formation

Avenir de la revue – Merci !

Suite à l’appel lancé dans le numéro 139 de notre revue, vous êtes plusieurs dizaines à nous avoir donné votre avis quant à l’avenir de ce périodique, et plusieurs d’entre vous ont renouvelé leur cotisation « membre ».

À celles et ceux avec qui nous avons pu prendre contact par téléphone ou par mail, nous vous disons encore un grand « merci » pour cela. À celles et ceux à qui nous n’avons pas pu témoigner individuellement de notre reconnaissance, nous vous remercions chaleureusement.

Vos retours nous sont utiles dans la réflexion quant à l’avenir de la revue.

La plupart des répondants ayant manifesté un attachement à ce support, et dans l’optique de continuer à remplir notre mission de communication des connaissances et de sensibilisation, nous allons maintenir ce canal tout en rationalisant les dépenses qui y sont liées.

En corollaire, nous supprimons le principe « d’abonnement » (dans les faits, plusieurs personnes reçoivent déjà ce support sans être abonnées), et encourageons davantage les dons et cotisations « membre » individuelles volontaires.

Tous les sympathisants qui le souhaitent reçoivent le trimestriel gratuitement, en tant que support d’information et outil de sensibilisation.

En contrepartie, si vous souhaitez soutenir nos actions de fond et contribuer à leur pérennité, vous pouvez effectuer un don (déductible fiscalement à partir de 40 euros / an) ou participer à nos activités en bénéficiant de prix préférentiels en payant une cotisation membre annuelle (25 euros / an).

Votre avis est important pour nous. N’hésitez pas à nous contacter pour toute demande, remarque ou suggestion.

« Depuis que je fais du développement personnel… »

« Depuis que je fais du développement personnel, je casse les pieds à mon entourage »

Paradoxalement, depuis que je suis des formations pour « mieux » communiquer et écouter, pour m’affirmer sans agressivité ou encore pour développer mon estime de moi-même, j’ai l’impression que certains de mes comportements agacent des membres de mon entourage.

Comment l’expliquer ?

En formation, j’ai appris par exemple à différencier les propos factuels et les interprétations. Les propos factuels décrivent la réalité extérieure, sans jugement. Ils sont dès lors indiscutables.

Dans l’image ci-dessus : « il y a trois garçons » et « un garçon est sur une chaise » sont des propos factuels. Par contre, dire « deux garçons ennuient un autre garçon » ou que « un des trois garçons a peur » sont des interprétations. Ils sont peut-être en train de jouer une pièce de théâtre, par exemple (autre interprétation possible).

Quand je suis en conflit, il arrive que j’émette des jugements en faisant des généralisations, par exemple : « tu es toujours en retard ». Ces jugements peuvent être mal perçus par mon interlocuteur. Ils le sont d’autant plus quand ils sont colorés au niveau moral : « ce que tu as fait est mauvais, ce n’est pas bien de te comporter comme cela, tu es méchant… ».

Bref, depuis que j’ai appris à distinguer les faits et les jugements, je suis plus vigilant. Je tâche de m’exprimer davantage en termes de faits concrets : « cela fait deux fois que tu es arrivé en retard ». Je parle de mes émotions (ou mes besoins) plutôt que d’attribuer une connotation morale aux actions de l’autre ou à ses intentions : « je suis mécontent par rapport à ce comportement que tu as eu ».

Cela me permet aussi de mieux me faire comprendre : plutôt que de dire à l’autre qu’il est « méchant » ou « gentil », je lui exprime ce qui m’a plu ou déplu dans ses actes concrets.

Alors, ce faisant, en quoi est-ce que je casse les pieds à mon entourage ?

En aiguisant mes capacités à distinguer les faits et les jugements, en m’exerçant, je suis devenu plus attentif à mes propres jugements… mais aussi à ceux des autres !

Ainsi, quand une personne me dit que je n’éteins jamais la lumière lorsque je sors d’une pièce, je ne peux m’empêcher de me dire que c’est un jugement. Ce n’est pas vrai. On peut certainement mesurer que j’ai oublié un certain nombre de fois d’éteindre la lumière en sortant d’une pièce, mais ce n’est pas « jamais ».

Avant de m’être formé à la distinction entre les faits et les jugements, le désaccord aurait porté sur le fait d’éteindre ou non la lumière dans une pièce. Le « fond » du problème portait sur cela. Ce qui a changé aujourd’hui, c’est que la manière de s’exprimer de mon entourage est devenue une autre source de désaccord. Moi-même, je ne suis pas d’accord avec le fait qu’une personne m’exprime son désaccord sous la forme d’un jugement, voire un reproche.

De ce fait, je me suis transformé sans m’en rendre compte en « redresseur de torts ».

En communiquant avec moi, tu prends un risque !

Ma tendance à voir ce qui peut nuire à la communication interpersonnelle au quotidien s’est renforcée lorsque j’ai appris à distinguer les différentes attitudes en conflit (compétition, coopération, accommodation, repli ou compromis). Et cela ne s’est pas amélioré lorsque j’ai appris qu’il existait des messages dits « risqués » ! Lorsqu’une personne a besoin d’être entendue dans ce qu’elle vit, d’exprimer et de décharger son émotion avant tout, il est parfois inopportun d’essayer de la conseiller (lui donner des solutions), de lui faire des blagues ou encore de lui faire la morale. C’est ce que Gordon appelle les messages risqués (voir encadré ci-dessous).

De nouveau, je me suis transformé en machine à détecter les « messages risqués »… chez moi et chez autrui !

Autant dire que cela n’a pas dû être très agréable pour mes proches. Certains participants m’ont déjà témoigné de tendances similaires. L’un m’a raconté son agacement par rapport à la manière de communiquer d’un collègue. Une autre personne m’a dit connaître une personne qui communiquait « beaucoup » par « messages risqués ». Une troisième m’a confié se sentir moins authentique depuis qu’elle « se force » à communiquer sans message risqué.

Un équilibre à trouver

C’est seulement suite à ces expériences que j’ai pris conscience que les outils devaient être utilisés avec nuance. Des « jugements » ou des « messages risqués », ce n’est pas « bien » ou « mal » en tant que tel. Il en est de même pour une attitude « compétitive », par exemple.

Les outils de l’Université de Paix sont davantage à voir comme un éventail de moyens de communiquer. A certains moments, ils sont adaptés ou non, en fonction de la situation, de mon état émotionnel, de celui de mon interlocuteur. Il n’y a pas de « recette » absolue pour « bien communiquer ». De toute manière, si je dis une phrase en pensant le contraire, cela ne sonnera pas juste.

Ensuite, avec un marteau, je peux planter un clou, mais je peux aussi frapper sur le pied de mon voisin. Les outils dépendent donc de l’usage que l’on en fait.

Inconsciemment, quand j’utilise des techniques de communication pour reprocher à mes proches leur mode de communication, j’adopte une posture moralisante.

Bien sûr, il est possible de trouver des solutions pour des conflits de forme, c’est-à-dire de se mettre d’accord sur nos manières de communiquer entre nous. Les outils peuvent nous permettre de « diagnostiquer » ce qui ne nous convient pas dans nos relations. Toutefois, c’est en fonction de mes propres réactions et des réactions des autres que je vais voir s’ils sont pertinents ou non, si le moment était adéquat ou non, etc.

Aujourd’hui, tout cela fait partie de ma « boîte à outils ». Je peux varier les modes de communication en fonction des situations et des personnes : un conseil, une reformulation, une écoute dite « active », un « recadrage » ou une boutade à un autre moment, parfois une relativisation ou un jugement bien tranché… Je vois ce que ça me fait et ce que ça fait chez mon partenaire dans la discussion, et j’essaie d’adapter en conséquence. L’autre n’est pas moi et ne dispose peut-être pas des mêmes grilles de lecture que moi. Dès lors, plutôt que de m’offusquer de sa manière de dire les choses, je peux tâcher de le « décoder ». Pourquoi pas, si cela s’avère opportun, échanger avec cette personne à un autre moment à propos des techniques que j’ai apprises.

Je n’ai pas voulu apprendre les outils pour casser les pieds à mon entourage. Je crois qu’il s’agissait d’un moment de réappropriation de ceux-ci. J’ai dû les tester, m’entrainer, puis mesurer chez moi et chez l’autre ce qu’ils généraient. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles les formations de l’Université de Paix sont fortement orientées par la pratique et les échanges entre les participants !

Qu’est-ce qu’un « message risqué » ?

Dire à l’autre qu’il émet un « message risqué », c’est (parfois) un message risqué.

La terminologie provient de Thomas Gordon. Pour lui, nous utilisons des messages que l’on peut considérer comme risqués. Ce sont des messages généralement bien acceptés quand la tension est basse, mais plus difficilement recevables par celui qui vit une situation problématique et qui est vulnérable. Dans un tel contexte, il peut ressentir plus facilement ces messages comme dévalorisants ou agressifs. Ces messages ne sont donc risqués que si l’autre est dans l’émotion et qu’il a besoin de se sentir entendu, de décharger son émotion…

Les messages risqués sont classés en trois catégories :

  • jugement sur la personne, la situation ou son émotion
  • solution
  • diversion par rapport au vécu de l’interlocuteur
Jugement Solution Diversion
Moraliser, prêcher  Donner des ordres, commander Rassurer, consoler
Critiquer, blâmer Avertir, menacer Enquêter, questionner
Complimenter, approuver Conseiller, donner des solutions Dévier, blaguer, esquiver
Humilier, ridiculiser Argumenter, persuader par la logique   
Psychanalyser, diagnostiquer    

Non violence dans les Niouzz (RTBF)

Nathalie Ballade est formatrice à l’Université de Paix. Elle a été interrogée dans le cadre de l’émission « Les Niouzz » du 3 octobre 2016 à propos de l’éducation à la « nonviolence ».

2016-10-03-niouzz-nathb-rtbf

Pour (re)voir la vidéo, c’est par ici : http://www.rtbf.be/ouftivi/niouzz?videoId=2146994

Témoignages de Certifiés 2015

Ci-dessous, retrouvez le témoignage de 4 personnes ayant suivi le Certificat en gestion positive des conflits interpersonnels (2014-2015).

Pendant les formations à l’Université de Paix, il règne un réel climat de bienveillance. J’ose me lancer, risquer, expérimenter une position inhabituelle pour moi, aller voir à l’intérieur, questionner. Le regard encourageant des autres participants soutient ce temps de gestation, où je m’émerveille des changements qui s’opèrent en moi.

Entre les week-ends, bien sûr, le quotidien reprend sa place et les différents types de savoirs abordés au cours des sessions semblent parfois bien loin. Alors, est-ce que ça sert vraiment à quelque chose ? Tout ça c’est beau, mais je ne parviens pas à mettre en pratique ce que j’apprends !

Et puis, c’est encore une fois par les regards extérieurs que je me rends compte que si, quelque chose s’ouvre, change, bouge. Il paraît que les personnes de 80 ans se perçoivent à l’intérieur comme à leurs 30 ans. Voir le changement en soi, ce n’est manifestement pas si simple. Alors peut-être que oui, finalement, ça travaille ?

Je pense que chacun puise dans la formation ce qui lui est le plus utile. Pour ma part, c’est l’assertivité et l’expression claire de demandes et de besoins qui m’ont le plus rejointe.

Au terme de la formation, et dans les mois qui ont suivi, j’ai vécu différents types de conflits. De la petite bisbrouille suite à un malentendu, rapidement conscientisée, entendue puis résolue, à une situation pesante et pénible de conflit sourd de plus de 2 mois au travail, à présent dénouée. Dans ce vécu-là, il m’a été posée la question de savoir si la formation suivie en gestion positive des conflits interpersonnels m’avait servi à quelque chose, vu la longueur et la lourdeur de ce conflit. Ma première réponse a été « non ». Puis,  en passant en revue ma position, les objectifs, les circonstances, la relation en jeu dans ce conflit, j’ai réalisé que finalement, j’avais entrepris ce qui était possible à mon niveau, et que j’avais pu faire montre d’assertivité et d’expression claire de mes limites, ce qui n’aurait peut-être pas été le cas sans la formation.

*

Alors, ce certificat, c’est un peu comme un parfum délicat : il exprime sa puissance de façon subtile, difficilement évaluable, presqu’à l’insu de celui qui le porte. Mais les personnes environnantes le sentent et il laisse derrière lui un sillage qui donne envie…

Voici en quelques mots ce que le certificat m’a apporté et m’apporte encore. J’ai eu la sensation de vivre un parcours personnel intense, fait de découvertes, de prises de conscience et de remises en question. Les apports de chaque formateur et des participants m’ont ouvert des perspectives dans la relation aux autres et à moi-même. Aujourd’hui encore, je sens que beaucoup de choses bougent. Je vis les conflits de plus en plus franchement, avec plus de confiance en moi et plus d’ouverture aux autres. 

J’éprouve encore une grande gratitude pour l’Université de Paix et ses intervenants. L’accueil et le partage dont ils font preuve est un vrai cadeau ! Je garde aussi le souvenir de leur présence chaleureuse apportée dans les moments difficiles.

*

Que dire sinon que cette formation laisse des traces, et j’espère pour longtemps…

Pour Pass-ages, ma collègue et moi avons employé de bâton de parole. Pour l’animation des gens dans le projet, je me réfère à la sociocratie et à la gestion positive des conflits.

Entre nous, nous faisons un DESC [technique d’assertivité, ndlr] quand cela est nécessaire. Quand l’un commence à parler en forme de DESC, l’autre comprend directement de quoi il s’agit et l’écoute est différente, plus rapide. Personnellement, ça me permet de parler plus vite des problèmes. Vraiment intéressant d’avoir fait la formation à deux !

Je crois que mon jugement sur les gens est moins hâtif et plus nuancé. Je comprends plus d’autres façons que la mienne de réagir.

J’apprécie beaucoup le petit mémo/résumé que tu nous avais envoyé avant l’examen. Ca me permet de retrouver plus facilement un chapitre que je voudrais relire et qui pourrait me servir (ça m’est arrivé deux ou trois fois).

*

9 mois pour vivre en groupe une formation qui, mois après mois, enrichis des exposés et des travaux pratiques en sous-groupes nous a permis de l’intégrer à notre vie courante.

Pour moi en particulier, au travail, dans les relations à la maison, et dans le groupe qui se construit pour notre projet Pass-ages où nous avons à construire et concrétiser un projet qui allie habitat groupé, naissance et mourance. C’est chaque jour apprendre à exprimer mes émotions, mes besoins, écouter ceux des autres, me positionner, aller jusqu’au bout de moi et jusqu’au bout de l’écoute des autres. Et inventer un nouveau vivre ensemble.

Merci pour ce parcours… Je sens combien il continue ses « effets ».