[Historique] 10 ans de Certificat (2008)

En 2008, le Certificat en gestion positive des conflits interpersonnels fête ses 10 ans. Créé en 1998 pour répondre aux attentes de personnes désireuses de recevoir et d’assimiler progressivement des savoirs, des savoirs-faire et des savoirs-être en gestion positive des conflits, une première formation de longue durée était proposée. Une grande aventure commençait…

Un article rédigé par Mireille Jacquet, paru initialement dans le trimestriel de juin 2008.

Certificat en gestion positive des conflits interpersonnels – dixième anniversaire

Historique

L’idée de proposer une formation longue en gestion des conflits interpersonnels nous est venue au départ de deux constats :

  • Le premier était la cohérence du programme de formations courtes proposées dans le cadre de notre axe de travail prioritaire «  La gestion positive des conflits ».
  • Le second résultait du nombre de personnes s’inscrivant à de multiples formations courtes durant le même exercice et dont les thèmes se succédaient dans la logique « connaissances de base- communication- gestion et résolution des conflits ».

Nous avons dès lors conçu un programme long constitué des formations de base à chaque niveau de notre axe de travail.

Au niveau du temps disponible pour la formation, un cycle long a deux avantages: d’une part, éviter les redites inévitables en modules courts et d’autre part, les participants se connaissant à partir du premier module, les présentations et l’expression des attentes ne sont plus nécessaires par la suite.

Le temps ainsi dégagé est investi dans l’ancrage des acquis, tant au niveau des savoirs que des savoirs-faire et savoirs-être.

Autre avantage du cycle long : les participants étant les mêmes durant tout le cycle, la confiance développée au fil des sessions favorise un travail en profondeur, un questionnement sur la durée et un enrichissement supplémentaire de par la vie du groupe.

Caractéristiques de l’encadrement

  • L’accueil des candidats retenus a lieu antérieurement au premier module de formation. Une soirée conviviale y est consacrée, soirée au cours de laquelle ils peuvent rencontrer l’ensemble des formateurs et plusieurs anciens certifiés.
  • Durant tout le processus de formation, l’accompagnement du groupe et la compétence des formateurs sont des éléments essentiels :
    • Dès la sélection des candidats jusqu’à la remise des certificats, un coordinateur est présent. Son rôle est capital. Il a en charge les contacts avec les candidats entre les modules, notamment via un forum Internet. Il est présent à la totalité de chaque module, fait les liens entre les modules, reçoit les devoirs demandés à la fin de chaque module et y réagit, réceptionne le travail écrit de fin de parcours et l’évalue, avec d’autres formateurs. Cette façon de procéder est fortement appréciée par les candidats. Elle participe à l’établissement et au maintien de la confiance dans le groupe et donc, consécutivement, à un investissement sincère et important de la part de ses membres.
    • Chaque module traitant d’une thématique précise, il est assuré par des formateurs choisis en fonction de leur compétence spécifique en la matière.
  • Finalement, les certificats, complétés et signés par les instances et les formateurs, sont remis aux candidats ayant satisfait aux différentes conditions de son octroi au cours d’une cérémonie suivie d’un cocktail dînatoire.

Évolution des contenus au fil du temps

Depuis 10 ans, les thèmes du Certificat en gestion positive des conflits interpersonnels sont stables. A l’origine, la structure avait été longuement réfléchie et construite sur base de l’expérience engrangée au fil des années par les membres de l’équipe de formateurs de l’Université de Paix.

Les modifications et mises à jour des contenus sont réalisées chaque année suite aux évaluations apportées par les participants et les formateurs. Certains modules ont été amplifiés (par exemple : l’écoute) ; pour d’autres, c’est l’aspect pratique et concret de la formation qui a été mis plus en avant (par exemple : les bases de la communication).

Concrètement, le Certificat se compose de 9 modules abordant chacun une thématique distincte bien que liée aux précédentes :

  1. Le premier week-end permet aux participants d’une part, de prendre leurs repères et au groupe de se former et d’autre part, d’aborder la notion de conflit et d’analyser les attitudes possibles en situation conflictuelle.
  2. Lors du deuxième week-end, nous explorons notre système de perception, nos représentations mentales de l’univers ainsi que la dimension non-verbale de la communication, notamment par le biais d’exercices filmés et analysés.
  3. Ce module permet de découvrir un outil de prévention par excellence : l’écoute ! Eviter les message risqués, s’exercer à la reformulation, pratiquer l’écoute active, …en sont les principaux ingrédients.
  4. Le quatrième quant à lui, aborde l‘assertivité : apprendre à refuser sans agressivité, critiquer et recevoir une critique, faire une demande en s’affirmant.
  5. L’introduction à la Communication Nonviolente (selon la méthode de M. Rosenberg) vient conclure ce chapitre des multiples facettes de la communication et des outils qui en découlent.
  6. Le module suivant est consacré au phénomène du pouvoir : comment concilier les outils découverts avec cette chose complexe à définir, à percevoir, à maîtriser…Spécificité de ce week-end : aucun contenu théorique n’est fourni au cours du week-end. Seule l’expérimentation – et son évaluation consécutive- comptent.
  7. Ce week-end permet la mise en œuvre de l’ensemble des acquis en pratiquant un mode de gestion de conflits : la négociation. Les conditions, avantages et désavantages de cette méthode de résolution des conflits étant précisés, le travail est axé sur la négociation coopérative.
  8. Ce week-end permet la mise en œuvre de l’ensemble des acquis en pratiquant un mode de gestion de conflits : la médiation : la communication des spécificités et des conditions de ce processus, son esprit et les règles de fonctionnement se fait majoritairement durant les évaluations consécutives aux mises en situation issues de cas vécus par les participants.
  9. Le dernier module est un « training », une pratique intensive : ultime occasion pour les participants de tester leurs compétences à partir de situations concrètes, c’est aussi un temps d’évaluation personnelle et de mise en perspective des acquis.

Publics

Si nous constatons une relative stabilité du contenu, le public a quant à lui évolué au cours de ces 10 années.

A l’origine, notre objectif était de travailler avec les acteurs du secteur socio-culturel de la jeunesse. Ce public est toujours majoritaire aujourd’hui. Cependant, nous constatons une présence de plus en plus importante de candidats du secteur public et du  secteur privé : responsable de services des ressources humaines, docteur en médecine, chef d’entreprise, membre de coopérative, photographe,… ont participé ces dernier temps à notre formation.

Nombre de personnes

Comme il est d’usage pour nos formations de courte durée, nous privilégions les groupes restreints. Le nombre de participants est limité à 18 personnes, ce qui permet une dynamique de groupe enrichissante tout en laissant la place à l’individu.

En dix ans, ceci représente 180 candidats, dont 136 ont été certifiés (sans tenir compte des certificats à la demande).

Attentes des participants

Les attentes des candidats sont majoritairement d’acquérir et de développer des outils concrets transposables dans leurs activités professionnelles, associatives, voire dans leur vie familiale.

Un des éléments recherchés et attendus de notre programme est son éclectisme -au niveau des portes d’entrée du travail en gestion des conflits- dans l’homogénéité de la démarche.

Nous constatons régulièrement que les candidats au Certificat sont dans une démarche continuée : certains ont déjà vécu une première expérience de formation et souhaitent l’amplifier, la poursuivre. Pour d’autres, notre cursus est un tremplin vers des formations plus ciblées (par exemple, les graduats en médiation) ou constituant un approfondissement plus théorique d’une matière.

Témoignages de participants

De toute évidence, le fait d’avoir suivi cette formation longue qu’est le Certificat a des retombées sur la manière dont les candidats vivent dans leurs milieux professionnel et autres.

Certains ont changé d’orientation, d’autres ont créé des associations, des programmes de formation,…

Ainsi, Ahmad Aminian, médiateur scolaire, propose -avec ses collègues d’une association-  une formation longue sur la «  Gestion de la diversité culturelle ». Florence Buseyne, quant à elle, collabore depuis 2003 au projet «  Citoyenneté et reconstruction du dialogue » réalisé en Algérie sous la coordination d’une ONG italienne, le CISP. C’est par son intermédiaire que, deux ans plus tard, l’Université de Paix a rejoint le projet pour y assurer la formation des formateurs algériens.

Mais, laissons plutôt la plume à quelques certifiés :

« En m’ouvrant des pistes pour remplacer mes conditionnements initiaux face à une situation de conflit, le certificat m’a certes bousculée, mais surtout, permis d’élargir les possibles. Je dispose désormais de leviers pour initier ou maintenir le dialogue et rechercher une ou des solutions plus créatives où ce n’est plus forcément ma solution ou celle de mon interlocuteur qui prime, mais notre ou nos solutions.

A chaque week-end, des phrases clés, fils rouges de nos travaux, se sont ancrées en moi et font désormais parie intégrante de ma « trousse de survie » pour renforcer mes compétences relationnelles, tant au niveau professionnel que personnel ».

Ambre Dierckx – travailleuse sociale dans une mission locale pour l’emploi et la formation

« L’Université de Paix et sa bande…

Il y a la formation, son contenu… Et puis, la façon de la faire passer. Sentir que les formateurs sont vraiment portés par cette façon de communiquer et de vivre avec les autres, c’est vraiment réconfortant et apaisant. Savoir que quelque soit mon implication, mon ressenti, je suis respectée dans cela, ça a compté pour moi et ça m’a donné d’autant plus envie de m’impliquer.

Puisque la vie est mouvement et expérimentation, cette formation s’inscrit vraiment dans l’élan de la vie »

Véronique Schrive – Centre de la Petite Enfance, Lambersart

« Je fais partie d’une petite équipe de développement de l’agriculture paysanne et bio ; nous sommes 4 bénévoles avec un attaché pédagogique comme salarié. Par ma participation au Certificat, j’ai amélioré ma capacité à clarifier les situations, à mettre les conflits à leur niveau, à comprendre les blocages et nos besoins respectifs. Tout ceci nous permet de mieux utiliser les énergies du groupe et de mieux nous organiser. J’utilise aussi des mots positifs. Exprimer les situations peut se faire de tant de manières, et il y a celles qui ouvrent vers les possibles…J’apprends aussi à « sentir » et à formuler les malaises et les non-dits. Cette dynamique positive me permet d’entrevoir un rassemblement des forces alternatives paysannes wallonnes »

Michel Glibert – agriculteur

« Tout au long des sessions, des prises de conscience se sont faites en moi, par exemple sur ma manière d’inter-« prêter-agir-venir ». Cette conscientisation m’a permis de prendre une certaine distance et donc d’avoir une autre vision de mes comportements, des agissements d’autrui et d’ouvrir d’autres angles de vue sur les situations à gérer.(…) Grâce à cette formation et forte de l’impact qu’offre les outils de gestion de conflits, je suis aujourd’hui en charge, au Luxembourg, d’un partenariat entre GP3-groupe conseil en entreprises (dirigé par un ancien certifié de l’Université de Paix : le monde est petit) et l’Université de Paix. »

Bénédicte de Gruben – Coordinatrice et présidente du musée pour enfants, l’A-Musée [désormais représentante du Réseau Université de Paix au Luxembourg]

Qui valide le contenu des formations ?

« Le savoir ne vaut que s’il est partagé » peut constituer le leitmotiv du travail des formateurs de l’Université de Paix.

Les contenus de formation sont élaborés,  évalués, adaptés en équipe en fonction des expériences accumulées. A chaque programmation du Certificat, l’ensemble du programme fait l’objet d’une attention particulière : contenus et méthode de travail sont revisités et fixés sur base d’un consensus.

La formation des formateurs est diversifiée : licenciés en psychologie -orientations « éducation » et « développement et société », sociologues, éducateurs, licencié en pratiques de formations, licencié en droit… Tous ont le grand avantage de travailler sur le terrain et de pouvoir ensemble évaluer et analyser leur pratique afin de l’améliorer au quotidien.

Cette orientation pragmatique et collective constitue une caractéristique du modèle de formation mis en place.

Quel équilibre entre les enseignements théoriques et les pratiques ?

Nous accordons une très grande importance à la pratique. Nous avons coutume de dire aux participants qu’ils ont l’opportunité de travailler «  en laboratoire » et en toute confidentialité : exercices multiples, mises en situation, jeux de rôle, questionnaires, grilles d’analyse, positionnements, …, et leurs évaluations représentent certainement 75% du temps de formation.

Au niveau théorique, un syllabus relatif à chaque module est remis à chaque participant. D’autre part , la théorie est injectée durant la formation en fonction des nécessités et opportunités. Ainsi, une introduction à la thématique du module est réalisée en début, chaque phase ou exercice est situé dans le cadre et est suivi d’une évaluation durant laquelle de nouveaux éléments théoriques sont apportés en fonction du vécu et des questionnements.

Durée

La durée du certificat est de 108 heures de formation réparties sur 9 week-ends à raison d’un week-end par mois de septembre à mai.

En sus des heures de formation, des « devoirs » sont demandés après chaque session et, en fin de parcours, chaque participant est tenu de remettre un travail écrit de synthèse et d’analyse.

Pourquoi un Certificat ? Quelle valeur ?

Le Certificat que nous délivrons certifie la participation du candidat à la totalité des modules de formation et la remise des devoirs et travail écrit demandés.

Au départ, nous pensions que ce certificat aurait comme valeur, la seule valeur symbolique que le candidat lui donnerait. Au fil du temps, nous nous sommes aperçus que la valeur symbolique était dépassée. Repris comme élément dans les curriculum vitae, il est devenu une référence de formation congruente, pratique et de qualité.

Recherchez-vous une reconnaissance de l’État, d’une université ?

En proposant le certificat, nous avons voulu donner aux personnes souhaitant développer une démarche de gestion positive des conflits, l’opportunité de se former concrètement selon un schéma relativement léger et en groupe restreint. L’apprentissage et l’acquisition des outils se font progressivement dans un mixte entre, d’une part, les attentes particulières et le niveau des candidats et, d’autre part, le programme fixé. Il est, pour nous, très important d’accompagner le groupe et ses membres dans leur parcours évolutif sur ce thème précis.

Le certificat est-il connu ?

La réponse à cette question peut être oui et non. Il est bien connu dans notre milieu de prédilection : le secteur associatif au sens large du terme. De part la profession des candidats, nous constatons qu’il est de plus en plus connu dans les milieux de profession libérale comme dans les secteurs spécifiquement sociaux.

Dès le départ, nous avons eu conscience de répondre à une réelle demande. Je me souviens de mon étonnement en août 1998 : je rentrais de vacances en me demandant si notre nouveau projet (le certificat, donc) avait suscité quelques demandes d’inscription : 53 candidatures m’attendaient! Depuis lors, le nombre annuel de candidatures reste similaire et la (re-)connaissance de sa pertinence ne fait que croître.

Le fait que les certifiés le mentionnent tant dans leur CV que dans leurs titres lorsqu’ils donnent eux-mêmes des formations, des conférences… contribue évidemment aussi à le faire connaître.

Depuis quelques années, des groupes constitués nous demandent de réaliser un programme de certificat spécifiquement pour eux.

Ainsi, pour l’instant, nous terminons un certificat pour une association belge « Les 3 Pommes » dont l’objet social est de travailler avec des jeunes placés en maison d’accueil.

En France, le Certificat a été réalisé pour le Centre de la Petite Enfance dont le projet est la « bien-traitance » de la petite enfance, à Lambersart.

Pour ces demandes comme pour les autres, le contenu global du programme est similaire à celui que nous proposons annuellement mais est traité de manière à correspondre au milieu concerné. Les outils doivent être transposables dans le travail quotidien de chacune de ces équipes.

Pour répondre aux demandes d’animateurs de jeunes, de quartiers…, nous proposons depuis septembre 2007, un Certificat en prévention et en gestion des conflits dans les groupes d’enfants et d’adolescents [Désormais Brevet en gestion des conflits avec les jeunes (5-17 ans)].

La différence fondamentale entre les deux certificats est évidente : il s’agit ici de contenus et d’outils transposables très rapidement dans les groupes de jeunes. Le modèle est largement inspiré de notre programme « Développement des habiletés sociales » et « Graines de médiateurs », formation longue réalisée depuis plus de 15 ans, principalement dans les écoles.

Ce programme fait l’objet d’une recherche-action au niveau européen et bénéficie du soutien de municipalités et de fondations. Il a été mis à l’honneur dans le cadre de la 10ième réunion des coordinateurs du Programme « Éducation à la Citoyenneté » du Conseil de l’Europe.

Dans le cadre du dixième anniversaire de ce Certificat en gestion positive des conflits interpersonnels, certifiés et formateurs se retrouveront le vendredi 23 mai 2008 pour échanger sur l’impact de cette formation au fil des ans.

Le témoignage de Patricia

Patricia WASTRAT a participé au Certificat en gestion positive des conflits interpersonnels durant l’année culturelle 1999-2000. Dans cet article, Patricia Wastrat nous fait part de comment l’Université de Paix a contribué à l’installation de la fonction de médiation dans le cadre de la nouvelle loi sur les droits du patient.

Un article initialement paru dans le trimestriel n°86, en mars 2004.

Médiation en pédopsychiatrie

Il y a quelques années, j’ai suivi à l’Université de Paix le certificat de base en gestion positive des conflits interpersonnels. Les séminaires étaient passionnants et en particulier les week-ends sur la médiation et sur la Communication NonViolente. J’ai donc pris part à plusieurs formations complémentaires en Communication NonViolente et en médiation. Deux ans plus tard, j’ai pu travailler dans un projet pilote de médiation en santé mentale. Après un an et demi de recherche-action, une fonction de médiation est devenue obligatoire dans les hôpitaux, en application de la loi sur les droits du patient du 22 août 2002. J’exerce cette fonction dans plusieurs hôpitaux psychiatriques.

Les droits du patient tout comme la médiation, trouvent leurs fondements dans les droits de l’homme.

La fonction de médiation a les missions suivantes, décrites par l’article 11 de la loi sur les droits du patient :

1) la prévention des questions et des plaintes par le biais de la promotion de la communication entre le patient et le praticien professionnel;

2) la médiation concernant les plaintes en vue de trouver une solution;

3) l’information du patient au sujet des possibilités en matière de règlement de sa plainte en l’absence de solution;

4) la communication d’informations sur l’organisation, le fonctionnement et les règles de procédure de la fonction de médiation;

5) la formulation de recommandations permettant d’éviter que les manquements susceptibles de donner lieu à une plainte, ne se reproduisent.

Ma fonction est souvent perçue par les soignants comme une attaque de leurs compétences et surtout de leurs compétences relationnelles- puisque la relation c’est le business de la psychiatrie-. Aussi, quand je commence à travailler dans un hôpital, j’essaye d’abord de comprendre comment la fonction de médiation peut être une aide aussi pour les soignants, dans cet hôpital-là. Je ne suis pas au service des patients ni au service des soignants. Je suis au service de la relation que ces patients ont avec les soignants de l’hôpital dans lequel ils séjournent pour un temps plus ou moins long. Cette relation existe dans le cadre des droits que la loi reconnaît aux patients, qui sont essentiellement de recevoir des soins de qualité, d’être informé de son état et de son évolution probable et de consentir à son traitement.

Quand cette étape est terminée, alors seulement, j’informe les patients, par des réunions, un dépliant, des affiches…

Si un patient vient me trouver, lorsque sa demande est devenue claire pour lui et pour moi, j’essaye de voir quelles sont les démarches qu’il peut entreprendre sans moi. Je les prépare avec lui s’il le demande ; et si à la fin de ce processus, une médiation avec un soignant (médecin, infirmières, aide-soignant…) est souhaitée par le patient, je l’organise. J’invite le soignant à venir s’entretenir avec moi et le patient de ce qui, pour le patient s’est mal passé, l’a choqué, ou de ce que le patient refuse, ou de ce qu’il demande et qui ne trouve pas de réponse selon lui : le soignant est libre d’accepter ou non cette invitation.

J’assure la fonction de médiation pour les hôpitaux psychiatriques des provinces de Brabant et du Luxembourg où 40% des patients sont des enfants ou des adolescents. Comment leur expliquer en quoi consiste cette fonction ? J’ai été rapidement à cours d’idées et il m’a semblé que ces jeunes patients oubliaient rapidement ce que je pouvais leur proposer comme soutien au cours de leur hospitalisation (qui est souvent de plusieurs mois). Je me suis souvenue du travail réalisé par l’Université de Paix dans le milieu scolaire : deux cassettes existaient : « Graines de médiateurs » et « Médiateurs en herbe » (2). J’ai choisi celle qui racontait en images une médiation menée par des enfants pour aider deux jeunes garçons à résoudre la dispute qu’ils avaient eu à la cours de récréation. J’ai fait cette expérience dans plusieurs unités pédopsychiatriques, toujours avec grand succès. Parfois, nous avons seulement regardé la cassette ensemble ; parfois, nous avons ensuite fait des jeux de rôles : les enfants apportaient alors des situations vécues qui permettaient de préciser le cadre de mon travail. Lors de ces jeux de rôles, les jeunes jouaient tous les rôles : ceux des adultes-soignants, leurs propres rôles de jeunes et celui de co-médiateur.

Le fait de voir d’autres jeunes, dans un cadre familier -l’école, organiser eux-mêmes une médiation, a certainement contribué à la compréhension de ma fonction, tout à fait nouvelle dans un hôpital. La clarté du processus illustré dans la cassette a aidé les jeunes à respecter le climat d’écoute nécessaire lorsqu’ils ont eux-mêmes demandé une médiation avec un soignant.

Par ailleurs, le fait que le processus illustré dans la cassette de l’Université de Paix soit basé sur la communication non-violente a aussi son importance. Parler de ce qu’ils ressentent et rechercher ce dont ils ont besoin est une démarche accessible à ces jeunes. Cela leur donne l’expérience qu’il est possible de créer un contexte de dialogue avec des adultes, alors que souvent l’expérience qu’ils ont eue en dehors de l’hôpital est celle de relations chaotiques.

Enfin, la médiation pratiquée avec l’outil de communication non-violente fait écho à des valeurs importantes qui sous-tendent la loi sur les droits du patient : l’autonomie et l’égalité.

La fonction de médiation dans les hôpitaux soutient l’autonomie des patients ; elle permet aux personnes qui vivent dans un hôpital psychiatrique de découvrir une part de leurs potentialités propres et de les mettre en œuvre, avec le soutien de la personne qui assure la fonction de médiation. Un autre des objectifs des auteurs de cette loi est de tenter de rétablir des liens d’égalité entre les soignants et les soignés, ce qui en psychiatrie ne va pas du tout de soi

Pour conclure, je dirais que la médiation va souvent plus loin que l’amélioration du lien entre le patient et le soignant, elle va plus loin que retrouver confiance dans le soignant ; elle a un effet sur la confiance des citoyens dans les institutions de leur pays, dans la recherche de nouvelles valeurs de société. Le travail de médiation est aussi un travail de rétablissement de lien social. Dans le cadre de la pédopsychiatrie, soutenir ces valeurs est un travail important. Et la contribution que l’Université de Paix apporte par les formations qu’elle dispense et les outils qu’elle met à disposition en est d’autant plus précieuse. Je lui suis reconnaissante de m’aider de cette façon à assurer la fonction de médiation dans les hôpitaux pédopsychiatriques.

Coordination d’une formation longue

A l’Université de Paix, la coordination des formations longues (Certificats et Brevets) occupe une place particulière. Elle est assurée par un(e) formateur(trice) de l’Université de Paix qui, à la fois, supervise les participants du groupe et co-anime l’ensemble des modules des formations. C’est cette expérience que relate Nathalie Ballade, coordinatrice du Certificat en prévention et en gestion des conflits dans les groupes d’enfants et d’adolescents (promotion, année culturelle 2008-2009) [désormais Brevet en gestion des conflits avec les jeunes (5-17 ans)].

Coordination du Certificat, fil d’Ariane…

Un article initialement paru dans le trimestriel de l’Université de Paix, en 2009.

Pour la deuxième année consécutive, le Certificat en prévention et en gestion des conflits dans les groupes d’enfants et d’adolescents [désormais Brevet en gestion des conflits avec les jeunes (5-17 ans)] – édition 2008-2009 – a été proposé à un groupe de 16 participants, d’horizons différents et aux savoirs diversifiés.

Le Certificat [désormais Brevet] s’adresse aux personnes qui accompagnent des jeunes entre 5 et 17 ans. Le processus de formation mis en place dans le cadre de la certification propose des pistes de réflexion et d’action qui répondent aux difficultés, aux questions et aux besoins des acteurs de terrain en cas de conflits entre ou avec des jeunes. Cela va de l’écoute à l’affirmation de soi, en passant par l’établissement d’un cadre clair, la gestion de conflits, la compréhension de la dynamique d’un groupe, l’expression et l’estime de soi. L’objectif est qu’au terme du processus, les participants soient capables d’utiliser concrètement les outils proposés afin d’intervenir plus efficacement dans les groupes d’enfants ou d’adolescents.

En quoi consiste le rôle de coordination ? Que fait la coordinatrice ou le coordinateur dans cette formation de longue durée ? Quels sont ses rôles et ses tâches ?

Pratiquement, que peut apporter le rôle de coordinatrice au sein de ce Certificat ?

Coordination pour la formation

Tout commence le 17 septembre 2008 par la séance d’informations et l’accueil des 16 candidats au Certificat. Et, tout se termine, le 25 septembre 2009, avec la remise du Certificat aux candidats ayant satisfait aux conditions d’octroi.

Investie de mon rôle de coordinatrice, j’ai été présente à chaque module de formation ce qui m’a permis ainsi d’assurer cohérence et continuité entre les 7 sessions proposées.

J’ai également co-animé chaque session proposée tout en préservant mon rôle d’« observatrice » ; de cette manière je pouvais garder une attention toute particulière sur le groupe. Parallèlement à cela, je transmettais les informations nécessaires aux différents formateurs sur les contenus des sessions précédentes en vue d’éviter les répétitions et de favoriser la cohérence. Ceci implique de tenir compte de la singularité de chaque formateur et de la richesse de ses apports.

La coordination du Certificat permet donc de mettre en place et de tenir un cadre qui structure la formation.

Coordination pour les participants

Tout d’abord, avoir une personne de référence tant pour l’institution que pour les participants permet de faciliter la gestion administrative du Certificat, à savoir : recueillir et sélectionner les candidatures, organiser et distribuer la farde, les syllabus de chaque module, faire les photocopies, vendre des livres et s’assurer que le prêt de livres tourne bien…

Tout au long de cette formation, j’ai également encouragé les participants à tester les outils dans leur groupe d’enfants et/ou d’adolescents et d’en témoigner soit via le site internet du Certificat afin que les autres participants puissent bénéficier de l’expérience de leur pairs, soit via mon courriel personnel s’ils se voulaient plus discrets…. Je veillais à leur faire un feedback soit par écrit, soit de manière plus informelle, lors d’une pause, en face à face de manière à ce qu’ils puissent réajuster, adapter les outils ou tout simplement être conforté dans ce qu’ils faisaient. Ceci permet de considérer chaque participant dans la singularité de son parcours professionnel et de formation.

Concernant l’impact du Certificat pour les participants… Lors des évaluations, j’ai pu constater nombre de prises de conscience et remises en question induites par les outils et réflexions apportées tant par le groupe que par l’équipe de formateurs. A partir de cette prise de conscience et par l’application concrète et directe des outils proposés, certains participants ont parlé des changements opérés dans leur vie, et dans leur pratique professionnelle.

A la lecture des travaux remis, il apparaît clairement que les participants appliquent avec pertinence les pratiques proposées dans le cadre du Certificat. Ces techniques leur semblent adaptées aux difficultés rencontrées avec les jeunes et elles rapportent un certain nombre de changements, comme expliqué lors des échanges qui ont eu lieu durant l’année. Par ailleurs, certains candidats à la certification témoignent qu’ils sont en chemin et qu’ils ont encore besoin d’intégrer ces outils pour les utiliser de manière adéquate avec leurs jeunes. Le Certificat, le début d’un grand chemin…

Enfin, j’ai aussi le souci d’être présente pour tout problème (conflit, incompréhension, questionnement, démotivation…) lié au Certificat lors de toutes les pauses des sessions ou encore entre les modules de formation.

La coordination de ce Certificat est donc un véritable accompagnement humain, un modèle d’organisation contribuant à la fois à la réussite de la « promotion » et au maintien de l’objectif pédagogique. En aidant les participants, je me suis affirmée comme une personne ressource. En supervisant l’ensemble du Certificat, j’ai assuré la gestion du groupe et sa cohésion ainsi que la validation de la certification.

Nécessité d’un coordinateur ?

De mon expérience, au terme de cette année, le rôle de la coordinatrice est un atout et même une nécessité. Cependant, ce rôle est-il obligatoire dans cette formation de longue durée ?

Les critères qui font que la coordination du Certificat devient indispensable sont :

  • le modèle de formation : le Certificat est scindé en modules que les participants suivent selon un ordre déterminé. La composition du groupe de participants n’est pas modifiée durant la formation. L’implication de chacun(e) dans le groupe permet un apprentissage supplémentaire par le partage des réactions durant las formations.
  • le public : certains participants demandent plus d’attention que d’autres (remise en question, doute, motivation et abandon…).
  • la validation de la formation de longue durée : l’octroi du certificat est soumis à condition :
  • la participation à la totalité des sessions programmées et remise des travaux demandés,
  • l’application concrète de la théorie et des outils vus en session, dans le travail avec des jeunes, et l’échange de ce vécu (forum, fiches, etc.),
  • la qualité du travail écrit basés sur les outils vus en formation ainsi qu’une synthèse créative de leur parcours et l’entretien évaluatif.

La coordination du Certificat recouvre un certain nombre de tâches qui incluent la démarche pédagogique, l’efficacité et l’homogénéisation de la formation, l’évaluation des participants du groupe et de leur progression, la médiation et la régulation des conflits, le soutien du moral et de la dynamique du groupe,… en un mot : la coordination, fil d’Ariane.

Entretien avec Bénédicte de Gruben

Entretien avec Bénédicte de Gruben. Propos recueillis par Christine CUVELIER, Chargée de relations publiques. Un entretien initialement paru dans le trimestriel n°90, en 2005.

Question 1 : Si nous te demandons de te présenter brièvement ainsi que les ateliers créatifs pour enfants que tu proposes au Luxembourg, que nous dis-tu ?

Me présenter brièvement est bien difficile. Depuis 39 ans, ma vie est riche d’événements, d’expériences et de projets, entourée de ma famille et de nombreux amis, j’ai beaucoup de choses à recevoir, donner et partager.

L’éducation et les enfants sont pour moi, l’un des grands pôles d’action de ma vie. Depuis toute petite, je pressentais que c’était ma voie. Comme beaucoup de petites filles, je voulais « faire maîtresse d’école », j’ai réalisé mon rêve et aujourd’hui, je désire toucher le monde de l’éducation par d’autres biais.

Pour moi, la vie proposée aux enfants (et parfois, osons le dire, imposée) est surchargée d’activités, hyper organisée. Comme en classe, on leur demande à nouveau d’être performants.

Bien souvent, si les deux parents travaillent et sont expatriés loin de leurs familles (comme c’est le cas au Luxembourg), il est bien difficile pour eux de gérer les nombreux congés scolaires.

C’est pourquoi, Cécile Denis (alors formatrice à l’Université de Paix) et moi avions mis sur pied des stages pour enfants avec l’objectif de les accueillir dans un cadre familial (à la maison), avec des activités ludiques, créatives et de coopération, où chacun puisse être lui-même et rencontrer l’autre. Les enfants venaient d’écoles différentes et parlaient parfois des langues différentes (français, luxembourgeois, anglais, japonais…)

Après deux ans, nous avons arrêté pour nous orienter vers d’autres priorités (moi : ma vie de famille à réorganiser et le projet de A’Musée à soutenir et Cécile pour continuer d’autres formations et accompagner d’autres projets en Belgique).

Depuis, régulièrement avant chaque période de vacances, des parents ou des amis d’amis ayant entendu parler de ces stages me demandent s’ils s’organisent encore… pour bientôt, je l’espère.

Question 2 : Tu développes un projet « A’Musée » que tu définis comme un lieu de rêve et de créativité pour les enfants au Grand-Duché de Luxembourg. Peux-tu nous en dire quelques mots ?

Sur le modèle du Musée des enfants de Bruxelles, et adoptant les valeurs véhiculées par le groupe européen des musées pour enfants ‘Hands On’ où l’enfant construit son propre savoir de manière ludique et créative et adhérant à celles prônées par l’Université de Paix (connaissance de soi, coopération, respect de l’autre,…) Françoise Noël et moi avons créé une asbl : l’A’Musée.

Rejointes par cinq autres collègues, notre projet de musée pour enfants a été proposé aux autorités luxembourgeoises. Pour l’instant, ‘les sites monuments nationaux’ nous ont invité de collaborer dans le projet pilote de l’UNESCO au Château d’Useldange (à 25 km de Luxembourg Ville) sur l’ouverture au monde du handicap de la vue et au monde du Moyen-Âge. Nous y préparons l’accueil et les activités pour les enfants et leurs accompagnateurs.

En attendant, la fin des travaux, nous mettons sur pied un atelier itinérant : le livre des contes de Madame Falikosche. Revenue de voyage, cette imprévisible conteuse, a perdu toutes les images de son grand livre. Heureusement grâce aux magnifique dessins collectionnés dans sa valise, les enfants l’aideront à créer une histoire originale et sans cesse renouvelée.

Bien différente de l’idée initiale, notre équipe s’est adaptée aux réponses des politiques et remanie le projet suivant l’endroit proposé … Ici aussi nous vivons l’adaptation aux changements… Un merci tout particulier au Musée des Enfants de Bruxelles !

Question 3 : Il nous arrive d’être partenaires pour développer des formations ponctuelles. En quoi ce partenariat est-il pertinent, utile pour toi ?

Les activités dans les écoles me permettent de faire vivre aux enfants et aux enseignants des moments privilégiés où ils peuvent expérimenter des savoir-être, apprendre à se connaître en dehors de la matière cognitive.

Plus que tout, voir les enfants prendre goût à la vie en commun, accepter l’autre, s’éveiller aux valeurs humanistes dans la joie, le jeu et le travail en équipe est pour moi un véritable moteur. Comme pour les stages pour enfants à Luxembourg, je collabore avec Cécile Denis avec qui le travail se passe dans la joie, la complémentarité, la complicité, la légèreté et la compréhension.

Question 4 : Le mot de la fin… Bénédicte de Gruben dans 10 ans ? Le futur de « A’Musée », qu’est-ce ?

Comment répondre à cette question ?

  • De manière optimiste :

Très en avance sur le modèle européen, L’association ‘Hands On’ vit un étroit esprit de collaboration. J’espère de tout cœur que cet exemple vivant au sein du milieu culturel et de l’enfance servira de modèle européen pour la gestion des projets pédagogiques et que chaque pays s’inspire des expériences heureuses ou non de son voisin.

L’association ‘Hands On’ comptera des membres supplémentaires et continuera tous les deux ans à se réunir en colloque d’échange. (Prochaine biennale à Vienne en Autriche à l’automne 2005).

  • De manière pessimiste :

Dans dix ans? Si nous continuons à vivre et consommer comme nous le faisons … plus d’air respirable, et l’A’Musée se déplacera dans des hôpitaux pour enfants en redonnant la joie de vivre aux trop nombreux atteints de dépression, de surmenage et de divers cancers ou maladies graves.

  • De manière réaliste :

L’une et l’autre à la fois, tout en sachant que vivre pleinement l’instant présent est source de grande joie. Alors donc, aujourd’hui, j’espère que le Grand Duché de Luxembourg se donnera les moyens d’ouvrir un lieu de rêve et de créativité pour ses enfants avant 2015 ! Et que de près ou de loin l’A’Musée en soit l’instigateur.

Merci à tous ceux qui nous soutiennent.