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Des outils de prévention face au harcèlement scolaire

Dans le cadre de mon travail de fin d’études et de mon futur métier d’institutrice primaire, je me suis penchée sur la question de la prévention du harcèlement scolaire. Après une semaine de stage à l’Université de Paix, certains éléments me sont apparus essentiels à mettre en place en classe et certaines notions importantes à connaître.

Par Marie Verniers.

La pyramide de prévention

La première notion qui me paraît importante à définir à la suite de ce stage est la notion de la prévention. Pour mieux la comprendre, il faut se pencher sur la pyramide de prévention établie par Joan Deklerck.

Travailler le relationnel à l’école : au-delà des mesures « curatives »

Afin de prévenir efficacement le harcèlement, il faut partir de la base et faire de la prévention dite « indirecte » en travaillant sur le bien-être, en organisant le temps scolaire et en posant un cadre de vie et une cohésion de groupe. Ensuite, nous retrouvons la prévention directe, qui travaille sur le bien-être avec un focus sur l’empathie, les émotions, l’estime de soi… ainsi que sur la sensibilisation au harcèlement. Enfin, la résolution de problèmes correspond elle aussi à un niveau de prévention indirecte. A ce niveau-là, il est déjà trop tard pour faire de la prévention, car il s’agit de régler ce qui est déjà présent. Malheureusement, souvent, les personnes décident d’intervenir en urgence lorsqu’une situation de harcèlement est déjà présente et bien installée. Il est donc important de travailler cette pyramide en ne négligeant pas les niveaux inférieurs.

Les jeux coopératifs

Ceux-ci constituent un deuxième point important, car ils permettent d’établir la confiance au sein d’une classe. Il y a plusieurs étapes nécessaires aux jeux de coopération : je m’exprime, j’écoute, je prends ma place, j’ai des qualités, je vis la confiance et je vis la coopération. J’ai pu suivre une journée de formation sur les jeux de coopération.

Voici un exemple d’activité pour vivre le « j’ai des qualités ». Chacun réfléchit à une situation où il a été fier de lui. Ensuite, il se choisit deux qualités pour cette situation à l’aide d’une série de mots. On place les élèves deux par deux afin qu’ils se racontent leur situation. Le binôme choisit alors deux qualités par rapport à cette situation et compare avec l’autre pour voir s’ils ont choisi les mêmes. Cela permet de prendre conscience de ses qualités (celles que je me reconnais, mais aussi celles que les autres perçoivent de moi).

Au vu de ces jeux coopératifs, je pense les réutiliser et mener une activité de chaque type. J’ai déjà eu l’occasion de mener l’activité décrite en deuxième primaire. Les élèves ont tout de suite été captivés par l’activité. Ils étaient fiers de pouvoir expliquer une de leurs qualités à travers une situation réelle. Pour certains, il a été nécessaire de le guider en leur posant des questions. J’ai par exemple demandé : « As-tu déjà aidé les autres ? As-tu déjà surmonté une de tes peurs ? »

Les émotions

Illustrations extraites de « la couleur des émotions »

Grâce à la formation « Graines de médiateurs » et mon observation sur le terrain, je me suis rendu compte que les émotions sont importantes et fort présentes autour de nous et des enfants.

Une activité qui est proposée est la « météo des émotions ». Il s’agit à chacun d’exprimer son émotion du jour. On peut le faire à l’aide de gestes, d’images, ou de cubes de couleur. Pour les gestes, par exemple, je trouve que cela est plus facile pour des petits, car ils ne doivent pas nommer leur émotion à l’aide des mots : peur, joie, tristesse et colère. Ils doivent simplement montrer s’ils se sentent bien (bras en l’air), bien mais un peu fatigués (mains sur les épaules), un peu stressés/quelque chose ne va pas (mains sur le ventre) ou si ça ne va pas du tout (mains sur les pieds).

Cela se déroule les yeux fermés afin de ressentir au plus profond de nous comment on se sent. Ensuite on ouvre les yeux et on regarde comment se sentent les autres. Il est alors intéressant d’interroger ceux qui ne vont pas bien sur le « pourquoi ». Ceux qui veulent peuvent alors expliquer pourquoi ils se sentent comme ça. Ce genre d’activité permet aux enfants de prendre conscience de leurs propres émotions, mais aussi de celles des autres et d’éprouver de l’empathie.

J’ai déjà pu tester la météo des émotions à l’aide des gestes. Les élèves avaient plus de facilités à faire les gestes plutôt que mettre des mots. Effectivement, pour certains, c’était difficile d’exprimer à l’aide d’une émotion. Je n’ai pas hésité à demander, à ceux qui voulaient, d’expliquer leur émotion.

J’ai également changé la façon de faire en leur proposant de « déposer » leur(s) émotion(s). Il s’agit de la même chose que les cubes de couleurs, sauf qu’ici, j’ai utilisé des bouteilles à remplir de morceaux de laine de couleurs. Au début de journée, les élèves déposent la couleur de leur(s) émotion(s) dans la bouteille correspondante. Cela me permet, ainsi qu’aux élèves, de voir la météo générale de la classe. Avec cela, je peux adapter ma façon de donner cours pendant la journée en privilégiant, par exemple, des activités de rupture s’ils sont forts en colère.

Illustrations extraites de « la couleur des émotions »

Mon avis

Cette semaine de stage, m’a permis de découvrir toutes les facettes du harcèlement et de sa prévention. Je repars surtout avec des expériences enrichissantes à réutiliser en classe. Cette semaine, m’a également donné l’envie d’approfondir mes connaissances et mes expériences.

En réutilisant déjà certaines activités, je me suis rendu compte que les élèves étaient forts impliqués et ouverts à toutes ces propositions. Je suis d’ailleurs déçue de ne pas avoir pu suivre plus de jours de formation. Je n’hésiterais donc pas à m’inscrire, plus tard, à une formation complète et à en parler à mes futurs collègues afin de, pourquoi pas, avoir un projet contre le harcèlement dans l’école !

3 méthodes éducatives en maternelle

3 méthodes pour développer les compétences relationnelles en maternelle

Afin d’animer les enfants en maternelle au programme « Graines de médiateurs », les formateurs utilisent 3 méthodes spécialement adaptées aux 3-6 ans. Elles permettent d’attirer l’attention des enfants tout en leur apprenant les habiletés sociales de base, socle de la vie en société.

Les marionnettes

L’école des étoiles, Marchienne-au-Pont, 9h, classe de 1ère maternelle. Assis en cercle, les enfants sont prêts pour l’atelier « Graines de médiateurs ». La séance démarre de façon rituelle par le bâton de pluie qui annonce l’arrivée de Loulou (un loup) et Gigi (une girafe), deux marionnettes qui vont jouer un petit scénario introduisant le thème du jour. Aujourd’hui, c’est la demande qui va être travaillée.

La girafe : « Bonjour les enfants ! Regardez ce que j’ai reçu… (La girafe sort un foulard de sa valise). Il est beau, n’est-ce pas ? »

Le loup arrache le foulard des mains de la Girafe.

La girafe dit au loup : « STOP ! » (Rappel aux enfants d’une compétence vue précédemment : quand on n’est pas d’accord, on peut dire STOP à l’autre)

La girafe demande aux enfants : « Comment peut-on faire si l’on veut quelque chose que l’autre a ? »

Les enfants : « Demander. »

La girafe : « Qui veut bien montrer au loup comment il demande pour avoir un foulard ? »

La trame des histoires liées aux marionnettes est simple : la girafe va accueillir le loup dans son école (« l’école du cœur »). En effet, le loup est bien démuni et se retrouve souvent seul à cause des comportements qu’il a en groupe. Quand il n’est pas d’accord, il tape, mord, insulte, griffe… Le loup ne sait pas comment il peut faire autrement ! Au fil des séances, les enfants vont pouvoir s’identifier au loup et « grandir » avec lui.

Les marionnettes permettent de capter l’attention des enfants pour leur apprendre les compétences sociales comme dire STOP à l’autre, prendre contact avec l’autre (observer, dire bonjour, demander…), gérer des conflits.

Celles-ci permettent aussi d’ancrer les compétences vues. J’ai été par ailleurs très surprise de constater qu’en deuxième maternelle, les enfants – qui ont eu les ateliers l’an dernier – se rappelaient tous des marionnettes et de l’habileté à dire STOP.

Les chansons

Par la répétition et le plaisir qu’ont les enfants avec la musique, les chansons permettent de « remettre des couches » sur les notions abordées.

Voici la chanson de nos deux marionnettes (cf. premier point de l’article), que les enfants maitrisent déjà après quelques ateliers :

« Bonjour, les amis, bonjour

Coucou, je suis le loup

Si je ne suis pas d’accord,

Je frappe et puis c’est tout »

« Bonjour, les amis, bonjour

Coucou, je suis la girafe

Si je ne suis pas d’accord,

Je le dis simplement : STOP »

L’institutrice me rapporte qu’elle a observé dans la classe quelques enfants pouvant dire STOP spontanément à un copain lorsqu’ils n’étaient pas d’accord avec son comportement. Elle-même les incite à utiliser ce STOP lorsqu’un enfant ne se « défend » pas ou que les élèves viennent rapporter. Les enfants y gagnent en autonomie et en confiance en eux. Mine de rien, ils apprennent la première étape de la médiation (pouvoir arrêter le conflit, se calmer).

Les jeux corporels

Les enfants apprennent par le corps en mouvement. L’idée est d’apprendre directement les nouvelles compétences, dans le jeu, en bougeant.

Prenons un atelier spécifique, dans lequel les enfants vont demander à l’animateur un foulard chacun à leur tour. Chaque enfant est félicité pour la demande faite, même si elle est partielle, à cause des difficultés de langage que les enfants rencontrent. Quelle fierté sur les visages ! Sur la musique, les enfants vont pouvoir danser avec leur foulard de manière créative avant d’être invités à échanger leur foulard avec un autre enfant. Pour certains, c’est difficile ! Difficile de demander : oups, Simon arrache le foulard à un enfant. Pour d’autres, difficile d’accepter de donner son foulard. C’est l’occasion pour les enfants d’imaginer des solutions lorsque l’autre refuse leur demande (demander à quelqu’un d’autre, revenir plus tard…).

Enfin, les enfants reviennent s’asseoir sur un banc dans le cercle. Un foulard va passer de main en main pour « taper sur le clou » (apprendre à donner et recevoir).

Pour conclure

Grâce à la merveilleuse plasticité du cerveau des enfants en jeune âge, ceux-ci apprennent vite, via les chansons, les marionnettes et les jeux en mouvement. Par ailleurs, l’apprentissage va surtout s’opérer dans le quotidien si leur instituteur ou institutrice rappelle les compétences au quotidien : « Non, tu ne peux pas taper ! Comment aurais-tu pu faire autrement pour avoir l’auto de X ? » ou encore « Que peux-tu dire à X quand il te pousse ? ». La formation des enseignants est une étape fondamentale dans ce processus.

Petites graines de médiateurs… deviendront grandes !

Clefs pour la jeunesse : Touka

Depuis le 4 mai 2012, la partie francophone de l’association Clefs pour la Jeunesse a confié son travail en Fédération Wallonie Bruxelles à l’Université de Paix.

Touka est un outil pédagogique complet développé par cette asbl. Nous le proposons désormais gratuitement en intégralité sur notre site Internet.

Vous pouvez le visionner ci-dessous ou encore le télécharger en cliquant ici (PDF).

 

Estime de soi : dessine ta silhouette

Adultes, adolescents, enfants… il nous est tous arrivé de douter de nos compétences et de notre capacité à affronter certaines situations. Et pourtant, chacun de nous possède des qualités et des points forts sur lesquels il peut s’appuyer en cas de difficulté. L’estime de soi, auto-évaluation juste de sa propre valeur, peut être travaillée et développée à tout âge. Elle constitue un facteur important dans la prévention des conflits et favorise le bien-être personnel.

Un article rédigé par Julie Duelz, initialement paru dans le trimestriel n°95, en 2006.

Une activité pour aider les enfants à s’estimer : « Et si tu dessinais ta silhouette ? »

Certaines activités permettent aux enfants d’augmenter leur estime d’eux-mêmes. La silhouette est une activité qui, menée au bon moment dans un groupe, permet à chacun de se recentrer sur ses forces et compétences et de les montrer aux autres. Ce double processus – reconnaissance par soi-même de ses capacités et reconnaissance par les autres – est un « bon carburant » pour l’estime de soi.

Jeudi, 10h30. Manon et Camille, Caroline et Lucas, Jonathan et Mathieu, l’enseignant et tous les autres enfants de la classe semblent bien occupés. L’un est couché sur une grande feuille de papier et l’autre dessine le contour de la silhouette de son camarade sur la feuille. L’exercice provoque des fous-rires lorsque la pointe du feutre chatouille les doigts. De la concentration pour ne pas rater un doigt ou pour ne pas tâcher le vêtement. Une fois le contour achevé, les réactions de l’enfant voyant son « ombre » ne tardent pas : « J’ai des si petits pieds ? » s’étonne Manon ; « C’est marrant de voir mes cheveux », dit Mathieu.

Ensuite, chacun représente sur sa silhouette toutes les choses qu’il est capable de faire avec les différentes parties de son corps. Les fous-rires se font plus rares, l’ambiance devient calme et apaisée, presque magique. Chacun est avec lui-même. Certains y vont franchement avec les couleurs, d’autres sont perplexes et m’interpellent : « Julie, je ne sais rien faire ! »

Enfin, les silhouettes sont affichées aux murs, aux fenêtres,… et même au plafond ! Les enfants présentent une chose qu’ils ont envie de partager avec les autres. Jonathan présente sa silhouette habillée en joueur de football et dit aux autres « qu’il aimerait beaucoup être une star de football à la télé ». Manon, qui s’est dessinée avec des bottes d’équitation, parle avec enthousiasme de son cheval. Lucas a colorié un grand cœur sur sa silhouette : il aime partager. Avec fierté et émotion, Mathieu raconte à ses camarades comment il peut aider sa maman handicapée à porter les courses. Tous les élèves semblent ressentir l’importance de ce moment de partage et sont attentifs aux présentations de chacun. Lorsque Madame Joëlle présente sa silhouette à son tour, on entend les mouches voler.

Comme à chaque fois que cette activité est menée, je suis stupéfaite de constater le peu de connaissance qu’ont les enfants (et les adultes en ont encore moins) d’eux-mêmes ainsi que de la peur du regard de l’autre. Qu’est-ce que je suis capable de faire ? Que vont penser les autres si je dessine un grand cœur ? Et si j’écris que je sais faire une tarte aux pommes ?

Toutes ces réflexions peuvent être exprimées à la fin de l’activité. Ce moment d’échange final est incontournable pour parler des difficultés rencontrées et pour construire peu à peu la confiance dans la classe. Mathieu partage ses émotions au reste de la classe : « J’avais un peu peur de le dire à toute la classe parce que je pensais qu’ils allaient rire, mais comme Lucas a parlé du cœur, j’ai osé ».

Pour en arriver là, différentes étapes ont été traversées par la classe. On ne commence pas les animations en abordant les activités d’estime de soi. Chaque groupe a son histoire, son rythme et sa dynamique propres qui sont à respecter (Ces étapes sont décrites dans le livre Jeux coopératifs pour bâtir la paix, 2005) :

  • Les enfants doivent d’abord se sentir accueillis et en sécurité (étape 1). Le cadre est posé dès le début des animations : je ne fais pas mal ni moralement ni physiquement, j’ai le droit au stop (si je ne veux pas participer, je me mets sur le côté sans déranger les autres). Ces règles, dont l’animateur est le garant, permettent aux enfants d’avancer en sécurité.
  • Les activités d’expression suivent (étape 2) ainsi que les jeux d’écoute (étape 3).
  • Ensuite, les thématiques des jeux proposés relèvent de la place de chacun dans le groupe (étape 4).
  • L’étape des qualités suit (étape 5)
  • …puis laisse la place aux jeux de confiance et de coopération (étapes 6 et 7).

Il est midi, les enfants quittent la classe. Les impressions de l’institutrice ne tardent pas : découverte d’une facette inconnue d’un enfant plus réservé, surprise que tous les garçons n’aient pas tous présenté le football comme activité favorite et étonnée positivement par la qualité d’écoute.

La semaine suivante, l’institutrice nous raconte l’enthousiasme des enfants à présenter leurs silhouettes à leurs parents et à en parler à la maison. Avec humour, elle lâche : « les tables de multiplications ne suscitent pas autant d’intérêt ! ». Elle trouve aussi qu’il y a « quelque chose de changé dans l’ambiance de la classe, ils font un peu plus attention aux autres »

Faire dessiner aux enfants leur silhouette est une activité intéressante pour augmenter la conscience de leurs capacités et aptitudes particulières. Cependant, elle est loin d’être suffisante. C’est au quotidien que nous, adultes, avons la responsabilité d’alimenter l’estime de soi chez les enfants. Comment ? En les aidant à être conscients de leurs forces mais également de leurs limites. En les aidant à trouver par eux-mêmes des idées pour surmonter un défi, une difficulté. En évitant les mots jugeants ou blessants qui peuvent faire des dégâts. Et si nous commencions par nous-mêmes ?

L’estime de soi, tout comme la tension ou l’agressivité, est contagieuse dans un groupe. Celui qui dit un compliment à un autre, qui encourage et qui reconnaît le positif chez l’autre voit en même temps son estime personnelle rehaussée. Que de perspectives encourageantes…

La pédagogie Graines de médiateurs

Repères pédagogiques du programme Graines de médiateurs – Apprentissage de la gestion des conflits auprès des 6-12 ans

Graines de médiateurs est un programme pédagogique mis en place par l’Université de Paix afin d’apprendre aux enfants entre six et douze ans à gérer leurs conflits de manière autonome.

L’objectif est de les rendre plus à même de résoudre leurs désaccords sans avoir nécessairement recours à l’aide d’un adulte.

Les outils qui sont partagés avec les enfants et leurs enseignants correspondent par ailleurs à des bases de la médiation. Ces méthodes peuvent donc également mener à former de véritables tiers-intervenants, capables de gérer des conflits dans lesquels ils ne sont pas partie prenante. Nous développons la médiation par les pairs avec des élèves plus âgés.

Découvrez également la vidéo Graines de médiateurs (cliquez sur l’image)

Qu’est-ce que la gestion de conflits ?

Avant d’aborder la mise en place concrète du programme, précisons quelques termes. A l’Université de Paix, nous choisissons d’envisager le conflit comme la traduction d’un désaccord ou d’une opposition. Nous invitons à le considérer comme étant neutre et pas nécessairement négatif. Comme le dit Max Lucade : « Conflict is inevitable, but combat is optional ».

Cette citation a du sens dans la mesure où les représentations et croyances à l’égard du conflit ont une influence par rapport à la façon de les gérer (cela rejoint notamment la question des biais cognitifs, mais aussi des croyances en général). Si un enfant pense qu’un conflit engendre toujours un gagnant et un perdant, il va peut-être systématiquement l’aborder de manière compétitive ou le fuir. Si l’opposition est envisagée comme neutre, le champ des attitudes possibles est beaucoup plus ouvert. C’est la façon de réagir des parties en présence qui va colorer ou non le désaccord et lui donner une issue positive ou négative (cf. la vidéo réalisée avec le CFA concernant les attitudes en conflit).

Le pluralisme

Un mot sur la méthode, ensuite : le pluralisme épistémologique (cf. notre page Mission et pédagogie). Cette notion signifie que nous ne nous focalisons pas sur une seule école de pensée ou sur un seul type de méthodes de gestion de conflits. Nous combinons des sources et pratiques : psychologie sociale, médiation,  négociation, communication (dont Communication NonViolente – CNV), dynamique de groupes, écoute active ou encore gestion des émotions. Cette liste est loin d’être exhaustive. Simplement, nous ne nous limitons pas à une seule façon d’envisager la gestion de conflits.

Notre posture par rapport aux théories est identique vis-à-vis des conflits : si une personne se focalise sur une seule solution, cela peut constituer un frein à la gestion positive de la situation. Par contre, en faisant preuve de créativité et en considérant d’autres points de vue, elle peut contribuer à trouver des solutions qui conviennent aux deux parties.

Ces deux parti-pris, d’une part sur la vision du conflit et d’autre part concernant le pluralisme, sont en soi révélateurs de la logique que nous tâchons de partager avec les enfants : une attitude d’ouverture créative.

Avant d’entamer la présentation proprement dite de la mise en place concrète sur le terrain, présentons encore un élément de contexte : les quatre engrenages à travailler pour une réflexion de fond sur la gestion de conflits.

Quatre « rouages » pour mieux vivre les conflits

Cf. Université de Paix asbl (collectif), Graines de médiateurs II, Accompagner les enfants dans l’apprentissage de la gestion positive des conflits, Namur : Université de Paix asbl et Fondation Bernheim, 2010.

L’Université de Paix applique une méthodologie propre par rapport à l’apprentissage de la gestion des conflits au quotidien. Quatre « rouages » sont distingués. Comme dans un mécanisme complexe, la modification d’un seul engrenage a des répercussions sur tout le système dont il fait partie. Par exemple, si la compréhension du conflit change, les attitudes pour le gérer changent également, et vice versa. De même, si un enfant reconnait mieux les émotions auxquelles il est confronté, il peut les exprimer de manière plus adéquate.

  • Un premier rouage est le « vivre-ensemble » : par des activités de mise en situation, il est question ici de créer du lien, du commun, d’apprendre à se connaître, à se faire confiance.
  • Le « comprendre », ensuite, consiste en un temps de réflexion sur les attitudes, perceptions et ressentis par rapport au conflit et aux émotions qu’il suscite. Il s’agit de comprendre aussi les phénomènes d’étiquetage, les croyances et représentations, par exemple.
  • Le pôle « communiquer » exerce quant à lui l’écoute et l’expression et vise à développer l’intelligence émotionnelle, l’empathie.
  • Enfin, l’« agir » invite à passer à l’action, en tant que partie ou comme tiers intervenant, et est orienté solution.

Cette catégorisation peut être croisée avec d’autres manières de développer les compétences relationnelles, sous forme d’étapes, notamment. Nous privilégions désormais une approche plus ouverte, permettant à chacun d’apprendre à son rythme.

Sur le terrain : éléments de mise en place concrète

La mise en place correspond à quelques grands principes.

Tout d’abord, un cadre de vie clair et justifié. Il comprend quelques grandes règles basiques, en lien au vivre-ensemble : « je parle quand j’ai la parole (que nous symbolisons par une balle-témoin) », « je ne blesse l’autre ni avec les gestes ni avec les mots », « j’ai le droit de ne pas faire une activité qui me met dans l’inconfort, mais je ne la perturbe pas (droit au « stop ») ». Nous indiquons également les conséquences en termes de sanction ou réparation en cas de transgression de la règle : « trouver trois qualités à la personne blessée avec les mots », par exemple.

Toujours en lien avec ce vivre-ensemble, nous adoptons un dispositif « en cercle » dans les classes. L’animateur y prend place. Cela revient à donner la même place aux membres du groupe et à instaurer la même distance entre chaque individu. Il s’agit d’installer la coopération dans le groupe.

Voir aussi :

Cliquez sur l’image pour voir cinq extraits vidéo de la conférence « Graines de médiateurs » (2013)

Nous pratiquons par séances de deux périodes de cours d’affilée (2×50 minutes) selon des rituels et des modules brefs.

Les séances débutent régulièrement par un rappel participatif des règles de vie et de leurs logiques.

Ensuite, une activité de communication est proposée : il s’agit pour les enfants d’exprimer leurs émotions du moment, notamment via la « météo ». Les différentes émotions, agréables ou désagréables, sont symbolisées par des expressions faciales sur des images. Par exemple : un soleil avec le sourire (joie), un nuage qui pleure (tristesse), un éclair (colère) ou le vent qui s’enfuit (peur). Les enfants choisissent la météo qui leur correspond le mieux et expliquent pourquoi, s’ils le veulent. Il n’y a pas de commentaire : les émotions sont déposées « au centre du cercle » et ne le sont pas pour faire débat (Il arrive que des choses graves et/ou fort chargées en émotions soient dites durant cette activité. Il convient alors pour l’enseignant de prendre un temps éventuel lors d’une pause pour en discuter). Ce genre d’activité peut se décliner avec des émoticônes symbolisant les quatre émotions de base ou via des exercices d’expression corporelle.

Notons enfin la place importante du travail sur l’estime de soi, les qualités et le fait de trouver du commun dans le groupe, afin que chacun puisse se sentir bien et à « sa place » sans devoir tâcher de l’obtenir d’une manière « destructrice ».

Attitudes en conflits

Un autre exemple d’outil correspond à la croix des animaux représentant des attitudes en conflit, réalisée sur base de l’ouvrage de  K. L. THOMAS & R.H. KILMAN, The Thomas – Kilmann conflict model instrument (TKI), New-York : Xicom Inc, 1974.

Là encore, nous procédons par symboles et l’activité se veut participative. Plutôt que de se contenter d’inculquer en théorie ce que sont les quatre types de comportements (compétition – lion, coopération – dauphin, repli – tortue, accommodation – caméléon), nous proposons des situations dans lesquelles les enfants apprennent à reconnaître les différentes attitudes (cf. la vidéo réalisée avec le CFA concernant les attitudes en conflit).

Voir aussi : [Vidéo] Graines de médiateurs : des attitudes en conflit.

Par exemple, « Léo aimerait bien la dernière tranche de gâteau et moi aussi : A. Je la prends et la mange : lion / B. Personne ne la prend : tortue / C. Nous la coupons en deux : dauphin / D. Je la lui laisse, il y tient tellement : caméléon ».

Notons qu’aucune attitude n’est bonne ou mauvaise dans l’absolu (tout comme il n’est pas question de proscrire les jugements et les opinions, cf. ci-dessous). Certaines sont juste plus adaptées que d’autres en fonction des situations, des relations et objectifs en présence. L’idée consiste à ne pas se limiter à un seul type de réaction et à les choisir en conscience. En effet, certains enfants ont tendance à adopter des comportements compétitifs (argumenter, séduire, influencer, imposer), tandis que d’autres ont plus tendance à s’accommoder (s’effacer pour faire plaisir aux amies, s’écraser)…

Faits, opinions, sentiments

Un autre outil correspond à apprendre à distinguer les faits et les opinions. « Un tel est méchant » est un jugement. Il n’est pas précis, pas factuel. A l’enfant, nous demandons : « qu’est-ce qui te fait dire cela ? Qu’est-ce qu’il a dit, exactement ? Qu’est-ce qu’il t’a fait ? Qu’as-tu vu ? ». En conflit, tâcher de se limiter aux faits permet parfois d’éviter des malentendus et interprétations erronées. De plus, les faits donnent de l’information plus précise qu’une pensée : si vous dites à un enfant « je suis content(e) quand tu joues avec ta sœur », vous lui donnez plus d’informations sur son comportement que si vous dites simplement « tu es gentil ». Là encore, il ne s’agit pas de se retenir de juger, mais de pouvoir distinguer ce que l’on pense de ce qui se passe effectivement. C’est aussi un moyen de distinguer les comportements (observables) des personnes : il est très différent de dire que quelqu’un est violent que de lui dire qu’il a adopté à trois reprises un comportement que l’on peut qualifier de violent, qui a blessé (frapper, insulter…). Cet outil peut être relié entre autres à la CNV qui invite à exprimer des ressentis et des demandes en fonction de faits et de besoins : « Quand tu me fais un croche-pied et que je tombe (fait), je suis très en colère (sentiment exprimé en « je »). Je voudrais que tu arrêtes ! ».

Voir aussi : [Vidéo] Graines de médiateurs : vu – pas vu

Développer l’intelligence émotionnelle

Il s’agit notamment de pouvoir reconnaître les émotions (chez soi et chez l’autre), les identifier et les nommer, ainsi que de trouver des moyens pour les canaliser et les exprimer de manière acceptable, constructive (les « gérer » positivement). Cela vise à développer l’empathie et les facultés à comprendre les ressentis au-delà des désaccords.

Il ne s’agit pas d’éliminer les émotions, au contraire. Nous travaillons pour cela plusieurs éléments : développement du vocabulaire émotionnel, expression des émotions, exercices d’écoute permettant de faire des hypothèses sur l’émotion de l’autre, reconnaissance des mimiques et expressions faciales et corporelles, ou encore réflexion autour de solutions pour « se calmer » et/ou dire son émotion ou accueillir celle de l’autre…

Vers la négociation et la médiation

Outre les quelques méthodes de gestion des émotions et de recherches de solutions créatives, le programme vise à l’appropriation des étapes suivantes dans la gestion autonome des conflits :

  1. Instaurer un cadre de CONFIANCE.
  2. Identifier les FAITS observables.
  3. Exprimer et écouter les SENTIMENTS de chacun.
  4. Identifier les BESOINS que les parties cherchent à satisfaire.
  5. Imaginer des SOLUTIONS qui rencontrent les besoins de chacun.
  6. APPLIQUER des solutions.
  7. Terminer par L’ENTENTE.

Une autre manière de formaliser un dialogue constructif est représenté par le « SIREP », sur base de l’ouvrage de E. CRARY, Négocier, ça s’apprend tôt !, Pratiques de résolution de problèmes avec les enfants de 3 à 12 ans, Seattle : Parenting Press Inc, 1984 (trad. Adelin, Namur : Rousseau, Université de Paix).

  • S = Stop. Je respire. Marquer une pause et se calmer.
  • I = Identifier le problème (les faits).
  • R = Rechercher plein d’idées (créativité).
  • E = Evaluer les solutions.
  • P = Planifier et décider.

Le processus de la médiation est similaire à celui de la négociation, sauf que la personne qui gère le déroulement de ces étapes est extérieure au conflit à régler. Cet apprentissage nécessite de bonnes bases dans la compréhension des attitudes, l’expression et l’écoute des émotions, la distinction entre faits et pensées, l’identification des besoins et les exercices de créativité.

Pour réussir

Pour conclure cet article, permettons-nous quelques remarques afin que les actions entreprises pour apprendre aux enfants à gérer les conflits soient efficaces.

Le changement visé correspond à des attitudes, des « savoir-être ». Il s’agit d’un processus qui nécessite un suivi régulier, principalement de la part des enseignants. Deux heures par mois sont loin d’être suffisantes : elles sont les ébauches de véritables routines de travail, soutenues par les directions et comprises par les parents d’élèves. Ce n’est pas non plus en se focalisant sur un seul outil (l’expression des émotions ou la grammaire CNV) que l’on obtient des résultats probants.

De plus, au début du programme, quand certains enfants sortent de leur mutisme, la tâche peut d’abord sembler d’autant plus difficile. Il est important de ne pas se laisser décourager et se limiter à une seule étape, d’expression de soi par exemple. Il ne s’agit pas d’une baguette magique qui amorce un changement radical du jour au lendemain.

Enfin, il ne faut pas oublier les règles qui régissent le vivre-ensemble en amont, dans l’institution. Ainsi, si un enfant frappe un autre élève, il n’est pas le moment de faire de la gestion de conflits, mais d’appliquer des mesures de sanction et de réparation. Deux élèves qui se battent ont parfois besoin qu’un adulte intervienne pour cesser la bagarre, et pas pour les aider à exprimer leur ressenti (pas tout de suite, en tout cas). On ne demande pas par ailleurs à un pair (un autre enfant) d’intervenir comme médiateur dans ce genre de situation : ce n’est pas son rôle. Il s’agit bien d’un cadre préventif.

Pour aller plus loin

Université de Paix asbl (collectif), Graines de médiateurs II, Accompagner les enfants dans l’apprentissage de la gestion positive des conflits, Namur : Université de Paix asbl et Fondation Bernheim, 2010.

Université de Paix asbl (collectif), Graines de médiateurs : le DVD [en ligne], Namur : Université de Paix asbl.

Université de Paix asbl (collectif), Graines de médiateurs, Médiateurs en herbe, Editions Memor, 2000.

Pour implanter le programme

> Implanter complètement le programme dans une école, à la demande

> Animations « à la carte », sur mesure

> Subsides possibles

Gérer les conflits par les contes

Les 24 et 25 mai 2012, les murs de l’Université de Paix accueillaient une formation pour le moins originale…

Diane Sophie Geerts et Julie Duelz y ont proposé d’apprendre à gérer les conflits par le biais de contes [Contes et conflits]. Deux journées au cours desquelles les participants se sont plongés sans restriction dans le monde de l’imaginaire au service de la gestion des conflits.

Gérer les conflits par les contes : un mariage réussi

Le conte nous parle à différents niveaux de sens. Il ouvre le champ des possibilités de façon quasi illimitée. Il détient un rôle initiatique et formateur. Ces qualités font du conte un sérieux support dans la problématique de la gestion des conflits.

Cette formation se déroule sur deux journées. Les participants y endossent tour à tour le rôle de conteur et puis celui de « spécialiste » en gestion de conflits. Petit à petit, à force d’applications pratiques, d’activités ludiques, de mises en situation, les deux spécialités s’entremêlent.

Des applications théoriques, des mises en situation

Dès le départ, les participants sont placés dans l’imaginaire par le truchement d’une histoire. « Deux oursons se disputent un morceau de fromage unique. Bien mal leur en pris. Le succulent produit laitier finira dans la panse d‘un facétieux renard ». Le conte sera le prétexte à découvrir les règles de l’oralité, de la meilleure façon de conter.

L’utilisation de marionnettes peut apprendre aux enfants de nouvelles manières de communiquer pour sortir du conflit et de décrypter différentes attitudes en situation conflictuelle. En cas de conflits, la marionnette permet une mise à distance qui aide les enfants à s’exprimer.

Les participants viennent parfois de très loin, preuve s’il en est de l’intérêt pour cet outil et son côté exceptionnel : une jeune institutrice suisse, une mère française et sa fille… Leurs horizons professionnels sont aussi variés que riches en demandes diverses. Alain est éducateur spécialisé, les conflits entre les enfants, il en connait plus d’un au cours de ses longues journées. Anne est accueillante extrascolaire. L’aspect conte l’intéresse doublement : l’apport d’imaginaire et puis comment choisir la bonne histoire qui s’ajuste au mieux à la situation vécue.

Plongés dans le conflit

Et puis, viendra la découverte d’une méthode de résolution : le SIREP (*). A chaque étape, un conte ou une histoire servira de prétexte à un exercice d’application. Pour l’étape de la recherche de solutions, la créativité des participants est de mise.  A eux d’imaginer le plus de solutions possibles, puis d’en choisir une qui convienne aux deux parties.
Au terme de ces deux journées, chacun est parti avec une foule d’idées à réaliser et de techniques à appliquer. Les contes dans leur diversité, leur singularité aident à imaginer et à créer.

(*) L’acronyme “SIREP” correspond aux cinq étapes suivantes : Stop (se calmer) – Identifier le problème – Rechercher, Evaluer les solutions et Planifier l’action concrètement.