Université de Paix en Afrique

Du 21 novembre au 11 décembre 2004, une session « Université de Paix en Afrique » s’est tenue à Niamey (Niger) et était le fruit d’une collaboration entre APTE association allemande et l’Université de Paix.

Un article de Sonja Leonard, initialement paru dans le trimestriel n°90, en 2005.

Il y a plus d’un an déjà que, par l’intermédiaire de Manfred Peeters, Président du Conseil d’administration et de François Bazier, administrateur délégué, nous avons été mis en contact avec l’association allemande APTE Animation de projets, Transfert de compétences et Evaluation et ses deux représentants, Ananie Bizimana et Hubert Heindl. Ils sont venus à Namur afin de nous faire part de leur souhait d’une collaboration en vue de l’organisation d’une session de formation en Afrique.

Très vite, nous avons été intéressés par le projet qui nous motivait d’autant plus qu’il allait nous donner l’occasion de prendre part à un module de formation conséquent, diversifié et assuré par des formateurs différents tant par leurs origines que par leurs compétences respectives.

Comme pour tout projet tel que celui-là, il faut du temps non seulement pour en assurer une bonne organisation mais aussi et surtout (nerf de la guerre oblige…) pour trouver certains appuis financiers ou récolter les fonds nécessaires à sa mise en place. Cette recherche de financement fut assurée avant tout par APTE, l’Université de Paix ne disposant des moyens humains nécessaires aux prises de contacts souvent laborieuses avec les grands organismes finançant ce genre de projet.

En octobre, nous apprenions que la session Université de Paix en Afrique allait se tenir. Il fallait qu’un formateur de l’équipe assure, dans les 21 journées du programme, 4 journées de formation à la communication. Les agendas de la plupart étant déjà bien chargés, ce fut, pour mon plus grand bonheur, encore une fois à mon tour de boucler mes valises pour l’Afrique après avoir obtenu l’autorisation et la bénédiction du directeur de l’établissement scolaire dans lequel j’ai repris, à temps partiel, une charge d’enseignante.

Le 26 novembre à 17heures, j’atterrissais donc sous les 32° de Niamey, accueillie par Hubert et conduite directement au lieu de formation, chez les sœurs Orantes de l’Assomption qui n’ont pas grand-chose à envier au Centre Culturel Marcel Hicter. Chambres au luxe minimaliste mais confortables et propres, salles de formation spacieuses, repas assuré, chapelle pour la prière… bref, de quoi travailler dans des conditions satisfaisantes et, même si cela peut sembler bien désuet, ce n’est pourtant pas peu dire dans un pays comme le Niger qui reste un parmi les plus pauvres de la planète.

Le 27 novembre, je débutais ma formation à la communication alors que les participants avaient déjà travaillé cinq jours ensemble sur la violence et sur la médiation. Ils continueraient ensuite leur parcours en explorant les conditions du travail en réseau ; en s’immergeant dans des communautés locales afin d’apprendre à les connaître et en vue d’entreprendre des échanges régionaux et internationaux ; en s’interrogeant sur leur « bonne puissance », leur force intérieure pour apprendre à se gérer dans une société de plus en plus violente et, enfin, en ébauchant les pistes concrètes de leurs actions une fois de retour dans leurs pays. Car, autre intérêt de ce projet, les participants étant des hommes et des femmes provenant de onze pays différents d’Afrique centrale, ils ont ainsi pu échanger et confronter à la fois leurs situations et leurs pratiques.

J’ai donc eu une fois de plus l’occasion de travailler avec des gens de bonne volonté, motivés, impliqués dans des associations diverses avec pour champ d’action global la gestion non-violente des conflits, désireux de changer, de contribuer à l’instauration de plus de respect et de justice dans et entre les communautés. Mais comme l’a dit Martin Petry, un des formateurs allemands qui assurait la formation sur le travail en réseau, les bonnes volontés individuelles ne suffisent pas toujours si elles ne sont pas relayées par des « personnes clés » ou des puissances institutionnelles. Ce fut là, me semble-t-il, un autre des intérêts de cette session, c’est que, bien au-delà d’un travail de développement personnel, ce fut aussi pour les participants l’occasion de se rendre compte de la nécessité et de l’urgence d’une union, d’une solidarité ainsi que de l’urgence d’aller frapper aux bonnes portes, celles de ceux qui ont aussi, et souvent plus, le pouvoir.

Le 4 décembre, j’étais de retour sous le froid bruxellois, heureuse d’avoir pu, participer à un projet tel que celui-là avec ce sentiment de bien-être qui vous vient quand certains de vos besoins essentiels sont comblés.

Et puis, quelques jours plus tard, le Tsunami, ses milliers de victimes et la mobilisation internationale qu’il a déclenchée. Quant à moi cette pensée. Je rentre de Bukavu : les poulets à la dioxine ; je rentre de Kigoma : les attentats du 11 septembre ; je rentre de Niamey : le Tsunami. Comme si il y avait toujours quelque chose de plus grave que la misère africaine… Mais pas pour autant découragée. C’est sûr, j’y retournerai. D’autant plus forte que par cet article j’aurai pu, qui sait, mobiliser votre soutien afin de le relayer à celles et ceux de ce continent noir qui sont chers à mon cœur.

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