Je n’ai, précédemment, jamais été face à une médiatrice.  J’apprécie cette fonction, car je la sens bénéfique dans toutes situations conflictuelles.  J’aimerais pouvoir faire de la médiation l’une de mes compétences principales.

Tous ces week-ends ont été pour moi, non seulement enrichissants, mais également bénéfiques dans mon quotidien. 

À la sortie de cette formation, j’ai la ferme conviction que je me sentirai probablement beaucoup plus sereine et épanouie dans mes relations aux autres et que la vie aura encore plus de saveurs et de couleurs.

J’ai pourtant la conscience que tout ce bagage théorique ne peut être une fin en soi.

Qu’il n’est qu’un départ d’un voyage au pays de soi.

La théorie comme beaucoup de théories qui arpentent les sentiers des relations humaines, sont belles, nous émerveillent, nous donnent l’envie de…

Mais le chemin de la digestion, de l’intégration, de la mise en application de celle-ci n’est pas de tout repos. Il ne s’agit pas seulement d’une acquisition d’informations, d’un savoir-connaître dont il était question durant ces jours de formations, mais bien de développer un savoir-être et un savoir-devenir.

Il va m’en falloir de la force et du courage pour me déshabiller de ces vieux réflexes qui, mine de rien, m’ont quand même bien permis de me protéger et de me défendre face à certaines situations où je pouvais me sentir en danger. Le chemin est long et sinueux, mais pas impossible ! La motivation y est et mes objectifs bien définis :

  • Mon objectif à court terme est de faire des DESC avec certains de mes proches.
  • Mon objectif à long terme est d’aller de plus en plus vers la plus haute forme d’intelligence humaine en sortant du jugement d’autrui et de soi !

J’avais envoyé ma candidature avec énormément d’enthousiasme, et ce sentiment est resté présent tout au long du Certificat.