[Vidéo] Les conflits en maternelle

Les conflits à l’école, c’est dès la maternelle…

L’Université de Paix a développé le programme « Graines de médiateurs » afin d’apprendre aux enfants à mieux gérer leurs conflits, dès le plus jeune âge. A la base destiné au primaire et à la demande des enseignants, ce programme s’est étendu en maternelle et en secondaire.

Explications des outils éducatifs en maternelle dans l’émission Canal et compagnie, avec Julie Duelz, de l’Université de Paix, et Esther Servais, institutrice maternelle au collège Saint-Guibert de Gembloux.

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Gestion de conflits à l’école

Le témoignage d’une enseignante ayant suivi un module « Gestion de conflits en classe »

Je suis titulaire en première année primaire. Il y a vingt-deux élèves dans ma classe. Dans cette classe, il y a quelques enfants qui présentent des comportements « difficiles » comme dans chaque classe, je pense. Cependant, un enfant de ma classe provoquait très régulièrement les autres et/ou les ennuyait (il passait près des bancs des autres et déplaçait leurs affaires, il poussait celui qui était devant lui dans le rang…). Par provoquer, j’entends pousser, frapper, prendre les affaires des autres, etc.) pour que l’autre réponde à ce comportement et se fasse punir.

Dans ce cas, il est le premier à venir me rapporter le « mauvais » comportement d’un autre enfant même si ce comportement est survenu à cause de lui. Lorsque cet enfant ne voulait pas obéir et que je devais le punir, il essayait de me provoquer aussi. En effet, quand il était puni, il se faisait remarquer d’autant plus, il essayait d’appeler et de déranger les autres (il se levait en classe pour aller déposer sa feuille et en même temps il prenait le crayon d’un autre, pendant qu’on travaillait, il disait tout haut le prénom d’un autre enfant pour l’appeler,…), il venait me déranger et me poser des questions « ridicules » (« On doit mettre son prénom sur la feuille ? » alors qu’on le fait à chaque fois, « On prend sa collation pour aller en récréation ? » il sait très bien la réponse également, « Je peux faire cette charge ? » alors que ce n’est pas sa charge et qu’il y a donc un autre enfant chargé de ça)… Par « questions ridicules », je veux dire questions dont il connaît déjà très bien la réponse.

Les punitions n’avaient absolument aucun impact sur lui et il ne se gardait pas de me le dire.

Suite aux comportements de cet enfant, j’étais impatiente de suivre ce module « Gestion de conflits » afin d’avoir des pistes, des idées pour faire évoluer cette situation.

Mes découvertes

Ce module « Gestion de conflits » m’a fait prendre conscience et découvrir certaines pratiques. J’en ai choisies quelques-unes que je vais expliquer et que j’ai utilisées.

« Atterrissage »

Laisser le temps aux enfants qui sont en retard de s’installer, ne pas les inclure dans l’apprentissage directement. J’avais l’habitude lorsqu’un enfant arrivait plus tard d’aller près de lui et de lui expliquer tout de suite ce qu’on était en train de faire. Maintenant, lorsqu’un enfant est en retard, je lui laisse le temps de s’installer, de sortir ses affaires, de préparer son crayon et sa gomme et, lorsqu’il est prêt, j’arrête l’activité que l’on est en train de faire et je demande aux autres enfants d’expliquer ce qu’on est en train de réaliser.

à Cela permet aux enfants de se préparer à apprendre, de se poser calmement et de « se connecter » à l’activité qui est en train d’être vécue et cela permet aux enfants qui n’étaient pas en retard d’expliquer ce qu’ils sont en train d’apprendre pour vérifier leur compréhension.

Cercle de la frustration

Ce modèle théorique montre que l’on peut créer du changement à chaque étape. Un besoin peut être assouvi ou entendu sinon il engendre une émotion (de la colère) qui peut être exprimée, écoutée sinon elle engendre de l’hostilité par la posture, l’attitude qui peut être stoppée par un rappel de la règle et de la sanction ou qui peut aboutir à un acte de violence qui doit alors être puni. Avec de la communication et de l’écoute, on peut agir sur les besoins et les émotions. Avec des règles et des sanctions, on peut agir sur l’hostilité et les violences.

Cet élément-ci est à la base de tous les conflits voilà pourquoi il me semble important de l’ajouter ici.

Deux types de violences

  • La violence chaude, il s’agit d’une émotion qui peut amener un acte de violence (cercle de la frustration). Dans ce cas, une discussion, une situation d’écoute pourrait résoudre le problème (et éventuellement une sanction).
  • La violence froide est un comportement de domination pour avoir le contrôle de la situation. Lorsque l’on est confronté à une violence froide, il est conseillé de ne pas réagir directement (compter 5 secondes dans sa tête « 5 crocodiles ») et de faire le « poisson froid ». La technique du « poisson froid » consiste à montrer que la situation ne nous atteint pas, que nous avons confiance en nous, que nous sommes conscients de notre valeur afin d’empêcher l’autre de prendre le pouvoir. Le « poisson froid » peut déstabiliser l’enfant en lui montrant que ses provocations n’ont aucun impact sur nous.

Météo

Cette activité consiste à prendre la température du groupe, à exprimer son humeur, ses sentiments directement ou à l’aide du vocabulaire de la météo. Je l’utilise tous les matins dans ma classe, les enfants doivent lever ou baisser le pouce et dire comment ils se sentent. J’ai dû ajouter le geste à la parole parce que certains enfants étaient trop réservés pour parler devant les autres. Au début, certains enfants ne s’exprimaient pas parce qu’ils étaient gênés de prendre la parole devant le groupe. J’ai alors proposé à ces enfants-là de lever ou de baisser le pouce selon leur humeur et de ne pas parler. Après plusieurs jours, je leur ai dit qu’ils avaient le droit de ne rien dire mais qu’ils pouvaient aussi essayer de dire un mot quand ils seraient prêts. Puis, petit à petit, tous sont parvenus à dire un petit mot sur leur humeur du jour. Les enfants adorent ça et cela permet également de désamorcer un besoin, une émotion pouvant amener un éventuel comportement « violent ». Effectivement, une émotion qui est exprimée permet déjà à l’enfant de se décharger de cette émotion et d’essayer de se concentrer sur autre chose. Cela permet aussi à l’enseignant d’être plus attentif à tel enfant en fonction de ce qui aura été dit lors de la « météo ».

Cette activité renforce le sentiment d’appartenance au groupe et la confiance en soi. Pour certains enfants, c’est un réel défi de s’exprimer sur leurs émotions devant le groupe. Sans forcer les enfants, au fur et à mesure, ils prennent de l’assurance et osent s’exprimer de plus en plus.

Six C

Cela permet d’élaborer des règles.

Pour qu’une règle soit efficace, elle doit être :

  • Connue : la règle est explicitée aux enfants ;
  • Claire : elle est exprimée de façon concrète, à l’aide de comportements ;
  • Comprise : le sens de la règle est signifiant pour chacun ;
  • Constante : la règle est appliquée de la même manière pour tout le monde ;
  • Congruente : elle est appliquée de la même façon par les adultes et respectée par ceux-ci ;
  • Conséquente : la transgression de la règle amène une sanction.

Dans ma classe, une règle conditionne les comportements attendus : « il est interdit d’empêcher d’apprendre » (aux autres ou à soi-même). Nous avons exprimé et listé des comportements observables rencontrant ou non cette règle avec les enfants. Cette règle « empêcher d’apprendre » peut être déclinée pour beaucoup de cas. Par cet aspect de la règle, je voulais attirer l’attention des enfants sur le fait que leur comportement influençait les apprentissages du groupe mais aussi leurs apprentissages personnels.

Ce point me semble important et je voudrais le mettre en place dans ma pratique future.

Six S

Cela permet d’élaborer des sanctions.

Pour qu’une sanction soit pertinente, elle doit :

  • scinder l’acte et la personne : le comportement sera jugé mais pas la personne ;
  • avoir du sens : la sanction est pensée en fonction de son impact et le sens est précisé ;
  • être situationnelle : la sanction est graduelle selon les circonstances (positives ou négatives) ;
  • être suffisamment inconfortable : la sanction doit amener de l’inconfort pour ne pas que l’enfant ait l’envie de recommencer ;
  • être suivie de communication : après la sanction, la communication permet d’entendre les raisons de l’enfant et d’essayer de trouver des solutions pour ne plus que cela se reproduise.
  • amener une solution : la sanction doit être réparatrice pour réparer la faute commise.

Lorsqu’un enfant est puni, la sanction est toujours suivie d’un moment d’écoute et d’un temps de réflexion sur la réparation qui pourrait être envisagée. Ce point me semble important et je voudrais le mettre en place dans ma pratique future.

Les différents types d’écoute 

  • L’écoute active : écouter l’essentiel du message et les émotions et y réagir.
  • L’écoute passive : écouter sans parler, notre posture montre à notre interlocuteur que l’on écoute et que cela a de l’importance pour nous.
  • L’écoute risquée :
    • Jugement : mettre une étiquette sur la personne qui parle.
    • Diversion : reporter la discussion, le problème à plus tard.
    • Solution : apporter notre solution à la personne qui parle et qui veut simplement être écoutée.
  • La reformulation : redire l’essentiel du message.
  • Le recadrage : écouter, réutiliser l’histoire de la personne et y chercher du positif.

Dans un contexte de classe, avec mes élèves, j’utilise dans la plupart des cas l’écoute active. J’utilise l’écoute passive lors d’activité telle que la « météo », j’écoute les enfants mais je n’ai nullement besoin d’intervenir. La reformulation et le recadrage sont intéressants lors de discussions remplies d’émotions afin d’aider l’enfant à mettre « de l’ordre » dans ce qu’il ressent. J’utilise la diversion lorsque des enfants viennent se plaindre l’un de l’autre dans la cour de récréation. Je leur propose d’aller s’asseoir à des endroits définis et relativement éloignés pour réfléchir. Après quelques minutes, je vais les chercher et je les écoute un à la fois pour voir quel était le problème. Selon le cas, je leur propose de régler ça entre eux en discutant non loin de moi.

La synchronisation

La synchronisation est le fait de se coordonner avec notre interlocuteur, de prendre la même posture, la même attitude que celui-ci.

À l’école et dans ma vie personnelle, je fais régulièrement preuve d’empathie et je suis très souvent synchronisée avec la personne avec laquelle je parle. J’ai pris conscience de cela après notre séance sur ce thème. Je trouve cela très amusant d’observer les comportements des gens et de voir ou non leur synchronisation avec leur interlocuteur.

Retour sur ma situation de classe

J’ai mis en place l’activité « Météo ». Cela est positif pour chaque enfant. Effectivement, ceux qui ont besoin de s’exprimer en ont la possibilité. Ceux qui ont « peur » de s’exprimer peuvent simplement faire un geste et ajouter des mots après quelques temps. Ces derniers prennent confiance en eux petit à petit. Cette activité a permis à mon élève « difficile » de trouver une place dans la classe et de se sentir appartenir à la classe mais aussi de s’exprimer et de libérer des émotions ou des besoins qu’il avait envie de partager. De plus, elle me permettait d’écouter ce qu’il avait envie de dire et d’être attentive à son humeur afin d’essayer d’anticiper certaines ces réactions. Cette activité me permet également de prendre du temps pour écouter et essayer de percevoir l’univers de chaque enfant.

Avec mon élève « difficile », j’ai utilisé le cercle de la frustration afin d’agir à plusieurs moments sur ses besoins, émotions et comportements. Cela a fonctionné à plusieurs reprises. La communication lui permettait d’évacuer certaines émotions et d’exprimer des besoins afin de les mettre de côté pour pouvoir penser à autre chose. Après chaque conflit avec les autres enfants ou avec moi, il y a une discussion et une réflexion sur ce qui s’est passé.

D’abord, après chaque transgression, l’enfant restait avec moi en classe. Je le laissais toujours se calmer au début. Après quelques minutes, je lui demandais de m’expliquer la raison de son comportement. La plupart du temps, il « ne savait plus » ou mentait. J’essayais alors de lui poser des questions pour lui faire dire ce qu’il s’était passé. Ensuite, je lui expliquais en quoi il n’avait respecté la règle et je lui rappelais la sanction. Enfin, nous discutions ensemble sur une réparation possible. Il est vrai que dans certains cas, la réparation pourrait être la sanction. Lorsqu’il se moquait d’un autre, le fait de devoir aller demander pardon à l’enfant, de réaliser un dessin pour s’excuser le mettait déjà dans une situation inconfortable. Dans ce cas, ce n’est peut-être pas nécessaire d’ajouter une sanction inconfortable en plus.

La technique du « poisson froid » fonctionne très bien. Le fait d’attendre quelques secondes avant de répondre, déstabilise complètement notre interlocuteur et nous permet de gagner en assurance. Montrer que ce qu’on entend n’a pas d’impact sur nous fait perdre de la confiance et de l’influence à notre interlocuteur. Après un certain temps, l’enfant a moins envie de provoquer puisqu’il a compris que ça n’aurait pas d’impact sur nous.

Au début, après plusieurs remarques, son comportement ne cessait pas. Il était donc puni, il allait dans le coin de la classe. Il en profitait alors pour faire le sot et je m’énervais d’autant plus. Lorsqu’il était puni dans le coin, il se retournait, appelait les autres, bougeait, … Ensuite, lorsqu’il commençait à faire des bêtises (chiper les affaires des autres, insulter les autres, …), je lui rappelais la règle et la sanction et je faisais moins attention à lui pour lui montrer qu’il n’avait pas toute mon attention et je ne m’énervais plus. Plus tard dans l’année, après plusieurs remarques, je lui disais simplement « Tu ne veux pas apprendre, alors tu sors de la classe. ». Il a dû sorti deux ou trois fois mais, après cela, il a compris qu’il perdait sa place en classe pendant un moment et qu’il devait aussi refaire le travail non fait en classe à la maison ou aux récréations. Après chaque conflit, il y avait une discussion.

En parallèle, je le valorisais dès qu’il faisait quelque chose de bien. Il a pris goût à cela et, maintenant, il essaye réellement de bien faire et il fait beaucoup moins de bêtises. Il n’est plus dans la provocation en train de chercher les autres. Il est plus posé. Il joue plus calmement dans la cour. Aujourd’hui, il comprend que quand il dépasse les limites, il y a une sanction et il l’accepte. J’ai dû l’isoler encore une fois mais c’était complètement différent. Il a commencé à ennuyer sa voisine en prenant ses affaires, en écrivant sur sa gomme… Il est allé dans le coin, il a accepté et respecté la sanction puisqu’il n’a pas bronché, il est resté dans le coin sans bouger, sans parler. C’est déjà un très gros changement.

Un jour, j’ai vu qu’il n’était pas dans de bonnes dispositions pour être réceptif aux apprentissages. Je lui ai alors proposé de ne pas faire l’activité qu’on était en train de faire et de se coucher sur son banc quelques minutes. Il a accepté sans déranger le groupe et il était bien prêt pour l’activité suivante.

Les provocations de cet enfant ont petit à petit diminuées et son comportement s’est nettement amélioré.

Mon cheminement futur

Pour demain, je vais continuer ce que j’ai commencé à mettre en place et qui a fonctionné avec mes élèves (atterrissage, météo, cercle de la frustration, poisson froid, écoute, communication).

Pour l’année prochaine, j’essayerai de construire ma charte de classe en me basant sur les 6 C pour construire les règles et les 6 S pour déterminer les sanctions. Lors de l’élaboration des sanctions, je serai attentive à l’aspect graduel.

Pour l’avenir, je voudrais approfondir mes recherches sur la psychologie de l’enfant, la discipline incitative et la communication non violente.

Pour une école nonviolente et bienveillante

Comme tout lieu de vie collective, l’école est propice à la manifestation de conflits et de faits de violence en tous genres, physiques ou verbaux. Comment donc les désamorcer avant qu’ils ne dégénèrent ? Comment favoriser un climat serein, respectueux et agréable au sein des établissements scolaires ? En développant, par exemple, un mode de relation et une communication basés sur la bienveillance…

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Brigitte Gérard (Entrées Libres) a interviewé Claire Struelens, formatrice à l’Université de Paix.

[…] Pionnière en la matière en Belgique, l’Université de Paix propose diverses formations, ouvertes aux enseignants, dont l’objectif est de découvrir [notamment] le langage de la CNV [Communication NonViolente] et de s’initier à son processus.

« Cette forme de communication permet une compréhension de soi-même et de l’autre avec bienveillance, explique Claire STRUELENS, formatrice à l’Université de Paix. En fait, chacun cherche, par sa manière d’être, par ses comportements, ses paroles, à faire passer un message.

Parfois, ce moyen est violent, on émet des jugements, on interprète… Mais derrière ça, il y a peut-être une personne démunie, qui a besoin d’aide. La CNV nous aide à nous relier à nous-mêmes, à l’écoute de nos ressentis et de nos besoins et nous permet ensuite d’émettre une demande à l’autre » […]

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Assesse : des graines de médiateurs dans les écoles

Le 20/03/2015, Canal C a consacré un reportage au programme Graines de médiateurs, dans l’école St-Martin à Assesse :

L’Université de Paix de Namur propose régulièrement des animations scolaires sur le thème de la non-violence et de la prévention des conflits. Mieux communiquer s’apprend dès le plus-âge : un exemple en troisième primaire de l’école St-Martin de Assesse.

Enseignante, elle accompagne les jeunes médiateurs

Témoignage d’une enseignante de Félicien Rops, formée pour accompagner les équipes de jeunes médiateurs, dans le cadre du programme Médiation entre jeunes.

Qu’est-ce que cette formation a pu vous apporter ? Quelles étaient les motivations de l’école, de l’équipe pédagogique à participer à ce projet ?

D’un point de vue personnel, la formation à la médiation m’a permis de clarifier des notions (par exemple, l’écoute active) et de les pratiquer. Les exercices où l’on distingue les faits des émotions me servent quasi quotidiennement en classe.

Au sein de l’école, il me semble que nous avons voulu tester et entrer dans un nouveau mode de fonctionnement en cas de conflits entre élèves. Au départ, les adultes qui sont entrés dans le projet ne savaient pas bien où ils allaient, mais au fil des mois et des années, notre projet a été et est relayé par d’autres professeurs qui en voient l’intérêt et l’efficacité.

Où s’opère le service de médiation à l’école ? Comment cela se passe-t-il ? Quels sont les conflits qui y sont gérés ?

La direction de l’école, qui nous soutient activement, nous a accordés un local aménagé avec des fauteuils, des poufs en un lieu « à part », confortable et différent d’une classe dans lequel nous pouvons rencontrer les élèves demandeurs. Il nous est déjà arrivé de faire des médiations informelles dans la cour de récré, en classe…

Soit les élèves viennent nous trouver directement pour un rendez-vous… Soit ils contactent un de leurs professeurs qui relaie la demande… Soit la sous-direction de l’école nous demande une intervention. Dans ce cas précis, les parties en conflit ne sont pas toujours toutes les deux d’accord pour prendre un rendez-vous ; dans ce cas, nous faisons alors une écoute de la partie demandeuse et parfois l’autre partie accepte une médiation dans un second temps.

Nous réglons des conflits entre 2 et maximum 3 élèves (les autres conflits sont relayés à la médiatrice scolaire avec qui nous collaborons). L’objet des conflits peut aller de « ma copine ne me parle plus depuis qu’elle a un nouveau petit copain » à des conflits entre ex petits amis, etc. C’est très varié! Cela concerne aussi bien des élèves du premier degré que les rhétos. Certains conflits sont aussi liés aux réseaux sociaux.

Comment s’organise le service de médiation au sein de l’école ?

Lorsqu’un rendez-vous est demandé, je me charge de voir qui des médiateurs sont disponibles et quand. En général, c’est un binôme jeune-adulte avec parfois un nouveau médiateur comme observateur. Nous allons chercher les jeunes en classe sans préciser quoi que ce soit au professeur et à la classe. Nous nous réunissons au local et parfois, s’il y a besoin, nous reprogrammons un rendez-vous (par exemple, si une séance ne suffit pas pour des raisons de temps, de complexité des faits, etc.). Après le départ des parties en conflit, un débriefing s’opère entre les médiateurs. Nous tenons également à jour un document sur chaque médiation. Les parties en conflit signent d’ailleurs, en fin de médiation, un accord sur les solutions adoptées.

Ressentez-vous une différence à l’école, dans la classe, dans la cour de récré depuis l’implantation du service de médiation ? Si oui, que pouvez-vous en dire?

Pour ma part en 17 ans dans l’école, je trouve qu’on voit moins de conflits qui dégénèrent (violence, etc.). Les collègues nous ont dit également qu’après le passage en médiation des deux parties en conflit, l’ambiance de classe s’améliore. En effet, un conflit entre deux personnes en implique souvent d’autres qui prennent partie pour l’une ou l’autre…

Enfin, je pense que ça marche car… nos meilleurs partisans sont ceux qui ont participé à une médiation, qui viennent nous remercier, encore des mois après, même en ayant quitté l’école… Et même si ce n’est pas parfait, pour ceux que cela a pu aider cela en valait la peine!

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Propos recueillis par Christine Cuvelier, Chargée de relations publiques

La médiation entre jeunes en 5 questions

Par Christelle Lacour, Formatrice à l’Université de Paix, interrogée par Christine Cuvelier, Chargée de Relations Publiques à l’Université de Paix.

1) La médiation entre jeunes, c’est quoi ?

C’est un processus par lequel les jeunes accompagnent d’autres jeunes dans leur gestion de conflit, afin que les parties en conflit clarifient de manière acceptable ce qui leur pose problème, et trouvent elles-mêmes des solutions au différend qui les occupe.

2) Quels sont les étapes de la mise en place d’un dispositif de médiation entre jeunes ?

Nous nous basons sur un modèle intitulé « ASIREP » :

  • Accueil des parties en conflit.
  • Stop : moment de détente, de canalisation des tensions (par la posture, la respiration, la décharge dans un punchingball…).
  • Identifier le problème : les faits et les émotions qui sont sous-jacents aux jugements émis par les médiés.
  • Rechercher. Evaluer les solutions (pour en choisir une qui convient aux 2 parties).
  • Planifier l’action (QQOQ : Qui fait Quoi, Où et Quand ?).

Voir aussi :

3)  Quels sont les établissements scolaires qui ont répondu à l’appel et/ou qui font appel à l’Université de Paix pour implanter une cellule de médiation [cf. Programme Médiation entre jeunes] ?

Des écoles de tous les réseaux et de toutes les provinces en Fédération Wallonie-Bruxelles.

4) Quel(s) est (sont) les points forts de la médiation entre jeunes ?

Les jeunes sont responsabilisés par rapport à leur gestion de conflit, et bénéficient d’un processus qui leur offre la sécurité nécessaire pour se dire les choses d’une façon respectueuse. Le fait que ce soient d’autres jeunes qui accompagnent la gestion de leurs tensions favorise également cette autonomie des adolescents dans la résolution de leurs différends.

5)  Ces formations sont-elles ouvertes aussi aux travailleurs sociaux et aux adolescents d’autres structures de jeunesse ?

Oui, ces formations sont ouvertes à toute structure dans laquelle des groupes de jeunes sont encadrés par des adultes, qu’il s’agisse d’éducateurs, de psychologues, d’assistants sociaux, d’animateurs, d’infirmiers…

L’une des conditions pour que cela fonctionne avec des jeunes médiateurs est que le groupe de jeunes soit assez stable. Dans des organisations où le turn-over des ados est important, ce sont généralement les adultes qui se forment et pratiquent la médiation.

Ludivine, jeune médiatrice

Ludivine est médiatrice à l’école Félicien Rops de Namur (cf. notre programme Médiation entre jeunes). Elle a accepté de répondre à quelques questions.

Bonjour, Ludivine. Peux-tu nous dire ce qui t’a décidée à devenir médiatrice ?

J’ai 18 ans et suis élève dans une école namuroise. Ce qui m’a motivée à participer à ce projet est de pouvoir répondre à mon entourage quand ils ont des problèmes ; les aider à réagir quand ils ont des problèmes.

Quelles sont les qualités pour être médiateur ?

Rester calme et impartial. Rester concentré sur tous les problèmes en même temps, ne pas oublier un truc ! Avoir de la compassion et savoir écouter.

La médiation à l’école, pour toi, c’est quoi ?

… une activité relaxante avec des amis. Cela m’a appris beaucoup de choses dans la vie, dans les relations. La médiation, ça consiste à régler des conflits, à savoir conseiller quelqu’un qui pose des questions sur ses conflits.

Que réponds-tu à un jeune qui se demande si c’est utile de devenir médiateur ?

Oui, c’est utile dans la vie personnelle, cela aide beaucoup.

Avant, j’avais des amis qui me racontaient des problèmes et je ne savais pas quoi dire. Maintenant, je sais…

Quels éléments ou quels principes retenus pourrais-tu citer ?

Il y a la reformulation. Aussi, dégager des faits et des émotions… Décortiquer le conflit. Les méthodes de décodage physique des émotions.

Depuis la fin de la formation, as-tu eu l’occasion d’assurer une médiation ? Et si oui, que peux-tu nous en dire tout en respectant, bien sûr, la confidentialité ?

Oui… Cela prend du temps. Il y a beaucoup d’émotions. Je me suis impliquée même si ça a pris du temps. Nous sommes arrivés à un accord très concret. J’ai senti que j’ai pu aider…

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Propos recueillis par Christine Cuvelier, Chargée de relations publiques

« Médiateurs en herbe » dans La Libre

La journaliste Fanny Leroy a assisté à une animation du programme Graines de médiateurs visant à rendre les enfants plus autonomes dans une gestion « constructive » de leurs conflits. Ce programme passe par la formation des enfants, mais aussi des adultes responsables de leur éducation, afin qu’à terme, ces derniers puissent reproduire les animations sans la présence d’un intervenant de l’Université de Paix.

Un article à lire dans La Libre du 17/03/2014.

Extraits choisis

[…] « Cet exercice, nous ne l’aurions jamais réussi au début des ateliers. Lors de la première séance, ils savaient par exemple difficilement sortir de la classe sans se bousculer », explique Marie Hargot pendant la récréation.

[…] Monsieur Frédéric, bénéficiaire de l’un de ces programmes, est convaincu de son utilité. « Il est certain que les enfants ont des réflexes bien ancrés, mais il suffit de leur rappeler le contenu des formations pour qu’ils agissent différemment lorsqu’un conflit se présente. De mon point de vue, ça m’a permis d’éclaircir ce que je faisais déjà de manière intuitive. Ça m’aide aussi à gagner du temps lorsque je suis confronté à une situation de conflit », explique l’instituteur.

[…] « Nous tentons d’amener les jeunes à canaliser leurs émotions, à vivre dans un climat de paix. Selon nous, l’école n’est pas qu’un lieu où l’on apprend des matières scolaires, mais aussi un endroit d’éducation », souligne Julien Lecomte.

> Lire l’article complet sur le site de La Libre.

Colloque « harcèlement : croisons les regards »

Un colloque participatif sur le thème du harcèlement aura lieu le 18 février 2014, de 9h à 16h30 au Palais des Académies, rue Ducale à 1000 Bruxelles (PAF : 10 euros, gratuit pour les enseignants – IFC).

Malgré une certaine médiatisation, le harcèlement entre élèves dans le milieu scolaire reste un phénomène encore largement sous-estimé ou méconnu.

Nombre limité de places : 200 places

Plus d’informations et inscriptions sur le site Enseignement.be.