[Fiche-outil] Citron Citron

OBJECTIFS

– Prendre conscience de ma place dans le groupe.

– Intégrer le prénom des autres.

DISPOSITION

Autant de chaises en cercle qu’il y a de participants.

DEROULEMENT

– L’animateur et les participants sont assis en cercle sur des chaises.

– Un participant se trouve au centre.

– Le participant qui est à la gauche de la chaise vide tape de la main sur celle-ci et appelle quelqu’un par son prénom. Celui dont le prénom est cité vient s’asseoir à l’endroit vide.

– Le but du jeu est de taper sur la chaise et de citer le prénom avant que la personne au centre ait eu le temps de se rasseoir sur la chaise vacante. Une fois le prénom cité, la personne sans chaise se retrouve au centre.

Pistes de réflexion

L’animateur suscite le débat autour de questions telles que :

– Que ressentent les participants s’ils restent plusieurs fois de suite au milieu … ou s’ils ne sont jamais appelés ?

– Quelle est leur réaction s’ils voient quelqu’un rester souvent au milieu ?

NOTES A L’ANIMATEUR

– Cette activité est particulièrement indiquée pour dynamiser le groupe, après un long moment d’écoute ou lorsque l’animateur remarque que les participants sont fatigués ou déconcentrés.

– Cette activité est un excellent moyen de contrecarrer l’attitude qui consiste à n’appeler que ses amis. La rapidité exigée empêche de prendre le temps de chercher et de choisir. Les clivages sont dépassés le temps du jeu et une réelle cohésion peut prendre forme.

J’ai (encore) débattu sur Internet (et j’aurais pas dû)

Routine matinale. Je lis un peu les sites de presse et parcours mon « fil d’actualités » sur les médias sociaux. Je tombe sur un thème qui m’interpelle. En-dessous, je découvre des commentaires postés par une personne qui m’est inconnue. Son avis ne me plait pas. Je dégaine mon clavier et pars au front. Une fois ma réponse envoyée et l’impulsivité retombée, je m’interroge : qu’est-ce qui m’a (encore) pris ?

Par Julien Lecomte

La personne qui a posté initialement l’avis qui ne me plait pas me répond à son tour. Il n’est pas très courtois, se moque un peu de mes arguments et en profite pour lâcher quelques attaques « ad personam » (c’est-à-dire dirigées contre la personne et non contre les idées). Mon sang bout à nouveau, je me précipite pour lui adresser mes contre-arguments. Une fois, deux fois, trois fois… Pourquoi ne retiens-je pas les leçons ?

Apprivoiser mes réactivités

Dans ce débat, je réagis comme par réflexe, et non tant en fonction de ce à quoi j’aspire. C’est l’un des enseignements de la pleine conscience et des courants connexes à propos de la gestion des émotions, notamment : j’ai des tendances à l’action, des manières de penser et des comportements que je privilégie de manière quasiment automatique dans certaines situations.

Au quotidien, nous sommes confrontés à des choses qui nous interpellent ou nous font réagir. A fortiori, les médias tâchent pour la plupart de capter notre attention, en jouant sur la corde émotionnelle. Les articles qui nous émeuvent ou nous indignent sont les plus visibles. Nous sommes donc parfois pris dans une forme de réactivité émotionnelle brute. Une alternative, c’est juste de prendre conscience de ces processus, sans s’autoflageller, avec une curiosité ouverte et une bienveillance pour soi. Prendre le temps, ne seraient-ce que quelques secondes, pour observer ce qui se passe dans mon corps, dans mes tripes, dans mes pensées. C’est là, et c’est ok.

Dans un second temps, après avoir fait ce chemin de conscience, il s’agit de récupérer du pouvoir d’action : au lieu de foncer tête baissée dans mes réactivités, ne puis-je pas développer une manière de répondre qui me convienne davantage ?

Mesurer nos objectifs

Avec un peu de recul, je constate qu’après de tels échanges (en ligne ou de visu), je me sens parfois frustré. J’ai dépensé beaucoup d’énergie pour un résultat insignifiant.

Une alternative à cette manière d’agir consiste à essayer de clarifier mes objectifs et ceux de l’autre personne avec qui je souhaite discuter. Ce questionnement relève de l’application de la grille de lecture de Thomas et Kilmann. Ces deux auteurs, sur base des objectifs des parties en conflit, distinguent différents types d’attitudes possibles face à un désaccord. Celles-ci sont toutes plus ou moins appropriées en fonction de la prise en compte de ces objectifs.

Mes objectifs sont-ils si importants que je me lance dans une discussion avec une personne que je connais peu ? Qu’ai-je à « gagner » en la faisant changer d’avis ? En quoi est-ce important pour moi ? S’agit-il de convaincre l’autre, d’influencer les spectateurs du débat, ou encore d’autre chose ? Cela vaut-il la peine d’investir du temps et de l’énergie en ce sens ? Ainsi, si mon objectif n’est pas très important, je peux tout simplement éviter la discussion, ou encore même laisser l’autre avoir raison, c’est-à-dire m’accommoder de ses idées.

De plus, il est important de jauger les objectifs de l’autre. Cherche-t-il à avoir raison à tout prix, quitte à sacrifier la relation (attitude de compétition agressive), ou est-il ouvert au fait de considérer mes objectifs lui aussi ? S’agit-il de discuter « face à un mur » ou une co-construction est-elle possible, jusqu’à une coopération dans l’élaboration des idées ? Pour coopérer, il faut être au moins deux à avoir envie de le faire. Dans le cas contraire, j’ai plutôt intérêt à me protéger, à moins d’avoir un objectif qui dépasse notre situation (par exemple, informer le public du débat).

Bien sûr, ce « chemin de conscience » est loin d’être évident, et il n’y a pas une attitude meilleure que l’autre dans l’absolu (répondre ou ne pas répondre, argumenter ou écouter, etc.). Hier encore, je me suis surpris à taper sur les touches de mon clavier, la mâchoire serrée et les sourcils froncés… Et vous, vous les vivez comment, vos désaccords en ligne ?

« Pratiquez la compassion »

« Si vous voulez que les autres soient heureux, pratiquez la compassion. Si vous voulez être heureux, pratiquez la compassion » – Tenzin Gyatso (Le Dalai Lama)

Nous n’avons pas toujours le pouvoir de changer le monde extérieur comme nous le souhaiterions. Parfois, il n’y en a pas besoin. Parfois, au moins temporairement, c’est avant tout dans un geste d’accueil de ce qui est que nous pouvons (nous) rendre heureux.

Par cette citation, le Dalai Lama affirme (au moins) deux choses.

D’abord, il souligne le pouvoir de la compassion. A l’Université de Paix, nous proposons des formations et des programmes éducatifs pour développer les aptitudes en empathie, en écoute et une certaine forme d’introspection. Il s’agit d’augmenter la conscience bienveillante de soi, des autres et du monde…

Ensuite, il nous dit que dans des moments plus difficiles, dans des temps de troubles, notamment, l’un des meilleurs moyens que nous possédons pour être heureux malgré tout, c’est de pouvoir diriger cette compassion vers l’autre et vers nous-mêmes.

Attention toutefois : Tenzin Gyatso est loin de penser qu’il ne faut pas tenter d’agir sur le monde. Son engagement politique et humain démontre combien cette citation n’est pas synonyme d’un immobilisme consistant à se contenter de ce qui est. La compassion est d’ailleurs un geste actif qui invite non seulement à ouvrir ses canaux émotionnels, mais aussi son regard et ses comportements… Le Dalai Lama nous dit que la compassion, cela se pratique.

Le numéro 147 du trimestriel concorde avec la sortie de notre programme de formations 2019-2020, dont l’un des objectifs est de développer une telle compassion entre les individus. Dans ce numéro, nous vous proposons par conséquent un ensemble d’articles relatifs à nos actions en ce sens.

Dans un article de fond, Almudena Vaquerizo Gilsanz explique comment les médiateurs peuvent enrichir leur pratique professionnelle en prenant conscience de leur propre rapport au conflit. Elle montre en quelque sorte comment une attention bienveillante à nos propres fonctionnements peut ouvrir à une meilleure attention bienveillante aux parties en conflits.

Lysiane Mottiaux présente quant à elle comment l’estime de soi est un processus qui se construit dans l’action, à la fois en se donnant des projets concrets, réalistes et en lien avec nos valeurs, et à la fois en portant un autre regard sur nous-mêmes.

Dans un autre texte, Claire Struelens témoigne d’une formation de volontaires dans un CHU. Dans ce processus, ces personnes, travaillant dans le soin de l’autre, sont invitées à découvrir et à partager des pratiques pour aussi prendre soin d’elles-mêmes…

Une participante, Delphine Porsschelle, nous livre enfin son témoignage à propos d’une formation en « Introduction à la Communication NonViolente » (CNV). Or, dans la CNV, s’il s’agit entre autres de développer une « écoute empathique », il s’agit aussi de développer des formes d’auto-empathie.

Bonne lecture à vous !

Introduction à la CNV : le témoignage de Delphine Posschelle

La CNV est un mode de communication, d’expression et d’écoute qui permet de trouver un contact vrai avec soi-même comme avec autrui afin de construire des relations dans lesquelles les besoins de tous sont rencontrés. La qualité du lien qui en résulte provoque le respect mutuel et la coopération.

C’est en lisant le livre Clés pour un monde meilleur de Marshall B. Rosenberg, que j’ai pris conscience que toutes émotions, attitudes, réactions de mon entourage et donc aussi de mes élèves résultaient, d’après l’auteur, d’un besoin non entendu. D’après lui, la pratique de la CNV permet au groupe d’individus qui la pratique, de vivre en harmonie et dans de vrais rapports avec une qualité de lien qui provoque le respect mutuel et la coopération. L’auteur parle même d’un changement social possible… 

Cette découverte a fait écho en moi et m’a laissée rêveuse… J’ai tout de suite fait un lien avec mon métier et j’ai pensé que les rapports d’autorité qu’un professeur peut souvent avoir en classe pourraient prendre un autre aspect avec la CNV. J’ai donc suivi 2 journées de Formation début octobre, à l’Université de Paix, animées par Jean-François Lecocq. Aujourd’hui, je peux affirmer que ce que j’ai appris lors de cette formation, me permet d’être encore plus dans la compréhension de l’enfant. 

A chaque fois que celui-ci montre par son comportement, ses gestes, ses actes, ses colères, ses refus et ses crises d’enfant que quelque chose ne lui convient pas, de simples phrases apparaissent tournant autour de : Pourquoi est-ce important pour toi que… ? Que veux-tu me dire en refusant de travailler ? Quel est le vrai problème de ta colère ? Que puis-je faire pour que tu te sentes mieux ? Ceci me permet aujourd’hui de régler le problème plus en profondeur et beaucoup plus vite qu’avant. 

En effet, avant cette formation, je pensais que ces attitudes d’enfant résultaient du caprice ou de l’impulsivité ou encore, de l’immaturité liée à leur âge. Ecouter leurs besoins, me permet maintenant de les ramener beaucoup plus rapidement à ce que j’attends d’eux et dans une dynamique positive de leur part. 

En pratiquant cette communication, j’observe après un mois de pratique que mes élèves partagent beaucoup plus leurs sentiments, leurs besoins, leurs craintes avec moi. J’ai l’impression que ma position en classe a changé, je suis beaucoup plus dans la dynamique de la compréhension. J’ai l’impression d’être devenue, la gardienne de la sécurité psychologique, la grande sœur rassurante, la personne ressource pour passer une journée agréable d’apprentissages et de découvertes. Je ne suis plus le « gendarme » qui se fatigue à faire avancer un groupe d’enfants pas toujours preneur de ce qui est proposé. J’observe également que mes élèves sont beaucoup plus sereins et qu’une dynamique de respect mutuel est née… 

Depuis cette formation, lorsque je trouve qu’il y a trop de bruit dans mon local, je ne leur dis plus : « Taisez-vous s’il-vous-plaît ! » MAIS : « J’ai besoin de calme, le bruit me fatigue pour l’instant » ou « L’activité que vous faites demande une réflexion qui d’après moi n’est pas possible dans le bruit ». C’est incroyable comme cette manière de présenter les choses provoque une attention particulière chez l’enfant et je remarque que la classe se calme presque immédiatement. Je sens vraiment qu’ils le font car ils savent pourquoi la demande est faite.

Ce qui est important également, c’est que l’enfant doit savoir que c’est pareil dans l’autre sens. Leurs besoins sont également entendus et, dans la mesure du possible, satisfaits. J’ai souvent l’impression, que le système scolaire oublie que ces petits bouts sont finalement des petits êtres qui ont encore comme premier besoin de vouloir juste être bien… La CNV me permet de gérer ma classe dans cette optique, si importante pour moi.

J’aime ce qui s’est passé dans ma classe en un mois et j’aime beaucoup cette nouvelle dynamique qui m’a été proposée par la formation… Je vais donc continuer dans cette voie en espérant appliquer encore mieux le schéma de la CNV dans l’avenir.

Je terminerai en remerciant le Pouvoir Organisateur de l’école des étoiles de m’avoir permis de suivre cette formation. Ainsi que Jean-François Lecocq qui transmet sans réserve ses propres expériences et les découvertes qui lui ont été transmises par Marschall Rosenberg.

L’estime de soi dans l’action

Par Lysiane Mottiaux.

La formation « Développer l’estime de soi » est née d’une constatation : la difficulté de certains participants ayant acquis des outils de communication de pouvoir s’affirmer.

L’obstacle prépondérant de cette situation était la plupart du temps un manque d’estime d’eux-mêmes.

Nous avons décidé de fixer les quatre ateliers à une semaine d’intervalle. Ceci permet aux participants, entre les séances, de mettre en pratique les notions vues, afin d’augmenter leur estime.

Qu’est-ce que l’estime de soi ?

L’estime de soi est la conscience de la valeur que je me reconnais dans différents domaines. Ce qui implique également la capacité de reconnaître la valeur de l’autre.

Le mot sur lequel nous décidons de mettre l’accent en formation est « la conscience ». En effet les personnes à haute estime de soi ne sont pas meilleures ou plus compétentes que les autres, elles ont leurs qualités et leurs défauts comme tout le monde, elles vivent des réussites et des échecs, elles vivent des moments de certitude et des moments de doute, elles se sentent fortes ou fragiles, selon les circonstances….

La grande différence par rapport aux personnes qui manquent d’estime d’elles-même est qu’elles connaissent leurs forces et leurs limites, agissent et acceptent d’être imparfaites.

La méthodologie utilisée dans cette formation est active et créative, nous proposons des exercices pratiques à partir des expériences personnelles de chacun.

Pour développer l’estime de soi nous travaillons avec les participants :

  • Le fait de mieux se connaître : Quelle est l’image que j’ai de moi ici et maintenant ? Quelles sont mes forces et mes limites ?
  • La clarification de mes valeurs et la cohérence de mes actes par rapport à celles-ci
  • La clarification de mes valeurs me permet d’agir d’une manière cohérente et de faire des choix adéquats. Prenons un exemple : je travaille dans une société près de chez moi, les locaux sont agréables, je m’entends bien avec mes collègues, je fais un travail intéressant, je peux utiliser mes compétences et faire preuve de créativité et pourtant je ne me sens pas bien. En fait, une valeur importante pour moi est le respect de l’environnement et je sais que la société dans laquelle je travaille déverse des déchets toxiques en Afrique ce qui explique mon malaise. Je risque d’éprouver un malaise quand mes actes ne sont pas en adéquation avec mes valeurs. Plus j’agis en adéquation avec mes valeurs, plus mon estime de moi grandit.
  • La découverte de ses croyances limitantes et leur transformation : Qu’est-ce que je me dis sur moi-même, sur les autres, sur la vie ? Est-ce que mes croyances sont limitantes ? c’est-à-dire qu’elles génèrent des prédictions d’échec ou m’empêchent d’agir et donc de construire mon estime de moi. Exemple de croyance limitante : j’arrive le matin en formation, il y a déjà 5 participants qui discutent, je pense : « je ne suis pas intéressante », je ne prends pas la parole, je me mets à l’écart, je baisse la tête, personne ne me parle et je me confirme que je ne suis pas intéressante. Des exercices de recadrage sont proposés pour élargir la réalité et accéder à mes ressources en pensant ou en agissant autrement.
  • La clarification des objectifs et la mise en action pour les atteindre. « Il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va » (Sénèque). Dans cette étape, je vais clarifier un de mes objectifs à long terme et le découper en objectifs spécifiques qui seront eux-mêmes fractionnés en petites actions concrètes, précises, atteignables par moi-même, réalistes, en lien avec l’objectif et formulés affirmativement.

Construire l’estime de soi dans l’action

Petites actions par petites actions, je progresse dans l’atteinte de mon objectif d’une manière cohérente.

L’estime de soi se construit dans l’action et dans la faculté de relativiser l’échec, comme l’illustre Christophe André.

Au terme de la formation, les participants ont clarifié certaines de leurs valeurs, de leurs croyances limitantes pour les dépasser, ont mis des actions en place pour atteindre un objectif. Ils possèdent les outils pour continuer à faire de petits pas dans la construction de leur estime d’eux-mêmes.

Quel plaisir de les voir partir, avec déjà, de petits changements perceptibles.

« L’important n’est pas ce qu’on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu’on a fait de nous »
Jean-Paul Sartre

Peut-on empêcher la violence en maternelle ?

Par Julie Duelz

Julie Duelz est formatrice à l’Université de Paix. Elle a contribué au développement de plusieurs programmes éducatifs de l’UP, notamment en maternelle.

Depuis quelques années, le nombre de demandes d’animation et de formation pour les équipes « maternelle » a véritablement explosé dans notre association. Les enseignants se retrouvent parfois démunis par rapport aux comportements des enfants (non-respect des règles, agressivité, coups…). Parallèlement, notre conviction, étayée par les recherches scientifiques, est qu’il est indispensable de commencer au plus jeune âge d’apprendre à entrer en contact, développer les habiletés sociales et gérer les conflits de façon positive.

En effet, selon les conclusions des nombreuses recherches menées par Richard E. Tremblay, l’enfant n’apprend pas à être violent par les médias et les jeux vidéo comme beaucoup le pensent : c’est dans la toute petite enfance que naissent les agressions physiques (dès le moment où l’enfant a la motricité pour se déplacer et taper, arracher, mordre…). Ce professeur canadien en pédiatrie, psychiatrie et psychologie a commencé sa carrière en prison, et s’est interrogé sur l’âge auquel prévenir ces actes criminels : quels que soient l’époque ou le pays, les recherches prouvent que le pic d’agressivité ne se situe pas à l’adolescence, mais entre 2 ans et 4 ans, et diminue progressivement jusqu’à 6 ans par la socialisation. Seulement, pour une partie des enfants, cette diminution ne se produit pas. Il est important de travailler avec les enfants dès la maternelle car c’est à cet âge que les programmes de prévention ont le plus de résultats.

L’enjeu de l’éducation en maternelle est donc d’apprendre à tous les enfants des moyens non violents pour obtenir satisfaction, le contrôle de soi, le développement du langage, la gestion des émotions, et de ne surtout pas lâcher les enfants qui sont les plus agressifs en se disant que cela va passer en grandissant.

Pour ce faire, il est indispensable de créer un climat de sécurité affective dans la classe. En effet, les enfants doivent se sentir en confiance dans leur classe, par le cadre et la bienveillance de l’enseignant ainsi que par les relations avec les autres enfants (travail de cohésion de groupe). Si ce n’est pas le cas, l’insécurité des enfants va contribuer à la mise en acte de l’agressivité.

A travers nos programmes éducatifs, nous proposons des pistes concrètes pour travailler la sécurité dans le groupe : par le cadre mis par l’enseignant, par sa manière de communiquer qui préserve l’estime de soi), par l’augmentation de la cohésion de groupe.

Sur base de ce climat de sécurité, l’enseignant pourra enseigner les habiletés sociales : les attitudes en conflit, la capacité à nommer et réguler les émotions, le développement de moyens non agressifs pour obtenir satisfaction, mettre sa limite, être créatif dans la résolution de conflits…

Malgré toute la bonne volonté de l’enseignant de maternelle à créer un environnement sécurisant et à développer les compétences sociales des enfants, il ne peut exclure totalement les agressions physiques qui correspondent au développement normal des jeunes enfants. Ceci permet de rassurer les professionnels tout en encourageant d’agir avec détermination parce que c’est aussi l’âge où la prévention est la plus efficace.

En 2019, l’Université de Paix prévoit de rédiger un ouvrage pédagogique directement destiné aux enseignants de maternelle.

Médiation : comment je me positionne face à un conflit ?

Focus sur les attitudes en conflits dans le cadre de la médiation : « Le conflit et moi. Comment je me positionne face à un conflit ? »

Par Almudena Vaquerizo Gilsanz

Le médiateur par définition se doit d’adopter une posture « neutre » face aux deux parties. Ou plutôt garder une multipartialité : être 100% avec une partie puis 100% avec l’autre.

Pourtant, parfois, c’est difficile… Le 19 décembre 2018, l’Université de Paix a proposé un atelier interactif pour élargir, interroger et clarifier nos propres représentations du conflit.

Comment je me représente un conflit ? Quelle place avait le conflit dans ma famille ? Comment je me sens face à un conflit ?

Partant de ces questions, l’invitation était de mettre de la conscience dans certains comportements, peut-être guidés par des « pilotes automatiques inconscients », en lien avec les réponses à ces questions.

Ma posture de médiateur risque sans doute d’être colorée de ce vécu autour du conflit : peut-être que partant de mon envie que les parties négocient absolument, je vais avoir tendance à porter la médiation, de manière inconsciente, à souffler des solutions. Il se peut même que dans la posture d’une des parties (posture de pouvoir, posture de victime ou de celui qui accepte trop facilement…), je reconnaisse ma propre posture ou celle d’une figure avec qui j’ai du mal en conflit. Est-ce par empathie ou par opposition ? Et moi, je prends quelle place ?

Cette matinée a mis de l’éclairage sur ces notions et, selon les participants a pu aider à :
• Partager, entre médiateurs, vécus et expériences autour du conflit
• Prendre conscience de mon propre fonctionnement en tant que médiateur
• Mieux comprendre comment les parties peuvent vivre le conflit

Mieux connaître son propre fonctionnement est le meilleur chemin pour mieux comprendre le fonctionnement des autres, et le médiateur a son rôle à jouer dans cette compréhension.

Les formations proposées par l’Université de Paix pour la formation continue des médiateurs agréés (CFM) travaillent la connaissance de soi et des autres, donnent des grilles de lecture du conflit et aident le médiateur à incarner la posture de celui qui fait tiers, pour sortir du conflit de manière constructive.

La médiation à l’Université de Paix

Il y a une équipe de médiatrices à l’Université de Paix (avec des intervenantes externes) pour répondre aux demandes dans ce cadre. Almudena Vaquerizo Gilsanz organise des intervisions dans le cadre de l’UBMP dans les locaux de l’Université de Paix. Elle a également formé des médiateurs scolaires de Bruxelles à la gestion des situations de harcèlement, et ils ont commandé trois autres formations : nos outils les aident beaucoup apparemment. Un nouveau public vient à nos formations programmées à l’agenda : avocats, médiateurs… L’UBMP avance dans la reconnaissance de la profession de médiateurs. La Semaine de la médiation a de nouveau eu lieu en octobre 2018 et nous participons également au Carrefour de la médiation.

Conseil académique : bilan 2018

En 2018, le travail du Conseil a permis de réaliser 3 nouvelles publications de fond :

Conseil académique

« L’éducation est l’arme la plus puissante… »

« L’éducation est l’arme la plus puissante que l’on puisse utiliser pour changer le monde » – Nelson Mandela

L’Université de Paix est une Organisation de jeunesse. Depuis sa fondation par Dominique Pire, sa mission est de créer et maintenir un climat de paix par le dialogue. Le moyen que nous privilégions pour accomplir cet objectif est l’éducation.

Nous vous présentons ici des actions éducatives que nous mettons en place au quotidien auprès des enfants ainsi qu’avec les adultes qui les encadrent.

En effet, nous travaillons jour après jour sur le terrain avec des groupes de jeunes et d’adultes pour développer un climat de vie harmonieux à l’école et en-dehors. Ce numéro vise à présenter de manière succincte un panel d’actions concrètes que nous réalisons en ce sens.

Dans un premier article de fond, Julie Duelz nous présente des bases pédagogiques de nos interventions en maternelle. Les enseignants de maternelle doivent parfois faire preuve de beaucoup de créativité face au manque d’outils concrets directement applicables avec des tout-petits. A l’Université de Paix, nous travaillons depuis plusieurs années pour construire des activités « clés sur porte » pour ce public.

Dans un second texte, Catherine Breuer témoigne justement de sa réappropriation de contenus et méthodes en gestion de conflits qu’elle applique dans sa classe en maternelle. Elle nous explique notamment comment elle fait vivre les bases de la Communication NonViolente aux enfants.

Passage en primaire ensuite ! Dans un troisième article, Manon Lecocq nous témoigne elle aussi de ce qu’elle retire d’une formation pour gérer les conflits avec et entre enfants. Elle s’attarde notamment sur le cadre de vie et l’accueil de ce que vivent les enfants.

Dans un quatrième texte, Catherine Bruynbroeck nous explique sa vision de son rôle de détachée pédagogique à l’Université de Paix. Enseignante passionnée et créative, elle nous parle de l’importance d’ancrer les apprentissages dans la pratique, sur le terrain. Elle expose ensuite quelques idées créatives pour susciter la motivation des enfants.

Enfin, dans un dernier article de fond, nous présentons une utilisation possible des marionnettes, la girafe et le chacal, pour parler de la Communication NonViolente avec les enfants.

Pour terminer, nous partageons avec vous une activité pédagogique orientée sur la question de l’étiquetage dans un groupe, notre agenda d’activités à venir, ainsi que quelques informations utiles sur le travail et la vie de l’institution.

Bonne lecture à vous !

Des conflits, des émotions et des besoins en maternelle !

Par Catherine Breuer.

Catherine Breuer est enseignante en maternelle. Enseignante créative, elle a suivi un module de formation donné par l’Université de Paix à la demande de l’Helmo Cespl. Dans cet article, elle nous partage comment elle s’est réapproprié des outils de cette formation et comment elle les applique dans sa classe.

Ma classe, mon école

Je travaille dans une petite école qui accueille 83 enfants : 31 en maternelle et 52 en primaire. Il y a une certaine mixité sociale dans notre école. Nous avons également quelques enfants dont la langue maternelle n’est pas le français. Nous avons 2 classes maternelles. Nous travaillons en cycle : dans ma classe, j’ai 6 grands, 4 moyens et 5 petits. Ce tout petit nombre d’enfants me permet d’entreprendre de chouettes activités au coin tapis où les débats et échanges d’idées se déroulent dans de très bonnes conditions.

Que ce soit en maternelle ou en primaire, notre équipe est très soucieuse du bien-être de chaque enfant. La violence est pourtant parfois présente dans notre école (essentiellement dans la cour de récréation) mais nous tentons de mettre des dispositifs en place pour l’éviter ! En choisissant de suivre ce module, je voulais donc avoir quelques pistes, quelques petites idées pour améliorer la gestion des conflits et des émotions. Les nombreux partages m’ont permis de mettre quelques petites choses en place dans ma classe. Il suffit parfois de faire un petit jeu comme « La statue » pour aider les enfants à prendre conscience des différentes postures qui traduisent les émotions (langage non verbal).

Ce que le module m’a apporté au niveau de ma classe

Dans ma classe, j’avais déjà mis en place des outils pour appendre à mieux communiquer afin de gérer les conflits.

Un tableau CNV

J’ai notamment un petit tableau qui permet aux enfants de « structurer » la communication non violente. Ils peuvent choisir des pictogrammes afin de remplir le tableau.

Au préalable, un travail a été fait sur l’identification de la situation qui pose problème, sur l’expression des émotions, sur l’identification des besoins et sur la formulation des demandes.

J’ai construit cet outil parce que je pense qu’un support visuel permet de structurer les étapes. Les enfants peuvent l’utiliser en remplissant les cases ou juste comme référent.

J’utilise cet outil en faisant des jeux de rôle. Je n’ai pas encore réussi à l’utiliser dans des situations de conflits réels. En effet, je pense que les enfants sont trop envahis par leurs émotions et ont du mal à s’en détacher. Prendre du recul, analyser la situation (surtout quand il y a un débordement d’émotions) est difficile pour un enfant de maternelle.

J’ai donc voulu mettre en place un autre outil afin d’aider les enfants à comprendre la situation et à se comprendre.

Vivre le cheminement de la CNV

Travailler l’auto-empathie avec un déplacement sur le bonhomme de la communication non violente me semble être une chouette activité à mettre en place dans ma classe.

J’ai introduit cet outil lors d’une séance de psychomotricité.

Les enfants l’ont baptisé le « Géant bleu ». Je me suis dit que c’était l’endroit et le moment idéal pour débuter l’utilisation de cette démarche d’auto-empathie.

En effet, pendant les séances de psychomotricité, les enfants entrent sans cesse en interaction, en communication. Il y a donc des conflits ! Aussi, je profite souvent de ces moments pour observer chacun de mes élèves et j’en apprends beaucoup sur leurs relations, leurs intérêts, leurs peurs…

Voici comment nous avons fait connaissance avec le « Géant bleu » :

  • Avant la séance, j’ai dit à mes élèves que j’installais un bonhomme dans la salle et qu’on pouvait librement marcher dessus (ou courir, ou sauter…). Je voulais profiter d’une situation réelle de conflit pour expliquer à quoi il servait et comment l’utiliser.
  • Ninon et Thélio ont été les premiers à l’utiliser. Ninon voulait jouer avec Thélio mais ce dernier ne voulait pas… Petit conflit sans trop de gravité mais Ninon est venue me trouver toute tristounette. J’ai dit à Ninon et Thélio que le Géant bleu allait nous aider à comprendre la situation et à les écouter tous les deux.
  • Dans le cerceau, Ninon a pu utiliser tous les mots qu’elle voulait : « Thélio, il est méchant, il ne veut jamais jouer avec moi ! »
  • Sur la tête, Ninon a expliqué ce qu’il s’était passé ; « J’ai demandé à Thélio pour jouer avec lui et il m’a répondu non ».
  • Sur le cœur, j’ai demandé à Ninon comment elle se sentait. Elle a répondu qu’elle était triste. Thélio la regardait se déplacer sur le bonhomme et l’écoutait sans rien dire.
  • Sur le triangle, Ninon devait exprimer ses besoins. Cette étape a été un peu plus difficile à réaliser. J’ai dû la guider. Ninon a finalement identifié ses besoins en disant qu’elle ne voulait pas être toute seule et qu’elle avait besoin de jouer avec les autres.
  • Sur les jambes, il fallait trouver des solutions. Ninon a d’abord suggéré l’idée d’aller jouer avec quelqu’un d’autre. Et là, Thélio a réagi « Mais non, si elle veut jouer avec moi, elle peut… Mais c’est moi qui décide mon jeu ! »

Thélio a également fait les déplacements sur le « Géant bleu » pour essayer de comprendre pourquoi il avait rejeté la demande de Ninon. Je pense que le fait de se déplacer et de s’exprimer en fonction de l’endroit où l’on se trouve, structure la situation, apaise les enfants, et permet de prendre du recul par rapport à la situation de conflit.

C’est exactement l’outil qu’il me manquait dans ma démarche pour faire de la communication non violente avec les enfants. Le déplacement sur le bonhomme permet aux enfants de distinguer les étapes de la communication non violente et de passer de l’une à l’autre en exprimant leur vécu, leurs ressentis, leurs besoins et leurs propositions de résolution de conflit. Tout cela dans un ordre qui n’est pas imposé puisqu’ils peuvent faire des aller-retours librement.

Jusqu’à présent, nous faisions de la communication non violente à partir de jeux de rôle ; nous faisions semblant. C’est évidemment déjà pas mal mais je pense que maintenant, je vais pouvoir travailler à partir de situations réelles de conflits.

Le « Géant bleu » sera présent à chacune de nos séances de psychomotricité. Je serai là pour guider les enfants dans leurs déplacements dans la communication non violente. Et peut-être pourront-ils l’utiliser sans l’aide de l’adulte ? Et pourquoi pas utiliser cet outil pendant la récréation, moment où l’on doit gérer pas mal de conflits ? Il suffirait de quelques petits coups de peinture sur le sol pour faire apparaitre le Géant bleu dans la cour de récréation !

Je suis convaincue, que dès la maternelle, nous pouvons mettre des outils en place pour apprendre à mieux communiquer. En tant qu’enseignante, je dois donner aux enfants des moyens pour mieux s’exprimer, pour mieux se comprendre et pour mieux comprendre les autres. Bien communiquer, c’est difficile… mais ça s’apprend !

Ce que le module m’a apporté sur le plan personnel

Dans ma classe, nous parlons beaucoup des émotions. Nous les traduisons par des mots, des gestes, des musiques, des dessins, des peintures… Les enfants aiment toutes les histoires traitant ce sujet. Lors de l’évaluation à la fin de chaque journée, les enfants ont l’occasion de raconter comment ils ont vécu leur journée. Nous faisons également un conseil de coopération (deux fois par semaine) pendant lequel ils peuvent s’exprimer sur ce qui va bien ou ce qui ne va pas.

Bref, je donne une grande importance à l’expression des émotions dans ma classe. Et pourtant, dans la vie de tous les jours, je suis quelqu’un qui n’exprime pas très facilement ses émotions… Les petites situations que nous avons vécues pendant le module m’ont poussée à m’exprimer. Mettre des mots sur comment je me sens, trouver une situation dans laquelle je me sens triste ou en colère, sont des exercices qui ne sont pas si facile que ça pour moi. Je suis donc assez contente d’avoir joué le jeu sans avoir dû utiliser le STOP !

J’aimerais aussi introduire la méditation dans ma classe. Je n’ai pas encore osé, je ne me sens pas encore tout à fait à l’aise avec la démarche. Je pense que je vais bouquiner et m’intéresser à ce sujet pour pouvoir faire des exercices de pleine conscience avec les enfants.

Grâce à cette formation, j’ai pu mettre en place des outils concrets dans ma classe et j’ai aussi pu refaire les petits jeux « Brise-glace ». Ces 6 séances m’ont aussi donné l’envie d’approfondir ce que j’ai appris et d’aller plus loin.

Les outils partagés comme par exemple « Graines de médiateurs » vont me permettre de continuer les apprentissages dans le domaine des émotions et de la gestion des conflits dans ma classe et dans mon école. J’ai également envie de me documenter sur la démarche de communication non violente avec la girafe et le chacal.

L’idée d’utiliser des marionnettes pour concrétiser et caricaturer nos comportements dans les situations de conflits me plait aussi assez bien !