proxémique

L’influence du non verbal sur la communication

Comment la dimension non-verbale influence notre communication – « A l’insu de la relation »

Par Vincent Philippe Hacken – Licencié en Politiques et Pratiques de Formation, Expert scientifique en Communication aux FUCAM (Mons), Consultant et thérapeute en Ethno-développement. Initialement publié dans le trimestriel n°92, en 2005.

> Voir aussi : écoute active et communication non verbale

Lorsque l’on parle de communication, on évoque un grand nombre de facteurs, de dimensions et d’aspects d’un phénomène que l’on sait complexe.

En effet, nous pouvons évoquer le contexte de communication, les acteurs ou partenaires de la relation analysée, le contenu de la communication ou les difficultés rencontrées, la systémique communicationnelle. Nous parlons ainsi de la nature de la communication, de modèles de communication, des positions dans la relation, de la dimension affective de la communication, de son impact ou de la performance de ses formes, des médias utilisés, etc.

Cependant,  la dimension non verbale est parfois ignorée. Certes, nous savons qu’elle existe, nous en connaissons l’existence et sommes capables d’en percevoir quelques aspects mais il est rare que nous prenions conscience de son extrême primauté dans les relations que nous entretenons avec nos pairs, et que nous puissions donc utiliser cette formidable ressource dans les communications que nous entretenons avec les autres.

Depuis les travaux de Desmond Morris et de E. T. Hall (pour ne citer qu’eux), nous savons pourtant que dans de nombreuses situations, quatre-vingt pour cents des informations que nous « computons » par rapport aux autres, transitent par les canaux de communication non verbale, ou du moins paraverbale. De nombreux scientifiques se sont penchés, dès les années septante du siècle passé, sur le décryptage et la compréhension de nos systèmes de perception-traitement d’informations, sur la sémantique de nos gestes. Les sciences cognitives, la psychologie, la systémique, l’anthropologie culturelle comme l’éthologie humaine ont mis en lumière de façon relativement précise les mécanismes qui régissent cette dimension cachée de la communication humaine.

La connaissance des ressorts de cette dimension insue de la communication et l’importance fondamentale de celle-ci dans l’élaboration de nos relations nous a poussé à proposer, il y a quelques années déjà, un module de formation sur la communication non verbale. Nous continuons par ailleurs d’étudier cette thématique très riche et en développement.

Les aspects de la communication non verbale

Nous envisageons l’aspect éthologique de la communication non verbale (d’un point de vue plus phylogénétique). En fait, il semble bien que cette forme de communication soit un héritage direct de très anciens aïeux, et nous avons en patrimoine commun avec bon nombre d’espèces vivantes un grand nombre de modalités non verbales.

Ainsi  pour signifier notre posture relationnelle, nos intentions comportementales comme l’attaque ou la fuite, l’intérêt ou le rejet que nous manifestons à l’égard d’autrui, nous utilisons des modalités de communication non verbales.

A travers le langage non verbal, nous régulons la possession de notre territoire, l’appartenance à notre groupe de référence, notre statut au sein de nos communautés de vie, l’état d’humeur dans lequel nous sommes.

Dans le même langage, nous sommes capables de réguler la dimension psychosociale de la relation avec nos pairs.

Nous exprimons, à notre insu souvent, la posture relationnelle que nous adoptons à l’égard des autres. Nous faisons percevoir très clairement nos tentatives d’intimidation ou de prise de pouvoir, nos mouvements de soumission ou de pacification à l’égard des autres, notre volonté de faire face ou de nous replier stratégiquement. Nous indiquons également, par ce même langage, et de façon très  précise, le statut qui est le nôtre dans la société globale, le rôle que nous souhaitons prendre dans nos cercles relationnels, nos dispositions intérieures à l’égard d’un chef, d’un subalterne, d’un membre de l’autre sexe, d’un partenaire professionnel ou d’un inconnu.

Par ce langage, de fait, nous régulons en permanence (en boucles réflexives) l’état de nos relations avec les autres et le monde et nous signifions aux autres la place que nous y prenons.

Outre le fait que nous donnons aux autres quantité d’informations sur ce que nous souhaitons ou craignons dans la relation, sur la nature de la relation que nous espérons ou sur les propositions relationnelles que nous faisons à l’autre, nous « parlons » par/dans notre corps, l’amour que nous portons à nos amis, la suspicion qui nous étreint subitement, la peur qui nous serre le cœur ou l’élan joyeux qui nous anime.

Nous parlons physiquement l’ensemble des émotions qui nous habitent. Mais nous sommes extrêmement capables, aussi, de percevoir l’état dans lequel se trouvent nos interlocuteurs. C’est la dimension psycho-affective de la communication non verbale. Nous traduisons ainsi nos états intérieurs et sommes capables de comprendre celui des autres. Une fois encore, très souvent, nous exprimons et décodons cette dimension existentielle «avec les moyens du bord» en percevant parfois sans le savoir, une série d’indices qui pourtant, sont de l’ordre factuel. La chose se passe à la limite de notre conscience parfois (ce que l’on appellera familièrement l’intuition), et certainement souvent à notre in-su, c’est-à-dire sans que nous ne puissions nommer concrètement la connaissance pourtant évidente que nous avons de ce langage.

Un grand nombre d’indicateurs physiologiques constituent la syntaxe et la grammaire corporelles de ce langage. Globalement, il est possible de les regrouper en trois grandes catégories :

  1. le langage postural ou la manière avec laquelle nous organisons l’ensemble de notre masse corporelle (posture d’attaque, de repli, de soumission, etc) ;
  2. le langage gestuel, relativement complexe et « connoté » par la culture à laquelle nous appartenons (ce que nous « faisons » de nos bras, de nos jambes et de notre col) ;
  3. le langage des mimiques enfin qui concerne lui l’ensemble des indices que nous élaborons dans/par notre visage (froncements de sourcils, sourires, plis de la bouche, etc.).

C’est au travers de ces trois dimensions corporelles que nous « parlons », à notre insu, nos états intérieurs comme la relation que nous entretenons avec l’autre. Ce sont un ensemble de connaissances que, non seulement les scientifiques maîtrisent relativement, mais que certains d’entre nous, pour des raisons psychologique ou professionnelle souvent, ont appris à décoder et à maîtriser. C’est le cas des comédiens, de certains avocats ou hommes politiques. C’est aussi parfois le cas des formateurs d’adultes.

Pour être complet dans la description des paramètres constitutifs du langage non verbal, il faut aussi ajouter la dimension para-verbale du langage, entendez l’ensemble des indices vocaux comme le débit verbal, l’intonation, le ton de voix, l’intensité vocale, etc.

Ces indices para-verbaux viennent en somme s’arc-bouter au langage postural et gestuel pour réguler/transformer/aménager le sens que nous communiquons par le langage verbal.

On s’en sera rendu compte, nous avons à notre actif une profonde connaissance et de grandes capacités communicationnelles… en deçà des mots et du langage articulé.

Au-delà de ce que nous en avons reçu comme patrimoine à la naissance (il y a bien une dimension innée dans ce langage) nous avons tous appris, de façon naturelle et insue, la syntaxe et la grammaire nécessaires à l’usage permanent et quotidien de ce langage.

L’intérêt de prendre conscience de ce langage, lorsque l’on sait l’importance qu’il revêt dans la structuration de nos relations, et de se construire des connaissances à son sujet, nous semble indéniable lors que nous nous préoccupons de comprendre le phénomène de la communication humaine dans la perspective de pouvoir, plus facilement, construire des relations saines et paisibles avec notre entourage direct, avec les personnes que nous fréquentons professionnellement, ainsi que dans la rencontre des autres.

La gestion positive des conflits passe aussi… à notre insu parfois, par le langage des corps.

Ecoute active et décodage du non verbal

Article rédigé par Cathy Van Dorslaer, initialement paru dans le trimestriel n°74, en 2001 (mis à jour en 2013).

Parmi les outils nécessaires à la gestion positive des conflits, nous distinguons l’écoute active. Comment décoder le message de mon interlocuteur ? Comment traduire en sentiments et en besoins les mots que j’entends ? Comment être sûr de ne pas trahir ce qui est dit ? L’écoute attentive et la reformulation aident à garantir le respect et la fidélité. Mais au-delà d’un travail au niveau du registre verbal, une exploration du non verbal permet d’être en empathie avec l’autre, de rencontrer son moi profond.

En effet, les paroles traduisent l’intellect et la volonté consciente, tandis que le non verbal transmet les émotions et les affects inconscients. Comme la pensée, le corps est le messager des informations transmises par le cerveau. Le corps peut être un véritable lexique pour qui veut et sait observer son alter ego.

La communication entre deux êtres sera donc d’autant plus harmonieuse et constructive que, de part et d’autre, il y aura la volonté d’explorer, de décoder, puis de confronter les deux discours simultanés : le non verbal et le verbal.

Plusieurs objectifs peuvent être fixés pour développer ses compétences relationnelles en lien avec la communication non verbale :

  • découvrir et rendre conscience de la dimension non verbale de la communication,
  • comprendre les enjeux du non verbal dans la communication,
  • balayer les diverses facettes de ce niveau relationnel fondamental.

Nous sommes tous relativement sensibles au non verbal. Nous remarquons, à l’occasion, une attitude ou un geste particuliers (un sourire, un froncement de sourcils) auxquels nous réagissons automatiquement (sentiment de bien-être, inquiétude).

Il nous arrive cependant de ressentir face à autrui des émotions que nous ne pouvons clairement expliquer. Nous disons «Untel me met mal à l’aise, je ne sais trop pourquoi.», ou «Elle avait un comportement bien étrange hier soir.», ou «Je me sens vraiment bien avec eux.». Et nous en restons bien souvent à ce simple constat. Mais si l’on veut connaître les raisons de ces impressions, il faut alors adopter une nouvelle façon de regarder qui permette de comprendre ce qui se dissimule derrière le vernis des rencontres et des attitudes.

Plusieurs courants permettent de mieux comprendre le langage non verbal

Au travers de ses ouvrages, Desmond Morris, éthologue américain, propose un décodage du non verbal en amenant à comprendre un certain nombre de concepts simples : quelles catégories d’actions existent, comment les actions deviennent gestes et comment ces gestes transmettent des messages. Selon cet auteur, bien que notre espèce soit technologiquement avancée et d’un haut niveau intellectuel, elle n’a pas pour autant abandonné ses qualités physiques animales.

Depuis que l’être humain se tient sur ses deux jambes et a transformé ses membres antérieurs en deux mains délicates, il gesticule abondamment. Ses pattes jadis pataudes sont devenues de nouveaux outils de communication. Soutenues par le visage le plus expressif du règne animal, ces mains étonnantes ont élaboré un formidable répertoire de signaux physiques complexes. L’animal humain est en général inconscient de ses gestes, de ses mimiques, de ses postures, de ses actions, ce qui les rend plus révélatrices encore. Il se concentre tant sur le verbe qu’il oublie que ses mouvements, attitudes et expressions racontent leur propre histoire… et c’est avec la même inconscience que son partenaire repère, interprète et réagit.

En fonction de ces constats, et de manière générale, l’éthologie « peut s’apparenter à la biologie du comportement et surtout à la biologie de l’interaction intraspécifique » (cf. Wikipédia – la communication animale) et permet parfois de faire des liens avec les interactions entre êtres humains. En Belgique, le psychologue René Zayan utilise régulièrement des références à l’éthologie pour décrypter les messages politiques (cf. le documentaire « Coupez le son ! Le charisme politique »).

De nombreux auteurs, tels que Paul Ekman, ont analysé les mimiques et expressions typiques de l’être humain, jusqu’à les disséquer en micro-expressions. Celles-ci permettent d’affiner ces considérations et notre compréhension du non verbal.

Une autre lecture du non verbal est amenée par E. T. Hall qui analyse le comportement de l’homme (et de l’animal) au travers de sa façon d’investir un territoire et d’aller à la rencontre de l’autre (cf. notamment la notion de proxémie). Chacun, en fonction de sa culture, de son histoire, définit une distance intime, une distance personnelle, une distance sociale et une distance publique. Ces distances varient de l’un à l’autre et les transgresser provoquent des réactions d’agression ou de fuite, discrètes ou prononcées. En prendre conscience, au travers du langage non verbal de son interlocuteur, et surtout en tenir compte est un outil fort utile pour établir une communication respectueuse.

Enfin, la P.N.L. est un outil intéressant de décodage du non verbal, généralement appuyés par d’autres thèses plus scientifiques (nous nous inspirons de ces outils avec esprit critique). Divers indices physiques permettent de situer dans quel registre fonctionne la personne qui s’exprime : visuel, auditif, kinesthésique, olfactif ou gustatif. Il s’agit dès lors, pour favoriser l’empathie avec elle, de se synchroniser sur le canal identifié, en utilisant les registres non verbal et verbal…