« Le Certif Jeunes m’a donné un projet… »

Martine Kleinberg : « Le Certif Jeunes m’a donné un projet pour les 20 ans à venir »

Nous vous proposons aujourd’hui l’interview de Martine Kleinberg. Martine a suivi le Certificat en gestion positive des conflits avec les jeunes, et ensuite le Certificat en gestion positive des conflits de l’Université de Paix. Elle contribue également à développer les outils de l’Université de Paix au Luxembourg. Elle nous raconte comment, en neuf séances de « Certif jeunes », sa vision des choses a évolué : « J’ai pu vivre une certaine frustration par rapport aux conflits que je vivais avec mes élèves […] j’aurais voulu pouvoir y travailler directement, obtenir des solutions clefs en mains. Or, la formation est progressive, se développe logiquement… ».


Julien [J.] : Madame Kleinberg, vous avez suivi le Certificat « jeunes », qu’est-ce qui vous a plu particulièrement dans ce programme ?

Martine Kleinberg [M. K] : En fait, vous me demandez mes « Prix Orange » de la session 2009-2010 du certif Jeunes?  😉 C’est ainsi que Christelle, la coordinatrice, appelle les aspects particulièrement nourrissants des 9 séminaires de la formation! Ils sont multiples, c’est une formation très concrète : nous avons surtout vécu des situations, expérimenté des activités, plongé dans le conflit, sous ses différentes variantes ; confit de groupe essentiellement. Une formation très « terrain », donc. En même temps (ça c’est un « Prix Citron » !), au début, j’ai pu vivre une certaine frustration par rapport aux conflits que je vivais avec mes élèves (j’avais 2 classes d’ados en français dans un lycée technique au Grand-duché de Luxembourg) : j’aurais voulu pouvoir y travailler directement, obtenir des solutions clefs en mains. Or, la formation est progressive, se développe logiquement, en piliers (Moi et le conflit, Dynamique de Groupe, Ecoute …) et ce n’est qu’après quelques séminaires que nous avons pu nous atteler à nos situations vécues. La diversité des intervenants est un plus, avec la garantie de la continuité grâce à la coordination. Sans vouloir faire rougir Christelle, je voudrais dire qu’elle a rempli son rôle à merveille : organisation structurée, flexibilité dans la créativité, clarté, humour, disponibilité, légèreté.

Nous avions aussi l’avantage d’un petit groupe, de 10 dont un homme. Nous sommes devenus très vite proches, en confiance. Enfin, venant du Luxembourg, j’ai pu profiter de la chambrette mansardée, et j’ai eu ainsi le sentiment d’être totalement accueillie, en toute simplicité et facilité !

J. : Que retirez-vous de cette expérience, d’un point de vue tout à fait personnel ?

M. K. : Depuis 2006, je me forme à la pratique de la CNV (Communication NonViolente – processus de Marshall Rosenberg). Le certif Jeunes m’a permis d’aller plus loin dans ce travail sur soi et la relation à l’autre et au groupe, d’envisager d’autres outils. Enfin, d’un angle vraiment personnel, je traversais alors, en début de formation, une tempête intérieure: les séances à l’Université de Paix [UP] ont contribué à l’accalmie et au retour d’une énergie intérieure positive. Mine de rien, j’ai « travaillé », de façon indirecte, l’acceptation, le lâcher-prise, ma place dans le groupe, etc. En outre, j’ai été suffisamment motivée pour m’engager dans l’autre certificat longue durée, interpersonnel, et me lancer avec d’autres, notamment Bénédicte de Gruben, dans un projet ambitieux, à long terme : l’implantation au Luxembourg du programme de développement des compétences sociales dans le milieu scolaire. Autrement dit, faire des compétences sociales (écoute, confiance en soi, gestion des conflits,…) une matière scolaire comme une autre. Apprendre à s’accepter, écouter l’autre, régler ses conflits sans nuire et se nuire, c’est aussi crucial que d’apprendre à lire ou compter ! Et plus tôt cela se fera autant de blessures qui pourront être évitées par la suite ! Donc, le Certif Jeunes m’a donné un projet pour les 20 ans à venir : ce n’est pas rien !

J. : Utilisez-vous vous-même l’un ou l’autre outil de médiation proposé dans votre quotidien ?

M. K. : En fait, je vois 3 niveaux de changement : dans la relation de moi à moi, dans la relation à l’autre adulte, dans le cadre professionnel et le cadre privé, dans la relation aux jeunes, en tant que parent ou qu’enseignante. L’an passé j’enseignais donc le français, j’avais mes classes par tranche de 50 mn, rarement de 100 mn. De plus, le programme à réaliser. Ce fut un de mes défis d’intégrer les outils nouvellement découverts à l’UP dans mes cours. J’ai fait des expériences émouvantes, notamment en donnant l’occasion aux élèves de parler de  leurs points forts, de ce qu’ils aiment, en les faisant travailler sur l’image de soi. J’ai aussi pu mieux décrypter ce qui se passait chez l’un des jeunes, Bob, un « rebelle » (encore une étiquette!). J’ai aussi pu explorer mes limites, les accepter et réaliser les difficultés à mener le changement « seule », sans soutien de l’institution. Aujourd’hui, avec mon fils, c’est surtout l’écoute empathique que je pratique, l’expression des besoins, la formulation de règles claires, négociées et la pratique de sanctions conséquentes, elles-aussi formulées à l’avance et « raisonnables » (ex. « Nous sommes d’accord que tu éteins ton ordi à 21.30. Et que penses-tu qu’en cas de non-respect de la règle, il n’y aura pas d’ordi durant 8 jours? »).

J. : Voyez-vous une différence de comportements, des changements, chez vous, ou chez les enfants dont vous vous occupez ?

M. K. : Pour les enfants, je n’ai pas eu l’occasion de suivre mes élèves, car cette année, je ne suis plus en lycée, mais au ministère de l’Education nationale. Avec mon fils (10 ans), nous arrivons à davantage de créativité et pensons l’un et l’autre plus souvent à préciser règles et sanctions. Peut-être ne suis-je pas assez ferme dans l’application des sanctions, ce qui affaiblit le processus. Sans doute nous faudrait-il alors revoir certaines règles (rangement de la chambre, participation au maintien de la propreté des pièces communes …). Mes comportements, c’est difficile à dire … Ce qui est certains c’est que la croix dite de Barry Hart m’aide à savoir ce que je veux privilégier dans un conflit : mon objectif ou la relation, et cela m’aide au quotidien dans mon travail actuel avec des adultes. Du coup, je suis plus détendue, moins « figée » sur le résultat à atteindre, alors que jusqu’à il y a peu je me considérais comme une obsédée de l’efficacité. Obsession, si l’on cherche plus loin, qui a à voir avec le besoin de reconnaissance ! Tout est dans tout ! Le savoir, agir en conscience, c’est déjà énorme, même si l’occasion de vivre les outils, les  activités ne se présente pas toujours.

J. : Pour terminer, auriez-vous une anecdote, un petit récit ou autre à nous partager par rapport à votre expérience ?

M. K. : Dans le séminaire « Dynamique de Groupe », nous avions vécu l’exercice « La bombe atomique ». En bref, les participants sont affublés d’un collant de couleur sur leur front, mais ils ignorent quelle est sa couleur. Lorsque le décompte avant l’explosion de la bombe commence, chacun doit (enfin, c’est la consigne, le verbe « devoir » est en principe exclu du vocabulaire du Certif !) rejoindre l’abri atomique de sa couleur, mais sans parler. Celui qui n’aura pu s’abriter, eh bien, en théorie, il est « mort ». C’est une activité tout sauf anodine, mais que le groupe peut prendre avec plus ou moins de légèreté. Le moment fort est surtout celui du débriefing/feedback : « que s’est-il passé, qu’ai-je compris, éprouvé, comment me suis-comporté, comment le groupe s’est comporté, comment je me sens avec tout ça », etc. A Wépion, cela avait paru « un jeu d’enfants ».  J’ai voulu l’expérimenter dans un cadre amical (ce qui était certainement une erreur : tant mieux, j’en ai appris bien plus que prévu !), le résultat a été terrible, car certains participants ont très mal vécu leur comportement, de n’avoir pas « sauvé » leur proche … Et des profondeurs d’aucuns sont sortis des craintes, angoisses inattendues. Donc, même si la formation a été très gaie et chaleureuse, elle n’est vraiment pas superficielle !

Un autre « truc » qui me plaît, que j’oublie malheureusement de pratiquer, c’est le « Petit bûcheron », un mode d’expression acceptable de sa colère. Car tous les sentiments sont acceptables (colère, haine, …) ; ce qui ne l’est pas toujours, c’est leur expression (frapper) ou la stratégie utilisée (tuer). Il faudrait dessiner un petit bûcheron, saisissant sa hache, prenant de l’élan et l’abattant sur le tronc avec un cri à la hauteur de la colère ressentie !

 

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