Gestion des conflits : émotions, écoute et cadre

Participer au module « Gestion des conflits » m’a permis de réfléchir à mes pratiques et de me remettre en question. En effet, les sujets abordés ont pu être directement mis en lien avec mon vécu en classe (et même dans ma vie privée).

Par Caroline Crémer, enseignante.

Je vais tenter ici de mettre en évidence les thèmes que j’ai particulièrement bien intégrés ainsi que les pratiques et outils mis en place dans ma classe à la suite de cela.

1. Les émotions

Tout d’abord, par le biais de modèles théoriques, j’ai pris conscience du rôle primordial que jouaient les émotions dans les conflits et la gestion de ceux-ci. En effet, si les besoins physiologiques de l’enfant ne sont pas assouvis, cela peut mener à des émotions fortes et à de la colère qui peuvent ensuite se transformer en hostilité (s’il y a une intention malveillante) pour finir en acte violent.

Mise en place en classe

Suite à cela, j’ai voulu tester dans ma classe l’activité de météo que nous avons vécue à plusieurs reprise lors du module. Il s’agit, en début de journée, de demander à chaque enfant comment il se sent afin de savoir à quoi s’en tenir, comment agir avec lui.

Je l’ai adapté à mes élèves de 2e année: ils se servent de leurs deux mains pour signifier leur humeur. Avec la première main, ils indiquent leur humeur: un poing fermé signifie le nuage (ça va « bof »), une main grande ouverte signifie le soleil (tout va bien) et une main avec les doigts vers le bas signifie la pluie (ça ne va pas du tout). Avec leur seconde main, ils indiquent s’ils ont envie de parler de leur humeur ou non: un pouce levé vers le haut signifie « je voudrais expliquer mon humeur » tandis qu’un pouce pointé vers le bas indique « je ne souhaite pas en dire plus ».

Nous faisons ainsi le tour de l’humeur de chacun quand nous rentrons en classe ou lorsque l’ambiance est « électrique ». Cela me permet de prendre en compte les émotions de chacun. C’est aussi utile pour les autres élèves: s’ils savent qu’un de leur camarade est « pluie » et ne veut pas en parler, ils vont avoir tendance à le laisser tranquille.

Pour ne pas mettre certains enfants dans l’inconfort, ceux qui ne désirent pas s’exprimer n’y sont pas obligés. Mais avec l’installation de ce moment comme une routine, les élèves se sentent à l’aise et ont tendance à vouloir partager leur humeur.

Enfin, dans un autre registre, le fait de savoir qu’il fallait au moins 15 minutes pour sortir d’une émotion m’a permis d’être plus compréhensive face aux réactions de certains élèves. Je leur laisse maintenant le droit de dire « STOP » et de s’isoler s’ils en ont besoin (« perdre du temps pour en gagner après »).

2. L’écoute

Thomas Gordon et sa théorie des messages risqués m’ont particulièrement marqués. Quand quelqu’un a besoin d’écoute, il n’a pas forcément envie de recevoir ce genre de message contenant des jugements, des solutions qui ne lui plaisent pas sur le moment ou une diversion qui évite le problème. Si la personne n’arrive déjà pas à exprimer son état, c’est plutôt d’écoute dont elle a besoin avant de proposer une solution.

J’ai également retenu les deux types d’écoute: active et passive. L’écoute passive se caractérise par le silence, des hochements de tête, des petites interventions verbales très courtes et très rares, une posture corporelle ancrée au sol. L’écoute active, quant à elle, se caractérise plutôt par la reformulation du message (sous forme de question si on veut être sûr de ne pas se tromper), la recherche de l’essentiel du message, l’écoute de l’émotion sous forme d’hypothèses.

Le mimétisme corporel est généralement indicateur d’une bonne écoute (synchronisation).

Mise en place en classe

Maintenant, quand en enfant s’adresse à moi et qu’il a besoin d’écoute, je pense à tout cela. Je veille à reformuler sans émettre de jugement, à me mettre à la hauteur de l’enfant que j’écoute.

Pour aider les enfants à être dans des bonnes conditions d’écoute en classe, j’ai également affiché un panneau qui rappelle comment être prêt: mes bras sont croisés – mes jambes ne bougent pas – ma bouche est fermée – mes yeux sont tournés vers celui qui parle.

3. Les règles et les sanctions

Dans ce chapitre, ce qui m’a particulièrement marqué sont les caractéristiques des règles et des sanctions sous forme des « 6C » et des « 6S » :
– une règle doit être Claire, Concrète (exprimée en terme de comportements), Connue, Comprise, Constante (idem pour tout le monde), Congruente, Conséquente (si … alors …)
– une sanction Scinde l’acte et la personne, a du Sens (en lien avec l’acte), est Situationnelle (graduelle, dépend des circonstances), est Suffisamment inconfortable, correspond à une Solution (rachat, réparation en lien avec l’estime de soi!), est Suivie de communication.

Je me suis également souvenue qu’une règle devait être exprimée en faits et non en valeurs. Le fait que les règles soient affichées aide au fait qu’elles soient connues. On peut y faire référence en cas de besoin. S’il y a trop de règles, je les oublie. Pour certaines personnes, il vaut mieux dire les comportements interdits que les obligations; cela favorise la créativité (si la règle dit « Je ne cours pas », « Je peux trottiner alors?! »). D’autres pédagogies préconisent d’exprimer les comportements positifs (« Je ne bavarde pas » -> « Je me tais »). S’il y a trop de règles, il risque parfois d’y avoir des doubles règles: j’enfreins une pour en respecter une autre.

Il est possible de compenser un manque au niveau d’une règle (un des 6C) par une bonne communication autour.

En ce qui concerne les sanctions, j’ai retenu que si un élève refuse d’appliquer la sanction il faut soit surenchérir au niveau de l’inconfort, soit essayer de communiquer et de responsabiliser l’élève. Quand un enfant est difficile, il faut lui faire comprendre que ce n’est pas lui qui « dérange » mais bien son comportement qui nuit au bon climat du groupe. On peut faire participer le reste de la classe de façon bienveillante (« Que pourrait-on faire? »).

Si nous avons affaire à des transgressions multirécidivistes des règles, il faut parfois isoler le perturbateur. A l’écart de sa « bande » ou quand il se retrouve sans public, il a moins de pouvoir. On peut créer des sanctions exceptionnelles quand il s’agit de situations exceptionnelles. Il faut toujours se demander si le conflit est dû à l’émotion (violence chaude) ou pas (violence froide).

Mise en place en classe

En tenant compte de tout cela, j’ai essayé de revoir les règles de la classe avec mes élèves. Nous avons dégagé les 6 règles qui nous semblaient les plus importantes. Ces 6 règles sont exprimées en termes de faits et de conséquences écrites, représentés par des pictogrammes et affichés dans la classe à un endroit bien visible.

Le nouveau règlement est le suivant:
– J’écoute celui qui parle SINON je serai assis(e) seul(e) à une table.
– Je lève le doigt si je veux parler SINON je n’ai plus le droit à la parole pendant cette activité.
– Je parle doucement sans crier SINON je vais me calmer seul au coin tapis.
– Je me tiens assis sans me balancer SINON je reste debout pour le reste de l’activité
– Je rends le matériel en bon état SINON je dois racheter/ réparer ce que j’ai abimé.
– Je ne fais pas mal ni avec les gestes, ni avec les mots SINON je dois faire une action positive envers la personne que j’ai blessée. (cette conséquence a été la plus difficile à trouver… Je n’en suis pas encore satisfaite, la réflexion est encore en cours).

Les enfants sont tous au courant de la façon de procéder: la première fois qu’ils transgressent la règle, je leur répète. La seconde fois, je leur demande de reformuler la règle qu’ils viennent transgresser. A la troisième fois, la sanction présente dans le règlement est appliquée. Cependant, tout va dépendre de la façon dont la règle est transgressée. Si un acte vraiment grave a lieu, la sanction sera immédiate.

Pour conclure, je dirais que réfléchir à ses pratiques et les adapter ne demande pas forcément un grand investissement. Il existe plein de petits rituels qui peuvent être mis en place pour que le climat de classe soit serein et favorable aux apprentissages. Le module « Gestion des conflits » m’a permis de me rendre compte de cela et de commencer à mettre en place pas mal de choses dans ma classe.

2 réponses à Gestion des conflits : émotions, écoute et cadre

  • marie-Françoise dit :

    Bonjour
    merci pour ce partage.
    Cependant, je réagis au SINON…Cela ressemble un peu à du chantage…Moi je préfère que les enfants énoncent ensemble et en groupe une « solution » à un comportement dérangeant . Cela développe davantage l’autonomie et la coopération

    • Bonjour Madame,

      Merci pour votre commentaire et pour la piste supplémentaire que vous proposez !

      Pour situer le contenu de l’article, il s’agit de la mise en application que fait une enseignante qui a participé à une de nos formations, et non d’une vision univoque de l’Université de Paix.

      Lors de nos formations, nous disons aux enseignants que nous ne sommes pas là pour proposer des recettes magiques universelles. L’important est que « ça fonctionne » dans leur groupe, et qu’au final les jeunes puissent être responsabilisés positivement. Un groupe n’est pas l’autre, et il est parfois judicieux d’avoir prévu des sanctions graduelles ayant du sens, pour de nombreuses raisons (temps, contexte, maturité des enfants, etc.), et non de tout renvoyer au groupe. L’adulte n’est pas au-dessus de la règle, mais il en est le garant (dans le cas que vous exposez, l’adulte est garant du processus de réflexion autour de la solution, et le fait appliquer systématiquement. La règle implicite est : « chacun adopte le comportement adéquat, sinon le groupe recherche une solution »).

      Ici, le « sinon » porte bien sur des comportements. Il s’agit en fait de montrer les conséquences d’un acte, et cela peut donc avoir une portée de responsabilisation. Les règles ici exposées ne dépendent pas d’un caprice de l’adulte, mais sont au service du groupe. En cas de transgression, il y a sanction. Il n’y a pas de menace, d’instrumentalisation de la peur ou de pression (comme le sous-entend le mot « chantage ») : simplement, celui qui n’adopte pas le comportement attendu aura des conséquences à assumer. Ces conséquences sont claires.

      La sanction-conséquence pourrait effectivement être davantage orientée solution, et réfléchie par le groupe au cas par cas. Néanmoins, pour toutes les raisons décrites ci-dessus, je ne peux vous rejoindre sur l’idée de chantage : c’est votre perception.

      Par contre, je peux vous dire que dans nos formations, un travail parallèle est fait sur la construction des règles en classe et par le groupe-classe, ainsi que sur la recherche de réparations-solutions par et pour le groupe ou l’enfant qui adopte un comportement qui peut nuire au groupe. Nous privilégions une réflexion « en amont » pour qu’un ensemble de solutions soient déjà prévues en cas de comportement inadapté, et à la fois des discussions supplémentaires peuvent être envisagées, ne serait-ce que lorsqu’une règle pose visiblement problème, par exemple.
      A noter néanmoins que renvoyer toujours le comportement « dérangeant » d’un enfant à la discussion groupale pourrait, dans certains cas, avoir des effets pervers : valorisation implicite d’une place de dominant dans le groupe, sentiment d’humiliation par la soumission au regard des autres, côté potentiellement arbitraire et inconstant de la solution proposée par le groupe, etc. La coopération et la dynamique de groupe sont autant des préalables que des résultantes de telles pratiques.
      Parmi les outils et réflexions proposés, les participants choisissent ce qui leur convient et l’adaptent à leur contexte : c’est l’objet de cet article.

      En bref, votre intervention souligne bien la pertinence de la responsabilisation et de la recherche de solutions par le groupe / les enfants concernés, et à la fois le dispositif ici imaginé par l’enseignante répond déjà à tout un ensemble de pratiques intéressantes et sans doute adéquates dans son groupe-classe.

      Tout cela pour dire qu’il n’existe pas de recette magique et que par conséquent nous proposons d’apposer les différentes bonnes manières de fonctionner, et non de les opposer 🙂

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