Dossier « Critique de l’information, débats et conflits »

Critique de l’info : l’outil ultime !

Nous avons le plaisir de vous informer du lancement de l’outil « Critique de l’info : l’outil ultime », cocréé par l’Université de Paix et Action Médias Jeunes : https://www.universitedepaix.org/critique-de-linformation-loutil-ultime/

Cet ouvrage est l’aboutissement de plusieurs mois de travail avec Action Médias Jeunes asbl et Université de Paix asbl.

Il s’agit d’un outil pour développer son esprit critique face à l’information, à destination des élèves du fin du secondaire.

Comment débusquer les fake news ? Comment enquêter en ligne ? Comment déjouer les arguments fallacieux ? Comment s’informer pertinemment en tenant compte des algorithmes et des formats sur le web / de l’économie des médias ? Comment débattre de manière constructive sur les médias sociaux ?

Cet « outil ultime » est le résultat d’une collaboration collective d’envergure.

L’outil se compose entre autres d’un site internet avec des PDF téléchargeables, de capsules vidéo, d’activités pédagogiques « clé sur porte » (testées et évaluées sur le terrain) et de dossiers pour les enseignants.

Le tout est accessible gratuitement et est directement mobilisable en classe : https://acmj.be/outilultime/

Cet outil a été développé par Action Médias Jeunes et l’Université de Paix avec le soutien de la Fondation Roi Baudouin et de la Loterie Nationale.

5 parcours / thèmes sont proposés :

1- Capacités d’enquête en ligne

2- Arguments fallacieux

3- Formats et économie des médias

4- Algorithmes

5- Dialogue en ligne

A l’occasion de la sortie de cet outil, nous vous proposons ici de découvrir ici quelques éléments du parcours « Dialogue en ligne », mêlant directement la gestion des conflits à la question de l’esprit critique par rapport à l’information !

Pour en savoir plus, rendez-vous sur : https://acmj.be/outilultime/ !

Pourquoi lier la capacité à s’informer à la notion de conflit ?

Les fake news (fausses actualités) poseraient-elle problème s’il n’y avait personne pour y croire, pour s’en indigner ou pour les relayer ? Par cette question, nous soulignons l’importance de l’implication de la subjectivité humaine autour des messages et discours médiatiques.

Une question fondamentale quant aux fake news concerne le « pouvoir d’adhésion » et de persuasion dont elles s’accompagnent. Certaines personnes sont prêtes à se battre pour leurs croyances. Or, les raisons d’adhérer à une information ne sont pas toutes rationnelles. Les fausses nouvelles et autres rumeurs semblent d’ailleurs circuler plus rapidement et en plus grande quantité que les informations vérifiées. Dès lors, comment lutter efficacement contre la prolifération du faux ?

En tant que tels, les jugements sur le monde sont « neutres », au sens qu’ils ne sont pas « bons » ou « mauvais ». En éducation aux médias et à l’Université de Paix, un postulat est que le développement de l’esprit critique peut permettre d’émanciper les citoyens, c’est-à-dire de leur permettre de « mieux » exercer leur liberté, de poser des actes plus conscients, plus éclairés. Cet esprit critique, justement, n’est pas lié seulement à des « savoirs » ou des « savoir-faire » mécaniques, mais c’est aussi une disposition d’esprit, un ensemble d’attitudes et une ouverture curieuse, réflexive et respectueuse au monde et à autrui. Elle implique de pouvoir « se mettre à la place d’autrui » et de considérer une pluralité de perspectives.

Comment débriefer une activité ayant des composantes relationnelles ?

Nous proposons des questions typiques à poser après une activité ayant des composantes relationnelles :

  • Était-ce facile ou difficile ? Agréable ou désagréable ? Comment vous êtes-vous senti ?

Ce type de question permet de lancer une discussion à propos des ressentis, des émotions, et éventuellement des opinions des élèves.

  • Quelles bonnes pratiques retirez-vous ? Qu’est-ce qui vous a semblé approprié / efficace / constructif ou non ?

Ce questionnement permet quant à lui de transposer des pistes d’actions dans des situations similaires. Il s’agit de faire des liens au niveau comportemental. Sous questions possibles :

  1. Quelles difficultés avez-vous éprouvées ? Comment y avez-vous fait face ? (stratégies)
  2. Quels avantages / inconvénients pour tel ou tel comportement ?
  3. Quelles conséquences de telle ou telle action ?
  4. Qui a changé d’avis ? Pour quelles raisons ? Qu’est-ce qui a été constructif ?
  • Qu’avez-vous appris ?

Cette interrogation se centre sur la dimension cognitive de l’activité. Quelles ressemblances / différences avec d’autres situation ? Quels étaient les points d’accord / de désaccord ?

Exemple : Quels liens entre débat en ligne et débat hors ligne ? Quelles différences avec l’oral ?

  • Questions de décentration : le but de ces questions vise à solliciter un changement de perspective chez l’apprenant.

Que pensez-vous que tel autre élève pense ou pourrait penser ? (cognition)

Comment imaginez-vous que vous vous sentiriez à la place de tel personnage ? (émotion)

Qu’auriez-vous fait à la place de telle personne ? (comportements)

Comment discuter de manière constructive ? – Les attitudes en conflit selon le TKI

Le « TKI » [1] est un outil d’analyse des attitudes en conflit, baptisé selon le nom de ses auteurs, Thomas et Kilmann.

Par cet outil, les auteurs distinguent cinq grandes attitudes typiques qu’un individu peut adopter en fonction de deux critères lorsque cet individu est confronté à un désaccord avec une autre personne :

  • Le degré de prise en compte de son objectif propre
  • Le degré de prise en compte de l’objectif de l’autre (partenaire ou adversaire, selon les cas).

Dans le cas d’un débat, cet individu pourra donc distinguer deux axes : « degré de prise en compte de mon objectif (mon point de vue[2]) » – « degré de prise en compte de l’objectif de l’autre (le point de vue de l’autre) ».

En fonction de ces deux axes, les cinq attitudes identifiées sont : la compétition, la coopération (ou collaboration), l’accommodation, le repli et le compromis.

Le compromis se situe quant à lui au centre des deux axes : il s’agit généralement d’une prise en compte partielle des points de vue des deux parties.

Une même attitude, différents comportements

La compétition se caractérise par le fait d’accorder beaucoup d’importance à son ou ses objectifs propres, à son propre point de vue.

Cela peut se traduire par plusieurs comportements : se fâcher et le dire / affirmer son désaccord, critiquer, insulter, se moquer, reprocher, convaincre, séduire, manipuler, argumenter sans écouter, justifier sa perspective…

L’accommodation accorde quant à elle beaucoup d’importance aux objectifs de l’autre partie, à son ou ses points de vue.

Cela peut se traduire par différents actes : donner raison à l’autre / s’y rallier, se tempérer par peur de la réaction de l’autre, s’écraser, ou encore par une écoute inconditionnelle sans s’exprimer soi-même.

La collaboration reflète le fait d’accorder une grande importance aux objectifs de l’un et de l’autre, à tous les points de vue en présence. En termes de comportements, cela peut prendre plusieurs formes également : essayer de construire ensemble une vision commune, poser des questions et écouter tout en affirmant / reformulant / complétant les propos de l’autre, émettre des propositions ouvertes…

Le repli, qui se caractérise par une prise en compte minimale des objectifs de chacun, peut s’observer dans plusieurs comportements : changer de sujet, se taire, arrêter l’échange…

Le compromis, enfin, s’observe souvent dans les attitudes où les partenaires d’une discussion « mettent de l’eau dans leur vin » et concèdent certains points à l’autre tout en réaffirmant une opposition.

Identifier les attitudes et reconnaitre leurs avantages et inconvénients

Un grand enseignement de cette typologie des attitudes est qu’il n’existe aucune attitude qui soit absolument meilleure que les autres, en toutes circonstances. En fait, toutes ces attitudes sont plus ou moins appropriées en fonction des circonstances.

Ainsi, la coopération peut intuitivement nous sembler « globalement préférable », mais il existe des cas où elle n’est pas souhaitable, voire impossible. Par exemple, lorsqu’il faut décider en urgence (il n’y a pas le temps de discuter des heures), quand un partenaire de la discussion n’a pas un point de vue très affirmé (il pourrait volontiers s’accommoder, sans frustration) ou quand il s’agit d’argumenter un point de vue qui nous tient extrêmement à cœur (une attitude de compétition peut alors être plus appropriée). De même, la coopération implique d’être au moins deux à vouloir coopérer : si l’autre nous perçoit comme un ennemi à abattre, nous avons tout intérêt à nous protéger, peut-être même à nous replier en fuyant toute discussion ou en changeant de sujet.

La compétition, comme nous l’avons vu, n’est pas toujours « mauvaise ». Elle ne se manifeste d’ailleurs pas que par des comportements « agressifs » (imposer son point de vue par la force). Argumenter calmement en faveur de son point de vue, faire valoir ses droits, affirmer ses positions : cela correspond à des formes d’attitude « compétitive ». Rien n’empêche par la suite d’adopter d’autres attitudes. Les comportements compétitifs peuvent être très « doux » : ce n’est pas nécessairement parce qu’une personne s’exprime de façon posée et polie qu’elle n’adopte pas une attitude compétitive au sens du TKI. Des comportements de séduction, de manipulation ou autre sont également compétitifs : ce qui compte, c’est son objectif propre, pas ce que l’autre veut ou pense.

L’accommodation peut également être appropriée. En effet, si l’autre nous convainc par ses arguments, ou que nous considérons que notre point de vue ne nous importe pas tant que cela, ou encore tout simplement parfois par souci de préserver la relation avec l’autre, nous pouvons lui donner raison. A contrario, l’accommodation peut parfois être frustrante.

Le repli, quant à lui, peut être perçu comme non souhaitable dans l’absolu. Personne n’en ressort « gagnant ». Néanmoins, dans certains cas, par exemple quand la charge émotionnelle d’un débat est trop forte, cela peut être une bonne solution temporaire. Il s’agit par exemple de postposer la discussion. Aussi, pour des débats que l’on estime « futiles », cela vaut-il vraiment la peine de se faire du souci ? Autant changer de sujet, voire faire une blague qui n’a rien à voir. Cette attitude n’est en revanche pas avantageuse sur le long terme, de manière systématique, et ce d’autant plus si les objectifs des parties en présence se révèlent finalement importants.

A retenir

– Compétition : l’individu accorde toute l’importance à son propre point de vue

– Accommodation : l’individu accorde toute l’importance au point de vue de l’autre

– Repli : l’individu n’accorde aucune importance à aucun point de vue

– Collaboration : l’individu accorde de l’importance à son propre point de vue et à celui de l’autre

– Compromis : l’individu accorde partiellement de l’importance à son propre point de vue et à celui de l’autre

Comment aborder ce sujet avec les élèves ?

En résumé, nous pouvons catégoriser nos comportements lors d’un désaccord en fonction d’une part du degré de prise en compte de notre objectif propre (ou notre point de vue) et d’autre part du degré de prise en compte de l’objectif de l’autre (ou le point de vue de l’autre).

L’intérêt de cet outil d’analyse consiste à identifier les attitudes des différentes parties d’un désaccord et le caractère approprié ou non de ces attitudes, les effets de ces attitudes sur la situation spécifique.

Nous encourageons à utiliser cette grille de deux manières :

  • En tant qu’outil d’analyse des différentes postures dans un débat, afin de développer les capacités des apprenants à identifier les différentes attitudes et à en percevoir les forces et les limites
  • En tant qu’outil réflexif, dans un second temps, c’est-à-dire en tant qu’outil leur permettant de situer leurs propres attitudes préférentielles en situation de débats. Ceci vise à leur faire prendre conscience de leurs propres tendances relationnelles, et de leurs avantages et inconvénients.

[1] Thomas, K. W., and Kilmann, R. H. The Thomas-Kilmann Conflict Mode Instrument, 1974.

[2] Nous nous autorisons à étendre le modèle à la prise en compte non seulement des objectifs des personnes en désaccord, mais aussi des points de vue de ces personnes.

Webinaire – Développement des habiletés sociales pour les 2,5 – 7 ans

Découvrez Graines de médiateurs en maternelle

Nous sommes heureuses et heureux de vous communiquer la sortie de l’ouvrage pédagogique GRAINES DE MEDIATEURS EN MATERNELLE.

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Prix : 35 € (+ frais de port)

Depuis les années 90, grâce à leurs nombreuses expérimentations sur le terrain, les formateurs de l’Université de Paix ont créé et développé un grand nombre d’activités et de programmes.

Les livres « Graines de médiateurs, médiateurs en herbe » (2000) et « Graines de médiateurs II » (2010) sont les fruits de ces investigations. Ces ouvrages s’adressent principalement aux enseignants et animateurs de groupes d’enfants de 8 à 12 ans.

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Cet ouvrage pratique se veut directement utilisable par tout professionnel en charge d’un groupe d’enfants de 2 ans et demi à 7 ans. Il contient notamment :

  • Des éclairages théoriques agrémentés d’exemples concrets
  • Plus de 60 fiches d’activités détaillées
  • Des fiches reproductibles
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Éd. Université De Paix Asbl

Prix : 35 euros, port non compris

A l’occasion de la sortie de cet ouvrage, (re)découvrez des comptines Université de Paix !

 

Chant 1 : Catherine Bruynbroeck

Chant 2 : Pascaline Gosuin

Guitare : Julie Duelz

Montage : Julien Lecomte

Université de Paix asbl

Comment développer son estime de soi ?

Les conseils de nos formateurs

Illustration : Photo by Radu Florin on Unsplash

Par Tamara Septon, étudiante en communication appliquée à l’IHECS.

Vous avez du mal à vous affirmer ? Vous n’avez pas confiance en vous lorsque vous devez accomplir une tâche ? Vous avez peut-être besoin d’un boost pour augmenter votre confiance en vous. Voyons ensemble divers conseils et outils qui permettent de développer son estime de soi et ainsi se sentir plus à l’aise dans la vie de tous les jours. Voici quelques conseils que les formateurs de l’Université de Paix asbl vous partagent.

Laissez tomber vos croyances « limitantes »

Ce sont celles qui vous empêchent d’accomplir certaines actions dans votre quotidien parce que, par exemple, vous ne vous en sentez pas capable. Il faut dans un premier temps identifier ces croyances limitantes. « Il faut que je sois comme ça », « Je dois agir de cette manière »… Vous vous dites que vous devez être fort, parfait… Mais personne n’est parfait. Tout le monde a ses forces et ses faiblesses.

L’estime de soi, c’est la connaissance de soi. Les personnes qui ont confiance en elles ne sont pas plus compétentes ou exceptionnelles que d’autres, elles acceptent juste le fait de ne pas être parfaites. Elles avancent et acceptent qui elles sont.

Une fois ces croyances identifiées, détachez-vous-en. Essayez de voir le réel tel qu’il est. Elles ne se vérifient pas dans toutes les situations, il faut les nuancer, les contrebalancer avec des qualités. Par exemple : « Je ne suis pas que timide… Je suis aussi très à l’écoute ! ». Ne vous réduisez pas à une seule dimension de vous-même.

Félicitez-vous lors des petites victoires

Vous accomplissez tant de choses tous les jours sans même vous en rendre compte. Le seul fait de se dire « J’ai réussi ! », « J’y suis arrivé ! », fait du bien. Cela développe votre conscience de votre valeur. Quand on manque d’estime de soi, on laisse trop souvent sa voix intérieure dire « Je n’en suis pas capable », « Je n’y arriverai pas »… Mais il faut faire taire cette voix et laisser celle qui encourage : « Je peux le faire ! ».

Agissez en adéquation avec vos valeurs

Il est important de vous demander… Qu’est-ce qui est important pour moi ? Quelle image ai-je de moi-même ? Qu’est-ce qui me tient à cœur ? Quelles sont les valeurs qui m’importent ? Après avoir réfléchi à ces questions, vous pourrez vérifier si vous agissez dans votre vie en adéquation avec ce que vous ressentez, avec vos valeurs. Plus ce sera le cas, meilleure sera votre estime pour vous-même.

Fixez-vous des objectifs

Fixez-vous un objectif à long terme. Celui-ci devra être scindé en plusieurs sous-objectifs plus petits et ces derniers seront atteints en réalisant des petites actions concrètes que vous aurez définies. C’est en allant étape par étape que l’on atteint nos objectifs. Nul besoin d’aller trop vite. Et en cas d’échec de l’accomplissement d’une action, il faut apprendre à relativiser. Pas d’inquiétude, cela fait partie de l’apprentissage.

Lancez-vous dans de nouvelles expériences

Pour pouvoir être fier de ce que l’on a accompli, il faut oser tenter des expériences. Se sentir capable d’accomplir une tâche est un point de base de la confiance en soi. Découvrez, lancez-vous. En développant ces points, vous arriverez au SACRE de l’estime de soi : Sécurité, Appartenance, Connaissance de soi, Réussite.

Envie d’en apprendre plus ?

Si vous souhaitez aller plus en profondeur sur le sujet, l’Université de Paix propose une formation pour développer l’estime de soi. Si souhaitez apporter certains de ces outils à des enfants, une formation est également adaptée pour développer l’estime de soi chez les enfants.

L’Université de Paix en quelques mots

Cette asbl namuroise a pour objectif principal de partager des savoirs et outils afin d’améliorer le dialogue entre tous et maintenir un climat de paix. Pour ce faire, l’Université de Paix propose des formations sur les gestions de conflits et les thématiques qui y sont liées. L’asbl souhaite favoriser un meilleur « vivre ensemble » ainsi qu’éduquer, sensibiliser les jeunes et les enfants à cet esprit en proposant des formations aux personnes qui travaillent avec eux et en intervenant dans les écoles.

Découvrez-en plus sur le site www.universitedepaix.org

Sortie du livre Graines de médiateurs en maternelle !

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Montage : Julien Lecomte

Université de Paix asbl

Accueillir et réguler ses émotions : comment le corps peut-il aider le mental ? Comment le mental peut-il aider le corps ?

Dans cet article, nous proposons de catégoriser les stratégies de régulation des émotions selon deux axes. Sur le premier axe, nous distinguons les techniques plutôt orientées vers une action au niveau des pensées (mental) de celles impliquant plutôt une action au niveau des comportements (corps – mouvement). Sur le second axe, nous distinguons des méthodes de « confrontation » de méthodes d’« évitement » par rapport à l’émotion.

Par Julien Lecomte

Avant de détailler cette typologie, commençons par quelques précisions.

D’abord, à l’Université de Paix, et ce en lien avec plusieurs approches thérapeutiques actuelles, notre message n’est certainement pas qu’il faut s’interdire de ressentir des émotions, même si celles-ci sont désagréables. Une émotion, quelle qu’elle soit, n’est pas mauvaise. Une approche connotée moralement des émotions s’accompagne d’ailleurs généralement de méta-émotions, c’est-à-dire d’émotions à propos du fait de ressentir des émotions : « je ne devrais pas ressentir cela », « je me sens coupable d’être encore en colère », « je suis découragé et triste de ne pas parvenir à me sentir joyeux alors que j’essaie de toutes mes forces », etc. L’émotion est quelque chose qui peut surgir de façon quasi instantanée, immédiate. Cela étant dit, cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas faire quelque chose qui nous permette d’aller vers un mieux-être, à partir de et avec cette émotion.

Ensuite, nous ne proposons pas ici une « recette universelle » pour canaliser et apaiser les émotions. Il existe toutefois des stratégies plus ou moins efficaces selon les individus et les circonstances. Certaines techniques vont très bien fonctionner pour les uns et beaucoup moins bien pour d’autres. Nous pouvons considérer ces différentes méthodes comme des repères : l’enjeu est que vous puissiez vous réapproprier les approches qui vous conviennent.

Le corps ou le mental ?

Il existe plusieurs manières d’appréhender les émotions. Nous distinguons celles qui font intervenir plutôt les comportements/les mouvements et/ou les cognitions/les pensées.

Exemples de stratégies comportementales/motrices : aller courir, frapper dans un punching-ball, pratiquer des techniques de respiration, faire du yoga, manger un bon repas, prendre un médicament relaxant, dormir, faire une méditation orientée sur les sensations corporelles, travailler sa posture, agir pour solutionner un problème, demander de l’aide, etc.

Quelques exemples de stratégies cognitives/mentales : penser à autre chose, voir la situation autrement, faire une méditation orientée sur les pensées, suivre une thérapie orientée sur la compréhension des états mentaux, rechercher des causes / des solutions au problème, imaginer des scénarios, etc.

Toutes ces actions peuvent être pertinentes et efficaces. Les approches par le mental ne sont pas meilleures dans l’absolu que les approches par le corps, et vice versa. Néanmoins, il est possible que vous privilégiiez plutôt des façons de faire à d’autres, et que dans certains cas, celles-ci soient dysfonctionnelles. Nous avons en effet toutes et tous des schémas de réaction devenus plus ou moins « automatiques » lorsque nous ressentons des émotions. Ce sont nos attitudes préférentielles pour les réguler, même si elles ne sont pas toujours adaptées. Cette première distinction invite donc à être plus attentifs à utiliser à la fois le mental et le corps pour une régulation plus fluide des émotions.

Confrontation ou évitement ?

Nous observons également deux rapports à l’émotion : la confrontation et l’évitement. La confrontation consiste à « regarder l’émotion en face » (on se confronte à la situation stressante ou à la pensée stressante), tandis que l’évitement consiste plutôt à tâcher de la contourner, de faire ou de penser à autre chose.

Exemples de confrontation à l’émotion : parler de la situation problématique, agir pour la solutionner, réfléchir au problème, se faire traverser par l’émotion, la vivre pleinement…

Exemples d’évitement de l’émotion : jouer à un jeu vidéo, faire du sport, penser à autre chose, lire un livre, prendre un médicament…

De nouveau, la confrontation n’est pas meilleure en soi que l’évitement, et inversement. Cela dépend des personnes et des situations. Nous détaillons ceci plus loin.

En guise de synthèse intermédiaire, nous pouvons combiner nos deux axes de la sorte :

Nous pourrions ajouter des subdivisions à ce modèle, par exemple en considérant les stratégies selon qu’elles sont plutôt solitaires ou avec autrui.

Aussi, certaines stratégies proposées dans l’évitement peuvent être utilisées aussi en confrontation, et vice versa. Cela dépend en effet de notre rapport à l’émotion. Par exemple, si nous pratiquons un sport dans le but de nous défouler, alors ceci peut être situé dans la confrontation, et moins dans l’évitement.

Il ne s’agit donc pas d’une catégorisation absolue (celle-ci peut prêter à discussion), mais bien plutôt de repères pour nous positionner individuellement en nous demandant où nous nous situons lorsque nous ressentons telle ou telle émotion.

Comment savoir quelles sont les méthodes adéquates pour nous ?

Parmi toutes ces actions possibles, quelles sont celles qui conviennent le mieux ? Comme nous l’avons dit, cela dépend de plusieurs facteurs.

Une question à se poser : pouvons-nous changer la situation qui nous occasionne une émotion désagréable ?

C’est très différent par exemple de si vous stressez à cause des résultats à venir après un rendez-vous médical ou bien à cause de la vaisselle non-faite chez vous. Dans le second cas, pour retrouver de la quiétude, il est possible de faire la vaisselle, de demander à quelqu’un d’autre de la faire, etc. Ici, une stratégie comportementale de confrontation est sans doute plus adaptée qu’un évitement qui ne ferait que reporter le problème. A l’inverse, dans le premier cas, quoi que vous fassiez, la teneur des résultats médicaux ne changera pas. A la limite, vous pourriez demander de les recevoir plus vite que prévu, mais en imaginant que ça ne soit pas possible, vous n’avez pas de prise sur le stimulus stressant. Dans cette situation, les stratégies de confrontation par le comportement risquent donc d’entretenir un sentiment d’impuissance, et de mener à des ruminations mentales dans lesquelles vous ressassez votre incapacité à changer les choses. Peut-être serait-il alors plus judicieux d’avoir recours à des stratégies d’évitement temporaires, ou de travailler plutôt au niveau corporel (qui en soi peut représenter une forme d’évitement, dans la mesure où il éloigne des pensées anxieuses).

Autrement dit : lorsque vous pouvez solutionner relativement facilement la situation, alors il est judicieux d’agir en ce sens. Cela vous stresse d’oublier de remplir un papier ? Remplissez-le. Cela vous préoccupe d’avoir une conversation avec votre ami ? Allez lui parler. Etc. Dans le cas contraire, quand vous manquez d’énergie ou de pouvoir d’action, il peut être plus adapté d’éviter la situation, de s’en divertir ou encore de tâcher de la voir autrement.

Autre question : la situation stressante se répète-t-elle, ou est-elle plutôt ponctuelle ?

Quelqu’un vient de vous couper la priorité de droite et cela vous a énervé ! C’est une situation ponctuelle. Vous pouvez vous confronter à celle-ci en tâchant de la comprendre, en cherchant des solutions pour l’avenir : cela n’amènera pas à grand-chose, si ce n’est à vous occuper le corps et/ou l’esprit avec ce vecteur de stress. Dans ce cas, il est peut-être plus opportun de « passer à autre chose ». En revanche, dans le cas où, à chaque fois que vous prenez la voiture, cela vous stresse, alors il est peut-être plus judicieux de tâcher de comprendre ce qui vous angoisse, et comment vous pourriez trouver des solutions pour être plus apaisé. Il est possible de voir la situation autrement (adopter d’autres points de vue) que par le prisme de l’anxiété, par exemple.

En bref : si la situation est ponctuelle, il n’est pas nécessaire de la ruminer ou de s’y accrocher. Si elle se répète, il peut être pertinent de s’y confronter afin d’y trouver des solutions (si vous pouvez agir en ce sens) ou de la voir autrement.

Enfin, une démarche d’introspection et de conscience bienveillantes des émotions ressenties

Les émotions sont des signaux, et les comportements et pensées qui les accompagnent ont des conséquences sur votre bien-être.

Prenons encore un exemple. En période d’examens scolaires, est-il plus judicieux de penser à autre chose, ou bien de penser à sa matière ? Cela dépend ! Si les pensées se limitent à des ruminations, à un stress qui bloque l’étude, alors sans doute vaut-il mieux se changer les idées pendant un moment. A contrario, si l’évitement dure trop longtemps et se mue en une sempiternelle procrastination, cela risque d’aboutir à un échec scolaire renforçant le stress lié à cette situation !

Dans cette optique, il est important de prendre le temps d’amener tout cela à votre conscience, avec bienveillance. Certaines de nos réactions n’amènent pas les résultats que nous souhaiterions. Par rapport à cela, il n’est pas utile de nous auto-flageller. Au contraire, pour amorcer un changement, il est recommandé de procéder par « petits pas » et de se donner des opportunités de réussite ! Imaginez des comportements que vous pourriez modifier ou mettre en place facilement pour votre bien-être avant de vous attaquer aux situations les plus stressantes, et reconnaissez vos victoires…

Se sentir frustré de ne pas réussir à changer une émotion, s’en vouloir de la ressentir lorsqu’on la ressent, c’est l’un des meilleurs moyens d’y rester accroché…

Quelques notes et réflexions pour prolonger cet article

La liste d’exemples est loin d’être complète, et elle est un peu simpliste : « il y a tellement plus à faire »

Il faut voir le but initial de l’article. Il s’agit d’un article (initialement formaté pour notre périodique trimestriel) de vulgarisation destiné à un public généraliste. De ce fait, les exemples doivent être simples et sans équivoque. De plus, nul n’écrit que ces exemples représentent une liste exhaustive des stratégies, au contraire. Nous n’avons pas présenté des « stratégies complexes », plus élaborées (et généralement mixtes), par souci de clarté.

Aussi, cet article s’inscrit explicitement dans un paradigme cognitivo-comportementaliste. Celui-ci a aussi fait ses preuves, et en même temps nous ne prétendons pas qu’il s’agit du seul paradigme d’appréhension des émotions, loin de là. C’est un angle particulier, parmi d’autres approches.

L’article entretiendrait une opposition entre corps et mental

Au contraire, nous pensons qu’il s’agit d’une distinction poreuse et qu’il n’existe pas de stratégie « purement motrice » versus des stratégies « purement cognitives ». C’est même métaphysique comme question, et en philo, en effet, on remet fort en cause une frontière nette entre le corps et l’esprit : il s’agirait plutôt d’un continuum. 

En aucun cas, il n’est question d’opposer les deux dimensions (même dans le paragraphe « le corps ou le mental », dans lequel on peut lire le « ou » comme étant inclusif). Au contraire, l’article titre « comment le corps peut-il aider le mental, comment le mental peut-il aider le corps » ? Il n’est nullement question de catégories fermées.

Aussi, l’article avait pour prétention de dépasser certaines oppositions que l’on entend encore régulièrement comme quoi il faudrait nécessairement « lâcher le mental », par exemple, pour mieux gérer ses émotions (ce n’est pertinent en réalité que si une approche « mentalisante » ferme justement la porte à d’autres modes de gestion qui pourraient s’avérer plus efficaces). Un objectif de l’article (ou d’une telle catégorisation en formation) est plutôt de mettre en évidence des « angles morts » dans les choix de stratégies de gestion des émotions des individus, non de ranger des tactiques dans des cases hermétiques et exclusives. En bref, la distinction corps-mental est à considérer comme une balise/un repère et non comme une opposition. Notons toutefois que certains paradigmes défendent une intrication qui suppose de se passer de cette distinction.

Pour ces raisons, nous soulignons encore que cet article ne saurait être pas représentatif à lui seul du panel d’outils, de méthodes et de paradigmes sur lesquels nous nous basons pour aborder les émotions et la communication.

« Ne doutez jamais »

« Ne doutez jamais qu’un petit groupe de personnes peuvent changer le monde. En fait, c’est toujours ainsi que le monde a changé »

Margaret Mead

Si vous êtes une habituée ou un habitué de nos canaux de communication, vous avez déjà dû voir passer cette citation, que notre chargée de relations publiques, Christine, affectionne particulièrement…

Plusieurs chantiers, portés par de « petits groupes de personnes », de chair et d’os, sont en cours à l’Université de Paix.

En vrac, et sans être exhaustif…

Plusieurs formatrices et formateurs, Alexandre, Esther, Evelyne, Julie, Lysiane et Pascaline sont allés se former en Finlande à « la méthode KiVa » afin de renforcer les compétences en prévention en en intervention face au harcèlement scolaire. Après « la méthode Pikas » (préoccupations partagées) et « la méthode No Blame » (groupe d’entraide), c’est la troisième grande approche que les formateurs de l’Université de Paix se réapproprient pour lutter contre cette forme de violence.

Frédéric, Nathalie D. et Catherine ont préparé et mis en place un trek « Histoires croisées » pour faire du lien en profondeur avec des jeunes. Gilles peaufine la mise en place de la première année de la formation de formateurs. A l’international, Nathalie B. coordonne les formations à Toulouse, tandis qu’Almudena, l’un des piliers de la médiation de l’institution, est également active en France désormais.

Claire réalise un partage de connaissances quant à son expérience dans la Communication NonViolente et prête main forte au niveau administratif pour assurer un suivi des demandes d’interventions extérieures. Guénaëlle a quant à elle entamé le Certificat en gestion de conflits, tout en assurant d’ores et déjà la coordination de plusieurs formations d’adultes. Un ouvrage sur le développement des habiletés sociales en maternelle est en phase de finalisation et sortira en 2020.

Le pôle administration, composé de Chantal, Marie-Anne, Nadège, Patricia et épaulé par Isabelle, la Secrétaire générale, continue sa modernisation, notamment à travers la réappropriation d’une nouvelle base de données, qui sera opérationnelle elle aussi en 2020. Frédérique a rejoint l’équipe de communication, composée de Christine et Julien. Un événement colossal est en cours de programmation pour l’horizon novembre-décembre 2020 (60 ans de l’institution)… Abdel s’assure quant à lui de la propreté des locaux, et veille à ce qu’ils soient chaleureux et accueillants. Nous pouvons également toujours compter sur et avec Yvonne et Monique, nos deux bénévoles…

Un « petit groupe de personnes », mais encore… ?

L’Université de Paix, c’est aussi un Conseil d’administration qui « veille au grain », avec Jill, François, Marcelin, Amélie, Edvige, Timothée, Céline, Noémie, Jean-Luc, Anaël, Olivier, Camille, Coralie et Xavier…

Tout cela sans nommer toutes celles et tous ceux qui ont gravité ou gravitent toujours autour de l’Université de Paix : personnes anciennement employées, collaborateurs extérieurs, Assemblée générale, Conseil académique, relais-réseau à l’international, partenaires, pouvoirs subsidiant, etc.

Last but not least, la mission, les valeurs et les interventions de l’Université de Paix s’incarnent aussi par et grâce aux centaines de sympathisants et de participants annuels dont vous faites partie. En soutenant nos activités ou en vous formant à l’Université de Paix, vous contribuez à démultiplier les effets de ces actions !

Dans ce numéro spécial, nous rediffusons des informations relatives à nos activités programmées. Vous doutez encore qu’un petit groupe de personne puisse changer le monde ? Alors rejoignez-nous, et vous verrez !

Des comptines pour la gestion des conflits en maternelles !

L’Université de Paix asbl développe des outils pour apprendre à gérer les conflits et les émotions dès la maternelle !

Un ouvrage avec des activités concrètes sortira en 2020 !

En attendant, voici déjà 5 comptines à partager avec nos tout-petits !

 

Chant 1 : Catherine Bruynbroeck

Chant 2 : Pascaline Gosuin

Guitare : Julie Duelz

Montage : Julien Lecomte

Université de Paix asbl

[Fiche-outil] Citron Citron

OBJECTIFS

– Prendre conscience de ma place dans le groupe.

– Intégrer le prénom des autres.

DISPOSITION

Autant de chaises en cercle qu’il y a de participants.

DEROULEMENT

– L’animateur et les participants sont assis en cercle sur des chaises.

– Un participant se trouve au centre.

– Le participant qui est à la gauche de la chaise vide tape de la main sur celle-ci et appelle quelqu’un par son prénom. Celui dont le prénom est cité vient s’asseoir à l’endroit vide.

– Le but du jeu est de taper sur la chaise et de citer le prénom avant que la personne au centre ait eu le temps de se rasseoir sur la chaise vacante. Une fois le prénom cité, la personne sans chaise se retrouve au centre.

Pistes de réflexion

L’animateur suscite le débat autour de questions telles que :

– Que ressentent les participants s’ils restent plusieurs fois de suite au milieu … ou s’ils ne sont jamais appelés ?

– Quelle est leur réaction s’ils voient quelqu’un rester souvent au milieu ?

NOTES A L’ANIMATEUR

– Cette activité est particulièrement indiquée pour dynamiser le groupe, après un long moment d’écoute ou lorsque l’animateur remarque que les participants sont fatigués ou déconcentrés.

– Cette activité est un excellent moyen de contrecarrer l’attitude qui consiste à n’appeler que ses amis. La rapidité exigée empêche de prendre le temps de chercher et de choisir. Les clivages sont dépassés le temps du jeu et une réelle cohésion peut prendre forme.