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Suite à l’appel lancé dans le numéro 139 de notre revue, vous êtes plusieurs dizaines à nous avoir donné votre avis quant à l’avenir de ce périodique, et plusieurs d’entre vous ont renouvelé leur cotisation « membre ».

Périodique trimestriel

À celles et ceux avec qui nous avons pu prendre contact par téléphone ou par mail, nous vous disons encore un grand « merci » pour cela. À celles et ceux à qui nous n’avons pas pu témoigner individuellement de notre reconnaissance, nous vous remercions chaleureusement.

Vos retours nous sont utiles dans la réflexion quant à l’avenir de la revue.

La plupart des répondants ayant manifesté un attachement à ce support, et dans l’optique de continuer à remplir notre mission de communication des connaissances et de sensibilisation, nous allons maintenir ce canal tout en rationalisant les dépenses qui y sont liées.

En corollaire, nous supprimons le principe « d’abonnement » (dans les faits, plusieurs personnes reçoivent déjà ce support sans être abonnées), et encourageons davantage les dons et cotisations « membre » individuelles volontaires.

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Des outils de prévention face au harcèlement scolaire

Dans le cadre de mon travail de fin d’études et de mon futur métier d’institutrice primaire, je me suis penchée sur la question de la prévention du harcèlement scolaire. Après une semaine de stage à l’Université de Paix, certains éléments me sont apparus essentiels à mettre en place en classe et certaines notions importantes à connaître.

Par Marie Verniers.

La pyramide de prévention

La première notion qui me paraît importante à définir à la suite de ce stage est la notion de la prévention. Pour mieux la comprendre, il faut se pencher sur la pyramide de prévention établie par Joan Deklerck.

Travailler le relationnel à l’école : au-delà des mesures « curatives »

Afin de prévenir efficacement le harcèlement, il faut partir de la base et faire de la prévention dite « indirecte » en travaillant sur le bien-être, en organisant le temps scolaire et en posant un cadre de vie et une cohésion de groupe. Ensuite, nous retrouvons la prévention directe, qui travaille sur le bien-être avec un focus sur l’empathie, les émotions, l’estime de soi… ainsi que sur la sensibilisation au harcèlement. Enfin, la résolution de problèmes correspond elle aussi à un niveau de prévention indirecte. A ce niveau-là, il est déjà trop tard pour faire de la prévention, car il s’agit de régler ce qui est déjà présent. Malheureusement, souvent, les personnes décident d’intervenir en urgence lorsqu’une situation de harcèlement est déjà présente et bien installée. Il est donc important de travailler cette pyramide en ne négligeant pas les niveaux inférieurs.

Les jeux coopératifs

Ceux-ci constituent un deuxième point important, car ils permettent d’établir la confiance au sein d’une classe. Il y a plusieurs étapes nécessaires aux jeux de coopération : je m’exprime, j’écoute, je prends ma place, j’ai des qualités, je vis la confiance et je vis la coopération. J’ai pu suivre une journée de formation sur les jeux de coopération.

Voici un exemple d’activité pour vivre le « j’ai des qualités ». Chacun réfléchit à une situation où il a été fier de lui. Ensuite, il se choisit deux qualités pour cette situation à l’aide d’une série de mots. On place les élèves deux par deux afin qu’ils se racontent leur situation. Le binôme choisit alors deux qualités par rapport à cette situation et compare avec l’autre pour voir s’ils ont choisi les mêmes. Cela permet de prendre conscience de ses qualités (celles que je me reconnais, mais aussi celles que les autres perçoivent de moi).

Au vu de ces jeux coopératifs, je pense les réutiliser et mener une activité de chaque type. J’ai déjà eu l’occasion de mener l’activité décrite en deuxième primaire. Les élèves ont tout de suite été captivés par l’activité. Ils étaient fiers de pouvoir expliquer une de leurs qualités à travers une situation réelle. Pour certains, il a été nécessaire de le guider en leur posant des questions. J’ai par exemple demandé : « As-tu déjà aidé les autres ? As-tu déjà surmonté une de tes peurs ? »

Les émotions

Illustrations extraites de « la couleur des émotions »

Grâce à la formation « Graines de médiateurs » et mon observation sur le terrain, je me suis rendu compte que les émotions sont importantes et fort présentes autour de nous et des enfants.

Une activité qui est proposée est la « météo des émotions ». Il s’agit à chacun d’exprimer son émotion du jour. On peut le faire à l’aide de gestes, d’images, ou de cubes de couleur. Pour les gestes, par exemple, je trouve que cela est plus facile pour des petits, car ils ne doivent pas nommer leur émotion à l’aide des mots : peur, joie, tristesse et colère. Ils doivent simplement montrer s’ils se sentent bien (bras en l’air), bien mais un peu fatigués (mains sur les épaules), un peu stressés/quelque chose ne va pas (mains sur le ventre) ou si ça ne va pas du tout (mains sur les pieds).

Cela se déroule les yeux fermés afin de ressentir au plus profond de nous comment on se sent. Ensuite on ouvre les yeux et on regarde comment se sentent les autres. Il est alors intéressant d’interroger ceux qui ne vont pas bien sur le « pourquoi ». Ceux qui veulent peuvent alors expliquer pourquoi ils se sentent comme ça. Ce genre d’activité permet aux enfants de prendre conscience de leurs propres émotions, mais aussi de celles des autres et d’éprouver de l’empathie.

J’ai déjà pu tester la météo des émotions à l’aide des gestes. Les élèves avaient plus de facilités à faire les gestes plutôt que mettre des mots. Effectivement, pour certains, c’était difficile d’exprimer à l’aide d’une émotion. Je n’ai pas hésité à demander, à ceux qui voulaient, d’expliquer leur émotion.

J’ai également changé la façon de faire en leur proposant de « déposer » leur(s) émotion(s). Il s’agit de la même chose que les cubes de couleurs, sauf qu’ici, j’ai utilisé des bouteilles à remplir de morceaux de laine de couleurs. Au début de journée, les élèves déposent la couleur de leur(s) émotion(s) dans la bouteille correspondante. Cela me permet, ainsi qu’aux élèves, de voir la météo générale de la classe. Avec cela, je peux adapter ma façon de donner cours pendant la journée en privilégiant, par exemple, des activités de rupture s’ils sont forts en colère.

Illustrations extraites de « la couleur des émotions »

Mon avis

Cette semaine de stage, m’a permis de découvrir toutes les facettes du harcèlement et de sa prévention. Je repars surtout avec des expériences enrichissantes à réutiliser en classe. Cette semaine, m’a également donné l’envie d’approfondir mes connaissances et mes expériences.

En réutilisant déjà certaines activités, je me suis rendu compte que les élèves étaient forts impliqués et ouverts à toutes ces propositions. Je suis d’ailleurs déçue de ne pas avoir pu suivre plus de jours de formation. Je n’hésiterais donc pas à m’inscrire, plus tard, à une formation complète et à en parler à mes futurs collègues afin de, pourquoi pas, avoir un projet contre le harcèlement dans l’école !

Conseil académique : 4 dossiers thématiques

Conseil académique : 4 dossiers thématiques pour comprendre et agir en gestion de conflits et en éducation à la paix

Le Conseil académique de l’Université de Paix est un groupe de réflexion interdisciplinaire travaillant sur les thématiques de la gestion de conflits, la prévention de la violence et l’éducation à la paix. Entre 2015 et fin 2016, trois groupes de travail ont réalisé quatre dossiers thématiques.

Lors de la première réunion plénière de septembre 2015 du Conseil académique renouvelé, un fonctionnement en trois sous-groupes de travail a été acté. Ces sous-groupes travaillent respectivement sur des thématiques :

  • Liées à l’enfance, et plus spécifiquement au développement émotionnel de l’enfant ;
  • Liées à l’adolescence, et plus spécifiquement, d’une part, à la radicalisation violente à cette période de la vie, et d’autre part, à la question du cyber-harcèlement ;
  • Liées à l’âge adulte, en l’occurrence en tant que manager en milieu professionnel.

Fin 2016, les réunions de ces trois groupes de travail ont débouché sur trois publications diffusées au grand public. Vous avez pu en lire des résumés succincts dans de précédents numéros de cette revue. Les dossiers complets sont disponibles gratuitement sur notre site internet www.universitedepaix.org. Trois nouveaux axes thématiques ont également été lancés pour 2016-2017.

Dossier « Quelles pistes éducatives face à la radicalisation ? »

En lien avec la mission de prévention de la violence de l’Université de Paix, le groupe de travail « Adolescence » du Conseil académique en gestion de conflits et en éducation à la paix a choisi de s’intéresser au phénomène de la radicalisation. Suite aux travaux du Conseil académique sous la présidence de Charles Van der Vaeren (Cf. La collection « Les cahiers de l’Université de Paix », Cahier 2 (Alain Grignard, 2004), Cahier 3 (Charles Van der Vaeren, 2005), Cahier 7 (2008)), nous avons choisi d’aborder ce phénomène quasiment indépendamment de sa dimension religieuse. L’intention du groupe était également de ne pas tant s’attarder sur une étude du phénomène (thème largement abordé par des experts dans différents domaines) que sur les pistes éducatives qui permettent de prévenir les dérives violentes de différentes formes de désaffiliation sociale.

Dans ce dossier de 22 pages, nous nous focalisons sur les phénomènes de radicalisation extrémiste, en tant que ceux-ci supposent la légitimation d’une certaine forme de violence et le rejet du pluralisme. Notons que nous avons également choisi de traiter ce thème indépendamment de sa dimension religieuse (par rapport à cette question, nous renvoyons aux Cahiers de l’Université de Paix, disponibles aussi gratuitement en ligne sur notre site). La question qui nous occupe est la suivante : comment certains jeunes en viennent-ils à cautionner une certaine vision positive de la violence, voire à passer à l’acte violent ? Comment faire face à ce phénomène ? Quelles pistes de prévention, au niveau du développement du vivre-ensemble ? Quelles pistes de prise en charge dans le cadre scolaire ?

Plan du dossier

  • Introduction
  • Radicalisation et violence : définition de la problématique
  • Une approche globale de la prévention
  • Agir sur les croyances et représentations des adultes
  • L’adolescence comme quête et comme « passage », avec un rapport au corps et au risque
  • Des jeunes « désaffiliés »
  • Un système de croyances et une logique paranoïde
  • Internet et la radicalisation
  • Prolongement : des lieux d’échanges et d’« intervision » entre adultes
  • Bibliographie

Lire le dossier : https://www.universitedepaix.org/la-radicalisation-quelles-pistes-educatives

La radicalisation : quelles pistes éducatives ?

Dossier « Le management émotionnel »

En lien avec la mission de formation d’adultes en gestion de conflits de l’Université de Paix, le groupe de travail « Âge adulte » du Conseil académique en gestion de conflits et en éducation à la paix a choisi de s’intéresser au phénomène du management émotionnel.

Dans ce dossier de 30 pages, nous définissons le management émotionnel comme étant assimilable aux aptitudes du manager à prendre en compte les émotions dans le pilotage d’une équipe de travail. Il s’agit de gérer une équipe en faisant preuve d’une capacité à utiliser les émotions d’une manière adéquate (en fonction des situations), adaptée, efficace. Autrement dit, cet article aborde plusieurs pistes pour développer un management émotionnel positif.

Est-il souhaitable de prendre en compte les émotions dans le cadre professionnel ? Quels enjeux et impacts le management émotionnel implique-t-il ? Est-ce possible, et si oui, comment ? Quelles méthodes concrètes le manager peut-il appliquer ?

Plan du dossier

  • Introduction
  • Définition et enjeux de la problématique
  • Des approches pour développer un management émotionnel efficace
    • Approches organisationnelles : un terreau porteur
    • Des approches complémentaires : travail (inter)individuel et espaces de parole partagée
    • Le « coaching émotionnel » du manager
    • Les enjeux
    • Un alignement « martial », bienveillant et dynamique
    • Les émotions et le cerveau
    • Une communication vraie
    • Vers une gestion partagée des tensions et des « nœuds » ?
    • Leadership partagé : holacratie et sociocratie
  • Conclusions et bibliographie

Lire le dossier : https://www.universitedepaix.org/dossier-le-management-emotionnel

Dossier : le management émotionnel

Dossier « Le développement de l’intelligence émotionnelle chez les enfants »

En lien avec la mission de prévention de la violence et d’éducation à la relation de l’Université de Paix, le groupe de travail « Enfance » du Conseil académique en gestion de conflits et en éducation à la paix a choisi de s’intéresser au développement de l’intelligence émotionnelle chez les enfants.

Dans ce dossier de 19 pages, nous considérons que les émotions sont quelque chose de naturel. Le groupe de travail a confirmé la vision de l’Université de Paix à leur égard, qui consiste à ne pas les voir comme quelque chose de « négatif », mais simplement comme des informations sur ce qui se passe. Elles font partie de notre intelligence en général, en ce sens qu’elles nous amènent à réagir d’une certaine manière dans différentes situations. Pour les membres du groupe, nous avons donc tous une « intelligence émotionnelle ». La question est de savoir comment la développer « positivement », c’est-à-dire d’une manière qui nous permette de nous adapter, d’agir librement, en conscience.

Plan du dossier

  • Introduction
  • Problématique
  • La place de l’enfant et de ses émotions
  • Identifier et accueillir ce que l’enfant ressent
  • Emanciper et responsabiliser vis-à-vis des émotions
  • La maîtrise de la langue en lien avec le développement de l’intelligence émotionnelle
  • Les émotions d’autrui et dans le groupe
  • Bibliographie

Lire le dossier : https://www.universitedepaix.org/intelligence-emotionnelle-des-enfants-1

Intelligence émotionnelle des enfants (1)

Dossier « Le « cyber-harcèlement » : quels sont les impacts des médias en réseaux ?

En lien avec la mission de prévention de la violence de l’Université de Paix, le Conseil académique en gestion de conflits et en éducation à la paix a constitué un Groupe de Travail autour du phénomène du harcèlement en ligne (ou « cyber-harcèlement »). De manière plus spécifique, la réflexion a porté sur les caractéristiques typiques du « harcèlement » lorsque celui-ci se déroule à travers les médias sociaux (ressemblances et différences avec le harcèlement « traditionnel »).

Dans ce dossier de 11 pages, nous considérons que la dynamique du harcèlement en ligne n’est pas fondamentalement différente de celle du harcèlement « traditionnel ». Les relations sur les médias sociaux se situent dans un prolongement des relations « hors ligne ». Elles sont, elles aussi, bien réelles. Dès lors, quelles sont les pistes de prévention, au niveau du développement du vivre-ensemble ? Quelles pistes de prise en charge dans le cadre scolaire ?

Plan du dossier

  • Définition de la problématique
  • Représentations à propos des jeunes et du cyber-harcèlement
  • Caractéristiques du web
    • Le web, ce « lieu » qui nous entoure en continu
    • Les différents « langages », « normes » et « codes »
    • Image de soi et représentation(s)
      • Nota Bene : harcèlement et estime de soi des agresseurs
    • Immédiateté et réactivité (émotionnelle)
    • Minimisation des conséquences et comportements « désinhibés »
    • Ouverture à la diversité, aux différences
  • Pistes d’intervention à l’Université de Paix
  • Prolongement : le mandat de l’adulte. (Quand) Faut-il intervenir ?
  • Bibliographie

Lire le dossier : https://www.universitedepaix.org/le-cyber-harcelement

Le cyber-harcèlement

 

« Depuis que je fais du développement personnel… »

« Depuis que je fais du développement personnel, je casse les pieds à mon entourage »

Paradoxalement, depuis que je suis des formations pour « mieux » communiquer et écouter, pour m’affirmer sans agressivité ou encore pour développer mon estime de moi-même, j’ai l’impression que certains de mes comportements agacent des membres de mon entourage.

Comment l’expliquer ?

En formation, j’ai appris par exemple à différencier les propos factuels et les interprétations. Les propos factuels décrivent la réalité extérieure, sans jugement. Ils sont dès lors indiscutables.

Dans l’image ci-dessus : « il y a trois garçons » et « un garçon est sur une chaise » sont des propos factuels. Par contre, dire « deux garçons ennuient un autre garçon » ou que « un des trois garçons a peur » sont des interprétations. Ils sont peut-être en train de jouer une pièce de théâtre, par exemple (autre interprétation possible).

Quand je suis en conflit, il arrive que j’émette des jugements en faisant des généralisations, par exemple : « tu es toujours en retard ». Ces jugements peuvent être mal perçus par mon interlocuteur. Ils le sont d’autant plus quand ils sont colorés au niveau moral : « ce que tu as fait est mauvais, ce n’est pas bien de te comporter comme cela, tu es méchant… ».

Bref, depuis que j’ai appris à distinguer les faits et les jugements, je suis plus vigilant. Je tâche de m’exprimer davantage en termes de faits concrets : « cela fait deux fois que tu es arrivé en retard ». Je parle de mes émotions (ou mes besoins) plutôt que d’attribuer une connotation morale aux actions de l’autre ou à ses intentions : « je suis mécontent par rapport à ce comportement que tu as eu ».

Cela me permet aussi de mieux me faire comprendre : plutôt que de dire à l’autre qu’il est « méchant » ou « gentil », je lui exprime ce qui m’a plu ou déplu dans ses actes concrets.

Alors, ce faisant, en quoi est-ce que je casse les pieds à mon entourage ?

En aiguisant mes capacités à distinguer les faits et les jugements, en m’exerçant, je suis devenu plus attentif à mes propres jugements… mais aussi à ceux des autres !

Ainsi, quand une personne me dit que je n’éteins jamais la lumière lorsque je sors d’une pièce, je ne peux m’empêcher de me dire que c’est un jugement. Ce n’est pas vrai. On peut certainement mesurer que j’ai oublié un certain nombre de fois d’éteindre la lumière en sortant d’une pièce, mais ce n’est pas « jamais ».

Avant de m’être formé à la distinction entre les faits et les jugements, le désaccord aurait porté sur le fait d’éteindre ou non la lumière dans une pièce. Le « fond » du problème portait sur cela. Ce qui a changé aujourd’hui, c’est que la manière de s’exprimer de mon entourage est devenue une autre source de désaccord. Moi-même, je ne suis pas d’accord avec le fait qu’une personne m’exprime son désaccord sous la forme d’un jugement, voire un reproche.

De ce fait, je me suis transformé sans m’en rendre compte en « redresseur de torts ».

En communiquant avec moi, tu prends un risque !

Ma tendance à voir ce qui peut nuire à la communication interpersonnelle au quotidien s’est renforcée lorsque j’ai appris à distinguer les différentes attitudes en conflit (compétition, coopération, accommodation, repli ou compromis). Et cela ne s’est pas amélioré lorsque j’ai appris qu’il existait des messages dits « risqués » ! Lorsqu’une personne a besoin d’être entendue dans ce qu’elle vit, d’exprimer et de décharger son émotion avant tout, il est parfois inopportun d’essayer de la conseiller (lui donner des solutions), de lui faire des blagues ou encore de lui faire la morale. C’est ce que Gordon appelle les messages risqués (voir encadré ci-dessous).

De nouveau, je me suis transformé en machine à détecter les « messages risqués »… chez moi et chez autrui !

Autant dire que cela n’a pas dû être très agréable pour mes proches. Certains participants m’ont déjà témoigné de tendances similaires. L’un m’a raconté son agacement par rapport à la manière de communiquer d’un collègue. Une autre personne m’a dit connaître une personne qui communiquait « beaucoup » par « messages risqués ». Une troisième m’a confié se sentir moins authentique depuis qu’elle « se force » à communiquer sans message risqué.

Un équilibre à trouver

C’est seulement suite à ces expériences que j’ai pris conscience que les outils devaient être utilisés avec nuance. Des « jugements » ou des « messages risqués », ce n’est pas « bien » ou « mal » en tant que tel. Il en est de même pour une attitude « compétitive », par exemple.

Les outils de l’Université de Paix sont davantage à voir comme un éventail de moyens de communiquer. A certains moments, ils sont adaptés ou non, en fonction de la situation, de mon état émotionnel, de celui de mon interlocuteur. Il n’y a pas de « recette » absolue pour « bien communiquer ». De toute manière, si je dis une phrase en pensant le contraire, cela ne sonnera pas juste.

Ensuite, avec un marteau, je peux planter un clou, mais je peux aussi frapper sur le pied de mon voisin. Les outils dépendent donc de l’usage que l’on en fait.

Inconsciemment, quand j’utilise des techniques de communication pour reprocher à mes proches leur mode de communication, j’adopte une posture moralisante.

Bien sûr, il est possible de trouver des solutions pour des conflits de forme, c’est-à-dire de se mettre d’accord sur nos manières de communiquer entre nous. Les outils peuvent nous permettre de « diagnostiquer » ce qui ne nous convient pas dans nos relations. Toutefois, c’est en fonction de mes propres réactions et des réactions des autres que je vais voir s’ils sont pertinents ou non, si le moment était adéquat ou non, etc.

Aujourd’hui, tout cela fait partie de ma « boîte à outils ». Je peux varier les modes de communication en fonction des situations et des personnes : un conseil, une reformulation, une écoute dite « active », un « recadrage » ou une boutade à un autre moment, parfois une relativisation ou un jugement bien tranché… Je vois ce que ça me fait et ce que ça fait chez mon partenaire dans la discussion, et j’essaie d’adapter en conséquence. L’autre n’est pas moi et ne dispose peut-être pas des mêmes grilles de lecture que moi. Dès lors, plutôt que de m’offusquer de sa manière de dire les choses, je peux tâcher de le « décoder ». Pourquoi pas, si cela s’avère opportun, échanger avec cette personne à un autre moment à propos des techniques que j’ai apprises.

Je n’ai pas voulu apprendre les outils pour casser les pieds à mon entourage. Je crois qu’il s’agissait d’un moment de réappropriation de ceux-ci. J’ai dû les tester, m’entrainer, puis mesurer chez moi et chez l’autre ce qu’ils généraient. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles les formations de l’Université de Paix sont fortement orientées par la pratique et les échanges entre les participants !

Qu’est-ce qu’un « message risqué » ?

Dire à l’autre qu’il émet un « message risqué », c’est (parfois) un message risqué.

La terminologie provient de Thomas Gordon. Pour lui, nous utilisons des messages que l’on peut considérer comme risqués. Ce sont des messages généralement bien acceptés quand la tension est basse, mais plus difficilement recevables par celui qui vit une situation problématique et qui est vulnérable. Dans un tel contexte, il peut ressentir plus facilement ces messages comme dévalorisants ou agressifs. Ces messages ne sont donc risqués que si l’autre est dans l’émotion et qu’il a besoin de se sentir entendu, de décharger son émotion…

Les messages risqués sont classés en trois catégories :

  • jugement sur la personne, la situation ou son émotion
  • solution
  • diversion par rapport au vécu de l’interlocuteur
Jugement Solution Diversion
Moraliser, prêcher  Donner des ordres, commander Rassurer, consoler
Critiquer, blâmer Avertir, menacer Enquêter, questionner
Complimenter, approuver Conseiller, donner des solutions Dévier, blaguer, esquiver
Humilier, ridiculiser Argumenter, persuader par la logique   
Psychanalyser, diagnostiquer    

[Vidéo] Les conflits en maternelle

Les conflits à l’école, c’est dès la maternelle…

L’Université de Paix a développé le programme « Graines de médiateurs » afin d’apprendre aux enfants à mieux gérer leurs conflits, dès le plus jeune âge. A la base destiné au primaire et à la demande des enseignants, ce programme s’est étendu en maternelle et en secondaire.

Explications des outils éducatifs en maternelle dans l’émission Canal et compagnie, avec Julie Duelz, de l’Université de Paix, et Esther Servais, institutrice maternelle au collège Saint-Guibert de Gembloux.

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Résoudre les conflits en classe

Par Gaëlle Dewil, enseignante.

Gaëlle Dewil a suivi un module de formation consacré à la gestion de conflits en classe (thèmes abordés : techniques d’écoute, règles et sanctions, méthode du « SIREP »…). Elle nous livre sa réflexion de fond sur les outils partagés, en lien avec ses expériences « sur le terrain ».

Contexte : école libre – encadrement différencié – sixième année primaire – 15 élèves.

Ce module m’a entre autres permis de prendre le temps d’analyser une situation afin d’en avoir une vision plus élargie et globale, de prendre du recul par rapport à mes comportements face à un conflit, de remettre en question mes réactions face à certaines attitudes d’autres enfants, parents ou collègues, de réévaluer les fondements des règles et sanctions que je pose… Regardons de plus près quelques points théoriques qui ont particulièrement retenu mon attention…

Code de vie et charte de la classe

La partie de la formation portée sur le code de vie et l’établissement du règlement de la classe m’a fortement interpellée et j’ai envie de mettre en application les conseils donnés. J’estime qu’il est cependant inutile de commencer ce travail en milieu d’année, d’autant plus quand la charte actuelle de la classe fut créée avec les élèves quelques mois auparavant…

Cette année, j’ai donc décidé de tester et de déjà essayer de mettre en place quelques techniques telles que la formulation du message en « JE » et le droit à la parole ininterrompue, mais le réel travail sera à accomplir lors de la rentrée prochaine…

Revenons brièvement sur ces deux techniques. La première qui consiste à éviter de parler en « ON » et en « NOUS » est très difficile à appliquer. Mes élèves ont compris l’importance et la nuance de l’utilisation de ces pronoms, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’émettre un jugement, de donner son opinion (subjectivité) ! Vu la nouveauté, mes élèves y sont fortement attentifs et se rectifient mutuellement. Lors de ces rectifications, j’en profite pour insister sur les deux versions et expliciter les nuances !

Petit à petit, les enfants deviennent de plus en plus objectifs et « personnels ». Mais cet exercice s’avère toujours très difficile lorsqu’il s’agit de régler un conflit… étant donné que l’émotionnel est très fort dans cette situation. Dans ce cas, l’usage de la deuxième ou de la troisième personne du singulier prime : l’enfant ayant tendance à pointer les faits des autres plutôt que les siens.

Au sujet du droit à la parole ininterrompue, j’utilise dorénavant le système du bâton de parole et le système du « coussin » aléatoire [ndlr : il s’agit de lancer un petit objet mou, par exemple un petit « coussin » ou une balle antistress pour distribuer la parole de manière aléatoire, afin que chacun reste « à l’affût »] le plus possible dans mes activités. Les enfants en sont demandeurs et je constate une plus grande concentration chez eux.

6C – 6S – discipline incitative

Cette formation m’a poussée à mesurer et à réexaminer l’adéquation entre les règles établies, les valeurs de celles-ci et les objectifs poursuivis au sein de la classe.

Les théories des 6C et des 6S sont à présent affichées dans un coin de mon espace bureau afin de les avoir sous les yeux, de me les remettre en tête périodiquement et de penser à les mettre en pratique. Je ne les utilise pas en permanence, par contre, dorénavant, j’essaie systématiquement de me poser ces questions : « En quoi cette règle est-elle bénéfique pour la communauté ? En quoi la valeur mise en évidence dans cette règle est-elle primordiale pour la vie scolaire ? En quoi les sanctions en lien avec cette règle sont-elles profitables au groupe et/ou au sanctionné ? ». Cette réflexion me permet d’adopter une attitude plus réfléchie et adéquate face aux problèmes.

En lien avec ce re-questionnement, j’ai commencé à mettre en place la théorie de la discipline incitative. Même si j’en ai eu peu recours jusqu’à présent, je suis convaincue des bienfaits de cette technique des « 4R » (reconnaissance positive – réparation – rachat – répétition) sur le comportement et l’investissement des enfants.

Enseignant en sixième année, j’ai décidé de leur faire part de cette technique, de l’expliciter et de l’afficher dans un coin de la classe. Je pense qu’en leur expliquant mes pratiques, ils seront plus réceptifs à mes faits et gestes et donc, le bénéfice ne peut être que plus grand.

Concernant le premier « R » (reconnaissance positive), l’enfant a évidemment peu de champs d’actions mais le fait qu’il connaisse la valeur de ce symbole rend les renforcements positifs encore plus capitaux.

Cette symbolique va donner au deuxième « R » (réparation) encore plus d’importance puisque l’enfant sait qu’il a dérogé à la règle mais en plus, il sait qu’il n’a pas de reconnaissance positive ET qu’il doit essayer de la gagner en faisant un acte constructif en relation avec le désagrément causé ! Il s’agit de valoriser une plus grande responsabilisation tout en sachant que le droit à l’erreur est « permis ». Mes élèves ont très vite compris l’importance de ce « R » et sont fiers lorsqu’ils arrivent à l’appliquer de manière bénéfique. Bien qu’ils n’aient eu que quelques semaines jusqu’à présent pour le mettre en pratique, je ressens déjà chez eux une certaine évolution dans le type de réparation proposé. Par exemple, suite à des insultes, Luca a proposé de s’excuser et d’expliquer en quoi ce qu’il avait dit était « stupide » (dénué de sens). A la deuxième reprise, Luca a tenu à appliquer la même réparation que la première fois mais en plus, à donner du temps à la personne blessée (jouer avec elle).

Le troisième « R » (rachat) est fortement en lien avec le second tant pour ses valeurs que pour ses effets. Il permet aux enfants de prendre conscience qu’ils ont des privilèges et que leurs actions ont des conséquences. Avec mes élèves, je rends ce troisième « R » participatif en explicitant la règle transgressée, en leur faisant deviner le privilège qui leur sera retiré momentanément et en discutant avec eux de la manière de « racheter » ce privilège perdu. Cette étape prend du temps mais l’apprentissage de la valeur du pardon est vraiment enrichissant.

Pour terminer, le quatrième « R » ((non-)répétition) est, comme le premier, « entre les mains de l’adulte pour l’enfant ». Personnellement, j’ai encore un grand travail à faire sur ce point car, comme il est précisé dans le syllabus distribué en formation, « l’une des difficultés des adultes d’aujourd’hui, c’est qu’ils expliquent beaucoup, parlent beaucoup et n’agissent pas assez. Or les enfants sont davantage influencés par nos gestes que par nos paroles ». Pour être crédible aux yeux de l’enfant, il ne faut pas autoriser la récidive au même stade qu’un premier fait (sanction graduelle). J’ai encore du mal à augmenter progressivement le niveau de la sanction.

Agressivité froide et technique du « poisson froid »

Ce dernier « R » invite l’adulte à marquer des silences et à garder une position stoïque. Ces attitudes sont également recommandées lors de la gestion des comportements dominants.

Suite à la découverte de la technique du « poisson froid » (neurosciences), j’ai essayé, quand la situation s’y prêtait, d’adopter et d’appliquer les conseils des neuroscientifiques, particulièrement pour un enfant de ma classe faisant preuve d’agressivité froide et essayant régulièrement d’avoir de l’emprise sur les autres (domination du groupe classe, avoir le contrôle).

Je dois dire que les effets sont très surprenants et assez radicaux. A cette époque-ci de l’année, j’ai déjà essayé pas mal de techniques pour gérer son comportement mais aucune n’était d’une grande efficacité étant donné qu’aucune ne correspondait à son type d’agressivité. Je n’ai vraiment pas facile de changer mon « attitude spontanée » et de « contrôler » les conseils donnés, c’est tout un travail de gestion de soi, notamment pour la position/attitude corporelle (rester le plus impassible possible dans la posture, détendu, neutre) et pour la technique des 5 secondes avant de répondre (technique qui consiste à ne pas réagir du tac au tac mais de prendre son temps, de laisser un « silence » avant de répondre à l’agresseur) !

Le fait de faire abstraction momentanément des remarques (il faut « que les attaques glissent », donner une impression de non atteinte) et de ne pas dire la sanction tout de suite (différer la sanction) sont plus aisés à appliquer.

Tous ces conseils pour déstabiliser l’agresseur dans sa posture désinvolte/méprisante (en générant une situation d’incertitude) et lui dire de manière implicite qu’il ne domine pas la situation et qu’il n’en a pas le contrôle sont d’une grande aide !

Résolution de conflits

En ce qui concerne la résolution de conflits entre enfants, j’ai antérieurement testé plusieurs pistes, notamment celles proposées par le programme québécois « Vers le Pacifique », programme visant à réduire la violence (physique, verbale, psychologique) dans les écoles en favorisant l’utilisation des conduites pacifiques chez les jeunes.

Cette méthode est fortement similaire à celle du SIREP (« Stop, identifier le problème, rechercher des solutions, les évaluer et les planifier ») mais plus simplifiée. J’avais testé ce programme lors d’un intérim dans une classe dont l’atmosphère était fortement conflictuelle. Ceci s’est avéré très intéressant et mes élèves avaient bien progressé au niveau de la gestion de leurs conflits.

Malgré ces progrès, je n’ai pas renouvelé cet apprentissage les années suivantes car « j’attendais » que les conditions pour instaurer un tel changement soient optimales. Il faut savoir que jusqu’à cette année, je voyageais d’école en école, de classe en classe, avec des systèmes de fonctionnement très différents.

Etant à présent installée dans une école et dans une seule classe, je pense sérieusement à retester ce programme ou celui présenté au module « Graines de médiateurs » (Université de Paix). Le second m’attire beaucoup, je serais curieuse de comparer ces techniques voire même de les enrichir mutuellement.

De plus, pour que ce programme soit véritablement opérationnel et constructif, je suis convaincue qu’un tel renouveau relationnel doit s’opérer dès le plus jeune âge et être un véritable projet d’école collectif.

Par conséquent, lors de notre prochaine journée de formation (journée pédagogique) dont le thème est « l’autorité et les comportements difficiles », je m’engage à parler à un moment donné de ce programme !

Gestion des conflits en classe

Par Anne Poucet, enseignante.

Anne Poucet a suivi un module de formation consacré à la gestion de conflits en classe (thèmes abordés : techniques d’écoute, règles et sanctions, méthode du « SIREP »…) donné par l’Université de Paix. Elle nous livre sa réflexion de fond sur les outils partagés, en lien avec ses expériences « sur le terrain ».

Dans ma profession, je suis confrontée régulièrement à des situations plus tendues avec des élèves, des collègues ou des parents. Il faut souvent réagir dans l’urgence. Il m’arrive parfois, par manque de recul, de ne pas réussir à résoudre ces conflits soit parce que je suis trop impliquée, soit parce que je ne sais pas comment réagir. Il m’arrive également de trouver les bons mots pour améliorer la situation mais je ne sais pas toujours pourquoi « ça a marché ». Il est donc plus difficile de reproduire ma démarche et très décevant de constater qu’elle ne marche pas dans d’autres situations qui me semblent similaires.

Je me suis inscrite dans ce module pour prendre du recul par rapport à mes pratiques, trouver des réponses et décortiquer des situations de façon approfondie.

Les apprentissages de ce module

Construire un règlement de classe, pour vivre ensemble

Première chose qui m’a semblé importante, c’est le règlement de classe. Activité qui me semblait très basique au départ et que je ne faisais pas systématiquement dans ma classe chaque année. Je me suis rendue compte que je passais beaucoup de temps à rappeler les règles tout au long de l’année. Durant ce module, j’ai découvert l’importance du choix des règles de la classe. Les règles sont au service du groupe. Pour qu’elles soient respectées, elles doivent être connues et rester à la vue de tous. L’enfant doit comprendre en quoi elles sont importantes. Il ne faut pas trop de règles. Si une règle n’est pas souvent respectée, il faut se demander pourquoi : Est-elle trop stricte ? Est-elle essentielle pour moi ?

J’avais toujours cru qu’il fallait formuler la règle de façon positive plutôt que d’utiliser un interdit. J’ai appris qu’un interdit ouvre un espace de liberté, cela peut donc apporter un plus au règlement sauf si j’ai vraiment un attendu précis.

Une bonne règle doit répondre aux 6C :

  • Connue (explicite)
  • Claire ( concrète)
  • Comprise (sens, valeur)
  • Constante (appliquée de la même manière pour chacun)
  • Congruente ( valable pour les enfants et tous les enseignants)
  • Conséquente ( avec sanctions)

S’il y a un déficit au niveau d’un des 6C, il est possible de compenser par la communication.

Il faut également prévoir des sanctions. Celles-ci doivent être graduelles et connues par les enfants.

J’ai découvert les 6 S :

  • Scinde ( scinde l’acte et la personne)
  • Sens ( réparatrice par rapport à son impact, son objectif)
  • Situationnelle ( circonstances aggravantes, atténuantes, graduelles)
  • Suffisamment inconfortable
  • Solution ( réparation, rachat)
  • Suivie de communication

Pour l’année prochaine, mon règlement de classe sera plus réfléchi, avec moins de règles et avec des sanctions explicites et graduelles.

Je dois aussi rester vigilante sur le sens de la punition et veiller à ce qu’elle soit si possible réparatrice .

Comprendre la violence et ses causes, pour la prévenir

Un deuxième thème abordé est l’analyse de la violence chez un enfant (ou un adulte).

[Selon l’approche humaniste, ndlr], toute violence provient d’un besoin inassouvi (besoins universels : physiologiques…).

Le « Cercle de la frustration » m’a beaucoup interpellée. [Le Cercle de la frustration est un schéma élaboré par P-H Content. Selon ce schéma, l’acte violent est précédé par une intention de nuire (attitude hostile), elle-même précédée par une émotion (colère, par exemple), elle-même précédée par un besoin inassouvi (ce qui génère une frustration, un manque, ndlr].

Je trouve ce schéma très parlant. Il montre que l’on peut enrayer la violence et créer du changement.

A chaque moment, il y a des portes de sortie [par l’expression et l’écoute des émotions / des besoins d’une part, ou par les règles et les sanctions d’autre part].

Il montre également que ce n’est pas parce qu’il y a eu sanction que le problème est réglé, il faut retourner au besoin. Il est important de ne pas refouler l’émotion mais plutôt de la canaliser.

Ce schéma représente bien la majorité des situations conflictuelles que je rencontre.

Depuis la formation, je garde en mémoire le besoin de l’enfant pour ne pas trop vite « clore le débat » par la sanction. Cela permet que la situation ne se reproduise pas ultérieurement.

J’ai découvert qu’il y avait les violences « chaudes » et les violences « froides ». Ces dernières sont beaucoup plus difficiles à gérer pour moi. J’ai reconnu le comportement d’un ou deux élèves de notre école et j’ai remarqué que les réactions que l’on avait eues avec ces enfants ne convenaient pas.

Un enfant qui prend une posture d’ agressivité « froide » a un comportement dominant et veut le contrôle de la situation. Donc, quand on s’énerve (ce qui arrivait souvent dans notre école), il gagne. Cet enfant dépasse la sanction, il la connaît donc il domine encore la situation. Une des solutions est de reporter la sanction, de lui proposer de revenir seul après la classe –> « Je te dirai tantôt ta sanction ».

Avec un dominant, il ne faut pas lui envoyer le message : « Je suis le prof, c’est moi qui décide » [ce qui « rentre dans le jeu » de la dominance, ndlr] mais plutôt lui dire : « En ce moment, tu n’as pas d’emprise sur moi, tu ne me domines pas ».

Il ne faut pas non plus chercher à répondre du tac au tac, mais laisser 5 secondes avant de répondre, par exemple. La posture et l’attitude sont aussi importantes que la réponse elle-même.

Je trouve que ce sont les situations les plus difficiles car elles se répètent avec les mêmes enfants tout au long de l’année. Il est donc très difficile de garder son calme. Suite à ce module, je me dis que si ces situations perdurent, c’est peut être parce que notre réaction est parfois inappropriée et que plutôt que de trouver une solution, nous mettons de l’huile sur le feu. Nous avons un instituteur responsable de la discipline à l’école et je lui ai communiqué ce que j’ai appris en espérant que cela porte ses fruits.

(S’)écouter pour apaiser

La troisième chose importante que j’ai apprise c’est l’écoute et ses différentes facettes.

Tout d’abord, il y a l’écoute dite « passive » : c’est se taire mais montrer qu’on écoute. Quand un enfant vient nous trouver plein d’émotions, il faut se mettre à sa hauteur (synchroniser) et montrer que l’on est présent à son message : hocher de la tête, dire des petits mots (ok, oui) mais les interventions verbales restent rares.

Ensuite, il y a la reformulation et l’écoute « active » : c’est redire l’essence du message. Il ne s’agit pas d’une reformulation perroquet qui consisterait à répéter les mots de l’autre.

Pour bien reformuler, il faut être attentif à plusieurs choses :

  • Repérer l’intonation de la voix.
  • Repérer les choses qui ont été répétées.
  • L’essence du message est souvent à la fin de la prise de parole de la personne.
  • L’essence du message est parfois l’état émotionnel de la personne.

Dans la reformulation, on ne peut pas se tromper tant que la communication n’est pas coupée. Si je me trompe dans ma reformulation, la personne va me dire « ce n’est pas ça » et va corriger.

Répéter permet donc de clarifier. Une reformulation ne doit pas être trop longue et l’on peut demander ensuite si c’est ça que la personne voulait dire.

Une écoute active c’est  :

  • la reformulation des faits, du message, du contenu.
  • L’écoute de l’émotion sous forme d’hypothèses. (A faire avec des pincettes car ça peut apparaître comme un jugement-> Utiliser le ton interrogatif)

Il y a donc différentes façons d’écouter :

  • « Stop » -> non écoute
  • Écoute passive
  • Messages dits « risqués » (solution, enquête, jugement, diversion…)
  • Reformulation
  • Écoute active
  • Recadrage

Cet apprentissage sur l’écoute est essentiel dans mon métier. Les enseignants se croient obligés d’apporter des solutions à tout et cela se ressent parfois dans l’écoute des enfants. Mes interventions ont parfois été maladroites en voulant apporter une solution au problème de l’élève alors que ce n’est pas ça qu’il attendait. Depuis, j’essaye vraiment de séparer les moments d’écoute et les moments de recherche de solution (si c’est nécessaire) de façon à laisser l’enfant s’exprimer. Je reformule régulièrement pour vérifier ma compréhension de la situation et je veille à ne pas porter de jugement à ce moment-là.

Au-delà des notions apprises durant le modules, plusieurs activités directement applicables en classe ont été proposées :

  • La météo
  • Présenter une autre personne
  • Observation d’une image (Je pense – je vois – je ressens)
  • Quadruple reformulation

Conclusion de ce module

Durant ces 6 séances, j’ai surtout appris à observer mes pratiques, les critiquer et à les réajuster pour augmenter mon efficacité tant au niveau de l’écoute que de la gestion des conflits.

Les choses que je réussissais intuitivement s’appuient maintenant sur de la théorie. Par les nombreux exemples que nous avons eus, j’ai compris le comportement de certains élèves qui posent problème dans mon école. J’ai également compris en quoi notre réaction était parfois inadaptée.

J’ai déjà changé ma façon d’être vis à vis de certains enfants et collègues tout en restant moi-même.

Évidemment, il restera des situations difficiles mais je me suis rendue compte que les échanges avec les collègues (comme nous l’avons fait durant ce module) permettent d’élargir la vue d’ensemble.