Bernard Bayot – Réseau Financement Alternatif

Depuis sa fondation en 1987, le Réseau Financement Alternatif est ancré dans le monde associatif. Créé par 7 associations – dont l’Université de Paix -, il en compte plus de 70 en 2006.

Entretien avec Bernard Bayot, Directeur du Réseau Financement Alternatif

Propos recueillis par Christine Cuvelier, et initialement publiés dans le trimestriel n°96, en 2006.

Question : Si nous vous demandons de vous présenter brièvement ainsi que le Réseau Financement Alternatif, que diriez-vous ?

Le Réseau compte aujourd’hui plus de 70 associations qui se sont rassemblées pour développer et promouvoir la finance éthique et solidaire. Leur objectif : concilier argent, éthique et solidarité afin de contribuer à une société plus juste et plus humaine! Pour y parvenir, deux axes d’activités sont développés : le partage solidaire et la recherche-action.

D’abord, le Réseau promeut le développement de nouveaux outils/mécanismes financiers à caractère éthique et solidaire, incite les différents acteurs économiques à investir de manière responsable et finance, grâce aux produits solidaires sur lesquels il est partenaire, des projets développés par ses membres.

Ensuite, le Réseau informe et sensibilise le public à davantage d’éthique et de solidarité dans les rapports à l’argent et est instigateur de débats, initiateur de réflexions et développeur de pistes novatrices en matière de finance éthique et solidaire. Par le biais de ce pôle recherche-action, il mène des études (recherche – innovation – faisabilité – aide à la décision) sur les différents thèmes de la finance éthique et solidaire: l’investissement socialement responsable, le crédit socialement responsable, le service bancaire universel… Mais aussi, il aide à faire connaître la finance éthique et solidaire et développe toute une série d’outils de communication (périodiques, guides, rapports, site Internet…), organise des colloques, conférences, séances d’information, tables rondes, participe à des groupes de réflexions et de recherche, à des foires et salons et développe des campagnes de sensibilisation sur la finance éthique et solidaire à destination du grand public.

A titre personnel, je travaille au Réseau depuis 2001 après avoir été avocat au barreau de Bruxelles durant une quinzaine d’années. J’ai d’abord assumé une charge de recherche et d’étude au Réseau et, depuis novembre 2004, celle de directeur.

Question : FINANcité : un journal et un site web pour développer et promouvoir la finance éthique et solidaire auprès du grand public. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

FINANcité, c’est le grand pari de l’année 2006 : créer un moyen de communication et de sensibilisation fort vers le grand public ! Finance et citoyenneté sont deux mots a priori incompatibles. Pourtant aujourd’hui, il est possible de concilier les deux afin de contribuer à une société plus juste et plus responsable, en investissant son argent dans des projets ou des produits qui, au-delà des critères financiers traditionnels, respectent des valeurs sociales et environnementales précises. C’est ce message que nous voulons faire passer, au-delà du cercle des convaincus, c’est-à-dire vers le grand public. Pour y parvenir, nous développons trois canaux de diffusion : le magazine, le site internet (www.financite.be ) avec sa dépêche électronique et le stand.

FINANcité magazine est distribué chaque trimestre à une moyenne de 125.000 exemplaires, via des abonnements, les membres du Réseau qui l’encartent dans leur propre publication, des accords de distribution avec des journaux tels que La Libre Belgique, plus de 200 lieux de dépôt en Wallonie et à Bruxelles ainsi que les foires et salons. Le site, qui contient une foule d’informations et d’articles, permet de « passer à l’acte » directement en ligne. Par exemple, d’inviter sa commune à interpeller sa banque sur ses investissements dans des sociétés actives en Birmanie ou souscrire un produit financier solidaire et choisir l’association bénéficiaire de la commission générée par ce produit. Le site est doublé d’une Dépêche électronique bi-mensuelle. Troisième canal de communication, plus direct, le stand FINANcité qui est présent durant plus de 20 journées à l’occasion d’événements comme la journée sans voiture, la fête de l’environnement, les festivals Couleur café et Espéranzah ! ou encore les salons Valériane et Tourisme Autrement.

Question : Vous lancez l’opération « Faites une action en or ». En quoi consiste cette récolte de fonds un peu particulière ?

Faites une action en or (www.actionenor.be) est une opération nationale de récolte de titres au profit d’organisations partenaires francophones et néerlandophones. Côté francophone, nous la menons en partenariat avec deux de nos membres : la Fondation pour les Générations Futures qui est à l’origine de l’initiative et la Ligue des familles.

Le principe est simple : des milliers de titres (papier ou non) sont en circulation mais certains ne valent (presque) plus rien, leur valeur est si faible que les garder ou les vendre coûte de l’argent à leur propriétaire.  Les frais de vente dépassent souvent les 25 €. Tous ces titres dorment donc tranquillement et ne profitent ni à leur propriétaire, ni à personne. Notre proposition : que leur détenteur en fasse don à l’opération Faites une action en or pour soutenir les projets des associations membres du consortium. Tous les dons cédés sont rassemblés sur un même compte et revendus à date régulière « par paquets » suffisants pour que la proportion des frais soient réduite. Comme les frais de vente sont fixes, le consortium associatif en retirera un bénéfice. La part qui reviendra au Réseau sera, en deuxième niveau et selon la règle habituelle, redistribuée à ses membres.

Question : Un constat : de plus en plus d’entreprises, de banques… n’investissent plus dans « l’armement sale ». Elles lancent des fonds « solidaires »… Pourquoi ce changement de comportement ?

La campagne Mon argent. Sans scrupules ? relative aux investissements des banques dans les industries qui fabriquent des armes « controversées » (mines antipersonnel, bombes à fragmentation, bombes à uranium appauvri ou armes nucléaires) a effectivement été un succès, même s’il n’est pas total et s’il faut rester vigilant. Par contre, les banques ont beaucoup moins bien réagi, jusqu’à présent, à  notre nouvelle campagne Mon argent. Sans scrupules ? relative aux investissements dans les entreprises actives en Birmanie. Donc, pas d’optimisme démesuré.

Côté fonds « solidaires », c’est vrai que ça bouge – le Réseau a lancé son premier produit d’assurance l’année dernière et nous espérons pourvoir annoncer de nouveaux produits financiers solidaires dans les prochaines semaines et les prochains mois -, mais sans doute pas aussi rapidement que nous l’espérons.

Dans un cas comme dans l’autre, je crois qu’il y a une réelle prise de conscience du monde bancaire au regard de la finance éthique et solidaire. Mais je pense aussi – et les deux ne sont évidemment pas incompatibles – que l’importance de la mobilisation du monde associatif, des citoyens et d’autres acteurs de la société civile est essentielle. Et, à cet égard, le Réseau a évidemment une responsabilité particulière : il lui incombe de rassembler et d’agir !

Question : L’Université de Paix est une des 70 associations membres du Réseau Financement Alternatif. Qu’est-ce que cette collaboration peut vous apporter ?

L’Université de Paix a porté le Réseau sur les fonds baptismaux et est restée, au cours de ces années, un des piliers de celui-ci. Nos membres, chacun dans leur domaine d’intervention, économie sociale, environnement, lutte contre l’exclusion, paix et droits de l’Homme, éducation et formation, relations Nord/Sud, fondent la légitimité du Réseau et, en même temps, assurent le relais, dans leur secteur, de ce cette préoccupation transversale qu’est la finance éthique et solidaire.

Le propre d’un Réseau est le maillage qu’il suppose, qui permet de partager des ressources et d’échanger des données, des idées, des savoir-faire. Concrètement, cela peut être, par exemple, collaborer sur des dossiers thématiques qui touchent à l’objet social de l’Université de Paix ou encore sensibiliser ses sympathisants aux produits du Réseau.

Question : Le mot de la fin pour vous, ce serait…

« Développement durable ». Le Réseau et ses membres se développent et prennent une envergure nouvelle ; ils doivent la pérenniser s’ils veulent transformer les initiatives actuelles de finance éthique et solidaire, remarquables mais encore éparses, en véritable système financier éthique et solidaire qui réponde aux besoins et aux aspirations des gens.

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