Pédagogie et réflexion : Comment une formation doit-elle être (re)pensée pour le distanciel ?

Par Julien Lecomte

Préparer, animer et évaluer des modules de formation ou d’animation constituent les tâches quotidiennes des formatrices et formateurs de l’Université de Paix asbl.

Pour rendre une formation efficace, dynamique, agréable et favoriser les apprentissages, plusieurs paramètres sont à prendre en compte : le public (les apprenants), les objectifs pédagogiques et enfin le contexte d’intervention (notamment matériel) et les dispositifs qui peuvent en découler.

Dès lors que l’un de ces éléments change, il est périlleux de faire « comme on faisait avant ».

En effet, selon que la formation s’adresse à un public d’éducatrices et éducateurs volontaires ou à un public de puéricultrices, ou encore à des adultes présents en formation pour leur développement individuel, un même thème sera abordé dans des formats très différents.

De même, un module de formation sur la méditation de pleine conscience ne se déroule pas comme un module de pratique de négociation !

Dès lors, quand les conditions matérielles d’intervention changent (passage en distanciel), il est important de repenser la méthodologie de formation, tant au niveau des contenus, des formats que des relations d’apprentissage. Si certaines activités peuvent être transposées telles quelles au format « écrans », la plupart des autres doivent être reformatées et adaptées. Ce travail n’est pas uniquement technologique, au contraire : il est avant tout d’ordre pédagogique !

Concrètement, quelques exemples concrets d’ordre didactique avant d’être techniques :

  • Afin de favoriser l’attention des participantes et participants, à distance, il peut être judicieux de réduire les temps d’exposés ou de parole collective en séance plénière, au profit d’exercices ou d’échanges en sous-groupes, par exemple ;
  • Afin de stimuler des canaux sensoriels et des expériences qui ont du sens, il peut être intéressant d’imaginer des méthodes pour susciter du mouvement chez les participantes et participants ;
  • Afin de favoriser la cohésion de groupe, il peut être intéressant d’avoir recours à des jeux collectifs, même par écrans interposés ;
  • Afin de maintenir l’énergie du groupe, il convient de repenser les rythmes et le rapport au temps : modifier les horaires, prévoir davantage de pauses, prévoir des activités plus nombreuses mais plus courtes et plus variées ;
  • Etc.

A l’Université de Paix, nous ne cessons de nous professionnaliser en termes de pédagogie (et/ou andragogie, terme qui correspond davantage à la formation pour adultes).

La réflexivité est permanente dans notre pratique.

Ces innovations ont d’ailleurs donné naissance en 2019 à notre Brevet de formateurs, visant à maximiser les compétences pour transmettre et partager les outils, techniques et idées pour prévenir la violence, gérer les conflits et mieux communiquer.

Des points d’attention

En présentiel comme en distanciel, il convient de diversifier les méthodes et les approches (cf. cette réflexion). Chaque méthode pédagogique a une pertinence et des limites en fonction du public-cible, de nos propres tendances et préférences, du contexte, etc. Il convient aussi de varier les choix méthodologiques afin d’éviter un sentiment de monotonie. Combiner les méthodes, c’est donner du dynamisme à votre formation !

Les apprenants peuvent aussi être susceptibles de préférer des approches plutôt que d’autres. Quels sont leurs prérequis ? Quelles sont leurs difficultés ? Quelles sont leurs motivations ? Quels sont leurs défis, leurs objectifs ? Quelles sont leurs connaissances initiales ? A quelles méthodes sont-ils habitués ?

De plus, en tant que formateurs et formatrices, nous avons toutes et tous nos propres « styles ». Il est utile d’être au clair avec nos propres forces, nos qualités, mais aussi nos « angles morts ». A quoi sommes-nous attentifs ? Quelles sont nos préférences ? Quel est notre propre rapport aux écrans ? Comment préférons-nous apprendre, lorsque nous sommes dans la posture des apprenants ? Par quels canaux sensoriels ? Comment pallier certains manques en distanciel ? Certaines personnes de l’Université de Paix ont dû se familiariser notamment avec des technologies desquelles elles n’étaient pas friandes a priori…

Enfin, il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va ! Définir des objectifs pédagogiques est une condition sine qua non pour pouvoir concevoir un dispositif pédagogique qui tient la route, et pour ensuite pouvoir en évaluer les résultats. Que voulons-nous que les apprenants apprennent ? Quels savoirs ? Quels savoir-faire ? Quels savoir-être ?

C’est seulement en fonction de ces éléments que nous allons mesurer la pertinence de tel ou tel « gadget » technologique ! Le choix du médiateur pédagogique (le support, l’objet, la manière de présenter ou recueillir l’information) est tributaire de tout ce qui précède !

Encadrer les prises de parole pour éviter les effets de lassitude

Le cadrage des prises de parole est une affaire d’animation et de « feeling » qui dépend de l’énergie du groupe, du temps disponible ou encore de la nécessité ou non d’approfondir un débriefing. Il peut être judicieux d’organiser ses premières préparations en allant jusqu’à imaginer différents types de débriefing.

Encadrer le nombre de personnes qui s’expriment / le nombre d’interventions :

  • Tour de table systématique : tout le monde s’exprime une fois
  • Prise de parole libre non-cadrée : tout le monde peut s’exprimer, une fois ou plus
  • X retours/interventions maximum : seules X personnes pourront s’exprimer et/ou X interventions autorisées

Encadrer la nature des interventions :

  • Consigne de ne pas redire une chose qui a été dite auparavant (le manifester autrement, par un geste, par exemple)
  • Les interventions se font en un mot ou en une phrase maximum

Selon les activités et les dispositifs, l’allumage et l’extinction des micros, les possibilités de chatter par écrit ou autres ont été investiguées.

Garder ses objectifs pédagogiques en vue

Les objectifs pédagogiques prennent en compte un ensemble de dimensions :

  • Le public-cible : à qui s’adresse-t-on ? Le public est-il demandeur ? Est-il motivé ? Est-il débutant, novice, avancé ?
  • Le contexte d’intervention : combien de temps va durer la formation ? Quelles sont les conditions matérielles, d’espace et de temps ?
  • La problématique / la demande / les thèmes identifiés : qu’est-ce qui pose problème ? A quoi faut-il apporter des réponses ?

La clarification d’une demande d’intervention ou d’une problématique fait partie des étapes cruciales pour orienter la préparation d’une formation. Une intervention mal cernée peut mener à elle seule à une préparation « à côté de la plaque ».

Avant de savoir si un outil de brainstorming en ligne, une mindmap ou un document numérique collaboratif sont de bons médiateurs, il est important d’être bien au clair avec ce que l’on souhaite en faire ! Que voulons-nous que les participants apprennent et expérimentent ?

Sélectionner et varier les méthodologies

(Source : Romainville, cité ici, ainsi que cet excellent site)

Un des défis majeurs pour les formateurs dans la construction et l’animation d’un dispositif de formation est celui de la gestion du rapport au temps vécu par les participants. Afin de rendre une formation fluide, il convient d’être sans cesse attentive et attentif à l’énergie du groupe et à l’adéquation entre les méthodes utilisées et les intentions pédagogiques.

Il existe trois types de méthodes pédagogiques

  • Expositive / transmissive / magistrale : la formatrice / le formateur transmet les contenus. La logique est descendante. Cette méthode est appropriée quand le contenu n’entre pas trop en contradiction avec les représentations préalables des apprenants (pas besoin de conflit cognitif) et/ou que les apprenants sont habitués à ce type de dispositif.
  • Active : tout apprentissage nécessite l’activité des apprenants, même lorsque ceux-ci sont en posture d’écoute. Toutefois, on appelle les méthodes « actives » celles où les apprenants sont amenés à découvrir par eux-mêmes les savoirs, à travers une activité ou une production, par exemple. L’enseignant ne fait qu’accompagner le cheminement vers le savoir. Ce type de méthode est intéressant lorsque les apprenants sont capables et ont besoin d’expérimenter par eux-mêmes une notion, un concept ou une technique, par exemple.
  • Interrogative / maïeutique : comme Socrate, le formateur est ici dans une posture de questionnement des apprenants. Cette posture est utilisée notamment durant les débriefings.

Nous listons aussi quatre grands types de démarches didactiques :

  • Inductive : l’apprentissage se fait en partant d’un cas particulier, d’un exemple, d’une situation concrète. Les apprenants en infèrent la théorie, les explications ou les concepts. Exemple : distinguer différentes attitudes en conflits sur base de situations concrètes.
  • Déductive : l’apprentissage se fait en partant du général (la théorie, l’explication, la technique) vers le spécifique. Les apprenants appliquent la théorie, la pratiquent dans des mises en situations, procèdent à des études de cas sur base des contenus appris, etc. Exemple : analyser les attitudes en conflits dans une vidéo suite à la découverte d’une grille théorique…
  • Dialectique : l’apprentissage se fait ici par le dialogue, le débat, la contradiction. Il s’agit d’opposer les opinions, les avis, les thèses, afin de mieux les distinguer les unes des autres et d’en cerner les forces et les limites, par exemple. Exemple : faire un tableau comparant les différentes attitudes en conflits.
  • Analogique (transposition) : l’apprentissage se fait ici par l’analogie, c’est-à-dire la transposition ou l’emprunt à des situations similaires. Les métaphores permettent de favoriser une compréhension de concepts « abstraits » à l’aide de situations concrètes. Par exemple, « s’informer, c’est comme se nourrir : si on ne mange que de la nourriture low-cost et fast-food (désinformation Mc Do), on risque d’avoir une mauvaise santé. Que pourrait être un bon régime informationnel ? ». L’analogie est intéressante dans le cas de situations abstraites, difficiles à aborder au niveau du « sens sensations ». Elle peut toutefois aussi comporter des problèmes. Exemple : représenter les attitudes en conflits avec des animaux.

Enfin, en vrac, voici plusieurs techniques d’animation que nous épinglons (liste non-exhaustive) :

  • Exposé
  • Démonstration gestuelle
  • Expérience. Le formateur et/ou les apprenants expérimentent une situation. Exemples : réaction chimique, chute d’un objet…
  • Jeu de rôle
  • Etude de cas / analyse
  • Résolution de problème
  • Exercice d’application
  • Réalisation d’une production nécessitant la compétence / le savoir (« projet »)
  • Introspection / brainstorming

Varier les dispositifs et les médiateurs pédagogiques : les conditions matérielles

Le dispositif pédagogique fait référence aux dimensions d’espace et de temps d’une activité pédagogique. Nous le déclinons en sous-dimensions suivantes :

  • La durée de l’activité
  • La taille du groupe : seul, en binôme, en sous-groupe, en plénière…
  • La disposition spatiale des activités (exemples : disposition en U, avec ou sans tables…)

Le médiateur pédagogique, quant à lui, est le support utilisé lors de l’activité. Il peut être interne (par exemple : le langage verbal, non-verbal et para-verbal) ou externe (une fiche de jeu de rôle, une feuille d’exercice, une vidéo…).

Exemples de médiateurs pédagogiques :

  • Parole, langage non-verbal / gestes, démonstration physique…
  • Vidéo (extrait, documentaire, reportage, illustration…)
  • Dessin
  • Podcast, son…
  • Powerpoint, tableau, flipchart
  • Fiche d’activité, feuille d’exercice
  • Support écrit, syllabus
  • Affiche
  • Objets

A distance, peut-être davantage qu’en présentiel, il faut prévoir différentes manières de répartir les apprenants en sous-groupes. C’est un moyen de participer au dynamisme de la formation tout en leur permettant d’obtenir d’autres perspectives sur leurs situations. Le formateur peut donc imaginer différentes manières de faire avant son animation :

  • Mise en sous-groupe imposée : le formateur choisit (plus ou moins arbitrairement)
  • Mise en sous-groupes selon critère (exemple : selon l’ordre alphabétique)
  • Mise en sous-groupes aléatoire (par exemple, à l’aide d’un logiciel ou après un jeu qui les fait bouger dans l’espace)
  • Mise en sous-groupes choisie : les participants se choisissent
  • Mise en sous-groupe choisie avec contrainte : les participants se choisissent mais ne peuvent pas choisir n’importe qui (exemple : « pas quelqu’un avec qui vous venez de travailler »)

Dossier « Critique de l’information, débats et conflits »

Critique de l’info : l’outil ultime !

Nous avons le plaisir de vous informer du lancement de l’outil « Critique de l’info : l’outil ultime », cocréé par l’Université de Paix et Action Médias Jeunes : https://www.universitedepaix.org/critique-de-linformation-loutil-ultime/

Cet ouvrage est l’aboutissement de plusieurs mois de travail avec Action Médias Jeunes asbl et Université de Paix asbl.

Il s’agit d’un outil pour développer son esprit critique face à l’information, à destination des élèves du fin du secondaire.

Comment débusquer les fake news ? Comment enquêter en ligne ? Comment déjouer les arguments fallacieux ? Comment s’informer pertinemment en tenant compte des algorithmes et des formats sur le web / de l’économie des médias ? Comment débattre de manière constructive sur les médias sociaux ?

Cet « outil ultime » est le résultat d’une collaboration collective d’envergure.

L’outil se compose entre autres d’un site internet avec des PDF téléchargeables, de capsules vidéo, d’activités pédagogiques « clé sur porte » (testées et évaluées sur le terrain) et de dossiers pour les enseignants.

Le tout est accessible gratuitement et est directement mobilisable en classe : https://acmj.be/outilultime/

Cet outil a été développé par Action Médias Jeunes et l’Université de Paix avec le soutien de la Fondation Roi Baudouin et de la Loterie Nationale.

5 parcours / thèmes sont proposés :

1- Capacités d’enquête en ligne

2- Arguments fallacieux

3- Formats et économie des médias

4- Algorithmes

5- Dialogue en ligne

A l’occasion de la sortie de cet outil, nous vous proposons ici de découvrir ici quelques éléments du parcours « Dialogue en ligne », mêlant directement la gestion des conflits à la question de l’esprit critique par rapport à l’information !

Pour en savoir plus, rendez-vous sur : https://acmj.be/outilultime/ !

Pourquoi lier la capacité à s’informer à la notion de conflit ?

Les fake news (fausses actualités) poseraient-elle problème s’il n’y avait personne pour y croire, pour s’en indigner ou pour les relayer ? Par cette question, nous soulignons l’importance de l’implication de la subjectivité humaine autour des messages et discours médiatiques.

Une question fondamentale quant aux fake news concerne le « pouvoir d’adhésion » et de persuasion dont elles s’accompagnent. Certaines personnes sont prêtes à se battre pour leurs croyances. Or, les raisons d’adhérer à une information ne sont pas toutes rationnelles. Les fausses nouvelles et autres rumeurs semblent d’ailleurs circuler plus rapidement et en plus grande quantité que les informations vérifiées. Dès lors, comment lutter efficacement contre la prolifération du faux ?

En tant que tels, les jugements sur le monde sont « neutres », au sens qu’ils ne sont pas « bons » ou « mauvais ». En éducation aux médias et à l’Université de Paix, un postulat est que le développement de l’esprit critique peut permettre d’émanciper les citoyens, c’est-à-dire de leur permettre de « mieux » exercer leur liberté, de poser des actes plus conscients, plus éclairés. Cet esprit critique, justement, n’est pas lié seulement à des « savoirs » ou des « savoir-faire » mécaniques, mais c’est aussi une disposition d’esprit, un ensemble d’attitudes et une ouverture curieuse, réflexive et respectueuse au monde et à autrui. Elle implique de pouvoir « se mettre à la place d’autrui » et de considérer une pluralité de perspectives.

Comment débriefer une activité ayant des composantes relationnelles ?

Nous proposons des questions typiques à poser après une activité ayant des composantes relationnelles :

  • Était-ce facile ou difficile ? Agréable ou désagréable ? Comment vous êtes-vous senti ?

Ce type de question permet de lancer une discussion à propos des ressentis, des émotions, et éventuellement des opinions des élèves.

  • Quelles bonnes pratiques retirez-vous ? Qu’est-ce qui vous a semblé approprié / efficace / constructif ou non ?

Ce questionnement permet quant à lui de transposer des pistes d’actions dans des situations similaires. Il s’agit de faire des liens au niveau comportemental. Sous questions possibles :

  1. Quelles difficultés avez-vous éprouvées ? Comment y avez-vous fait face ? (stratégies)
  2. Quels avantages / inconvénients pour tel ou tel comportement ?
  3. Quelles conséquences de telle ou telle action ?
  4. Qui a changé d’avis ? Pour quelles raisons ? Qu’est-ce qui a été constructif ?
  • Qu’avez-vous appris ?

Cette interrogation se centre sur la dimension cognitive de l’activité. Quelles ressemblances / différences avec d’autres situation ? Quels étaient les points d’accord / de désaccord ?

Exemple : Quels liens entre débat en ligne et débat hors ligne ? Quelles différences avec l’oral ?

  • Questions de décentration : le but de ces questions vise à solliciter un changement de perspective chez l’apprenant.

Que pensez-vous que tel autre élève pense ou pourrait penser ? (cognition)

Comment imaginez-vous que vous vous sentiriez à la place de tel personnage ? (émotion)

Qu’auriez-vous fait à la place de telle personne ? (comportements)

Comment discuter de manière constructive ? – Les attitudes en conflit selon le TKI

Le « TKI » [1] est un outil d’analyse des attitudes en conflit, baptisé selon le nom de ses auteurs, Thomas et Kilmann.

Par cet outil, les auteurs distinguent cinq grandes attitudes typiques qu’un individu peut adopter en fonction de deux critères lorsque cet individu est confronté à un désaccord avec une autre personne :

  • Le degré de prise en compte de son objectif propre
  • Le degré de prise en compte de l’objectif de l’autre (partenaire ou adversaire, selon les cas).

Dans le cas d’un débat, cet individu pourra donc distinguer deux axes : « degré de prise en compte de mon objectif (mon point de vue[2]) » – « degré de prise en compte de l’objectif de l’autre (le point de vue de l’autre) ».

En fonction de ces deux axes, les cinq attitudes identifiées sont : la compétition, la coopération (ou collaboration), l’accommodation, le repli et le compromis.

Le compromis se situe quant à lui au centre des deux axes : il s’agit généralement d’une prise en compte partielle des points de vue des deux parties.

Une même attitude, différents comportements

La compétition se caractérise par le fait d’accorder beaucoup d’importance à son ou ses objectifs propres, à son propre point de vue.

Cela peut se traduire par plusieurs comportements : se fâcher et le dire / affirmer son désaccord, critiquer, insulter, se moquer, reprocher, convaincre, séduire, manipuler, argumenter sans écouter, justifier sa perspective…

L’accommodation accorde quant à elle beaucoup d’importance aux objectifs de l’autre partie, à son ou ses points de vue.

Cela peut se traduire par différents actes : donner raison à l’autre / s’y rallier, se tempérer par peur de la réaction de l’autre, s’écraser, ou encore par une écoute inconditionnelle sans s’exprimer soi-même.

La collaboration reflète le fait d’accorder une grande importance aux objectifs de l’un et de l’autre, à tous les points de vue en présence. En termes de comportements, cela peut prendre plusieurs formes également : essayer de construire ensemble une vision commune, poser des questions et écouter tout en affirmant / reformulant / complétant les propos de l’autre, émettre des propositions ouvertes…

Le repli, qui se caractérise par une prise en compte minimale des objectifs de chacun, peut s’observer dans plusieurs comportements : changer de sujet, se taire, arrêter l’échange…

Le compromis, enfin, s’observe souvent dans les attitudes où les partenaires d’une discussion « mettent de l’eau dans leur vin » et concèdent certains points à l’autre tout en réaffirmant une opposition.

Identifier les attitudes et reconnaitre leurs avantages et inconvénients

Un grand enseignement de cette typologie des attitudes est qu’il n’existe aucune attitude qui soit absolument meilleure que les autres, en toutes circonstances. En fait, toutes ces attitudes sont plus ou moins appropriées en fonction des circonstances.

Ainsi, la coopération peut intuitivement nous sembler « globalement préférable », mais il existe des cas où elle n’est pas souhaitable, voire impossible. Par exemple, lorsqu’il faut décider en urgence (il n’y a pas le temps de discuter des heures), quand un partenaire de la discussion n’a pas un point de vue très affirmé (il pourrait volontiers s’accommoder, sans frustration) ou quand il s’agit d’argumenter un point de vue qui nous tient extrêmement à cœur (une attitude de compétition peut alors être plus appropriée). De même, la coopération implique d’être au moins deux à vouloir coopérer : si l’autre nous perçoit comme un ennemi à abattre, nous avons tout intérêt à nous protéger, peut-être même à nous replier en fuyant toute discussion ou en changeant de sujet.

La compétition, comme nous l’avons vu, n’est pas toujours « mauvaise ». Elle ne se manifeste d’ailleurs pas que par des comportements « agressifs » (imposer son point de vue par la force). Argumenter calmement en faveur de son point de vue, faire valoir ses droits, affirmer ses positions : cela correspond à des formes d’attitude « compétitive ». Rien n’empêche par la suite d’adopter d’autres attitudes. Les comportements compétitifs peuvent être très « doux » : ce n’est pas nécessairement parce qu’une personne s’exprime de façon posée et polie qu’elle n’adopte pas une attitude compétitive au sens du TKI. Des comportements de séduction, de manipulation ou autre sont également compétitifs : ce qui compte, c’est son objectif propre, pas ce que l’autre veut ou pense.

L’accommodation peut également être appropriée. En effet, si l’autre nous convainc par ses arguments, ou que nous considérons que notre point de vue ne nous importe pas tant que cela, ou encore tout simplement parfois par souci de préserver la relation avec l’autre, nous pouvons lui donner raison. A contrario, l’accommodation peut parfois être frustrante.

Le repli, quant à lui, peut être perçu comme non souhaitable dans l’absolu. Personne n’en ressort « gagnant ». Néanmoins, dans certains cas, par exemple quand la charge émotionnelle d’un débat est trop forte, cela peut être une bonne solution temporaire. Il s’agit par exemple de postposer la discussion. Aussi, pour des débats que l’on estime « futiles », cela vaut-il vraiment la peine de se faire du souci ? Autant changer de sujet, voire faire une blague qui n’a rien à voir. Cette attitude n’est en revanche pas avantageuse sur le long terme, de manière systématique, et ce d’autant plus si les objectifs des parties en présence se révèlent finalement importants.

A retenir

– Compétition : l’individu accorde toute l’importance à son propre point de vue

– Accommodation : l’individu accorde toute l’importance au point de vue de l’autre

– Repli : l’individu n’accorde aucune importance à aucun point de vue

– Collaboration : l’individu accorde de l’importance à son propre point de vue et à celui de l’autre

– Compromis : l’individu accorde partiellement de l’importance à son propre point de vue et à celui de l’autre

Comment aborder ce sujet avec les élèves ?

En résumé, nous pouvons catégoriser nos comportements lors d’un désaccord en fonction d’une part du degré de prise en compte de notre objectif propre (ou notre point de vue) et d’autre part du degré de prise en compte de l’objectif de l’autre (ou le point de vue de l’autre).

L’intérêt de cet outil d’analyse consiste à identifier les attitudes des différentes parties d’un désaccord et le caractère approprié ou non de ces attitudes, les effets de ces attitudes sur la situation spécifique.

Nous encourageons à utiliser cette grille de deux manières :

  • En tant qu’outil d’analyse des différentes postures dans un débat, afin de développer les capacités des apprenants à identifier les différentes attitudes et à en percevoir les forces et les limites
  • En tant qu’outil réflexif, dans un second temps, c’est-à-dire en tant qu’outil leur permettant de situer leurs propres attitudes préférentielles en situation de débats. Ceci vise à leur faire prendre conscience de leurs propres tendances relationnelles, et de leurs avantages et inconvénients.

[1] Thomas, K. W., and Kilmann, R. H. The Thomas-Kilmann Conflict Mode Instrument, 1974.

[2] Nous nous autorisons à étendre le modèle à la prise en compte non seulement des objectifs des personnes en désaccord, mais aussi des points de vue de ces personnes.

Webinaire – Développement des habiletés sociales pour les 2,5 – 7 ans

Découvrez Graines de médiateurs en maternelle

Nous sommes heureuses et heureux de vous communiquer la sortie de l’ouvrage pédagogique GRAINES DE MEDIATEURS EN MATERNELLE.

Cet ouvrage regorge d’outils et d’activités pratiques réalisables avec les enfants de 2,5 à 7 ans pour développer leurs habiletés sociales 😊 !

En attendant le rétablissement de notre boutique en ligne, vous pouvez commander cet ouvrage par téléphone au 081554140 ou par mail à info@universitedepaix.be

Prix : 35 € (+ frais de port)

Depuis les années 90, grâce à leurs nombreuses expérimentations sur le terrain, les formateurs de l’Université de Paix ont créé et développé un grand nombre d’activités et de programmes.

Les livres « Graines de médiateurs, médiateurs en herbe » (2000) et « Graines de médiateurs II » (2010) sont les fruits de ces investigations. Ces ouvrages s’adressent principalement aux enseignants et animateurs de groupes d’enfants de 8 à 12 ans.

« Graines de médiateurs en maternelle» est la continuité de cette expérience, en s’appuyant sur des moyens plus adaptés aux jeunes enfants qui n’ont pas accès à la lecture et l’écriture : activités corporelles, histoires, marionnettes chansons…

Cet ouvrage pratique se veut directement utilisable par tout professionnel en charge d’un groupe d’enfants de 2 ans et demi à 7 ans. Il contient notamment :

  • Des éclairages théoriques agrémentés d’exemples concrets
  • Plus de 60 fiches d’activités détaillées
  • Des fiches reproductibles
  • Des chansons
  • Des conseils pour manier les marionnettes
  • Des propositions de séquences d’animation

Éd. Université De Paix Asbl

Prix : 35 euros, port non compris

A l’occasion de la sortie de cet ouvrage, (re)découvrez des comptines Université de Paix !

Chant 1 : Catherine Bruynbroeck

Chant 2 : Pascaline Gosuin

Guitare : Julie Duelz

Montage : Julien Lecomte

Université de Paix asbl

Comment développer son estime de soi ?

Les conseils de nos formateurs

Illustration : Photo by Radu Florin on Unsplash

Par Tamara Septon, étudiante en communication appliquée à l’IHECS.

Vous avez du mal à vous affirmer ? Vous n’avez pas confiance en vous lorsque vous devez accomplir une tâche ? Vous avez peut-être besoin d’un boost pour augmenter votre confiance en vous. Voyons ensemble divers conseils et outils qui permettent de développer son estime de soi et ainsi se sentir plus à l’aise dans la vie de tous les jours. Voici quelques conseils que les formateurs de l’Université de Paix asbl vous partagent.

Laissez tomber vos croyances « limitantes »

Ce sont celles qui vous empêchent d’accomplir certaines actions dans votre quotidien parce que, par exemple, vous ne vous en sentez pas capable. Il faut dans un premier temps identifier ces croyances limitantes. « Il faut que je sois comme ça », « Je dois agir de cette manière »… Vous vous dites que vous devez être fort, parfait… Mais personne n’est parfait. Tout le monde a ses forces et ses faiblesses.

L’estime de soi, c’est la connaissance de soi. Les personnes qui ont confiance en elles ne sont pas plus compétentes ou exceptionnelles que d’autres, elles acceptent juste le fait de ne pas être parfaites. Elles avancent et acceptent qui elles sont.

Une fois ces croyances identifiées, détachez-vous-en. Essayez de voir le réel tel qu’il est. Elles ne se vérifient pas dans toutes les situations, il faut les nuancer, les contrebalancer avec des qualités. Par exemple : « Je ne suis pas que timide… Je suis aussi très à l’écoute ! ». Ne vous réduisez pas à une seule dimension de vous-même.

Félicitez-vous lors des petites victoires

Vous accomplissez tant de choses tous les jours sans même vous en rendre compte. Le seul fait de se dire « J’ai réussi ! », « J’y suis arrivé ! », fait du bien. Cela développe votre conscience de votre valeur. Quand on manque d’estime de soi, on laisse trop souvent sa voix intérieure dire « Je n’en suis pas capable », « Je n’y arriverai pas »… Mais il faut faire taire cette voix et laisser celle qui encourage : « Je peux le faire ! ».

Agissez en adéquation avec vos valeurs

Il est important de vous demander… Qu’est-ce qui est important pour moi ? Quelle image ai-je de moi-même ? Qu’est-ce qui me tient à cœur ? Quelles sont les valeurs qui m’importent ? Après avoir réfléchi à ces questions, vous pourrez vérifier si vous agissez dans votre vie en adéquation avec ce que vous ressentez, avec vos valeurs. Plus ce sera le cas, meilleure sera votre estime pour vous-même.

Fixez-vous des objectifs

Fixez-vous un objectif à long terme. Celui-ci devra être scindé en plusieurs sous-objectifs plus petits et ces derniers seront atteints en réalisant des petites actions concrètes que vous aurez définies. C’est en allant étape par étape que l’on atteint nos objectifs. Nul besoin d’aller trop vite. Et en cas d’échec de l’accomplissement d’une action, il faut apprendre à relativiser. Pas d’inquiétude, cela fait partie de l’apprentissage.

Lancez-vous dans de nouvelles expériences

Pour pouvoir être fier de ce que l’on a accompli, il faut oser tenter des expériences. Se sentir capable d’accomplir une tâche est un point de base de la confiance en soi. Découvrez, lancez-vous. En développant ces points, vous arriverez au SACRE de l’estime de soi : Sécurité, Appartenance, Connaissance de soi, Réussite.

Envie d’en apprendre plus ?

Si vous souhaitez aller plus en profondeur sur le sujet, l’Université de Paix propose une formation pour développer l’estime de soi. Si souhaitez apporter certains de ces outils à des enfants, une formation est également adaptée pour développer l’estime de soi chez les enfants.

L’Université de Paix en quelques mots

Cette asbl namuroise a pour objectif principal de partager des savoirs et outils afin d’améliorer le dialogue entre tous et maintenir un climat de paix. Pour ce faire, l’Université de Paix propose des formations sur les gestions de conflits et les thématiques qui y sont liées. L’asbl souhaite favoriser un meilleur « vivre ensemble » ainsi qu’éduquer, sensibiliser les jeunes et les enfants à cet esprit en proposant des formations aux personnes qui travaillent avec eux et en intervenant dans les écoles.

Découvrez-en plus sur le site www.universitedepaix.org

Sortie du livre Graines de médiateurs en maternelle !

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Cet ouvrage regorge d’outils et d’activités pratiques réalisables avec les enfants de 2,5 à 7 ans pour développer leurs habiletés sociales 😊 !

En attendant le rétablissement de notre boutique en ligne, vous pouvez commander cet ouvrage par téléphone au 081554140 ou par mail à info@universitedepaix.be

Prix : 35 € (+ frais de port)

Depuis les années 90, grâce à leurs nombreuses expérimentations sur le terrain, les formateurs de l’Université de Paix ont créé et développé un grand nombre d’activités et de programmes.

Les livres « Graines de médiateurs, médiateurs en herbe » (2000) et « Graines de médiateurs II » (2010) sont les fruits de ces investigations. Ces ouvrages s’adressent principalement aux enseignants et animateurs de groupes d’enfants de 8 à 12 ans.

« Graines de médiateurs en maternelle» est la continuité de cette expérience, en s’appuyant sur des moyens plus adaptés aux jeunes enfants qui n’ont pas accès à la lecture et l’écriture : activités corporelles, histoires, marionnettes chansons…

Cet ouvrage pratique se veut directement utilisable par tout professionnel en charge d’un groupe d’enfants de 2 ans et demi à 7 ans. Il contient notamment :

  • Des éclairages théoriques agrémentés d’exemples concrets
  • Plus de 60 fiches d’activités détaillées
  • Des fiches reproductibles
  • Des chansons
  • Des conseils pour manier les marionnettes
  • Des propositions de séquences d’animation

Éd. Université De Paix Asbl

Prix : 35 euros, port non compris

A l’occasion de la sortie de cet ouvrage, (re)découvrez des comptines Université de Paix !

Chant 1 : Catherine Bruynbroeck

Chant 2 : Pascaline Gosuin

Guitare : Julie Duelz

Montage : Julien Lecomte

Université de Paix asbl

Accueillir et réguler ses émotions : comment le corps peut-il aider le mental ? Comment le mental peut-il aider le corps ?

Dans cet article, nous proposons de catégoriser les stratégies de régulation des émotions selon deux axes. Sur le premier axe, nous distinguons les techniques plutôt orientées vers une action au niveau des pensées (mental) de celles impliquant plutôt une action au niveau des comportements (corps – mouvement). Sur le second axe, nous distinguons des méthodes de « confrontation » de méthodes d’« évitement » par rapport à l’émotion.

Par Julien Lecomte

Avant de détailler cette typologie, commençons par quelques précisions.

D’abord, à l’Université de Paix, et ce en lien avec plusieurs approches thérapeutiques actuelles, notre message n’est certainement pas qu’il faut s’interdire de ressentir des émotions, même si celles-ci sont désagréables. Une émotion, quelle qu’elle soit, n’est pas mauvaise. Une approche connotée moralement des émotions s’accompagne d’ailleurs généralement de méta-émotions, c’est-à-dire d’émotions à propos du fait de ressentir des émotions : « je ne devrais pas ressentir cela », « je me sens coupable d’être encore en colère », « je suis découragé et triste de ne pas parvenir à me sentir joyeux alors que j’essaie de toutes mes forces », etc. L’émotion est quelque chose qui peut surgir de façon quasi instantanée, immédiate. Cela étant dit, cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas faire quelque chose qui nous permette d’aller vers un mieux-être, à partir de et avec cette émotion.

Ensuite, nous ne proposons pas ici une « recette universelle » pour canaliser et apaiser les émotions. Il existe toutefois des stratégies plus ou moins efficaces selon les individus et les circonstances. Certaines techniques vont très bien fonctionner pour les uns et beaucoup moins bien pour d’autres. Nous pouvons considérer ces différentes méthodes comme des repères : l’enjeu est que vous puissiez vous réapproprier les approches qui vous conviennent.

Le corps ou le mental ?

Il existe plusieurs manières d’appréhender les émotions. Nous distinguons celles qui font intervenir plutôt les comportements/les mouvements et/ou les cognitions/les pensées.

Exemples de stratégies comportementales/motrices : aller courir, frapper dans un punching-ball, pratiquer des techniques de respiration, faire du yoga, manger un bon repas, prendre un médicament relaxant, dormir, faire une méditation orientée sur les sensations corporelles, travailler sa posture, agir pour solutionner un problème, demander de l’aide, etc.

Quelques exemples de stratégies cognitives/mentales : penser à autre chose, voir la situation autrement, faire une méditation orientée sur les pensées, suivre une thérapie orientée sur la compréhension des états mentaux, rechercher des causes / des solutions au problème, imaginer des scénarios, etc.

Toutes ces actions peuvent être pertinentes et efficaces. Les approches par le mental ne sont pas meilleures dans l’absolu que les approches par le corps, et vice versa. Néanmoins, il est possible que vous privilégiiez plutôt des façons de faire à d’autres, et que dans certains cas, celles-ci soient dysfonctionnelles. Nous avons en effet toutes et tous des schémas de réaction devenus plus ou moins « automatiques » lorsque nous ressentons des émotions. Ce sont nos attitudes préférentielles pour les réguler, même si elles ne sont pas toujours adaptées. Cette première distinction invite donc à être plus attentifs à utiliser à la fois le mental et le corps pour une régulation plus fluide des émotions.

Confrontation ou évitement ?

Nous observons également deux rapports à l’émotion : la confrontation et l’évitement. La confrontation consiste à « regarder l’émotion en face » (on se confronte à la situation stressante ou à la pensée stressante), tandis que l’évitement consiste plutôt à tâcher de la contourner, de faire ou de penser à autre chose.

Exemples de confrontation à l’émotion : parler de la situation problématique, agir pour la solutionner, réfléchir au problème, se faire traverser par l’émotion, la vivre pleinement…

Exemples d’évitement de l’émotion : jouer à un jeu vidéo, faire du sport, penser à autre chose, lire un livre, prendre un médicament…

De nouveau, la confrontation n’est pas meilleure en soi que l’évitement, et inversement. Cela dépend des personnes et des situations. Nous détaillons ceci plus loin.

En guise de synthèse intermédiaire, nous pouvons combiner nos deux axes de la sorte :

Nous pourrions ajouter des subdivisions à ce modèle, par exemple en considérant les stratégies selon qu’elles sont plutôt solitaires ou avec autrui.

Aussi, certaines stratégies proposées dans l’évitement peuvent être utilisées aussi en confrontation, et vice versa. Cela dépend en effet de notre rapport à l’émotion. Par exemple, si nous pratiquons un sport dans le but de nous défouler, alors ceci peut être situé dans la confrontation, et moins dans l’évitement.

Il ne s’agit donc pas d’une catégorisation absolue (celle-ci peut prêter à discussion), mais bien plutôt de repères pour nous positionner individuellement en nous demandant où nous nous situons lorsque nous ressentons telle ou telle émotion.

Comment savoir quelles sont les méthodes adéquates pour nous ?

Parmi toutes ces actions possibles, quelles sont celles qui conviennent le mieux ? Comme nous l’avons dit, cela dépend de plusieurs facteurs.

Une question à se poser : pouvons-nous changer la situation qui nous occasionne une émotion désagréable ?

C’est très différent par exemple de si vous stressez à cause des résultats à venir après un rendez-vous médical ou bien à cause de la vaisselle non-faite chez vous. Dans le second cas, pour retrouver de la quiétude, il est possible de faire la vaisselle, de demander à quelqu’un d’autre de la faire, etc. Ici, une stratégie comportementale de confrontation est sans doute plus adaptée qu’un évitement qui ne ferait que reporter le problème. A l’inverse, dans le premier cas, quoi que vous fassiez, la teneur des résultats médicaux ne changera pas. A la limite, vous pourriez demander de les recevoir plus vite que prévu, mais en imaginant que ça ne soit pas possible, vous n’avez pas de prise sur le stimulus stressant. Dans cette situation, les stratégies de confrontation par le comportement risquent donc d’entretenir un sentiment d’impuissance, et de mener à des ruminations mentales dans lesquelles vous ressassez votre incapacité à changer les choses. Peut-être serait-il alors plus judicieux d’avoir recours à des stratégies d’évitement temporaires, ou de travailler plutôt au niveau corporel (qui en soi peut représenter une forme d’évitement, dans la mesure où il éloigne des pensées anxieuses).

Autrement dit : lorsque vous pouvez solutionner relativement facilement la situation, alors il est judicieux d’agir en ce sens. Cela vous stresse d’oublier de remplir un papier ? Remplissez-le. Cela vous préoccupe d’avoir une conversation avec votre ami ? Allez lui parler. Etc. Dans le cas contraire, quand vous manquez d’énergie ou de pouvoir d’action, il peut être plus adapté d’éviter la situation, de s’en divertir ou encore de tâcher de la voir autrement.

Autre question : la situation stressante se répète-t-elle, ou est-elle plutôt ponctuelle ?

Quelqu’un vient de vous couper la priorité de droite et cela vous a énervé ! C’est une situation ponctuelle. Vous pouvez vous confronter à celle-ci en tâchant de la comprendre, en cherchant des solutions pour l’avenir : cela n’amènera pas à grand-chose, si ce n’est à vous occuper le corps et/ou l’esprit avec ce vecteur de stress. Dans ce cas, il est peut-être plus opportun de « passer à autre chose ». En revanche, dans le cas où, à chaque fois que vous prenez la voiture, cela vous stresse, alors il est peut-être plus judicieux de tâcher de comprendre ce qui vous angoisse, et comment vous pourriez trouver des solutions pour être plus apaisé. Il est possible de voir la situation autrement (adopter d’autres points de vue) que par le prisme de l’anxiété, par exemple.

En bref : si la situation est ponctuelle, il n’est pas nécessaire de la ruminer ou de s’y accrocher. Si elle se répète, il peut être pertinent de s’y confronter afin d’y trouver des solutions (si vous pouvez agir en ce sens) ou de la voir autrement.

Enfin, une démarche d’introspection et de conscience bienveillantes des émotions ressenties

Les émotions sont des signaux, et les comportements et pensées qui les accompagnent ont des conséquences sur votre bien-être.

Prenons encore un exemple. En période d’examens scolaires, est-il plus judicieux de penser à autre chose, ou bien de penser à sa matière ? Cela dépend ! Si les pensées se limitent à des ruminations, à un stress qui bloque l’étude, alors sans doute vaut-il mieux se changer les idées pendant un moment. A contrario, si l’évitement dure trop longtemps et se mue en une sempiternelle procrastination, cela risque d’aboutir à un échec scolaire renforçant le stress lié à cette situation !

Dans cette optique, il est important de prendre le temps d’amener tout cela à votre conscience, avec bienveillance. Certaines de nos réactions n’amènent pas les résultats que nous souhaiterions. Par rapport à cela, il n’est pas utile de nous auto-flageller. Au contraire, pour amorcer un changement, il est recommandé de procéder par « petits pas » et de se donner des opportunités de réussite ! Imaginez des comportements que vous pourriez modifier ou mettre en place facilement pour votre bien-être avant de vous attaquer aux situations les plus stressantes, et reconnaissez vos victoires…

Se sentir frustré de ne pas réussir à changer une émotion, s’en vouloir de la ressentir lorsqu’on la ressent, c’est l’un des meilleurs moyens d’y rester accroché…

Quelques notes et réflexions pour prolonger cet article

La liste d’exemples est loin d’être complète, et elle est un peu simpliste : « il y a tellement plus à faire »

Il faut voir le but initial de l’article. Il s’agit d’un article (initialement formaté pour notre périodique trimestriel) de vulgarisation destiné à un public généraliste. De ce fait, les exemples doivent être simples et sans équivoque. De plus, nul n’écrit que ces exemples représentent une liste exhaustive des stratégies, au contraire. Nous n’avons pas présenté des « stratégies complexes », plus élaborées (et généralement mixtes), par souci de clarté.

Aussi, cet article s’inscrit explicitement dans un paradigme cognitivo-comportementaliste. Celui-ci a aussi fait ses preuves, et en même temps nous ne prétendons pas qu’il s’agit du seul paradigme d’appréhension des émotions, loin de là. C’est un angle particulier, parmi d’autres approches.

L’article entretiendrait une opposition entre corps et mental

Au contraire, nous pensons qu’il s’agit d’une distinction poreuse et qu’il n’existe pas de stratégie « purement motrice » versus des stratégies « purement cognitives ». C’est même métaphysique comme question, et en philo, en effet, on remet fort en cause une frontière nette entre le corps et l’esprit : il s’agirait plutôt d’un continuum. 

En aucun cas, il n’est question d’opposer les deux dimensions (même dans le paragraphe « le corps ou le mental », dans lequel on peut lire le « ou » comme étant inclusif). Au contraire, l’article titre « comment le corps peut-il aider le mental, comment le mental peut-il aider le corps » ? Il n’est nullement question de catégories fermées.

Aussi, l’article avait pour prétention de dépasser certaines oppositions que l’on entend encore régulièrement comme quoi il faudrait nécessairement « lâcher le mental », par exemple, pour mieux gérer ses émotions (ce n’est pertinent en réalité que si une approche « mentalisante » ferme justement la porte à d’autres modes de gestion qui pourraient s’avérer plus efficaces). Un objectif de l’article (ou d’une telle catégorisation en formation) est plutôt de mettre en évidence des « angles morts » dans les choix de stratégies de gestion des émotions des individus, non de ranger des tactiques dans des cases hermétiques et exclusives. En bref, la distinction corps-mental est à considérer comme une balise/un repère et non comme une opposition. Notons toutefois que certains paradigmes défendent une intrication qui suppose de se passer de cette distinction.

Pour ces raisons, nous soulignons encore que cet article ne saurait être pas représentatif à lui seul du panel d’outils, de méthodes et de paradigmes sur lesquels nous nous basons pour aborder les émotions et la communication.

« Ne doutez jamais »

« Ne doutez jamais qu’un petit groupe de personnes peuvent changer le monde. En fait, c’est toujours ainsi que le monde a changé »

Margaret Mead

Si vous êtes une habituée ou un habitué de nos canaux de communication, vous avez déjà dû voir passer cette citation, que notre chargée de relations publiques, Christine, affectionne particulièrement…

Plusieurs chantiers, portés par de « petits groupes de personnes », de chair et d’os, sont en cours à l’Université de Paix.

En vrac, et sans être exhaustif…

Plusieurs formatrices et formateurs, Alexandre, Esther, Evelyne, Julie, Lysiane et Pascaline sont allés se former en Finlande à « la méthode KiVa » afin de renforcer les compétences en prévention en en intervention face au harcèlement scolaire. Après « la méthode Pikas » (préoccupations partagées) et « la méthode No Blame » (groupe d’entraide), c’est la troisième grande approche que les formateurs de l’Université de Paix se réapproprient pour lutter contre cette forme de violence.

Frédéric, Nathalie D. et Catherine ont préparé et mis en place un trek « Histoires croisées » pour faire du lien en profondeur avec des jeunes. Gilles peaufine la mise en place de la première année de la formation de formateurs. A l’international, Nathalie B. coordonne les formations à Toulouse, tandis qu’Almudena, l’un des piliers de la médiation de l’institution, est également active en France désormais.

Claire réalise un partage de connaissances quant à son expérience dans la Communication NonViolente et prête main forte au niveau administratif pour assurer un suivi des demandes d’interventions extérieures. Guénaëlle a quant à elle entamé le Certificat en gestion de conflits, tout en assurant d’ores et déjà la coordination de plusieurs formations d’adultes. Un ouvrage sur le développement des habiletés sociales en maternelle est en phase de finalisation et sortira en 2020.

Le pôle administration, composé de Chantal, Marie-Anne, Nadège, Patricia et épaulé par Isabelle, la Secrétaire générale, continue sa modernisation, notamment à travers la réappropriation d’une nouvelle base de données, qui sera opérationnelle elle aussi en 2020. Frédérique a rejoint l’équipe de communication, composée de Christine et Julien. Un événement colossal est en cours de programmation pour l’horizon novembre-décembre 2020 (60 ans de l’institution)… Abdel s’assure quant à lui de la propreté des locaux, et veille à ce qu’ils soient chaleureux et accueillants. Nous pouvons également toujours compter sur et avec Yvonne et Monique, nos deux bénévoles…

Un « petit groupe de personnes », mais encore… ?

L’Université de Paix, c’est aussi un Conseil d’administration qui « veille au grain », avec Jill, François, Marcelin, Amélie, Edvige, Timothée, Céline, Noémie, Jean-Luc, Anaël, Olivier, Camille, Coralie et Xavier…

Tout cela sans nommer toutes celles et tous ceux qui ont gravité ou gravitent toujours autour de l’Université de Paix : personnes anciennement employées, collaborateurs extérieurs, Assemblée générale, Conseil académique, relais-réseau à l’international, partenaires, pouvoirs subsidiant, etc.

Last but not least, la mission, les valeurs et les interventions de l’Université de Paix s’incarnent aussi par et grâce aux centaines de sympathisants et de participants annuels dont vous faites partie. En soutenant nos activités ou en vous formant à l’Université de Paix, vous contribuez à démultiplier les effets de ces actions !

Dans ce numéro spécial, nous rediffusons des informations relatives à nos activités programmées. Vous doutez encore qu’un petit groupe de personne puisse changer le monde ? Alors rejoignez-nous, et vous verrez !

Des comptines pour la gestion des conflits en maternelles !

L’Université de Paix asbl développe des outils pour apprendre à gérer les conflits et les émotions dès la maternelle !

Un ouvrage avec des activités concrètes sortira en 2020 !

En attendant, voici déjà 5 comptines à partager avec nos tout-petits !

Chant 1 : Catherine Bruynbroeck

Chant 2 : Pascaline Gosuin

Guitare : Julie Duelz

Montage : Julien Lecomte

Université de Paix asbl