« Je n’accepte pas d’avoir tort »

« Je n’accepte pas d’avoir tort ». Une approche par les croyances.

Vous connaissez probablement des personnes dans votre entourage qui acceptent difficilement de se remettre en question, et encore moins de reconnaître qu’elles se trompent, même lorsqu’il y a des preuves évidentes qu’elles sont dans l’erreur. Vous-même peut-être ressentez-vous parfois des difficultés à admettre que vous avez tort, ou encore à présenter vos excuses à quelqu’un. Comment expliquer ces attitudes ? Comment les surmonter ?

Par Julien Lecomte

Pensée automatique. relationnelles. Comportement. Émotions. JMG 2008. Source : Philippe Munck – http://slideplayer.fr/slide/1320696/

Dans cet article, nous vous proposons de réfléchir à ces attitudes en fonction des croyances qui les sous-tendent. L’approche par les croyances (ou représentations) est une grille de lecture parmi d’autres. L’idée ici est de questionner les origines des comportements de refus d’avoir tort (les comprendre, en prendre conscience). Sur cette base, nous envisageons des pistes d’action pour « assouplir » ceux-ci et regagner du « pouvoir d’agir ».

Comment se forme une croyance (ou représentation du monde) ?

Nous évaluons plus ou moins constamment les situations auxquelles nous sommes confrontés. Nous percevons le monde à travers le filtre de nos sens et construisons des représentations nous permettant de réagir de manière adaptée en fonction des situations.

Ce faisant, plusieurs biais cognitifs sont à l’œuvre. Nous procédons par distorsion (lorsque nous faisons des interprétations hâtives), omission (sélection d’éléments de la réalité au détriment d’autres) ou généralisation de nos observations. Nous « réduisons » la réalité à certains de ses aspects, nous la simplifions et opérons des « raccourcis » cognitifs. Face à la quantité d’informations à gérer au quotidien, c’est probablement une nécessité.

Ce n’est pas tout. En général, ces « constructions » mentales sont liées à nos émotions et aux comportements que nous adoptons dans la situation. Une croyance va d’ailleurs être d’autant plus ancrée qu’elle est liée à de fortes émotions. Il suffit parfois d’avoir une seule expérience négative d’une situation pour développer une croyance « bloquante ». Par exemple, si une personne fait un accident de voiture où elle a pensé qu’elle allait mourir, elle va probablement développer une peur de conduire, en lien avec la croyance sous-jacente que « conduire est dangereux ». Il s’agit d’une généralisation abusive. Ce n’est pas rationnel, néanmoins il va être très difficile de persuader la personne du contraire.

Dans le cas qui nous occupe, cela veut dire que si des expériences liées au fait « d’avoir tort » ont été vécues négativement, elles ont peut-être « coloré » la représentation du fait d’avoir tort de manière négative. Plusieurs exemples existent : « quelqu’un s’est moqué de moi quand je me suis trompé », « petit, je me faisais gronder quand je faisais des erreurs », « je me faisais rabaisser et devais dire que j’étais en tort même si je ne l’étais pas : c’était un moyen d’exercer de la domination sur moi »… Ces expériences accompagnées d’émotions désagréables peuvent avoir contribué à développer des représentations dans lesquelles « il est humiliant de se tromper », « si je reconnais que j’ai tort, on va se moquer de moi » ou encore « si je dis que j’ai tort, alors je suis faible, je « perds » la confrontation, voire on va me dominer ».

Nous pourrions multiplier les possibilités d’expériences désagréables : quid des situations où une seule des deux personnes adresse ses excuses à l’autre, si elles se répètent ? Quid des cas où l’une a insisté pour obtenir des excuses, pour finalement les rejeter ou n’y adresser aucune importance ? Pour peu que les expériences de « demander pardon » ou de « se tromper » aient été teintées d’un sentiment d’injustice, d’impuissance, d’humiliation, il est fort probable qu’elles influencent notre rapport au monde aujourd’hui.

Le triangle de BECK EMOTIONS COMPORTEMENTS COGNITIONS JMG 2008 – Source : Philippe Munck – http://slideplayer.fr/slide/1320696/

Nous ne pouvons pas nous empêcher de nous faire des représentations de la réalité. Ce n’est pas un mal en soi. Un problème réside dans le fait que l’image que nous nous faisons est souvent « réductrice », parfois biaisée, voire fausse. Dans ce cas, il importe de pouvoir « assouplir » sa croyance, la remettre en question (ce qui peut être d’autant plus difficile lorsque nous n’aimons pas avoir tort !).

Un autre souci réside dans le biais de confirmation. Concrètement, nous avons tendance à être plus attentifs et à accorder plus d’importance aux éléments qui confirment ce que nous pensons plutôt qu’à ce qui l’infirme.

Disons que je crois que « présenter mes excuses revient à m’agenouiller face à mon interlocuteur, au risque qu’il en profite pour m’écraser ». Si jamais par malchance l’expérience d’être écrasé quand je demande pardon venait à se produire, cela va renforcer ma méfiance, alors que je ne vais peut-être pas noter les fois où présenter mes excuses n’a pas eu cet impact. Pire, peut-être que si la personne à qui j’adresse mes excuses sourit, par exemple, je vais l’interpréter par le prisme de ma croyance : « elle éprouve du plaisir à m’humilier ». Les éléments « neutres » ou qui pourraient infirmer mes représentations sont eux-mêmes interprétés en fonction de celles-ci.

Un dernier inconvénient d’une croyance liée à des émotions désagréables est lorsqu’elle nous empêche d’adopter des comportements. Dans certains cas, reconnaître ses torts peut permettre d’apaiser la relation. Demander pardon peut aider à rétablir la communication. Souvent, les personnes qui ont des difficultés à le faire en sont conscientes, mais elles n’y arrivent pas, c’est plus fort qu’elles. Elles sont comme « bloquées ».

Autrement dit, c’est quand la croyance est « bloquante », qu’elle nous « fige », qu’il est important de travailler dessus.

Dès lors, comment faire ?

Agir sur la pensée : le recadrage de point de vue

Une manière d’assouplir une croyance « bloquante » consiste à essayer de la voir selon d’autres points de vue, de « changer le cadrage » de la réalité pour la percevoir autrement.

Pour cela, c’est d’abord important d’identifier la croyance qui nous bloque : au final, pourquoi est-ce que je n’accepte pas d’avoir tort ? Quelle est la pensée que j’associe au fait de dire que je suis désolé ? Que veut dire « avoir tort » pour moi ? En quoi est-ce mal ?

Lorsque la pensée est identifiée (par exemple « dire que j’ai tort, c’est être faible » ou « se tromper, c’est mal, il faut être sans faille »), le recadrage consiste à changer de perspective par rapport à la situation. Il y a plusieurs formes de recadrage.

Tout d’abord, le recadrage de sens : il s’agit de chercher une autre signification, de donner un nouveau sens à la situation. Par exemple, voir dans le fait de se tromper ou de reconnaître ses torts le fait de pouvoir s’enrichir, d’être plus nuancé. D’un certain point de vue, « dire que j’ai tort » est également un signe de force : il en faut, du courage, pour admettre ses torts ! De plus, ceux qui arrivent à le dire sans s’énerver ou en souffrir ont l’air vraiment plus détendus, plus « sereins » par rapport au fait de se tromper : « cela arrive à tout le monde », et pas seulement à des personnes moins « douées ». Ainsi, un comportement perçu comme négatif peut être vu comme positif.

Face à quelqu’un qui a du mal à reconnaître qu’il se trompe en dépit des preuves, on peut procéder aussi à un recadrage de point de vue. En effet, on peut penser que cet individu est « borné » ou « trop fier », « a trop d’égo » pour admettre ses torts. On peut aussi voir cela comme une force de caractère, comme un souci de ne pas se faire dominer, etc. De plus, détester d’être en tort le pousse à faire le maximum pour ne pas l’être : ainsi, il s’informe et se documente beaucoup, il réfléchit avant de parler, il prend beaucoup de précautions… Bref, plutôt que de voir la personne comme quelqu’un de « fermé », je vois en elle ses facultés à se protéger et à analyser des situations. Je prends en compte finalement ce que pourrait être son propre point de vue, les « raisons » profondes et positives de son comportement.

Pour faire des recadrages de sens par rapport à un comportement qui nous énerve ou nous bloque, il peut être utile de passer par une tierce personne, ne serait-ce que symboliquement. On peut par exemple demander observer une personne qui a l’air de penser totalement différemment de nous, ou encore lui demander son avis : « Que pense une personne qui arrive à demander pardon ? En quoi est-ce utile pour elle ? Comment se sent-elle ? Qu’y gagne-t-elle » ? On peut aussi se demander ce que penserait le Dalaï-Lama, Superman, Simone de Beauvoir ou encore la Schtroumpfette de ce comportement. Qu’en diraient-ils ? Le but est de « sortir de son cadre » de représentations pour voir la réalité autrement. On ne change pas la réalité, on change simplement le regard que l’on porte sur elle.

Une autre manière de faire du recadrage consiste à trouver des contextes dans lesquels ce comportement est positif, adapté.

C’est une force de ne pas accepter de dire « j’ai tort » lorsque j’ai raison, par exemple : je ne me fais pas influencer par des pressions ou par le groupe, je ne suis pas « conformiste ». Cela peut être très utile lorsque l’interlocuteur veut me pousser à la culpabilisation, qu’il utilise cela pour avoir l’ascendant sur moi, pour me manipuler, s’il essaie de me « mettre en tort » pour que je me sente mal à l’aise.

L’élargissement à différents contextes permet en général de comprendre la fonction utile d’un comportement ou d’une pensée. Tous les comportements ont une utilité, ils ne sont pas « mauvais » dans l’absolu. Souvent ils ont une raison d’être. Pouvoir reconnaître que nos pensées « bloquantes » ne sont pas totalement irrationnelles en toute circonstance est un pas pour mieux les accepter également. C’est difficile de « forcer » des changements radicaux, surtout s’ils vont à l’encontre de quelque chose qui nous semble adapté et opportun.

En guise de prolongement, notons que l’acceptation (« l’accueil bienveillant ») d’une pensée « stressante » fait aussi partie du travail des thérapies de pleine conscience, notamment. On sort alors d’une réactivité et de la « pensée automatique », des ruminations ou de la « lutte » pour éviter les pensées qui nous crispent. Je peux observer et accueillir ma tendance à éviter de reconnaître quand je me trompe, sans reproche envers moi-même. C’est là, et c’est ok.

Croyances et émotions : la rationalisation

Un pas plus loin par rapport au recadrage, la rationalisation. Cette méthode a été opérationnalisée notamment en thérapies cognitives et comportementales. Il s’agit de noter la situation qui nous met en tension, qui nous stresse, nous met en colère ou nous fait peur. Après cela, il s’agit d’identifier la pensée « automatique » liée à cette situation (exemple : « si je présente mes excuses, je vais me faire humilier injustement »). Ensuite, de noter l’émotion (ou les sensations physiques) vécue(s) sur le moment, ainsi que son intensité sur 10 (par exemple, la colère à 8/10). La rationalisation vient après : il s’agit de noter tous les faits et tous les recadrages qui vont à l’encontre de cette pensée automatique.

Par exemple, la proportion des fois où présenter ses excuses n’a pas impliqué une humiliation (cela n’est arrivé qu’avec une certaine personne, par exemple), le fait que la personne en face de soi ne nous a jamais humilié auparavant, que d’autres personnes ont déjà admis leur tort avec lui ou elle et qu’ils n’ont pas été rabaissés, etc. Bref, il s’agit de lister tous les éléments qui font que notre pensée initiale reste probable, mais qu’en fait elle n’est qu’une possibilité parmi d’autres. Enfin, il s’agit de noter l’émotion qui en résulte et son intensité sur 10 (par exemple, la colère à 6/10). C’est donc aussi une manière de réduire la réactivité émotionnelle liée à la pensée automatique.

Situation Pensée automatique (si identifiée) Sensations physiques, émotions (/10) Rationalisations Sensations, émotions (/10)

Pour que la rationalisation fonctionne, elle doit être répétée régulièrement. En effet, une pensée « automatique » ne « s’efface » pas. Au début, c’est un effort de la nuancer avec des faits, tout en abaissant un peu la charge émotionnelle. Ce n’est qu’avec de la pratique que l’on développe d’autres automatismes de pensée parallèles.

Agir sur les comportements : les règles antidote (comportements)

Une autre manière d’assouplir ou de nuancer une croyance « bloquante » consiste à identifier des changements de comportements concrets et réalisables qui vont à l’encontre de nos pensées « bloquantes ».

Ainsi, si je me dis que « demander pardon » implique un danger, je peux me fixer l’objectif de demander une fois « pardon » à une personne en qui j’ai confiance si j’en ai l’occasion.

Si cela est trop difficile, cela peut passer par des étapes intermédiaires : je m’esseule afin de ne pas envenimer la situation en rejetant les torts sur l’autre, je lui demande pardon par écrit si je me sens mal à l’aise en face à face, voire j’écris mon ressenti pour moi-même sans le lui communiquer dans un premier temps. D’autres pistes consistent à se dire que l’on se pardonne soi-même, à refuser de culpabiliser d’être en tort, à se dire que « les erreurs arrivent à tout le monde », etc. Il est également possible de tenter la dérision, par exemple.

Ces micro-changements sont autant de « prises de risques » et de « petits pas » qui peuvent amener à récupérer du pouvoir d’agir. En prenant l’habitude progressive d’agir autrement, nous pouvons avoir un impact sur notre représentation du monde : « finalement, j’arrive à reconnaître mes torts, à les communiquer, et il ne m’arrive rien de grave ensuite (voire cela a un effet positif sur certaines de mes relations) ». L’idée est de se créer des opportunités de réussite.

Pour reprendre l’illustration de la conduite automobile, c’est comme reprendre la route après un accident de voiture, petit à petit. Ce n’est pas que conduire n’est pas risqué, c’est que ce n’est pas que dangereux.

Si l’image est traumatique, il faudra peut-être passer par une thérapie, mais dans le cas contraire, la personne va pouvoir observer que les accidents n’arrivent heureusement pas tous les jours, et qu’un certain nombre de trajets se fait sans encombre.

Prolongements : croyances, valeurs et identité

Dans l’apprentissage, l’imitation a un rôle fondamental. Il arrive que certaines croyances soient liées à des valeurs, voire à une identité partagée. Par exemple, dans des familles, « ce n’est pas bien de pleurer », « il faut être fort » ou encore, dans le cas étudié, « demander pardon est un signe de faiblesse ». Sans être dit de manière explicite, cela peut se manifester à travers les comportements d’un parent ou autre. De ce fait, l’enfant peut développer cette croyance en lien avec toute une vision du réel et des comportements à adopter dans le monde.

Ce type de croyance est d’autant plus ancré qu’il touche aux valeurs et à l’identité de la personne. Ce n’est pas difficile de remettre en cause une croyance fausse si celle-ci ne nous touche pas. Par exemple, la plupart d’entre nous peut admettre qu’il n’y a aucun risque de tuer un somnambule en le réveillant. Par contre, si une croyance est telle qu’elle nous fait adopter un certain comportement au quotidien, nous aurons beaucoup plus de mal à la remettre en cause…

Par conséquent, cela peut être intéressant d’effectuer un travail individuel sur les capacités et les valeurs que supposent un comportement. Par exemple, la volonté de ne jamais être en tort peut correspondre à des capacités de pensée autonome, de « force de caractère » ou encore de prudence. Tout cela n’est pas neutre par rapport à l’image que nous voulons communiquer ou que nous avons de nous-même (des composantes de notre « identité ») : puis-je garder un « caractère fort », une « pensée autonome » et puis-je « rester prudent » tout en apprivoisant les situations où je commets des erreurs ?

La colère est bien présente (et fréquente) au travail

Certaines approches sont inopérantes pour gérer les tensions au travail : prétendre qu’il n’y a pas de problème jusqu’à ce qu’il devienne incontournable, souligner et dramatiser toutes les difficultés ou encore chercher un bouc émissaire pour ne pas se responsabiliser.

Ces dynamiques focalisent l’attention sur les dysfonctionnements et induisent souvent une ambiance de méfiance.

Colère au bureau

Vous vous mettez en colère deux fois par jour au boulot

La colère est l’une des émotions les plus fréquentes dans les organisations (Scherer & al., 2004) et peut être générée par la manière de recruter le personnel, par les évaluations de performance, par les licenciements et par la manière insultante de demander quelque chose.

L’usage abusif du pouvoir par un manager ainsi que la perception de négligence par rapport à ce que les employés ressentent constituent d’autres sources habituelles de colère au travail.

En moyenne, un individu se met deux fois en colère sur une journée de travail (Terrafemina, 2013).

La colère comme indicateur

Parfois, cette colère cache de l’anxiété, lorsqu’un individu pense perdre le contrôle, se sent jugé par rapport à son rôle, manque de clarté par rapport à la définition de son rôle ou fait face à des changements organisationnels (Lazarus & Cohen-Charash, 2001). Dans ce contexte, les individus semblent parfois honteux d’exprimer leur anxiété (qui signale une évaluation de perte de contrôle), et la transforment en colère (qui signale une évaluation de contrôle sur les événements).

Garcia-Prieto & al. (2005) expliquent que les individus qui attribuent la causalité de situations négatives aux autres (hétéro-attribution) seraient plus enclins à blâmer leurs collègues pour l’échec et à rapporter de la colère, que ceux qui s’auto-attribuent la causalité de situations problématiques. Ces derniers ressentent plus fréquemment de la culpabilité, colère tournée contre eux-mêmes. D’autres études indiquent que les supérieurs hiérarchiques ont davantage de légitimité à exprimer leur colère que leurs subordonnés, qui peuvent la cacher et la ruminer longtemps (Tiedens, 2000 ; Lewis, 2000).

En somme, une colère peut renfermer des informations précieuses sur des dimensions à améliorer aux niveaux interpersonnels, mais aussi dans un climat d’équipe, voire au niveau organisationnel.

Décoder les émotions, dans Canal et compagnie

Le 3 novembre 2014, Christelle Lacour (Formatrice à l’Université de Paix) était présente sur le plateau de l’émission Canal et compagnie (Canal Zoom et Canal C) pour parler du décodage des émotions. Elle est intervenue en seconde partie d’émission.

Malheureusement, cette vidéo n’est plus hébergée sur le site de Canal C / Canal Zoom. Celle-ci ne nous appartient pas, et donc nous n’avons pas a priori l’autorisation de les héberger nous-mêmes. Nous allons demander aux chaines de télévision s’il n’y a pas de souci à cela ou si elles sous-traitent la gestion de leurs archives. En attendant, il n’est donc malheureusement plus possible de visionner cette vidéo.

 

> Pour (re)voir la vidéo

Que faire avec les émotions ?

Un article rédigé par Christelle Lacour, initialement publié dans le trimestriel de l’Université de Paix, en 2010.

« Il n’y a pas de raison de s’énerver pour ça ! »

Cette phrase, vous l’avez peut-être déjà entendue… L’émotion n’est pas toujours acceptée. « Pense à autre chose ! », « Arrête de te plaindre ! », « Si tu avais fait ce que je t’avais conseillé, tu ne te serais jamais mise dans des états pareils ! », etc. Autant de réactions qui peuvent être difficiles à accueillir, quand je me sens mal.

Or, les théoriciens de l’émotion (tels que Goleman ou Filliozat) vous le diront : l’émotion est utile ! Elle est le signal animal (envoyé à mon corps par des sensations physiques), qui m’indique qu’un de mes besoins est (joie) ou n’est pas (peur, colère, tristesse) satisfait. Tenter de minimiser le ressenti, ou de le nier ne fera que reporter le problème : les sensations persisteront tant que le besoin n’aura pas été satisfait. A terme, mon corps risque de développer une maladie, pour qu’enfin cet appel soit entendu…

Souvent, le langage non verbal dit d’ailleurs davantage sur moi que le message verbal que je transmets : certains auteurs parlent de 80% de l’importance d’une communication accordée au langage du corps, et donc à l’émotion. C’est ainsi que si je dis « Je suis d’accord avec toi » en hochant la tête de gauche à droite, les sourcils froncés, les lèvres vers le bas et les bras croisés, ce n’est pas tellement ce que j’ai verbalisé qui constitue l’essence de mon message, mais bien la manière dont je l’ai dit.

Voir aussi :

Quand la machine à penser s’en mêle…

Le jugement est une émotion exprimée maladroitement. Le problème du jugement, c’est qu’il donne peu d’informations sur les faits qui en sont à l’origine, et sur les émotions suscitées par les faits en question. Ainsi, si je dis « Tu es égoïste » à mon amie, je lui donne moins d’informations que si je lui explique : « Tu ne m’as plus appelée depuis une semaine et je suis déçu ».

Inversement, « Je vois que tu râles ! » constitue un message risqué. Je ne peux ni voir, ni sentir (dans mon corps) ce que l’autre ressent. Je peux penser qu’il râle. Il reste que cette pensée est à vérifier. Si je persiste à croire sans savoir, je risque de créer malentendus et conflits, et mon interlocuteur finira sans doute par vraiment râler de se voir attribuer des émotions qu’il ne ressent pas ! D’ailleurs, quels sont les faits qui me font penser que l’autre râle ? Je pourrais plutôt dire : « Tu as les sourcils froncés et tu te tais depuis au moins 10 minutes. Je suis inquiète … Est-ce que tu râles ? »

L’intérêt de vérifier les émotions de l’autre est d’autant plus grand que nous n’exprimons pas les émotions de la même façon (« Ah, c’est ça, ta tête quand tu es énervé ? »), et nous ne ressentons pas forcément les mêmes émotions dans les mêmes situations (« Toi le retard du train t’énerve, moi ça m’angoisse. J’ai peur d’arriver trop tard au boulot »).

Par ailleurs, la confusion est rapide entre mes pensées et mon ressenti. Des expressions telles que « Je me sens nul ! » ou « Je me sens abandonnée. » sont autant de jugements déguisés en émotions. Chassez le mental, il revient au galop ! La question que je peux alors me poser est : « Comment je me sens quand je pense que je suis nulle / que tu m’abandonnes ? »

Que faire de toutes ces sensations désagréables ?

La plupart des auteurs recensent 4 émotions de base : peur, colère, joie et tristesse. Certains évoquent la surprise et le dégoût comme des émotions distinctes des 4 précédemment citées.

La peur serait liée au besoin de sécurité, la colère au besoin de respect et/ou de justice (changer ce que je peux changer dans mon environnement), la tristesse au besoin d’acceptation (faire un deuil, donc changer ma vision intérieure des choses, si je ne peux pas changer mon environnement), et la joie à tous les besoins qui sont exprimés ou comblés (l’expression suffit parfois).

La chaleur monte, mon estomac est noué, mon rythme cardiaque s’accélère… Si je décode efficacement mon émotion, je pourrai mettre un mot dessus : « Euh, je suis fâché ! » Fâché pour quoi ? Qu’est-ce que je peux faire concrètement pour apaiser cette émotion ? En parler ? La faire sortir en hurlant ? Me relaxer pour la canaliser ? Trouver un moyen d’obtenir satisfaction de mon besoin ? Toutes ces solutions sont pertinentes, selon le contexte, le temps et l’énergie que je souhaite mettre dans la gestion de mon émotion. Ce qui est certain, c’est que, comme nous l’avons expliqué plus haut, contrairement à l’idée reçue, une émotion n’est ni « négative » ni « positive ». Elle peut être agréable ou désagréable au niveau des sensations, et dans tous les cas il est précieux de l’accepter, de l’exprimer et de la reconnaître… à un moment ou à un autre.

A moi de choisir le moment qui convient le mieux. Le repli est une stratégie intéressante si je risque d’exprimer mon émotion d’une manière qui sera dommageable pour la relation. L’idée est de partir pour mieux revenir. Dans ce laps de temps, je peux clarifier mon émotion, comprendre ce qui m’a mis dans cet état, chercher des moyens de satisfaire les besoins qui n’ont pas été rencontrés, etc. Je peux aussi en profiter pour gérer corporellement les sensations qui me traversent : hurler dans le fond du jardin, écrire tout ce qui me vient en tête et chiffonner, déchirer, brûler mon écrit, effectuer un exercice de relaxation, taper dans des coussins,… tout ce qui me fait du bien et m’aide à sortir cette énergie qui ne demande qu’à s’exprimer. Je reviendrai dans une autre énergie vers l’autre, et j’augmenterai mes chances de gérer positivement le conflit qui nous oppose.

Ouf ! Pas facile de savoir comment réagir aux émotions de l’autre !

D’abord, je vérifie que je suis disponible pour écouter l’autre dans ce qu’il vit. Si je ne suis pas disponible, je peux fixer un autre moment d’écoute. Si la demande de l’autre est insistante et qu’il n’entend pas mes limites, je peux me désynchroniser. Je vais alors adopter une gestuelle opposée à celle de mon interlocuteur : s’il me regarde, je détourne le regard, s’il se rapproche, je m’éloigne, s’il ouvre les bras, je les ferme, s’il est assis, je reste debout,… jusqu’à ce qu’il cesse de me raconter ses difficultés.

A l’inverse, si je suis disponible, je peux inviter mon vis-à-vis à parler, tout en l’encourageant à exprimer ses émotions : « Tu as le droit de pleurer ! ». Une gestuelle ouverte, apaisante, empathique favorisera l’accueil de son vécu. Je peux adopter le même type de gestes que lui (donc me synchroniser), m’asseoir à côté ou face à lui, le regarder, hocher de la tête, …

Ce qui est important, c’est de prendre le temps de reconnaître l’émotion, plutôt que de la condamner (« C’est bête de stresser pour ça ! »), d’y trouver tout de suite une solution (« A ta place, je ferais ça, ça ira mieux, tu verras… ») ou de faire diversion (« Allez, ça va aller, change-toi les idées. Tiens, j’ai une blague pour toi… »). Selon mes objectifs et ma disponibilité, je peux : écouter mon interlocuteur en silence, reformuler son message (« Donc si je comprends bien… »), émettre une hypothèse sur son émotion (« …Et tu es découragé ? »), etc. Dans tous les cas, je peux à la fois écouter, entendre, accueillir ce que l’autre ressent, et en même temps ne pas être d’accord et dire « non » à ce qu’il me demande.

Conférences 2012-2013

> Inscriptions

> Plus d’infos : Conférences 2012-2013 de l’Université de Paix (PDF)

L’Université de Paix propose un cycle de conférences à raison d’un mardi par mois, à 19h30. Cliquez ci-dessous sur le nom d’une conférence pour en dérouler son contenu. Si vous désirez découvrir le profil et l’expérience de chacun des intervenants, vous pouvez consulter notre page « formateurs ».

16/10/2012 - Café Philo (*) : La violence peut-elle avoir raison ? (réf. 3254)

Par Brice Droumart, le mardi 16 octobre 2011 à l’Université de Paix.

En partenariat avec le CAL du Brabant-Wallon

Violence et raison semblent s’exclure l’une l’autre. Il faudra donc nous prononcer sur cette exclusion : est-elle indépassable ou ne s’agit-il que d’une contradiction apparente ? On entend des justifications du recours à la violence : la violence serait un mal nécessaire en vue d’instaurer un ordre plus humain. Est-il donc légitime, nécessaire et/ou inévitable de recourir à la violence pour lutter contre les violences existantes ? La contradiction est-elle indépassable ? Comment combattre la violence, si elle est proprement illégitime mais aussi
sans rapport avec la raison et donc échappant aux prises de la raison ? L’atteinte à l’homme comme sujet ou la destruction partielle ou totale de l’homme vu comme objet peuvent-elle être justes et justifiées par la raison ? Est-il possible de trouver des raisons qui légitiment le recours à la violence ?

Prix d’entrée : 5 euros
Prix étudiant, chômeur : 3 euros

13/11/2012 - Construire une école citoyenne (réf. 3258)

Par Jean-Luc Tilmant, le mardi 13 novembre 2012 à l’Université de Paix.

Article 27Depuis des dizaines d’années, notre société bascule lentement vers un fonctionnement de plus en plus individualiste entraînant dans son sillage de nombreux acteurs de l’école qui revendiquent leurs droits en laissant les devoirs et les responsabilités aux autres.
Cette conférence voudrait apporter un regard neuf sur le fonctionnement archaïque et pyramidal de l’école en jetant les bases de la construction d’une nouvelle institution qui centre son fonctionnement sur les bénéficiaires. L’école citoyenne constitue une des alternatives du changement en créant, dans la négociation et la communication, les lois et les règles avec tous les acteurs de l’école. Et si l’école devenait un forum où se mêlent plaisir, responsabilité et apprentissages ?

Prix d’entrée : 10 euros
Prix étudiant, chômeur : 7 euros

11/12/2012 - La science et les méthodes utilisées dans la série « Lie to me » expliquées (réf. 3266)

Une introduction à la lecture et la compréhension des émotions, de la vérité et du mensonge, par Arnaud Blavier, le mardi 11 décembre 2012 à l’Université de Paix.

Cette conférence, approuvée par Paul Ekman, a pour but de :

  • Clarifier et/ou démystifier certaines croyances concernant la détection du mensonge.
  • Tester l’habilité des personnes à voir les micro-expressions sur le visage et aborder leurs rôles par rapport aux émotions.
  • Introduire le modèle psychologique derrière les mensonges.
  • Établir la contribution que peuvent avoir ces compétences de lecture et d’interprétation dans le cadre du travail (et de la vie privée aussi).

La conférence est organisée de manière vivante grâce à de nombreuses interactions et tests.

Prix d’entrée : 15 euros
Prix étudiant, chômeur : 12 euros

22/01/2013 - Café Philo (*) : S’engager pour qui, pour quoi ? (réf. 3302)

Par Brice Droumart, le mardi 22 janvier 2013 à l’Université de Paix.

En partenariat avec le CAL du Brabant-Wallon

Si comme le dit Sartre « l’existence précède l’essence » alors il nous faut agir. Mais cela implique le risque de l’erreur ou de la mauvaise action. Comment réguler ses actes pour allier vie bonne pour soi et pour les autres ? Si l’action est le moteur de nombres de philosophies, quelles en sont les pistes de réflexion et que nous offrent-elles à penser ? La morale kantienne, avec son « impératif catégorique », reste encore aujourd’hui le système de valeurs dominant en Europe. Comment l’expliquer ? Pourquoi s’engage-t-on ? Certains s’engagent en politique, d’autres ont des projets humanitaires,… Dans quel but ? Qu’est-ce qui peut amener un individu à se mettre au service des autres ou d’une cause ? D’où nous vient cette culture de l’agir et qu’implique-t-elle ? Et si l’action implique la liberté, serions-nous, comme le pensait Sartre, condamnés à être libre ? Plus loin, tous les moyens sont-ils acceptables pour défendre ses engagements ? Quel recours à la violence et comment le justifier?

Prix d’entrée : 5 euros
Prix étudiant, chômeur : 3 euros

26/02/2013 - Diriger selon le mode sociocratique de gouvernance (réf. 3309)

Par Jean-Luc Gilson, le mardi 26 février 2013 à l’Université de Paix.

Article 27Développer un nouveau leadership : partager le pouvoir sans le perdre. Les recherches des cinquante dernières années ont démontré que la collaboration active des partenaires à un projet est justement le principal facteur de sa réussite.
L’étude des systèmes auto-organisés a permis de cerner les fonctions d’un chef compétent pour susciter cette collaboration. Il établit une structure de communication qui donne un poids équivalent à tous les collaborateurs dans le processus de prise de décisions. De cette façon il partage le pouvoir sans le perdre.
La formalisation de ce mode de gouvernance est maintenant connue sous le nom de Sociocratie (le pouvoir du « socios », de l’intelligence collective). Son implantation met non seulement un terme aux conflits traditionnels inutiles entre les gestionnaires et les travailleurs, il crée des espaces de liberté et de responsabilisation qui mettent en valeur la vraie richesse des organisations : le capital humain.

Prix d’entrée : 10 euros
Prix étudiant, chômeur : 7 euros

26/03/2013 - Médiation et créativité (réf. 3316)

Par Silvia Casanovas Danès, le mardi 26 mars 2013 à l’Université de Paix.

Article 27Silvia Casanovas nous propose de « revisiter » la médiation sous l’angle de la créativité.
Elle nous fera visiter virtuellement sa Galeria de Mediacio, un espace de création et de diffusion d’outils pour la résolution de conflits. Un endroit où l’on joue avec les idées, les métaphores, les objets, les images, les symboles,…
Un lieu de créativité où l’on développe de nouvelles manières de faire et de dire…

Prix d’entrée : 7 euros
Prix étudiant, chômeur : 5 euros

24/04/2013 - L’estime de soi, cadeau qui donne des ailes à la vie (entrée libre, à Arlon)

Par Bénédicte de Gruben (Université de Paix au Luxembourg), dans le cadre de la réunion de la régionale luxembourgeoise de l’UFAPEC, en collaboration avec les associations de parents des écoles fondamentales de l’INDA et Saint-Bernard à Arlon (Infos sur le site de l’UFAPEC).

Appréhender le concept de l’estime de soi et ses 4 composantes : sécurité, identité, appartenance, réussite. Montrer les attitudes qui favorisent le développement de l’estime de soi.

Où : Salle polyvalente INDA, 21 rue Netzer à 6700 Arlon.

Organisation : AP des écoles fondamentales St Bernard et de l’INDA (voir l’affiche en pdf).

Paf : entrée libre, bienvenue à tous.

30/04/2013 - La discipline, un jeu d'enfants! (réf. 3320)

Par Brigitte Racine (Canada), le mardi 30 avril 2013 à l’Université de Paix.

Article 27Venez découvrir la MÉTHODE ÉDUCOEUR et pratiquer une discipline positive auprès d’enfants et d’adolescents grâce à des moyens simples, efficaces et éprouvés par des milliers de parents et d’éducateurs.

  • En avez-vous assez de répéter, menacer ou élever la voix sans obtenir de collaboration ?
  • L’avenir de vos enfants est-il une préoccupation ?

Quels sont les moyens afin d’arriver à…

  • Obtenir leur collaboration…
  • Leur apprendre à réparer les torts au lieu de punir…
  • Les accompagner à devenir autonomes et responsables…
  • Instaurer une discipline qui favorise le développement de l’estime de soi : le plus grand facteur de protection contre les conduites à risque à l’adolescence (abandon scolaire, abus de drogues, suicide,…)

Prix d’entrée : 10 euros
Prix étudiant, chômeur : 7 euros

28/05/2013 - Le harcèlement à l’école : comprendre, identifier, agir (réf. 3324)

Par Alexandre Castanheira, le mardi 28 mai 2013 à l’Université de Paix.

Article 27Intimidation, (cyber)harcèlement, bouc émissaire, souffre-douleur, brimades, moqueries, rejet social, … les mots ne manquent pas pour désigner les diverses formes de violences à l’école. Pourtant en ce qui concerne le harcèlement, le phénomène est souvent sous-estimé, voire ignoré ou passé sous silence, alors que ses conséquences psychologiques, sociales et scolaires peuvent s’avérer graves.

Aujourd’hui de nombreuses enquêtes à travers le monde affichent pourtant un pourcentage de victimes de harcèlement à l’école allant de 6 à 15% des enfants et des adolescents. Que faire ? Comment appréhender ce phénomène ? Comment l’identifier ? Comment agir ? Comment le prévenir ?

En se basant sur diverses initiatives et les dernières enquêtes en la matière, cette conférence vous permettra d’approcher le harcèlement en milieu scolaire sous 4 angles : comprendre, identifier, prévenir et intervenir.

Prix d’entrée : 7 euros
Prix étudiant, chômeur : 5 euros

(*) Nouveau : en 2012-2013, découvrez deux Cafés Philo, en partenariat avec le CAL du Brabant-Wallon.

Les « Cafés philo » offrent un lieu de rencontre entre des personnes qui souhaitent échanger sans tabous et dans une ambiance décontractée, autour d’un verre. Loin du tumulte du débat, le « café philo » est avant tout un espace démocratique organisé au sein duquel il n’est pas question de convaincre mais de chercher ensemble. Il amène, par le questionnement de chacun, à faire progresser le raisonnement et le questionnement de tous. Se questionner ensemble impose évidemment quelques règles, une éthique communicationnelle. Il faut, en effet, être prêt à accepter que l’autre puisse avoir raison. Il s’agit, dans le respect et l’écoute, de mettre en doute, mais pas de protester, de couper la parole ou d’attaquer la personne sur ses convictions. Il s’agit bien de partager et d’apprendre.

Le prix des conférences est de 5 à 15€ (3 à 12 € pour les étudiants ou chômeurs) en fonction des honoraires des intervenants extérieurs. Certaines de nos conférences sont accessibles aux conditions Article27. Les prix exacts figurent dans le pdf détaillé des conférences, ci-dessous.

> Plus d’infos : Conférences 2012-2013 de l’Université de Paix (PDF)

> Inscriptions