Avenir de la revue – Merci !

Suite à l’appel lancé dans le numéro 139 de notre revue, vous êtes plusieurs dizaines à nous avoir donné votre avis quant à l’avenir de ce périodique, et plusieurs d’entre vous ont renouvelé leur cotisation « membre ».

Périodique trimestriel

À celles et ceux avec qui nous avons pu prendre contact par téléphone ou par mail, nous vous disons encore un grand « merci » pour cela. À celles et ceux à qui nous n’avons pas pu témoigner individuellement de notre reconnaissance, nous vous remercions chaleureusement.

Vos retours nous sont utiles dans la réflexion quant à l’avenir de la revue.

La plupart des répondants ayant manifesté un attachement à ce support, et dans l’optique de continuer à remplir notre mission de communication des connaissances et de sensibilisation, nous allons maintenir ce canal tout en rationalisant les dépenses qui y sont liées.

En corollaire, nous supprimons le principe « d’abonnement » (dans les faits, plusieurs personnes reçoivent déjà ce support sans être abonnées), et encourageons davantage les dons et cotisations « membre » individuelles volontaires.

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Faire un don : informations pratiques

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7 étapes pour développer la coopération

Les activités de coopération permettent d’entrer en relation avec les autres, dans un climat de confiance et de respect mutuel. Elles visent à développer des compétences et des attitudes qui favorisent, entre autres, la confiance, le dialogue, la communication. En ce sens, il s’agit d’un pilier de l’éducation à la citoyenneté.

Pour expérimenter et apprendre l’esprit de coopération et d’entraide, il est nécessaire de passer par différentes étapes qui se succèdent selon un ordre progressif.

Au nombre de sept, ces étapes s’intitulent :

  1. « Être accueilli », se sentir bien, en sécurité dans le groupe

Cette étape correspond aux activités de présentation de soi et d’accueil des autres dans le groupe.

  1. « S’exprimer »

Lors de cette étape, il est question de développer l’expression de chacun : quelles sont les choses que j’aime ou n’aime pas ? Quels sentiments me procurent telle situation ? C’est une occasion également de trouver du commun entre les membres.

  1. « Reconnaître ses qualités » et celles de l’autre

Cette étape permet de favoriser une image positive des membres du groupe : de quoi suis-je fier/fière ? Quelles qualités essentielles les autres perçoivent-ils chez moi ?

  1. « Prendre sa place » et reconnaître celle de l’autre

Dans ce moment, chacun évalue comment s’insérer et prendre une place dans le groupe tout en laissant la place aux autres. Des rôles peuvent être distribués, échangés, testés…

  1. « Écouter », mettre à profit tous mes sens, apprendre à écouter l’autre pleinement

Le développement des capacités d’écoute fait partie des préalables à la coopération et à la confiance mutuelle. Si chacun a l’occasion de s’exprimer et d’être écouté (et donc d’écouter les autres par corollaire), la dynamique de groupe est plus constructive.

  1. « Développer la confiance » en soi, en l’autre

Des activités spécifiques pour tester et renforcer la confiance mutuelle sont proposées ici. Ici, les participants peuvent se dire qu’ils peuvent compter les uns sur les autres, dans le respect.

  1. « Coopérer », construire ensemble

A cette étape, les participants peuvent dès lors vivre des activités complexes de coopération. La dynamique coopérative se conforte notamment lorsque le groupe expérimente une réalisation collective, par exemple à travers un défi.

Selon le niveau de sécurité émotionnel du groupe, une étape peut prendre plusieurs heures, voire plusieurs jours. En effet, si je ne me sens pas en sécurité avec mes compagnes et compagnons, il me sera difficile de m’exprimer et d’écouter. En tant que formateur, animateur, éducateur, il est nécessaire de voir et de sentir l’opportunité du changement d’étape et d’activités. Certains formateurs peuvent également décider d’intervertir l’une ou l’autre étape (par exemple, l’écoute avant le fait de prendre sa place), ou encore de « retravailler » une étape passée de temps à autres…

Fiche-outil : « Et si tu me suivais ? »

DSCN1547OBJECTIFS

  • Découvrir une composante du langage non-verbal : la notion d’espace interpersonnel.
  • Expérimenter les conséquences du (non) respect de cette notion d’espace.

MATERIEL

Lattes : une pour deux participants.

DISPOSITION

Les participants circulent librement dans un espace délimité.

DEROULEMENT

  • L’animateur distribue une latte pour deux participants.
  • Les mains croisées dans le dos, les deux participants font tenir la latte entre eux (en l’appuyant sur leur front, leur thorax ou leur abdomen par exemple).
  • Au signal de l’animateur, les participants circulent dans la pièce sans que la latte ne tombe.
  • Dans un premier temps, le participant le plus âgé guide la progression et fait comprendre par des pressions où il veut aller.
  • Lorsque l’animateur le précise, les rôles s’inversent. Le plus jeune guide la marche.
  • Si la latte tombe, les participants la ramassent et essayent à nouveau.

Pistes de réflexion…

L’animateur permet aux participants d’exprimer comment ils ont vécu l’activité :

  • Tous les duos ont-ils réussi à relever le défi ?
  • Quelles ont été les difficultés ?
  • Était-il facile de se tenir si près de l’autre ? Pourquoi cela a-t-il paru gênant à certains ?

Notes à l’animateur

L’animateur peut établir des liens avec des situations de promiscuité dans la vie réelle qui génèrent des tensions :

  • Y a-t-il des moments (à l’école, en famille, dans la vie de tous les jours) où ils se sentent également embarrassés, voire énervés, d’être aussi proches des autres ?
  • Comment réagissent-ils quand cela arrive ?

Favoriser la coopération par le jeu

Le n°334 Non-Violence Actualité propose plusieurs articles relatifs à l’apprentissage de la coopération par le jeu, notamment un article sur le jeu coopératif Belfedar, développé par l’Université de Paix : « Un outil ludique et pédagogique ». Au-delà de la présentation du jeu, cet article explique ses fondements théoriques, revient sur les expérimentations dont il est issu et propose des pistes pratiques d’animation pour un usage didactique.

« Les jeux coopératifs offrent aux joueurs un temps de rencontre et d’amusement. C’est un moyen pour eux de se découvrir dans leurs forces et leurs différences. Ceci se fait dans un cadre sécurisant, puisqu’il n’y a pas un vainqueur et des perdants ; tout le monde gagne ou perd ensemble.

L’échec n’est pas négatif, au contraire, il est utile à l’apprentissage puisqu’il donne des informations qui permettront de surmonter collectivement l’obstacle. Ainsi, à travers les jeux proposés, les participants sont invités à adopter une attitude propice à l’action collective, en recherchant la complémentarité de leurs actions. Chacun fait l’expérience du bénéfice partagé à aider, à demander de l’aide et à prendre des décisions en commun pour réussir la tâche ».

Qu’est-ce que la sociocratie ?

Jean-Luc Gilson (Master en Sciences économique et en Sciences sociales, Master en gestion fiscale de Solvay, Gradué de l’Ecole Internationale des Chefs) nous présente le concept de la sociocratie travaillé entre autres par Gilles Charest.

Gilles Charest (canadien) est conseiller en entreprise depuis 1971, auteur du livre La démocratie se meurt, vive la sociocratie. Il est président de Sociogest, un bureau de conseillers en développement des organisations. Il occupe le poste de directeur de l’éducation au Centre mondial de sociocratie. Il est responsable de l’implantation des centres sociocratiques en francophonie. Depuis 2003, il dirige l’École Internationale des chefs qui fait la promotion de la sociocratie dans le monde.

Qu’est-ce que la sociocratie ?

Par Jean-Luc Gilson. Un article initialement publié en 2011, dans notre trimestriel.

La sociocratie est un mode de prise de décision et de gouvernance qui permet à une organisation quelle que soit sa taille -d’une famille à un pays- de se comporter comme un organisme vivant, de s’auto-organiser. Le principe de base est faire vivre en parallèle à la structure d’exécution (en général hiérarchique), une structure de décision où chaque membre de l’organisation dispose d’un pouvoir équivalent basé sur le libre consentement. La sociocratie a été mise au point par un néerlandais, Gérard Endenburg (Wikipédia (en)), qui avait fréquenté une école alternative inspirée de l’idéal des Quakers. A partir de 1970, il a expérimenté avec succès la sociocratie dans l’entreprise qu’il dirigeait, puis a contribué à la diffuser dans des organisations de toute taille aux Pays-Bas et dans le monde.

C’est donc un mode de gouvernance qui repose sur le consentement. Dans les entreprises, les organisations, les familles, etc. La sociocratie a pour objectif de rendre la parole à chacun(e), de réconcilier pouvoir et coopération.

Je rêve d’organisations qui…

« Je rêve de structures qui, au lieu de nous désapprendre le lien avec nous-mêmes, nous enseigneraient à le restaurer. Un monde où ce serait naturel d’être relié à la Vie ».

Marshall Rosenberg

L’esprit civique règne dans une communauté quand ses membres ont la possibilité et le devoir de soumettre leurs décisions à une instance supérieure bienveillante. Sans cela, la vie sociale devient un enfer où la méfiance, érigée en système, conforte le pouvoir tyrannique des puissants.

Peut-on s’imaginer une structure de communication et de prise de décision qui soit pédagogique au point de nous enseigner le triple lien avec nous-mêmes, les autres et l’environnement ? Peut-on s’imaginer une structure sociale qui nous guérisse de nos peurs et nous relie à la Vie dans des rapports hiérarchiques sains ?

Comment le mode sociocratique de gouvernance peut-il répondre à ces questions ?

Un enseignement vivant

Comme tous les enseignements qui ont de la valeur, les principes sociocratiques sont fort simples. Les changements de comportement et de mentalité qu’ils nous invitent à faire le sont beaucoup moins.

La pensée dominante sur l’exercice du pouvoir est fort éloignée du mode de gouvernance sociocratique et quoi que l’on fasse individuellement pour s’en extraire les conditionnements de la pensée dominante dont nous sommes la cible sont tenaces.

C’est tout un apprentissage de sortir de nos vieux réflexes de domination et de dépendance découlant d’une vision du monde axée sur la rareté pour acquérir des réflexes de coopération et d’autonomie soutenus par une vision du monde basée sur l’abondance des moyens pour satisfaire nos besoins.

Le renouveau auquel cet apprentissage doit nous conduire exige un changement de niveau de conscience. Il fait appel à un renouveau spirituel profond.

Les processus sociocratiques sont utiles dans la mesure où ils servent de soutien à l’élévation des consciences. C’est, en tous cas, l’intention cachée derrière l’ingénierie de ces processus.

Les processus sociocratiques ne sont que des contenants, des balises, qui nous indique le chemin. Ce n’est pas l’enseignement proprement dit.

L’enseignement lui est quelque chose de vivant qui ne peut se transmettre que de façon vivante, donc par une expérience vécue de la communauté qui conduit à un savoir réel.

Pour que cette expérience ait lieu, il faut qu’elle soit guidée par des médiateurs compétents, c’est-à-dire des personnes qui possèdent le savoir, un savoir qui va bien au-delà de la technique. Ces personnes sont de vrais chefs. Elles donnent l’exemple et enseignent la sociocratie par la cohérence qui se dégage de leur enseignement et leur façon d’être en relation avec les autres.

Une implantation aboutie du mode de gouvernance sociocratique ne peut pas faire l’économie de la formation de ces chefs.

L’espace sacré de la communauté

Le cercle sociocratique a pour but ultime de nous apprendre à respecter l’espace sacré qui existe entre chaque être humain et sa guidance intérieure. C’est de cet espace que chacun peut gérer sa propre personnalité et déployer tous nos talents.

Le cercle sociocratique, animé selon les règles de l’art, encourage les membres à respecter cet espace sacré où tous les points de vue peuvent être examinés à la lumière du bien commun qui inclut nécessairement l’intérêt de notre planète.

Cette espace qui fait figure d’instance supérieure, c’est le temple vivant autour duquel une communauté authentique peut se construire. Il est le lieu de l’émergence de cette nouvelle conscience communautaire qui doit présider à ce que d’autres attendent béatement sous la forme d’un gouvernement mondial institué par je ne sais quel agent extérieur.

Or, dans les organisations d’aujourd’hui, cet espace sacré est encombré par la pollution de la pensée dominante. L’église au cœur du village, symbole du temple vivant nécessaire à la vie communautaire, est devenu au fil de l’histoire une coquille vide et les vrais enseignements ont été déformés sinon perdus. Dans bien des cas, ils ont été remplacés par des dogmes rigides et les croyances sclérosées de la pensée dominante.

C’est cet espace sacré ouvert aux différents points de vue et éloigné des débats stériles que veut instituer la sociocratie.

De nouveaux leaders

La nouvelle conscience ne pourra se manifester et les communautés qu’elle inspirera ne pourront prendre forme que si, d’une part, nous structurons nos communautés de vie et de travail pour que cela se produise et que d’autre part, nous formons des chefs capables de faire vivre au sein même de nos institutions l’espace sacré qui doit unir la communauté de tous les humains.

Le gouvernement mondial auquel nous aspirons existe déjà, il s’agit de restaurer en tous lieux où nous vivons et œuvrons cet espace sacré et de nous mettre sincèrement à son écoute.

Pas de culture sans structure, mais pas de structure sans chef. Les principes sociocratiques reconnaissent la structure. Qui dit structure dit hiérarchie. Le chef la fait vivre, cette structure, en aidant chacun à se mettre en lien avec l’espace sacré qu’il aménage au sein de son organisation : le cercle.

Grâce à cette espace de concertation, peut alors se développer un savoir, un savoir faire et un savoir être : fondations d’une culture commune au service de la Vie.

Cette culture commune à la base de la croissance humaine sera l’héritage le plus précieux des générations futures. A nous la responsabilité de la développer et de l’entretenir, car nous en avons les moyens !

Pascal Deru : jeu et coopération

Par Pascal Deru – Responsable du magasin Casse-Noisettes (Bruxelles), Anthropologue, Journaliste dans le secteur du jeu, Formateur dans le domaine des jeux coopératifs, Auteur du livre Le jeu vous va si bien.

« Jouons avec nos enfants : un rendez-vous de bonheur »

Une contribution libre initialement publiée dans notre trimestriel, en 2010.

Un article pour mettre du jeu dans notre quotidien. D’abord parce que le jeu resserre les liens, parce qu’ensuite il nourrit notre plaisir d’être ensemble, parce qu’enfin il permet d’expérimenter mille et une attitudes qui aident les enfants à grandir.

Des pistes pour découvrir une grande diversité de jeux dont l’un ou l’autre pourrait bien vous séduire si vous êtes de ceux qui n’aiment pas jouer. Car retrouver son propre plaisir est essentiel pour permettre au jeu de faire son travail de tisserand. Découvrir les jeux qui vous ravissent, les jeux qui vous aideront à porter avec légèreté les valeurs qui sont peut-être les vôtres : la coopération, l’écoute, la confiance, la créativité partagée.

Jeu et coopération

J’observais récemment un père et ses grands jeunes jouer à la pétanque finlandaise. Et j’en étais profondément émerveillé ! La tension bon enfant pour une quille à culbuter, les jurons de bonheur pour un coup épatant, les commentaires comiques, les encouragements mutuels… : en tout, la capacité de faire un gigantesque pied de nez au sérieux de la vie !

Quel moment de grâce pour ces cinq-là ! Oui, le jeu est un cadeau. Bâti sur l’infiniment gratuit, il resserre en quelques instants les liens que nos vies souvent très actives ne cessent de distendre.

Mais faute d’en avoir le goût, nous sommes souvent économes en jeux. De fait, si jouer est facile pour quelques uns, pour tant d’autres, c’est un détour qui soulève des peurs : celle de jeux ennuyeux ou trop abstraits, celle de perdre en public, celle de ne pas comprendre, celle de perdre son temps.

Pourtant, pour notre mieux être, nos maîtres à penser et nos thérapeutes devraient nous prescrire davantage de jeux partagés. Et s’ils ne sont pas capables de nous indiquer lesquels, de nous encourager à rencontrer ceux qui vont écouter notre histoire toute personnelle du jeu et l’ouvrir sur ce qui nous convient. Car le monde des jeux est à l’image de celui des livres : certains nous enchantent et d’autres ne nous conviennent pas.

Êtes-vous un couple dont les goûts en jeu sont différents ? Vous vous en irez peut-être pressés de partager une partie de Cités perdues

Êtes-vous des parents porteurs d’un projet pour vos enfants ? Quelle joie d’entrouvrir la porte des jeux coopératifs et de vous allier contre le corbeau, le froid de l’hiver ou l’expansion d’une pandémie !

Êtes-vous de tout jeunes pères et mères, nouveaux-nés en parentalité ? Vous pourrez ouvrir des chemins de jeux et de tendresse avec quelques blocs en bois et de grosses boules qui roulent !

Êtes-vous des grands parents dont le temps vient de jouer l’essentiel avec vos petits enfants ? Nous découvrirons ensemble les jeux-trésors qui parlent de la vie, du rêve et des ingrédients du bonheur.

Êtes-vous encore des professionnels ? En tirant les ficelles du crayon coopératif ou en étant les premiers émerveillés par l’équilibre de Bamboleo, vous ouvrirez des chemins de rencontre dont le commun dénominateur est, si simplement, de mieux être ensemble.

Personne n’est jamais en retard dans ce rendez-vous avec le jeu. Puisse la curiosité vous mettre en route et vous faire découvrir que des jeux bien choisis sont prometteurs du meilleur pour vos liens. Oui, jouer est un cadeau. Outre ce qu’il tisse d’essentiel entre ceux qu’il réunit, il nous fait entrer en humanité et, de cette immersion, peut naître une joie dont l’ampleur est indiciblement rayonnante…

Le conseil de coopération

Éducation à la Paix : le conseil de coopération

Par Axelle SASSOYE, initialement publié dans le trimestriel n°81, en 2002.

1914. Célestin Freinet, jeune enrôlé de l’armée française, est envoyé au front et est victime des gaz à Verdun, comme des milliers d’autres. Il en réchappe mais restera invalide à 90 %. Écœuré et révolté par cette boucherie sans nom, il veut, malgré son handicap, exercer son métier d’instituteur dans le but de développer l’esprit critique des enfants qui, espère-t-il, ne referont plus jamais ça…

Conseil de coopération

En 1920, contre avis médical, il est nommé dans une petite école rurale du midi de la France. Rejetant les méthodes traditionnelles d’enseignement avec la position domino-centriste du « maître », il se lance dans la recherche et la mise au point de nouvelles techniques pédagogiques. Il s’informe des expériences novatrices dans les pays voisins, comme les écoles de Maria Montessori en Italie (1907), d’Ovide Decroly en Belgique (1907), d’Edouard Claparède en Suisse, d’Anton Makarenko, M. M. Pistrak et d’autres pédagogues révolutionnaires en URSS, etc.

Malgré leur diversité et leurs différences, toutes ces écoles sont regroupées sous le terme de « pédagogie nouvelle » car elles ont plusieurs points communs fondamentaux : le centrage des préoccupations sur l’enfant, l’adaptabilité face aux particularités de chaque élève et la démarche pédagogique active qui se développe à partir des besoins et des intérêts de l’enfant.

Célestin Freinet établit la « classe coopérative » où, par exemple, un conseil de classe se réunit chaque semaine : tous les membres abordent les problèmes qu’ils ont rencontrés, se distribuent les tâches individuelles, élaborent les plans de travail, etc. Avant de prendre une décision, une consultation démocratique et une élection ont lieu. L’enseignant y participe avec la même voix qu’un élève. Pour Freinet, ce procédé de consultation et de responsabilisation est indispensable car il permet de motiver les actions des enfants au sein du groupe, de faire de chacun un membre actif et responsable d’une aventure collective et ainsi diminuer, et parfois même supprimer, les problèmes de discipline…

A la fin des années cinquante, cet outil de gestion démocratique de la classe est repris par Fernand Oury et Aïda Vasquez qui fondent le courant de la « pédagogie institutionnelle ». Ceux-ci donnent un nouvel élan au « conseil de coopérative » de Freinet qu’ils rebaptisent simplement « le conseil ».

Ces pédagogues qui intègrent les nouvelles connaissances en sciences humaines (psychiatrie, psychanalyse, sociologie, etc.) radicalisent le système mis au point par Freinet : plusieurs réunions, des conseils et des consultations gèrent toute la vie de la classe. Dans ce projet pédagogique, l’enfant est un membre à part entière des institutions qu’il crée avec l’ensemble de ses camarades et des enseignants.

Dans les années quatre-vingts, Danielle Jasmin, une institutrice québécoise disciple de la pédagogie de Freinet, organise le conseil dans ses classes et participe à la promotion de celui-ci dans différentes formations. L’intérêt et la demande que sa démarche suscite sont tels qu’elle écrit l’ouvrage Le conseil de coopération, un outil pédagogique pour l’organisation de la vie de classe et la gestion des conflits, qui paraît aux éditions de la Chenelière en 1994.

Elle le rebaptise « conseil de coopération » et le définit comme « la réunion de tous les enfants de la classe avec l’enseignante où ,réunis en cercle, on gère la vie en classe, c’est-à-dire l’organisation de la vie en classe, du travail, des responsabilités, des jeux, des relations interpersonnelles, des projets. C’est un lieu de gestion où l’on apprend à analyser, à comprendre, à prévoir, à planifier, à décider, à organiser, à apporter des solutions, à évaluer. C’est un lieu où chaque enfant a sa place, où il est reconnu avec ses forces et ses faiblesses, et accepté avec sa personnalité, sa culture. C’est un lieu où l’on accorde autant d’importance au groupe qu’à l’individu, l’un n’étant pas sacrifié au profit de l’autre. C’est un moment d’apprentissage de l’acceptation des différences, de la compréhension des concepts, par exemple ceux de la liberté et de respect des autres. C’est un lieu de résolution de problème, où l’on apprend à les régler sans gagnants ni perdants ».

Pratiquement, le conseil de coopération peut s’organiser de la maternelle au secondaire, en y apportant certaines modifications. Il se déroule dans la classe ou dans tout autre endroit, généralement de façon hebdomadaire, durant une ou deux périodes de 15 à 45 minutes, selon l’âge des élèves et les sujets à traiter.

Voici les conditions qui semblent indispensables à la réussite du conseil de coopération :

  • la préparation du conseil :

Des supports, comme un panneau mural ou un cahier, sont mis à la disposition des membres de la classe pour exercer leur droit de critique, de proposition, de demande de discussion d’un sujet mais également de félicitations et de remerciement. Un ordre du jour est établi pour chaque séance.

Les décisions prises sont consignées dans un cahier ou classeur pour se souvenir des engagements et des règles à respecter.

  • l’animation du conseil :

Comme pour toute réunion, l’efficacité dépend principalement de la qualité de l’animation. L’enseignant préside le plus souvent les conseils car il maîtrise déjà les habiletés nécessaires pour le faire. Certains enseignants préfèrent transmettre progressivement la responsabilité à des élèves volontaires.

  • l’organisation du conseil de coopération :

Chaque enseignant propose le schéma de déroulement qui lui semble le mieux convenir à ses élèves, à sa conception pédagogique et au temps qu’il lui a imparti. Il veillera à ce que le conseil suive l’ordre du jour établi dans le délai fixé. Lorsqu’une décision est à prendre et qu’un consensus ne peut être trouvé, un vote a lieu.

  • la régularité :

Il est important que chacun sache qu’un lieu de parole se tiendra chaque semaine, qu’un ordre du jour, toujours le même, ouvrira un espace de parole et de décision où il pourra exposer les problèmes qu’il a rencontrés, les torts qu’il a éventuellement subis, les réparations qu’il demande et faire part des projets qu’il propose.

  • l’application des décisions :

Si les décisions prises ne sont pas appliquées, qu’il s’agisse de projets, de règles ou de sanctions, le conseil perd toute sa crédibilité ; l’enseignant se porte donc garant de leur application mais chaque enfant a le devoir d’y participer. Voilà pourquoi on commence par un retour sur la réunion précédente : relecture des décisions qui ont été choisies, et l’enseignant demande si les engagements pris ont été tenus. Si une décision n’a pas eu les effets escomptés, le point est remis à l’ordre du jour.

  • le rôle de l’enseignant :

Il joue un double rôle, assumer les fonctions d’animation et parfois de secrétaire, ainsi que participer à la prise de décision du conseil en tant que membre du groupe. Comme animateur, l’enseignant a trois fonctions indispensables au bon déroulement de la réunion : une fonction de clarification au niveau du contenu : il fera reformuler, expliciter ou encore résumer ce qui a été dit ; une fonction de contrôle au niveau de la procédure : il veillera au respect de la prise de parole, suscitera les enfants silencieux et sensibilisera les enfants au temps pour chaque point à l’ordre du jour mais aussi faire respecter l’écoute des autres et nommer les « dérangeurs » ; une fonction de facilitation, au niveau du climat : il invitera les enfants à s’exprimer sur leurs émotions, les aidera à trouver des solutions aux problèmes, fera partager la valeur de coopération…

En conclusion, l’établissement du conseil de coopération permet aux enfants de s’impliquer dans la gestion du travail, de la discipline et du climat de la classe qui est basé sur le respect et la collaboration.

En outre, le conseil de coopération donne l’occasion aux enfants d’apprendre les rouages de la vie en société, de la citoyenneté et de la démocratie. Ayant pris part à une expérience démocratique dans leur classe, ces citoyens en herbe pourraient bien prendre conscience de l’enjeu de la participation dans la société de demain.

Par sa diffusion dans les classes, l’Université de Paix contribue ainsi à transformer le rêve d’une société démocratique et non-violente en réalité.

Pour aller plus loin :

  • Jean Le Gal, Les droits de l’enfant à l’école, Pour une éducation à la citoyenneté, De Boeck & Larcier, Bruxelles, 2002.
  • Danielle Jasmin, Le conseil de coopération, Editions Chenelière, Montréal, 1994.

Installer la coopération dans un groupe

Le parachute, jeu de coopération

Par Claire Struelens. Initialement publié dans le trimestriel n°74, 2001.

Devenir un citoyen responsable qui se positionne et agit dans un esprit solidaire et critique nécessite des apprentissages.

Dans ce contexte, les activités de coopération permettent d’une part d’entrer en relation avec l’autre, les autres, dans un climat de confiance et de respect mutuel et, d’autre part, l’émergence d’aptitudes et d’attitudes qui favorisent, entre autres, la confiance en soi et mutuelle, le dialogue, la communication.

Le parachute, jeu de coopération

Le parachute, un exemple de jeu de coopération

Dès l’enfance, la comparaison et son cortège d’inquiétudes et de compétition animent nos comportements. Comme chaque individu a besoin d’être reconnu et d’appartenir à un groupe, il cherchera à satisfaire ces besoins au travers des regards positifs ou négatifs au risque de s’affubler d’étiquettes qui le poursuivront tout le long de son parcours.

Développer l’estime de soi, découvrir des activités où personne ne sera exclu, favorisent petit à petit l’éclosion d’un autre regard et la perspective d’un changement relationnel.

Un élève de cinquième primaire dans une classe de 25 élèves nous dit après une activité intitulée «Carte des qualités». «Eh bien, j’étais décidé à changer d’école l’année prochaine car je croyais ne pas avoir d’amis ! Maintenant, j’ai envie de rester.»

Pour expérimenter et apprendre l’esprit de coopération et d’entraide, il est nécessaire de passer par différentes étapes qui se succèdent selon un ordre progressif.

Au nombre de sept, ces étapes s’intitulent :

  1. « Être accueilli », se sentir bien, en sécurité dans le groupe
  2. « S’exprimer »
  3. « Reconnaître ses qualités » et celles de l’autre
  4. « Prendre sa place » et reconnaître celle de l’autre
  5. « Écouter », mettre à profit tous mes sens, apprendre à écouter l’autre pleinement
  6. « Développer la confiance » en soi, en l’autre
  7. « Coopérer », construire ensemble

Selon le niveau de sécurité émotionnel du groupe, une étape peut prendre plusieurs heures, jours. En effet, si je ne me sens pas en sécurité avec mes compagnes et compagnons, il me sera difficile de m’exprimer et d’écouter.

En tant que formateur, animateur, éducateur… il est nécessaire de voir et de sentir l’opportunité du changement d’étape et d’activités.

le fait d’installer la coopération dans un groupe peut également se décliner sous forme d’objectifs :

  • renforcer ou rétablir une image positive de soi essentielle pour avoir confiance en soi et oser faire des choix constructifs ;
  • développer la capacité de s’exprimer personnellement dans le respect de l’autre ;
  • développer la communication et l’échange à l’intérieur du groupe ;
  • améliorer la capacité de réaliser une tâche en groupe en insistant sur l’implication de chacun ;
  • susciter l’entraide comme moyen d’atteindre un objectif commun.

L’enfant, l’adolescent aura appris par la mise en situation qu’il existe d’autres attitudes, comportements, solutions dans l’approche relationnelle et pourra dès lors ouvrir un éventail de choix d’actions possibles en cas de nécessité. Les relations interpersonnelles et à terme les relations sociales peuvent se modifier.

L’essence de la démarche proposée par l’Université de Paix en vue d’apprendre à vivre avec nos différences c’est-à-dire gérer le conflit comme un enjeu commun et l’aborder comme une étape dans l’évolution de notre relation aux autres inclut donc les activités et jeux de coopération dans l’espace. Il s’agit d’un réel apprentissage. En effet, lors d’animations, je peux constater combien l’approche compétitive (gagnant/perdant) prévaut alors qu’elle n’est nullement annoncée dans l’énoncé de l’activité. Par exemple, lors du  « Bingo » : plusieurs enfants se dépêchent de récolter le nombre de signatures demandé afin d’être le(s) premier(s) à crier «Bingo» ou encore, dépasser le nombre de signatures demandé pour être celui qui en a récolté le plus… L’apprentissage d’une logique collaborative est donc bel et bien un enjeu important en lien avec la gestion de conflits !