« Les rel@tions numériques », dans le COJ#03

Le troisième numéro du fanzine trimestriel de la Confédération des Organisations de Jeunesse indépendantes et pluralistes vient de sortir. A cette occasion, vous pouvez découvrir deux articles pour mieux comprendre les relations sur le web

On pourrait croire que les personnes qui sont scotchées à leurs écrans n’ont plus de relations sociales. Or, des sociologues et des psychologues, notamment A. Casilli, se sont penchés sur la question et ont constaté qu’il s’agit d’une idée reçue. Au contraire, la plupart des pratiques sur le web ont une dimension relationnelle : commenter un statut ou un article, chatter, tweeter, « liker » un contenu, partager un article ou une opinion, etc. Même les jeux en ligne et les applications suscitent une forte interaction entre les joueurs, qui soit y retrouvent leurs amis, soit y tissent des relations nouvelles. Internet n’est pas un monde à part, mais un « nouveau territoire » dans lequel se jouent nos échanges avec les autres…

Ce n’est pas pour autant que l’on communique de la même façon sur le web et « IRL », « dans la vraie vie ». En témoigne par exemple l’usage du smiley et de la ponctuation. Si votre collègue vous écrit « Bonjour. Dans 5 minutes, j’aimerais te parler. », cela peut être perçu différemment que si elle vous écrit « Bonjour ! Dans 5 minutes, j’aimerais te parler 🙂 ». Pourtant, il s’agit du même contenu lexical. Pour se faire comprendre, nous sommes donc appelés à intégrer des aspects de la communication « face à face » du quotidien dans notre communication écrite. Les mots impliquent des pensées, des interprétations et des effets, en lien avec un contexte : il ne suffit pas d’être très factuel pour être sûr de bien se faire comprendre.

Un autre cliché fréquent par rapport à Internet et aux réseaux sociaux est qu’ils élimineraient progressivement toute notion d’intimité. Les pratiques des jeunes montrent au contraire qu’ils y sont très attentifs, ce qui explique d’ailleurs en partie le succès de Snapchat, par exemple. Sur ce réseau, non seulement les parents ne sont pas encore (contrairement à Facebook), mais en plus les échanges sont éphémères : ils disparaissent après consultation (même si cela peut être contourné assez aisément).

Qu’en est-il des relations plus problématiques, conflictuelles, voire de la violence ?

Malheureusement, le web est aussi le territoire de dérives plus ou moins conséquentes à ces niveaux. La violence n’est pas née avec les technologies, mais elle s’y manifeste différemment.

Tout d’abord, la violence acquiert une autre visibilité sur le web. Il n’y a peut-être pas plus de violence qu’avant (c’est difficile à quantifier), mais celle-ci est plus visible, parfois publique. C’est différent d’exprimer un désaccord lors d’une discussion à deux ou bien de le faire en réaction à un statut public posté par une personne. Dans ce second cas, il est parfois plus difficile de savoir qui va nous lire et donc de prévoir les impacts de ce que l’on dit. De surcroit, il y a un coté « spectaculaire » aux échanges, au sens où les gens qui débattent le font devant des spectateurs. Cela peut renforcer les dynamiques compétitives de certains, tandis que d’autres n’exprimeront jamais leur opinion et se replieront… La prise de parole (collaborative, raisonnée, ou encore constructive) sur le web est l’un des enjeux que cela soulève.

Ensuite, le web est un territoire qui nous entoure en continu. Les cas de cyber-harcèlement correspondent en général à des cas de harcèlement « classique » qui se prolonge via les réseaux sociaux [à propos du harcèlement entre jeunes, lire les articles de fond sur notre site]. Cela peut avoir des conséquences dramatiques étant donné que le harcèlement pouvait autrefois être confiné dans le domaine du travail ou de l’école, et donc renforcer la sensation d’impuissance des individus en position de victime, dans un cadre où l’on ne sait pas très bien qui est témoin de quoi. A contrario, cet espace de visibilité peut permettre d’identifier les cas de harcèlement (attention cependant aux décodages hâtifs), pour peu que les intervenants éducatifs ne considèrent pas que ce qui se passe en ligne n’a rien à voir avec ce dont ils sont supposés s’occuper.

Plusieurs autres dimensions font que les relations numériques sont multiples et complexes. Il y a la possibilité d’utiliser l’anonymat (typiquement, à l’occasion de commentaires haineux), de « jouer un rôle », etc.

Dans le cadre d’une éducation citoyenne, il semble dès lors intéressant d’amener un questionnement sur les conséquences (même non désirées) de nos messages (une compréhension des mécanismes en place dans nos relations ou dans la communication), ou encore de favoriser des postures et des dynamiques empathiques et coopératives, y compris (mais pas seulement) sur les réseaux sociaux.

Pour continuer la réflexion sur la question des relations numériques, lire aussi la fiche « Socialisation numérique » du CSEM.

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