Gestion des conflits en classe

Par Anne Poucet, enseignante.

Anne Poucet a suivi un module de formation consacré à la gestion de conflits en classe (thèmes abordés : techniques d’écoute, règles et sanctions, méthode du « SIREP »…) donné par l’Université de Paix. Elle nous livre sa réflexion de fond sur les outils partagés, en lien avec ses expériences « sur le terrain ».

Dans ma profession, je suis confrontée régulièrement à des situations plus tendues avec des élèves, des collègues ou des parents. Il faut souvent réagir dans l’urgence. Il m’arrive parfois, par manque de recul, de ne pas réussir à résoudre ces conflits soit parce que je suis trop impliquée, soit parce que je ne sais pas comment réagir. Il m’arrive également de trouver les bons mots pour améliorer la situation mais je ne sais pas toujours pourquoi « ça a marché ». Il est donc plus difficile de reproduire ma démarche et très décevant de constater qu’elle ne marche pas dans d’autres situations qui me semblent similaires.

Je me suis inscrite dans ce module pour prendre du recul par rapport à mes pratiques, trouver des réponses et décortiquer des situations de façon approfondie.

Les apprentissages de ce module

Construire un règlement de classe, pour vivre ensemble

Première chose qui m’a semblé importante, c’est le règlement de classe. Activité qui me semblait très basique au départ et que je ne faisais pas systématiquement dans ma classe chaque année. Je me suis rendue compte que je passais beaucoup de temps à rappeler les règles tout au long de l’année. Durant ce module, j’ai découvert l’importance du choix des règles de la classe. Les règles sont au service du groupe. Pour qu’elles soient respectées, elles doivent être connues et rester à la vue de tous. L’enfant doit comprendre en quoi elles sont importantes. Il ne faut pas trop de règles. Si une règle n’est pas souvent respectée, il faut se demander pourquoi : Est-elle trop stricte ? Est-elle essentielle pour moi ?

J’avais toujours cru qu’il fallait formuler la règle de façon positive plutôt que d’utiliser un interdit. J’ai appris qu’un interdit ouvre un espace de liberté, cela peut donc apporter un plus au règlement sauf si j’ai vraiment un attendu précis.

Une bonne règle doit répondre aux 6C :

  • Connue (explicite)
  • Claire ( concrète)
  • Comprise (sens, valeur)
  • Constante (appliquée de la même manière pour chacun)
  • Congruente ( valable pour les enfants et tous les enseignants)
  • Conséquente ( avec sanctions)

S’il y a un déficit au niveau d’un des 6C, il est possible de compenser par la communication.

Il faut également prévoir des sanctions. Celles-ci doivent être graduelles et connues par les enfants.

J’ai découvert les 6 S :

  • Scinde ( scinde l’acte et la personne)
  • Sens ( réparatrice par rapport à son impact, son objectif)
  • Situationnelle ( circonstances aggravantes, atténuantes, graduelles)
  • Suffisamment inconfortable
  • Solution ( réparation, rachat)
  • Suivie de communication

Pour l’année prochaine, mon règlement de classe sera plus réfléchi, avec moins de règles et avec des sanctions explicites et graduelles.

Je dois aussi rester vigilante sur le sens de la punition et veiller à ce qu’elle soit si possible réparatrice .

Comprendre la violence et ses causes, pour la prévenir

Un deuxième thème abordé est l’analyse de la violence chez un enfant (ou un adulte).

[Selon l’approche humaniste, ndlr], toute violence provient d’un besoin inassouvi (besoins universels : physiologiques…).

Le « Cercle de la frustration » m’a beaucoup interpellée. [Le Cercle de la frustration est un schéma élaboré par P-H Content. Selon ce schéma, l’acte violent est précédé par une intention de nuire (attitude hostile), elle-même précédée par une émotion (colère, par exemple), elle-même précédée par un besoin inassouvi (ce qui génère une frustration, un manque, ndlr].

Je trouve ce schéma très parlant. Il montre que l’on peut enrayer la violence et créer du changement.

A chaque moment, il y a des portes de sortie [par l’expression et l’écoute des émotions / des besoins d’une part, ou par les règles et les sanctions d’autre part].

Il montre également que ce n’est pas parce qu’il y a eu sanction que le problème est réglé, il faut retourner au besoin. Il est important de ne pas refouler l’émotion mais plutôt de la canaliser.

Ce schéma représente bien la majorité des situations conflictuelles que je rencontre.

Depuis la formation, je garde en mémoire le besoin de l’enfant pour ne pas trop vite « clore le débat » par la sanction. Cela permet que la situation ne se reproduise pas ultérieurement.

J’ai découvert qu’il y avait les violences « chaudes » et les violences « froides ». Ces dernières sont beaucoup plus difficiles à gérer pour moi. J’ai reconnu le comportement d’un ou deux élèves de notre école et j’ai remarqué que les réactions que l’on avait eues avec ces enfants ne convenaient pas.

Un enfant qui prend une posture d’ agressivité « froide » a un comportement dominant et veut le contrôle de la situation. Donc, quand on s’énerve (ce qui arrivait souvent dans notre école), il gagne. Cet enfant dépasse la sanction, il la connaît donc il domine encore la situation. Une des solutions est de reporter la sanction, de lui proposer de revenir seul après la classe –> « Je te dirai tantôt ta sanction ».

Avec un dominant, il ne faut pas lui envoyer le message : « Je suis le prof, c’est moi qui décide » [ce qui « rentre dans le jeu » de la dominance, ndlr] mais plutôt lui dire : « En ce moment, tu n’as pas d’emprise sur moi, tu ne me domines pas ».

Il ne faut pas non plus chercher à répondre du tac au tac, mais laisser 5 secondes avant de répondre, par exemple. La posture et l’attitude sont aussi importantes que la réponse elle-même.

Je trouve que ce sont les situations les plus difficiles car elles se répètent avec les mêmes enfants tout au long de l’année. Il est donc très difficile de garder son calme. Suite à ce module, je me dis que si ces situations perdurent, c’est peut être parce que notre réaction est parfois inappropriée et que plutôt que de trouver une solution, nous mettons de l’huile sur le feu. Nous avons un instituteur responsable de la discipline à l’école et je lui ai communiqué ce que j’ai appris en espérant que cela porte ses fruits.

(S’)écouter pour apaiser

La troisième chose importante que j’ai apprise c’est l’écoute et ses différentes facettes.

Tout d’abord, il y a l’écoute dite « passive » : c’est se taire mais montrer qu’on écoute. Quand un enfant vient nous trouver plein d’émotions, il faut se mettre à sa hauteur (synchroniser) et montrer que l’on est présent à son message : hocher de la tête, dire des petits mots (ok, oui) mais les interventions verbales restent rares.

Ensuite, il y a la reformulation et l’écoute « active » : c’est redire l’essence du message. Il ne s’agit pas d’une reformulation perroquet qui consisterait à répéter les mots de l’autre.

Pour bien reformuler, il faut être attentif à plusieurs choses :

  • Repérer l’intonation de la voix.
  • Repérer les choses qui ont été répétées.
  • L’essence du message est souvent à la fin de la prise de parole de la personne.
  • L’essence du message est parfois l’état émotionnel de la personne.

Dans la reformulation, on ne peut pas se tromper tant que la communication n’est pas coupée. Si je me trompe dans ma reformulation, la personne va me dire « ce n’est pas ça » et va corriger.

Répéter permet donc de clarifier. Une reformulation ne doit pas être trop longue et l’on peut demander ensuite si c’est ça que la personne voulait dire.

Une écoute active c’est  :

  • la reformulation des faits, du message, du contenu.
  • L’écoute de l’émotion sous forme d’hypothèses. (A faire avec des pincettes car ça peut apparaître comme un jugement-> Utiliser le ton interrogatif)

Il y a donc différentes façons d’écouter :

  • « Stop » -> non écoute
  • Écoute passive
  • Messages dits « risqués » (solution, enquête, jugement, diversion…)
  • Reformulation
  • Écoute active
  • Recadrage

Cet apprentissage sur l’écoute est essentiel dans mon métier. Les enseignants se croient obligés d’apporter des solutions à tout et cela se ressent parfois dans l’écoute des enfants. Mes interventions ont parfois été maladroites en voulant apporter une solution au problème de l’élève alors que ce n’est pas ça qu’il attendait. Depuis, j’essaye vraiment de séparer les moments d’écoute et les moments de recherche de solution (si c’est nécessaire) de façon à laisser l’enfant s’exprimer. Je reformule régulièrement pour vérifier ma compréhension de la situation et je veille à ne pas porter de jugement à ce moment-là.

Au-delà des notions apprises durant le modules, plusieurs activités directement applicables en classe ont été proposées :

  • La météo
  • Présenter une autre personne
  • Observation d’une image (Je pense – je vois – je ressens)
  • Quadruple reformulation

Conclusion de ce module

Durant ces 6 séances, j’ai surtout appris à observer mes pratiques, les critiquer et à les réajuster pour augmenter mon efficacité tant au niveau de l’écoute que de la gestion des conflits.

Les choses que je réussissais intuitivement s’appuient maintenant sur de la théorie. Par les nombreux exemples que nous avons eus, j’ai compris le comportement de certains élèves qui posent problème dans mon école. J’ai également compris en quoi notre réaction était parfois inadaptée.

J’ai déjà changé ma façon d’être vis à vis de certains enfants et collègues tout en restant moi-même.

Évidemment, il restera des situations difficiles mais je me suis rendue compte que les échanges avec les collègues (comme nous l’avons fait durant ce module) permettent d’élargir la vue d’ensemble.

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