gestion de conflits en classe

Retours de formation à la gestion de conflits en classe

Lorsque je me suis rendu à la présentation des différents modules de l’année, la formation sur la gestion de conflits a, de suite, attiré toute mon attention. Le formateur parlait alors d’approcher, via des exemples concrets, la relation à adopter avec les jeunes en cas de conflits, comment gérer ses émotions, comment se faire respecter ou faire en sorte que les règles soient comprises et appliquées par chacun, etc. Tout cela m’intéressait fortement. Lors de mes stages, j’avais parfois eu quelques soucis pour m’imposer et me faire respecter et, comme je me lançais dans le métier, cela me semblait donc être une formation qui s’imposait pour commencer.

Par Nicolas Waucomont, instituteur.

Je n’ai pas du tout été déçu des 6 séances auxquelles j’ai pris part. J’y ai rencontré d’autres professionnels, d’autres cadres et entendu des témoignages très enrichissants. De plus, ce qui ne gâtait rien, le formateur était vraiment bon. Gestion de conflits, c’était un peu mon petit plaisir du mercredi.

Lors de ce module, nous avons un peu touché à tout : l’écoute, la gestion de conflits, les attitudes à adopter, les règles et sanctions, les petits « trucs et astuces », etc. J’en ressors globalement grandi et équipé de nouveaux outils pour la vie de tous les jours comme pour mon métier d’instituteur.

Notre formateur avait aussi le chic pour nous proposer de petites activités pour nous mettre en situation, faire connaissance ou encore nous démontrer certaines choses : maison des interdits, tape-chaise, on/off, exercices de reformulation, etc. Certaines d’entre elles me seront certainement très utiles, que ce soit à l’école ou avec les jeunes dont je m’occupe chez les scouts.

Parmi les différents outils proposés, certains ont particulièrement retenu mon attention. C’est ce que je conserve dans un coin de ma tête, à disposition et prêts à l’emploi. En voici quelques exemples.

Lors d’une des deux premières séances, notre formateur nous a donné un petit « truc » en cas de conflit : « les 5 crocodiles ». Cela consiste simplement à compter dans sa tête jusqu’à 5 crocodiles avant de répondre à quelqu’un lors d’un conflit. Cela donne plus d’impact à notre réponse, plutôt que d’être dans la réactivité. J’essaye depuis lors de l’appliquer, même si je reconnais que j’ai encore trop souvent tendance à répondre trop vite.

Dès la première séance, on nous a proposé un cadre de vie régi par 5 règles : Stop, Message Je, Droit à la parole, Confidentialité et Évaluation permanente. Tout au long des 6 séances, ces règles ont été respectées et ont, à plusieurs reprises, prouvé leur utilité. Je compte bien faire miennes ces différentes règles quand j’aurais une classe bien à moi, ce qui n’est pas encore le cas pour le moment.

La « spirale » de la violence nous explique d’où nait l’acte violent. Nous en avons vu les différentes étapes ainsi que les différentes manières d’arrêter le cycle en mouvement, que ce soit en assouvissant les besoins, en adoptant une attitude d’écoute ou en appelant aux règles et sanctions. J’ai trouvé un petit moyen mnémotechnique pour me souvenir de ceci. Je pense simplement à la pub Snickers, qui, je trouve, illustre bien ce schéma !

Je connaissais déjà la Météo, ce petit rituel qui consiste à demander aux élèves comment ils se sentent, car nous l’appliquions de temps en temps à St-Roch. Néanmoins, la formation m’a permis de voir quels sont les différents intérêts de la manœuvre (prendre la température, repérer les menaces, permettre à chacun de s’exprimer et de se décentrer, etc.)

La formation m’a aussi ouvert les yeux sur les différents messages « risqués » : la solution, la diversion et le jugement. Il s’agit de faire attention à ce que l’on dit afin de ne pas brusquer l’autre. Puisqu’il faut au moins 15 minutes pour que l’émotion retombe, l’écoute active est souvent une bonne solution. De même, les jugements font parfois du bien, mais il faut faire attention. Les mots « toujours », « jamais » ou « trop », par exemple, sont à éviter lorsque l’autre est trop dans l’émotion. On préférera reformuler ce qu’a dit l’enfant et faire une hypothèse sur son état émotionnel, tout en prenant des précautions si on se trompe : « Donc, si je comprends bien, on t’a fait ça et tu te sens ainsi ? C’est bien ça ?». Je me suis d’ailleurs surpris à réutiliser cette tournure de phrase à plusieurs reprises, avec des enfants comme avec des amis.

Je garde aussi en tête les 6 C, c’est-à-dire les 6 « trucs » pour une bonne règle : celle-ci doit être Connue, Claire, Comprise, Constante (pas de favoritisme), Congruente (pareille avec tous les adultes) et Conséquente. Une bonne sanction doit avoir du sens, être en lien avec l’acte et, si possible, réparer les dommages causés. Elle doit provoquer suffisamment d’inconfort et rester situationnelle. Il faut aussi dissocier l’acte et la personne, même si ce n’est pas toujours facile, et surtout la sanction doit être suivie de communication.

Nous avons aussi abordé l’influence du non-verbal sur les réactions des autres, mais aussi pour décrypter l’état d’esprit de l’autre. Ainsi, les mouvements vers le haut sont associés à la joie et, à l’inverse, ceux vers le bas le sont à la tristesse. Il est aussi intéressant d’employer un certain mimétisme non-verbal, afin de faciliter le contact avec l’autre, pour qu’il s’identifie à nous.

J’ai eu l’occasion de mettre en application la méthode de résolution de conflits du SIREP, qui s’est très bien déroulée. Il s’agit d’un bon exemple de ce que je n’aurais pas su faire si je n’avais pas suivi la formation, car j’ai pu appliquer plusieurs notions. A l’école d’Andrimont, deux enfants se disputaient et en étaient venus aux mains dans la cour de récréation. Après les avoir séparés, j’ai rapidement été rechercher la fiche donnée en formation (deux jours auparavant !) pour suivre les différentes étapes. J’ai commencé par les calmer avec un petit exercice de respiration. Chacun à leur tour, les deux enfants concernés ont décrit les faits puis se sont exprimés concernant leurs sentiments et leur ressenti, puis leurs besoins. Lors de ces étapes, j’ai aussi appliqué la reformulation en suivant les conseils dont j’ai déjà parlé un peu plus haut.

A la base, les enfants avaient commencé la dispute parce qu’ils avaient des règles différentes concernant un jeu et l’étendue de la surface pour jouer. Nous sommes passés à la phase de recherche de solutions, pour laquelle j’ai bien spécifié qu’ils avaient carte blanche et qu’il n’y aurait pas de censure. Les enfants ont été très surpris que je leur demande à eux de choisir comment régler le problème. Un peu timides au départ, ils ont pourtant trouvé quelques solutions, comme délimiter le terrain à la craie, ou rédiger un référent pour ce jeu, qui serait affiché dans la cour, afin de s’y référer si quelqu’un contestait une règle.

Nous avons évalué les différentes propositions et opté ensemble pour l’une d’entre elles qui, en plus, était en accord avec la sanction habituelle de l’école en cas de bagarre (c’est-à-dire passer la récréation suivante à l’intérieur avec un travail). Ainsi, à la récréation suivante, les deux enfants ont travaillé ensemble pour rédiger les différentes règles de leur jeu, qui sont désormais affichées dans la cour.

Pendant tout le processus et par la suite, j’ai pu constater que la dispute entre les deux enfants s’était calmée assez vite. Ils ont collaboré sans protester alors qu’il s’agissait de deux enfants qui avaient très peu d’atomes crochus. En vue du résultat, je pense que la méthode SIREP a vraiment bien marché et je n’hésiterai pas à la réutiliser à l’avenir.

La grosse difficulté avec l’application de tous ces outils dans la vie de tous les jours, c’est encore ma situation actuelle. N’étant diplômé que depuis juin, je n’ai pas de classe à moi et n’ai fait que des intérims plus ou moins longs. Je donne actuellement religion à 8 classes différentes par semaine, et ce n’est donc pas tous les jours que je peux appliquer tout ce que le module de gestion de conflits m’a apporté. Cependant, je conserve le tout dans un coin de ma tête, prêt à utiliser mes nouveaux acquis dans de nouvelles situations. J’ai déjà eu l’occasion de les utiliser à quelques reprises et je suis, jusqu’à présent, très satisfait des résultats.

Gestion de conflits à l’école

Le témoignage d’une enseignante ayant suivi un module « Gestion de conflits en classe »

Je suis titulaire en première année primaire. Il y a vingt-deux élèves dans ma classe. Dans cette classe, il y a quelques enfants qui présentent des comportements « difficiles » comme dans chaque classe, je pense. Cependant, un enfant de ma classe provoquait très régulièrement les autres et/ou les ennuyait (il passait près des bancs des autres et déplaçait leurs affaires, il poussait celui qui était devant lui dans le rang…). Par provoquer, j’entends pousser, frapper, prendre les affaires des autres, etc.) pour que l’autre réponde à ce comportement et se fasse punir.

Dans ce cas, il est le premier à venir me rapporter le « mauvais » comportement d’un autre enfant même si ce comportement est survenu à cause de lui. Lorsque cet enfant ne voulait pas obéir et que je devais le punir, il essayait de me provoquer aussi. En effet, quand il était puni, il se faisait remarquer d’autant plus, il essayait d’appeler et de déranger les autres (il se levait en classe pour aller déposer sa feuille et en même temps il prenait le crayon d’un autre, pendant qu’on travaillait, il disait tout haut le prénom d’un autre enfant pour l’appeler,…), il venait me déranger et me poser des questions « ridicules » (« On doit mettre son prénom sur la feuille ? » alors qu’on le fait à chaque fois, « On prend sa collation pour aller en récréation ? » il sait très bien la réponse également, « Je peux faire cette charge ? » alors que ce n’est pas sa charge et qu’il y a donc un autre enfant chargé de ça)… Par « questions ridicules », je veux dire questions dont il connaît déjà très bien la réponse.

Les punitions n’avaient absolument aucun impact sur lui et il ne se gardait pas de me le dire.

Suite aux comportements de cet enfant, j’étais impatiente de suivre ce module « Gestion de conflits » afin d’avoir des pistes, des idées pour faire évoluer cette situation.

Mes découvertes

Ce module « Gestion de conflits » m’a fait prendre conscience et découvrir certaines pratiques. J’en ai choisies quelques-unes que je vais expliquer et que j’ai utilisées.

« Atterrissage »

Laisser le temps aux enfants qui sont en retard de s’installer, ne pas les inclure dans l’apprentissage directement. J’avais l’habitude lorsqu’un enfant arrivait plus tard d’aller près de lui et de lui expliquer tout de suite ce qu’on était en train de faire. Maintenant, lorsqu’un enfant est en retard, je lui laisse le temps de s’installer, de sortir ses affaires, de préparer son crayon et sa gomme et, lorsqu’il est prêt, j’arrête l’activité que l’on est en train de faire et je demande aux autres enfants d’expliquer ce qu’on est en train de réaliser.

à Cela permet aux enfants de se préparer à apprendre, de se poser calmement et de « se connecter » à l’activité qui est en train d’être vécue et cela permet aux enfants qui n’étaient pas en retard d’expliquer ce qu’ils sont en train d’apprendre pour vérifier leur compréhension.

Cercle de la frustration

Ce modèle théorique montre que l’on peut créer du changement à chaque étape. Un besoin peut être assouvi ou entendu sinon il engendre une émotion (de la colère) qui peut être exprimée, écoutée sinon elle engendre de l’hostilité par la posture, l’attitude qui peut être stoppée par un rappel de la règle et de la sanction ou qui peut aboutir à un acte de violence qui doit alors être puni. Avec de la communication et de l’écoute, on peut agir sur les besoins et les émotions. Avec des règles et des sanctions, on peut agir sur l’hostilité et les violences.

Cet élément-ci est à la base de tous les conflits voilà pourquoi il me semble important de l’ajouter ici.

Deux types de violences

  • La violence chaude, il s’agit d’une émotion qui peut amener un acte de violence (cercle de la frustration). Dans ce cas, une discussion, une situation d’écoute pourrait résoudre le problème (et éventuellement une sanction).
  • La violence froide est un comportement de domination pour avoir le contrôle de la situation. Lorsque l’on est confronté à une violence froide, il est conseillé de ne pas réagir directement (compter 5 secondes dans sa tête « 5 crocodiles ») et de faire le « poisson froid ». La technique du « poisson froid » consiste à montrer que la situation ne nous atteint pas, que nous avons confiance en nous, que nous sommes conscients de notre valeur afin d’empêcher l’autre de prendre le pouvoir. Le « poisson froid » peut déstabiliser l’enfant en lui montrant que ses provocations n’ont aucun impact sur nous.

Météo

Cette activité consiste à prendre la température du groupe, à exprimer son humeur, ses sentiments directement ou à l’aide du vocabulaire de la météo. Je l’utilise tous les matins dans ma classe, les enfants doivent lever ou baisser le pouce et dire comment ils se sentent. J’ai dû ajouter le geste à la parole parce que certains enfants étaient trop réservés pour parler devant les autres. Au début, certains enfants ne s’exprimaient pas parce qu’ils étaient gênés de prendre la parole devant le groupe. J’ai alors proposé à ces enfants-là de lever ou de baisser le pouce selon leur humeur et de ne pas parler. Après plusieurs jours, je leur ai dit qu’ils avaient le droit de ne rien dire mais qu’ils pouvaient aussi essayer de dire un mot quand ils seraient prêts. Puis, petit à petit, tous sont parvenus à dire un petit mot sur leur humeur du jour. Les enfants adorent ça et cela permet également de désamorcer un besoin, une émotion pouvant amener un éventuel comportement « violent ». Effectivement, une émotion qui est exprimée permet déjà à l’enfant de se décharger de cette émotion et d’essayer de se concentrer sur autre chose. Cela permet aussi à l’enseignant d’être plus attentif à tel enfant en fonction de ce qui aura été dit lors de la « météo ».

Cette activité renforce le sentiment d’appartenance au groupe et la confiance en soi. Pour certains enfants, c’est un réel défi de s’exprimer sur leurs émotions devant le groupe. Sans forcer les enfants, au fur et à mesure, ils prennent de l’assurance et osent s’exprimer de plus en plus.

Six C

Cela permet d’élaborer des règles.

Pour qu’une règle soit efficace, elle doit être :

  • Connue : la règle est explicitée aux enfants ;
  • Claire : elle est exprimée de façon concrète, à l’aide de comportements ;
  • Comprise : le sens de la règle est signifiant pour chacun ;
  • Constante : la règle est appliquée de la même manière pour tout le monde ;
  • Congruente : elle est appliquée de la même façon par les adultes et respectée par ceux-ci ;
  • Conséquente : la transgression de la règle amène une sanction.

Dans ma classe, une règle conditionne les comportements attendus : « il est interdit d’empêcher d’apprendre » (aux autres ou à soi-même). Nous avons exprimé et listé des comportements observables rencontrant ou non cette règle avec les enfants. Cette règle « empêcher d’apprendre » peut être déclinée pour beaucoup de cas. Par cet aspect de la règle, je voulais attirer l’attention des enfants sur le fait que leur comportement influençait les apprentissages du groupe mais aussi leurs apprentissages personnels.

Ce point me semble important et je voudrais le mettre en place dans ma pratique future.

Six S

Cela permet d’élaborer des sanctions.

Pour qu’une sanction soit pertinente, elle doit :

  • scinder l’acte et la personne : le comportement sera jugé mais pas la personne ;
  • avoir du sens : la sanction est pensée en fonction de son impact et le sens est précisé ;
  • être situationnelle : la sanction est graduelle selon les circonstances (positives ou négatives) ;
  • être suffisamment inconfortable : la sanction doit amener de l’inconfort pour ne pas que l’enfant ait l’envie de recommencer ;
  • être suivie de communication : après la sanction, la communication permet d’entendre les raisons de l’enfant et d’essayer de trouver des solutions pour ne plus que cela se reproduise.
  • amener une solution : la sanction doit être réparatrice pour réparer la faute commise.

Lorsqu’un enfant est puni, la sanction est toujours suivie d’un moment d’écoute et d’un temps de réflexion sur la réparation qui pourrait être envisagée. Ce point me semble important et je voudrais le mettre en place dans ma pratique future.

Les différents types d’écoute 

  • L’écoute active : écouter l’essentiel du message et les émotions et y réagir.
  • L’écoute passive : écouter sans parler, notre posture montre à notre interlocuteur que l’on écoute et que cela a de l’importance pour nous.
  • L’écoute risquée :
    • Jugement : mettre une étiquette sur la personne qui parle.
    • Diversion : reporter la discussion, le problème à plus tard.
    • Solution : apporter notre solution à la personne qui parle et qui veut simplement être écoutée.
  • La reformulation : redire l’essentiel du message.
  • Le recadrage : écouter, réutiliser l’histoire de la personne et y chercher du positif.

Dans un contexte de classe, avec mes élèves, j’utilise dans la plupart des cas l’écoute active. J’utilise l’écoute passive lors d’activité telle que la « météo », j’écoute les enfants mais je n’ai nullement besoin d’intervenir. La reformulation et le recadrage sont intéressants lors de discussions remplies d’émotions afin d’aider l’enfant à mettre « de l’ordre » dans ce qu’il ressent. J’utilise la diversion lorsque des enfants viennent se plaindre l’un de l’autre dans la cour de récréation. Je leur propose d’aller s’asseoir à des endroits définis et relativement éloignés pour réfléchir. Après quelques minutes, je vais les chercher et je les écoute un à la fois pour voir quel était le problème. Selon le cas, je leur propose de régler ça entre eux en discutant non loin de moi.

La synchronisation

La synchronisation est le fait de se coordonner avec notre interlocuteur, de prendre la même posture, la même attitude que celui-ci.

À l’école et dans ma vie personnelle, je fais régulièrement preuve d’empathie et je suis très souvent synchronisée avec la personne avec laquelle je parle. J’ai pris conscience de cela après notre séance sur ce thème. Je trouve cela très amusant d’observer les comportements des gens et de voir ou non leur synchronisation avec leur interlocuteur.

Retour sur ma situation de classe

J’ai mis en place l’activité « Météo ». Cela est positif pour chaque enfant. Effectivement, ceux qui ont besoin de s’exprimer en ont la possibilité. Ceux qui ont « peur » de s’exprimer peuvent simplement faire un geste et ajouter des mots après quelques temps. Ces derniers prennent confiance en eux petit à petit. Cette activité a permis à mon élève « difficile » de trouver une place dans la classe et de se sentir appartenir à la classe mais aussi de s’exprimer et de libérer des émotions ou des besoins qu’il avait envie de partager. De plus, elle me permettait d’écouter ce qu’il avait envie de dire et d’être attentive à son humeur afin d’essayer d’anticiper certaines ces réactions. Cette activité me permet également de prendre du temps pour écouter et essayer de percevoir l’univers de chaque enfant.

Avec mon élève « difficile », j’ai utilisé le cercle de la frustration afin d’agir à plusieurs moments sur ses besoins, émotions et comportements. Cela a fonctionné à plusieurs reprises. La communication lui permettait d’évacuer certaines émotions et d’exprimer des besoins afin de les mettre de côté pour pouvoir penser à autre chose. Après chaque conflit avec les autres enfants ou avec moi, il y a une discussion et une réflexion sur ce qui s’est passé.

D’abord, après chaque transgression, l’enfant restait avec moi en classe. Je le laissais toujours se calmer au début. Après quelques minutes, je lui demandais de m’expliquer la raison de son comportement. La plupart du temps, il « ne savait plus » ou mentait. J’essayais alors de lui poser des questions pour lui faire dire ce qu’il s’était passé. Ensuite, je lui expliquais en quoi il n’avait respecté la règle et je lui rappelais la sanction. Enfin, nous discutions ensemble sur une réparation possible. Il est vrai que dans certains cas, la réparation pourrait être la sanction. Lorsqu’il se moquait d’un autre, le fait de devoir aller demander pardon à l’enfant, de réaliser un dessin pour s’excuser le mettait déjà dans une situation inconfortable. Dans ce cas, ce n’est peut-être pas nécessaire d’ajouter une sanction inconfortable en plus.

La technique du « poisson froid » fonctionne très bien. Le fait d’attendre quelques secondes avant de répondre, déstabilise complètement notre interlocuteur et nous permet de gagner en assurance. Montrer que ce qu’on entend n’a pas d’impact sur nous fait perdre de la confiance et de l’influence à notre interlocuteur. Après un certain temps, l’enfant a moins envie de provoquer puisqu’il a compris que ça n’aurait pas d’impact sur nous.

Au début, après plusieurs remarques, son comportement ne cessait pas. Il était donc puni, il allait dans le coin de la classe. Il en profitait alors pour faire le sot et je m’énervais d’autant plus. Lorsqu’il était puni dans le coin, il se retournait, appelait les autres, bougeait, … Ensuite, lorsqu’il commençait à faire des bêtises (chiper les affaires des autres, insulter les autres, …), je lui rappelais la règle et la sanction et je faisais moins attention à lui pour lui montrer qu’il n’avait pas toute mon attention et je ne m’énervais plus. Plus tard dans l’année, après plusieurs remarques, je lui disais simplement « Tu ne veux pas apprendre, alors tu sors de la classe. ». Il a dû sorti deux ou trois fois mais, après cela, il a compris qu’il perdait sa place en classe pendant un moment et qu’il devait aussi refaire le travail non fait en classe à la maison ou aux récréations. Après chaque conflit, il y avait une discussion.

En parallèle, je le valorisais dès qu’il faisait quelque chose de bien. Il a pris goût à cela et, maintenant, il essaye réellement de bien faire et il fait beaucoup moins de bêtises. Il n’est plus dans la provocation en train de chercher les autres. Il est plus posé. Il joue plus calmement dans la cour. Aujourd’hui, il comprend que quand il dépasse les limites, il y a une sanction et il l’accepte. J’ai dû l’isoler encore une fois mais c’était complètement différent. Il a commencé à ennuyer sa voisine en prenant ses affaires, en écrivant sur sa gomme… Il est allé dans le coin, il a accepté et respecté la sanction puisqu’il n’a pas bronché, il est resté dans le coin sans bouger, sans parler. C’est déjà un très gros changement.

Un jour, j’ai vu qu’il n’était pas dans de bonnes dispositions pour être réceptif aux apprentissages. Je lui ai alors proposé de ne pas faire l’activité qu’on était en train de faire et de se coucher sur son banc quelques minutes. Il a accepté sans déranger le groupe et il était bien prêt pour l’activité suivante.

Les provocations de cet enfant ont petit à petit diminuées et son comportement s’est nettement amélioré.

Mon cheminement futur

Pour demain, je vais continuer ce que j’ai commencé à mettre en place et qui a fonctionné avec mes élèves (atterrissage, météo, cercle de la frustration, poisson froid, écoute, communication).

Pour l’année prochaine, j’essayerai de construire ma charte de classe en me basant sur les 6 C pour construire les règles et les 6 S pour déterminer les sanctions. Lors de l’élaboration des sanctions, je serai attentive à l’aspect graduel.

Pour l’avenir, je voudrais approfondir mes recherches sur la psychologie de l’enfant, la discipline incitative et la communication non violente.