Des conflits, des émotions et des besoins en maternelle !

Par Catherine Breuer.

Catherine Breuer est enseignante en maternelle. Enseignante créative, elle a suivi un module de formation donné par l’Université de Paix à la demande de l’Helmo Cespl. Dans cet article, elle nous partage comment elle s’est réapproprié des outils de cette formation et comment elle les applique dans sa classe.

Schématisation par Catherine Breuer. L’usage du triangle est un choix de la participante. Marshall Rosenberg se distancie quant à lui de l’usage de la pyramide de Maslow au sens où ce n’est pas tant une hiérarchisation des besoins qui compte que les besoins qui sont en jeu ici et maintenant.

Ma classe, mon école

Je travaille dans une petite école qui accueille 83 enfants : 31 en maternelle et 52 en primaire. Il y a une certaine mixité sociale dans notre école. Nous avons également quelques enfants dont la langue maternelle n’est pas le français. Nous avons 2 classes maternelles. Nous travaillons en cycle : dans ma classe, j’ai 6 grands, 4 moyens et 5 petits. Ce tout petit nombre d’enfants me permet d’entreprendre de chouettes activités au coin tapis où les débats et échanges d’idées se déroulent dans de très bonnes conditions.

Que ce soit en maternelle ou en primaire, notre équipe est très soucieuse du bien-être de chaque enfant. La violence est pourtant parfois présente dans notre école (essentiellement dans la cour de récréation) mais nous tentons de mettre des dispositifs en place pour l’éviter ! En choisissant de suivre ce module, je voulais donc avoir quelques pistes, quelques petites idées pour améliorer la gestion des conflits et des émotions. Les nombreux partages m’ont permis de mettre quelques petites choses en place dans ma classe. Il suffit parfois de faire un petit jeu comme « La statue » pour aider les enfants à prendre conscience des différentes postures qui traduisent les émotions (langage non verbal).

Ce que le module m’a apporté au niveau de ma classe

Dans ma classe, j’avais déjà mis en place des outils pour appendre à mieux communiquer afin de gérer les conflits.

Un tableau CNV

Schématisation par Catherine Breuer. En CNV, le « Je me sens » est davantage lié au besoin qu’à l’action de l’autre. On dira donc « Je me sens… PARCE QUE j’ai besoin… »

J’ai notamment un petit tableau qui permet aux enfants de « structurer » la communication non violente. Ils peuvent choisir des pictogrammes afin de remplir le tableau.

Au préalable, un travail a été fait sur l’identification de la situation qui pose problème, sur l’expression des émotions, sur l’identification des besoins et sur la formulation des demandes.

J’ai construit cet outil parce que je pense qu’un support visuel permet de structurer les étapes. Les enfants peuvent l’utiliser en remplissant les cases ou juste comme référent.

J’utilise cet outil en faisant des jeux de rôle. Je n’ai pas encore réussi à l’utiliser dans des situations de conflits réels. En effet, je pense que les enfants sont trop envahis par leurs émotions et ont du mal à s’en détacher. Prendre du recul, analyser la situation (surtout quand il y a un débordement d’émotions) est difficile pour un enfant de maternelle.

J’ai donc voulu mettre en place un autre outil afin d’aider les enfants à comprendre la situation et à se comprendre.

Vivre le cheminement de la CNV

Travailler l’auto-empathie avec un déplacement sur le bonhomme de la communication non violente me semble être une chouette activité à mettre en place dans ma classe.

J’ai introduit cet outil lors d’une séance de psychomotricité.

Les enfants l’ont baptisé le « Géant bleu ». Je me suis dit que c’était l’endroit et le moment idéal pour débuter l’utilisation de cette démarche d’auto-empathie.

En effet, pendant les séances de psychomotricité, les enfants entrent sans cesse en interaction, en communication. Il y a donc des conflits ! Aussi, je profite souvent de ces moments pour observer chacun de mes élèves et j’en apprends beaucoup sur leurs relations, leurs intérêts, leurs peurs…

Voici comment nous avons fait connaissance avec le « Géant bleu » :

  • Avant la séance, j’ai dit à mes élèves que j’installais un bonhomme dans la salle et qu’on pouvait librement marcher dessus (ou courir, ou sauter…). Je voulais profiter d’une situation réelle de conflit pour expliquer à quoi il servait et comment l’utiliser.
  • Ninon et Thélio ont été les premiers à l’utiliser. Ninon voulait jouer avec Thélio mais ce dernier ne voulait pas… Petit conflit sans trop de gravité mais Ninon est venue me trouver toute tristounette. J’ai dit à Ninon et Thélio que le Géant bleu allait nous aider à comprendre la situation et à les écouter tous les deux.
  • Dans le cerceau, Ninon a pu utiliser tous les mots qu’elle voulait : « Thélio, il est méchant, il ne veut jamais jouer avec moi ! »
  • Sur la tête, Ninon a expliqué ce qu’il s’était passé ; « J’ai demandé à Thélio pour jouer avec lui et il m’a répondu non ».
  • Sur le cœur, j’ai demandé à Ninon comment elle se sentait. Elle a répondu qu’elle était triste. Thélio la regardait se déplacer sur le bonhomme et l’écoutait sans rien dire.
  • Sur le triangle, Ninon devait exprimer ses besoins. Cette étape a été un peu plus difficile à réaliser. J’ai dû la guider. Ninon a finalement identifié ses besoins en disant qu’elle ne voulait pas être toute seule et qu’elle avait besoin de jouer avec les autres.
  • Sur les jambes, il fallait trouver des solutions. Ninon a d’abord suggéré l’idée d’aller jouer avec quelqu’un d’autre. Et là, Thélio a réagi « Mais non, si elle veut jouer avec moi, elle peut… Mais c’est moi qui décide mon jeu ! »

Thélio a également fait les déplacements sur le « Géant bleu » pour essayer de comprendre pourquoi il avait rejeté la demande de Ninon. Je pense que le fait de se déplacer et de s’exprimer en fonction de l’endroit où l’on se trouve, structure la situation, apaise les enfants, et permet de prendre du recul par rapport à la situation de conflit.

C’est exactement l’outil qu’il me manquait dans ma démarche pour faire de la communication non violente avec les enfants. Le déplacement sur le bonhomme permet aux enfants de distinguer les étapes de la communication non violente et de passer de l’une à l’autre en exprimant leur vécu, leurs ressentis, leurs besoins et leurs propositions de résolution de conflit. Tout cela dans un ordre qui n’est pas imposé puisqu’ils peuvent faire des aller-retours librement.

Jusqu’à présent, nous faisions de la communication non violente à partir de jeux de rôle ; nous faisions semblant. C’est évidemment déjà pas mal mais je pense que maintenant, je vais pouvoir travailler à partir de situations réelles de conflits.

Le « Géant bleu » sera présent à chacune de nos séances de psychomotricité. Je serai là pour guider les enfants dans leurs déplacements dans la communication non violente. Et peut-être pourront-ils l’utiliser sans l’aide de l’adulte ? Et pourquoi pas utiliser cet outil pendant la récréation, moment où l’on doit gérer pas mal de conflits ? Il suffirait de quelques petits coups de peinture sur le sol pour faire apparaitre le Géant bleu dans la cour de récréation !

Je suis convaincue, que dès la maternelle, nous pouvons mettre des outils en place pour apprendre à mieux communiquer. En tant qu’enseignante, je dois donner aux enfants des moyens pour mieux s’exprimer, pour mieux se comprendre et pour mieux comprendre les autres. Bien communiquer, c’est difficile… mais ça s’apprend !

Ce que le module m’a apporté sur le plan personnel

Dans ma classe, nous parlons beaucoup des émotions. Nous les traduisons par des mots, des gestes, des musiques, des dessins, des peintures… Les enfants aiment toutes les histoires traitant ce sujet. Lors de l’évaluation à la fin de chaque journée, les enfants ont l’occasion de raconter comment ils ont vécu leur journée. Nous faisons également un conseil de coopération (deux fois par semaine) pendant lequel ils peuvent s’exprimer sur ce qui va bien ou ce qui ne va pas.

Bref, je donne une grande importance à l’expression des émotions dans ma classe. Et pourtant, dans la vie de tous les jours, je suis quelqu’un qui n’exprime pas très facilement ses émotions… Les petites situations que nous avons vécues pendant le module m’ont poussée à m’exprimer. Mettre des mots sur comment je me sens, trouver une situation dans laquelle je me sens triste ou en colère, sont des exercices qui ne sont pas si facile que ça pour moi. Je suis donc assez contente d’avoir joué le jeu sans avoir dû utiliser le STOP !

J’aimerais aussi introduire la méditation dans ma classe. Je n’ai pas encore osé, je ne me sens pas encore tout à fait à l’aise avec la démarche. Je pense que je vais bouquiner et m’intéresser à ce sujet pour pouvoir faire des exercices de pleine conscience avec les enfants.

Grâce à cette formation, j’ai pu mettre en place des outils concrets dans ma classe et j’ai aussi pu refaire les petits jeux « Brise-glace ». Ces 6 séances m’ont aussi donné l’envie d’approfondir ce que j’ai appris et d’aller plus loin.

Les outils partagés comme par exemple « Graines de médiateurs » vont me permettre de continuer les apprentissages dans le domaine des émotions et de la gestion des conflits dans ma classe et dans mon école. J’ai également envie de me documenter sur la démarche de communication non violente avec la girafe et le chacal.

L’idée d’utiliser des marionnettes pour concrétiser et caricaturer nos comportements dans les situations de conflits me plait aussi assez bien !

6 réponses à Des conflits, des émotions et des besoins en maternelle !

  • Gort Lieb dit :

    Bonjour,
    Petite observation personnelle :
    Lorsque je vois sur la photo ci-dessous extraite du lien précédent, la formulation « Quand tu » comme introduction à un tableau CNV, je suis surpris et j’aurai préféré une autre formulation du type, « Lorsque je vois… ou j’entends… ». Comment c’est pour vous ?

    • Bonjour,

      Je vous remercie pour votre commentaire !
      En effet, vous avez raison : il est possible de formuler cela en disant ce que l’on voit / observe. Après, ce qui est important en CNV est d’éviter les « tu » d’accusation / de reproche. Cela n’est pas nécessairement problématique de s’adresser à quelqu’un en lui disant : « quand tu me dis que tu préfères ne plus discuter avec moi, cela me chagrine… », par exemple, tant qu’il s’agit justement d’une observation au niveau factuel et non d’un jugement =)
      Votre remarque demeure totalement pertinente : afin d’éviter toute ambiguité, il est parfois préférable de s’exprimer en « je » même lorsque « j' »observe 😉
      Bien à vous,
      Au plaisir,

      JL

  • anniebailleux dit :

    bravo!! de commencer avec les enfants si petits..
    cesont eux qui vont contagionner le monde de paix , après..
    je vous encourage!!

  • sophie dit :

    bravo! votre outil est très intéressant, j’aime particulièrement le fait de se déplacer physiquement au travers de l’élaboration cnv

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