Conseil académique : 4 dossiers thématiques

Conseil académique : 4 dossiers thématiques pour comprendre et agir en gestion de conflits et en éducation à la paix

Le Conseil académique de l’Université de Paix est un groupe de réflexion interdisciplinaire travaillant sur les thématiques de la gestion de conflits, la prévention de la violence et l’éducation à la paix. Entre 2015 et fin 2016, trois groupes de travail ont réalisé quatre dossiers thématiques.

Lors de la première réunion plénière de septembre 2015 du Conseil académique renouvelé, un fonctionnement en trois sous-groupes de travail a été acté. Ces sous-groupes travaillent respectivement sur des thématiques :

  • Liées à l’enfance, et plus spécifiquement au développement émotionnel de l’enfant ;
  • Liées à l’adolescence, et plus spécifiquement, d’une part, à la radicalisation violente à cette période de la vie, et d’autre part, à la question du cyber-harcèlement ;
  • Liées à l’âge adulte, en l’occurrence en tant que manager en milieu professionnel.

Fin 2016, les réunions de ces trois groupes de travail ont débouché sur trois publications diffusées au grand public. Vous avez pu en lire des résumés succincts dans de précédents numéros de cette revue. Les dossiers complets sont disponibles gratuitement sur notre site internet www.universitedepaix.org. Trois nouveaux axes thématiques ont également été lancés pour 2016-2017.

Dossier « Quelles pistes éducatives face à la radicalisation ? »

En lien avec la mission de prévention de la violence de l’Université de Paix, le groupe de travail « Adolescence » du Conseil académique en gestion de conflits et en éducation à la paix a choisi de s’intéresser au phénomène de la radicalisation. Suite aux travaux du Conseil académique sous la présidence de Charles Van der Vaeren (Cf. La collection « Les cahiers de l’Université de Paix », Cahier 2 (Alain Grignard, 2004), Cahier 3 (Charles Van der Vaeren, 2005), Cahier 7 (2008)), nous avons choisi d’aborder ce phénomène quasiment indépendamment de sa dimension religieuse. L’intention du groupe était également de ne pas tant s’attarder sur une étude du phénomène (thème largement abordé par des experts dans différents domaines) que sur les pistes éducatives qui permettent de prévenir les dérives violentes de différentes formes de désaffiliation sociale.

Dans ce dossier de 22 pages, nous nous focalisons sur les phénomènes de radicalisation extrémiste, en tant que ceux-ci supposent la légitimation d’une certaine forme de violence et le rejet du pluralisme. Notons que nous avons également choisi de traiter ce thème indépendamment de sa dimension religieuse (par rapport à cette question, nous renvoyons aux Cahiers de l’Université de Paix, disponibles aussi gratuitement en ligne sur notre site). La question qui nous occupe est la suivante : comment certains jeunes en viennent-ils à cautionner une certaine vision positive de la violence, voire à passer à l’acte violent ? Comment faire face à ce phénomène ? Quelles pistes de prévention, au niveau du développement du vivre-ensemble ? Quelles pistes de prise en charge dans le cadre scolaire ?

Plan du dossier

  • Introduction
  • Radicalisation et violence : définition de la problématique
  • Une approche globale de la prévention
  • Agir sur les croyances et représentations des adultes
  • L’adolescence comme quête et comme « passage », avec un rapport au corps et au risque
  • Des jeunes « désaffiliés »
  • Un système de croyances et une logique paranoïde
  • Internet et la radicalisation
  • Prolongement : des lieux d’échanges et d’« intervision » entre adultes
  • Bibliographie

Lire le dossier : https://www.universitedepaix.org/la-radicalisation-quelles-pistes-educatives

La radicalisation : quelles pistes éducatives ?

Dossier « Le management émotionnel »

En lien avec la mission de formation d’adultes en gestion de conflits de l’Université de Paix, le groupe de travail « Âge adulte » du Conseil académique en gestion de conflits et en éducation à la paix a choisi de s’intéresser au phénomène du management émotionnel.

Dans ce dossier de 30 pages, nous définissons le management émotionnel comme étant assimilable aux aptitudes du manager à prendre en compte les émotions dans le pilotage d’une équipe de travail. Il s’agit de gérer une équipe en faisant preuve d’une capacité à utiliser les émotions d’une manière adéquate (en fonction des situations), adaptée, efficace. Autrement dit, cet article aborde plusieurs pistes pour développer un management émotionnel positif.

Est-il souhaitable de prendre en compte les émotions dans le cadre professionnel ? Quels enjeux et impacts le management émotionnel implique-t-il ? Est-ce possible, et si oui, comment ? Quelles méthodes concrètes le manager peut-il appliquer ?

Plan du dossier

  • Introduction
  • Définition et enjeux de la problématique
  • Des approches pour développer un management émotionnel efficace
    • Approches organisationnelles : un terreau porteur
    • Des approches complémentaires : travail (inter)individuel et espaces de parole partagée
    • Le « coaching émotionnel » du manager
    • Les enjeux
    • Un alignement « martial », bienveillant et dynamique
    • Les émotions et le cerveau
    • Une communication vraie
    • Vers une gestion partagée des tensions et des « nœuds » ?
    • Leadership partagé : holacratie et sociocratie
  • Conclusions et bibliographie

Lire le dossier : https://www.universitedepaix.org/dossier-le-management-emotionnel

Dossier : le management émotionnel

Dossier « Le développement de l’intelligence émotionnelle chez les enfants »

En lien avec la mission de prévention de la violence et d’éducation à la relation de l’Université de Paix, le groupe de travail « Enfance » du Conseil académique en gestion de conflits et en éducation à la paix a choisi de s’intéresser au développement de l’intelligence émotionnelle chez les enfants.

Dans ce dossier de 19 pages, nous considérons que les émotions sont quelque chose de naturel. Le groupe de travail a confirmé la vision de l’Université de Paix à leur égard, qui consiste à ne pas les voir comme quelque chose de « négatif », mais simplement comme des informations sur ce qui se passe. Elles font partie de notre intelligence en général, en ce sens qu’elles nous amènent à réagir d’une certaine manière dans différentes situations. Pour les membres du groupe, nous avons donc tous une « intelligence émotionnelle ». La question est de savoir comment la développer « positivement », c’est-à-dire d’une manière qui nous permette de nous adapter, d’agir librement, en conscience.

Plan du dossier

  • Introduction
  • Problématique
  • La place de l’enfant et de ses émotions
  • Identifier et accueillir ce que l’enfant ressent
  • Emanciper et responsabiliser vis-à-vis des émotions
  • La maîtrise de la langue en lien avec le développement de l’intelligence émotionnelle
  • Les émotions d’autrui et dans le groupe
  • Bibliographie

Lire le dossier : https://www.universitedepaix.org/intelligence-emotionnelle-des-enfants-1

Intelligence émotionnelle des enfants (1)

Dossier « Le « cyber-harcèlement » : quels sont les impacts des médias en réseaux ?

En lien avec la mission de prévention de la violence de l’Université de Paix, le Conseil académique en gestion de conflits et en éducation à la paix a constitué un Groupe de Travail autour du phénomène du harcèlement en ligne (ou « cyber-harcèlement »). De manière plus spécifique, la réflexion a porté sur les caractéristiques typiques du « harcèlement » lorsque celui-ci se déroule à travers les médias sociaux (ressemblances et différences avec le harcèlement « traditionnel »).

Dans ce dossier de 11 pages, nous considérons que la dynamique du harcèlement en ligne n’est pas fondamentalement différente de celle du harcèlement « traditionnel ». Les relations sur les médias sociaux se situent dans un prolongement des relations « hors ligne ». Elles sont, elles aussi, bien réelles. Dès lors, quelles sont les pistes de prévention, au niveau du développement du vivre-ensemble ? Quelles pistes de prise en charge dans le cadre scolaire ?

Plan du dossier

  • Définition de la problématique
  • Représentations à propos des jeunes et du cyber-harcèlement
  • Caractéristiques du web
    • Le web, ce « lieu » qui nous entoure en continu
    • Les différents « langages », « normes » et « codes »
    • Image de soi et représentation(s)
      • Nota Bene : harcèlement et estime de soi des agresseurs
    • Immédiateté et réactivité (émotionnelle)
    • Minimisation des conséquences et comportements « désinhibés »
    • Ouverture à la diversité, aux différences
  • Pistes d’intervention à l’Université de Paix
  • Prolongement : le mandat de l’adulte. (Quand) Faut-il intervenir ?
  • Bibliographie

Lire le dossier : https://www.universitedepaix.org/le-cyber-harcelement

Le cyber-harcèlement

 

Education à la relation dans des groupes d’enfants

Programme de formation 2015 à Toulouse

Depuis 2013, une formation longue en Education à la relation dans des groupes d’enfants a également lieu à Toulouse. Réparti sur 3 ans, le projet vise à former deux groupes de directeurs d’écoles.

La DDEC (Direction Diocésaine de l’Enseignement Catholique de Toulouse) a demandé à l’Université de Paix de former les directeurs d’école primaire de l’ensemble du diocèse au programme Graines de médiateurs permettant ainsi d’installer une politique d’éducation à la relation dans les écoles primaires.

Les participants, principalement des directeurs d’écoles (chefs d’établissements), sont formés à l’éducation à la relation.

Plus précisément, au terme de la formation, les directeurs seront capables d’accompagner des groupes d’enfants dans l’apprentissage de compétences socio-émotionnelles et relationnelles favorisant le développement de relations positives et renforçant leurs capacités à gérer les conflits de manière positive dans le milieu scolaire.

Le processus de formation permet aux participants de recevoir et d’assimiler progressivement des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être en éducation à la relation et en techniques d’animation pour amener les enfants à :

  • Mieux se connaître, prendre leur place dans un groupe en respectant celle des autres et expérimenter la coopération.
  • Élargir leur représentation du conflit.
  • Découvrir les attitudes en conflit et leurs conséquences.
  • Identifier les freins et les leviers à la communication.
  • S’exercer à l’écoute et à l’expression non violente (assertivité).
  • Chercher des solutions créatives au conflit.
  • S’approprier le processus de la négociation et de la médiation par les pairs.

Chaque formation est accompagnée de la remise d’un syllabus. En fin de parcours, le (la) participant(e) dispose d’un outil cohérent et complet lui permettant de poursuivre la mise en place d’une éducation à la relation. Les modules de formation sont les suivants :

  • Module de sensibilisation à l’éducation à la relation (3 jours)
  • Module 1 : les bases de l’éducation à la relation : constitution d’un groupe dans une dynamique coopérative (3 jours)
  • Module 2 : la communication assertive (3 jours)
  • Module 3 : gestion positive des conflits – techniques d’animation (3 jours)
  • Point d’étape : Piloter un projet d’éducation à la relation au sein d’un établissement scolaire (1 jour)
  • Module 4 : négociation et médiation (2 jours)
  • Module 5 : training (2 jours)

Au fil des sessions, des temps d’échange sont prévus pour revenir sur les expérimentations vécues sur le terrain par les participants.

3 méthodes éducatives en maternelle

3 méthodes pour développer les compétences relationnelles en maternelle

Afin d’animer les enfants en maternelle au programme « Graines de médiateurs », les formateurs utilisent 3 méthodes spécialement adaptées aux 3-6 ans. Elles permettent d’attirer l’attention des enfants tout en leur apprenant les habiletés sociales de base, socle de la vie en société.

Les marionnettes

L’école des étoiles, Marchienne-au-Pont, 9h, classe de 1ère maternelle. Assis en cercle, les enfants sont prêts pour l’atelier « Graines de médiateurs ». La séance démarre de façon rituelle par le bâton de pluie qui annonce l’arrivée de Loulou (un loup) et Gigi (une girafe), deux marionnettes qui vont jouer un petit scénario introduisant le thème du jour. Aujourd’hui, c’est la demande qui va être travaillée.

La girafe : « Bonjour les enfants ! Regardez ce que j’ai reçu… (La girafe sort un foulard de sa valise). Il est beau, n’est-ce pas ? »

Le loup arrache le foulard des mains de la Girafe.

La girafe dit au loup : « STOP ! » (Rappel aux enfants d’une compétence vue précédemment : quand on n’est pas d’accord, on peut dire STOP à l’autre)

La girafe demande aux enfants : « Comment peut-on faire si l’on veut quelque chose que l’autre a ? »

Les enfants : « Demander. »

La girafe : « Qui veut bien montrer au loup comment il demande pour avoir un foulard ? »

La trame des histoires liées aux marionnettes est simple : la girafe va accueillir le loup dans son école (« l’école du cœur »). En effet, le loup est bien démuni et se retrouve souvent seul à cause des comportements qu’il a en groupe. Quand il n’est pas d’accord, il tape, mord, insulte, griffe… Le loup ne sait pas comment il peut faire autrement ! Au fil des séances, les enfants vont pouvoir s’identifier au loup et « grandir » avec lui.

Les marionnettes permettent de capter l’attention des enfants pour leur apprendre les compétences sociales comme dire STOP à l’autre, prendre contact avec l’autre (observer, dire bonjour, demander…), gérer des conflits.

Celles-ci permettent aussi d’ancrer les compétences vues. J’ai été par ailleurs très surprise de constater qu’en deuxième maternelle, les enfants – qui ont eu les ateliers l’an dernier – se rappelaient tous des marionnettes et de l’habileté à dire STOP.

Les chansons

Par la répétition et le plaisir qu’ont les enfants avec la musique, les chansons permettent de « remettre des couches » sur les notions abordées.

Voici la chanson de nos deux marionnettes (cf. premier point de l’article), que les enfants maitrisent déjà après quelques ateliers :

« Bonjour, les amis, bonjour

Coucou, je suis le loup

Si je ne suis pas d’accord,

Je frappe et puis c’est tout »

« Bonjour, les amis, bonjour

Coucou, je suis la girafe

Si je ne suis pas d’accord,

Je le dis simplement : STOP »

L’institutrice me rapporte qu’elle a observé dans la classe quelques enfants pouvant dire STOP spontanément à un copain lorsqu’ils n’étaient pas d’accord avec son comportement. Elle-même les incite à utiliser ce STOP lorsqu’un enfant ne se « défend » pas ou que les élèves viennent rapporter. Les enfants y gagnent en autonomie et en confiance en eux. Mine de rien, ils apprennent la première étape de la médiation (pouvoir arrêter le conflit, se calmer).

Les jeux corporels

Les enfants apprennent par le corps en mouvement. L’idée est d’apprendre directement les nouvelles compétences, dans le jeu, en bougeant.

Prenons un atelier spécifique, dans lequel les enfants vont demander à l’animateur un foulard chacun à leur tour. Chaque enfant est félicité pour la demande faite, même si elle est partielle, à cause des difficultés de langage que les enfants rencontrent. Quelle fierté sur les visages ! Sur la musique, les enfants vont pouvoir danser avec leur foulard de manière créative avant d’être invités à échanger leur foulard avec un autre enfant. Pour certains, c’est difficile ! Difficile de demander : oups, Simon arrache le foulard à un enfant. Pour d’autres, difficile d’accepter de donner son foulard. C’est l’occasion pour les enfants d’imaginer des solutions lorsque l’autre refuse leur demande (demander à quelqu’un d’autre, revenir plus tard…).

Enfin, les enfants reviennent s’asseoir sur un banc dans le cercle. Un foulard va passer de main en main pour « taper sur le clou » (apprendre à donner et recevoir).

Pour conclure

Grâce à la merveilleuse plasticité du cerveau des enfants en jeune âge, ceux-ci apprennent vite, via les chansons, les marionnettes et les jeux en mouvement. Par ailleurs, l’apprentissage va surtout s’opérer dans le quotidien si leur instituteur ou institutrice rappelle les compétences au quotidien : « Non, tu ne peux pas taper ! Comment aurais-tu pu faire autrement pour avoir l’auto de X ? » ou encore « Que peux-tu dire à X quand il te pousse ? ». La formation des enseignants est une étape fondamentale dans ce processus.

Petites graines de médiateurs… deviendront grandes !

Pour une école nonviolente et bienveillante

Comme tout lieu de vie collective, l’école est propice à la manifestation de conflits et de faits de violence en tous genres, physiques ou verbaux. Comment donc les désamorcer avant qu’ils ne dégénèrent ? Comment favoriser un climat serein, respectueux et agréable au sein des établissements scolaires ? En développant, par exemple, un mode de relation et une communication basés sur la bienveillance…

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Brigitte Gérard (Entrées Libres) a interviewé Claire Struelens, formatrice à l’Université de Paix.

[…] Pionnière en la matière en Belgique, l’Université de Paix propose diverses formations, ouvertes aux enseignants, dont l’objectif est de découvrir [notamment] le langage de la CNV [Communication NonViolente] et de s’initier à son processus.

« Cette forme de communication permet une compréhension de soi-même et de l’autre avec bienveillance, explique Claire STRUELENS, formatrice à l’Université de Paix. En fait, chacun cherche, par sa manière d’être, par ses comportements, ses paroles, à faire passer un message.

Parfois, ce moyen est violent, on émet des jugements, on interprète… Mais derrière ça, il y a peut-être une personne démunie, qui a besoin d’aide. La CNV nous aide à nous relier à nous-mêmes, à l’écoute de nos ressentis et de nos besoins et nous permet ensuite d’émettre une demande à l’autre » […]

> Lire l’article complet

Travailler le relationnel à l’école : au-delà des mesures « curatives »

Régulièrement, l’Université de Paix est appelée pour résoudre des cas de violences, comme on appelle les pompiers lorsqu’il y a le feu. Les formateurs et animateurs en gestion de conflits peuvent intervenir dans ces situations, mais il reste alors un travail de reconstruction à effectuer : comment réparer ce qui a été endommagé ? Comment prévenir ce phénomène ?

La paix est plus que l’absence de violence. Comment agir pour favoriser et maintenir un climat de paix, des relations harmonieuses ?

Face à des cas de harcèlement ou d’injures et de coups (par exemple), les différents acteurs et intervenants peuvent être désemparés. Ils souhaitent dès lors des solutions rapides et radicales. En réalité, plusieurs théories montrent que pour que cela soit efficace, cela implique plusieurs niveaux d’action.

La « Pyramide de prévention », par J. Deklerck

Cette approche correspond à un traitement très spécifique du phénomène, focalisée sur le problème. C’est ce que J. Deklerck appelle des mesures curatives. Il s’agit par exemple des sanctions, qui sont plus ou moins éducatives et efficaces selon les cas. Si un élève perturbe le cours en insultant plusieurs de ses camarades, il est mis en retenue. L’Université de Paix reçoit régulièrement des demandes d’intervention « curative », pour résoudre un problème dans l’immédiat : « quelles solutions mettre en place » ? Quelles réparations à court terme envisager ?

Deklerck - Pyramide de prévention

Deklerck – Pyramide de prévention

Deklerck explique qu’il s’agit d’un niveau de prévention indirecte, entre autres dans la mesure où il appelle à d’autres actions par la suite. Il s’agit d’interventions très situationnelles, à court terme (travailler les mesures curatives à un moment donné n’empêche pas de travailler ensuite d’autres dimensions de la pyramide, au contraire).

Cependant, si le problème se répète, ce qui est souvent le cas et d’autant plus lorsqu’il s’agit de harcèlement scolaire, il implique une réflexion plus large quant à la prévention. Viennent alors ce que Deklerck appelle des mesures spécifiques de prévention. Ces mesures se situent toujours au niveau du problème, mais cette fois il s’agit de s’interroger sur comment éviter qu’il survienne. Il s’agit alors de prévention directe. Par exemple, pour prévenir le harcèlement, il est possible d’organiser des sensibilisations au phénomène dans les classes.

Toujours selon l’auteur, il existe ensuite des mesures générales de prévention. Progressivement, le focus se déplace du problème (approche spécifique) au bien-être (approche fondamentale). Il s’agit toujours de prévention de problème, mais nous nous situons déjà dans un cadre plus indirect, élargi par rapport au contexte et aux relations. Des outils de communication, de négociation ou encore de médiation par les pairs peuvent être travaillés à ce niveau. Une réflexion démocratique sur les règles et un travail sur la confiance en soi (estime de soi), sur les émotions, etc. peuvent également être mis en place.

A cela s’ajoutent des actions relatives à la mise en place d’un cadre général favorisant la qualité de vie. Le focus est clairement ici davantage sur le bien-être. Il n’est plus vraiment question de prévention directe, étant donné que le problème n’est plus mentionné. Le travail s’effectue alors sur tout le contexte, qui a une influence sur les interactions. Il s’agit entre autres d’activités relatives au « vivre ensemble » (climat de classe, par exemple) ou encore sur les dynamiques de groupe. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’il arrive que nous recevions des demandes pour agir sur le « climat » d’une équipe de travail alors qu’il y a des problèmes avérés (disputes, inimitiés, etc.). Tout comme une approche focalisée sur le problème risque d’être insuffisante, un moment de team-building n’est en principe pas supposé apporter de mesures curatives par rapport à des problèmes situationnels…

Enfin, l’auteur élargit encore son modèle en y intégrant un niveau d’action relatif au bien-être, pris globalement dans la société.

En somme, cela signifie que la prévention de la violence est traversée par l’ensemble des niveaux identifiés par Deklerck : les mesures curatives peuvent s’accompagner de mesures de prévention directe (spécifiques ou générales), ainsi que d’un travail sur la qualité de vie. Le travail préventif fait appel (au moins indirectement) à des actions contextuelles, qui touchent au bien-être et au « vivre ensemble » harmonieux en groupe ou en société.

C’est pourquoi nos programmes d’intervention proposent une approche intégrée, comprenant un travail sur le bien-être et des relations harmonieuses en groupe. Des mesures curatives et des activités de prévention sont envisagées (sensibilisation, réflexion sur le phénomène, analyse de celui-ci, etc.) en cas de problème, mais elles sont en lien avec une réflexion qui les englobe. Une attention est portée aux dynamiques de groupe dans un cadre plus large et à des activités visant à construire du lien et développer l’empathie chez les élèves, que ce soit en secondaire, en primaire ou en maternelle.

> Dans une optique similaire, nos programmes impliquent autant que possible tous les acteurs du monde scolaire (élèves, groupe classe, enseignants, directions, parents…). A ce sujet, pour aller plus loin, cf. l’article « Niveaux d’actions pour créer le changement ».

« Harcèlement scolaire : la loi du préau »

Coups, brimades, moqueries… L’école est-elle devenue une jungle où les plus faibles sont systématiquement harcelés et brimés par quelques caïds ? Phénomène en hausse ou plus vite détecté ? Comment réagir pour réguler les relations des enfants entre eux ?

> Un dossier du journal « L’Appel » du mois de janvier 2015.

Face aux risques de violences en tout genre entre adolescents, dans le cadre scolaire mais aussi dans d’autres groupes, les formateurs à l’Université de Paix préconisent certaines mesures préventives.

« Idéalement, il faut créer un espace de parole qui permette de parler de ce qui est diffcile à vivre à l’école, explique Alexandre Castanheira, formateur spécialisé dans la problématique du harcèlement et membre de la Cellule ados de l’Université de Paix. Mais il faut aussi organiser des activités qui permettent aux jeunes de comprendre les règles du bien vivre ensemble et, surtout, d’apprivoiser les différences qui vont mener à la stigmatisation d’un individu : le style vestimentaire, l’apparence physique, les résultats scolaires […] »

Travaillant depuis longtemps sur le sujet, l’Université de Paix prône la mise en place d’espaces de parole permanents, le travail sur les compétences relationnelles et la résolution collective des conflits. Pour le formateur, il faut vraiment travailler sur les compétences sociales, émotionnelles et relationnelles des enfants et des jeunes. Un travail qui ne peut s’envisager qu’en groupe. « À l’école, on vit ensemble huit heures par jour, il est donc primordial d’agir sur le collectif, de manière régulière. Il faut mettre en place un cadre de confiance et de sécurité, fixer les règles et les limites […] »

L’existence d’espaces de parole réguliers et régulés n’étant pas – encore – généralisée, l’Université de Paix est aussi sollicitée pour conseiller et intervenir quand un cas de harcèlement survient dans une école. Ici aussi, l’approche est collective. « […] nous recommandons tout d’abord de croiser les infos », poursuit Alexandre Castanheira. Car dans le milieu scolaire, il y a en effet un saucissonnage des informations. « Les membres de l’équipe pédagogique n’ont chacun accès qu’à une partie de la réalité du jeune. Pris individuellement, des faits en apparence anodins peuvent s’avérer graves s’ils se répètent plusieurs fois par jour. Bien sûr, des signes peuvent indiquer qu’un jeune est victime de harcèlement (chute des résultats, absentéisme, comportement agressif…), mais si chaque professeur ne connaît qu’une facette des faits, il est difficile de poser un diagnostic […] »

Parmi les actions à mener, l’Université de Paix recommande donc de ne pas agir seul. « Si un éducateur est mis au courant d’une situation et tente de la régler lui-même, par exemple en sanctionnant le harceleur, il se peut très bien que les choses s’aggravent pour la victime (représailles du puni et de ses amis, peur de se confier à nouveau). Nous invitons donc le professeur titulaire, l’éducateur et la direction à commencer par évaluer la situation ensemble et voir s’il y a un problème. Un «vrai» cas de harcèlement requiert quatre critères: la fréquence, la gravité, l’étendue (quelques jeunes, la classe, les réseaux sociaux), les faits déjà connus.

Lorsque l’équipe a conscience du problème, il faut rapidement le régler. Tout d’abord en protégeant et en rassurant la victime et ses parents, puis en prenant éventuellement une sanction disciplinaire contre le ou les coupables. Alexandre Castanheira ajoute : « Mais il faut être attentif à ce que cette mesure soit éducative sinon, on donne le goût de la vengeance au harcelé et un sentiment d’injustice au cercle du harceleur. Car il s’agit de jeunes et ils n’ont pas toujours conscience de la souffrance qu’ils infligent. Il faut rappeler la règle, poser les limites et aussi faire prendre conscience de la gravité des faits en poussant le ‘bourreau’ à se mettre à la place de sa victime. La sanction éducative doit permettre de comprendre ce qui n’est pas ‘OK’ et de réparer. »

À ce travail à devoir mener avec les deux protagonistes – le harcelé et le harceleur –, Alexandre Castanheira ajoute une troisième composante : les témoins. « Ceux que Bruno Humbeeck appelle les ‘specta(c)teurs’, parce que même s’ils ne ‘font rien’, ils valident la norme dictée par le harceleur et permettent la situation »

Après avoir identifié tous les protagonistes, il faut travailler dans la perspective de rétablir du lien. « Tous les élèves ne doivent bien sûr pas devenir super copains, mais ils doivent parvenir à vivre ensemble de ‘manière OK’ pour tous ».

À cette méthodologie proposée (évaluation – diagnostic – travail collectif ), s’en ajoutent d’autres qui ont fait leurs preuves. Mais toutes présupposent des adultes formés au processus, avec des capacités d’écoute des émotions, de reformulation des faits sans jugements, etc. « Ces dernières années, il y a eu pas mal de sensibilisation et, au sein des centres PMS, le personnel est de mieux en mieux formé. Mais sans imposer que l’ensemble des professionnels d’un établissement scolaire soient outillés, il faudrait au minimum que les éducateurs et les titulaires le soient ».

Outre la formation et la sensibilisation des adultes, la clé reste l’éducation à la relation, à l’empathie dans le cadre scolaire. « C’est capital et cela doit se faire dès la maternelle», conclut Alexandre Castanheira.

Médias Schola ULB, HELMo, Radio Présence…

Le parachute, jeu de coopération

Depuis la fin octobre, plusieurs médias locaux ou liés à un événement ont donné un écho à des actions de l’Université de Paix.

Journée des droits de l’homme à l’HELMo Sainte Croix

A l’occasion de la Journée des droits de l’Homme à l’HELMo Sainte Croix, une vidéo a été réalisée pour présenter la journée. Frédéric Billiard y prenait la parole en tant que directeur d’école et intervenant pour l’Université de Paix, sur le sujet des violences à l’école. Christelle Lacour, formatrice à l’Université de Paix, était également présente.

Journée des droits de l’homme à HELMo Sainte-Croix from hauteecolehelmo on Vimeo.

Forum des innovations en éducation (Schola ULB)

Le 18/11/2014, Schola ULB asbl organisait le 7e forum des innovations en éducation. L’Université de Paix y était présente dans un stand et lors d’une conférence sur les impacts des médias numériques sur les relations. Christine Cuvelier, chargée de relations publiques à l’Université de Paix, faisait également partie du jury qui avait pour mission de départager les projets innovants proposés par les écoles. Une vidéo a été tournée à l’occasion de cet événement.

Éducation à la Paix à Toulouse

Enfin, la radio locale toulousaine « Radio Présence » a invité Nathalie Ballade, formatrice à l’Université de Paix, lors d’une émission de 50 minutes à propos du programme d’éducation à la relation dans les groupes d’enfants. Nathalie Ballade y aborde des clés de lecture, de compréhension et de communication de la gestion de conflits. Pour réécouter cette émission, cliquez ici.