Harcèlement scolaire et estime de soi

Plusieurs théories établissent des liens entre le harcèlement à l’école et l’estime de soi des enfants et adolescents.

Une des plus répandues dans le sens commun postule que tant le harcelé que le harceleur ont tous les deux un manque d’estime d’eux-mêmes. Le déficit d’estime de soi peut en effet conduire à adopter des comportements consistant à se rabaisser soi-même, mais aussi à rabaisser l’autre. Quant à la victime de ce phénomène, il est probable que son estime d’elle-même, souvent observée après les faits, soit effectivement dégradée, abimée.

Cette approche est cependant remise en cause par plusieurs autres théories. D’abord, comme le constate Bruno Humbeeck, pour qu’il y ait harcèlement, il faut qu’il y ait un groupe « d’observateurs » : si un enfant insulte ou frappe un autre, on est dans de la violence, mais pas nécessairement du harcèlement. Certains élèves sourient suite aux moqueries, d’autres en rajoutent, d’autres tournent la tête et font mine de ne rien voir… Pour parler de harcèlement, il doit s’agir de comportements répétés en présence d’un groupe qui semble donner son accord tacitement à ce qui est en train de se dérouler.

Ensuite, des études ont montré que le harceleur n’était pas nécessairement en mésestime de lui-même, au contraire. Il adopte plutôt des comportements dominants. Par contre, il est très attentif – voire inquiet – par sa position dans le groupe, c’est-à-dire par la reconnaissance que les autres peuvent lui fournir.

Pour ces deux raisons, il apparait clairement que le travail sur le harcèlement, tant en prévention qu’en intervention, doit aussi se faire sur le groupe entier, et non seulement le harceleur et la victime, comme c’est souvent le cas. En responsabilisant les observateurs et en développant leur empathie, il s’agit de les amener à réagir par rapport aux comportements de harcèlement. Grâce aux tests de psychologie sociale comme l’expérience de Asch, on sait par ailleurs qu’une seule personne qui s’oppose à la norme implicite du groupe peut avoir du poids sur les autres qui s’y seraient conformés le cas échéant… Cela, en plus d’activités préventives de cohésion, notamment.

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4 réponses à Harcèlement scolaire et estime de soi

  • Pseudo dit :

    Ayant fait l’objet de harcèlement durant tous le collège et en subissant, vingt ans après, encore les conséquences (perte totale d’estime de soi, impossibilité de faire confiance, de me livrer et donc de créer du lien) je dois dire que ce ne sont pas les « brimades » quotidiennes qui m’ont fais le plus de mal, mais plutôt le regards des « autres ».

    Pourtant j’aurais de multiples anecdotes assez glauques à raconter (quatre ans c’est long), à savoir que mes « bourreaux » (tous garçons comme moi) étaient assez intéressés par mes parties génitales et rivalisaient d’imagination pour me terroriser… Mais, avec le recul, je crois que c’est le moment des salutations matinales qui m’a fait le plus de mal, pourtant une situation bien innocente vu de l’extérieur, le moment où les filles de la classes embrassaient tout le monde sur les joues, moi excepté bien sûr, et qu’elles avaient une moue de dégout si, par mégarde, elles s’étaient trop approché de moi…

    Mais il y a aussi un petit moment qui m’a sans doute empêché de couler d’avantage: Un jour (le seul) où j’ai « osé » (inadmissible offense, je l’ai appris par la suite) me rebeller contre l’un de mes bourreaux qui me crachait à la figure en passant: J’ai alors été encouragé par un petit groupe de filles (3 ou 4 filles assez intelligentes qui restaient à l’écart du groupe) et cela m’a illuminé. Bien sûr mon insolence m’a donné droit à un magnifique oeil au beurre noir et le directeur, qui n’avait pas assez de temps pour régler cette histoire a décidé de nous laisser moi, mon « camarade » et sa mère dans une pièce pendant plusieurs (logues) minutes (mes parents étaient injoignables). Je me suis fait alors insulté et même craché dessus par la mère de mon « ami » qui riait à gorge déployé. Par la suite j’ai nié tout harcèlement et j’ai serré les dents.

    Pour terminer ce témoignage sordide je voudrais vous dire que je n’ai pas été capable de finaliser un parcours professionnel, ni de m’intégrer à la société (par exemple j’ai abandonné l’idée de relations amoureuses après quelques expériences catastrophiques). Pourtant j’étais un enfant vraiment apprécié de tous à l’école primaire (un « leader »), mes parents ont d’autres enfants qui n’ont pas mes problèmes et j’ai passé récemment un test de QI qui m’a fait comprendre que c’était là sans doute la raison de ma « différence » qui fût, il y a bien longtemps, si insupportable aux yeux de certains…

    Bonne chance à vous!

    • Monsieur,

      Merci à vous pour votre témoignage. Nous espérons pouvoir contribuer à prévenir le genre de situations que vous décrivez, et former les jeunes et les adultes à intervenir suffisamment tôt et efficacement le cas échéant. Nous entendons que les conséquences peuvent être encore bel et bien présentes des années plus tard.
      Comme vous le dites, dans une situation de harcèlement, il n’y a pas que la victime et l’un ou l’autre bourreau, mais aussi le regard de tous ces « autres » dont l’empathie peut être développée, les poussant à ne pas se taire ou à « suivre le mouvement ». Ce sont des situations très complexes et c’est là une piste de travail parmi de nombreuses autres…
      Nous vous remercions encore,
      Bien cordialement,

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