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La pédagogie Graines de médiateurs

Repères pédagogiques du programme Graines de médiateurs – Apprentissage de la gestion des conflits auprès des 6-12 ans

Graines de médiateurs est un programme pédagogique mis en place par l’Université de Paix afin d’apprendre aux enfants entre six et douze ans à gérer leurs conflits de manière autonome.

L’objectif est de les rendre plus à même de résoudre leurs désaccords sans avoir nécessairement recours à l’aide d’un adulte.

Les outils qui sont partagés avec les enfants et leurs enseignants correspondent par ailleurs à des bases de la médiation. Ces méthodes peuvent donc également mener à former de véritables tiers-intervenants, capables de gérer des conflits dans lesquels ils ne sont pas partie prenante. Nous développons la médiation par les pairs avec des élèves plus âgés.

Qu’est-ce que la gestion de conflits ?

Avant d’aborder la mise en place concrète du programme, précisons quelques termes. A l’Université de Paix, nous choisissons d’envisager le conflit comme la traduction d’un désaccord ou d’une opposition. Nous invitons à le considérer comme étant neutre et pas nécessairement négatif. Comme le dit Max Lucade : « Conflict is inevitable, but combat is optional ».

Cette citation a du sens dans la mesure où les représentations et croyances à l’égard du conflit ont une influence par rapport à la façon de les gérer (cela rejoint notamment la question des biais cognitifs, mais aussi des croyances en général). Si un enfant pense qu’un conflit engendre toujours un gagnant et un perdant, il va peut-être systématiquement l’aborder de manière compétitive ou le fuir. Si l’opposition est envisagée comme neutre, le champ des attitudes possibles est beaucoup plus ouvert. C’est la façon de réagir des parties en présence qui va colorer ou non le désaccord et lui donner une issue positive ou négative (cf. la vidéo réalisée avec le CFA concernant les attitudes en conflit).

Le pluralisme

Un mot sur la méthode, ensuite : le pluralisme épistémologique (cf. notre page Mission et pédagogie). Cette notion signifie que nous ne nous focalisons pas sur une seule école de pensée ou sur un seul type de méthodes de gestion de conflits. Nous combinons des sources et pratiques : psychologie sociale, médiation,  négociation, communication (dont Communication NonViolente – CNV), dynamique de groupes, écoute active ou encore gestion des émotions. Cette liste est loin d’être exhaustive. Simplement, nous ne nous limitons pas à une seule façon d’envisager la gestion de conflits.

Notre posture par rapport aux théories est identique vis-à-vis des conflits : si une personne se focalise sur une seule solution, cela peut constituer un frein à la gestion positive de la situation. Par contre, en faisant preuve de créativité et en considérant d’autres points de vue, elle peut contribuer à trouver des solutions qui conviennent aux deux parties.

Ces deux parti-pris, d’une part sur la vision du conflit et d’autre part concernant le pluralisme, sont en soi révélateurs de la logique que nous tâchons de partager avec les enfants : une attitude d’ouverture créative.

Avant d’entamer la présentation proprement dite de la mise en place concrète sur le terrain, présentons encore un élément de contexte : les quatre engrenages à travailler pour une réflexion de fond sur la gestion de conflits.

Quatre « rouages » pour mieux vivre les conflits

Cf. Université de Paix asbl (collectif), Graines de médiateurs II, Accompagner les enfants dans l’apprentissage de la gestion positive des conflits, Namur : Université de Paix asbl et Fondation Bernheim, 2010.

L’Université de Paix applique une méthodologie propre par rapport à l’apprentissage de la gestion des conflits au quotidien. Quatre « rouages » sont distingués. Comme dans un mécanisme complexe, la modification d’un seul engrenage a des répercussions sur tout le système dont il fait partie. Par exemple, si la compréhension du conflit change, les attitudes pour le gérer changent également, et vice versa. De même, si un enfant reconnait mieux les émotions auxquelles il est confronté, il peut les exprimer de manière plus adéquate.

  • Un premier rouage est le « vivre-ensemble » : par des activités de mise en situation, il est question ici de créer du lien, du commun, d’apprendre à se connaître, à se faire confiance.
  • Le « comprendre », ensuite, consiste en un temps de réflexion sur les attitudes, perceptions et ressentis par rapport au conflit et aux émotions qu’il suscite. Il s’agit de comprendre aussi les phénomènes d’étiquetage, les croyances et représentations, par exemple.
  • Le pôle « communiquer » exerce quant à lui l’écoute et l’expression et vise à développer l’intelligence émotionnelle, l’empathie.
  • Enfin, l’« agir » invite à passer à l’action, en tant que partie ou comme tiers intervenant, et est orienté solution.

Cette catégorisation peut être croisée avec d’autres manières de développer les compétences relationnelles, sous forme d’étapes, notamment. Nous privilégions désormais une approche plus ouverte, permettant à chacun d’apprendre à son rythme.

Sur le terrain : éléments de mise en place concrète

La mise en place correspond à quelques grands principes.

Tout d’abord, un cadre de vie clair et justifié. Il comprend quelques grandes règles basiques, en lien au vivre-ensemble : « je parle quand j’ai la parole (que nous symbolisons par une balle-témoin) », « je ne blesse l’autre ni avec les gestes ni avec les mots », « j’ai le droit de ne pas faire une activité qui me met dans l’inconfort, mais je ne la perturbe pas (droit au « stop ») ». Nous indiquons également les conséquences en termes de sanction ou réparation en cas de transgression de la règle : « trouver trois qualités à la personne blessée avec les mots », par exemple.

Toujours en lien avec ce vivre-ensemble, nous adoptons un dispositif « en cercle » dans les classes. L’animateur y prend place. Cela revient à donner la même place aux membres du groupe et à instaurer la même distance entre chaque individu. Il s’agit d’installer la coopération dans le groupe.

Voir aussi :

Nous pratiquons par séances de deux périodes de cours d’affilée (2×50 minutes) selon des rituels et des modules brefs.

Les séances débutent régulièrement par un rappel participatif des règles de vie et de leurs logiques.

Ensuite, une activité de communication est proposée : il s’agit pour les enfants d’exprimer leurs émotions du moment, notamment via la « météo ». Les différentes émotions, agréables ou désagréables, sont symbolisées par des expressions faciales sur des images. Par exemple : un soleil avec le sourire (joie), un nuage qui pleure (tristesse), un éclair (colère) ou le vent qui s’enfuit (peur). Les enfants choisissent la météo qui leur correspond le mieux et expliquent pourquoi, s’ils le veulent. Il n’y a pas de commentaire : les émotions sont déposées « au centre du cercle » et ne le sont pas pour faire débat (Il arrive que des choses graves et/ou fort chargées en émotions soient dites durant cette activité. Il convient alors pour l’enseignant de prendre un temps éventuel lors d’une pause pour en discuter). Ce genre d’activité peut se décliner avec des émoticônes symbolisant les quatre émotions de base ou via des exercices d’expression corporelle.

Notons enfin la place importante du travail sur l’estime de soi, les qualités et le fait de trouver du commun dans le groupe, afin que chacun puisse se sentir bien et à « sa place » sans devoir tâcher de l’obtenir d’une manière « destructrice ».

Attitudes en conflits

Un autre exemple d’outil correspond à la croix des animaux représentant des attitudes en conflit, réalisée sur base de l’ouvrage de  K. L. THOMAS & R.H. KILMAN, The Thomas – Kilmann conflict model instrument (TKI), New-York : Xicom Inc, 1974.

Là encore, nous procédons par symboles et l’activité se veut participative. Plutôt que de se contenter d’inculquer en théorie ce que sont les quatre types de comportements (compétition – lion, coopération – dauphin, repli – tortue, accommodation – caméléon), nous proposons des situations dans lesquelles les enfants apprennent à reconnaître les différentes attitudes (cf. la vidéo réalisée avec le CFA concernant les attitudes en conflit).

Voir aussi : [Vidéo] Graines de médiateurs : des attitudes en conflit.

Par exemple, « Léo aimerait bien la dernière tranche de gâteau et moi aussi : A. Je la prends et la mange : lion / B. Personne ne la prend : tortue / C. Nous la coupons en deux : dauphin / D. Je la lui laisse, il y tient tellement : caméléon ».

Notons qu’aucune attitude n’est bonne ou mauvaise dans l’absolu (tout comme il n’est pas question de proscrire les jugements et les opinions, cf. ci-dessous). Certaines sont juste plus adaptées que d’autres en fonction des situations, des relations et objectifs en présence. L’idée consiste à ne pas se limiter à un seul type de réaction et à les choisir en conscience. En effet, certains enfants ont tendance à adopter des comportements compétitifs (argumenter, séduire, influencer, imposer), tandis que d’autres ont plus tendance à s’accommoder (s’effacer pour faire plaisir aux amies, s’écraser)…

Faits, opinions, sentiments

Un autre outil correspond à apprendre à distinguer les faits et les opinions. « Un tel est méchant » est un jugement. Il n’est pas précis, pas factuel. A l’enfant, nous demandons : « qu’est-ce qui te fait dire cela ? Qu’est-ce qu’il a dit, exactement ? Qu’est-ce qu’il t’a fait ? Qu’as-tu vu ? ». En conflit, tâcher de se limiter aux faits permet parfois d’éviter des malentendus et interprétations erronées. De plus, les faits donnent de l’information plus précise qu’une pensée : si vous dites à un enfant « je suis content(e) quand tu joues avec ta sœur », vous lui donnez plus d’informations sur son comportement que si vous dites simplement « tu es gentil ». Là encore, il ne s’agit pas de se retenir de juger, mais de pouvoir distinguer ce que l’on pense de ce qui se passe effectivement. C’est aussi un moyen de distinguer les comportements (observables) des personnes : il est très différent de dire que quelqu’un est violent que de lui dire qu’il a adopté à trois reprises un comportement que l’on peut qualifier de violent, qui a blessé (frapper, insulter…). Cet outil peut être relié entre autres à la CNV qui invite à exprimer des ressentis et des demandes en fonction de faits et de besoins : « Quand tu me fais un croche-pied et que je tombe (fait), je suis très en colère (sentiment exprimé en « je »). Je voudrais que tu arrêtes ! ».

Voir aussi : [Vidéo] Graines de médiateurs : vu – pas vu

Développer l’intelligence émotionnelle

Il s’agit notamment de pouvoir reconnaître les émotions (chez soi et chez l’autre), les identifier et les nommer, ainsi que de trouver des moyens pour les canaliser et les exprimer de manière acceptable, constructive (les « gérer » positivement). Cela vise à développer l’empathie et les facultés à comprendre les ressentis au-delà des désaccords.

Il ne s’agit pas d’éliminer les émotions, au contraire. Nous travaillons pour cela plusieurs éléments : développement du vocabulaire émotionnel, expression des émotions, exercices d’écoute permettant de faire des hypothèses sur l’émotion de l’autre, reconnaissance des mimiques et expressions faciales et corporelles, ou encore réflexion autour de solutions pour « se calmer » et/ou dire son émotion ou accueillir celle de l’autre…

Vers la négociation et la médiation

Outre les quelques méthodes de gestion des émotions et de recherches de solutions créatives, le programme vise à l’appropriation des étapes suivantes dans la gestion autonome des conflits :

  1. Instaurer un cadre de CONFIANCE.
  2. Identifier les FAITS observables.
  3. Exprimer et écouter les SENTIMENTS de chacun.
  4. Identifier les BESOINS que les parties cherchent à satisfaire.
  5. Imaginer des SOLUTIONS qui rencontrent les besoins de chacun.
  6. APPLIQUER des solutions.
  7. Terminer par L’ENTENTE.

Une autre manière de formaliser un dialogue constructif est représenté par le « SIREP », sur base de l’ouvrage de E. CRARY, Négocier, ça s’apprend tôt !, Pratiques de résolution de problèmes avec les enfants de 3 à 12 ans, Seattle : Parenting Press Inc, 1984 (trad. Adelin, Namur : Rousseau, Université de Paix).

  • S = Stop. Je respire. Marquer une pause et se calmer.
  • I = Identifier le problème (les faits).
  • R = Rechercher plein d’idées (créativité).
  • E = Evaluer les solutions.
  • P = Planifier et décider.

Le processus de la médiation est similaire à celui de la négociation, sauf que la personne qui gère le déroulement de ces étapes est extérieure au conflit à régler. Cet apprentissage nécessite de bonnes bases dans la compréhension des attitudes, l’expression et l’écoute des émotions, la distinction entre faits et pensées, l’identification des besoins et les exercices de créativité.

Pour réussir

Pour conclure cet article, permettons-nous quelques remarques afin que les actions entreprises pour apprendre aux enfants à gérer les conflits soient efficaces.

Le changement visé correspond à des attitudes, des « savoir-être ». Il s’agit d’un processus qui nécessite un suivi régulier, principalement de la part des enseignants. Deux heures par mois sont loin d’être suffisantes : elles sont les ébauches de véritables routines de travail, soutenues par les directions et comprises par les parents d’élèves. Ce n’est pas non plus en se focalisant sur un seul outil (l’expression des émotions ou la grammaire CNV) que l’on obtient des résultats probants.

De plus, au début du programme, quand certains enfants sortent de leur mutisme, la tâche peut d’abord sembler d’autant plus difficile. Il est important de ne pas se laisser décourager et se limiter à une seule étape, d’expression de soi par exemple. Il ne s’agit pas d’une baguette magique qui amorce un changement radical du jour au lendemain.

Enfin, il ne faut pas oublier les règles qui régissent le vivre-ensemble en amont, dans l’institution. Ainsi, si un enfant frappe un autre élève, il n’est pas le moment de faire de la gestion de conflits, mais d’appliquer des mesures de sanction et de réparation. Deux élèves qui se battent ont parfois besoin qu’un adulte intervienne pour cesser la bagarre, et pas pour les aider à exprimer leur ressenti (pas tout de suite, en tout cas). On ne demande pas par ailleurs à un pair (un autre enfant) d’intervenir comme médiateur dans ce genre de situation : ce n’est pas son rôle. Il s’agit bien d’un cadre préventif.

Pour aller plus loin

Université de Paix asbl (collectif), Graines de médiateurs II, Accompagner les enfants dans l’apprentissage de la gestion positive des conflits, Namur : Université de Paix asbl et Fondation Bernheim, 2010.

Université de Paix asbl (collectif), Graines de médiateurs : le DVD [en ligne], Namur : Université de Paix asbl.

Université de Paix asbl (collectif), Graines de médiateurs, Médiateurs en herbe, Editions Memor, 2000.

Pour implanter le programme

> Implanter complètement le programme dans une école, à la demande

> Animations « à la carte », sur mesure

> Subsides possibles

« Tour des écoles », un projet de la COJ

Depuis deux ans, l’Université de Paix participe au projet « Tour des écoles, humanités » proposé et coordonné par la Confédération des Organisations de Jeunesse (COJ). Celui-ci s’est déroulé le 2 avril 2009 à l’Institut Saint-Louis de Bruxelles.

Un article initialement publié dans le trimestriel de l’Université de Paix, en 2009. Il a été rédigé par Claire Struelens et Christine Cuvelier.

Des jeux sans bleu(s)… pour développer l’estime de soi des ados

« L’estime de soi est le plus précieux héritage qu’on peut léguer aux jeunes » (G. Duclos).

Le projet

Les objectifs de ce projet « Tour des écoles, humanités », coordonné par la COJ sont les suivants :

  • faire connaître les pratiques éducatives et pédagogiques des organisations de jeunesse de la COJ par la découverte et l’expérimentation de nouvelles approches d’apprentissage (via des formations, animations et informations) ;
  • créer des synergies entre le secteur des organisations de jeunesse et le milieu scolaire ;
  • permettre aux étudiants de rentrer dans un processus d’apprentissage en dehors du cadre scolaire, à travers des ateliers interactifs proposés par les organisations membres de la COJ dont l’Université de Paix.

Durant cette journée, Christine et Claire ont animé le matin et l’après-midi, un atelier de 2 heures, « Des jeux sans bleu(s) ».

L’atelier « Des jeux sans bleu(s) »

Ils s’appellent Ahmed, Alice, Ayoub, Divine Jessica, Gulsum, Hind, Moises, Tatiana, Zeynep… Ils sont d’origine congolaise, marocaine, turque, belge, libanaise… Ils ont entre 12 et 14 ans et sont en 1ère et en 2ème secondaires. Ils ne sont pas dans la même classe et ne se connaissent donc pas nécessairement. Ils sont parfois en décrochage scolaire et désertent les classes. Ils vivent à Bruxelles ville ou en périphérie…

Dans les deux groupes que nous accueillons ce jour-là, il y a des jeunes en difficulté sociale et/ou relationnelle qui côtoient d’autres qui sont « bien dans leurs baskets ».

Cette mixité n’est pas toujours évidente mais peut être enrichissante pour chacun d’eux et pour le groupe.

Je suis nul, je n’y arriverai jamais.

Je suis moche.

Les autres ne m’invitent pas à leur teuf.

Les autres font toujours mieux que moi.

Quels éducateurs, enseignants, animateurs… n’ont pas déjà entendu de tels propos de la bouche de jeunes ? Pourquoi certains adolescents ont-ils tendance à se dévaloriser ainsi ? Quelles sont les répercussions d’une telle mésestime sur les apprentissages (relationnels, scolaires…) ?

Face à cette situation insatisfaisante et à ce désir de changement, comment aider les jeunes à mieux se connaître et à mieux connaître les autres ? Comment leur apprendre à coopérer ? Comment développer la confiance en soi et en l’autre ? Comment résoudre des conflits sans violence ? Comment les guider dans la découverte de stratégies qui mènent à la réussite ?

L’estime de soi est faite de quatre composantes: le sentiment de confiance, la connaissance de soi, le sentiment d’appartenance à un groupe et le sentiment de compétence. Le sentiment de confiance est préalable à l’estime de soi. En effet, il faut d’abord le ressentir et le vivre afin d’être disponible pour réaliser des apprentissages qui vont nourrir l’estime de soi. Il en va autrement des trois autres composantes. On peut stimuler la connaissance de soi, le sentiment d’appartenance et le sentiment de compétence à chaque stade du développement, à chaque période de la vie, par des attitudes éducatives adéquates et des moyens concrets. Il faut donc accorder une importance toute spéciale à la sécurité et à la confiance.

Pour relever ce défi, nous avons proposé à la trentaine d’étudiants inscrits à cet atelier, de vivre des activités concrètes et ludiques (jeux de coopération, mises en situation, échanges…) favorisant l’estime de soi.

Cinq axes de travail ont été développés dans cet atelier :

  • accueillir et être accueilli
  • mieux se connaître, connaître l’autre
  • coopérer et (se) faire confiance
  • se découvrir des qualités
  • percevoir et identifier les sentiments

Quelques exemples d’activité…

Le code de vie proposé préalablement aux activités, basé sur le respect mutuel fait que les étudiants ont pu échanger sur leur identité propre tout en sachant qu’il est parfois difficile et délicat pour certains de parler d’eux devant les autres.

Les règles du code de vie :

  • Je parle en mon nom (message « je »)
  • Je ne fais pas mal, ni avec les gestes ni avec les mots
  • J’ai le droit au STOP (c’est-à-dire de ne pas faire une activité si celle-ci m’incommode, tout en ne la perturbant pas)
  • J’ai accès au panneau d’évaluation permanente : « j’apprécie, je n’apprécie pas, je propose »
  • Je respecte la confidentialité

Avec l’activité « l’effet domino », les étudiants forment une chaîne.

Un des étudiants du groupe se place au centre du cercle. Les autres l’observent et essayent de trouver un point commun visible. Un deuxième participant vient alors le rejoindre en énonçant leur caractéristique « Nous portons un jeans ». Un troisième étudiant vient se placer et ainsi de suite, la chaîne se forme progressivement.

Dans un premier temps, cette activité permet aux étudiants de vérifier qu’il est toujours possible de trouver un point commun avec les autres et dans un second temps, d’ouvrir la réflexion de l’intérêt de cette découverte pour la gestion des conflits : par exemple, s’exercer à pouvoir différencier le comportement de la personne de la personne elle-même.

Les étudiants sont, cette fois, répartis de part et d’autre de la « fresque » de papier, en deux rangées qui se font face. Chacun a en main un pastel. Claire puis Christine, chacune à leur tour, donnent un thème de dessin (une fleur, un animal, son prénom « taggé »,…). Chacun peint devant lui en respectant le thème. Nous demandons, ensuite, aux participants de changer de place en se déplaçant vers la droite tout en gardant leur pastel. Un nouveau thème est donné et chacun dessine en le respectant. On poursuit les déplacements des participants et les changements de thème. Quand la fresque est suffisamment remplie de dessins de couleurs différentes, nous invitons les étudiants à découvrir leur chef d’œuvre. Pour terminer, nous leur demandons de choisir un morceau de cette fresque pour en réaliser un cahier de « chaudoudoux » (pour apprendre à donner et à recevoir des gratifications positives).

Cette activité coopérative permet aux étudiants :

  • de reconnaître leurs qualités artistiques et de reconnaître celles des autres ;
  • de poser un regard positif sur eux-mêmes et sur les autres au lieu de voir systématiquement ce qui ne va pas.

Quelques impacts

L’objectif de cet atelier n’est pas « d’amuser » les étudiants mais de les faire travailler sur des composantes de l’estime de soi,… en s’amusant.

La quasi-totalité d’entre-eux l’ont apprécié.

Au terme de cet atelier, nous pouvons observer quelques différences d’attitudes.

Nous pouvons ressentir que le climat du groupe a changé… Des visages inquiets ou interrogateurs du début…, nous passons aux sourires… Il est donc possible, en deux heures, d’entrer en relation avec autrui et de développer une cohésion de groupe. Petit à petit, les étudiants partagent leurs qualités avec respect et spontanéité.

Si les jeunes n’ont pas compris immédiatement l’intérêt de notre démarche, ils prennent conscience de ses avantages au fur et à mesure des activités et des debriefings.

Le debriefing proposé en fin des activités est une réflexion sur le sens et sur le comment des activités réalisées. Il permet aux étudiants d’échanger, de partager leurs expériences pour en faire profiter les autres. C’est aussi le moment privilégié de la prise de conscience de l’évolution de chacun et du groupe, du chemin accompli vers l’estime de soi.

Expérimenter de nouvelles activités proposées par l’Université de Paix -et par les autres organisations participant à ce projet « Tour des écoles, humanités »- a permis aux étudiants de prendre conscience de leurs qualités, autres que scolaires : artistiques, scientifiques, sportives, sociales, humanitaires,…

Ces « réussites » alimentent l’estime de soi de ces étudiants lesquelles peuvent les motiver à entreprendre des projets (s’inscrire à une formation pour devenir animateur par exemple) qui, à leur tour, peuvent augmenter le sentiment de compétence et de fierté personnelle.

Les jeunes ont besoin de se sentir appréciés, valorisés et compétents. C’est un besoin vital qui leur procure le sentiment de sécurité nécessaire pour :

  • pouvoir adopter des stratégies de résolution de problèmes adaptées telles la recherche de soutien social (conseils, réconfort,…) auprès de proches, la remise en question mesurée des comportements inadéquats…
  • résoudre de manière non-violente et créative leurs différends et les conflits.

L’estime de soi est un outil pour appréhender la réalité et affronter les difficultés.

Le développement harmonieux des jeunes est une préoccupation qui concerne l’ensemble des professionnels de l’éducation et/ou de la socialisation des enfants et des adolescents. C’est pourquoi l’Université de Paix propose, entre autres, divers outils et formations sur l’estime de soi.

Médiation fictive entre jeunes

Cette vidéo, réalisée par des « graines d’acteurs » volontaires, illustre les étapes de la médiation entre jeunes.
Même si cette séance est tout à fait romancée et virtuelle (les jeunes acteurs volontaires ont du affronter leur stress et endosser un rôle écrit à l’avance), elle sert à mettre l’accent sur le processus de médiation.

Merci à Anita, Oriane, Tamara et Boris!

Le dossier « gentillesse » de Psychologies France

Magazine PsychologiesCe mois-ci, le magazine « Psychologies » (France) a interviewé Julie Duelz (formatrice à l’Université de Paix, coordinatrice du programme Graines de médiateurs et psychologue de formation), sur sa vision de la « bonne » gentillesse.

Voici un extrait de l’article rédigé par Anne Lanchon :

Ni paillasson ni hérisson! résume Julie Duelz, psychologue. Les enfants expriment leurs sentiments, mais aussi leurs besoins, car il ne s’agit pas de s’écraser devant les autres. La « bonne » gentillesse est celle qui me fait plaisir, à moi aussi ! […]

Retrouvez l’article complet dans le Psychologies Magazine du mois de novembre 2011 .