Travail avec les agents pénitentiaires

Article rédigé par Julie ARTUS, Jean-François LECOCQ et Sonja LEONARD et initialement publié dans le trimestriel n°79 de l’Université de Paix, en 2002.

A tous les mâtons que nous n’avons pas trouvés

Depuis décembre 2001, nous avons eu l’opportunité de rencontrer trois groupes d’agents pénitentiaires qui se sont portés volontaires pour une formation continuée portant sur l’assertivité et la Communication Nonviolente. Rencontre surprenante par bien des égards.

Cette opportunité nous a été donnée par un appel d’offre publique lancé par l’Institut de Perfectionnement des Cadres Pénitentiaires de Marneffe (I.P.C.P.). Nous y avons répondu par un projet de formation en trois phases, les deux premières se déroulant en résidentiel.

La première, de trois jours, vise à aborder et à développer les aptitudes liées à la notion d’assertivité. La deuxième, d’une même durée, a pour objectif d’amorcer et de mettre en pratique le processus de Communication Nonviolente. Enfin, la dernière phase, d’un jour, permet d’évaluer la satisfaction des agents quant à la formation, et d’échanger sur la mise en pratique des différents outils « in situ ». Lors de cette même journée, dans un souci de professionnalisation du métier d’agent pénitentiaire, un parcours de formation de type Promotion Sociale leur est présenté par Monsieur Vincent Blanpain, directeur de l’I.P.C.P.

Si le projet a été accepté, nous ne pouvions cependant pas en rester là en terme de préparation. Le public et le cadre de travail tout à fait particulier des agents pénitentiaires nous étaient jusqu’alors inconnus. Comment animer une formation professionnelle de façon cohérente sans s’intéresser aux personnes, aux vécus, aux lieux, aux tâches qui constituent l’essentiel d’une journée de travail ?

Ainsi, en plus de certaines lectures proposées, comme «La formation des agents pénitentiaires, mission impossible ?» de Gérard De Coninck, nous avons décidé d’entrer dans le monde fermé des Établissements Pénitentiaires. Monde intéressant, s’il en est, pour l’Université de Paix. Grâce à la collaboration de Vincent Blanpain, nous avons pu accéder, pour quelques heures, aux Établissements de Lantin, Andenne, Namur et Marneffe.

Il est évident que ces quelques instants ne nous permettent pas de connaître le métier et l’environnement complexe des agents pénitentiaires, mais nous ont simplement donné de prendre contact avec différents acteurs du monde carcéral, de ressentir, et cela très rapidement, l’ambiance particulière des lieux. Comme un orage à venir…

Suite à ces visites, nous étions un peu mieux informés, mais l’image et les préjugés véhiculés par la société autour des agents pénitentiaires restaient peu flatteurs. Prêts à remettre ces derniers en question, nous sommes néanmoins arrivés avec beaucoup d’appréhension pour le premier module de formation. Et là, surprise…

Nous avons pu rencontrer des personnes venant de tous horizons, tant en terme d’établissements, que de parcours professionnels, de parcours de vie. La diversité, contrairement aux a priori, était de mise. Une fois les premières craintes vaincues, il nous a été possible de découvrir la richesse et les difficultés d’un tel métier.

Le métier d’agent pénitentiaire est bien un des seuls, parmi ceux qui induisent un contact proche et permanent avec des personnes, qui ne requière officiellement aucune formation, si ce n’est au niveau pratique et sécuritaire. Or, nous avons pu constater, par les nombreux témoignages des participants, que pour un travail de qualité, et quelquefois pour la simple survie, des compétences humaines, relationnelles sont indispensables.

Sans outil, sans repère, sans regard extérieur, chacun est ainsi amené à puiser, parfois jusqu’au fond du puit, des ressources personnelles, propres au parcours de chacun, qui permettent de gérer la vie, huit heures par jour, avec d’autres êtres humains détenus dans des conditions souvent difficiles, parfois extrêmes. Chacun doit faire avec ce qu’il possède, avec ce qu’il est, en un mot avec ce qu’il peut, y compris avec des règles et une philosophie de travail qui varient fortement d’un établissement à l’autre, d’une équipe à l’autre.

Nous avons aussi pu comprendre que le métier d’agent pénitentiaire est fortement individualisé. Il y a peu de possibilité d’actions collectives, et si la confiance, pour des raisons de sécurité, est indispensable, tant vis à vis de l’institution, de la hiérarchie, que des collègues directs, elle est loin d’être toujours présente.

L’agent a souvent pour tâche de temporiser les difficultés survenues entre les personnes détenues et l’équipe qui l’a précédé, l’administration, les autres services de l’institution,… Nous avons pu relever qu’aux différents niveaux le soutien était parfois absent, ceci occasionnant une perte de confiance en l’autre, mais aussi en soi. Dans des conditions de tension forte, cette perte de confiance est sans aucun doute une source de stress supplémentaire.

Sans un minimum de soutien, de confiance, comment accepter ses erreurs ? Comment ne pas réclamer un soutien absolu de la part des directions vis-à-vis des difficultés rencontrées avec les personnes détenues ? Comment accepter une loi qui donnera le droit à ces personnes de déposer plainte contre soi ? Ou, comment, dans un contexte tendu, fruit des conditions de détention actuelles, accepter de se mettre en danger, de travailler « sans filet » ?

Dès lors, pourquoi s’étonner de la force des syndicats, des mouvements de grève actuels, occasions de solidarité, de cohésion, d’action collective ?

L’agent pénitentiaire est aussi un des seuls représentants de la société extérieure accessible quotidiennement pour les personnes détenues. Qu’est-il chargé de représenter sinon une société qui se veut en sécurité, qui veut que les « criminels » en soient retirés, et paient longuement, durement, leurs actes, quels qu’en soient les moyens. Sinon une société qui se veut aussi en accord avec des valeurs humanistes, telles celles des droits de l’homme.

Cette représentativité des deux tendances se traduit dans la distinction faite entre agents sociaux et agents sécuritaires, mais aussi dans le désarroi de certains à ne plus savoir comment agir. L’un d’eux illustre ce désarroi par ces paroles : «Même si nous ne sommes pas armés, et pas curés, on nous demande de tenir le pistolet d’une main et la bible de l’autre.»

Dès lors, ne peut-on considérer la grève comme une action publique, un appel à l’attention des autorités, mais aussi de la société?

Appel à une société qui fait porter aux agents pénitentiaires toute l’incohérence de son discours. « Soyez les mauvais que nous n’osons pas être, mais ne nous demandez pas de vous soutenir, nous devons paraître respectueux d’autrui. Rendez-nous service en nous protégeant, mais ne nous demandez pas de vous remercier, nous devons pardonner. »

Appel, via une valeur fondamentale de notre système, à savoir la quantité, qu’elle soit en terme financier ou en terme d’effectifs, à une reconnaissance de la difficulté de leur métier, de l’énergie personnelle qu’ils donnent pour le bien-être de chacun.

Au-delà de valeurs quantitatives, la formation des agents pénitentiaires, indispensable pour la qualité et la sécurité de leur travail, peut aussi être un des éléments qui tendent à une certaine reconnaissance de leur métier en tant que profession nécessitant des qualités et des compétences particulières. Surtout au vu d’un public détenu de plus en plus jeune, certains établissements ont une moyenne d’âge de 22 ans, public qui sortira, dans le cas de longues peines, avant d’avoir quarante ans. Public que la société, pour sa sécurité, veut punir et rééduquer.

La formation des agents permet aussi de créer un espace de parole, d’échange de pratiques dont ils ont un réel besoin. Cet espace peut ainsi contribuer à réduire la sensation d’isolement précitée.

La formation des agents pénitentiaires, si elle peut contribuer à l’amélioration des conditions de travail, pourrait également avoir un effet sur les conditions de détention. Et ainsi enrayer certains effets pervers du processus institutionnel, tel l’affrontement souvent présent entre détenus et agents, bases de la hiérarchie.

N’oublions cependant pas que pendant qu’ils s’affrontent, ils n’ont pas le temps, et le recul nécessaire pour remettre cette même institution en question quant à leur malaise, leur mal être…

Il nous semble maintenant important de remettre un peu de couleur dans ce tableau sombre et de dire que si peu d’agents pénitentiaires font ce métier par vocation, et si les conditions de travail sont difficiles, nous avons cependant rencontré des personnes qui ont appris à aimer leur métier et, malgré les incohérences, à le faire du mieux possible, à le faire évoluer dans un sens plus humain sans en oublier pour autant l’aspect sécuritaire. Leur volonté à se former à la communication semble en être une preuve irrévocable.

Cette formation, et peut-être d’autres initiatives, comme la professionnalisation par une école de Promotion Sociale, seront envisagées l’année prochaine, si les budgets le permettent…

Le témoignage de Françoise Renier

Françoise Renier a suivi le Certificat en gestion positive des conflits avec les jeunes. Elle nous livre aujourd’hui son témoignage.

Qu’est-ce qui vous a plu particulièrement dans ce programme ?

J’ai particulièrement apprécié  d’expérimenter des techniques d’animation, avec un groupe : il y a un monde de différence entre comprendre une animation et la vivre. L’expérience est beaucoup plus complexe, joue sur différents registre, ouvre à sa propre réflexion. Lors de la formation, nous recevions également à la fin de chaque thème un dossier pour aller plus loin, avec de nombreuses références intéressantes, bien choisies. Cela m’a fortement stimulé.

J’ai trouvé aussi que nous étions pris au sérieux comme adultes : par la richesse et la pertinence du contenu proposé et par la dynamique à laquelle nous étions invités. Nous avons joué le jeu à fond.

Que retirez-vous de cette expérience, d’un point de vue tout à fait personnel ?

Personnellement, j’ai beaucoup approfondi ma réflexion, je me suis dotée d’outils, j’ai fait une synthèse de mon expérience  et donc acquis un regard modifié sur la gestion des conflits. Je ne me sens pas du tout « arrivée » comme si la réflexion pouvait être close un jour ou l’autre. Au contraire, la dimension humaine nous invite à toujours être ouverts à écouter un point de vue autre. Mais il y a des tendances, des régularités dans la vie sociale et cet approfondissement m’a permis de diversifier ma manière d’aborder les conflits.

Utilisez-vous vous-même l’un ou l’autre outil de médiation proposé dans votre quotidien ? (Vous sentez-vous plus à l’aise face à la gestion de conflits avec des jeunes, ou dans l’éducation de ceux-ci, etc.)

J’utilise beaucoup la croix de Barry Hart [cf. vidéo des attitudes en conflits] avec les jeunes et le livre de Véronique Guérin « A quoi sert l’autorité » avec les futurs enseignants à qui je donne cours de « phénomènes de société » ainsi que la réflexion sur les règles et les sanctions. Des outils comme le Desc [travaillé en assertivité], plutôt leur « esprit » mais sans me dire formellement que je passe par les différentes étapes…

Voyez-vous une différence de comportements, des changements, chez vous, ou chez les enfants dont vous vous occupez ?

La vie est trop complexe pour isoler l’influence qu’aura eue la formation… Mes enfants ont entre 20 et 8 ans. Tout bouge tout le temps. Je ne me sens en tous cas pas la maman parfaite ni la prof parfaite. Disons qu’il n’y a eu de grande casse et que je me sens outillée par rapport à ce que j’ai à faire.

Auriez-vous une anecdote, un petit récit ou autre à nous partager par rapport à votre expérience ?

Je pense à une anecdote qui m’a marquée lors d’un atelier qui s’appelait « non-violence » où j’utilisais la croix de Barry Hart pour sensibiliser aux différentes stratégies utilisées en cas de conflit.

J’avais un groupe d’une douzaine d’élèves. Parmi eux, les « cas difficiles »  des élèves de 4ème. Entre autre, deux copains qui sont ensemble en classe et en dehors de l’école et semblent très soudés, mais qui dérangent régulièrement les cours et les autres élèves, ne respectent souvent pas les règles, font des coups en douce, par derrière… Les autres les craignent et les profs s’en méfient. Ils sont, à mes yeux, en permanence dans un rapport de force avec les autres. Ils s’étaient inscrits d’eux-mêmes à mon atelier.  Je forme le cercle, présente rapidement les objectifs et leur propose une mise en situation pour démarrer la réflexion. Il me faut deux volontaires qui sortent. Ils se proposent tous les deux. J’accepte que l’un des deux sorte et je choisis comme 2ème un autre du groupe qui s’était également proposé. Le jeu de rôle consistait à former un groupe à l’intérieur du local : ils avaient la consigne de ne pas intégrer les deux autres car leur groupe voulait rester « entre eux », ne pas être dérangé etc. Les deux élèves sortis avaient pour consigne de prendre leur place dans le groupe.  Le ‘jeu’ est devenu rapidement « musclé », ils en sont arrivés aux mains en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Cela restait du jeu mais avec ce qu’ils sont… Et ce qui s’est passé c’est que les deux copains qui appartenaient pour le jeu de rôle aux deux groupes opposés se sont retrouvés les deux luttant le plus violemment l’un contre l’autre et, sans le vouloir, l’un des deux a envoyé une chaise dans l’œil de son copain. Cela ne m’était jamais arrivé ! On a tout de suite pris en charge l’élève blessé et il n’y a pas eu de problème par la suite. Mais il a gardé un œil au beurre noir pendant un bout de temps ! Et surtout ils se sont tous les deux rendus compte qu’ils avaient été pris au-delà ce qu’ils auraient voulu…. En fait cela a été terriblement révélateur alors que le geste n’était absolument pas dans l’intention de faire mal.

L’Université de Paix accueille l’IFOR

En cette fin de mois de novembre 2012, l’Université de Paix a accueilli des stagiaires de l’IFOR (International Fellowship of Reconciliation – Mouvement International de Réconciliation) afin de leur présenter le travail réalisé au niveau de la paix et de la non-violence en Belgique.

Les trois jeunes filles, originaires respectivement du Nigeria, des USA et d’Autriche, ont ainsi découvert…

  • les actions de l’Université de Paix en tant qu’organisation de jeunesse (sa mission de prévenir la violence et de promouvoir la paix par le dialogue, principalement en informant et en formant les jeunes et les adultes qui les encadrent),
  • son histoire active, pluraliste et engagée, notamment de par ses cofondateurs (Dominique Pire, Prix Nobel de la Paix 1958 et Raymond Vander Elst, libre-penseur), auprès des objecteurs de conscience,
  • ainsi que le travail de formation et d’éducation qui est réalisé au quotidien, via la découverte d’outils pédagogiques, dont certaines ressources et publications (cf. boutique) de l’Université de Paix

Lucia, Gretchen et Danielle se sont également exprimées quant à leur engagement à l’IFOR.

Elles ont enfin témoigné d’un grand enthousiasme par rapport au fait que l’Université de Paix travaille avec les jeunes : « I think it’s really important to work with the children. The sooner we can teach them to care about their relationships, the better. We haven’t seen many organization as yours : peace education with young people is not so common ». (« Je pense que c’est vraiment important de travailler avec les enfants. Le plus tôt nous pouvons leur apprendre à se préoccuper de leurs relations est le mieux. Nous n’avons pas vu beaucoup d’organisations comme la vôtre : éduquer à la paix avec les plus jeunes n’est pas si fréquent »).

Agissons pour éduquer à la paix

 

Vous aussi, vous pouvez contribuer à construire une société plus harmonieuse, prévenir la violence et favoriser une meilleure gestion de conflits au quotidien !

Cliquez ici si vous souhaitez contribuer à ces actions !

 

L’Université de Paix asbl travaille au quotidien avec des jeunes et des adultes afin de leur fournir des outils pour gérer les conflits d’une manière qui convienne à chacun.

Son action vise à favoriser un meilleur « vivre ensemble », par le partage de la réflexion, l’expérimentation de situations et la prise de conscience des relations avec autrui.

Pour ce faire, l’Université de Paix accompagne des adultes par rapport à leurs propres conflits et entreprend un travail de fond avec les jeunes.

Grâce à votre aide et en tant qu’Organisation de Jeunesse, nous éduquons et sensibilisons les enfants, les adolescents et les personnes qui en ont la charge, qu’ils soient enseignants, éducateurs, animateurs… Nous intervenons directement sur le terrain, notamment dans plusieurs écoles primaires et secondaires belges. En plus des formations, conférences et actions d’informations que nous proposons au grand public, nous produisons des ressources et outils pédagogiques, tels que le livre Graines de médiateurs II ou encore le jeu coopératif Belfedar, afin de partager le plus largement possible les méthodes de gestion de conflits.

Par cet article, nous vous proposons d’agir avec nous en effectuant un don (*) permettant de la sorte de continuer à développer, pérenniser et transmettre ces méthodes pour vivre des relations plus harmonieuses, qui conviennent à chacun.

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Nous vous remercions d’ores et déjà pour votre geste !

(*) Tout versement de 40 euros ou plus, versé en une ou plusieurs fois au cours de la même année civile, donne droit à une exonération fiscale. Pour en savoir plus sur notre action au quotidien, vous pouvez consulter notre page « Questions fréquentes », ainsi que les différents articles de ce site. Nous sommes également disponibles par e-mail ou au 081/554140. Nous pouvons enfin convenir d’une rencontre, si vous le souhaitez.

Selma Khelif, CISP et Algérie

On entend volontiers que les participants éprouvent tellement d’intérêt vis-à-vis de cette nouvelle manière de travailler qu’ils ne peuvent envisager de laisser leur place vide, qu’ils se doivent aussi d’en faire « profiter » leurs collègues… quoi de plus intéressant quand on sait que cette formation a pour objectif de favoriser la collaboration, la coopération.

Les contacts et rencontres entre l’Université de Paix et l’éducation nationale algérienne ont eu lieu à partir de juillet 2006, afin de voir les possibilités et intérêts de travailler ensemble dans le cadre de projets de développement portés par le CISP (ONG italienne) et ses partenaires associatifs algériens. En 2012, nous continuons les partenariats et actions entreprises à travers le Réseau Université de Paix. Selma Khelif nous offre sa vision de cette collaboration.

Témoignage de Selma Khelif – Psychologue et coordinatrice de projet de développement pour le CISP Algérie

Ma première rencontre avec le programme et les formateurs de l’Université de Paix s’est faite en 2007. Un programme de formation qui rassemble des jeux de coopération afin de donner à voir qu’il y a d’autres possibilités de répondre à l’autre, de tisser des liens avec l’autre que celles que nous apprenons plus aisément à l’école et ailleurs. En effet, il y a la coopération, la collaboration ! Il n’y a pas que la compétition, quoi qu’il arrive. C’est une occasion, en quelque sorte de donner à voir que je peux réussir sans piétiner mon camarade, que je peux réussir même en faisant justement attention à ce camarade, en l’aidant en cours de route. Et cette dernière réussite est double car elle l’est aussi dans le sens d’une réussite dans le tissage de liens de confiance…

Cette aventure a commencé par la formation dans un premier temps des animateurs d’associations partenaires travaillant auprès des enfants ; dans un second temps, à Bab El Oued (BEO) –quartier populaire d’Alger- des enseignants, des adjoints de l’éducation et des conseillers d’éducation et d’orientation, grâce à un module d’initiation en mai 2007, puis d’approfondissement en novembre 2007.

Les premiers modules de formation ont été animés par des formateurs de l’Université de Paix, sous forme de 4 jours de suite par module, en ma présence. Les participants sont des professionnels, convoqués par leur tutelle afin de participer à la formation, souvent sans trop connaître l’objectif de cette dernière.

Dès le premier jour du module, les participants sont agréablement surpris par l’aménagement de la salle (en cercle, sans table) et, très vite, par l’aspect ludique de la formation et par les attentions qui leur sont accordées. Alors le participant qui ne peut assister le deuxième jour trouve judicieux d’envoyer un collègue à lui, à sa place. Cela a été d’abord « déroutant », car il semble qu’il est plus « utile » d’assister aux 4 jours, afin de comprendre la philosophie transmise par les concepts et les jeux de coopération ! On dira que cela se passe « à l’algérienne ! », avec un brin d’ironie. Et quand on se donne la peine d’aller au-delà de ces considérations organisationnelles d’efficacité, on entend volontiers que les participants éprouvent tellement d’intérêt vis-à-vis de cette nouvelle manière de travailler qu’ils ne peuvent envisager de laisser leur place vide, qu’ils se doivent aussi d’en faire « profiter » leurs collègues… quoi de plus intéressant quand on sait que cette formation a pour objectif de favoriser la collaboration, la coopération !

Et oui, tous les participants ont considéré ce module de formation comme un moment de « repos », de « soin »,… un moment pour revenir sur eux-mêmes, se détendre, réfléchir sur soi sans la pression de tous les jours… Un enseignant a rapporté que son épouse souhaitait que ce style de formation se renouvelle régulièrement, car son époux « a changé ! Il rentre à la maison souriant, discute avec les enfants… et ne s’est pas mis en colère durant toute la semaine de formation… ».

Les professionnels de l’éducation soulignent avant tout et essentiellement cet apport personnel de la formation qui fait qu’ils vont à la rencontre de l’autre (famille, élèves, collègues,…) de manière sereine, et… cela se voit !

Ensuite, chaque année, deux modules de formation sont proposés. Pour les participants -les encadreurs des enfants, cela est apparu un peu lent au niveau de la progression, de la diffusion et de l’intérêt manifesté pour ces concepts. Il a fallu envisager la formation de formateurs, des relais algériens. Quoi de plus efficace que de former des animateurs et des professionnels des associations partenaires dans la diffusion, entre pairs, d’une communication non-violente ? … Et, pour que la diffusion se fasse plus vite et qu’elle s’adapte aux contextes et aux opportunités.

Pour cela, un groupe de 20 animateurs à la gestion positive des conflits a été sélectionné, en tenant compte de leur disponibilité et leur possibilité de quitter le foyer familial durant, par exemple, 4 jours en résidentiel pour le premier module de formation de formateurs relais, module auquel j’ai participé.

En mai et novembre 2008, 9 formateurs relais stagiaires (dont je fais partie) ont pu expérimenter l’animation d’un module « Initiation à la gestion positive des conflits », sous la supervision d’un formateur de l’Université de Paix, pour un groupe de professionnels de l’éducation de Bab El Oued.

Quelle belle expérience ! Quel beau début ! Quel enthousiasme ! Entre-temps, et avant ce premier module de mai 2008, des réunions régulières de suivi et de soutien à la mise en pratique s’organisaient, pour les professionnels de BEO qui ont été formés. J’animais ces réunions. J’apprenais avec les professionnels de terrain, les accompagnants à revoir, ensemble, la manière de mettre en pratique les concepts et jeux de coopération vus lors de précédentes formations, toujours selon les disponibilités des adultes, des enfants, de l’espace… et toujours, selon la fonction et l’engagement personnel de chacun.

En effet, une enseignante d’éducation sportive trouvait de la facilité à proposer des jeux de coopération durant ses cours. Un enseignant de mathématique trouvait utile de commencer son cours par « la météo » [consistant à exprimer ses émotions de manière imagée], activité qui a surpris les élèves car l’enseignant partageait aussi ses émotions… Selon l’enseignant, les élèves sont plus calmes et le cours se déroule plus facilement, plus rapidement et plus efficacement.

Un autre adjoint de l’éducation explique qu’il est plus souriant dans la cour de récréation et que les élèves ont du coup moins peur d’aller lui demander de l’aide pour gérer leurs conflits. Il a appris à ouvrir le dialogue avec les élèves au lieu de crier et de punir. Il est reconnu par le directeur d’établissement comme étant une ressource dans la gestion des conflits entre collègues et entre élèves.

Une conseillère d’orientation incite les élèves à parler en « JE » et à écouter celui qui parle… Une convention avec la direction de la jeunesse et des sports permet de former différents groupes de professionnels de maisons de jeunes de la région de Tizi Ouzou, par des formateurs relais algériens.

Et là, commencent à apparaître les difficultés d’animation et d’organisation de l’équipe de formateurs relais,… et les solutions à y apporter : la nécessité d’organiser des réunions mensuelles dites d’intervision afin d’exercer les manières de faire, d’exposer les concepts, de comprendre les objectifs de chaque proposition d’activité, de planifier le travail en co-animation,… ceci amenant à reconnaître de mieux en mieux les limites et les compétences de chacun et à collaborer ; ceux qui ont avancé plus vite soutiennent les autres. Un début d’autonomie de co-construction de savoirs, savoir-faire et savoir-être se crée dans la mesure où le groupe de formateurs relais algériens poursuit sa formation continue même en l’absence des formateurs de l’Université de Paix et est conscient de cette nécessité.

En cours de route, des collègues formateurs relais ont quitté le groupe, pour des raisons diverses. Cela nous a d’abord peiné, aussi parce que nous étions moins nombreux à poursuivre cet objectif de diffusion, ne comprenant pas toujours bien leur motivation à abandonner. Nous n’étions progressivement plus qu’une dizaine.

Constat est fait que programmer des sessions de formation de 4 jours est difficile car il faut tenir compte de la période pour les organiser (examens, congés scolaires, conseils de classe,…), les proposer uniquement en semaine… ce qui implique un nombre peu élevé de modules de formation… et une diffusion plus lente que prévue.

En 2009… il était temps, pour poursuivre la progression des formateurs relais algériens, de programmer un module d’approfondissement. Deux groupes sont constitués, animés par un formateur relais, supervisé par un des formateurs de l’Université de Paix.

Cette expérience est, à mon avis, à marquer d’une pierre blanche ! Elle nous a amenés à revenir sur nous-mêmes, sur ce que nous attendions des compétences de l’Université de Paix, sur ce que nous comptions faire de nos savoir-faire et, surtout, ce que nous ne pouvions pas faire. En effet, nous avons dit STOP à cette progression car elle ne nous correspondait pas.

Nous comprenions que nous allions trop vite pour pouvoir être à la hauteur de ce que nous avions à diffuser, à transmettre, et que nous ne pouvions plus suivre le rythme suggéré par les formateurs de l’Université de Paix, car cette expérience se passe en Algérie, et justement à l’algérienne !

Nous avons donc pris plus de temps pour discuter dans le détail de ce que chacun faisait, de cette nouvelle manière d’envisager les liens, de manière non-violente et constructive. Et voilà,  nous réalisons ensemble que nous sommes 9 à diffuser des concepts, des outils qui invitent à la non-violence et cela, chaque jour, dans chacune de nos interventions auprès de la population adulte.

En effet, nos actions ne peuvent se limiter à des sessions de 4 jours de formation pour un groupe déterminé. Nos actions… Quand 3 enseignants d’un collège de BEO décident de mettre en place un atelier-pilote en gestion positive des conflits, en septembre 2008, ils rencontrent des difficultés avec leurs collègues non initiés et expriment cette difficulté lors d’une des réunions de suivi. Je propose en accord avec le directeur du collège de réunir l’ensemble de l’équipe pédagogique, une matinée ou 2 heures, afin de les sensibiliser à l’action menée par les 3 enseignants. Cette séance n’est pas l’occasion d’initier qui que ce soit, mais est une opportunité pour « donner à vivre » aux autres collègues, les bénéfices de se réunir, de donner de l’attention et de la considération à toutes les interrogations, invitant ceux-ci à assister à l’atelier-pilote. Les collègues sont passés de la curiosité et de la méfiance à de la considération, de l’encouragement pour les 3 enseignants. Car, ces derniers continuent, sur leur temps libre, à proposer cet atelier à un groupe d’adolescents.

 

Aujourd’hui, les adolescents concernés par l’atelier sont reconnus, tout comme les 3 enseignants, en tant que ressources par les autres professionnels et par les autres élèves. En effet, avoir choisi, au hasard, 2 adolescents par classe, a donné ce beau résultat de la présence d’au moins une ressource par classe. Un enseignant en difficulté avec ses élèves est soutenu par cette petite graine de médiateur. Et, cela est une réussite ! Et ces jeunes issus des ateliers de non-violence me demandent : « Poursuit-on ces ateliers quand on sera au lycée ? ». Nous n’avons pas la possibilité, par rapport au nombre de formateurs relais, d’initier et d’accompagner aussi des professionnels de lycées… Alors on réfléchit avec leurs enseignants à leur permettre de préparer et de co-animer les séances de la dernière année de collège, en renforçant leurs connaissances et leurs outils. Pourquoi ? Tout simplement, pour qu’ils soient des ressources aussi au lycée, accompagnés et reconnus par les conseillers d’orientation scolaire initiés car chacun est en charge de 2 collèges et d’un lycée. A suivre !

N’oublions pas qu’en formant un groupe de jeunes adultes d’une association de Bab El Oued, ils en parlent autour d’eux. Aussi, d’autres associations de jeunes adultes sont en demande, pour eux-mêmes, afin de mieux gérer leurs relations, et pour les enfants dont ils ont la charge durant les vacances scolaires… et voilà qu’une association de Djanet (Sud de l’Algérie) va frapper à toutes les portes pour trouver un sponsor, de quoi nous payer 2 billets d’avion pour accompagner de grands adolescents à passer le BAC… à travailler la question de la confiance et de l’estime de soi. Ce lien a permis de faire émerger la demande des professionnels de l’éducation de cette région du sud algérien, qui attendent d’être formés à leur tour.

Depuis septembre 2010, nous mettons en place une intervision, à peu près tous les 4 à 5 mois, en résidentiel, durant 3 jours. Parler de nos difficultés, de nos compétences, explorer d’autres outils… permet de renforcer le groupe des formateurs-relais, 3 jours de partage et de vivre ensemble, 3 jours pour apprendre encore à se faire confiance, à se parler avec pour seul objectif « grandir ensemble ».

Depuis décembre 2010, de nouveaux formateurs-relais ont intégré le groupe des 9, particulièrement sensibles à l’importance de se mobiliser dans la diffusion de possibilités fraternelles… Je les accompagne selon leur emploi du temps, à revoir les outils à diffuser, à les accompagner à devenir formateurs… leur premier stage de formateurs-relais est prévu pour juin 2011… des enseignants, des étudiants, des psychologues ont donné un nouveau souffle à notre groupe qui est à présent constitué de 18 formateurs-relais.

Une dernière nouvelle, les collègues relais qui ont dû quitter le groupe se sont constitués en association « El Yamama » (la colombe) dont l’un des objectifs est la diffusion d’outils de non-violence et de gestion positive des conflits. Cette association vient à notre rencontre, en juillet prochain, afin de voir ensemble les possibilités de se soutenir mutuellement, en regardant dans la même direction, celle de la non-violence. Une question de chiffre ? Je peux dire que plus de 1000 adultes ont été sensibilisés directement à la gestion positive des conflits, mais cela n’aurait pas beaucoup de sens et serait même réducteur de ce travail de partage et de sensibilisation qui se fait tous les jours, par les relais, par les initiés, par les enfants…

Ecoute Active dans Non-Violence Actualité

Le N° 319 de Non-Violence Actualité consacre un dossier à l’écoute, intitulé « Cultiver l’art de l’Écoute ». Christelle Lacour, formatrice à l’Université de Paix et conceptrice du jeu Belfedar, y donne en double-page des outils pour écouter les émotions, dans un article intitulé « Écouter, pour quoi faire?« 

« Eh, ça sert à rien de s’énerver pour ça ! » Cette phrase, vous l’avez peut-être déjà entendue… L’émotion n’est pas toujours acceptée, dans notre monde moderne. « Pense à autre chose ! », « Arrête de te plaindre ! », « Si tu avais fait ce que je t’avais conseillé, tu ne te serais jamais mise dans des états pareils ! »… Autant de réactions difficiles à accueillir, quand je me sens mal.

Thomas Gordon appelle cela les messages risqués : ils sont acceptables la plupart du temps, sauf quand j’ai besoin d’écoute.

Les théoriciens de l’émotion (tels que Goleman ou Filliozat) vous le diront : l’émotion est utile ! Elle est le signal animal qui m’indique qu’un de mes besoins est (joie) ou n’est pas (peur, colère, tristesse) satisfait. Tenter de minimiser le ressenti, ou de le nier ne fera que reporter le problème : les sensations persisteront tant que le besoin n’aura pas été au moins reconnu, et mon corps risque à terme de développer une maladie, pour qu’enfin cet appel soit entendu…

C’est là qu’un puissant outil de gestion des émotions et de prévention des conflits intervient : l’écoute. Quels sont les avantages et les limites de l’écoute ? Comment repérer les conditions et nécessités d’une écoute réelle ? La première chose à faire est de vérifier si je suis disponible pour écouter l’autre dans ce qu’il vit. Si je ne suis pas disponible, je peux fixer avec lui un autre moment d’écoute ou lui proposer de faire appel à une autre personne ou un autre moyen (par écrit par exemple) pour exprimer ce qu’il a à dire.

A l’inverse, si je suis disponible, je peux inviter mon vis-à-vis à parler, tout en l’encourageant à exprimer ses émotions : « Tu as le droit de pleurer ! ». Une gestuelle ouverte, apaisante, empathique favorisera l’accueil de son vécu. Je peux adopter le même type de gestes que lui (donc me synchroniser), m’asseoir à côté ou face à lui, le regarder, hocher de la tête,…

Ce qui est important, c’est de prendre le temps de reconnaître l’émotion, plutôt que de la condamner (« C’est bête de stresser pour ça ! »), d’y trouver tout de suite une solution (« A ta place, je ferais ça, ça ira mieux, tu verras … ») ou de faire diversion (« Allez, ça va aller, change-toi les idées. Tiens, j’ai une blague pour toi … »). Selon mes objectifs et ma disponibilité, je peux : écouter mon interlocuteur en silence, reformuler son message (« Donc si je comprends bien,… »), émettre une hypothèse sur son émotion (« … Et tu es découragé ? »), etc.

Plus précisément, selon Thomas Gordon, l’écoute active consiste en : une reformulation du contenu verbal avec mes propres mots (l’essence du message) ; une hypothèse sur l’émotion (décodage du non verbal), sous forme interrogative ; une correction ou une confirmation par l’autre. Ainsi, si l’autre me dit « A quoi bon essayer de changer les choses ici : ça ne sert à rien !! », je peux répondre en écoute active : « Tu es découragé de ne pas pouvoir changer les choses ? C’est ça ? » ou « Tu as l’impression que rien ne change et ça t’énerve ? », selon le décodage que je fais de son émotion.

Une autre forme d’écoute a été développée par Marshall Rosenberg, créateur de la Communication NonViolente : l’écoute empathique. En plus d’une reformulation du contenu verbal (sous forme de faits) et du sentiment, il s’agira d’émettre une hypothèse sur le besoin de la personne. Dans l’exemple ci-dessus, je pourrais ajouter « … tu aurais besoin de reconnaissance par rapport à ce que tu fais pour changer les choses ? ». Je peux d’ailleurs aller jusqu’à proposer une solution en lien avec le besoin.

Les avantages de l’écoute sont nombreux. Elle permet de : réduire les pertes d’information au décodage ; installer la confiance en évitant le jugement ; communiquer sur l’affectif et le vécu émotionnel (j’autorise l’autre à ressentir ce qu’il ressent) ; aider l’autre à y voir plus clair et à trouver lui-même des solutions ; diminuer la tension émotionnelle de l’autre en montrant que j’accueille son vécu.

Par contre, mieux vaut ne pas utiliser l’écoute si : je veux manipuler l’autre (je déforme alors son message pour lui faire dire ce que je veux) ; je joue les perroquets, en répétant mot pour mot ce que l’autre dit (l’idéal étant d’utiliser mes propres mots pour vérifier que j’ai bien compris) ; je n’ai pas confiance dans les ressources de l’autre pour trouver des solutions lui-même ; ou le moment n’est pas opportun (manque de temps, difficultés émotionnelles, bruit, indisponibilité…).

Imaginons à présent quelques cas de figure qui pourraient poser problème.

Première situation : la demande de l’autre est insistante et il n’entend pas mes limites (« Je ne suis pas disponible ! »). Je peux alors me désynchroniser. J’adopte une gestuelle opposée à celle de mon interlocuteur : s’il me regarde, je détourne le regard, s’il se rapproche, je m’éloigne, s’il ouvre les bras, je les ferme, s’il est assis, je reste debout… jusqu’à ce qu’il cesse de me raconter ses difficultés. C’est ce qui fait la différence d’ailleurs entre ceux à qui le passant Lambda fiche la paix et ceux qui se coltinent toujours les personnes qui ont besoin de parler dans la rue, les files d’attente, les transports en commun, etc. Les premiers se désynchronisent, se cachant derrière un journal, détournant le regard, ne répondant pas à un sourire. Dès qu’ils entendent le fameux « Quel sale temps aujourd’hui ! », les seconds au contraire sourient, regardent dans les yeux, montrent des signes d’écoute. Ce n’est pas par hasard que les personnes ayant besoin d’écoute vont s’asseoir à côté ou en face des seconds… De l’art de mettre ses limites…

Autre exemple : si l’interlocuteur me noie dans un flot de paroles ou qu’il passe du coq à l’âne, la reformulation peut me permettre de synthétiser l’essentiel et/ou de revenir au sujet principal. Il peut m’arriver aussi de ne pas savoir quoi répondre à l’autre. Dans ce cas, je peux pratiquer l’écoute passive en montrant une gestuelle empathique, tout en restant silencieux afin de laisser toute la place à la parole de l’autre. Cela me permet également de gagner du temps et de chercher une réponse adéquate. Dernière situation : que faire si l’interlocuteur n’a pas envie de parler ? L’idéal est de respecter son choix (plutôt que de jouer les sauveurs insistants ou les curieux insatiables) : le laisser seul, en indiquant que je reste disponible au cas où il changerait d’avis.

Dans tous les cas, je peux à la fois écouter, entendre, accueillir ce que l’autre ressent, et en même temps ne pas être d’accord et dire « non » à ce qu’il me demande. A bon entendeur…

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Au sommaire du numéro :

« À l’image de nos sociétés technologiques, se développent dans le couple, la famille, l’école, l’entreprise… des relations binaires, comme s’il s’agissait de déterminer à chaque instant qui a raison et qui a tort, qui commande et qui obéit, qui enseigne et qui doit savoir… Écouter le point de vue de l’autre est, sans aucun doute, une marque d’ouverture, le signe d’une compétence personnelle et sociale. Cela n’a rien d’un signe de faiblesse. Car l’écoute – la vraie -, celle qui permet à chacun d’exprimer ses sentiments et ses besoins – permet d’améliorer les situations et de construire plus facilement des solutions aux conflits.

L’écoute est à la fois une technique, une attitude et un art, un art de vivre avec soi et avec les autres… Elle suppose d’être à la fois présent à soi-même et présent à l’autre, disponible, neutre et bienveillant, sans juger. Cela s’acquiert par l’apprentissage. L’écoute est centrale dans des pratiques comme la médiation ou la relation d’aide. En éducation, elle renforce l’estime de soi de l’enfant. Elle peut aussi se vivre au quotidien lorsque nous « prêtons une oreille » attentive aux personnes de notre entourage. Il est reconnu que les bons écoutants « s’entendent » mieux avec les autres, vivent peut-être moins de conflits et sont, en tous cas,  plus à même de gérer ceux qui se présentent ».