« Changer le monde, un dialogue à la fois »

Histoire de la Communication NonViolente en Belgique, 1993 – 2013, par Jean-François Lecocq (CommunicationNonviolente.info)

Voici le lien vers l’ebook gratuit qui retrace en 80 pages l’histoire des 20 premières années de la CNV en Belgique : CHANGER LE MONDE, UN DIALOGUE A LA FOIS 

Cette 3e édition a été spécialement revue, illustrée et adaptée pour être lue facilement au format PDF sur ordinateurs, tablettes, smartphones et liseuses.

Vous pouvez cliquer sur l’image pour télécharger le document

En cliquant sur le lien, vous ouvrez le système Dropbox et vous cliquez directement sur « Télécharger ». Bonne lecture. 

Formations 2016-2017

Dates et modalités du Brevet « Jeunes » (PDF) > Voir la page du Brevet Jeunes

Dates et modalités du Certificat « Interpersonnel » (PDF) > Voir la page du Certificat Interpersonnel

Agenda des conférences (PDF) > Voir la page des conférences

Dates et thèmes des modules de formation (PDF) > Voir la page des modules

Agenda-Modules1617-PDFjpg_Page1

Cliquez sur l’image du calendrier pour agrandir

Agenda-Modules1617-PDFjpg_Page2

Cliquez sur l’image du calendrier pour agrandir

Agenda-Modules1617-PDFjpg_Page3

Cliquez sur l’image du calendrier pour agrandir

Voir aussi le comparatif des formations longues 2016-2017

Les apprentissages du Brevet « jeunes »

Compétences et apprentissages du Brevet en gestion positive des conflits avec et entre jeunes

Plusieurs années de pratique nous ont permis de formaliser les apprentissages et les compétences à acquérir du Brevet en gestion positive des conflits avec et entre jeunes.

Cette formation contient plusieurs modules espacés dans le temps, afin de permettre une maturation et une expérimentation des notions et des outils. Elle a pour objectif de développer les aptitudes en gestion de groupe et les attitudes éducatives des participants.

Concrètement, le but est qu’ils parviennent à maîtriser :

  • Des savoirs et des savoir-faire. Des techniques et grilles de lecture visant à favoriser la communication et les relations harmonieuses sont proposées aux participants. Il s’agit également de travailler à une bonne cohésion de groupe, à un cadre sécurisant et favorisant des comportements constructifs.
  • Des savoir-être. Les contenus et méthodes vus et expérimentés en formation sont liés à une posture de respect, d’ouverture, de tolérance et de confiance… Il s’agit de mener une réflexion personnelle et de développer une cohérence entre les « techniques » et la manière dont chacun se comporte, en lien avec un contexte bien défini.

Ces objectifs se déclinent en quatre compétences, présentées ici à l’aide d’exemples concrets.

S’approprier les outils de la gestion de conflits et les appliquer

La gestion de conflits implique notamment de comprendre le phénomène (ce qui se joue dans le conflit, et quelles sont les attitudes appropriées ou pas selon la personne, et le contexte de la situation). Au terme de la formation, les participants doivent par exemple pouvoir analyser une situation de conflit selon une grille permettant d’analyser leur positionnement en conflit ou celui des jeunes en fonction de plusieurs paramètres (importance des objectifs de chacun, nature de la relation, contexte…). C’est ainsi qu’ils peuvent identifier la leur ou les leurs parmi cinq grandes familles d’attitudes (compétition, accommodation, repli, compromis et collaboration) et se rendre compte de leur pertinence en fonction de la situation.

De même, les participants doivent être capables de distinguer les faits des interprétations et des jugements de valeur. Une description factuelle est indiscutable, simplement observable. Les adverbes ou encore les jugements de valeurs peuvent rendre les propos moins clairs, voire risqués jusqu’à enfermer une personne dans une étiquette (exemple : « de toute façon, avec lui, c’est toujours la même chose, il faut qu’il tape ! »). Les participants sont également amenés à s’entrainer à transformer des jugements en faits, voire à aider un enfant à revenir dans une description plus factuelle lors d’un conflit. Par exemple, Lorsqu’un enfant déclare : « Emile fait exprès de m’embêter tout le temps », l’adulte peut interroger l’enfant : que veut dire « tout le temps » ? Que fait-il qui « t’embête » ? Qu’est-ce qui te fait dire qu’il l’a fait exprès ? Une phrase plus factuelle serait « Emile m’a poussé à trois reprises dans la cour de récréation ».

De plus, les apprenants sont formés à reconnaître, analyser ce pour quoi une règle est dysfonctionnelle. Ils peuvent ainsi réécrire ou « corriger » une règle trop longue, peu claire, ayant peu de sens, etc.

Une autre aptitude consiste à être capable de « recadrer » une étiquette, c’est-à-dire à pouvoir transformer un jugement (souvent « négatif », et parfois positif aussi) à l’égard d’une personne en le nuançant, en le « dépassant ». Lorsqu’un éducateur pense que Mélanie est une enfant « difficile », sa pensée va influencer son comportement envers elle et au final susciter des résistances plus fortes chez la jeune fille, ce qui peut conforter sa croyance.

Enfin, et ce sans être exhaustif, les participants sont formés à des techniques de communication, et initiés à la négociation et médiation. Ils apprennent à formuler un « message clair » (assertivité, CNV…), à reformuler le message d’une personne (notamment lorsque ce message est de l’ordre du jugement), à lui répondre en manifestant une écoute « active », à chercher des solutions « gagnant-gagnant »…

Tous ces apprentissages ont pour finalité de fournir un bagage suffisant en gestion de conflits afin de pouvoir « jongler » avec les attitudes, les méthodes, les réactions, les postures, les pistes de solution…

Développer une cohérence dans ses attitudes éducatives

Il s’agit ici de développer les facultés des apprenants, non seulement comprendre et intégrer les contenus et méthodes en gestion de conflits, mais aussi à les appliquer eux-mêmes.

Ainsi, un objectif – parmi d’autres – est que les sanctions posées par l’adulte soient adéquates par rapport à la situation et au comportement de l’enfant. Celles-ci doivent avoir du sens, être « réparatrices » et non être décidées arbitrairement sous l’effet de la colère, par exemple.

De même, les participants au Brevet sont entrainés tout au long de la formation à parler sans émettre de jugement ou de message « risqué » en situation critique (ou du moins à le faire en toute conscience et en mesurant les conséquences), ou encore à identifier et à écouter leurs émotions avant de reconnaître et écouter celles des enfants.

Développer un regard critique sur l’adéquation entre les outils et les situations

De manière générale, les participants sont invités à développer leur capacité à s’adapter et à varier leurs comportements en fonction de leur public et des situations. En effet, en gestion de conflits, souvent, il n’y a pas une « réponse » type qui convient dans toutes les situations, mais plutôt un panel de réponses possibles dont certaines sont plus pertinentes que d’autres à un moment donné. Le fait d’adopter machinalement un type de réponse de manière privilégiée peut d’ailleurs être assez enfermant. C’est un travail d’équilibriste.

C’est ainsi que cette troisième compétence est d’un ordre plus réflexif. Il s’agit de pouvoir évaluer ce qui est adapté ou pas par rapport à des situations problématiques, de porter un regard critique sur les méthodes et les techniques utilisées à un moment bien précis. Cette compétence atteste d’un niveau de maîtrise supérieur de l’appropriation des outils de la gestion de conflits et de l’application de ceux-ci. Elle montre que la personne peut porter un regard réflexif par rapport à sa pratique et ainsi faire preuve d’évolution et de remise en question.

Évaluer ses propres compétences en gestion de conflits

Cette dernière compétence est également d’un ordre réflexif. Elle témoigne d’un niveau de maîtrise supérieur de ses propres attitudes éducatives. Le regard critique est ici posé non pas sur les méthodes et les contenus en gestion de conflit, mais sur ses propres forces et points à améliorer. Il s’agit d’évaluer son propre « chemin ».

Les adultes sont ainsi invités à observer la cohérence entre leurs objectifs et leurs changements. Cette aptitude à visée formative consiste à se remettre en question dans sa posture éducative. Lors de leurs mises en situation, lorsqu’ils appliquent les outils dans leurs contextes ou encore pendant une évaluation formelle, des questions leurs sont proposées. Par exemple :

Quelles sont les compétences utilisées dans ton intervention ? Quels sont les outils / compétences que tu penses moins maîtriser et que tu aurais pu utiliser ici ?

Quelles sont les compétences que tu penses avoir acquises depuis le début ? Reste-t-il des outils avec lesquels tu te sens moins à l’aise  et que tu te verrais travailler plus ?

Au terme du Brevet, les apprenants peuvent donc se situer quant à leur parcours en gestion de conflits avec et entre jeunes. Un parcours qui continue après la formation…

Pour une école nonviolente et bienveillante

Comme tout lieu de vie collective, l’école est propice à la manifestation de conflits et de faits de violence en tous genres, physiques ou verbaux. Comment donc les désamorcer avant qu’ils ne dégénèrent ? Comment favoriser un climat serein, respectueux et agréable au sein des établissements scolaires ? En développant, par exemple, un mode de relation et une communication basés sur la bienveillance…

DSCN1485

Brigitte Gérard (Entrées Libres) a interviewé Claire Struelens, formatrice à l’Université de Paix.

[…] Pionnière en la matière en Belgique, l’Université de Paix propose diverses formations, ouvertes aux enseignants, dont l’objectif est de découvrir [notamment] le langage de la CNV [Communication NonViolente] et de s’initier à son processus.

« Cette forme de communication permet une compréhension de soi-même et de l’autre avec bienveillance, explique Claire STRUELENS, formatrice à l’Université de Paix. En fait, chacun cherche, par sa manière d’être, par ses comportements, ses paroles, à faire passer un message.

Parfois, ce moyen est violent, on émet des jugements, on interprète… Mais derrière ça, il y a peut-être une personne démunie, qui a besoin d’aide. La CNV nous aide à nous relier à nous-mêmes, à l’écoute de nos ressentis et de nos besoins et nous permet ensuite d’émettre une demande à l’autre » […]

> Lire l’article complet

Les années 90, la CNV et Marshall Rosenberg

Par Claire Struelens, Formatrice à l’Université de Paix.

Les années 90 marquent un tournant dans ma vie privée et professionnelle ! Après avoir travaillé 7 ans comme secrétaire et guide pour une asbl « Le Cercle Culturel et Historique de Rochefort », je me retrouve au chômage en 1991. Une porte s’ouvre car j’ai la possibilité de suivre des cours de Promotion Sociale « Educateurs A1 spécialisé ». C’est là que je découvre l’existence de l’Université de Paix par l’intermédiaire de Monsieur François Bazier (chargé de cours, formateur et membre du CA de l’Université de Paix).

A l’époque, j’étais maman de deux ados et soucieuse de créer, avec eux, des relations mutuellement respectueuses.

Depuis toujours je m’intéressais au « développement de la personne », à la psychologie « Humaniste » car j’y trouvais des réponses à mes questionnements et des outils utiles pour vivre des relations plus harmonieuses avec moi-même et les autres (Carl Rogers, Thomas Gordon).

Du 12 au 15 mai 1994 l’Université de Paix organise une « formation exceptionnelle avec Marshall Rosenberg » à Rossignol. Pas d’hésitation, je m’inscris. A ce moment-là, j’ignore, que ces trois journées scelleront ma destinée professionnelle ! Le 5 juillet 1995, je signe mon contrat comme formatrice à l’Université de Paix ! Quand j’y repense, les mots « incroyable » et «inimaginable » résonnent dans ma tête !

J’ai l’opportunité de participer à plusieurs formations données par Marshall Rosenberg, accompagné d’Anne Bourrit qui le traduit avec justesse, simplicité, humour… Ils forment un duo de choc, ils incarnent ce qu’ils disent, proposent ! Par sa présence bienveillante et chaleureuse, par son intégrité, par sa manière de transmettre le processus, Anne Bourrit me donne l’envie, l’élan de pratiquer, d’expérimenter le modèle dans mon quotidien.

Vivre la CNV c’est pouvoir « rire tous ses rires et pleurer tous ses pleurs », c’est pouvoir prendre la responsabilité de ce que l’on vit, c’est comprendre avec le cœur ce qui motive chaque être humain…c’est retrouver notre Humanité ! La mise en pratique soulève des vagues avec lesquelles je surfe tant bien que mal, et petit à petit (cheminement de ces vingt années), je deviens plus habile et perçois de mieux en mieux ce qui motive mes comportements, mes paroles, mes choix et ceux des autres.

Oui, quand je regarde où j’en suis aujourd’hui tant en ce qui concerne la vie professionnelle que privée, je ressens de la gratitude pour la reconnaissance et la confiance que l’on m’accorde à pouvoir Etre une Personne en perpétuel chemin vers plus de paix intérieure avec les autres.

Grâce à ces rencontres signifiantes (François Bazier, Marshall Rosenberg, Jean-François Lecocq) et la recherche constante à vivre en cohérence avec les valeurs chères à mon cœur, portées par l’Université de Paix et toute son équipe, je mesure combien j’ai la chance de partager ces ressources avec les personnes désireuses de découvrir et expérimenter une communication authentique et bienveillante avec elle-même et les autres.

Mes fils sont devenus des parents confiants dans la vie. Leurs enfants m’apportent l’occasion de donner et recevoir de cœur à cœur la vie avec toutes ses couleurs.

Ne cessons pas d’être gentils, soyons forts !

Vivre la paix au quotidien avec l’AïkiCom

Par Christian Vanhenten, Concepteur de l’AïkiCom, Maître praticien en PNL, Professeur d’Aïkido au Dojo Kimochi de Namur-Jambes et membre du Comité de la Semaine Internationale Aïki pour la Paix.

Plus une idée est belle plus elle peut sembler déconnectée de notre réalité. Prenons la Paix. Qui ne la souhaite pas ? Qui lui préfèrerait la guerre, l’agression, la violence ?

Pourtant, la violence, l’agression et la guerre font partie de l’actualité, de notre actualité.

Il y a bien sûr les violences et conflits lointains, Syrie, Afghanistan, Iraq et j’en passe. Mais ceux-là nous disculpent. C’est loin. C’est les autres. Ils ne comprennent pas. C’est pourtant facile. « Ils n’ont qu’à… » !

Puis nous montons dans notre voiture et nous entrons dans le monde réel. Au premier refus de priorité de ce conducteur discourtois, les noms d’oiseaux prennent leur envol. Avec nos proches ce n’est pas toujours plus brillant. Nous n’arrivons pas à nous réconcilier avec notre meilleure amie, notre frère, notre mari, notre collègue, convaincus d’avoir raison et lui ou elle tort.

Et ne parlons pas de nos bonnes résolutions. Perdre du poids, faire du sport, passer plus de temps en famille, aller coucher plus tôt, ces belles décisions se heurtent à la dure réalité du quotidien et nous nous en voulons de ne pas être celui ou celle que nous voudrions être. Conflit et violence intérieure.

Les plus belles valeurs ont leur part d’ombre. La paix n’a de sens que par rapport à la guerre et à trop vouloir la paix, on renforce la guerre. Mais que faire alors ?

L’AïkiCom propose de saisir à bras le corps ce dilemme en s’appuyant sur les principes de l’aïkido, art martial et art de paix.

L'aïkido est un art martial qui consiste à utiliser et à canaliser les énergies

Beaucoup connaissent de l’aïkido l’idée qui consiste à ne pas s’opposer à la force de l’attaque. Peu prennent la mesure du champ immense d’application qui s’ouvre à eux au quotidien. C’est qu’il y a des conditions à satisfaire pour faire de l’attitude Aïki un art de vivre. L’objectif poursuivi par l’AïkiCom est de nous aider à les découvrir pour les appliquer dans de multiples circonstances de vie.

L’AïkiCom nous rappelle tout d’abord l’importance du corps qui peut devenir une boussole pour nous orienter dans nos choix ou un détecteur de tension pour nous indiquer que nous nous écartons de la voie que nous nous sommes tracée. Bien souvent, nous vivons tellement hors de nous-mêmes que nous ne percevons pas – ou trop tard – quand la situation bascule. A ce moment-là, les techniques de communication apprises mentalement ne sont plus accessibles. Nous passons en mode survie et notre mental nous construit dare-dare une raison, un laisser-passer pour justifier notre agressivité. Et la spirale négative s’amorce.

Ensuite, il y a la gestion de la relation dans le conflit. Comment revenir à soi et accueillir l’énergie qui se présente à moi sans basculer dans la violence ou me retrouver au tapis ? La transformation du conflit pour restaurer le dialogue et éviter l’escalade de l’agressivité voire de la violence est magnifiquement illustrée par les enseignements de l’aïkido. L’aïkicom les transpose dans notre quotidien, dans nos comportements et nos paroles.

On est à mille lieues des trucs de communication, des recettes à l’emporte-pièce. La véritable paix ne s’obtient pas par la sophistication de nos armes mais par notre manière de voir le monde et de concrétiser cette vision dans nos comportements. Cela passe par un retour à soi et des choix d’action qui partent de nous-mêmes. Le corps est alors notre allié. Il vient équilibrer le mental qui souvent est amené à reproduire les comportements du passé. Le corps vit au présent et nous parle. Mais avec nos vies trépidantes nous manquons de pratique. Un peu comme l’espagnol que nous ne pratiquons qu’une semaine par an, lorsque nous partons en vacances.

Mais restons réalistes. Nous ne vivons pas dans un monde de bisounours. S’il suffisait de penser à la paix pour la rendre omniprésente, cela se saurait !

Il nous faudrait alors évoquer l’idée d’un combat pour la paix. Le thème du guerrier revient en force dans le monde du développement personnel et c’est le message que Stéphane Hessel nous a transmis quand il a écrit Indignez-vous puis Engagez-vous. Le combat n’est pas l’expression de la violence mais de notre volonté d’affirmer nos valeurs et de les concrétiser. Il nécessite courage et persévérance. A l’heure où nombreux sont celles et ceux qui croient faire preuve de militantisme en cliquant « J’aime » sur une page (comportement qualifié en anglais par le mot « clicktivism » ou activisme par clic), il est bon de rappeler que c’est par nos actes que nous changeons les choses. Il faut de la force pour rester soi-même et ne pas basculer dans l’agressivité face à une personne qui tente de nous déstabiliser. Il faut de la force pour dire son désaccord plutôt que de ruminer sa frustration qui éclatera dans d’autres circonstances. Il faut de la force pour revenir dans la bienveillance avec votre proche quand celle-ci ou celui-ci vient d’avoir un comportement vous portant préjudice mais en exprime le regret et revient à une plus juste attitude.

A Thomas d’Ansembourg et son « Cessez d’être gentil soyez vrais », je voudrais répondre : « Ne cessez pas d’être gentils, soyez forts ». Il ne s’agit bien sûr pas de force musculaire mais bien de celle qui naît de la présence à soi, du retour au présent. Si je suis présent à moi, je peux exprimer mon ressenti, mes émotions et écouter l’autre sans me sentir menacé ni vouloir imposer mon point de vue. Dès lors que je me sens bien avec moi-même, je peux rencontrer l’autre dans le respect mutuel. Cette force personnelle crée un espace de sécurité qui me permet d’accueillir la différence, même si celle-ci est exprimée avec agressivité. La dynamique Aïki peut se résumer par ces deux mots : accueil et transformation. Dans le conflit, je peux écouter le point de vue de l’autre, exprimer ma vision et contribuer à installer le dialogue d’où émergeront les pistes où chacun se sentira respecté.

Cette démarche nécessite un investissement personnel. L’attraction exercée par la spirale de la violence nécessite de donner de soi mais le jeu en vaut la chandelle car comme le déclarait Martin Luther King : l’obscurité ne chasse pas l’obscurité, seule la lumière peut le faire.

Communiquer, c’est comme danser

Par Jean-François Lecocq, Formateur en Communication Nonviolente (2011).

Le « talkie-walkie », connaissez-vous ? C’est un petit émetteur-récepteur de radio portatif qui se présente comme un téléphone et qui permet d’avoir une communication dite « half duplex », c’est-à-dire une communication dans les deux sens, mais pas simultanément. Pour parler, donc émettre, il faut appuyer sur un bouton et pour entendre, donc recevoir, il faut relâcher le bouton. L’autre personne, ayant le même appareil réglé sur la même fréquence radio, fait de même pour communiquer avec vous. Inventé en 1941 par l’ingénieur canadien Donald Hings travaillant chez Motorola, c’est un peu l’ancêtre du gsm actuel, mais indépendant du réseau téléphonique.

Or depuis lors, on a découvert que la communication humaine fonctionne exactement comme un talkie-walkie. Soit nous parlons, soit nous écoutons, mais nous ne savons pas faire ces deux choses-là en même temps, alors même que le commun des mortels se croit capable de le faire tout le temps !

Dans le processus de la Communication Nonviolente modélisé par Marshall Rosenberg, on apprend à distinguer ces deux temps de la communication par l’emploi des termes : « expression honnête de soi » et « écoute empathique de l’autre ». Viennent ensuite quatre étapes qui sont :

  • premièrement, l’observation des faits ;
  • deuxièmement, les ressentis ;
  • troisièmement, les besoins en jeu ;
  • et enfin quatrièmement, les demandes susceptibles de rencontrer ces besoins mis à jour.

Si l’on ajoute le fait qu’il est parallèlement utile de toujours garder le sens de la communication avec soi-même, c’est-à-dire de savoir toujours garder un oeil sur soi -on appelle cela « auto-empathie » en Communication Nonviolente- avec les quatre étapes qui s’y rapportent également, cela fait pas moins de 12 possibilités où mettre son attention dans la communication. Il n’y a pas lieu de s’étonner que le petit walkie-talkie que nous sommes s’y perd bien souvent !

Pour clarifier la complexité de ce qui est ainsi en jeu dans la communication, de nombreux moyens pédagogiques ont été imaginés et sont utilisés dans les formations en Communication Nonviolente : schémas, dessins, exercices structurés, jeux de rôles, utilisation de chaises, etc.

Deux formatrices anglaises en Communication Nonviolente, Bridget Belgrave et Gina Lawrie, ont imaginé mettre tout cela sur de grandes cartes de différentes couleurs disposées au sol et sur lesquelles on se déplace, chaque carte disposée au sol représentant un pas dans une sorte de danse de communication. Cela permet d’explorer la complexité d’une communication d’une façon ludique, originale et inspirante. Cette représentation spatiale a abouti à la création de ce qu’on appelle les « Pistes de Danse CNV ».

Il existe actuellement neuf danses CNV, chacune d’entre elles étant conçue pour développer les prises de conscience et les compétences dans un domaine particulier de communication. Quatre d’entre elles sont des « Danses Intérieur-Extérieur » permettant à chaque instant de choisir entre différentes options, d’aller et venir, de reculer ou même de sauter d’un temps à un autre, et d’explorer ainsi d’une façon créative un dialogue interpersonnel authentique en jeu de rôles. Les cinq autres sont des « Danses Intérieur » permettant une transformation personnelle en accédant à ses ressources intérieures grâce à une connexion empathique bienveillante avec soi-même.

J’ai eu la chance de rencontrer Bridget Belgrave au cours d’une formation qu’elle a donnée en France en ce début d’année 2011 et j’ai été impressionné par ce qu’elle m’a fait découvrir. J’ai eu l’occasion d’y découvrir sous un nouveau jour diverses situations de communication, dont une dont j’avais gardé un souvenir assez pénible et dont la solution m’est apparue avec une soudaine clarté. J’en suis resté stupéfait et émerveillé. J’ai découvert que bien au-delà d’une compréhension mentale, la pratique des « Pistes de Danse CNV » peut faciliter l’accès à une compréhension corporelle claire, souple, profonde, une conscience vivante de la communication.

Aussi j’ai le goût de partager ce que j’ai appris avec les personnes qui seraient attirées par vivre quelques-unes de ces danses. C’est pourquoi j’ai proposé à l’Université de Paix d’introduire une telle activité dans son nouveau programme sous le titre « Communiquer… C’est comme danser ! ». A qui le tour ?

20 ans de Communication Nonviolente en Belgique

Par Jean-François Lecocq (2013), Formateur en Communication Nonviolente, Intervenant pour l’Université de Paix.

Si aujourd’hui, tellement de personnes ont entendu parler de la Communication Nonviolente, lu un livre, participé à l’une ou l’autre formation, il n’en fut pas toujours ainsi. Il y a 20 ans, en 1993, ce processus était tout à fait inconnu dans notre pays.

________________________________________________________

La rencontre

En fait, tout s’est tramé l’année précédente grâce à Michel Mégard (membre du collectif francophone des formateurs à l’action nonviolente, collaborateur du Centre pour l’Action Nonviolente (CENAC)). Celui-ci informe alors l’Université de Paix de la venue du Dr. en psychologie Marshall Rosenberg au Louverain en Suisse pour une formation à la Communication Nonviolente qui, disait-il, pouvait peut-être nous intéresser. Nicole, mon épouse, et moi-même avons ainsi la chance de participer à cette formation résidentielle donnée du 5 au 10 juillet 1992 par Marshall Rosenberg avec l’aide d’Anne Bourrit, sa collaboratrice suisse qui le traduit remarquablement bien. A vrai dire, si nous sommes quelque peu sceptiques au départ -c’est là un détour dans nos vacances familiales !- nous apprécions rapidement ce choix, au point que même Noé, 15 ans, délaisse petit à petit les jeux avec son petit frère Anaël dans le superbe parc environnant, pour suivre entièrement la deuxième partie de la formation et participer à tous les exercices avec les adultes.

Nous sommes frappés par la convergence de cette nouvelle approche, tant avec le concept du dialogue développé par l’Université de Paix qu’avec notre propre cheminement -Nicole vers sa pratique de la Catharsis, la thérapie nonviolente des profondeurs (cf. Nicole Lecocq-François, Une Vérité qui libère – Du passé imposé au présent libéré, éd. Quintessence, 2009), moi dans celui des formations à la nonviolence, dont l’approche de la Communication Efficace du Dr. en psychologie Thomas Gordon. Celui-ci se situe d’ailleurs dans le même courant rogérien de psychologie humaniste que la Communication Nonviolente et a été introduit dans les années 70 dans notre pays par l’Ecole des Parents et des Educateurs (E.P.E.). Pour ma part, c’est en 1972-73 que j’ai eu l’occasion de me former avec le MIR [IFOR] aux techniques de préparation aux actions nonviolentes utilisées par les formateurs accompagnant Martin Luther King dans ses manifestations de revendication des droits civiques pour les Noirs des Etats-Unis et c’est en 1978 que j’ai été certifié formateur en Communication Efficace par l’E.P.E.

Les bases de la CNV, par Marshall Rosenberf (vostfr)

Rappelons que le courant de psychologie humaniste, fondé par Carl Rogers et Abraham Maslow, plutôt que de se centrer sur ce qui cloche chez la personne (le traumatisme, le pattern de comportement), se centre sur ses ressources, ce qui fait qu’elle est bien dans sa peau, relationne positivement avec son milieu, etc. Centrée sur la personne, sans jugement, sans directivité, cette approche évite de faire des diagnostics, des plans de traitement, des protocoles thérapeutiques… Elle se situe donc essentiellement dans une perspective éducative résolument confiante dans les possibilités de la personne humaine. Cette orientation marque aussi bien son domaine que sa limite, qu’Abraham Maslow exprime bien quand il dit : « Tout ressemble à un clou pour qui ne possède qu’un marteau » (« I suppose it is tempting, if the only tool you have is a hammer, to treat everything as if it were a nail »). Ce qui n’enlève évidemment rien à l’utilité du marteau !

Le dernier jour de la formation, Nicole et moi tenons un petit Conseil de Paix avec Marshall Rosenberg et Anne Bourrit, afin d’envisager les possibilités de diffusion du processus de la Communication Nonviolente en Belgique. Le Dr. Rosenberg nous partage alors son rêve d’introduire la Communication Nonviolente dans notre pays par des stages réunissant prioritairement des formateurs d’adultes susceptibles de transmettre eux-mêmes son processus. Tous partagent ce rêve et ont le goût de le mettre en œuvre. Et il nous donne directement son accord pour venir en Belgique l’année suivante.

Marshall Rosenberg en Belgique

C’est ainsi qu’en 1993, l’Université de Paix invite Marshall Rosenberg et Anne Bourrit en Belgique. Le 6 mai, à la Faculté des Sciences de Namur, Marshall, traduit par Anne Bourrit, donne une première conférence intitulée « Parler du cœur au cœur ». Celle-ci est vivement appréciée par le public.

Et du 7 au 9 mai, c’est le superbe château de Vierset qui accueille un premier groupe de 14 participants travaillant dans la formation d’adultes pour découvrir « Le processus de la Communication Nonviolente » avec Marshall Rosenberg et Anne Bourrit. Un somptueux décor pour cette première formation en Belgique qui enchante les participants. Je me souviens que, du petit balcon de la salle de formation, on domine un étang calme… qui s’anime soudainement quand on y jette les restes des vieux pains rassis. A ce moment en effet, la surface s’agite et une multitude incroyable de carpes se bousculent furieusement pour engloutir en un instant toute la nourriture. Je suis fasciné par ce spectacle que je ressens comme un présage de fécondité pour l’avenir de la CNV en Belgique !

Si, par la suite, je fus le seul qui poursuivit le processus de formation de formateurs, j’ai plaisir à citer parmi les autres participants à cette première formation en Belgique, Ariane et Benoît Thiran qui, après un long séjour dans le développement en Amérique du Sud, ont co-fondé l’asbl « Sortir de la Violence » et incorporé les notions de base du processus dans les formations qu’ils donnent sur l’approche évangélique de la nonviolence. Il en est de même pour le Dr. Patricia Patfoort, anthropologue et auteure de l’ouvrage Se défendre sans attaquer – La puissance de la nonviolence, éd. Jeugd & Vrede et Baeckens Books, Mechelen, 2004. Pat Patfoort travaille sur la question des alternatives nonviolentes depuis plus de trente ans et, avec l’organisation « De Vuurbloem », incorpore ces mêmes notions dans ses formations sur la nonviolence active en Flandre.

Le numéro de juin 1993 de la revue de l’Université de Paix publie la traduction par Christiane Secrétan d’une interview de Marshall Rosenberg par Guy Spiro, parue l’année précédente dans « The Monthly Aspectarian » de Chicago. Cet article a été repris à diverses occasions par la suite, car les idées que Marshall ne cesse de développer dans ses formations y sont présentées de façon très simple et attrayante. Puis Anne et Nicole traduisent deux opuscules de Marshall : d’une part un « Cahier d’exercices de Communication Nonviolente » de 39 pages et d’autre part, une « Introduction à la langue Girafe – Une soirée de séminaire à Del Mar, Californie, 15 mai 1991 » de 41 pages. Ces deux publications, photocopiées et reliées à l’Université de Paix, seront bien utiles en attendant la sortie en 1999 du premier livre de Marshall en français et de tout ceux qui ont suivi (cf. Bibliographie).

Pendant 13 ans, soit jusqu’en 2005, l’Université de Paix va inviter chaque année au moins une fois Marshall et Anne dans notre pays. En tout cela fera 18 formations sur des thèmes qui concernent tant la méthode comme « Le processus de la CNV », « Aller plus loin dans la CNV » ou « Formation Intensive Internationale à la CNV » que les aspects particuliers comme « Education et CNV », « Se libérer de l’apprentissage culturel destructeur et les normes en CNV », « La CNV dans le changement social », ou « La CNV, de l’individu à l’organisation »… Cela aboutira à un développement décisif de la Communication Nonviolente chez nous (Pour ceux qui souhaitent en savoir plus…).

La Concertation pour la CNV et un parcours certificatif

Divers contacts pris durant l’année 1995 mettent en évidence le fait qu’il devient nécessaire d’assurer rapidement la crédibilité d’une organisation harmonieusement concertée de la Communication Nonviolente. Aussi l’Université de Paix et l’E.P.E. élaborent durant cette année, un projet de « Concertation pour la Communication Nonviolente ». Mise sur pied officiellement le 18 janvier 1996, elle rassemble alors, outre les organismes de formation précités qui apportent ainsi leur caution morale à la CNV et leur expérience dans la formation, des personnes motivées et actives dans la problématique, soit comme formateurs, soit comme organisateurs. Se retrouvent ainsi autour d’Anne Bourrit, pour le lien qu’elle représente avec le Dr. Rosenberg, Véronique Boissin, Thomas d’Ansembourg, Catherine et Martine Lessire, Anne-Charlotte Roussel, Anne van Stappen, Pierre-Bernard Velge, Régine Parez, en tant que représentante de l’E.P.E. et moi-même, en tant que représentant de l’Université de Paix. Cette Concertation devient le lieu où les problèmes posés par le développement rapide de la Communication Nonviolente en Belgique vont pouvoir être abordés.

Dans un esprit d’accès à l’information pour le public et de soutien mutuel pour les nouveaux formateurs, l’Université de Paix sort, en octobre 1995, le premier numéro de « L’Agenda pour la Communication Nonviolente », photocopié et distribué en principe par tous les formateurs aux participants à une activité de formation à la Communication Nonviolente en Belgique. Elle assure ce service à une cadence rapprochée pour la publication de 20 premiers numéros. Si actuellement encore, cet agenda continue d’être publié deux fois par an par l’Association pour la CNV sur son site internet, ce dernier offre en plus aujourd’hui le service d’un « Agenda Permanent » des activités, mis à jour instantanément par chaque formateur en Belgique, France et Suisse. Et pour ce qui est des formateurs, un parcours clair de formation de formateurs francophones CNV d’environ trois ans a pu être mis au point avec l’assentiment de Marshal.

De nouveaux développements

Je vous partage ici une petite anecdote. En ce qui me concerne, début 1997, mon nom était déjà apparu sur la liste des formateurs CNV du Centre pour la Communication Nonviolente avant même que je n’aie fait la moindre demande à Marshall ! Par honnêteté, j’ai d’abord fait rectifier cette nouvelle pour le moins prématurée. Mais l’année suivante, je me suis décidé à écrire à Marshall pour lui demander de passer son test et, surprise, il m’a directement répondu qu’il me reconnaissait formateur sans avoir besoin de passer le test. Evidemment, il avait déjà eu maintes occasions de me voir dans les nombreuses formations que j’ai faites avec lui depuis 1992 au Louverain. Aussi j’ai pris cette décision comme une grande marque de confiance de sa part… et c’est ainsi qu’en 1998, le Centre m’a (ré)inscrit sur sa liste !

Fin 2001 – début 2002, l’Université de Paix est sélectionnée pour donner des formations à des surveillants de prisons. C’est ainsi qu’après une bonne préparation avec notamment la visite de plusieurs prisons, histoire de sentir l’ambiance et de connaître quelque peu ce public spécifique, j’ai eu l’occasion, accompagné par Julie Artus ou Sonja Léonard, de donner trois jours de formation à la Communication Nonviolente plus un jour de rappel à trois groupes d’agents pénitentiaires francophones à l’Institut des Cadres Pénitentiaires de Marneffe. Etant tous les trois très motivés, nous y avons beaucoup appris, car les prisons belges sont des lieux de grandes souffrances pour ceux qui y vivent ou y travaillent. Notre pays est d’ailleurs régulièrement cité et condamné par les autorités européennes pour les traitements inhumains et dégradants qui s’y produisent. Les personnes que nous y avons rencontrées, des surveillants et des surveillantes, vivent des situations très difficiles et sont souvent bien mal considérées par un public mal informé ou par les politiciens. Aussi sont-ils véritablement affamés d’empathie et de Communication Nonviolente (cf.  l’article « La justice, sécurité d’aujourd’hui et de demain » de Julie Artus, Jean-François Lecocq et Sonja Léonard paru dans le n° 79 de juin 2002 du trimestriel de l’Université de Paix).

En 2002, l’Université de Paix donne des formations pour des avocats médiateurs dans lesquelles j’anime la partie sur la CNV. C’est aussi cette année que, choisissant de réorganiser autrement mon temps, je décide de prendre anticipativement ma retraite en tant qu’employé de l’Université de Paix. C’est avec émotion que le 31 mai, je participe à la fête de circonstance avec mes collègues. Ceux-ci, connaissant ma passion pour l’aéromodélisme et la construction -ou la réparation !- de planeurs radiocommandés, m’offrent une magnifique scie sauteuse électrique. C’est exactement le genre d’outil qu’on ne se paierait pas soi-même, mais dont on se demande après coup comment on a pu s’en passer ! Et c’est avec le statut d’indépendant complémentaire que je continue ensuite à apporter mon concours à l’Université de Paix, spécialement en ce qui concerne la Communication Nonviolente. Quant à mes collègues de la Concertation, ils me font la surprise d’un magnifique planeur avec lequel j’aurai l’occasion de passer bien des moments intenses. Je suis touché par tant de générosité, alors que j’imagine combien cela doit leur être dur parfois de supporter ma collaboration qui, si elle se veut stimulante, doit aussi à l’occasion leur paraître semblable à celle d’une « mouche du coche » quelque peu harcelante !

En 2003, au Domaine de La Marlagne, nous avons le grand plaisir de célébrer le 10ème anniversaire de la Communication Nonviolente en Belgique avec la présence de Marshall et Anne, qui sont là aussi pour la formation « Education & CNV ». Depuis 10 ans, nous avons vécu bien des événements, traversé parfois des situations délicates qui nous ont fait nous remettre en question, mais il est évident pour moi que c’est grâce à leur collaboration soutenue durant ces 10 années, que nous connaissons aujourd’hui un tel développement de la CNV en Belgique.

Et c’est deux ans plus tard, du 4 au 6 juillet 2005 au Domaine de la Marlagne, que Marshall et Anne reviennent pour la 18e et dernière fois à l’invitation de l’Université de Paix sur le thème de « La CNV, de l’individu à l’organisation » (Avec celle que l’Université de Paix a organisée en 1998 avec le projet « Cap Paix », cela fait même 19 !). Le défi est ici d’expérimenter le processus CNV au niveau individuel, groupal et organisationnel, et d’articuler entre elles ces trois dimensions constitutives de toute société. Chaque journée porte sur un niveau différent et comprend : un exposé de Marshall, un travail en atelier et une séance plénière avec feed-back de Marshall. Je suis plein de gratitude pour tout ce qu’il nous a apporté au fil de ces années avec le concours d’Anne Bourrit, sa fidèle collaboratrice, traduisant sa pensée avec toute la subtilité qu’elle méritait.

L’augmentation du nombre des formateurs certifiés permet à ce moment à l’Université de Paix d’alléger la partie de son programme occupée par les aspects particuliers de la CNV. Ceci est un signe que l’enfant grandit et peut maintenant envisager d’aller vers son autonomie. Comme dans d’autres domaines comme la médiation, les jeux coopératifs ou les technologies appropriées, l’Université de Paix a ici aussi accompli son rôle de greffeur d’approches nouvelles de paix dans le corps social. Désormais, elle limite ses formations CNV à quelques formations d’Introduction par an et à des interventions extérieures qui rentrent dans le cadre de son objectif de formation à la gestion positive des conflits.

En 2011, j’ai enfin pu réaliser un rêve et, du 27 au 30 janvier, j’ai eu la chance de participer, de même qu’Anne Bruneau pour les Belges, à la formation originale sur les Pistes de Danses CNV pour formateurs et candidats avec Bridget Belgrave à Lyon. Depuis, avec Claire Struelens nous avons animé par deux fois cette activité « Communiquer, c’est comme danser ! » à l’Université de Paix. C’est toujours un plaisir pour moi d’animer ces danses CNV qui permettent d’intégrer la communication à la fois de façon visuelle, auditive et corporelle. Le seul problème avec cette approche didactique bien intéressante, c’est qu’elle demande pas mal d’espace pour la pratiquer et aussi un travail de préparation systématique précis et conséquent… pour les formateurs. Pour les participants, c’est autre chose, il suffit juste pour eux de prévoir des chaussons ou des surchaussettes !

J’ai plaisir à signaler qu’en octobre 2012, la 1ère formatrice flamande a été reconnue dans notre pays. Félicitation à Corry Laura Van Bladel qui habite Eindhout. Nous attendions cela depuis si longtemps. Elle a commencé son parcours en suivant les formations à la nonviolence données par Patricia Patfoort, dont nous avons vu qu’elle a participé à la 1re formation CNV donnée par Marshall en 1993 dans notre pays. Comme quoi tout se tient… mais il aura fallu près de 20 ans ! Avec elle, nous sommes aujourd’hui 27 formateurs en service en Belgique -ou en Afrique aussi parfois, pour certains d’entre nous.

Cap Paix

Les drames de l’Algérie, du Rwanda et du Burundi se sont répercutés sur le campus de Louvain-La-Neuve par de fortes tensions dans les communautés originaires de ces pays. C’est pourquoi, soucieuse de développer des réponses qui permettent de dépasser le traitement au cas par cas, l’Association des Services d’Aide de Louvain-La-Neuve (ASAL) s’est adressée à l’Université de Paix afin de développer ensemble des stratégies de régulation des tensions dans la communauté internationale du campus. Guy De Beusscher, assistant social travaillant à l’ASAL, sera la cheville ouvrière de ce projet. L’asbl Innovation Sociale et Animation (ISA) y est également partie prenante sous l’impulsion de Michel Taverne.

Pour répondre à ces préoccupations, des formations sont organisées à partir de 1996, dans lesquelles le modèle de la Communication Nonviolente développé par Marshall Rosenberg y occupe une place centrale. Des dizaines de formations voient le jour dans les années suivantes. Plusieurs d’entre elles ont eu lieu dans le Centre de Formation de l’UCL à Matagne-La-Petite. C’est là qu’en avril 1998, Marshall Rosenberg aura l’occasion d’animer une formation sur « Le changement social et les préjugés », en fonction des problématiques vécues par les participants dans leurs pays, notamment par des jeux de rôles et un travail de médiation et de réconciliation.

Cela évolue par la constitution le 6 juin 2002 d’une ASBL spécifique qui prend le nom évocateur de Cap Paix (dont le 1er président sera François Bazier, formateur et administrateur à l’Université de Paix). Celle-ci, fondée sur une équipe pluraliste et multiculturelle, développe encore le champ des activités qui culminent en 2003 et 2004 par la certification par Anne Bourrit de 7 formateurs CNV africains qui ont fait tout le parcours de certification grâce à ce projet. C’est là comme un couronnement de tous les efforts fournis pendant tant d’années.

Notre bonheur est grand, mais de courte durée, car en 2004, le Ministère des Affaires Etrangères, absorbant celui de la Coopération, change de couleur politique et, malgré les promesses réitérées et après bien des tergiversations, décide de couper la ligne budgétaire de la prévention des conflits. Une période particulièrement délicate s’en suit pour Cap Paix qui se voit ainsi privée de tout subside. En 2004 – 2005, le conseil d’administration n’est plus composé que de Monique Misenga, présidente, Léandre Simbananiye, secrétaire, Philomène Waka, Any Reiland, Jean-Baptiste Ndikuriyo, Pascal Kakana et moi.

Malgré un important travail de recherche d’alternatives, le conseil d’administration se voit forcé de proposer à l’assemblée générale la liquidation de l’association. Et c’est le 7 octobre 2005 que celle-ci décide la liquidation de l’asbl Cap Paix. Sur le moment, nous avons vécu cette issue un peu comme un échec. Jusque-là, le fait d’obtenir de l’argent de l’Etat, c’est-à-dire de récupérer une partie de l’argent que nous lui versons en tant que citoyens, pour développer un projet de Paix voué à la prévention des conflits, présente un aspect exaltant sous une forme qui démontre clairement « qu’un autre monde est possible ». La suite des événements ayant amené le gouvernement belge à utiliser plutôt l’argent des citoyens pour soutenir différentes guerres dans le sud pourrait nous faire sombrer dans l’amertume, la tristesse ou la révolte. Cependant, il faut aussi considérer qu’au-delà de cette tragique politique extérieure de la Belgique, il reste qu’aujourd’hui bien des personnes, ayant participé aux activités de ce projet de Paix, continuent ce travail aussi bien ici que dans le sud. Certains projets se sont en effet développés de façon autonome et nous sommes toujours ravis d’en apprendre les développements. Ils nous montrent aujourd’hui que, derrière les apparences, « un autre monde émerge petit à petit ».

La sociocratie et l’Association pour la CNV

Depuis 2005, après une formation avec Gilles Charest (cf. Gilles Charest, La démocratie se meurt, vive la sociocratie !, éd. Esserci, Reggio Emilia, 2007) et Ghislaine Cimon, formateurs québecois à la sociocratie, l’organisation de la CNV tente d’incorporer cette approche dans son fonctionnement. Aujourd’hui, si en pratique, le système d’information mutuelle par les doubles liens ne peut fonctionner avec des cercles qui ne se réunissent pas à un rythme fréquent et de façon coordonnés, par contre la prise de décision dite « par consentement » est appliquée quelquefois avec un certain bonheur. Cependant l’organisation par cercles a débouché dans notre pays en 2010 par la constitution d’une asbl prenant le nom d’Association pour la Communication Nonviolente – Belgique Francophone (ACNV-BF). C’est elle qui organise cette année, le 1er mai a Louvain La Neuve, la fête du XXe anniversaire de la CNV en Belgique.

Perspectives

La Communication Nonviolente est intimement liée à son fondateur Marshall Rosenberg. Aussi, même si nous souhaitons qu’il reste encore longtemps avec nous, on peut se poser la question de savoir comment les choses vont se passer après lui. En fait, cette question est déjà sur la table depuis qu’à la fin de l’année 2011, Marshall a démissionné du Conseil d’Administration du CNVC [Center for NonViolent Communication]. Aujourd’hui, les discussions ont mené à un accord concernant « la propriété intellectuelle » dans lequel, d’une part, Marshall garde les droits sur toutes les publications qu’il possède et, d’autre part, donne un aval au CNVC pour qu’il puisse continuer à diffuser la Communication Nonviolente dans l’avenir. Souhaitons que cet accord ouvre une nouvelle étape de développement harmonieux et de co-création de l’organisation de la Communication Nonviolente pour un monde de Paix…

> Cliquez ici pour en savoir plus sur le développement et les racines de la Communication NonViolente en Belgique

> Voir aussi notre page Historique et publications