Thomas d’Ansembourg

20 ans de Communication Nonviolente en Belgique

Le 7 mai 1993 au château de Vierset, l’Université de Paix organisait la première formation en Communication Nonviolente en Belgique, donnée par Marshall Rosenberg (vous en retrouverez le parcours dans le n°123 du trimestriel de l’Université de Paix, en juin 2013).

Pour fêter cet anniversaire, l’Association de Communication NonViolente de Belgique Francophone (ACNV-BF asbl) propose à chacun(e) de vivre le processus de la CNV, lors de la journée festive organisée le mercredi 1 mai 2013 de 10h00 à 17h30 à Louvain-la-Neuve, aux auditoires Socrate.

Au programme, entre autres :

  • Des témoignages de pionniers de la CNV en Belgique et de son développement durant ces 20 années (avec notamment Anne Bourrit, Jean-François Lecocq – formateur à l’Université de Paix, Thomas d’Ansembourg, Anne van Stappen…).
    On y parlera aussi de l’impact de la CNV dans les milieux où elle est diffusée : écoles, entreprises, associations, hôpitaux, familles, police…
  • Des ateliers en CNV pour tous les âges, selon la créativité et l’imagination des animateurs : le changement social, la médiation, l’éducation, la relation dans le couple, les enfants, l’entreprise, les groupes de pratique, le partage d’expériences, la relation à la nourriture, la culpabilité, les pistes de danse CNV…

CNV : entretien avec Thomas d’Ansembourg

Article initialement paru dans le trimestriel n°75 de l’Université de Paix, en 2001.

Cessez d’être gentil, soyez vrai ! est un seau d’eau lancé pour nous réveiller de notre inconscience. Il y a urgence à être davantage conscients de notre manière de penser et d’agir. En illustrant ses propos d’exemples percutants, Thomas d’Ansembourg explique comment notre tendance à méconnaître nos propres besoins nous incite à nous faire violence et à reporter sur d’autres cette violence. Pour éviter de glisser dans notre spirale d’incompréhension, il s’agit de reconnaître nos besoins et d’en prendre soin nous-même plutôt que de nous plaindre du fait que personne ne s’en occupe. Ce livre, préfacé par le psychanalyste québécois Guy Corneau, est une invitation à désamorcer la mécanique de la violence, là où elle s’enclenche toujours : dans la conscience et le cœur de l’Homme.

Né en 1957, Thomas d’Ansembourg a été avocat et conseiller juridique. Parallèlement, il s’est engagé pendant près de 10 ans comme responsable-animateur d’une association qui s’occupe de jeunes en difficulté. C’est en écoutant ces jeunes qu’il a pu se rendre compte que la plupart de leurs comportements souvent considérés comme déviants représentent l’expression tragique de besoins fondamentaux (identité, tendresse, reconnaissance,…) qui n’ont pas trouvé d’autre mode pour se dire.

Formé à différentes approches psychothérapeutiques, particulièrement à la méthode de Marshall Rosenberg, il anime des formations et donne des conférences.

Cessez d’être gentil, soyez vrai ! est son premier livre paru aux Éditions de l’Homme.

Université de Paix : Pourquoi avoir écrit ce livre ?

Thomas d’Ansembourg : Pourquoi ? Parce que, en me disant dans ce livre, je veux illustrer la méthode de Communication Nonviolente que Marshall Rosenberg a mise au point et m’a enseignée. Ce processus de compréhension de soi et de l’autre a contribué à changer fondamentalement ma vie professionnelle et ma vie affective.

Parce que je souhaite participer activement à la construction d’une culture de paix. Au-delà d’une méthode de communication, la Communication Nonviolente permet un art de vivre la relation dans le respect de soi, de l’autre et du monde alentour. Cet art, j’ai eu l’envie de le traduire dans un langage simple et ce, afin d’aider d’autres personnes à devenir fidèles à elles-mêmes, tout comme je le suis à moi-même.

Parce que… si les principes de la Communication Nonviolente sont faciles à saisir, c’est la pratique qui demeure difficile. Je souhaiterais que ce livre, fondé sur mon expérience et ma pratique, puisse constituer «un support pédagogique concret» pour toute personne en route vers un lieu de rencontres vraies entre les êtres.

Quelle est l’articulation de la Communication Nonviolente ?

La Communication Nonviolente est un processus en 4 points qui dissocient les différents stades de la communication.

L’observation d’une situation suscite en nous des sentiments qui nous renseignent sur nos besoins. Ayant pris conscience de nos besoins, nous pouvons enclencher une demande ou encore une action concrète plutôt que de nous plaindre que personne ne s’occupe de nous ou d’agresser l’autre pour qu’il prenne soin de nos besoins à notre place.

Ce processus est une approche «tout terrain» qui peut être utilisée avec soi, l’enfant, l’adolescent, le couple ou dans les rapports professionnels. J’insiste particulièrement sur un bon usage du vocabulaire de notre vie intérieure : décrire ce que nous ressentons précisément et quels sont nos besoins. Être «découragé» ou «captivé» exprime des nuances plus justes et plus riches que «j’en ai marre» ou c’est «génial !».

Comment expliques-tu le succès de ce livre ?

Comme vous sans doute, je suis fatigué de la violence et de l’intolérance et fatigué du sentiment d’impuissance que ces situations suscitent la plupart du temps. Par ce livre, je réponds à un besoin, celui de mettre à disposition de tous un processus simple et pratique favorisant un dialogue authentique entre personnes libres et responsables. Cette démarche nous invite à nous plonger au cœur de notre façon de dialoguer avec nous-mêmes et avec les autres.

Le mot de la fin…

Mon principe de vie : stimuler à la fois la vérité et la bienveillance dans nos rapports humains en acceptant que si la vérité n’est pas toujours confortable à dire ni à vivre, elle favorise des relations plus saines, plus durables et surtout plus joyeuses.

 

Annexe – Les quatre étapes du processus de la Communication Nonviolente

1. Observer une situation sans juger ni interpréter

Ne dites pas : «Je suis nul.»

Dites plutôt : «Je n’ai pas obtenu les points nécessaires pour passer mes examens.»

2. Identifier son (ses) sentiments

Ne dites pas : «Je suis vraiment bon à rien.»

Dites plutôt : «Je suis à la fois découragé et en rage.»

3. Identifier son (ses) besoins

Ne dites pas : «Je vais d’échec en échec.»

Dites plutôt : «J’ai besoin que mes efforts soient reconnus et que j’aie confiance en moi.»

4. Formuler une demande concrète, réaliste, positive et négociable

Ne dites pas : «Je n’y arriverai jamais.»

Dites plutôt : «Je vais me donner le temps de me demander si je fais vraiment les études qui me conviennent et qui permettent de développer mes talents.

 

« Nous sommes souvent plus habiles à dire leurs quatre vérités aux autres qu’à leur exprimer simplement la vérité de ce qui se passe en nous. Nous n’avons d’ailleurs pas appris à tenter de comprendre ce qui se passe en eux. Nous n’avons pas d’avantage appris à être complaisants, à porter un masque, à jouer un rôle. Nous avons pris l’habitude de dissimuler ce qui se passe en nous afin d’acheter la reconnaissance, l’intégration ou un confort apparent plutôt que de nous exprimer tels que nous sommes. Nous avons appris à nous couper de nous-mêmes pour être avec les autres ».

Selon Thomas d’Ansembourg, la violence au quotidien s’enclenche par cette coupure : la non-écoute de soi mène tôt ou tard à la non-écoute de l’autre, le non-respect de soi mène tôt ou tard au non-respect de l’autre.