« Depuis que je fais du développement personnel… »

« Depuis que je fais du développement personnel, je casse les pieds à mon entourage »

Paradoxalement, depuis que je suis des formations pour « mieux » communiquer et écouter, pour m’affirmer sans agressivité ou encore pour développer mon estime de moi-même, j’ai l’impression que certains de mes comportements agacent des membres de mon entourage.

Comment l’expliquer ?

En formation, j’ai appris par exemple à différencier les propos factuels et les interprétations. Les propos factuels décrivent la réalité extérieure, sans jugement. Ils sont dès lors indiscutables.

Dans l’image ci-dessus : « il y a trois garçons » et « un garçon est sur une chaise » sont des propos factuels. Par contre, dire « deux garçons ennuient un autre garçon » ou que « un des trois garçons a peur » sont des interprétations. Ils sont peut-être en train de jouer une pièce de théâtre, par exemple (autre interprétation possible).

Quand je suis en conflit, il arrive que j’émette des jugements en faisant des généralisations, par exemple : « tu es toujours en retard ». Ces jugements peuvent être mal perçus par mon interlocuteur. Ils le sont d’autant plus quand ils sont colorés au niveau moral : « ce que tu as fait est mauvais, ce n’est pas bien de te comporter comme cela, tu es méchant… ».

Bref, depuis que j’ai appris à distinguer les faits et les jugements, je suis plus vigilant. Je tâche de m’exprimer davantage en termes de faits concrets : « cela fait deux fois que tu es arrivé en retard ». Je parle de mes émotions (ou mes besoins) plutôt que d’attribuer une connotation morale aux actions de l’autre ou à ses intentions : « je suis mécontent par rapport à ce comportement que tu as eu ».

Cela me permet aussi de mieux me faire comprendre : plutôt que de dire à l’autre qu’il est « méchant » ou « gentil », je lui exprime ce qui m’a plu ou déplu dans ses actes concrets.

Alors, ce faisant, en quoi est-ce que je casse les pieds à mon entourage ?

En aiguisant mes capacités à distinguer les faits et les jugements, en m’exerçant, je suis devenu plus attentif à mes propres jugements… mais aussi à ceux des autres !

Ainsi, quand une personne me dit que je n’éteins jamais la lumière lorsque je sors d’une pièce, je ne peux m’empêcher de me dire que c’est un jugement. Ce n’est pas vrai. On peut certainement mesurer que j’ai oublié un certain nombre de fois d’éteindre la lumière en sortant d’une pièce, mais ce n’est pas « jamais ».

Avant de m’être formé à la distinction entre les faits et les jugements, le désaccord aurait porté sur le fait d’éteindre ou non la lumière dans une pièce. Le « fond » du problème portait sur cela. Ce qui a changé aujourd’hui, c’est que la manière de s’exprimer de mon entourage est devenue une autre source de désaccord. Moi-même, je ne suis pas d’accord avec le fait qu’une personne m’exprime son désaccord sous la forme d’un jugement, voire un reproche.

De ce fait, je me suis transformé sans m’en rendre compte en « redresseur de torts ».

En communiquant avec moi, tu prends un risque !

Ma tendance à voir ce qui peut nuire à la communication interpersonnelle au quotidien s’est renforcée lorsque j’ai appris à distinguer les différentes attitudes en conflit (compétition, coopération, accommodation, repli ou compromis). Et cela ne s’est pas amélioré lorsque j’ai appris qu’il existait des messages dits « risqués » ! Lorsqu’une personne a besoin d’être entendue dans ce qu’elle vit, d’exprimer et de décharger son émotion avant tout, il est parfois inopportun d’essayer de la conseiller (lui donner des solutions), de lui faire des blagues ou encore de lui faire la morale. C’est ce que Gordon appelle les messages risqués (voir encadré ci-dessous).

De nouveau, je me suis transformé en machine à détecter les « messages risqués »… chez moi et chez autrui !

Autant dire que cela n’a pas dû être très agréable pour mes proches. Certains participants m’ont déjà témoigné de tendances similaires. L’un m’a raconté son agacement par rapport à la manière de communiquer d’un collègue. Une autre personne m’a dit connaître une personne qui communiquait « beaucoup » par « messages risqués ». Une troisième m’a confié se sentir moins authentique depuis qu’elle « se force » à communiquer sans message risqué.

Un équilibre à trouver

C’est seulement suite à ces expériences que j’ai pris conscience que les outils devaient être utilisés avec nuance. Des « jugements » ou des « messages risqués », ce n’est pas « bien » ou « mal » en tant que tel. Il en est de même pour une attitude « compétitive », par exemple.

Les outils de l’Université de Paix sont davantage à voir comme un éventail de moyens de communiquer. A certains moments, ils sont adaptés ou non, en fonction de la situation, de mon état émotionnel, de celui de mon interlocuteur. Il n’y a pas de « recette » absolue pour « bien communiquer ». De toute manière, si je dis une phrase en pensant le contraire, cela ne sonnera pas juste.

Ensuite, avec un marteau, je peux planter un clou, mais je peux aussi frapper sur le pied de mon voisin. Les outils dépendent donc de l’usage que l’on en fait.

Inconsciemment, quand j’utilise des techniques de communication pour reprocher à mes proches leur mode de communication, j’adopte une posture moralisante.

Bien sûr, il est possible de trouver des solutions pour des conflits de forme, c’est-à-dire de se mettre d’accord sur nos manières de communiquer entre nous. Les outils peuvent nous permettre de « diagnostiquer » ce qui ne nous convient pas dans nos relations. Toutefois, c’est en fonction de mes propres réactions et des réactions des autres que je vais voir s’ils sont pertinents ou non, si le moment était adéquat ou non, etc.

Aujourd’hui, tout cela fait partie de ma « boîte à outils ». Je peux varier les modes de communication en fonction des situations et des personnes : un conseil, une reformulation, une écoute dite « active », un « recadrage » ou une boutade à un autre moment, parfois une relativisation ou un jugement bien tranché… Je vois ce que ça me fait et ce que ça fait chez mon partenaire dans la discussion, et j’essaie d’adapter en conséquence. L’autre n’est pas moi et ne dispose peut-être pas des mêmes grilles de lecture que moi. Dès lors, plutôt que de m’offusquer de sa manière de dire les choses, je peux tâcher de le « décoder ». Pourquoi pas, si cela s’avère opportun, échanger avec cette personne à un autre moment à propos des techniques que j’ai apprises.

Je n’ai pas voulu apprendre les outils pour casser les pieds à mon entourage. Je crois qu’il s’agissait d’un moment de réappropriation de ceux-ci. J’ai dû les tester, m’entrainer, puis mesurer chez moi et chez l’autre ce qu’ils généraient. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles les formations de l’Université de Paix sont fortement orientées par la pratique et les échanges entre les participants !

Qu’est-ce qu’un « message risqué » ?

Dire à l’autre qu’il émet un « message risqué », c’est (parfois) un message risqué.

La terminologie provient de Thomas Gordon. Pour lui, nous utilisons des messages que l’on peut considérer comme risqués. Ce sont des messages généralement bien acceptés quand la tension est basse, mais plus difficilement recevables par celui qui vit une situation problématique et qui est vulnérable. Dans un tel contexte, il peut ressentir plus facilement ces messages comme dévalorisants ou agressifs. Ces messages ne sont donc risqués que si l’autre est dans l’émotion et qu’il a besoin de se sentir entendu, de décharger son émotion…

Les messages risqués sont classés en trois catégories :

  • jugement sur la personne, la situation ou son émotion
  • solution
  • diversion par rapport au vécu de l’interlocuteur
Jugement Solution Diversion
Moraliser, prêcher  Donner des ordres, commander Rassurer, consoler
Critiquer, blâmer Avertir, menacer Enquêter, questionner
Complimenter, approuver Conseiller, donner des solutions Dévier, blaguer, esquiver
Humilier, ridiculiser Argumenter, persuader par la logique   
Psychanalyser, diagnostiquer    

« Les jeudis de l’hémicycle » : Harcèlement à l’école

Le 17 novembre 2016, Nathalie Defossé, formatrice à l’Université de Paix, a participé à une conférence-débat sur le thème du harcèlement à l’école, au Parlement Bruxellois.

HARCÈLEMENT À L’ÉCOLE : COMMENT LE DÉTECTER ET LE COMBATTRE ?

Le programme était le suivant (cf. site du Parlement Bruxellois)

9h30 : Introduction de Julie de Groote, Présidente du Parlement         francophone bruxellois.

9h45 : « Harcèlement scolaire : état des lieux », Benoit Galand – Professeur en Sciences de l’éducation à l’UCL.

10h05: « Quid de la médiation scolaire ? », Juliette Vilet – Coordinatrice pédagogique médiation scolaire en FWB.

10h25 : « Comment prévenir le harcèlement à l’école : outils et programmes », Nathalie Defossé – Juriste, Formatrice à l’Université de Paix asbl.

10h45 : Témoignages de Madame et/ou Monsieur Anzalone, parents de la petite Laura, 12 ans victime du harcèlement.

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11h00 : Débat.

> Lire le compte-rendu de cette matinée dans la DH, par Julien Thomas : Des victimes de harcèlement scolaire témoignent au Parlement bruxellois

[Extrait] Près de 35 % des jeunes se disent directement concernés par le harcèlement à l’école en Belgique, et 90 % expliquent avoir déjà été mal à l’aise en assistant à une scène, a ensuite expliqué Nathalie Defossé, formatrice à l’Université de Paix. Son organisation s’est fixée pour objectif de travailler sur la gestion positive des conflits, et donc également sur le harcèlement […]

Fiche-outil : « Et si tu me suivais ? »

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  • Découvrir une composante du langage non-verbal : la notion d’espace interpersonnel.
  • Expérimenter les conséquences du (non) respect de cette notion d’espace.

MATERIEL

Lattes : une pour deux participants.

DISPOSITION

Les participants circulent librement dans un espace délimité.

DEROULEMENT

  • L’animateur distribue une latte pour deux participants.
  • Les mains croisées dans le dos, les deux participants font tenir la latte entre eux (en l’appuyant sur leur front, leur thorax ou leur abdomen par exemple).
  • Au signal de l’animateur, les participants circulent dans la pièce sans que la latte ne tombe.
  • Dans un premier temps, le participant le plus âgé guide la progression et fait comprendre par des pressions où il veut aller.
  • Lorsque l’animateur le précise, les rôles s’inversent. Le plus jeune guide la marche.
  • Si la latte tombe, les participants la ramassent et essayent à nouveau.

Pistes de réflexion…

L’animateur permet aux participants d’exprimer comment ils ont vécu l’activité :

  • Tous les duos ont-ils réussi à relever le défi ?
  • Quelles ont été les difficultés ?
  • Était-il facile de se tenir si près de l’autre ? Pourquoi cela a-t-il paru gênant à certains ?

Notes à l’animateur

L’animateur peut établir des liens avec des situations de promiscuité dans la vie réelle qui génèrent des tensions :

  • Y a-t-il des moments (à l’école, en famille, dans la vie de tous les jours) où ils se sentent également embarrassés, voire énervés, d’être aussi proches des autres ?
  • Comment réagissent-ils quand cela arrive ?

Fiche-outil : « Je m’assieds dans l’herbe »

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  • Reconnaître l’autre en l’appelant par son prénom.
  • Être attentif à la place de chacun.

MATERIEL

Aucun

DISPOSITION

Des chaises en cercle.

Il y a une chaise en plus que le nombre de participants.

L’animateur et les participants sont assis sur les chaises.

DÉROULEMENT

  • Le participant qui s’aperçoit le premier qu’il y a une chaise vide à sa gauche ou à sa droite tape sur celle-ci, s’y assied en disant : « Je m’assieds… ». Il libère donc sa chaise.
  • Son voisin suit le mouvement en s’asseyant sur la chaise nouvellement libérée et dit : « …dans l’herbe … »
  • Le suivant fait de même en s’asseyant sur la nouvelle chaise libérée et dit : « …et j’appelle… ». Il appelle alors un participant du groupe.
  • Le participant appelé quitte sa chaise pour aller s’asseoir sur la chaise libre.
  • Une autre chaise est donc libérée. De nouveau, le participant qui s’aperçoit le premier de la place vide s’y assied en disant « Je m’assieds… ». Et ainsi de suite.

Pistes de réflexion…

L’animateur suscite le débat autour de questions telles que :

  • Certains participants ont peut-être été appelés plus souvent que d’autres ? Pourquoi ? Comment se sentent-ils ?
  • Comment se sentent les participants qui n’ont pas été appelés ?
  • Pourquoi a-t-on tendance à plutôt appeler ses amis ?

Notes à l’animateur

  • Si deux enfants tapent sur une chaise libre à coté d’eux et disent « je m’assieds… » en même temps, il est possible de construire avec le groupe de nouvelles règles pour les départager. Exemple : jouer à « pierre, papier, ciseaux ».
  • L’animateur sera attentif à ce que chaque enfant soit appelé au moins une fois. Pour aider, les participants déjà appelés peuvent faire un signe (pouce en l’air, par exemple).
  • Cette activité est fort appréciée et souvent demandée. C’est l’occasion d’en complexifier les règles, en tenant compte des retours précédents. Cette révision est en général proposée spontanément par les participants. En voici quelques exemples :
    • Je respecte le rythme amorcé au début du jeu.
    • J’essaie d’appeler quelqu’un en face de moi, sans chercher mon copain ou ma copine.
    • Les filles appellent les garçons et les garçons appellent les filles.

L’Université de Paix sur BonnesCauses.be

La Fondation Roi Baudouin donne de la visibilité aux associations et fondations en Belgique en raison de leur importance sociétale.

Cette base de données contient des informations fiables grâce au suivi rapproché des organisations et au partenariat avec la Banque Nationale.

> Voir la page de présentation de l’Université de Paix asbl sur le site BonnesCauses.be

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Assesse : des graines de médiateurs dans les écoles

Le 20/03/2015, Canal C a consacré un reportage au programme Graines de médiateurs, dans l’école St-Martin à Assesse :

L’Université de Paix de Namur propose régulièrement des animations scolaires sur le thème de la non-violence et de la prévention des conflits. Mieux communiquer s’apprend dès le plus-âge : un exemple en troisième primaire de l’école St-Martin de Assesse.

Conférence Graines de médiateurs (vidéo)

Ci-dessous, 5 courts extraits de la conférence « Graines de médiateurs » donnée en octobre 2013 par Frédéric Billiard, directeur d’école et formateur pour l’Université de Paix. Pour en savoir plus : le programme Graines de médiateurs.

1. « Vu – pas vu ». Comment exprimer des faits et des émotions ?

2. « Jouer pour apprendre à mieux se connaitre » (domino)

3. Vivre ensemble et trouver du commun

4. Liens entre sciences et gestion de conflits

5. Positionnements et attitudes en conflits

Apprendre à vivre ensemble

Quelques repères du programme « Graines de médiateurs – Développement des habiletés sociales » tel que dispensé en 2003. Ce programme a pour objectif de développer chez les enfants des compétences personnelles et relationnelles. Il a été réalisé par deux formatrices de l’Université  de Paix tout au long de l’année scolaire, à raison d’environ 2 séances de 2 heures par mois. Récit et impressions d’une formatrice.

Découvrez également la vidéo Graines de médiateurs (cliquez sur l'image)

Quand les enfants apprennent à vivre ensemble…

En prenant connaissance du projet, ma première impression est l’étonnement. Habituellement, nous travaillons dans les classes lorsque le climat s’est tellement détérioré qu’il ne permet plus aux élèves d’apprendre. Ici, rien de tel. L’accent est mis sur la prévention de la violence et la possibilité pour les élèves de 5 classes de 4ième et 5ième primaire d’acquérir des compétences relationnelles qui leur permettent de gérer leurs conflits et de communiquer de façon non violente. Quelle chance !

Pour démarrer le projet, une réunion est programmée avec les enseignants des classes concernées. Certains enseignants sont un peu sceptiques, d’autres voient en ces animations la chance de pouvoir régler certaines difficultés vécues en classe. Une enseignante aimerait travailler par exemple l’écoute car elle est épuisée par le bruit que font les 27 élèves de sa classe.

Une réunion est aussi organisée pour les parents des élèves concernés par les animations afin de leur expliquer les tenants et aboutissants du projet. Pour favoriser l’intégration par les enfants des compétences sociales, il est important de pouvoir collaborer avec tous les adultes socialisateurs qui gravitent autour de l’enfant. L’efficacité du programme en dépend largement.

L’objectif de ce programme est de développer des habiletés sociales afin de permettre un climat harmonieux dans la classe. Vivre ensemble, ce n’est pas facile. Cela nécessite des compétences et celles-ci ne s’acquièrent pas de n’importe quelle façon.

Dès la première animation en classe, nous leur proposons des règles de vie à respecter. Entre autres, je ne fais pas de mal (ni à moi, ni aux autres), j’ai le droit au stop,… Une boîte à suggestion leur donne l’opportunité de signaler aux autres ce qu’ils apprécient, ce qui les dérange et leurs propositions de changement. Au début de chaque séance, leurs messages sont lus à haute voix. Certaines propositions seront discutées. Par exemple, dans la classe de 27 élèves où il était difficile d’avoir le calme même pour l’énoncé d’une consigne, des élèves ont proposé d’ajouter des règles de vie et de faire des jeux pour apprendre à se taire.

Certaines étapes jalonnent l’apprentissage de ces compétences telles que la connaissance de soi-même et d’autrui, la confiance et la coopération, l’écoute, la capacité à s’exprimer dans le respect des autres. La méthodologie proposée est active : jeux de groupe, sketches, histoire, échanges… Un exemple d’activité sera donné pour chacune des étapes.

1. Moi parmi les autres

Se connaître et se faire connaître aux autres est le préalable de toute relation constructive. Beaucoup d’activités amènent les enfants à regarder les autres avec un regard positif. Par exemple, les enfants ont apporté un objet qui les représentait et l’ont présenté aux autres. Un enfant s’exprime : « J’ai apporté l’Espagne », dit-il en montrant la carte du pays, « car mon papa est espagnol ». Les autres sont étonnés, ils ne savaient pas. Une autre montre une bouteille d’eau « j’ai apporté de l’eau parce que je pleure beaucoup ».

2. Confiance et coopération

Lorsque le groupe est prêt et avant d’aborder le conflit proprement dit, il est important de construire un climat de confiance Ainsi, avec l’activité « les chaudoudoux », les enfants envoient des messages positifs à leurs compagnons et à leur professeur. Dans une des classes, les élèves ont proposé de lire un des messages reçus à haute voix. L’émotion était grande lorsqu’un élève a remercié son enseignant de lui avoir expliqué plusieurs fois des matières non comprises pendant les temps de midi. Un tel type de climat permet aux élèves de s’exprimer sans craindre le jugement d’autrui.

3. Moi et le conflit

Tous n’ont pas la même manière de réagir lors de disputes. A partir d’une histoire conflictuelle, les enfants ont pu s’exprimer sur les différentes attitudes. « Moi, le conflit, j’aime pas trop, je préfère ne pas le voir ! » dit un garçon de 4ième primaire. Céline confie au groupe : « lors des disputes, moi j’arrange toujours les choses avec tout le monde ». Les enfants apprennent à être plus conscients de leurs stratégies et à s’ouvrir à d’autres attitudes possibles.

4. A l’écoute du verbal et du non-verbal

Les enfants apprennent à écouter et à observer les autres afin de permettre une communication qui tient compte de l’autre. Les jeux d’écoute non-verbale ont été fort appréciés par les enfants de la classe où il y a beaucoup de bruits. Ils ont pu vivre des moments de silence et en mesure l’intérêt.

5. A l’écoute de ce qui se vit

L’expression de ses sentiments et l’accueil du ressenti de l’autre permettent une compréhension mutuelle et une communication plus en profondeur. Par des situations simples, les enfants sont amenés à mimer une émotion. Les autres devinent de quel sentiment il s’agit. Une autre manière de favoriser l’expression des sentiments : après chaque activité, les enfants qui le souhaitent peuvent prendre le bâton de parole et exprimer leur avis sur le jeu et leur ressenti. Le fait d’exprimer un ressenti entendu par l’autre provoque souvent soulagement et compréhension mutuelle.

6. Sortir du conflit

Des situations conflictuelles sont jouées et les enfants vont y répondre de manière créative. Certains conflits, survenus durant les animations, ont pu être discutés et réglés de manière non violente. Par exemple, deux enfants ont pu trouver un terrain d’entente à leur difficile cohabitation de bureau en classe.

Parfois, lorsque des séances sont difficiles, tendues, et que beaucoup d’énergie est déployée pour de maigres résultats visibles, je suis sortie de la classe découragée. Mais au fil des séances, j’ai pu observer des changements qui me réconfortent dans le bien-fondé de notre démarche. Par exemple, quel bonheur d’entendre un élève féliciter spontanément une autre d’avoir bien camouflé sa voix dans un exercice et de voir le sourire de l’intéressée jusque derrière les oreilles ! Lorsque les groupes-classes vivent des moments de cohésion, quelle satisfaction de les voir bien ensemble !

A la fin de l’année, vient le moment de l’évaluation. J’étais très intriguée de savoir ce que retiendraient les enfants des séances. Voici quelques réponses à l’évaluation écrite réalisée en fin d’année : « j’ai appris des choses sur les autres », « ce que les autres ont dans le cœur », « j’ai appris à parler au lieu de taper », « qu’il faut respecter celui qui a la parole ».

Les enseignants étaient très satisfaits, ils y ont vu des avantages au niveau de l’ambiance de leur classe. « Les sports d’hiver ne sont jamais aussi bien passés que cette année », nous a confié une enseignante. Une autre, celle qui était fatiguée par le bruit de ses 27 élèves, m’a dit « Je croyais que l’Université de Paix, c’était magique, que tous les élèves allaient se taire. J’ai appris cette année qu’il fallait du temps pour développer ces compétences. L’autre jour, j’ai proposé une heure d’échange et de partage avec les élèves, et ils se sont écoutés sans s’interrompre durant toute l’heure ! J’étais très heureuse. »

La réunion des parents de fin de parcours regroupant parents, enfants et enseignants a rencontré un franc succès. Plus d’une soixantaine de personnes y sont venues pour entendre l’évaluation du programme et exprimer leur souhait de le voir se poursuivre cette année, ce qui est chose faite dans trois écoles de la commune.

J’ai été émue en lisant la réponse d’un enfant : « J’ai grandi grâce à vous ». Et ces petites graines semées, qui sait ce qu’elles produiront demain, dans une semaine, dans dix ans… ?

Graines de médiateurs à Grez-Doiceau

Depuis septembre 2005, 5 classes maternelles (tous réseaux confondus) de la commune de Grez-Doiceau bénéficient d’ateliers « Graines de médiateurs – Programme de développement d’habiletés sociales ».

Un article de Cécile Denis, initialement paru dans le trimestriel, en mars 2008.

L’idée maîtresse de ce projet, au fil des années, est :

  • de poursuivre avec les mêmes 5 classes l’implantation et l’intégration de l’approche proposée dans ce programme « Graines de médiateurs ».
  • de former l’ensemble des équipes-enseignants à ce type d’approche et de leur donner des outils concrets à mettre en place au sein de leur classe.
  • de construire un modèle d’intervention commun pour gérer les conflits interpersonnels avec l’équipe-école.

Ici, le programme comprend trois volets.

Premier volet : Dès la 1ière année maternelle, les tout-petits et les enseignants ont participé à une série de 9 séances d’activités, d’une heure chacune.

Deuxième volet : A ces ateliers dans les classes se sont ajoutés des réunions de soutien aux enseignants et des coaching afin de les préparer à intervenir auprès des enfants et à encourager chez ces derniers le développement d’habiletés sociales. Afin d’être le plus cohérent possible, les accueillantes des garderies des écoles participent aussi aux ateliers. Ceci permet de constituer une équipe soudée ce qui favorise le dialogue et l’échange entre les différents acteurs socio-éducatifs.

Troisième volet : Deux réunions d’évaluation avec les directions d’école ont été organisées pour faire le bilan et la relance de la démarche à poursuivre l’année scolaire suivante.

Pour transmettre les habiletés sociales, différentes activités sont proposées en lien avec les objectifs à atteindre :

  • savoir reconnaître, exprimer et gérer de façon adéquate leurs émotions et celles d’autrui (comprendre),
  • communiquer et écouter l’autre (communiquer),
  • construire et vivre des relations chaleureuses et harmonieuses avec autrui (vivre ensemble),
  • gérer d’une façon positive les conflits (agir, résoudre).

Il s’agit d’un travail sur la durée, respectant chacun.

En effet, les principes de ce programme de développement d’habiletés sociales « Graines de médiateur » sont adaptés à chaque classe, en tenant compte de son contexte collectif, de ses ressources et des possibilités qu’offre son environnement.

Ce programme est adapté selon l’âge des enfants, selon le vécu du groupe-classe. Les activités peuvent donc varier d’une classe à l’autre, mais le programme est équilibré, varié et pro-actif ; se succèdent exercices à l’intérieur / à l’extérieur, jeux calmes / actifs, activités individuelles / collectives, en petit et en grand groupe,… en veillant toujours à la sécurité et au bien-être des enfants.

Le programme « Graines de médiateurs » n’est pas une solution miracle à tous les problèmes sociaux, à tous les problèmes de violence. Il offre aux enfants un environnement où grandir en toute liberté.

Ce programme contribue à apprendre aux enfants à être respectueux, généreux, bienveillant, reconnaissant, patient, authentique,… Il incite les enfants au respect des différences, à la gestion positive des conflits et à la collaboration…

Apprendre ces habiletés aux enfants, c’est leur offrir un « coffre d’outils » pour construire un monde en paix.