La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent

 

« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent »

La citation est attribuée à Albert Einstein.

Lorsque les désaccords perdurent ou s’enveniment, les parties en conflit peuvent se décourager. L’impression d’être dans une « voie sans issue » s’installe. 2016 n’a pas été épargnée par des drames d’une extrême violence, ici et ailleurs. Nous écrivions dans de précédents trimestriels que la paix n’est jamais acquise une fois pour toutes, mais qu’elle doit se construire et s’entretenir au quotidien.

Comme le développe Almudena Vaquerizo Gilsanz dans son article sur les liens entre créativité et médiation, il est difficile de ne pas se censurer et de ne pas être obsédé – et donc enfermé – par la recherche de ce qui nous semble être « la » solution. Face à des situations qui nous attristent, nous mettent en colère ou nous effraient, nous pourrions être attirés par des « solutions » simplistes, et nous contenter de répondre à la violence par encore plus de violence, de surveillance, de stigmatisation et de méfiance.

Comment espérer un résultat différent en répétant sans cesse ces « recettes » qui, seules, se sont avérées inefficaces (voire meurtrières) ?

Almudena Vaquerizo Gilsanz poursuit : « la créativité permet d’ouvrir le champ de ce qui est possible, de ce qui est permis. C’est un espace de nouvelle liberté, lorsque l’on pense être dans une impasse, que l’on a tout essayé »… Dans ce trimestriel, nous vous souhaitons une année 2017 pleine de créativité, pleine de nouvelles expériences, et donc pleine de solutions. Nous ne prétendons pas qu’il faut arrêter d’agir, au contraire. Nous prétendons qu’il faut multiplier les niveaux d’action, et travailler sur le long terme.

Nous vous proposons notamment des outils afin de développer l’intelligence émotionnelle des enfants. En éduquant dès le plus jeune âge à gérer ses émotions et en développant l’empathie, nous pensons que nous pouvons construire, brique par brique, une meilleure compréhension mutuelle.

Au travail, également, avec le pôle UP Entreprise (voir le site UP Entreprise), nous développons des approches diversifiées pour résoudre des problèmes : parfois, une difficulté relationnelle peut cacher un dysfonctionnement au niveau organisationnel, par exemple… Là encore, il s’agit de diversifier les points de vue.

A l’Université de Paix, nous souhaitons aussi partager une certaine réappropriation critique des outils que nous partageons et appliquons. Il ne suffit pas d’utiliser grammaticalement des théories, des grilles de lecture ou des méthodes de communication pour vivre des relations harmonieuses. Paradoxalement, elles peuvent même parfois nuire à la relation.

Enfin, l’Université de Paix continue – et continuera – à produire, partager et diffuser des ressources pédagogiques et des contenus et méthodes de formation afin d’outiller chaque personne qui le souhaite à résoudre ses conflits positivement.

Groupe de Travail : « Réinventons-nous » !

Par Guénaëlle Culot

L’année 2020 a été marquée par une réorganisation profonde des formations de l’Université de Paix en réponse aux mesures sanitaires liées à la présence du virus Covid 19.

Au mois de mars 2020, notre équipe se trouve en télétravail. Dans cette situation inédite, l’équipe investigue de nouvelles stratégies pour réaliser l’objet social de l’Université de Paix.

Rapidement, un groupe de travail se réunit, composé de plusieurs formateurs. Ce groupe a pour mission de réfléchir à la mise en œuvre des objectifs pédagogiques dans le nouveau contexte social.

Les formations à l’Université reposent sur un socle de valeurs communes et de choix pédagogique tels que :

  • L’importance de la cohésion et de la sécurité du groupe,
  • La qualité d’écoute et de présence,
  • La dimension expérientielle de l’apprentissage,
  • L’expertise des participants comme source d’apprentissage,
  • La mise en expériences et les échanges entre les participants en petits, moyens et grands groupes.

Ces fondements sont donc à considérer dans un nouveau contexte. Celui-ci étant tributaire de l’évolution des mesures sanitaires, nous avons investigué deux scénarios :

  1. La continuité de formations en présentiel avec des distanciations sociales nouvelles et le port du masque.
  2. La proposition de formations en distanciel en phase avec nos repères pédagogiques fondamentaux.

Adaptation de modules en présentiel avec distanciation sociale

Dans le contexte en présentiel, nombre d’activités sont revues pour permettre d’intégrer la distanciation sociale.

Le toucher et la proximité peuvent être source de cohésion du groupe dans des activités ludiques qui laissent libre cours à la spontanéité et au mouvement de chacun. Des tels jeux permettant le mouvement, les cris, la danse, les sauts sont transposés dans une version respectant les normes de distanciation.

La possibilité de proposer des activités en extérieur est privilégiée afin de permettre de retirer les masques dans le respect des mesures sanitaires, afin de visualiser les signes non-verbaux, matériau essentiel du décodage émotionnel et de la communication.

De manière générale, nous privilégions la possibilité de prendre en compte la situation contextuelle de chaque groupe, de créer un espace de parole et d’utiliser les contraintes pour expérimenter le contenu des formations.

Adaptation et construction de modules à distance, en ligne

Nos contenus ont été tout au long de l’année réinventés selon l’environnement en ligne. De nombreuses activités ont en effet dû être transposées sous ce format.

Quelques repères auxquels l’équipe a travaillé :

  • Le rythme et le cadrage des formations : la réinvention des consignes et l’adaptation des horaires et des rythmes à un dispositif par écrans interposés.
  • Les nouvelles modalités d’échanges.
  • Enfin, la transposition d’activités ludiques en ligne en utilisant les fonctionnalités disponibles ont fait l’objet d’une grande inventivité !

La plupart de nos formations sont actuellement dispensées en ligne. Certaines d’entre elles ont dû être quant à elles annulées.

De nouvelles propositions en ligne ont émergé : des webinaires pour faire connaître les programme Kiva et Graines de médiateurs maternelle.

Des interventions par écrans interposés : comment être médiateur en visioconférence ?

Par Almudena Vaquerizo Gilsanz

Cette année j’ai pu découvrir l’écoute, le vivre ensemble, la formation, la médiation et les intervisions en ligne.

Pendant le premier confinement, une envie de partager des outils pour mieux vivre ensemble m’est venue. Alors que nous sommes confinés toute la journée avec des proches et que le risque de prise de tête augmente sans trop d’échappatoire pour aller prendre l’air, cela me semblait important de montrer comment on peut communiquer dans ce contexte. J’avais envie à travers l’écran, de dire que j’étais là, que l’Université de Paix était là… Un matin j’ai pris deux chaussettes en guise de marionnettes pour parler du « message clair », un outil d’assertivité, à travers une capsule vidéo…

Ensuite il y a eu des intervisions entre médiateurs prévues, annulées… Et si je les tentais en visioconférence ? Le succès était à la clé, la demande se faisait sentir au vu de la vitesse des inscriptions. Des questions autour de comment continuer à accompagner les personnes en conflit malgré le confinement ont été partagées : comment assurer la confidentialité, comment rester neutre ou monter notre écoute et rester en lien à travers la caméra, bref comment être médiateur en visioconférence ? Les échanges, les partages d’outils et expériences étaient, comme à chaque intervision, riches pour nous tous.

Continuer à faire du lien et à donner du sens avec les adolescents

Par Almudena Vaquerizo Gilsanz

Les formations dans les écoles (formation à l’écoute) ont été aussi chamboulées : des séances retardées, puis encore retardées… Une proposition de se retrouver en visio pour rester en lien, pour voir comment mettre en pratique ce que nous avions appris à propos de l’écoute en ces moments où elle était plus que jamais nécessaire.

Les jeunes étaient là encore, derrière leur caméra, puis à la rentrée on a pu se voir en vrai, une seule fois avant des nouvelles mesures…

J’ai alors constaté à quel point la situation était difficile pour eux : « on ne fait que rester à la maison et aller à l’école, les profs nos donnent plus de travail que quand on est en classe, on n’a plus le droit de pouvoir sortir ou se faire des câlins, je déprime totalement, j’en ai marre… ».

J’ai lâché le programme prévu pour proposer des cercles de parole cette journée, ils voulaient parler d’autre chose que le corona, ils ont choisi de parler de l’amitié, nous avons joué ensemble aussi, parce que partager la bonne humeur, ca resserre les liens, avec soi, avec les autres. « Oh que ca fait du bien » disaient-ils cette journée là je l’ai finie sourire aux lèvres, malgré la distanciation, malgré le masque, malgré la chaleur…

J’ai senti à quel point le travail de l’Université de Paix était important pour ce monde, pour les jeunes en particulier, et je me suis sentie heureuse de mon travail.

Le Brevet d’animateurs en « version covid »

Par Julie Duelz

Le brevet d’animateur en gestion positive des conflits avait commencé normalement, 3 modules avaient été donnés quand le confinement a arrêté brutalement la formation à sa moitié ainsi que tous les participants qui étaient en train de réaliser leur stage pratique dans une classe.

Fin juin, je réunis le groupe à distance pour faire le point sur la suite du brevet face aux nombres interrogations et inquiétudes.

Les deux modules restants sont programmés en septembre et en octobre. Le dernier week end a des allures de pré-confinement, on sent que tout va à nouveau s’arrêter. Ambiance particulière mais néanmoins sympathique, on savoure le fait de se voir « en vrai ». Deux participantes qui sont en quarantaine participent à distance. Meme si c’est parfois exigeant en attention (penser « hybride »), l’apprentissage est opérant. On a presque l’impression qu’elles étaient présentes physiquement.

Après une pause de plus de 7 mois, ces deux week ends ont remis du sens, de la motivation et de l’enthousiasme dans le groupe. Toutes sont reparties confiantes pour reprendre leur stage. Pour certaines, il s’agit d’un nouveau groupe, d’autres ont une moitié de groupe identique et une autre différente, bref c’est l’adaptation qui est de mise. Par chance, les stages peuvent continuer en primaire car ils font partie du projet pédagogique. Je peux aller observer toutes les stagiaires dans leurs groupes respectifs. Ouf !

Les échéances sont devenues flottantes, à l’heure où j’écris ces lignes, 3 participantes ont bouclé leur parcours (sans vraiment pouvoir le célébrer), 4 sont en train de le faire et 2 doivent encore finir leur stage. J’espère que d’ici fin juin toutes seront venues au bout des différentes étapes pour l’obtention du brevet. Quelle année !

Le Brevet Jeunes 2020-2021 : une reprise de flambeau sous covid

Par Catherine Bruynbroeck

Suite aux reports de modules du Brevet jeunes précédent, la coordinatrice Pascaline Gosuin ne pouvait assumer la coordination des deux sessions à la fois.

Après trois ans de détachement pédagogique au sein de l’institution, je me sentais prête à piloter ce projet de formation longue, 8 modules de 2 jours de formation avec travaux à remettre et entretiens individuels de mi-parcours, remise d’un travail de fin de brevet et une évaluation certificative.

Je me rends compte à quel point il est très intéressant de pouvoir suivre une même équipe de participants, l’apprentissage se fait en profondeur. En effet, les notions abordées travaillent sur le développement personnel de chaque participant, une même personne pour les accompagner dans cette transformation intérieure a tout son sens. Les retours des participants sont très enthousiasmants.

Je pense réellement que, sans cette formation longue sur ce sujet, on ne peut atteindre le niveau de maîtrise escompté en la matière. Je salue tout le travail de mes collègues qui, au fil des années, ont permis de peaufiner le contenu de cette formation, je pense à la grille des compétences à atteindre, les formations de formateurs qui ont permis d’enrichir les contenus…

C’est un réel travail d’équipe ! Ayant été participante en 2008 de cette formation, j’en mesure aujourd’hui avec admiration toute l’évolution ! Un travail de qualité !

Le Brevet Jeunes 2019 – 2020, une année de résilience et de créativité !

Par Pascaline Gosuin

Dans ce contexte de COVID 19, nous avons dû nous adapter et se réinventer.

Habituellement, le Brevet débute en octobre et se termine en juillet mais cette année il s’est clôturé fin décembre 2020. Nous avons proposé des moments de partages en ligne lors du premier confinement. Nous avons postposé certains modules, nous avons adapté nos contenus afin de les faire vivre en ligne.  Ces changements n’ont pas toujours été simples mais ils ont aussi apporté leur lot de surprises.

Les intervisions en plein confinement

Pour nourrir le lien et dans une envie de partage et d’approfondissement des différents modules de formations, nous avons proposé des temps de réunions / intervisions (partage d’expérience, adaptation d’activités, approfondissement d’un thème d’un module précédent…).

Entre avril et juin nous avons mis en place 7 intervisions (+/- une par semaine), celles-ci n’étaient pas obligatoires mais réellement une proposition de révision et de partage. Ces moments ont été d’une grande richesse et les participants étaient ravis de pouvoir se retrouver une fois par semaine.

En effet, les participants au Brevet se trouvaient au cœur du changement dans leurs contextes professionnels avec les jeunes, ils ont dû faire preuve de créativité afin de s’adapter aux nouvelles mesures.

Des questions liées au contexte sont apparues telles que :

  • Comment vivre de la cohésion de groupe en respectant la distanciation sociale ?
  • Comment créer du lien en ligne ?
  • Comment soigner la communication et proposer des activités ludiques autour du port du masque ?
  • Comment réguler les tensions dans un groupe qui ne se voit plus qu’en demi-groupe ?
  • Comment accueillir les émotions vécues par les jeunes dans ce climat anxiogène du COVID ?

Toutes ces questions ont pu être développées et travaillées lors de ces moments d’intervisions.

A ce jour, tous les participants ont terminé leur brevet avec succès, ils ont particulièrement apprécié ce lien que nous avons nourri même si les modules étaient postposés… Ce contexte a permis d’approfondir certains thèmes et de s’adapter continuellement aux mesures mises en place.

Ce fût donc une année chamboulée et à la fois riche en créativité !

Le développement du programme KiVa UP en 2020 : création, endurance et travail d’équipe

Par Esther Alcala Recuerda

En 2020, KiVa UP, notre programme scolaire de prévention et gestion du harcèlement en école primaire à la FWB, a eu l’opportunité de se nourrir, de grandir et de se développer (comme dans une grossesse), dans la quiétude apparente du ventre maternel générée par le télétravail et les confinements successifs.

L’équipe de formateurs certifiés KiVa – qui a aussi grandi en cette période – a conçu et donné forme à un dispositif de formation global, sur deux ans, qui propose d’accompagner aux équipes -et à toute la communauté scolaire- dans la prévention générale et spécifique du phénomène, ainsi que dans l’intervention en cas avéré de harcèlement.

Mise à part le soutien perçu auparavant par la Loterie National, l’obtention d’une subvention conséquente par une fondation privée (la Fondation Astralis) fût une très joyeuse nouvelle et elle a fait que rien ne manque à ce bébé en gestation qui a pu se déployer fermement dès ses fondations.

Un dialogue constant de nos fées marraines avec le ministère d’enseignement et autres acteurs clés de l’éducation et de la jeunesse a facilité l’intégration de KiVa UP dans la circulaire contre le harcèlement et le cyberharcèlement 2020/2021. Ceci a permis au programme d’avoir de la demande et de se faire connaître dans le milieu scolaire, à côté de son grand frère à l’Université de Paix, le programme #BetterTogether, qui a déjà fait ses preuves pour l’enseignement secondaire et qui compte avec une expérience du terrain bien ancrée.

Les conversations entre les formateurs de l’Université de Paix et les chercheurs de l’UCLouvain ont aussi fortement nourri l’évolution du projet, en renforçant notre vision globale et en partageant les recherches faites autour du projet KiVa depuis son origine finlandaise ainsi que dans d’autres pays et contextes. Cette collaboration a favorisé la mise en place d’une évaluation scientifique parallèle, qui mesurera l’implantation de notre programme dans les écoles participantes et son impact dans la persistance du harcèlement ou dans l’amélioration du bien-être à l’école. Nous démarrons la phase pilote dans 5 écoles primaires de la FWB en janvier 2021.

Ces mois de gestation ont aussi permis la finalisation de la traduction et de l’adaptation au contexte belge francophone du matériel KiVa d’origine ; notamment : les manuels pour les enseignants des cycles inférieur et supérieur de primaire, les diaporamas de présentation et vidéos qui accompagnent chaque leçon et le guide pour les parents, qui est déjà accessible publiquement. Nous avons créé aussi nos propres syllabus, déroulés de formation et présentations, qui sont en train de voir le jour après des heures incalculables de travail d’équipe.

Grâce à l’aide privilégié de l’équipe de communication -notre sagefemme– pour ce projet et de nos formateurs, nous avons pu visibiliser et mettre en avant le programme KiVa UP dans le site web de l’Université de Paix et dans le site propre du projet (belgique.kivaprogram.net). Nous avons aussi développé et mis en ligne des webinaires gratuits, rédigé des documents de présentation du projet pour les écoles (document salon, flyer…) et configuré l’intranet qui permettra aux écoles participantes d’avoir un espace où ils pourront trouver le matériel complémentaire (syllabus, diaporamas, vidéos, etc.), ainsi que les questionnaires pour le monitoring de son école et les dernières nouvelles liés au projet.

Pour finir, à la fin de 2020, nous voyons aussi prendre forme la naissance de la communauté Kiva UP, un ensemble d’acteurs clés du milieu et du terrain, intéressés par le projet et réunis autour de la table pour nous accompagner de manière ponctuelle et pour nourrir -avec leurs perspectives différentes et riches- le développement et la mise en œuvre du programme KiVa UP qui prévoit son accouchement en 2021.

Nous remercions l’accompagnement constant de nos doulas : KiVa international (en Finlande) et Tenz, notre partenaire flamand pour KiVa, pour leur soutien au long du chemin et pour leurs retours toujours motivants et encourageants lors de cette année bouleversante pour tous.

Pédagogie et réflexion : Comment une formation doit-elle être (re)pensée pour le distanciel ?

Par Julien Lecomte

Préparer, animer et évaluer des modules de formation ou d’animation constituent les tâches quotidiennes des formatrices et formateurs de l’Université de Paix asbl.

Pour rendre une formation efficace, dynamique, agréable et favoriser les apprentissages, plusieurs paramètres sont à prendre en compte : le public (les apprenants), les objectifs pédagogiques et enfin le contexte d’intervention (notamment matériel) et les dispositifs qui peuvent en découler.

Dès lors que l’un de ces éléments change, il est périlleux de faire « comme on faisait avant ».

En effet, selon que la formation s’adresse à un public d’éducatrices et éducateurs volontaires ou à un public de puéricultrices, ou encore à des adultes présents en formation pour leur développement individuel, un même thème sera abordé dans des formats très différents.

De même, un module de formation sur la méditation de pleine conscience ne se déroule pas comme un module de pratique de négociation !

Dès lors, quand les conditions matérielles d’intervention changent (passage en distanciel), il est important de repenser la méthodologie de formation, tant au niveau des contenus, des formats que des relations d’apprentissage. Si certaines activités peuvent être transposées telles quelles au format « écrans », la plupart des autres doivent être reformatées et adaptées. Ce travail n’est pas uniquement technologique, au contraire : il est avant tout d’ordre pédagogique !

Concrètement, quelques exemples concrets d’ordre didactique avant d’être techniques :

  • Afin de favoriser l’attention des participantes et participants, à distance, il peut être judicieux de réduire les temps d’exposés ou de parole collective en séance plénière, au profit d’exercices ou d’échanges en sous-groupes, par exemple ;
  • Afin de stimuler des canaux sensoriels et des expériences qui ont du sens, il peut être intéressant d’imaginer des méthodes pour susciter du mouvement chez les participantes et participants ;
  • Afin de favoriser la cohésion de groupe, il peut être intéressant d’avoir recours à des jeux collectifs, même par écrans interposés ;
  • Afin de maintenir l’énergie du groupe, il convient de repenser les rythmes et le rapport au temps : modifier les horaires, prévoir davantage de pauses, prévoir des activités plus nombreuses mais plus courtes et plus variées ;
  • Etc.

A l’Université de Paix, nous ne cessons de nous professionnaliser en termes de pédagogie (et/ou andragogie, terme qui correspond davantage à la formation pour adultes).

La réflexivité est permanente dans notre pratique.

Ces innovations ont d’ailleurs donné naissance en 2019 à notre Brevet de formateurs, visant à maximiser les compétences pour transmettre et partager les outils, techniques et idées pour prévenir la violence, gérer les conflits et mieux communiquer.

Des points d’attention

En présentiel comme en distanciel, il convient de diversifier les méthodes et les approches (cf. cette réflexion). Chaque méthode pédagogique a une pertinence et des limites en fonction du public-cible, de nos propres tendances et préférences, du contexte, etc. Il convient aussi de varier les choix méthodologiques afin d’éviter un sentiment de monotonie. Combiner les méthodes, c’est donner du dynamisme à votre formation !

Les apprenants peuvent aussi être susceptibles de préférer des approches plutôt que d’autres. Quels sont leurs prérequis ? Quelles sont leurs difficultés ? Quelles sont leurs motivations ? Quels sont leurs défis, leurs objectifs ? Quelles sont leurs connaissances initiales ? A quelles méthodes sont-ils habitués ?

De plus, en tant que formateurs et formatrices, nous avons toutes et tous nos propres « styles ». Il est utile d’être au clair avec nos propres forces, nos qualités, mais aussi nos « angles morts ». A quoi sommes-nous attentifs ? Quelles sont nos préférences ? Quel est notre propre rapport aux écrans ? Comment préférons-nous apprendre, lorsque nous sommes dans la posture des apprenants ? Par quels canaux sensoriels ? Comment pallier certains manques en distanciel ? Certaines personnes de l’Université de Paix ont dû se familiariser notamment avec des technologies desquelles elles n’étaient pas friandes a priori…

Enfin, il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va ! Définir des objectifs pédagogiques est une condition sine qua non pour pouvoir concevoir un dispositif pédagogique qui tient la route, et pour ensuite pouvoir en évaluer les résultats. Que voulons-nous que les apprenants apprennent ? Quels savoirs ? Quels savoir-faire ? Quels savoir-être ?

C’est seulement en fonction de ces éléments que nous allons mesurer la pertinence de tel ou tel « gadget » technologique ! Le choix du médiateur pédagogique (le support, l’objet, la manière de présenter ou recueillir l’information) est tributaire de tout ce qui précède !

Encadrer les prises de parole pour éviter les effets de lassitude

Le cadrage des prises de parole est une affaire d’animation et de « feeling » qui dépend de l’énergie du groupe, du temps disponible ou encore de la nécessité ou non d’approfondir un débriefing. Il peut être judicieux d’organiser ses premières préparations en allant jusqu’à imaginer différents types de débriefing.

Encadrer le nombre de personnes qui s’expriment / le nombre d’interventions :

  • Tour de table systématique : tout le monde s’exprime une fois
  • Prise de parole libre non-cadrée : tout le monde peut s’exprimer, une fois ou plus
  • X retours/interventions maximum : seules X personnes pourront s’exprimer et/ou X interventions autorisées

Encadrer la nature des interventions :

  • Consigne de ne pas redire une chose qui a été dite auparavant (le manifester autrement, par un geste, par exemple)
  • Les interventions se font en un mot ou en une phrase maximum

Selon les activités et les dispositifs, l’allumage et l’extinction des micros, les possibilités de chatter par écrit ou autres ont été investiguées.

Garder ses objectifs pédagogiques en vue

Les objectifs pédagogiques prennent en compte un ensemble de dimensions :

  • Le public-cible : à qui s’adresse-t-on ? Le public est-il demandeur ? Est-il motivé ? Est-il débutant, novice, avancé ?
  • Le contexte d’intervention : combien de temps va durer la formation ? Quelles sont les conditions matérielles, d’espace et de temps ?
  • La problématique / la demande / les thèmes identifiés : qu’est-ce qui pose problème ? A quoi faut-il apporter des réponses ?

La clarification d’une demande d’intervention ou d’une problématique fait partie des étapes cruciales pour orienter la préparation d’une formation. Une intervention mal cernée peut mener à elle seule à une préparation « à côté de la plaque ».

Avant de savoir si un outil de brainstorming en ligne, une mindmap ou un document numérique collaboratif sont de bons médiateurs, il est important d’être bien au clair avec ce que l’on souhaite en faire ! Que voulons-nous que les participants apprennent et expérimentent ?

Sélectionner et varier les méthodologies

(Source : Romainville, cité ici, ainsi que cet excellent site)

Un des défis majeurs pour les formateurs dans la construction et l’animation d’un dispositif de formation est celui de la gestion du rapport au temps vécu par les participants. Afin de rendre une formation fluide, il convient d’être sans cesse attentive et attentif à l’énergie du groupe et à l’adéquation entre les méthodes utilisées et les intentions pédagogiques.

Il existe trois types de méthodes pédagogiques

  • Expositive / transmissive / magistrale : la formatrice / le formateur transmet les contenus. La logique est descendante. Cette méthode est appropriée quand le contenu n’entre pas trop en contradiction avec les représentations préalables des apprenants (pas besoin de conflit cognitif) et/ou que les apprenants sont habitués à ce type de dispositif.
  • Active : tout apprentissage nécessite l’activité des apprenants, même lorsque ceux-ci sont en posture d’écoute. Toutefois, on appelle les méthodes « actives » celles où les apprenants sont amenés à découvrir par eux-mêmes les savoirs, à travers une activité ou une production, par exemple. L’enseignant ne fait qu’accompagner le cheminement vers le savoir. Ce type de méthode est intéressant lorsque les apprenants sont capables et ont besoin d’expérimenter par eux-mêmes une notion, un concept ou une technique, par exemple.
  • Interrogative / maïeutique : comme Socrate, le formateur est ici dans une posture de questionnement des apprenants. Cette posture est utilisée notamment durant les débriefings.

Nous listons aussi quatre grands types de démarches didactiques :

  • Inductive : l’apprentissage se fait en partant d’un cas particulier, d’un exemple, d’une situation concrète. Les apprenants en infèrent la théorie, les explications ou les concepts. Exemple : distinguer différentes attitudes en conflits sur base de situations concrètes.
  • Déductive : l’apprentissage se fait en partant du général (la théorie, l’explication, la technique) vers le spécifique. Les apprenants appliquent la théorie, la pratiquent dans des mises en situations, procèdent à des études de cas sur base des contenus appris, etc. Exemple : analyser les attitudes en conflits dans une vidéo suite à la découverte d’une grille théorique…
  • Dialectique : l’apprentissage se fait ici par le dialogue, le débat, la contradiction. Il s’agit d’opposer les opinions, les avis, les thèses, afin de mieux les distinguer les unes des autres et d’en cerner les forces et les limites, par exemple. Exemple : faire un tableau comparant les différentes attitudes en conflits.
  • Analogique (transposition) : l’apprentissage se fait ici par l’analogie, c’est-à-dire la transposition ou l’emprunt à des situations similaires. Les métaphores permettent de favoriser une compréhension de concepts « abstraits » à l’aide de situations concrètes. Par exemple, « s’informer, c’est comme se nourrir : si on ne mange que de la nourriture low-cost et fast-food (désinformation Mc Do), on risque d’avoir une mauvaise santé. Que pourrait être un bon régime informationnel ? ». L’analogie est intéressante dans le cas de situations abstraites, difficiles à aborder au niveau du « sens sensations ». Elle peut toutefois aussi comporter des problèmes. Exemple : représenter les attitudes en conflits avec des animaux.

Enfin, en vrac, voici plusieurs techniques d’animation que nous épinglons (liste non-exhaustive) :

  • Exposé
  • Démonstration gestuelle
  • Expérience. Le formateur et/ou les apprenants expérimentent une situation. Exemples : réaction chimique, chute d’un objet…
  • Jeu de rôle
  • Etude de cas / analyse
  • Résolution de problème
  • Exercice d’application
  • Réalisation d’une production nécessitant la compétence / le savoir (« projet »)
  • Introspection / brainstorming

Varier les dispositifs et les médiateurs pédagogiques : les conditions matérielles

Le dispositif pédagogique fait référence aux dimensions d’espace et de temps d’une activité pédagogique. Nous le déclinons en sous-dimensions suivantes :

  • La durée de l’activité
  • La taille du groupe : seul, en binôme, en sous-groupe, en plénière…
  • La disposition spatiale des activités (exemples : disposition en U, avec ou sans tables…)

Le médiateur pédagogique, quant à lui, est le support utilisé lors de l’activité. Il peut être interne (par exemple : le langage verbal, non-verbal et para-verbal) ou externe (une fiche de jeu de rôle, une feuille d’exercice, une vidéo…).

Exemples de médiateurs pédagogiques :

  • Parole, langage non-verbal / gestes, démonstration physique…
  • Vidéo (extrait, documentaire, reportage, illustration…)
  • Dessin
  • Podcast, son…
  • Powerpoint, tableau, flipchart
  • Fiche d’activité, feuille d’exercice
  • Support écrit, syllabus
  • Affiche
  • Objets

A distance, peut-être davantage qu’en présentiel, il faut prévoir différentes manières de répartir les apprenants en sous-groupes. C’est un moyen de participer au dynamisme de la formation tout en leur permettant d’obtenir d’autres perspectives sur leurs situations. Le formateur peut donc imaginer différentes manières de faire avant son animation :

  • Mise en sous-groupe imposée : le formateur choisit (plus ou moins arbitrairement)
  • Mise en sous-groupes selon critère (exemple : selon l’ordre alphabétique)
  • Mise en sous-groupes aléatoire (par exemple, à l’aide d’un logiciel ou après un jeu qui les fait bouger dans l’espace)
  • Mise en sous-groupes choisie : les participants se choisissent
  • Mise en sous-groupe choisie avec contrainte : les participants se choisissent mais ne peuvent pas choisir n’importe qui (exemple : « pas quelqu’un avec qui vous venez de travailler »)

Jean Cocteau : « Le vrai drame, c’est la distance et que les êtres ne se connaissent pas ».

Jean Cocteau : « Le vrai drame, c’est la distance et que les êtres ne se connaissent pas ».

Fin 2020. Une fois de plus, nous voici contraints à une forme d’éloignement.

Il y a deux choses distinctes dans la citation de Jean Cocteau : la distance, d’une part, et que les êtres ne se connaissent pas, d’autre part. Pourtant, il parle d’un seul et même vrai drame.

Nous sommes aujourd’hui confrontés à une forme de distance physique. A l’Université de Paix, nous pensons que c’est loin d’être une raison pour abandonner toute prétention à entretenir des relations pacifiques, toute prétention à nous rencontrer pleinement, et ce y compris dans nos différences avec les autres. Au contraire, même : nous pensons qu’il est primordial, dans le contexte actuel, de continuer à soigner et à nourrir les liens qui nous entourent.

Le vrai drame, ce serait qu’à la distance physique s’ajoute la fermeture à la rencontre et à la compréhension mutuelle. Ce serait que nous cessions d’essayer de nous connaître, nous-mêmes et autrui.

Nos activités programmées en présentiel sont momentanément suspendues, mais nous travaillons d’arrache-pied (*) afin de proposer des adaptations pertinentes à distance, dans différents formats pédagogiques. En effet, il ne suffit pas en effet de transposer sans réfléchir les contenus : il faut véritablement les refondre afin qu’ils puissent permettre – autant que possible – de faire du lien comme dans nos formations de visu. Si vous nous connaissez, vous savez combien les participants sont au cœur de nos modules d’intervention et de nos programmes éducatifs, dans une dynamique d’apports mutuels. Il n’est pas question de céder à la facilité à travers des dispositifs de formation « transmissifs », sans interaction…

Dans ce périodique, nous vous faisons part également de nouveautés qui peuvent alimenter vos réflexions et vos pratiques dans la gestion de conflits ! Nous sommes notamment heureux de vous annoncer la publication de l’ouvrage Graines de médiateurs en maternelle, ainsi que du site Critique de l’info : l’outil ultime !

Critique de l’information : l’outil ultime !

Webinaire – Développement des habiletés sociales pour les 2,5 – 7 ans

Ces deux ressources pédagogiques regorgent d’outils concrets afin de contribuer à un « vivre ensemble » et à des discussions plus sereines, que ce soit « en ligne » ou en face à face, et ce dès le plus jeune âge. Avec Tamara Septon, étudiante en école de communication, nous vous proposons en outre de ne pas négliger les « fondamentaux » avec un article au sujet de l’estime de soi !

Ne cessons pas d’apprendre à nous connaître. Prenez soin de vous et de vos proches.

(*) Faites un don à l’Université de Paix ! En parallèle de ce numéro de notre périodique, nous lançons notre campagne d’appel aux dons. Si vous souhaitez contribuer vous aussi à préserver et à consolider le vivre-ensemble dans ce contexte difficile et austère, vous pouvez effectuer un don sur le compte BE73 0010 4197 0360, en indiquant « DON + année » dans la communication. Tout don annuel de 40 euros ou plus fait l’objet d’une exonération fiscale.

Ensemble, apprenons à nos enfants à gérer leurs conflits autrement !