Pourquoi est-on violent (Les Niouzz) ?

Dans son émission du 7 mars 2017, le journal Les Niouzz se demandait comment expliquer le recours à des gestes ou des mots qui blessent. Ils ont demandé à Nathalie Ballade, Formatrice à l’Université de Paix.

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Pour une école nonviolente et bienveillante

Comme tout lieu de vie collective, l’école est propice à la manifestation de conflits et de faits de violence en tous genres, physiques ou verbaux. Comment donc les désamorcer avant qu’ils ne dégénèrent ? Comment favoriser un climat serein, respectueux et agréable au sein des établissements scolaires ? En développant, par exemple, un mode de relation et une communication basés sur la bienveillance…

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Brigitte Gérard (Entrées Libres) a interviewé Claire Struelens, formatrice à l’Université de Paix.

[…] Pionnière en la matière en Belgique, l’Université de Paix propose diverses formations, ouvertes aux enseignants, dont l’objectif est de découvrir [notamment] le langage de la CNV [Communication NonViolente] et de s’initier à son processus.

« Cette forme de communication permet une compréhension de soi-même et de l’autre avec bienveillance, explique Claire STRUELENS, formatrice à l’Université de Paix. En fait, chacun cherche, par sa manière d’être, par ses comportements, ses paroles, à faire passer un message.

Parfois, ce moyen est violent, on émet des jugements, on interprète… Mais derrière ça, il y a peut-être une personne démunie, qui a besoin d’aide. La CNV nous aide à nous relier à nous-mêmes, à l’écoute de nos ressentis et de nos besoins et nous permet ensuite d’émettre une demande à l’autre » […]

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Apprendre à vivre ensemble

Quelques repères du programme « Graines de médiateurs – Développement des habiletés sociales » tel que dispensé en 2003. Ce programme a pour objectif de développer chez les enfants des compétences personnelles et relationnelles. Il a été réalisé par deux formatrices de l’Université  de Paix tout au long de l’année scolaire, à raison d’environ 2 séances de 2 heures par mois. Récit et impressions d’une formatrice.

Découvrez également la vidéo Graines de médiateurs (cliquez sur l'image)

Quand les enfants apprennent à vivre ensemble…

En prenant connaissance du projet, ma première impression est l’étonnement. Habituellement, nous travaillons dans les classes lorsque le climat s’est tellement détérioré qu’il ne permet plus aux élèves d’apprendre. Ici, rien de tel. L’accent est mis sur la prévention de la violence et la possibilité pour les élèves de 5 classes de 4ième et 5ième primaire d’acquérir des compétences relationnelles qui leur permettent de gérer leurs conflits et de communiquer de façon non violente. Quelle chance !

Pour démarrer le projet, une réunion est programmée avec les enseignants des classes concernées. Certains enseignants sont un peu sceptiques, d’autres voient en ces animations la chance de pouvoir régler certaines difficultés vécues en classe. Une enseignante aimerait travailler par exemple l’écoute car elle est épuisée par le bruit que font les 27 élèves de sa classe.

Une réunion est aussi organisée pour les parents des élèves concernés par les animations afin de leur expliquer les tenants et aboutissants du projet. Pour favoriser l’intégration par les enfants des compétences sociales, il est important de pouvoir collaborer avec tous les adultes socialisateurs qui gravitent autour de l’enfant. L’efficacité du programme en dépend largement.

L’objectif de ce programme est de développer des habiletés sociales afin de permettre un climat harmonieux dans la classe. Vivre ensemble, ce n’est pas facile. Cela nécessite des compétences et celles-ci ne s’acquièrent pas de n’importe quelle façon.

Dès la première animation en classe, nous leur proposons des règles de vie à respecter. Entre autres, je ne fais pas de mal (ni à moi, ni aux autres), j’ai le droit au stop,… Une boîte à suggestion leur donne l’opportunité de signaler aux autres ce qu’ils apprécient, ce qui les dérange et leurs propositions de changement. Au début de chaque séance, leurs messages sont lus à haute voix. Certaines propositions seront discutées. Par exemple, dans la classe de 27 élèves où il était difficile d’avoir le calme même pour l’énoncé d’une consigne, des élèves ont proposé d’ajouter des règles de vie et de faire des jeux pour apprendre à se taire.

Certaines étapes jalonnent l’apprentissage de ces compétences telles que la connaissance de soi-même et d’autrui, la confiance et la coopération, l’écoute, la capacité à s’exprimer dans le respect des autres. La méthodologie proposée est active : jeux de groupe, sketches, histoire, échanges… Un exemple d’activité sera donné pour chacune des étapes.

1. Moi parmi les autres

Se connaître et se faire connaître aux autres est le préalable de toute relation constructive. Beaucoup d’activités amènent les enfants à regarder les autres avec un regard positif. Par exemple, les enfants ont apporté un objet qui les représentait et l’ont présenté aux autres. Un enfant s’exprime : « J’ai apporté l’Espagne », dit-il en montrant la carte du pays, « car mon papa est espagnol ». Les autres sont étonnés, ils ne savaient pas. Une autre montre une bouteille d’eau « j’ai apporté de l’eau parce que je pleure beaucoup ».

2. Confiance et coopération

Lorsque le groupe est prêt et avant d’aborder le conflit proprement dit, il est important de construire un climat de confiance Ainsi, avec l’activité « les chaudoudoux », les enfants envoient des messages positifs à leurs compagnons et à leur professeur. Dans une des classes, les élèves ont proposé de lire un des messages reçus à haute voix. L’émotion était grande lorsqu’un élève a remercié son enseignant de lui avoir expliqué plusieurs fois des matières non comprises pendant les temps de midi. Un tel type de climat permet aux élèves de s’exprimer sans craindre le jugement d’autrui.

3. Moi et le conflit

Tous n’ont pas la même manière de réagir lors de disputes. A partir d’une histoire conflictuelle, les enfants ont pu s’exprimer sur les différentes attitudes. « Moi, le conflit, j’aime pas trop, je préfère ne pas le voir ! » dit un garçon de 4ième primaire. Céline confie au groupe : « lors des disputes, moi j’arrange toujours les choses avec tout le monde ». Les enfants apprennent à être plus conscients de leurs stratégies et à s’ouvrir à d’autres attitudes possibles.

4. A l’écoute du verbal et du non-verbal

Les enfants apprennent à écouter et à observer les autres afin de permettre une communication qui tient compte de l’autre. Les jeux d’écoute non-verbale ont été fort appréciés par les enfants de la classe où il y a beaucoup de bruits. Ils ont pu vivre des moments de silence et en mesure l’intérêt.

5. A l’écoute de ce qui se vit

L’expression de ses sentiments et l’accueil du ressenti de l’autre permettent une compréhension mutuelle et une communication plus en profondeur. Par des situations simples, les enfants sont amenés à mimer une émotion. Les autres devinent de quel sentiment il s’agit. Une autre manière de favoriser l’expression des sentiments : après chaque activité, les enfants qui le souhaitent peuvent prendre le bâton de parole et exprimer leur avis sur le jeu et leur ressenti. Le fait d’exprimer un ressenti entendu par l’autre provoque souvent soulagement et compréhension mutuelle.

6. Sortir du conflit

Des situations conflictuelles sont jouées et les enfants vont y répondre de manière créative. Certains conflits, survenus durant les animations, ont pu être discutés et réglés de manière non violente. Par exemple, deux enfants ont pu trouver un terrain d’entente à leur difficile cohabitation de bureau en classe.

Parfois, lorsque des séances sont difficiles, tendues, et que beaucoup d’énergie est déployée pour de maigres résultats visibles, je suis sortie de la classe découragée. Mais au fil des séances, j’ai pu observer des changements qui me réconfortent dans le bien-fondé de notre démarche. Par exemple, quel bonheur d’entendre un élève féliciter spontanément une autre d’avoir bien camouflé sa voix dans un exercice et de voir le sourire de l’intéressée jusque derrière les oreilles ! Lorsque les groupes-classes vivent des moments de cohésion, quelle satisfaction de les voir bien ensemble !

A la fin de l’année, vient le moment de l’évaluation. J’étais très intriguée de savoir ce que retiendraient les enfants des séances. Voici quelques réponses à l’évaluation écrite réalisée en fin d’année : « j’ai appris des choses sur les autres », « ce que les autres ont dans le cœur », « j’ai appris à parler au lieu de taper », « qu’il faut respecter celui qui a la parole ».

Les enseignants étaient très satisfaits, ils y ont vu des avantages au niveau de l’ambiance de leur classe. « Les sports d’hiver ne sont jamais aussi bien passés que cette année », nous a confié une enseignante. Une autre, celle qui était fatiguée par le bruit de ses 27 élèves, m’a dit « Je croyais que l’Université de Paix, c’était magique, que tous les élèves allaient se taire. J’ai appris cette année qu’il fallait du temps pour développer ces compétences. L’autre jour, j’ai proposé une heure d’échange et de partage avec les élèves, et ils se sont écoutés sans s’interrompre durant toute l’heure ! J’étais très heureuse. »

La réunion des parents de fin de parcours regroupant parents, enfants et enseignants a rencontré un franc succès. Plus d’une soixantaine de personnes y sont venues pour entendre l’évaluation du programme et exprimer leur souhait de le voir se poursuivre cette année, ce qui est chose faite dans trois écoles de la commune.

J’ai été émue en lisant la réponse d’un enfant : « J’ai grandi grâce à vous ». Et ces petites graines semées, qui sait ce qu’elles produiront demain, dans une semaine, dans dix ans… ?

Education à la paix en maternelle

Dans le cadre de la Décade de l’Union européenne pour la culture de la paix et de la non violence pour les enfants dans le monde (2001-2010), la Commission européenne a attribué des fonds Daphné à l’International Fellowship of Reconciliation (IFOR) (MIR en francophonie), afin de réaliser une recherche-action sur l’éducation à la paix et la prévention de la violence dans les écoles maternelles. Les fonds européens Daphné sont attribués à des projets qui visent à combattre la violence envers les enfants, les adolescents et les femmes. L’Université de Paix a été sollicitée pour participer à cette recherche-action, qui jette les bases de l’élaboration d’un programme européen de développement des habiletés sociales.

Un article rédigé par Christelle Lacour et Julie Duelz, initialement paru dans le trimestriel du mois de juin 2008.

Prévenir la violence dans les écoles maternelles – Projet européen d’éducation à la paix

Suite à la tragique affaire Dutroux, et pour montrer sa détermination à lutter contre ces crimes, l’Union Européenne décide en 1997 de commencer à financer des projets européens spécifiquement consacrés à la lutte contre la violence envers les enfants et les femmes. C’est la naissance du programme Daphné, sous la responsabilité de la Direction Générale Justice et Affaires Intérieures. Le premier cycle de subventions a été attribué entre 2000 et 2004, le deuxième a été inauguré l’année dernière (Daphné II). Pour le deuxième cycle de subventions, le programme se concentrera sur l’échange de bonnes pratiques entre les pays membres et insiste sur la coopération entre les pays et le partage des expériences et des méthodes. Ces possibilités permettent de développer des projets originaux et efficaces.

C’est donc dans le cadre de l’appel à projets Daphné II que l’IFOR a proposé l’idée du projet « Approches durables pour l’éducation à la paix et la prévention de la violence dans les écoles maternelles ». Cette idée a émergé suite à la lecture du rapport de l’OCDE « Petite enfance, grands défis II : Éducation et structures d’accueil ».

Participent à cette recherche à la fois des Universités (Université d’Halmstadt en Suède, de Florence et de Pise en Italie, de Lodz en Pologne, d’Oslo en Norvège, de Fribourg en Allemagne, Université du Kosovo) et des centres de formations pour enfants et adultes, comme l’Université de Paix en Belgique ou le Centre pour la Communication Non Violente en Suède. Dans chaque pays partenaire, des écoles maternelles pilotes ont été choisies pour faire partie de la recherche-action. En Belgique, il s’agit de l’école communale d’Ecausinnes, dans le Hainaut.

La recherche action en prévention de la violence dans les écoles maternelles s’étend sur 4 ans. Dans un premier temps, nous avons effectué un état des lieux concernant la violence et les habiletés sociales dans les écoles maternelles de chaque pays partenaire (questionnaires, observations filmées de conflits entre enfants, interviews, revue de la littérature et des lois nationales, etc.). Cette première phase a commencé en juillet 2007 et s’est terminée fin avril 2008, avec des publications et une conférence internationale regroupant les participants locaux, nationaux et internationaux au projet. L’objectif était de réaliser une comparaison internationale des contextes nationaux en matière de législation, d’éducation à la paix, d’infrastructures dans les écoles,…

Sur base des résultats de la phase I et avec la collaboration des pays partenaires de l’étude (notamment Allemagne, Suède, Italie, Pologne, Norvège), il s’agit alors de construire et de tester un programme européen de développement des habiletés sociales dans les classes maternelles de chaque pays (phase II : mai 2008 – mai 2010). Ce programme a pour finalité l’éducation à la paix chez les enfants, en collaboration avec les instituteurs, l’équipe éducative et les parents concernés. Il s’agira ainsi de donner des ateliers dans les classes maternelles, mais également d’offrir des journées de coaching aux enseignants et de formation ou d’information à l’équipe éducative (surveillants, puéricultrices…) et aux parents. Cette étape sera également l’occasion d’échanges entre les écoles, institutions ou encore universités des différents pays. Comme la phase I, la phase II se clôturera par une conférence internationale et des publications concernant le processus et les résultats des ateliers pour enfants et adultes dans les écoles.

La dernière phase (phase III : juin 2010 – juin 2011) sera consacrée à l’évaluation du projet, en vue de modifier le programme de développement des habiletés sociales et d’estimer les retombées possibles au niveau national, européen et international.

A tout moment durant ce projet, seront visés au niveau international :

  • la visibilité et la promotion de la prévention de la violence et de l’éducation à la paix dans des classes maternelles auprès des différents systèmes éducatifs européens (en Belgique, auprès du Ministère de l’Éducation de la Communauté française);
  • la coopération et la mise en réseau interdisciplinaire (psychologie, pédagogie, pédiatrie, sciences de l’éducation, sociologie,…) et la mise en réseau locale, nationale et européenne (entre écoles, associations de parents, communes, journaux, universités, ONG, Commission européenne…).

Nous sommes convaincus qu’éduquer à la citoyenneté et à la gestion de conflits est un travail qui se fait dans la durée et avec tous les partenaires scolaires. C’est pourquoi l’approche systémique du programme européen de prévention de la violence en maternelle nous intéresse particulièrement.

Comme nous l’avons expliqué plus haut, l’Université de Paix a été contactée par l’IFOR afin de collaborer à la réalisation de cette recherche-action sur la prévention de la violence et l’éducation à la Paix chez les enfants en école maternelle. Notre rôle consiste à :

  • participer aux réunions européennes (réflexion, décisions, etc.) et aux conférences internationales ;
  • favoriser les liens entre les partenaires locaux, nationaux et européens ;
  • rendre des rapports nationaux concernant l’avancée du projet, le processus, les résultats, l’évaluation, les possibilités de retombées locales, nationales, internationales ;
  • collecter les informations concernant l’école, les lois belges, les études universitaires belges sur la prévention de la violence et l’éducation à la paix ;
  • réaliser les observations, mener les interviews, collecter les données concernant la violence chez les enfants, etc. ;
  • servir de lien, de contact entre le siège de la recherche (en Allemagne) et l’école communale d’Ecausinnes, école pilote pour le projet ;
  • rencontrer le directeur, les institutrices, les parents, l’équipe éducative de l’école communale d’Ecausinnes, afin de les informer et de codécider des modalités concrètes de réalisation du programme européen de développement des habiletés sociales ;
  • donner des ateliers aux enfants et des formations aux adultes (enseignants, équipe éducative, parents…).

L’Université de Paix apporte une expérience de plus de 15 ans dans l’apprentissage de la gestion de conflits en maternelle et en primaire. Le programme que nous réalisons actuellement dans les classes s’intitule « Graines de médiateurs ». Primé par la Communauté Française en novembre 2006, il est sans cesse amélioré grâce à notre expérience sur le terrain et à la collaboration des enseignants.

Par ailleurs, collaborer et mettre en commun les différentes approches des partenaires du projet européen nous paraît être la meilleure façon d’ouvrir notre champ d’action et de nous enrichir de l’expérience des autres pays membres de la recherche-action. Finalement, tester, évaluer, se questionner sur ce programme européen de développement des habiletés sociales permettra sans aucun doute d’en mesurer l’impact concret dans la gestion positive des conflits, de l’enfant de 3 ans au Directeur d’école.

Parallèlement à ce travail, l’Université de Paix a pris contact avec le Cabinet de la Ministre-Présidente de la Communauté française. Une rencontre a eu lieu le 14 février 2008, afin de présenter le projet européen à Monsieur Dominique Luperto, collaborateur de la Madame la Ministre Marie Arena. L’Université de Paix s’est engagée à communiquer les résultats des différentes phases de cette recherche-action. En retour, Monsieur Luperto a accepté de nous transmettre ses commentaires, suggestions et pistes de travail concernant le projet européen et ses suites possibles au niveau national.

Comment transmettre la citoyenneté?

« Transmettre, apprendre : pourquoi, comment ? ». Compte-rendu de l’intervention de Julie Duelz intitulée « La citoyenneté : quelle transmission de cette « mission » ? ».

Julie Duelz est Formatrice à l’Université de Paix, Coordinatrice du programme de développement des habiletés sociales « Graines de médiateurs », Coordinatrice du Brevet d’animateur en gestion de conflits (dans des groupes d’enfants)

Transmettre la citoyenneté

Le constat de Julie Duelz est que les équipes professorales sont en quête de sens et se demandent comment, concrètement, réaliser le troisième objectif du décret « Missions », à savoir « préparer les élèves à devenir des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique, solidaire, pluraliste, et ouverte aux autres cultures ». Elle rappelle quelques balises : favoriser la participation active pour vivre ensemble de façon harmonieuse, faire prendre conscience des droits et des devoirs de chacun et transmettre des valeurs comme le respect, la justice, l’égalité.

La suite de son exposé se subdivise en trois parties : par rapport à la citoyenneté, que transmettre, comment le transmettre et enfin à qui?

Transmettre la citoyenneté, oui, mais quoi ?

Quatre axes, quatre rouages qui s’articulent, sont à travailler dans les écoles. Le premier concerne le vivre ensemble : il s’agit d’apprendre aux enfants à passer au-delà de leurs jugements, de leurs stéréotypes, pour jeter des ponts entre eux et créer une cohésion de groupe. Cela commence par des jeux très simples : s’imaginer être un domino et chercher des points communs (un directement perceptible, puis un qui ne se voit pas) avec son voisin de gauche et avec celui de droite, par exemple.

Le second axe est lié à la compréhension du conflit. En lui-même, ce dernier n’est qu’un désaccord, mais il s’agit de le gérer positivement. Différentes attitudes sont possibles (compétition, repli, collaboration et …) et il importe de trouver celle qui est adéquate : aucune solution en soi n’est ni bonne, ni mauvaise… Si la difficulté est surmontée dans le respect de chacun, c’est un pas franchi sur le chemin de la démocratie.

Transmettre la citoyenneté, c’est aussi apprendre à communiquer, et, plus particulièrement, à distinguer les faits des jugements. Sur base d’illustrations, les enfants vont exprimer ce qu’ils voient et prendre peu à peu conscience qu’ils interprètent très souvent. Une fois les faits et les éléments indiscutables repérés, ils cherchent ensemble des hypothèses pour mieux comprendre ce qui est représenté. D’autres jeux sont proposés pour les aider à exprimer leurs émotions : il leur est demandé de traduire par leur visage ce qui émane de celui d’une personne photographiée. Ils se rendent ainsi compte que l’émotion n’est pas perçue par tous de la même façon et qu’il n’y a là rien de menaçant. Petit à petit, les jugements changent et se transforment : traiter quelqu’un d’abruti cause de la souffrance chez l’autre ; par contre, celui qui exprime sa colère ou sa tristesse, puis formule une proposition pour atténuer le désagrément qu’il a subi, progresse dans le domaine de la socialisation.

Le dernier rouage est celui de l’action, par exemple via l’instauration d’un conseil de coopération, qui se tient une heure par semaine et qui assure une gestion démocratique de la vie de classe. Enfant et enseignant ont le même statut : chacun, sur base des faits relevés, peut, par un post-it, exprimer ce qu’il a apprécié ou non… Dans ce cas de figure, il fera une proposition pour un changement.

Transmettre la citoyenneté, comment ?

Des règles de vie sont élaborées. Celui qui en enfreint une est directement confronté aux conséquences de ses actes et aura une sanction réparatrice, prenant la forme d’une action utile tant pour le groupe que pour lui.

Disposer les enfants en cercle permet aussi à chacun de voir et d’être vu de la même manière. La citoyenneté se transmet également au travers d’activités. Le débriefing offre une occasion de parler et de réfléchir sur ce qui s’est passé. Par exemple, un enfant qui n’a pas été appelé lors d’une animation et qui exprime sa tristesse éveille à la conscience de l’autre. Le jeu sera recommencé, mais complété d’une règle pour n’exclure personne. Ainsi émergent de nouvelles normes liées à des valeurs, mais aussi de nouveaux savoirs, savoir-faire et savoir-être.

Transmettre la citoyenneté, à qui ?

Tous les acteurs sont concernés, pas seulement les enfants. Pour arriver à un résultat durable, l’Université de Paix propose des activités d’information et/ou de formation en école destinées tant aux enfants et aux enseignants qu’à la direction, aux parents,… pour développer les savoir-être et favoriser de multiples transferts.

En conclusion

Des valeurs partagées par tous les acteurs, des règles de vie acceptées et vécues par tous, un souci de cohérence… auront sans aucun doute des effets très bénéfiques sur la vie en classe.

Patricia Hubert, responsable du Service jeunesse

L’Université de Paix est une Organisation de jeunesse reconnue par la Communauté française [Désormais Fédération Wallonie-Bruxelles, ndlr]. Nous avons l’occasion de croiser régulièrement Patricia Hubert et ses collègues du Service jeunesse du Ministère de la Communauté française [FWB] lors de projets : subventions, reconnaissances, formations, projet Confejes, etc.

Entretien avec Patricia Hubert, responsable du Service jeunesse de la FWB. Propos recueillis par Christine Cuvelier, initialement publiés en 2011.

Entretien avec Patricia Hubert

Bonjour, Patricia. Nous nous connaissons depuis de nombreuses années. Tu es aujourd’hui responsable du service jeunesse de la Communauté française. Qu’est-ce que cela t’apporte ?

En effet, cela fait maintenant plusieurs années que je travaille au Service de la Jeunesse (SJ). Au fil du temps, j’y ai exercé différentes fonctions. En résumé, j’ai tout d’abord été chargée de la gestion du secteur des centres de jeunes (CJ), ensuite des subventions extraordinaires et des conventions, puis du suivi des travaux du Conseil de la Jeunesse et enfin, depuis 6 ans, de la gestion du secteur des organisations de jeunesse (OJ). C’est ce trajet riche de multiples expériences qui m’amène aujourd’hui à assumer la fonction de responsable du SJ. Cela représente pour moi un défi particulièrement enthousiasmant avec, notamment, de nouvelles tâches à accomplir, une équipe à mobiliser, des projets à définir et à réaliser.

Quelles sont les missions du service jeunesse de la Communauté française ?

Au sein du Service Général de la Jeunesse et de l’Education permanente, le Service de la Jeunesse est chargé de la mise en œuvre de la politique sectorielle de la jeunesse. Le SJ se préoccupe des questions qui concernent les jeunes, organisés ou non. Ses missions principales se centrent sur la promotion et le soutien aux associations (via la reconnaissance, le soutien à des projets spécifiques pour et par les jeunes, le soutien à des actions de formation,…), le dialogue et la concertation avec les instances consultatives, la promotion et l’impulsion d’initiatives spécifiques ainsi que la participation à la définition des axes et priorités en matière de politique internationale de jeunesse.

Quels sont vos prochains défis ?

De nombreux chantiers sont sur la table, ils constituent autant de défis pour le SJ : participation à l’évaluation du décret CJ, du décret OJ et de la circulaire « Soutien aux projets jeunes », revue des politiques de jeunesse, publication sur les pratiques culturelles, réflexion sur l’égalité des chances dans le cadre du décret CJ, refondation de nos propres outils de communication dont le site du service,…

Nous portons également une attention particulière aux projets et thématiques émergentes qui ne répondent pas toujours aux conditions fixées par les cadres réglementaires

Tout récemment, la mise en place d’une Conférence Interministérielle de la Jeunesse (CIM) a été approuvée par le Gouvernement. Les travaux du comité de pilotage chargé de l’élaboration d’un Plan Jeunesse démarreront dès la fin août. Cette décision impulse une nouvelle dynamique en faveur de la jeunesse axée sur davantage de coordination et de transversalité des politiques de jeunesse. Cela augure de nouvelles perspectives pour le SJ qui participera à la conception de nouvelles mesures et à leur mise en œuvre dans les temps à venir.

Que souhaite le service jeunesse pour les Organisations de jeunesse & les Centres et Maison de jeunes ? pour les jeunes ?

En priorité, une plus grande visibilité du travail des associations, la valorisation de leur spécificité, de leur diversité et des enjeux dont elles sont porteuses, le soutien aux initiatives des jeunes et aux dynamiques associatives, la participation individuelle et collective des jeunes, le développement des potentialités de leur expression et de l’exercice d’une citoyenneté critique, responsable, solidaire et active.

Au sein du service, y a-t-il une devise, une ligne de conduite ou de pensée ?

« Le service de la jeunesse… au service des jeunes ». Tel est l’intitulé d’une de nos brochures. Ce titre résume bien nos missions et, plus concrètement, l’attention quotidienne portée aux demandes formulées par les associations et à leur aboutissement.

Selon toi, que peut apporter l’Université de Paix dans le développement de la politique de jeunesse en Communauté française ?

L’Université de Paix est une organisation de jeunesse agréée de longue date par la Communauté française. L’Université de Paix, c’est, entre autres, une expérience de 50 ans dans le domaine de l’interculturalité, continuellement revisitée et actualisée, un professionnalisme avéré de ses encadrants et formateurs, des possibilités de faire des ponts entre le monde de l’éducation formelle où elle est reconnue et celui de l’éducation non formelle. Son expertise en matière d’éducation à la paix est appréciée tant en Communauté française qu’en dehors de « nos frontières ». Ainsi, dans le cadre d’un programme de la Confejes, le SJ a sollicité le concours de l’Université de Paix en vue de la rédaction d’un guide pour la promotion de la culture de la paix, de l’élaboration et de la promotion de modules de formation destinés à des animateurs et des jeunes de l’espace francophone. Entamée depuis quelques années maintenant, cette expérience fructueuse se poursuit à la satisfaction générale des différents partenaires impliqués. D’autres collaborations dans le cadre de programmes de formation, de séminaires ou de groupes de travail par exemple sont envisageables selon les projets et les thématiques que nous développerons dans le futur.

La valorisation des compétences issues de formations d’organisations de jeunesse, du secteur socio-culturel (comme l’Université de Paix, par exemple) s’inscrit dans la stratégie de formation tout au long de la vie.

Quels conseils peux-tu donner pour réaliser un projet de reconnaissance de ces compétences ?

La valorisation et la reconnaissance des compétences acquises dans le cadre de l’éducation non-formelle, la promotion du travail de jeunesse sont des questions importantes, débattues notamment dans les enceintes européennes. Les expériences en matière de formations permettant l’acquisition de compétences utiles à la pratique professionnelle (ou bénévole) -comme le BAGIC- pourraient servir de point de départ à la définition d’une cadre de référence. Par contre, l’évaluation des formations davantage centrées sur l’épanouissement et l’implication du jeune dans un projet de société est a priori plus complexe.

Les finalités données à un tel projet méritent également d’être questionnées. En tout cas, il me semble essentiel, dans ce cadre, de défendre les finalités propres à l’éducation permanente (exercice d’une citoyenneté active et critique, émancipation individuelle et collective, expression culturelle des publics, participation active à la vie démocratique,…) dans lesquelles s’inscrivent les organisations de jeunesse.

Quel est le meilleur compliment que nous puissions te faire ?

Ce sont les nombreuses initiatives qui nous parviennent et qui témoignent de la vitalité des associations de jeunesse mais aussi, je l’espère, de l’intérêt de nos programmes et dispositifs de soutien.

C’est aussi d’être interpellée sur des questions de fond comme vous le faites aujourd’hui.

En quelques mots et en guise de conclusion, le mot de la fin pour toi, ce serait…

En guise de conclusion, je dirais simplement que les chantiers foisonnent, que le travail ne manque pas et que les perspectives sont stimulantes.

Graines de médiateurs II dans « La Filoche »

Graines de médiateurs II dans « La Filoche », la revue de la FFEDD

Graines de Médiateurs II : accompagner les enfants dans l’apprentissage de la gestion positive des conflits

par Sandrine Piron, détachée pédagogique à la FFEDD

Dire ce que je ressens, clarifier ce que je souhaite, prendre soin de la relation, gérer efficacement mes émotions, être créatif dans la recherche de solutions, sont autant de compétences à développer si on veut amener les enfants à devenir plus autonomes dans leur gestion de conflits.

La suite dans « La Filoche », la revue trimestrielle de la FFEDD.