éducation à la relation

Canal et compagnie : « Apprendre la coopération »

Le 23 novembre 2015, Julie Duelz (Formatrice à l’Université de Paix) était présente sur le plateau de l’émission Canal et compagnie (Canal Zoom et Canal C). « Apprendre à développer l’esprit de coopération » ! C’est le thème de cette émission. Elle est intervenue aux cotés d’Anouk Thibaut, du Ligueur. 

Pour une école nonviolente et bienveillante

Comme tout lieu de vie collective, l’école est propice à la manifestation de conflits et de faits de violence en tous genres, physiques ou verbaux. Comment donc les désamorcer avant qu’ils ne dégénèrent ? Comment favoriser un climat serein, respectueux et agréable au sein des établissements scolaires ? En développant, par exemple, un mode de relation et une communication basés sur la bienveillance…

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Brigitte Gérard (Entrées Libres) a interviewé Claire Struelens, formatrice à l’Université de Paix.

[…] Pionnière en la matière en Belgique, l’Université de Paix propose diverses formations, ouvertes aux enseignants, dont l’objectif est de découvrir [notamment] le langage de la CNV [Communication NonViolente] et de s’initier à son processus.

« Cette forme de communication permet une compréhension de soi-même et de l’autre avec bienveillance, explique Claire STRUELENS, formatrice à l’Université de Paix. En fait, chacun cherche, par sa manière d’être, par ses comportements, ses paroles, à faire passer un message.

Parfois, ce moyen est violent, on émet des jugements, on interprète… Mais derrière ça, il y a peut-être une personne démunie, qui a besoin d’aide. La CNV nous aide à nous relier à nous-mêmes, à l’écoute de nos ressentis et de nos besoins et nous permet ensuite d’émettre une demande à l’autre » […]

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Travailler le relationnel à l’école : au-delà des mesures « curatives »

Régulièrement, l’Université de Paix est appelée pour résoudre des cas de violences, comme on appelle les pompiers lorsqu’il y a le feu. Les formateurs et animateurs en gestion de conflits peuvent intervenir dans ces situations, mais il reste alors un travail de reconstruction à effectuer : comment réparer ce qui a été endommagé ? Comment prévenir ce phénomène ?

La paix est plus que l’absence de violence. Comment agir pour favoriser et maintenir un climat de paix, des relations harmonieuses ?

Face à des cas de harcèlement ou d’injures et de coups (par exemple), les différents acteurs et intervenants peuvent être désemparés. Ils souhaitent dès lors des solutions rapides et radicales. En réalité, plusieurs théories montrent que pour que cela soit efficace, cela implique plusieurs niveaux d’action.

La « Pyramide de prévention », par J. Deklerck

Cette approche correspond à un traitement très spécifique du phénomène, focalisée sur le problème. C’est ce que J. Deklerck appelle des mesures curatives. Il s’agit par exemple des sanctions, qui sont plus ou moins éducatives et efficaces selon les cas. Si un élève perturbe le cours en insultant plusieurs de ses camarades, il est mis en retenue. L’Université de Paix reçoit régulièrement des demandes d’intervention « curative », pour résoudre un problème dans l’immédiat : « quelles solutions mettre en place » ? Quelles réparations à court terme envisager ?

Deklerck explique qu’il s’agit d’un niveau de prévention indirecte, entre autres dans la mesure où il appelle à d’autres actions par la suite. Il s’agit d’interventions très situationnelles, à court terme (travailler les mesures curatives à un moment donné n’empêche pas de travailler ensuite d’autres dimensions de la pyramide, au contraire).

Cependant, si le problème se répète, ce qui est souvent le cas et d’autant plus lorsqu’il s’agit de harcèlement scolaire, il implique une réflexion plus large quant à la prévention. Viennent alors ce que Deklerck appelle des mesures spécifiques de prévention. Ces mesures se situent toujours au niveau du problème, mais cette fois il s’agit de s’interroger sur comment éviter qu’il survienne. Il s’agit alors de prévention directe. Par exemple, pour prévenir le harcèlement, il est possible d’organiser des sensibilisations au phénomène dans les classes.

Toujours selon l’auteur, il existe ensuite des mesures générales de prévention. Progressivement, le focus se déplace du problème (approche spécifique) au bien-être (approche fondamentale). Il s’agit toujours de prévention de problème, mais nous nous situons déjà dans un cadre plus indirect, élargi par rapport au contexte et aux relations. Des outils de communication, de négociation ou encore de médiation par les pairs peuvent être travaillés à ce niveau. Une réflexion démocratique sur les règles et un travail sur la confiance en soi (estime de soi), sur les émotions, etc. peuvent également être mis en place.

A cela s’ajoutent des actions relatives à la mise en place d’un cadre général favorisant la qualité de vie. Le focus est clairement ici davantage sur le bien-être. Il n’est plus vraiment question de prévention directe, étant donné que le problème n’est plus mentionné. Le travail s’effectue alors sur tout le contexte, qui a une influence sur les interactions. Il s’agit entre autres d’activités relatives au « vivre ensemble » (climat de classe, par exemple) ou encore sur les dynamiques de groupe. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’il arrive que nous recevions des demandes pour agir sur le « climat » d’une équipe de travail alors qu’il y a des problèmes avérés (disputes, inimitiés, etc.). Tout comme une approche focalisée sur le problème risque d’être insuffisante, un moment de team-building n’est en principe pas supposé apporter de mesures curatives par rapport à des problèmes situationnels…

Enfin, l’auteur élargit encore son modèle en y intégrant un niveau d’action relatif au bien-être, pris globalement dans la société.

En somme, cela signifie que la prévention de la violence est traversée par l’ensemble des niveaux identifiés par Deklerck : les mesures curatives peuvent s’accompagner de mesures de prévention directe (spécifiques ou générales), ainsi que d’un travail sur la qualité de vie. Le travail préventif fait appel (au moins indirectement) à des actions contextuelles, qui touchent au bien-être et au « vivre ensemble » harmonieux en groupe ou en société.

C’est pourquoi nos programmes d’intervention proposent une approche intégrée, comprenant un travail sur le bien-être et des relations harmonieuses en groupe. Des mesures curatives et des activités de prévention sont envisagées (sensibilisation, réflexion sur le phénomène, analyse de celui-ci, etc.) en cas de problème, mais elles sont en lien avec une réflexion qui les englobe. Une attention est portée aux dynamiques de groupe dans un cadre plus large et à des activités visant à construire du lien et développer l’empathie chez les élèves, que ce soit en secondaire, en primaire ou en maternelle.

> Dans une optique similaire, nos programmes impliquent autant que possible tous les acteurs du monde scolaire (élèves, groupe classe, enseignants, directions, parents…). A ce sujet, pour aller plus loin, cf. l’article « Niveaux d’actions pour créer le changement ».

« Harcèlement scolaire : la loi du préau »

Coups, brimades, moqueries… L’école est-elle devenue une jungle où les plus faibles sont systématiquement harcelés et brimés par quelques caïds ? Phénomène en hausse ou plus vite détecté ? Comment réagir pour réguler les relations des enfants entre eux ?

> Un dossier du journal « L’Appel » du mois de janvier 2015.

Face aux risques de violences en tout genre entre adolescents, dans le cadre scolaire mais aussi dans d’autres groupes, les formateurs à l’Université de Paix préconisent certaines mesures préventives.

« Idéalement, il faut créer un espace de parole qui permette de parler de ce qui est diffcile à vivre à l’école, explique Alexandre Castanheira, formateur spécialisé dans la problématique du harcèlement et membre de la Cellule ados de l’Université de Paix. Mais il faut aussi organiser des activités qui permettent aux jeunes de comprendre les règles du bien vivre ensemble et, surtout, d’apprivoiser les différences qui vont mener à la stigmatisation d’un individu : le style vestimentaire, l’apparence physique, les résultats scolaires […] »

Travaillant depuis longtemps sur le sujet, l’Université de Paix prône la mise en place d’espaces de parole permanents, le travail sur les compétences relationnelles et la résolution collective des conflits. Pour le formateur, il faut vraiment travailler sur les compétences sociales, émotionnelles et relationnelles des enfants et des jeunes. Un travail qui ne peut s’envisager qu’en groupe. « À l’école, on vit ensemble huit heures par jour, il est donc primordial d’agir sur le collectif, de manière régulière. Il faut mettre en place un cadre de confiance et de sécurité, fixer les règles et les limites […] »

L’existence d’espaces de parole réguliers et régulés n’étant pas – encore – généralisée, l’Université de Paix est aussi sollicitée pour conseiller et intervenir quand un cas de harcèlement survient dans une école. Ici aussi, l’approche est collective. « […] nous recommandons tout d’abord de croiser les infos », poursuit Alexandre Castanheira. Car dans le milieu scolaire, il y a en effet un saucissonnage des informations. « Les membres de l’équipe pédagogique n’ont chacun accès qu’à une partie de la réalité du jeune. Pris individuellement, des faits en apparence anodins peuvent s’avérer graves s’ils se répètent plusieurs fois par jour. Bien sûr, des signes peuvent indiquer qu’un jeune est victime de harcèlement (chute des résultats, absentéisme, comportement agressif…), mais si chaque professeur ne connaît qu’une facette des faits, il est difficile de poser un diagnostic […] »

Parmi les actions à mener, l’Université de Paix recommande donc de ne pas agir seul. « Si un éducateur est mis au courant d’une situation et tente de la régler lui-même, par exemple en sanctionnant le harceleur, il se peut très bien que les choses s’aggravent pour la victime (représailles du puni et de ses amis, peur de se confier à nouveau). Nous invitons donc le professeur titulaire, l’éducateur et la direction à commencer par évaluer la situation ensemble et voir s’il y a un problème. Un «vrai» cas de harcèlement requiert quatre critères: la fréquence, la gravité, l’étendue (quelques jeunes, la classe, les réseaux sociaux), les faits déjà connus.

Lorsque l’équipe a conscience du problème, il faut rapidement le régler. Tout d’abord en protégeant et en rassurant la victime et ses parents, puis en prenant éventuellement une sanction disciplinaire contre le ou les coupables. Alexandre Castanheira ajoute : « Mais il faut être attentif à ce que cette mesure soit éducative sinon, on donne le goût de la vengeance au harcelé et un sentiment d’injustice au cercle du harceleur. Car il s’agit de jeunes et ils n’ont pas toujours conscience de la souffrance qu’ils infligent. Il faut rappeler la règle, poser les limites et aussi faire prendre conscience de la gravité des faits en poussant le ‘bourreau’ à se mettre à la place de sa victime. La sanction éducative doit permettre de comprendre ce qui n’est pas ‘OK’ et de réparer. »

À ce travail à devoir mener avec les deux protagonistes – le harcelé et le harceleur –, Alexandre Castanheira ajoute une troisième composante : les témoins. « Ceux que Bruno Humbeeck appelle les ‘specta(c)teurs’, parce que même s’ils ne ‘font rien’, ils valident la norme dictée par le harceleur et permettent la situation »

Après avoir identifié tous les protagonistes, il faut travailler dans la perspective de rétablir du lien. « Tous les élèves ne doivent bien sûr pas devenir super copains, mais ils doivent parvenir à vivre ensemble de ‘manière OK’ pour tous ».

À cette méthodologie proposée (évaluation – diagnostic – travail collectif ), s’en ajoutent d’autres qui ont fait leurs preuves. Mais toutes présupposent des adultes formés au processus, avec des capacités d’écoute des émotions, de reformulation des faits sans jugements, etc. « Ces dernières années, il y a eu pas mal de sensibilisation et, au sein des centres PMS, le personnel est de mieux en mieux formé. Mais sans imposer que l’ensemble des professionnels d’un établissement scolaire soient outillés, il faudrait au minimum que les éducateurs et les titulaires le soient ».

Outre la formation et la sensibilisation des adultes, la clé reste l’éducation à la relation, à l’empathie dans le cadre scolaire. « C’est capital et cela doit se faire dès la maternelle», conclut Alexandre Castanheira.