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Périodique trimestriel

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« Depuis que je fais du développement personnel… »

« Depuis que je fais du développement personnel, je casse les pieds à mon entourage »

Paradoxalement, depuis que je suis des formations pour « mieux » communiquer et écouter, pour m’affirmer sans agressivité ou encore pour développer mon estime de moi-même, j’ai l’impression que certains de mes comportements agacent des membres de mon entourage.

Comment l’expliquer ?

En formation, j’ai appris par exemple à différencier les propos factuels et les interprétations. Les propos factuels décrivent la réalité extérieure, sans jugement. Ils sont dès lors indiscutables.

Dans l’image ci-dessus : « il y a trois garçons » et « un garçon est sur une chaise » sont des propos factuels. Par contre, dire « deux garçons ennuient un autre garçon » ou que « un des trois garçons a peur » sont des interprétations. Ils sont peut-être en train de jouer une pièce de théâtre, par exemple (autre interprétation possible).

Quand je suis en conflit, il arrive que j’émette des jugements en faisant des généralisations, par exemple : « tu es toujours en retard ». Ces jugements peuvent être mal perçus par mon interlocuteur. Ils le sont d’autant plus quand ils sont colorés au niveau moral : « ce que tu as fait est mauvais, ce n’est pas bien de te comporter comme cela, tu es méchant… ».

Bref, depuis que j’ai appris à distinguer les faits et les jugements, je suis plus vigilant. Je tâche de m’exprimer davantage en termes de faits concrets : « cela fait deux fois que tu es arrivé en retard ». Je parle de mes émotions (ou mes besoins) plutôt que d’attribuer une connotation morale aux actions de l’autre ou à ses intentions : « je suis mécontent par rapport à ce comportement que tu as eu ».

Cela me permet aussi de mieux me faire comprendre : plutôt que de dire à l’autre qu’il est « méchant » ou « gentil », je lui exprime ce qui m’a plu ou déplu dans ses actes concrets.

Alors, ce faisant, en quoi est-ce que je casse les pieds à mon entourage ?

En aiguisant mes capacités à distinguer les faits et les jugements, en m’exerçant, je suis devenu plus attentif à mes propres jugements… mais aussi à ceux des autres !

Ainsi, quand une personne me dit que je n’éteins jamais la lumière lorsque je sors d’une pièce, je ne peux m’empêcher de me dire que c’est un jugement. Ce n’est pas vrai. On peut certainement mesurer que j’ai oublié un certain nombre de fois d’éteindre la lumière en sortant d’une pièce, mais ce n’est pas « jamais ».

Avant de m’être formé à la distinction entre les faits et les jugements, le désaccord aurait porté sur le fait d’éteindre ou non la lumière dans une pièce. Le « fond » du problème portait sur cela. Ce qui a changé aujourd’hui, c’est que la manière de s’exprimer de mon entourage est devenue une autre source de désaccord. Moi-même, je ne suis pas d’accord avec le fait qu’une personne m’exprime son désaccord sous la forme d’un jugement, voire un reproche.

De ce fait, je me suis transformé sans m’en rendre compte en « redresseur de torts ».

En communiquant avec moi, tu prends un risque !

Ma tendance à voir ce qui peut nuire à la communication interpersonnelle au quotidien s’est renforcée lorsque j’ai appris à distinguer les différentes attitudes en conflit (compétition, coopération, accommodation, repli ou compromis). Et cela ne s’est pas amélioré lorsque j’ai appris qu’il existait des messages dits « risqués » ! Lorsqu’une personne a besoin d’être entendue dans ce qu’elle vit, d’exprimer et de décharger son émotion avant tout, il est parfois inopportun d’essayer de la conseiller (lui donner des solutions), de lui faire des blagues ou encore de lui faire la morale. C’est ce que Gordon appelle les messages risqués (voir encadré ci-dessous).

De nouveau, je me suis transformé en machine à détecter les « messages risqués »… chez moi et chez autrui !

Autant dire que cela n’a pas dû être très agréable pour mes proches. Certains participants m’ont déjà témoigné de tendances similaires. L’un m’a raconté son agacement par rapport à la manière de communiquer d’un collègue. Une autre personne m’a dit connaître une personne qui communiquait « beaucoup » par « messages risqués ». Une troisième m’a confié se sentir moins authentique depuis qu’elle « se force » à communiquer sans message risqué.

Un équilibre à trouver

C’est seulement suite à ces expériences que j’ai pris conscience que les outils devaient être utilisés avec nuance. Des « jugements » ou des « messages risqués », ce n’est pas « bien » ou « mal » en tant que tel. Il en est de même pour une attitude « compétitive », par exemple.

Les outils de l’Université de Paix sont davantage à voir comme un éventail de moyens de communiquer. A certains moments, ils sont adaptés ou non, en fonction de la situation, de mon état émotionnel, de celui de mon interlocuteur. Il n’y a pas de « recette » absolue pour « bien communiquer ». De toute manière, si je dis une phrase en pensant le contraire, cela ne sonnera pas juste.

Ensuite, avec un marteau, je peux planter un clou, mais je peux aussi frapper sur le pied de mon voisin. Les outils dépendent donc de l’usage que l’on en fait.

Inconsciemment, quand j’utilise des techniques de communication pour reprocher à mes proches leur mode de communication, j’adopte une posture moralisante.

Bien sûr, il est possible de trouver des solutions pour des conflits de forme, c’est-à-dire de se mettre d’accord sur nos manières de communiquer entre nous. Les outils peuvent nous permettre de « diagnostiquer » ce qui ne nous convient pas dans nos relations. Toutefois, c’est en fonction de mes propres réactions et des réactions des autres que je vais voir s’ils sont pertinents ou non, si le moment était adéquat ou non, etc.

Aujourd’hui, tout cela fait partie de ma « boîte à outils ». Je peux varier les modes de communication en fonction des situations et des personnes : un conseil, une reformulation, une écoute dite « active », un « recadrage » ou une boutade à un autre moment, parfois une relativisation ou un jugement bien tranché… Je vois ce que ça me fait et ce que ça fait chez mon partenaire dans la discussion, et j’essaie d’adapter en conséquence. L’autre n’est pas moi et ne dispose peut-être pas des mêmes grilles de lecture que moi. Dès lors, plutôt que de m’offusquer de sa manière de dire les choses, je peux tâcher de le « décoder ». Pourquoi pas, si cela s’avère opportun, échanger avec cette personne à un autre moment à propos des techniques que j’ai apprises.

Je n’ai pas voulu apprendre les outils pour casser les pieds à mon entourage. Je crois qu’il s’agissait d’un moment de réappropriation de ceux-ci. J’ai dû les tester, m’entrainer, puis mesurer chez moi et chez l’autre ce qu’ils généraient. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles les formations de l’Université de Paix sont fortement orientées par la pratique et les échanges entre les participants !

Qu’est-ce qu’un « message risqué » ?

Dire à l’autre qu’il émet un « message risqué », c’est (parfois) un message risqué.

La terminologie provient de Thomas Gordon. Pour lui, nous utilisons des messages que l’on peut considérer comme risqués. Ce sont des messages généralement bien acceptés quand la tension est basse, mais plus difficilement recevables par celui qui vit une situation problématique et qui est vulnérable. Dans un tel contexte, il peut ressentir plus facilement ces messages comme dévalorisants ou agressifs. Ces messages ne sont donc risqués que si l’autre est dans l’émotion et qu’il a besoin de se sentir entendu, de décharger son émotion…

Les messages risqués sont classés en trois catégories :

  • jugement sur la personne, la situation ou son émotion
  • solution
  • diversion par rapport au vécu de l’interlocuteur
Jugement Solution Diversion
Moraliser, prêcher  Donner des ordres, commander Rassurer, consoler
Critiquer, blâmer Avertir, menacer Enquêter, questionner
Complimenter, approuver Conseiller, donner des solutions Dévier, blaguer, esquiver
Humilier, ridiculiser Argumenter, persuader par la logique   
Psychanalyser, diagnostiquer    

Témoignages de Certifiés 2015

Ci-dessous, retrouvez le témoignage de 4 personnes ayant suivi le Certificat en gestion positive des conflits interpersonnels (2014-2015).

Pendant les formations à l’Université de Paix, il règne un réel climat de bienveillance. J’ose me lancer, risquer, expérimenter une position inhabituelle pour moi, aller voir à l’intérieur, questionner. Le regard encourageant des autres participants soutient ce temps de gestation, où je m’émerveille des changements qui s’opèrent en moi.

Entre les week-ends, bien sûr, le quotidien reprend sa place et les différents types de savoirs abordés au cours des sessions semblent parfois bien loin. Alors, est-ce que ça sert vraiment à quelque chose ? Tout ça c’est beau, mais je ne parviens pas à mettre en pratique ce que j’apprends !

Et puis, c’est encore une fois par les regards extérieurs que je me rends compte que si, quelque chose s’ouvre, change, bouge. Il paraît que les personnes de 80 ans se perçoivent à l’intérieur comme à leurs 30 ans. Voir le changement en soi, ce n’est manifestement pas si simple. Alors peut-être que oui, finalement, ça travaille ?

Je pense que chacun puise dans la formation ce qui lui est le plus utile. Pour ma part, c’est l’assertivité et l’expression claire de demandes et de besoins qui m’ont le plus rejointe.

Au terme de la formation, et dans les mois qui ont suivi, j’ai vécu différents types de conflits. De la petite bisbrouille suite à un malentendu, rapidement conscientisée, entendue puis résolue, à une situation pesante et pénible de conflit sourd de plus de 2 mois au travail, à présent dénouée. Dans ce vécu-là, il m’a été posée la question de savoir si la formation suivie en gestion positive des conflits interpersonnels m’avait servi à quelque chose, vu la longueur et la lourdeur de ce conflit. Ma première réponse a été « non ». Puis,  en passant en revue ma position, les objectifs, les circonstances, la relation en jeu dans ce conflit, j’ai réalisé que finalement, j’avais entrepris ce qui était possible à mon niveau, et que j’avais pu faire montre d’assertivité et d’expression claire de mes limites, ce qui n’aurait peut-être pas été le cas sans la formation.

*

Alors, ce certificat, c’est un peu comme un parfum délicat : il exprime sa puissance de façon subtile, difficilement évaluable, presqu’à l’insu de celui qui le porte. Mais les personnes environnantes le sentent et il laisse derrière lui un sillage qui donne envie…

Voici en quelques mots ce que le certificat m’a apporté et m’apporte encore. J’ai eu la sensation de vivre un parcours personnel intense, fait de découvertes, de prises de conscience et de remises en question. Les apports de chaque formateur et des participants m’ont ouvert des perspectives dans la relation aux autres et à moi-même. Aujourd’hui encore, je sens que beaucoup de choses bougent. Je vis les conflits de plus en plus franchement, avec plus de confiance en moi et plus d’ouverture aux autres. 

J’éprouve encore une grande gratitude pour l’Université de Paix et ses intervenants. L’accueil et le partage dont ils font preuve est un vrai cadeau ! Je garde aussi le souvenir de leur présence chaleureuse apportée dans les moments difficiles.

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Que dire sinon que cette formation laisse des traces, et j’espère pour longtemps…

Pour Pass-ages, ma collègue et moi avons employé de bâton de parole. Pour l’animation des gens dans le projet, je me réfère à la sociocratie et à la gestion positive des conflits.

Entre nous, nous faisons un DESC [technique d’assertivité, ndlr] quand cela est nécessaire. Quand l’un commence à parler en forme de DESC, l’autre comprend directement de quoi il s’agit et l’écoute est différente, plus rapide. Personnellement, ça me permet de parler plus vite des problèmes. Vraiment intéressant d’avoir fait la formation à deux !

Je crois que mon jugement sur les gens est moins hâtif et plus nuancé. Je comprends plus d’autres façons que la mienne de réagir.

J’apprécie beaucoup le petit mémo/résumé que tu nous avais envoyé avant l’examen. Ca me permet de retrouver plus facilement un chapitre que je voudrais relire et qui pourrait me servir (ça m’est arrivé deux ou trois fois).

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9 mois pour vivre en groupe une formation qui, mois après mois, enrichis des exposés et des travaux pratiques en sous-groupes nous a permis de l’intégrer à notre vie courante.

Pour moi en particulier, au travail, dans les relations à la maison, et dans le groupe qui se construit pour notre projet Pass-ages où nous avons à construire et concrétiser un projet qui allie habitat groupé, naissance et mourance. C’est chaque jour apprendre à exprimer mes émotions, mes besoins, écouter ceux des autres, me positionner, aller jusqu’au bout de moi et jusqu’au bout de l’écoute des autres. Et inventer un nouveau vivre ensemble.

Merci pour ce parcours… Je sens combien il continue ses « effets ».

« Entre l’enfer et la raison »

Pour Albert Camus, « la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison ».

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A l’Université de Paix, nous choisissons de ne pas opposer les émotions et la raison. Au contraire, dans des moments de crise, où la peur, la tristesse et la colère sont présentes, nous sommes invités à choisir consciemment comment nous exprimons ces émotions.

Nous pouvons nous laisser submerger par elles, ou bien les apprivoiser et récupérer du pouvoir d’agir. Il y a un moment pour tout : vivre-ensemble, comprendre, communiquer et agir. Ce sont les quatre rouages de l’action de l’Université de Paix.

En tant qu’Organisation de Jeunesse, l’Université de Paix fait aussi le pari que la paix se construit à partir « des peuples », dès le plus jeune âge. C’est la raison pour laquelle nous tâchons de développer un climat de coopération dans des groupes d’enfants. Nous proposons aussi des méthodes pour lutter contre des formes spécifiques de violence, comme le harcèlement et le cyber-harcèlement, de même que nous tâchons d’en comprendre les causes afin de mieux y faire face. L’Université de Paix invite également des groupes d’adultes à réfléchir aux règles et sanctions qu’ils posent.

L’Université de Paix produit, partage et diffuse des ressources pédagogiques et des contenus et de méthodes de formation afin d’outiller chaque personne qui le souhaite à résoudre ses conflits par le dialogue.

A la suite de Camus, nous nourrissons l’espoir de construire la paix comme un impératif émanant des peuples, en contribuant à une citoyenneté critique, capable de choisir « entre l’enfer et la raison ».

Le témoignage de Jean-Pol

Jean-Pol BENOIT a participé au Certificat en gestion positive des conflits interpersonnels (année académique 2002-2003). Lors de la remise des certificats et de l’accueil des nouveaux candidats à cette certification en septembre 2003, Jean-Pol Benoît nous a fait part de ce qu’il a retiré de ce cursus de formation.

Lettre ouverte, initialement publiée dans le trimestriel n°85, en 2003.

Je suis professeur de religion à mi-temps essentiellement dans l’enseignement technique et professionnel ; ce travail je le trouve difficile.

Malgré mon âge déjà bien avancé, 48 ans depuis peu, je suis un jeune professeur. Il y a 10 ans, j’ai perdu mon emploi dans le secteur social suite à un conflit mal géré. Comme j’avais besoin d’argent pour élever nos 3 enfants, j’ai pris le boulot qui se présentait.

En ce début d’année scolaire, je vis une situation très difficile. Si je la gère plus ou moins positivement, c’est en grande partie grâce aux outils appris lors de mon cursus de formations à l’Université de Paix : un certificat de base en gestion positive des conflits interpersonnels cohérent et qui permet d’agir positivement et concrètement dans la vie de tous les jours.

Mon histoire. Quand je rentre à l’école ce 1er septembre 2003, je constate que je perds toutes les classes où j’étais heureux d’aller donner cours. Il n’y a aucune mauvaise intention de la part de la direction. Il y a des dédoublements qui ne se font pas, des jeux de chaise musicale liés à l’ancienneté, etc. J’ai 4 heures en moins (comme j’étais temporaire pour ces 4 heures, cela fait 250 € en moins par mois). J’ai à nouveau des classes les plus difficiles le vendredi après-midi, ma demande de changement d’horaire n’ayant pas été entendue. C’est comme cela que je retrouve une classe de 4ème électromécanique de 24 élèves avec qui j’avais eu toutes les peines du monde à m’en sortir en 3ième.

J’ai donc un très grand sentiment de frustration et ce sont d’abord ma femme et mes enfants qui font les frais d ma mauvaise humeur.

J’ai aussi un sentiment de jalousie : ma fille aînée vient de finir ses études de professeur de mathématique ; elle est engagée pour un temps plein dans mon école ; elle ira dans deux classes où je vais aussi. Elle est en super forme et maîtrise super bien son entrée dans le métier.

Nous sommes vendredi 12 septembre dernier. Dans cette classe, je vis le chahut complet : cris, bousculades, lancement de projectiles, commentaires pour faire rigoler chaque fois que je parle.  Quand je mets ma veste à la fin de l’heure, la manche est attachée avec un fil en plastic. Bref la totale.

Je me sens très en colère mais surtout anéanti, découragé. J’ai envie de tout arrêter, je pleure un long moment.

Mon premier besoin est un besoin de protection : ne plus retourner en classe lundi et le médecin me fait un certificat d’une semaine ; il se termine aujourd’hui, 19 septembre 2003, date de la remise des certificats.

Je me calme, petit à petit, comme d’habitude. Mon premier réflexe est de me dire que je dois prendre sur moi, comme on dit, que je dois me montrer fort et retourner à l’école comme un soldat courageux qui retourne au front. Mais le courage est-ce bien se mettre sur le dos des charges impossibles ?

Ce que j’ai avalé cette fois-ci, je n’ai pas envie de le digérer, « digérer du poison à la longue ça intoxique et ça rend malade » . J’ai plutôt besoin de dégueuler, mais on ne dégueule pas n’importe où…

Je décide d’aller vider mon sac chez le directeur. Il s’appelle Marc et l’an dernier c’était encore un collègue. Dans son petit mot de rentrée, il s’est dit décidé à soutenir ses professeurs, à aller sur le terrain s’il le faut, c’est l’occasion de vérifier…

Marc m’écoute très longuement avec beaucoup d’empathie, il me dit qu’il a déjà vécu cela, qu’il y a d’autres professeurs dans l’école qui le vivent, que le chahut en classe est un sujet tabou.

Je lui parle de ma formation à l’Université de Paix et il me dit qu’il est très intéressé, qu’il a envie de mettre en place des nouvelles choses. Il se dit prêt à m’aider. On se quitte là-dessus. Je me sens mieux mais mon problème n’est pas résolu.

Je décide de contacter deux collègues, professeur de religion avec qui je m’entends bien. J’ai besoin d’être soutenu, trop souvent dans la vie ; j’ai voulu par amour-propre me débrouiller seul comme un grand, être fort, montrer que moi au moins…

Philippe et Geneviève viennent passer deux heures avec moi. Nous réfléchissons à des idées concrètes et nous rédigeons une petite note à Marc.

Nous demandons que le cours de religion soit suspendu provisoirement dans cette classe où je suis en difficulté. Les heures de cours seront consacrées à un « conseil de tous » où seront présents tous les élèves, Marc le directeur et moi. L’objectif : renouer le dialogue et permettre au cours de reprendre dans des conditions meilleures.

Comme Marc s’était montré intéressé, je joins le catalogue des formations de l’Université de Paix ainsi qu’un extrait de mon travail de fin de certificat où je racontais deux anecdotes illustrant des résolutions positives de conflit vécues en classe.

Jeudi 18 septembre matin, le directeur me téléphone. Il est d’accord avec ma proposition et m’informe qu’il ne connaît pas bien les élèves. Je sens qu’il a un peu peur. Nous discutons de la manière de faire : il interviendra en premier pour rappeler que le cours de religion est un cours à part entière et qui doit être respecté comme tel ; ensuite, je lirai un texte aux élèves en essayant de respecter les quatre étapes de la Communication Nonviolente : rappeler les faits, exprimer ce que j’ai ressenti, dire mes besoins de professeur et formuler des demandes concrètes. Les élèves seront ensuite invités à faire la même chose et chacun lira son texte. Cela devrait déboucher sur un contrat où nous nous mettrons d’accord sur des règles pour mieux vivre ensemble.

Le conseil de tous aura lieu lundi 22 septembre en 4ème heure. C’est la première fois qu’une telle expérience se fait dans l’école. Je suis convaincu que ce sera positif pour moi, pour les élèves, pour le directeur et pour l’école en général.

Je ne suis cependant pas euphorique : les problèmes de la classe ne vont pas disparaître en une fois et l’école ne va pas accueillir d’emblée ce type de démarche. Certains professeurs se montreront intéressés, auront peut-être envie d’avancer dans cette voie mais il y aura aussi ces discours déjà souvent entendu « si on se met à discuter avec les élèves où va-t-on ».

Au cours de la conversation avec le directeur, ils m’annoncent deux autres bonnes nouvelles. D’une part, il me propose deux heures de plus en 7ème professionnelle (une classe de 6 garçons très chouettes avec qui j’aurai plaisir à travailler : ça fait déjà 125 € de récupéré). D’autre part, il a aussi changé mon horaire ; je n’aurai plus cours le vendredi après-midi. Comme quoi la Communication Nonviolente, ça marche.

Peut-être certains d’entre vous auront-ils envie de connaître la suite de l’histoire : le texte que je lirai aux élèves je l’enverrai à l’Université de Paix (2). Ca me fait plaisir de venir à Namur : j’y suis né, j’y ai fait mes études à Malonne et l’Université de Paix est un lieu où je me sens soutenu, encouragé, relié à d’autres personnes qui travaillent pour des relations plus positives.

Merci de m’avoir écouté : si toutes les classes où je vais étaient comme vous, le métier de professeur serait bien agréable. Mais finalement, créer un climat de paix en classe est-ce que c’est aussi impossible qu’on veut bien le dire ?

L’UP propose 2 Certificats et 2 Brevets

L’Université de Paix propose deux certificats et deux brevets, cycles de formations destinés aux professionnels de la petite enfance, aux éducateurs, aux enseignants, aux animateurs, aux instituteurs… à toute personne désireuse d’acquérir ou de compléter ses connaissances :

NB : afin d’éviter toute confusion concernant ces Brevets et Certificats, nous soulignons que ceux-ci ne font pas l’objet d’une reconnaissance au sens de l’article 14 du Décret du 7 novembre 2013 définissant le paysage de l’enseignement supérieur et l’organisation académique des études.

 

Retours sur le « Certif Jeunes » au Luxembourg

Retour sur le Certificat en gestion positive des conflits avec les jeunes (5-17 ans) au Grand-Duché de Luxembourg

Après avoir commandité plusieurs modules de courte durée, le SCRIPT–IFC, organisme de formation continue du Ministère de l’Education nationale et de la Formation professionnelle au Grand-Duché de Luxembourg, a inscrit l’une des propositions phare de l’Université de Paix à son programme.

C’est en janvier 2012 que le tout premier Certificat en gestion positive des conflits avec les jeunes (5-17ans), formation de longue durée, a commencé au Grand-Duché de Luxembourg : son code officiel, « B2-d-17 ».

De part et d’autre des frontières, nous nous posions nombre de questions : « Y aura-t-il assez d’inscrits ? Les participants seront-ils suffisamment motivés et présents aux 9 sessions ? Une formation en français sera-t-elle porteuse d’intérêt ? Comment respecter l’hétérogénéité des candidatures et garder comme point de mire le développement des compétences sociales au sein des groupes de jeunes ? ».

Des réponses : des inspecteurs faisant le relais, 26 candidatures motivées, 18 participants retenus et une liste d’attente !

Pour accompagner leur engagement, le Ministère a soutenu la traduction allemande du livre « Graine de médiateurs II ». C’est ainsi que « Früh übt sich, Mediation für Kinder » est édité et facilite grandement leur travail dans le contexte multiculturel et plurilingue du pays.

A petits pas comme à grandes enjambées, chargés de direction, instituteurs, éducateurs, personnes-ressource ou encore psychopédagogues mettent en oeuvre la démarche et les outils proposés par nos formateurs.

Grâce aux nombreux processus d’évaluation en cours et à la fin du certificat, chacun a pu suggérer, interagir et nous faire part de son avis quant à l’apport de cette formation pour son travail quotidien.

Au bout du parcours, 16 participants dont 13 obtiennent leur Certificat et 3 terminent le travail individuel pour l’obtenir.

Leurs échos, notre motivation à continuer ainsi que l’analyse faite par le SCRIPT-IFC ont abouti au renouvellement de la programmation du Certificat en gestion positive des conflits avec les jeunes (5-17ans).

La deuxième édition luxembourgeoise aura lieu à Mersch, à partir de septembre 2013.

20 ans de Communication Nonviolente en Belgique

Le 7 mai 1993 au château de Vierset, l’Université de Paix organisait la première formation en Communication Nonviolente en Belgique, donnée par Marshall Rosenberg (vous en retrouverez le parcours dans le n°123 du trimestriel de l’Université de Paix, en juin 2013).

Pour fêter cet anniversaire, l’Association de Communication NonViolente de Belgique Francophone (ACNV-BF asbl) propose à chacun(e) de vivre le processus de la CNV, lors de la journée festive organisée le mercredi 1 mai 2013 de 10h00 à 17h30 à Louvain-la-Neuve, aux auditoires Socrate.

Au programme, entre autres :

  • Des témoignages de pionniers de la CNV en Belgique et de son développement durant ces 20 années (avec notamment Anne Bourrit, Jean-François Lecocq – formateur à l’Université de Paix, Thomas d’Ansembourg, Anne van Stappen…).
    On y parlera aussi de l’impact de la CNV dans les milieux où elle est diffusée : écoles, entreprises, associations, hôpitaux, familles, police…
  • Des ateliers en CNV pour tous les âges, selon la créativité et l’imagination des animateurs : le changement social, la médiation, l’éducation, la relation dans le couple, les enfants, l’entreprise, les groupes de pratique, le partage d’expériences, la relation à la nourriture, la culpabilité, les pistes de danse CNV…