Entretien avec Bénédicte de Gruben

Entretien avec Bénédicte de Gruben. Propos recueillis par Christine CUVELIER, Chargée de relations publiques. Un entretien initialement paru dans le trimestriel n°90, en 2005.

Question 1 : Si nous te demandons de te présenter brièvement ainsi que les ateliers créatifs pour enfants que tu proposes au Luxembourg, que nous dis-tu ?

Me présenter brièvement est bien difficile. Depuis 39 ans, ma vie est riche d’événements, d’expériences et de projets, entourée de ma famille et de nombreux amis, j’ai beaucoup de choses à recevoir, donner et partager.

L’éducation et les enfants sont pour moi, l’un des grands pôles d’action de ma vie. Depuis toute petite, je pressentais que c’était ma voie. Comme beaucoup de petites filles, je voulais « faire maîtresse d’école », j’ai réalisé mon rêve et aujourd’hui, je désire toucher le monde de l’éducation par d’autres biais.

Pour moi, la vie proposée aux enfants (et parfois, osons le dire, imposée) est surchargée d’activités, hyper organisée. Comme en classe, on leur demande à nouveau d’être performants.

Bien souvent, si les deux parents travaillent et sont expatriés loin de leurs familles (comme c’est le cas au Luxembourg), il est bien difficile pour eux de gérer les nombreux congés scolaires.

C’est pourquoi, Cécile Denis (alors formatrice à l’Université de Paix) et moi avions mis sur pied des stages pour enfants avec l’objectif de les accueillir dans un cadre familial (à la maison), avec des activités ludiques, créatives et de coopération, où chacun puisse être lui-même et rencontrer l’autre. Les enfants venaient d’écoles différentes et parlaient parfois des langues différentes (français, luxembourgeois, anglais, japonais…)

Après deux ans, nous avons arrêté pour nous orienter vers d’autres priorités (moi : ma vie de famille à réorganiser et le projet de A’Musée à soutenir et Cécile pour continuer d’autres formations et accompagner d’autres projets en Belgique).

Depuis, régulièrement avant chaque période de vacances, des parents ou des amis d’amis ayant entendu parler de ces stages me demandent s’ils s’organisent encore… pour bientôt, je l’espère.

Question 2 : Tu développes un projet « A’Musée » que tu définis comme un lieu de rêve et de créativité pour les enfants au Grand-Duché de Luxembourg. Peux-tu nous en dire quelques mots ?

Sur le modèle du Musée des enfants de Bruxelles, et adoptant les valeurs véhiculées par le groupe européen des musées pour enfants ‘Hands On’ où l’enfant construit son propre savoir de manière ludique et créative et adhérant à celles prônées par l’Université de Paix (connaissance de soi, coopération, respect de l’autre,…) Françoise Noël et moi avons créé une asbl : l’A’Musée.

Rejointes par cinq autres collègues, notre projet de musée pour enfants a été proposé aux autorités luxembourgeoises. Pour l’instant, ‘les sites monuments nationaux’ nous ont invité de collaborer dans le projet pilote de l’UNESCO au Château d’Useldange (à 25 km de Luxembourg Ville) sur l’ouverture au monde du handicap de la vue et au monde du Moyen-Âge. Nous y préparons l’accueil et les activités pour les enfants et leurs accompagnateurs.

En attendant, la fin des travaux, nous mettons sur pied un atelier itinérant : le livre des contes de Madame Falikosche. Revenue de voyage, cette imprévisible conteuse, a perdu toutes les images de son grand livre. Heureusement grâce aux magnifique dessins collectionnés dans sa valise, les enfants l’aideront à créer une histoire originale et sans cesse renouvelée.

Bien différente de l’idée initiale, notre équipe s’est adaptée aux réponses des politiques et remanie le projet suivant l’endroit proposé … Ici aussi nous vivons l’adaptation aux changements… Un merci tout particulier au Musée des Enfants de Bruxelles !

Question 3 : Il nous arrive d’être partenaires pour développer des formations ponctuelles. En quoi ce partenariat est-il pertinent, utile pour toi ?

Les activités dans les écoles me permettent de faire vivre aux enfants et aux enseignants des moments privilégiés où ils peuvent expérimenter des savoir-être, apprendre à se connaître en dehors de la matière cognitive.

Plus que tout, voir les enfants prendre goût à la vie en commun, accepter l’autre, s’éveiller aux valeurs humanistes dans la joie, le jeu et le travail en équipe est pour moi un véritable moteur. Comme pour les stages pour enfants à Luxembourg, je collabore avec Cécile Denis avec qui le travail se passe dans la joie, la complémentarité, la complicité, la légèreté et la compréhension.

Question 4 : Le mot de la fin… Bénédicte de Gruben dans 10 ans ? Le futur de « A’Musée », qu’est-ce ?

Comment répondre à cette question ?

  • De manière optimiste :

Très en avance sur le modèle européen, L’association ‘Hands On’ vit un étroit esprit de collaboration. J’espère de tout cœur que cet exemple vivant au sein du milieu culturel et de l’enfance servira de modèle européen pour la gestion des projets pédagogiques et que chaque pays s’inspire des expériences heureuses ou non de son voisin.

L’association ‘Hands On’ comptera des membres supplémentaires et continuera tous les deux ans à se réunir en colloque d’échange. (Prochaine biennale à Vienne en Autriche à l’automne 2005).

  • De manière pessimiste :

Dans dix ans? Si nous continuons à vivre et consommer comme nous le faisons … plus d’air respirable, et l’A’Musée se déplacera dans des hôpitaux pour enfants en redonnant la joie de vivre aux trop nombreux atteints de dépression, de surmenage et de divers cancers ou maladies graves.

  • De manière réaliste :

L’une et l’autre à la fois, tout en sachant que vivre pleinement l’instant présent est source de grande joie. Alors donc, aujourd’hui, j’espère que le Grand Duché de Luxembourg se donnera les moyens d’ouvrir un lieu de rêve et de créativité pour ses enfants avant 2015 ! Et que de près ou de loin l’A’Musée en soit l’instigateur.

Merci à tous ceux qui nous soutiennent.

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