(S’)écouter pour mieux communiquer

Les vertus de l’écoute sont nombreuses. Elle peut permettre de mieux se comprendre, soi-même ou en interaction. Elle peut ouvrir un espace de rencontre où chacun a sa place. L’écoute permet aussi parfois de répondre à une situation désagréable en prenant soin de soi et de la relation.

Lorsque l’on parle de « l’écoute » dans des formations étiquetées « développement personnel », c’est souvent pour parler de l’écoute dite « active » de Gordon ou encore de l’écoute dite « empathique » de la Communication Non Violente de Rosenberg.

L’écoute dite « active » consiste à reformuler l’essentiel du message de l’interlocuteur tout en émettant une hypothèse quant à son émotion. L’écoute « empathique » suit le processus de la CNV et tâche, en reformulant les faits du point de vue de l’autre, de mettre des mots sur son ressenti et ses besoins fondamentaux.

Le but de cet article n’est pas de décrire ces techniques (nous vous renvoyons pour cela à d’autres numéros de la revue et/ou dans l’espace « ressources »), mais plutôt de montrer comment la diversité des postures (en ce compris celles qui ne relèvent pas de l’écoute de l’autre à proprement parler) peut contribuer à favoriser des relations harmonieuses, d’autant plus lorsqu’elles sont utilisées « en conscience ».

Différentes manières d’écouter

L’écoute « active » et l’écoute « empathique » sont parfois interprétées comme étant les seules « bonnes » manières d’écouter. En réalité, ni dans la CNV, ni dans l’écoute active, il n’y a cette prétention à être des « recettes » absolues. Il s’agit plutôt d’une « boîte à outils ». Certains de ces outils sont très adéquats et efficaces à certains moments, lorsqu’ils sont utilisés avec une intention bienveillante. Parfois, d’autres manières sont également bienvenues.

Ainsi, il y a des types de messages auxquels Gordon attribue l’étiquette de « communication risquée ». Ce sont grosso modo :

  • les jugements et interprétations (le fait de dédramatiser, de moraliser, de prêcher, de culpabiliser, etc.),
  • les solutions ou injonctions (le fait de donner des recommandations, des ordres…),
  • les diversions (le fait de ramener à soi, de faire une blague, de changer de sujet…).

Il serait dommage de les bannir pour autant ! Ce que Gordon dit, c’est que lorsque l’autre a besoin d’être entendu et/ou que son émotion est intense, ces messages peuvent être déplacés à ce moment-là. Ils risquent de ne pas être entendus et ne vont sans doute pas apaiser l’interlocuteur. La personne a probablement d’abord besoin de se calmer et de se sentir comprise. Toutefois, à d’autres moments, ces types de messages peuvent être considérés également comme le résultat d’une écoute authentique, d’une présence à l’autre. Parfois, ce dont mon interlocuteur a envie, c’est que je lui donne un conseil ou un autre regard sur sa situation.

En parlant d’autre regard, une des manières d’écouter une personne en entretien consiste à reformuler son message de manière « positive », d’un autre point de vue. C’est ce que l’on appelle le « recadrage positif ». Encore un outil à ranger dans la boîte.

Être libre et conscient

Un des leitmotivs à l’Université de Paix est l’émancipation. Concrètement, nous ne voulons pas dire aux autres comment ils doivent se comporter. Par contre, en observant les différentes manières d’écouter – et d’être, tout simplement – ainsi que leurs conséquences, nous tâchons de nous ouvrir à plus de conscience de nous-mêmes et de ce qui nous entoure. Ainsi, en situation, je peux observer, et éventuellement choisir de faire « comme toujours » ou bien « autrement »…

S’écouter soi-même

Une des forces de l’écoute est qu’elle peut être tournée vers soi-même. A titre personnel, c’est l’une de mes « grandes découvertes » à l’Université de Paix. Il arrive que nous soyons dans des situations dans lesquelles nous ne sommes pas face à une personne qui nous accorde l’écoute dont nous avons besoin. Plutôt que de lui faire un reproche sur son « manque » d’écoute, je peux m’écouter moi-même.

Quand je suis seul, également, je peux tout simplement « faire le point » sur mon état ou mes préoccupations du moment. Tout cela est très cohérent avec la CNV, encore, qui identifie ce moment « d’auto-empathie » comme étant l’un des préalables à l’expression de soi. Pour exprimer son besoin, un individu doit d’abord prendre le temps de le reconnaitre. La « pleine conscience » invite également à une forme d’écoute de ses sensations, de ses émotions et de ses pensées.

S’écouter soi-même peut être un moyen de se protéger, enfin : quand je ne suis pas en état de discuter, que le dialogue est impossible ou encore que la communication est toxique, tourner ses oreilles vers soi-même peut nous donner des informations pour esquiver, fuir ou nous replier…

Prendre soin de nos besoins

Lorsque l’individu est à l’écoute de soi, de l’autre et de la relation, il est potentiellement plus apte à prendre soin des besoins de chacun.

Une anecdote que je raconte régulièrement en formation est que depuis que je travaille à l’Université de Paix, je règle 50% de mes conflits en mangeant. Au-delà du clin d’œil, j’ai pris simplement conscience qu’à certaines heures de la journée, j’ai généralement faim, et que cette faim peut me rendre plus irritable. Plutôt que de sur-mentaliser ou attribuer à l’autre la responsabilité de la situation, je peux désormais porter une attention à cela, le reconnaître et même agir pour assouvir mon besoin.

Ceci peut évidemment s’étendre au besoin de l’autre et à la relation. S’écouter soi et écouter l’autre en même temps permet d’envisager nos besoins respectifs comme un tout, et non comme étant des « concurrents » les uns des autres.

Cheminer ensemble vers une entente

Vous l’aurez compris, cette étape coule presque de source. Lorsque nous sommes mutuellement à l’écoute de nos préoccupations, il n’y a plus qu’un pas à faire vers l’entente. Dans la dynamique de la communication, nous passons souvent d’une attitude ou d’une posture à une autre. L’écoute n’est jamais acquise une fois pour toutes, et ne doit pas nécessairement être appliquée tout le temps. Nous avons toujours le choix de porter consciemment notre attention vers nous-même, l’autre ou la relation. Nous jonglons avec différents outils de communication, tâchant de garder notre équilibre sur un fil parfois ténu. Dès lors, accordons-nous de la bienveillance lorsque nous chutons.

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