Entre réalité de terrain et semer des graines

Par Catherine Bruynbroeck

Catherine Bruynbroeck est enseignante et détachée pédagogique à l’Université de Paix. Elle nous explique ici comment elle relie son expérience en tant qu’institutrice avec les outils de l’Université de Paix. 

Institutrice primaire de formation depuis 1994, titulaire dans une école à discrimination positive à Bruxelles, j’ai eu la chance d’être formée par le projet Bernheim (Graines de médiateurs) de l’Université de Paix (UP), il y a dix ans déjà. J’ai intégré l’équipe depuis septembre 2017 en tant que détachée pédagogique.

Mon expérience de terrain me conforte dans l’idée qu’il faut outiller les enseignants à gérer la dynamique de leur classe. Ils ont parfois des réalités bien complexes : groupe nombreux, avec des comportements « difficiles », enfants présentant des troubles d’apprentissage (TDHA, DYS, primo-arrivants…), sans compter la gestion des parents qui sont de plus en plus intrusifs. Les équipes nous disent combien elles sont démunies.

Le travail d’un enseignant ne s’arrête pas à la fin des cours : corrections, préparations, réunions sont leur quotidien pour travailler le volet purement pédagogique. Ils n’ont matériellement pas le temps de faire des recherches poussées sur l’apprentissage des habiletés sociales, sur la gestion des émotions, ou de se documenter efficacement sur le harcèlement scolaire etc… Et les quelques jours de formation qu’ils peuvent prendre par an n’est pas suffisant pour vraiment acquérir de telles compétences. Moi-même, j’ai dû payer de ma poche mes formations longues en gestion positive des conflits et en Communication Non Violente. Je me rends compte à présent du temps de recherche et de formation qu’il m’a fallu pour avoir une base suffisante à transmettre aux équipes qui viennent se former à l’UP.

Les outils de communication ne s’apprennent pas uniquement dans les livres : il faut avoir une certaine expérience de classe pour pouvoir accéder à une pratique qui tend à l’éducation positive et bienveillante. Pour y arriver, il faut un réel travail personnel et une remise en question constante. La gestion de conflits prend réellement du temps (et de l’énergie) dans une semaine scolaire déjà bien chargée. Bien sûr, il faut faire des choix, mais pour moi, il est important que l’UP continue à éveiller les consciences car rien n’est jamais acquis en ce domaine ! Le programme Graines de Médiateurs a tout son sens puisqu’il vise à former les enseignants dans leur classe sur une large période d’une année scolaire, c’est un minimum pour que l’enseignant puisse avoir une réelle réflexion et changer petit à petit ses habitudes dans le flot énorme de tout ce qu’il doit déjà apprendre aux enfants…

Créer pour susciter la motivation

Pour susciter la motivation, j’aime particulièrement venir en animation avec des outils très variés, colorés et attrayants.

Pour cela, je n’hésite pas à inventer, à collectionner des tas de supports par exemple un girafon grandeur nature sur affiche déroulante, des météos différentes (grands paysages coupés dans des livres de récupération, mini-peluches glanées dans des brocantes…).

Quand je parle des besoins, j’apporte une photo d’un arbre d’un mètre carré qui illustre l’histoire de Gaspard le naufragé échoué sur une île déserte. Lors de la Saint Valentin, je viens avec un énorme ballon de baudruche en forme de cœur et des grelots à l’intérieur pour ramener au calme et clôturer la séance. J’adore aussi détourner des jeux de société existants à la réalité du programme Graines de Médiateurs ou encore chercher des activités qui répondent à la grande demande sur le harcèlement.

J’écoute beaucoup les enseignants dans leurs difficultés, je suis en train de créer une affiche pour demander avec des gestes plutôt qu’avec la parole, ce qui vise à réduire le bruit en classe, et je projette aussi de faire une boîte avec des fiches d’idées de gestion du groupe…

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