enseignante

Gestion de conflits à l’école

Le témoignage d’une enseignante ayant suivi un module « Gestion de conflits en classe »

Je suis titulaire en première année primaire. Il y a vingt-deux élèves dans ma classe. Dans cette classe, il y a quelques enfants qui présentent des comportements « difficiles » comme dans chaque classe, je pense. Cependant, un enfant de ma classe provoquait très régulièrement les autres et/ou les ennuyait (il passait près des bancs des autres et déplaçait leurs affaires, il poussait celui qui était devant lui dans le rang…). Par provoquer, j’entends pousser, frapper, prendre les affaires des autres, etc.) pour que l’autre réponde à ce comportement et se fasse punir.

Dans ce cas, il est le premier à venir me rapporter le « mauvais » comportement d’un autre enfant même si ce comportement est survenu à cause de lui. Lorsque cet enfant ne voulait pas obéir et que je devais le punir, il essayait de me provoquer aussi. En effet, quand il était puni, il se faisait remarquer d’autant plus, il essayait d’appeler et de déranger les autres (il se levait en classe pour aller déposer sa feuille et en même temps il prenait le crayon d’un autre, pendant qu’on travaillait, il disait tout haut le prénom d’un autre enfant pour l’appeler,…), il venait me déranger et me poser des questions « ridicules » (« On doit mettre son prénom sur la feuille ? » alors qu’on le fait à chaque fois, « On prend sa collation pour aller en récréation ? » il sait très bien la réponse également, « Je peux faire cette charge ? » alors que ce n’est pas sa charge et qu’il y a donc un autre enfant chargé de ça)… Par « questions ridicules », je veux dire questions dont il connaît déjà très bien la réponse.

Les punitions n’avaient absolument aucun impact sur lui et il ne se gardait pas de me le dire.

Suite aux comportements de cet enfant, j’étais impatiente de suivre ce module « Gestion de conflits » afin d’avoir des pistes, des idées pour faire évoluer cette situation.

Mes découvertes

Ce module « Gestion de conflits » m’a fait prendre conscience et découvrir certaines pratiques. J’en ai choisies quelques-unes que je vais expliquer et que j’ai utilisées.

« Atterrissage »

Laisser le temps aux enfants qui sont en retard de s’installer, ne pas les inclure dans l’apprentissage directement. J’avais l’habitude lorsqu’un enfant arrivait plus tard d’aller près de lui et de lui expliquer tout de suite ce qu’on était en train de faire. Maintenant, lorsqu’un enfant est en retard, je lui laisse le temps de s’installer, de sortir ses affaires, de préparer son crayon et sa gomme et, lorsqu’il est prêt, j’arrête l’activité que l’on est en train de faire et je demande aux autres enfants d’expliquer ce qu’on est en train de réaliser.

à Cela permet aux enfants de se préparer à apprendre, de se poser calmement et de « se connecter » à l’activité qui est en train d’être vécue et cela permet aux enfants qui n’étaient pas en retard d’expliquer ce qu’ils sont en train d’apprendre pour vérifier leur compréhension.

Cercle de la frustration

Ce modèle théorique montre que l’on peut créer du changement à chaque étape. Un besoin peut être assouvi ou entendu sinon il engendre une émotion (de la colère) qui peut être exprimée, écoutée sinon elle engendre de l’hostilité par la posture, l’attitude qui peut être stoppée par un rappel de la règle et de la sanction ou qui peut aboutir à un acte de violence qui doit alors être puni. Avec de la communication et de l’écoute, on peut agir sur les besoins et les émotions. Avec des règles et des sanctions, on peut agir sur l’hostilité et les violences.

Cet élément-ci est à la base de tous les conflits voilà pourquoi il me semble important de l’ajouter ici.

Deux types de violences

  • La violence chaude, il s’agit d’une émotion qui peut amener un acte de violence (cercle de la frustration). Dans ce cas, une discussion, une situation d’écoute pourrait résoudre le problème (et éventuellement une sanction).
  • La violence froide est un comportement de domination pour avoir le contrôle de la situation. Lorsque l’on est confronté à une violence froide, il est conseillé de ne pas réagir directement (compter 5 secondes dans sa tête « 5 crocodiles ») et de faire le « poisson froid ». La technique du « poisson froid » consiste à montrer que la situation ne nous atteint pas, que nous avons confiance en nous, que nous sommes conscients de notre valeur afin d’empêcher l’autre de prendre le pouvoir. Le « poisson froid » peut déstabiliser l’enfant en lui montrant que ses provocations n’ont aucun impact sur nous.

Météo

Cette activité consiste à prendre la température du groupe, à exprimer son humeur, ses sentiments directement ou à l’aide du vocabulaire de la météo. Je l’utilise tous les matins dans ma classe, les enfants doivent lever ou baisser le pouce et dire comment ils se sentent. J’ai dû ajouter le geste à la parole parce que certains enfants étaient trop réservés pour parler devant les autres. Au début, certains enfants ne s’exprimaient pas parce qu’ils étaient gênés de prendre la parole devant le groupe. J’ai alors proposé à ces enfants-là de lever ou de baisser le pouce selon leur humeur et de ne pas parler. Après plusieurs jours, je leur ai dit qu’ils avaient le droit de ne rien dire mais qu’ils pouvaient aussi essayer de dire un mot quand ils seraient prêts. Puis, petit à petit, tous sont parvenus à dire un petit mot sur leur humeur du jour. Les enfants adorent ça et cela permet également de désamorcer un besoin, une émotion pouvant amener un éventuel comportement « violent ». Effectivement, une émotion qui est exprimée permet déjà à l’enfant de se décharger de cette émotion et d’essayer de se concentrer sur autre chose. Cela permet aussi à l’enseignant d’être plus attentif à tel enfant en fonction de ce qui aura été dit lors de la « météo ».

Cette activité renforce le sentiment d’appartenance au groupe et la confiance en soi. Pour certains enfants, c’est un réel défi de s’exprimer sur leurs émotions devant le groupe. Sans forcer les enfants, au fur et à mesure, ils prennent de l’assurance et osent s’exprimer de plus en plus.

Six C

Cela permet d’élaborer des règles.

Pour qu’une règle soit efficace, elle doit être :

  • Connue : la règle est explicitée aux enfants ;
  • Claire : elle est exprimée de façon concrète, à l’aide de comportements ;
  • Comprise : le sens de la règle est signifiant pour chacun ;
  • Constante : la règle est appliquée de la même manière pour tout le monde ;
  • Congruente : elle est appliquée de la même façon par les adultes et respectée par ceux-ci ;
  • Conséquente : la transgression de la règle amène une sanction.

Dans ma classe, une règle conditionne les comportements attendus : « il est interdit d’empêcher d’apprendre » (aux autres ou à soi-même). Nous avons exprimé et listé des comportements observables rencontrant ou non cette règle avec les enfants. Cette règle « empêcher d’apprendre » peut être déclinée pour beaucoup de cas. Par cet aspect de la règle, je voulais attirer l’attention des enfants sur le fait que leur comportement influençait les apprentissages du groupe mais aussi leurs apprentissages personnels.

Ce point me semble important et je voudrais le mettre en place dans ma pratique future.

Six S

Cela permet d’élaborer des sanctions.

Pour qu’une sanction soit pertinente, elle doit :

  • scinder l’acte et la personne : le comportement sera jugé mais pas la personne ;
  • avoir du sens : la sanction est pensée en fonction de son impact et le sens est précisé ;
  • être situationnelle : la sanction est graduelle selon les circonstances (positives ou négatives) ;
  • être suffisamment inconfortable : la sanction doit amener de l’inconfort pour ne pas que l’enfant ait l’envie de recommencer ;
  • être suivie de communication : après la sanction, la communication permet d’entendre les raisons de l’enfant et d’essayer de trouver des solutions pour ne plus que cela se reproduise.
  • amener une solution : la sanction doit être réparatrice pour réparer la faute commise.

Lorsqu’un enfant est puni, la sanction est toujours suivie d’un moment d’écoute et d’un temps de réflexion sur la réparation qui pourrait être envisagée. Ce point me semble important et je voudrais le mettre en place dans ma pratique future.

Les différents types d’écoute 

  • L’écoute active : écouter l’essentiel du message et les émotions et y réagir.
  • L’écoute passive : écouter sans parler, notre posture montre à notre interlocuteur que l’on écoute et que cela a de l’importance pour nous.
  • L’écoute risquée :
    • Jugement : mettre une étiquette sur la personne qui parle.
    • Diversion : reporter la discussion, le problème à plus tard.
    • Solution : apporter notre solution à la personne qui parle et qui veut simplement être écoutée.
  • La reformulation : redire l’essentiel du message.
  • Le recadrage : écouter, réutiliser l’histoire de la personne et y chercher du positif.

Dans un contexte de classe, avec mes élèves, j’utilise dans la plupart des cas l’écoute active. J’utilise l’écoute passive lors d’activité telle que la « météo », j’écoute les enfants mais je n’ai nullement besoin d’intervenir. La reformulation et le recadrage sont intéressants lors de discussions remplies d’émotions afin d’aider l’enfant à mettre « de l’ordre » dans ce qu’il ressent. J’utilise la diversion lorsque des enfants viennent se plaindre l’un de l’autre dans la cour de récréation. Je leur propose d’aller s’asseoir à des endroits définis et relativement éloignés pour réfléchir. Après quelques minutes, je vais les chercher et je les écoute un à la fois pour voir quel était le problème. Selon le cas, je leur propose de régler ça entre eux en discutant non loin de moi.

La synchronisation

La synchronisation est le fait de se coordonner avec notre interlocuteur, de prendre la même posture, la même attitude que celui-ci.

À l’école et dans ma vie personnelle, je fais régulièrement preuve d’empathie et je suis très souvent synchronisée avec la personne avec laquelle je parle. J’ai pris conscience de cela après notre séance sur ce thème. Je trouve cela très amusant d’observer les comportements des gens et de voir ou non leur synchronisation avec leur interlocuteur.

Retour sur ma situation de classe

J’ai mis en place l’activité « Météo ». Cela est positif pour chaque enfant. Effectivement, ceux qui ont besoin de s’exprimer en ont la possibilité. Ceux qui ont « peur » de s’exprimer peuvent simplement faire un geste et ajouter des mots après quelques temps. Ces derniers prennent confiance en eux petit à petit. Cette activité a permis à mon élève « difficile » de trouver une place dans la classe et de se sentir appartenir à la classe mais aussi de s’exprimer et de libérer des émotions ou des besoins qu’il avait envie de partager. De plus, elle me permettait d’écouter ce qu’il avait envie de dire et d’être attentive à son humeur afin d’essayer d’anticiper certaines ces réactions. Cette activité me permet également de prendre du temps pour écouter et essayer de percevoir l’univers de chaque enfant.

Avec mon élève « difficile », j’ai utilisé le cercle de la frustration afin d’agir à plusieurs moments sur ses besoins, émotions et comportements. Cela a fonctionné à plusieurs reprises. La communication lui permettait d’évacuer certaines émotions et d’exprimer des besoins afin de les mettre de côté pour pouvoir penser à autre chose. Après chaque conflit avec les autres enfants ou avec moi, il y a une discussion et une réflexion sur ce qui s’est passé.

D’abord, après chaque transgression, l’enfant restait avec moi en classe. Je le laissais toujours se calmer au début. Après quelques minutes, je lui demandais de m’expliquer la raison de son comportement. La plupart du temps, il « ne savait plus » ou mentait. J’essayais alors de lui poser des questions pour lui faire dire ce qu’il s’était passé. Ensuite, je lui expliquais en quoi il n’avait respecté la règle et je lui rappelais la sanction. Enfin, nous discutions ensemble sur une réparation possible. Il est vrai que dans certains cas, la réparation pourrait être la sanction. Lorsqu’il se moquait d’un autre, le fait de devoir aller demander pardon à l’enfant, de réaliser un dessin pour s’excuser le mettait déjà dans une situation inconfortable. Dans ce cas, ce n’est peut-être pas nécessaire d’ajouter une sanction inconfortable en plus.

La technique du « poisson froid » fonctionne très bien. Le fait d’attendre quelques secondes avant de répondre, déstabilise complètement notre interlocuteur et nous permet de gagner en assurance. Montrer que ce qu’on entend n’a pas d’impact sur nous fait perdre de la confiance et de l’influence à notre interlocuteur. Après un certain temps, l’enfant a moins envie de provoquer puisqu’il a compris que ça n’aurait pas d’impact sur nous.

Au début, après plusieurs remarques, son comportement ne cessait pas. Il était donc puni, il allait dans le coin de la classe. Il en profitait alors pour faire le sot et je m’énervais d’autant plus. Lorsqu’il était puni dans le coin, il se retournait, appelait les autres, bougeait, … Ensuite, lorsqu’il commençait à faire des bêtises (chiper les affaires des autres, insulter les autres, …), je lui rappelais la règle et la sanction et je faisais moins attention à lui pour lui montrer qu’il n’avait pas toute mon attention et je ne m’énervais plus. Plus tard dans l’année, après plusieurs remarques, je lui disais simplement « Tu ne veux pas apprendre, alors tu sors de la classe. ». Il a dû sorti deux ou trois fois mais, après cela, il a compris qu’il perdait sa place en classe pendant un moment et qu’il devait aussi refaire le travail non fait en classe à la maison ou aux récréations. Après chaque conflit, il y avait une discussion.

En parallèle, je le valorisais dès qu’il faisait quelque chose de bien. Il a pris goût à cela et, maintenant, il essaye réellement de bien faire et il fait beaucoup moins de bêtises. Il n’est plus dans la provocation en train de chercher les autres. Il est plus posé. Il joue plus calmement dans la cour. Aujourd’hui, il comprend que quand il dépasse les limites, il y a une sanction et il l’accepte. J’ai dû l’isoler encore une fois mais c’était complètement différent. Il a commencé à ennuyer sa voisine en prenant ses affaires, en écrivant sur sa gomme… Il est allé dans le coin, il a accepté et respecté la sanction puisqu’il n’a pas bronché, il est resté dans le coin sans bouger, sans parler. C’est déjà un très gros changement.

Un jour, j’ai vu qu’il n’était pas dans de bonnes dispositions pour être réceptif aux apprentissages. Je lui ai alors proposé de ne pas faire l’activité qu’on était en train de faire et de se coucher sur son banc quelques minutes. Il a accepté sans déranger le groupe et il était bien prêt pour l’activité suivante.

Les provocations de cet enfant ont petit à petit diminuées et son comportement s’est nettement amélioré.

Mon cheminement futur

Pour demain, je vais continuer ce que j’ai commencé à mettre en place et qui a fonctionné avec mes élèves (atterrissage, météo, cercle de la frustration, poisson froid, écoute, communication).

Pour l’année prochaine, j’essayerai de construire ma charte de classe en me basant sur les 6 C pour construire les règles et les 6 S pour déterminer les sanctions. Lors de l’élaboration des sanctions, je serai attentive à l’aspect graduel.

Pour l’avenir, je voudrais approfondir mes recherches sur la psychologie de l’enfant, la discipline incitative et la communication non violente.

Résoudre les conflits en classe

Par Gaëlle Dewil, enseignante.

Gaëlle Dewil a suivi un module de formation consacré à la gestion de conflits en classe (thèmes abordés : techniques d’écoute, règles et sanctions, méthode du « SIREP »…). Elle nous livre sa réflexion de fond sur les outils partagés, en lien avec ses expériences « sur le terrain ».

Contexte : école libre – encadrement différencié – sixième année primaire – 15 élèves.

Ce module m’a entre autres permis de prendre le temps d’analyser une situation afin d’en avoir une vision plus élargie et globale, de prendre du recul par rapport à mes comportements face à un conflit, de remettre en question mes réactions face à certaines attitudes d’autres enfants, parents ou collègues, de réévaluer les fondements des règles et sanctions que je pose… Regardons de plus près quelques points théoriques qui ont particulièrement retenu mon attention…

Code de vie et charte de la classe

La partie de la formation portée sur le code de vie et l’établissement du règlement de la classe m’a fortement interpellée et j’ai envie de mettre en application les conseils donnés. J’estime qu’il est cependant inutile de commencer ce travail en milieu d’année, d’autant plus quand la charte actuelle de la classe fut créée avec les élèves quelques mois auparavant…

Cette année, j’ai donc décidé de tester et de déjà essayer de mettre en place quelques techniques telles que la formulation du message en « JE » et le droit à la parole ininterrompue, mais le réel travail sera à accomplir lors de la rentrée prochaine…

Revenons brièvement sur ces deux techniques. La première qui consiste à éviter de parler en « ON » et en « NOUS » est très difficile à appliquer. Mes élèves ont compris l’importance et la nuance de l’utilisation de ces pronoms, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’émettre un jugement, de donner son opinion (subjectivité) ! Vu la nouveauté, mes élèves y sont fortement attentifs et se rectifient mutuellement. Lors de ces rectifications, j’en profite pour insister sur les deux versions et expliciter les nuances !

Petit à petit, les enfants deviennent de plus en plus objectifs et « personnels ». Mais cet exercice s’avère toujours très difficile lorsqu’il s’agit de régler un conflit… étant donné que l’émotionnel est très fort dans cette situation. Dans ce cas, l’usage de la deuxième ou de la troisième personne du singulier prime : l’enfant ayant tendance à pointer les faits des autres plutôt que les siens.

Au sujet du droit à la parole ininterrompue, j’utilise dorénavant le système du bâton de parole et le système du « coussin » aléatoire [ndlr : il s’agit de lancer un petit objet mou, par exemple un petit « coussin » ou une balle antistress pour distribuer la parole de manière aléatoire, afin que chacun reste « à l’affût »] le plus possible dans mes activités. Les enfants en sont demandeurs et je constate une plus grande concentration chez eux.

6C – 6S – discipline incitative

Cette formation m’a poussée à mesurer et à réexaminer l’adéquation entre les règles établies, les valeurs de celles-ci et les objectifs poursuivis au sein de la classe.

Les théories des 6C et des 6S sont à présent affichées dans un coin de mon espace bureau afin de les avoir sous les yeux, de me les remettre en tête périodiquement et de penser à les mettre en pratique. Je ne les utilise pas en permanence, par contre, dorénavant, j’essaie systématiquement de me poser ces questions : « En quoi cette règle est-elle bénéfique pour la communauté ? En quoi la valeur mise en évidence dans cette règle est-elle primordiale pour la vie scolaire ? En quoi les sanctions en lien avec cette règle sont-elles profitables au groupe et/ou au sanctionné ? ». Cette réflexion me permet d’adopter une attitude plus réfléchie et adéquate face aux problèmes.

En lien avec ce re-questionnement, j’ai commencé à mettre en place la théorie de la discipline incitative. Même si j’en ai eu peu recours jusqu’à présent, je suis convaincue des bienfaits de cette technique des « 4R » (reconnaissance positive – réparation – rachat – répétition) sur le comportement et l’investissement des enfants.

Enseignant en sixième année, j’ai décidé de leur faire part de cette technique, de l’expliciter et de l’afficher dans un coin de la classe. Je pense qu’en leur expliquant mes pratiques, ils seront plus réceptifs à mes faits et gestes et donc, le bénéfice ne peut être que plus grand.

Concernant le premier « R » (reconnaissance positive), l’enfant a évidemment peu de champs d’actions mais le fait qu’il connaisse la valeur de ce symbole rend les renforcements positifs encore plus capitaux.

Cette symbolique va donner au deuxième « R » (réparation) encore plus d’importance puisque l’enfant sait qu’il a dérogé à la règle mais en plus, il sait qu’il n’a pas de reconnaissance positive ET qu’il doit essayer de la gagner en faisant un acte constructif en relation avec le désagrément causé ! Il s’agit de valoriser une plus grande responsabilisation tout en sachant que le droit à l’erreur est « permis ». Mes élèves ont très vite compris l’importance de ce « R » et sont fiers lorsqu’ils arrivent à l’appliquer de manière bénéfique. Bien qu’ils n’aient eu que quelques semaines jusqu’à présent pour le mettre en pratique, je ressens déjà chez eux une certaine évolution dans le type de réparation proposé. Par exemple, suite à des insultes, Luca a proposé de s’excuser et d’expliquer en quoi ce qu’il avait dit était « stupide » (dénué de sens). A la deuxième reprise, Luca a tenu à appliquer la même réparation que la première fois mais en plus, à donner du temps à la personne blessée (jouer avec elle).

Le troisième « R » (rachat) est fortement en lien avec le second tant pour ses valeurs que pour ses effets. Il permet aux enfants de prendre conscience qu’ils ont des privilèges et que leurs actions ont des conséquences. Avec mes élèves, je rends ce troisième « R » participatif en explicitant la règle transgressée, en leur faisant deviner le privilège qui leur sera retiré momentanément et en discutant avec eux de la manière de « racheter » ce privilège perdu. Cette étape prend du temps mais l’apprentissage de la valeur du pardon est vraiment enrichissant.

Pour terminer, le quatrième « R » ((non-)répétition) est, comme le premier, « entre les mains de l’adulte pour l’enfant ». Personnellement, j’ai encore un grand travail à faire sur ce point car, comme il est précisé dans le syllabus distribué en formation, « l’une des difficultés des adultes d’aujourd’hui, c’est qu’ils expliquent beaucoup, parlent beaucoup et n’agissent pas assez. Or les enfants sont davantage influencés par nos gestes que par nos paroles ». Pour être crédible aux yeux de l’enfant, il ne faut pas autoriser la récidive au même stade qu’un premier fait (sanction graduelle). J’ai encore du mal à augmenter progressivement le niveau de la sanction.

Agressivité froide et technique du « poisson froid »

Ce dernier « R » invite l’adulte à marquer des silences et à garder une position stoïque. Ces attitudes sont également recommandées lors de la gestion des comportements dominants.

Suite à la découverte de la technique du « poisson froid » (neurosciences), j’ai essayé, quand la situation s’y prêtait, d’adopter et d’appliquer les conseils des neuroscientifiques, particulièrement pour un enfant de ma classe faisant preuve d’agressivité froide et essayant régulièrement d’avoir de l’emprise sur les autres (domination du groupe classe, avoir le contrôle).

Je dois dire que les effets sont très surprenants et assez radicaux. A cette époque-ci de l’année, j’ai déjà essayé pas mal de techniques pour gérer son comportement mais aucune n’était d’une grande efficacité étant donné qu’aucune ne correspondait à son type d’agressivité. Je n’ai vraiment pas facile de changer mon « attitude spontanée » et de « contrôler » les conseils donnés, c’est tout un travail de gestion de soi, notamment pour la position/attitude corporelle (rester le plus impassible possible dans la posture, détendu, neutre) et pour la technique des 5 secondes avant de répondre (technique qui consiste à ne pas réagir du tac au tac mais de prendre son temps, de laisser un « silence » avant de répondre à l’agresseur) !

Le fait de faire abstraction momentanément des remarques (il faut « que les attaques glissent », donner une impression de non atteinte) et de ne pas dire la sanction tout de suite (différer la sanction) sont plus aisés à appliquer.

Tous ces conseils pour déstabiliser l’agresseur dans sa posture désinvolte/méprisante (en générant une situation d’incertitude) et lui dire de manière implicite qu’il ne domine pas la situation et qu’il n’en a pas le contrôle sont d’une grande aide !

Résolution de conflits

En ce qui concerne la résolution de conflits entre enfants, j’ai antérieurement testé plusieurs pistes, notamment celles proposées par le programme québécois « Vers le Pacifique », programme visant à réduire la violence (physique, verbale, psychologique) dans les écoles en favorisant l’utilisation des conduites pacifiques chez les jeunes.

Cette méthode est fortement similaire à celle du SIREP (« Stop, identifier le problème, rechercher des solutions, les évaluer et les planifier ») mais plus simplifiée. J’avais testé ce programme lors d’un intérim dans une classe dont l’atmosphère était fortement conflictuelle. Ceci s’est avéré très intéressant et mes élèves avaient bien progressé au niveau de la gestion de leurs conflits.

Malgré ces progrès, je n’ai pas renouvelé cet apprentissage les années suivantes car « j’attendais » que les conditions pour instaurer un tel changement soient optimales. Il faut savoir que jusqu’à cette année, je voyageais d’école en école, de classe en classe, avec des systèmes de fonctionnement très différents.

Etant à présent installée dans une école et dans une seule classe, je pense sérieusement à retester ce programme ou celui présenté au module « Graines de médiateurs » (Université de Paix). Le second m’attire beaucoup, je serais curieuse de comparer ces techniques voire même de les enrichir mutuellement.

De plus, pour que ce programme soit véritablement opérationnel et constructif, je suis convaincue qu’un tel renouveau relationnel doit s’opérer dès le plus jeune âge et être un véritable projet d’école collectif.

Par conséquent, lors de notre prochaine journée de formation (journée pédagogique) dont le thème est « l’autorité et les comportements difficiles », je m’engage à parler à un moment donné de ce programme !

Gestion des conflits en classe

Par Anne Poucet, enseignante.

Anne Poucet a suivi un module de formation consacré à la gestion de conflits en classe (thèmes abordés : techniques d’écoute, règles et sanctions, méthode du « SIREP »…) donné par l’Université de Paix. Elle nous livre sa réflexion de fond sur les outils partagés, en lien avec ses expériences « sur le terrain ».

Dans ma profession, je suis confrontée régulièrement à des situations plus tendues avec des élèves, des collègues ou des parents. Il faut souvent réagir dans l’urgence. Il m’arrive parfois, par manque de recul, de ne pas réussir à résoudre ces conflits soit parce que je suis trop impliquée, soit parce que je ne sais pas comment réagir. Il m’arrive également de trouver les bons mots pour améliorer la situation mais je ne sais pas toujours pourquoi « ça a marché ». Il est donc plus difficile de reproduire ma démarche et très décevant de constater qu’elle ne marche pas dans d’autres situations qui me semblent similaires.

Je me suis inscrite dans ce module pour prendre du recul par rapport à mes pratiques, trouver des réponses et décortiquer des situations de façon approfondie.

Les apprentissages de ce module

Construire un règlement de classe, pour vivre ensemble

Première chose qui m’a semblé importante, c’est le règlement de classe. Activité qui me semblait très basique au départ et que je ne faisais pas systématiquement dans ma classe chaque année. Je me suis rendue compte que je passais beaucoup de temps à rappeler les règles tout au long de l’année. Durant ce module, j’ai découvert l’importance du choix des règles de la classe. Les règles sont au service du groupe. Pour qu’elles soient respectées, elles doivent être connues et rester à la vue de tous. L’enfant doit comprendre en quoi elles sont importantes. Il ne faut pas trop de règles. Si une règle n’est pas souvent respectée, il faut se demander pourquoi : Est-elle trop stricte ? Est-elle essentielle pour moi ?

J’avais toujours cru qu’il fallait formuler la règle de façon positive plutôt que d’utiliser un interdit. J’ai appris qu’un interdit ouvre un espace de liberté, cela peut donc apporter un plus au règlement sauf si j’ai vraiment un attendu précis.

Une bonne règle doit répondre aux 6C :

  • Connue (explicite)
  • Claire ( concrète)
  • Comprise (sens, valeur)
  • Constante (appliquée de la même manière pour chacun)
  • Congruente ( valable pour les enfants et tous les enseignants)
  • Conséquente ( avec sanctions)

S’il y a un déficit au niveau d’un des 6C, il est possible de compenser par la communication.

Il faut également prévoir des sanctions. Celles-ci doivent être graduelles et connues par les enfants.

J’ai découvert les 6 S :

  • Scinde ( scinde l’acte et la personne)
  • Sens ( réparatrice par rapport à son impact, son objectif)
  • Situationnelle ( circonstances aggravantes, atténuantes, graduelles)
  • Suffisamment inconfortable
  • Solution ( réparation, rachat)
  • Suivie de communication

Pour l’année prochaine, mon règlement de classe sera plus réfléchi, avec moins de règles et avec des sanctions explicites et graduelles.

Je dois aussi rester vigilante sur le sens de la punition et veiller à ce qu’elle soit si possible réparatrice .

Comprendre la violence et ses causes, pour la prévenir

Un deuxième thème abordé est l’analyse de la violence chez un enfant (ou un adulte).

[Selon l’approche humaniste, ndlr], toute violence provient d’un besoin inassouvi (besoins universels : physiologiques…).

Le « Cercle de la frustration » m’a beaucoup interpellée. [Le Cercle de la frustration est un schéma élaboré par P-H Content. Selon ce schéma, l’acte violent est précédé par une intention de nuire (attitude hostile), elle-même précédée par une émotion (colère, par exemple), elle-même précédée par un besoin inassouvi (ce qui génère une frustration, un manque, ndlr].

Je trouve ce schéma très parlant. Il montre que l’on peut enrayer la violence et créer du changement.

A chaque moment, il y a des portes de sortie [par l’expression et l’écoute des émotions / des besoins d’une part, ou par les règles et les sanctions d’autre part].

Il montre également que ce n’est pas parce qu’il y a eu sanction que le problème est réglé, il faut retourner au besoin. Il est important de ne pas refouler l’émotion mais plutôt de la canaliser.

Ce schéma représente bien la majorité des situations conflictuelles que je rencontre.

Depuis la formation, je garde en mémoire le besoin de l’enfant pour ne pas trop vite « clore le débat » par la sanction. Cela permet que la situation ne se reproduise pas ultérieurement.

J’ai découvert qu’il y avait les violences « chaudes » et les violences « froides ». Ces dernières sont beaucoup plus difficiles à gérer pour moi. J’ai reconnu le comportement d’un ou deux élèves de notre école et j’ai remarqué que les réactions que l’on avait eues avec ces enfants ne convenaient pas.

Un enfant qui prend une posture d’ agressivité « froide » a un comportement dominant et veut le contrôle de la situation. Donc, quand on s’énerve (ce qui arrivait souvent dans notre école), il gagne. Cet enfant dépasse la sanction, il la connaît donc il domine encore la situation. Une des solutions est de reporter la sanction, de lui proposer de revenir seul après la classe –> « Je te dirai tantôt ta sanction ».

Avec un dominant, il ne faut pas lui envoyer le message : « Je suis le prof, c’est moi qui décide » [ce qui « rentre dans le jeu » de la dominance, ndlr] mais plutôt lui dire : « En ce moment, tu n’as pas d’emprise sur moi, tu ne me domines pas ».

Il ne faut pas non plus chercher à répondre du tac au tac, mais laisser 5 secondes avant de répondre, par exemple. La posture et l’attitude sont aussi importantes que la réponse elle-même.

Je trouve que ce sont les situations les plus difficiles car elles se répètent avec les mêmes enfants tout au long de l’année. Il est donc très difficile de garder son calme. Suite à ce module, je me dis que si ces situations perdurent, c’est peut être parce que notre réaction est parfois inappropriée et que plutôt que de trouver une solution, nous mettons de l’huile sur le feu. Nous avons un instituteur responsable de la discipline à l’école et je lui ai communiqué ce que j’ai appris en espérant que cela porte ses fruits.

(S’)écouter pour apaiser

La troisième chose importante que j’ai apprise c’est l’écoute et ses différentes facettes.

Tout d’abord, il y a l’écoute dite « passive » : c’est se taire mais montrer qu’on écoute. Quand un enfant vient nous trouver plein d’émotions, il faut se mettre à sa hauteur (synchroniser) et montrer que l’on est présent à son message : hocher de la tête, dire des petits mots (ok, oui) mais les interventions verbales restent rares.

Ensuite, il y a la reformulation et l’écoute « active » : c’est redire l’essence du message. Il ne s’agit pas d’une reformulation perroquet qui consisterait à répéter les mots de l’autre.

Pour bien reformuler, il faut être attentif à plusieurs choses :

  • Repérer l’intonation de la voix.
  • Repérer les choses qui ont été répétées.
  • L’essence du message est souvent à la fin de la prise de parole de la personne.
  • L’essence du message est parfois l’état émotionnel de la personne.

Dans la reformulation, on ne peut pas se tromper tant que la communication n’est pas coupée. Si je me trompe dans ma reformulation, la personne va me dire « ce n’est pas ça » et va corriger.

Répéter permet donc de clarifier. Une reformulation ne doit pas être trop longue et l’on peut demander ensuite si c’est ça que la personne voulait dire.

Une écoute active c’est  :

  • la reformulation des faits, du message, du contenu.
  • L’écoute de l’émotion sous forme d’hypothèses. (A faire avec des pincettes car ça peut apparaître comme un jugement-> Utiliser le ton interrogatif)

Il y a donc différentes façons d’écouter :

  • « Stop » -> non écoute
  • Écoute passive
  • Messages dits « risqués » (solution, enquête, jugement, diversion…)
  • Reformulation
  • Écoute active
  • Recadrage

Cet apprentissage sur l’écoute est essentiel dans mon métier. Les enseignants se croient obligés d’apporter des solutions à tout et cela se ressent parfois dans l’écoute des enfants. Mes interventions ont parfois été maladroites en voulant apporter une solution au problème de l’élève alors que ce n’est pas ça qu’il attendait. Depuis, j’essaye vraiment de séparer les moments d’écoute et les moments de recherche de solution (si c’est nécessaire) de façon à laisser l’enfant s’exprimer. Je reformule régulièrement pour vérifier ma compréhension de la situation et je veille à ne pas porter de jugement à ce moment-là.

Au-delà des notions apprises durant le modules, plusieurs activités directement applicables en classe ont été proposées :

  • La météo
  • Présenter une autre personne
  • Observation d’une image (Je pense – je vois – je ressens)
  • Quadruple reformulation

Conclusion de ce module

Durant ces 6 séances, j’ai surtout appris à observer mes pratiques, les critiquer et à les réajuster pour augmenter mon efficacité tant au niveau de l’écoute que de la gestion des conflits.

Les choses que je réussissais intuitivement s’appuient maintenant sur de la théorie. Par les nombreux exemples que nous avons eus, j’ai compris le comportement de certains élèves qui posent problème dans mon école. J’ai également compris en quoi notre réaction était parfois inadaptée.

J’ai déjà changé ma façon d’être vis à vis de certains enfants et collègues tout en restant moi-même.

Évidemment, il restera des situations difficiles mais je me suis rendue compte que les échanges avec les collègues (comme nous l’avons fait durant ce module) permettent d’élargir la vue d’ensemble.

Le témoignage de Catherine Bruynbroeck

Catherine Bruynbroeck est enseignante à Ixelles. Elle y a partagé le programme « Graines de médiateurs ». Elle nous fait part aujourd’hui de son témoignage : « Nous avons mutuellement changé nos regards sur l’autre »…

Julien [J.] : Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans le programme ?

Catherine Bruynbroeck [C.] : Ce qui me plaît dans le programme, c’est la créativité que permettent les exercices, certains sont transformables à l’infini, en fonction des âges, des groupes, il y a toujours moyen de les adapter, ou d’en inventer d’autres… De plus, il n’y a pas un ordre établi, on pioche au gré de l’énergie du groupe. Pour moi qui aime la spontanéité, c’est extra… et pour quelqu’un qui a besoin de plus de structure, cela convient tout aussi bien, car le livre « Graines de médiateurs II » est extrêmement bien construit ! Une fois qu’on a compris la philosophie du programme, on peut même transposer certains cours « matière » sous forme de défi-coopération comme proposé dans le programme !

J. : Comment les élèves vivent-ils le projet ?

C. : Pour moi, ces jeux sont des « bulles d’air » dans le cursus scolaire, les enfants adorent (succès garanti) et j’insiste toujours sur le fait que c’est de l’apprentissage au même titre que des maths ou du français… Je structure beaucoup ce qui a été appris.

J. : Voyez-vous une différence de comportements, des changements chez les élèves qui suivent le programme Graines de Médiateurs ?

C. : Il faut savoir, dès le départ que GDM ne va pas faire évoluer tous les enfants à un même niveau. Lorsque j’ai débuté, il y a trois ans, cette classe était réputée comme « très difficile », les professeurs s’en plaignaient beaucoup. Les exercices ont mis du temps à faire de l’effet sur eux, mais, petit à petit, quelque chose s’est produit au sein du groupe et c’est devenu une classe bien dynamique, des enfants avec qui on peut avoir des échanges très enrichissants, le tout dans le respect des règles de vie en école. Nous avons mutuellement changé nos regards sur l’autre…

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Vous aussi vous avez un témoignage ou désirez vous exprimer, sur un programme, un outil, une formation ou autre expérience? N’hésitez pas à contacter Julien Lecomte et à nous envoyer vos textes!