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La créativité au service de la médiation

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Le mardi 18 octobre 2016 à 19h30 (Réf. 1666)

A l’Université de Paix (Boulevard du Nord, 4 – 5000 Namur)

Par Almudena Vaquerizo Gilsanz, Formatrice à l’Université de Paix, Médiatrice Agréée.

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« Si on fait ce que l’on a toujours fait, on aura ce que l’on a toujours eu » (Mark Twain)

En médiation, les outils de créativité peuvent se révéler étonnamment efficaces pour dénouer des situations difficiles.

La créativité fait appel à des zones du cerveau différentes que celles du raisonnement, ce qui peut aider à sortir du rationnel, qui nous empêche des fois de voir une situation de façon globale pour accéder mieux à l’émotionnel et donner accès à la petite voix intérieure de l’intuition.

Différents outils expérimentés seront des intermédiaires entre le vécu et la verbalisation, ils peuvent être facilitateurs de parole dépersonnalisant quelque peu ce qui est dit.

Lors de cette conférence interactive, vous aurez l’occasion d’explorer des nouvelles portes d’entrée pour faciliter le travail de médiation.

Cette conférence est agréée à hauteur de 2 heures de formation permanente par la Commission Fédérale de Médiation.

Prix d’entrée : gratuit

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Quand un avocat devient médiateur

Depuis la loi du 19 février 2001, la médiation familiale est reconnue comme faisant partie du processus juridique. Ainsi, le médiateur familial doit être agréé pour être désigné par un tribunal. Ceci implique que le médiateur suive une formation dont les conditions seront bientôt fixées par un arrêté royal. C’est dans ce contexte que l’Université de Paix a été contactée par la Confédération des Barreaux Francophones et Germanophone à l’intention des avocats désireux d’être reconnus comme médiateurs agréés.

Un article de Julie ARTUS, Jean-François LECOCQ et Sonja LEONARD, initialement publié dans le trimestriel n°79, en 2002.

Le module de deux jours que nous proposons, centré sur la pratique de techniques de communication, est inclus dans un processus de dix jours au total. Nous avons eu l’occasion, cette année de rencontrer trois groupes d’approximativement quinze avocats.

Lors de notre première rencontre, deux peurs nous habitaient. La première était que le public soit principalement présent par « intérêt », la médiation prenant de plus en plus de place, il fallait se recycler afin d’accéder à ce type de clientèle, ce type d’intérêt garantissant une moindre motivation. La seconde était que ce même public, expert dans la communication sous sa forme expressive, soit peu réceptif à un contenu qu’il connaîtrait déjà.

Or, nous avons pu constater que ces craintes étaient loin d’être fondées.

En effet, le relevé des attentes montrait une grande insatisfaction quant au métier d’avocat tel qu’il est actuellement pratiqué en cas de divorce. Cette insatisfaction résultant des conséquences d’une logique centrée sur l’attaque de l’autre, à savoir le coût humain en terme de destruction de l’adversaire, de soi-même, d’une relation que l’on ne voit plus que sous son jour le plus sombre; à savoir aussi la frustration occasionnée par les accords contractés dans un tel climat et leur précarité.

Cette insatisfaction, que l’on peut qualifier de ras-le-bol, voire de dégoût, pour quelques-uns, ainsi qu’une certaine curiosité, ont poussé les participants en présence à découvrir une alternative aux procédures de divorce actuellement en vigueur quand il ne s’agit pas de divorce par consentement mutuel.

La médiation est ainsi considérée comme un processus de résolution de conflit parmi d’autres, nécessitant certaines conditions à priori quant à son bon déroulement.

Nous avons ainsi découvert un public curieux, ouvert, emprunt d’une grande modestie quant à leur savoir-faire dans le contexte de la médiation, et d’une motivation réelle.

La formation a proposé des bases en communication centrées sur l’écoute. Ces bases ont permis d’ajuster aussi la partie expressive de la communication à la situation de médiation, différente de celle d’un tribunal.

Les deux journées ont également permis, par le biais de jeux de rôles, d’expérimenter et de pratiquer les phases de l’accueil et du récit présentes dans toute médiation. Nous avons pu ainsi constater combien la première phase est importante dans l’instauration d’une confiance, d’un cadre, de règles nécessaires au déroulement du processus. Le principe de co-médiation a aussi pu être testé, ses avantages et difficultés relevés.

Nous avons également amorcé l’initiation au processus de Communication Nonviolente, outil précieux, efficace, dans la seconde phase, mais difficile dans son application concrète. La Communication Nonviolente, soucieuse de prendre en compte les sentiments et les besoins des personnes, nous semble un outil important dans le processus de médiation.

En effet, si le côté juridique centre son action sur les faits et les procédures, éléments importants lorsqu’on est dans une logique de résolution de conflits par le jugement, par la prise de décision d’une personne extérieure, la médiation propose plutôt de se centrer sur comment les personnes vivent les faits, données inévitables si l’on se situe dans une logique de gestion de conflits où les parties trouveront elles-mêmes les solutions qui leur conviendront. Ainsi prendre en compte les sentiments qui les animent, et les besoins qu’elles cherchent à satisfaire garantit une écoute au-delà des faits, et permet souvent d’envisager des solutions qui ne seront plus le symbole d’une lutte gagnée, mais qui seront plus proches de la satisfaction de réels besoins.

Une des difficultés rencontrées par les participants concernant cette approche était de fixer la limite entre la médiation et la thérapie. Si l’avocat devient médiateur, il n’en est effectivement pas pour autant thérapeute. La limite peut se situer au niveau des objectifs poursuivis.

L’objectif de la médiation est d’aboutir à des solutions praticables et satisfaisantes pour les deux parties. L’approche que nous proposons, en terme d’écoute, de prise en compte des sentiments et des besoins de chacun, est un moyen d’aboutir à ce type de solutions. Si des effets thérapeutiques se manifestent, ils ne constituent cependant pas l’objectif poursuivi.

Le rôle de l’avocat est dès lors d’éclaircir la demande et de renvoyer à un thérapeute si les objectifs des clients lui semblent aller dans ce sens. Il est aussi le garant de la praticabilité des solutions et surtout de leur adéquation à la loi. Adéquation sans doute nécessaire si l’on vise la longévité des solutions.

Liens entre droit et gestion des conflits

Par Mireille Jacquet, initialement publié en 2002 dans le trimestriel n°79 de l’Université de Paix.

Quand j’ai décidé d’étudier le droit, c’était avec la conviction absolue que cela répondait à ma recherche de justice.

Les lois édictées donnant les principes de régulation des rapports entre les hommes, il «suffirait» aux juges de s’y référer pour trancher tout différend. Dès lors, appliquer la loi adéquate et décider ainsi qui a tort et qui a raison devait être un travail de procédure relativement simple, hormis la précision de quelques détails propres à chaque situation présentée. Quant à l’application de la décision prise, cela ne devait poser de problèmes puisque la référence objective était connue de tous («Nul n’est censé ignorer la loi»)… chacun se devait donc de l’accepter.

Idéalisme ? Sans doute !

Dans les faits, connaissance de la loi, applicabilité, respect,… sont des dimensions régulièrement battues en brèche.

Mais surtout, méconnaissance de la complexité des situations conflictuelles et des relations humaines ! Si chacun respectait la totalité des règlements et des lois, le nombre de situations problématiques chuterait, bien entendu.

«Resteraient», notamment, les conflits se situant à la frontière de l’applicabilité des lois soit en raison de leur nature, soit en raison de l’interprétation donnée à la loi de référence. Et aussi les conflits dans lesquels la dimension de la relation est importante (ce qui, de près ou de loin est actuellement indemnisé comme dommage moral).

Cela signifie un nombre important de situations difficiles pouvant êtres vécues comme culpabilisantes par les personnes concernées.

Situations qui seront -ou non- portées devant les tribunaux, lesquels prendront une décision pour les cas présentés. Même si, à ce moment-là, les acteurs du monde judiciaire souhaitent prendre en compte tous les éléments factuels et relationnels ainsi que les conséquences à court et à long terme, le temps disponible, les structures ne permettent pas souvent de le faire concrètement.

La nécessité de travailler en aval des situations conflictuelles autrement que par l’établissement de règles ; la nécessité de ne pas lire le conflit comme un échec définitif et insurmontable ; la nécessité pour les parties en conflit de clarifier puis d’exprimer complètement leur lecture des faits, leurs besoins, leurs souhaits par rapport à la situation ; la nécessité de construire la relation post-conflictuelle ; autant d’éléments qui, au fil des années, me sont apparus comme devant être travaillés tant au niveau de l’éducation qu’au niveau des analyses et des moyens proposés aux parties pour résoudre leur conflit.

Dès lors que le regard porté sur une situation est modifié, les moyens recherchés pour la gérer sont différents. Il s’agira donc –avant de travailler les modes de gestion de conflit- d’apprendre à regarder le conflit comme une source possible d’amélioration et à s’approprier des éléments permettant de clarifier les positions de chacune des parties du conflit.

L’ouverture à l’autre, la communication seront alors facilitées et favoriseront une action plus adéquate dans le cadre du respect de l’autre et des règles de vie en société.