« Depuis que je fais du développement personnel… »

« Depuis que je fais du développement personnel, je casse les pieds à mon entourage »

Paradoxalement, depuis que je suis des formations pour « mieux » communiquer et écouter, pour m’affirmer sans agressivité ou encore pour développer mon estime de moi-même, j’ai l’impression que certains de mes comportements agacent des membres de mon entourage.

Comment l’expliquer ?

En formation, j’ai appris par exemple à différencier les propos factuels et les interprétations. Les propos factuels décrivent la réalité extérieure, sans jugement. Ils sont dès lors indiscutables.

Dans l’image ci-dessus : « il y a trois garçons » et « un garçon est sur une chaise » sont des propos factuels. Par contre, dire « deux garçons ennuient un autre garçon » ou que « un des trois garçons a peur » sont des interprétations. Ils sont peut-être en train de jouer une pièce de théâtre, par exemple (autre interprétation possible).

Quand je suis en conflit, il arrive que j’émette des jugements en faisant des généralisations, par exemple : « tu es toujours en retard ». Ces jugements peuvent être mal perçus par mon interlocuteur. Ils le sont d’autant plus quand ils sont colorés au niveau moral : « ce que tu as fait est mauvais, ce n’est pas bien de te comporter comme cela, tu es méchant… ».

Bref, depuis que j’ai appris à distinguer les faits et les jugements, je suis plus vigilant. Je tâche de m’exprimer davantage en termes de faits concrets : « cela fait deux fois que tu es arrivé en retard ». Je parle de mes émotions (ou mes besoins) plutôt que d’attribuer une connotation morale aux actions de l’autre ou à ses intentions : « je suis mécontent par rapport à ce comportement que tu as eu ».

Cela me permet aussi de mieux me faire comprendre : plutôt que de dire à l’autre qu’il est « méchant » ou « gentil », je lui exprime ce qui m’a plu ou déplu dans ses actes concrets.

Alors, ce faisant, en quoi est-ce que je casse les pieds à mon entourage ?

En aiguisant mes capacités à distinguer les faits et les jugements, en m’exerçant, je suis devenu plus attentif à mes propres jugements… mais aussi à ceux des autres !

Ainsi, quand une personne me dit que je n’éteins jamais la lumière lorsque je sors d’une pièce, je ne peux m’empêcher de me dire que c’est un jugement. Ce n’est pas vrai. On peut certainement mesurer que j’ai oublié un certain nombre de fois d’éteindre la lumière en sortant d’une pièce, mais ce n’est pas « jamais ».

Avant de m’être formé à la distinction entre les faits et les jugements, le désaccord aurait porté sur le fait d’éteindre ou non la lumière dans une pièce. Le « fond » du problème portait sur cela. Ce qui a changé aujourd’hui, c’est que la manière de s’exprimer de mon entourage est devenue une autre source de désaccord. Moi-même, je ne suis pas d’accord avec le fait qu’une personne m’exprime son désaccord sous la forme d’un jugement, voire un reproche.

De ce fait, je me suis transformé sans m’en rendre compte en « redresseur de torts ».

En communiquant avec moi, tu prends un risque !

Ma tendance à voir ce qui peut nuire à la communication interpersonnelle au quotidien s’est renforcée lorsque j’ai appris à distinguer les différentes attitudes en conflit (compétition, coopération, accommodation, repli ou compromis). Et cela ne s’est pas amélioré lorsque j’ai appris qu’il existait des messages dits « risqués » ! Lorsqu’une personne a besoin d’être entendue dans ce qu’elle vit, d’exprimer et de décharger son émotion avant tout, il est parfois inopportun d’essayer de la conseiller (lui donner des solutions), de lui faire des blagues ou encore de lui faire la morale. C’est ce que Gordon appelle les messages risqués (voir encadré ci-dessous).

De nouveau, je me suis transformé en machine à détecter les « messages risqués »… chez moi et chez autrui !

Autant dire que cela n’a pas dû être très agréable pour mes proches. Certains participants m’ont déjà témoigné de tendances similaires. L’un m’a raconté son agacement par rapport à la manière de communiquer d’un collègue. Une autre personne m’a dit connaître une personne qui communiquait « beaucoup » par « messages risqués ». Une troisième m’a confié se sentir moins authentique depuis qu’elle « se force » à communiquer sans message risqué.

Un équilibre à trouver

C’est seulement suite à ces expériences que j’ai pris conscience que les outils devaient être utilisés avec nuance. Des « jugements » ou des « messages risqués », ce n’est pas « bien » ou « mal » en tant que tel. Il en est de même pour une attitude « compétitive », par exemple.

Les outils de l’Université de Paix sont davantage à voir comme un éventail de moyens de communiquer. A certains moments, ils sont adaptés ou non, en fonction de la situation, de mon état émotionnel, de celui de mon interlocuteur. Il n’y a pas de « recette » absolue pour « bien communiquer ». De toute manière, si je dis une phrase en pensant le contraire, cela ne sonnera pas juste.

Ensuite, avec un marteau, je peux planter un clou, mais je peux aussi frapper sur le pied de mon voisin. Les outils dépendent donc de l’usage que l’on en fait.

Inconsciemment, quand j’utilise des techniques de communication pour reprocher à mes proches leur mode de communication, j’adopte une posture moralisante.

Bien sûr, il est possible de trouver des solutions pour des conflits de forme, c’est-à-dire de se mettre d’accord sur nos manières de communiquer entre nous. Les outils peuvent nous permettre de « diagnostiquer » ce qui ne nous convient pas dans nos relations. Toutefois, c’est en fonction de mes propres réactions et des réactions des autres que je vais voir s’ils sont pertinents ou non, si le moment était adéquat ou non, etc.

Aujourd’hui, tout cela fait partie de ma « boîte à outils ». Je peux varier les modes de communication en fonction des situations et des personnes : un conseil, une reformulation, une écoute dite « active », un « recadrage » ou une boutade à un autre moment, parfois une relativisation ou un jugement bien tranché… Je vois ce que ça me fait et ce que ça fait chez mon partenaire dans la discussion, et j’essaie d’adapter en conséquence. L’autre n’est pas moi et ne dispose peut-être pas des mêmes grilles de lecture que moi. Dès lors, plutôt que de m’offusquer de sa manière de dire les choses, je peux tâcher de le « décoder ». Pourquoi pas, si cela s’avère opportun, échanger avec cette personne à un autre moment à propos des techniques que j’ai apprises.

Je n’ai pas voulu apprendre les outils pour casser les pieds à mon entourage. Je crois qu’il s’agissait d’un moment de réappropriation de ceux-ci. J’ai dû les tester, m’entrainer, puis mesurer chez moi et chez l’autre ce qu’ils généraient. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles les formations de l’Université de Paix sont fortement orientées par la pratique et les échanges entre les participants !

Qu’est-ce qu’un « message risqué » ?

Dire à l’autre qu’il émet un « message risqué », c’est (parfois) un message risqué.

La terminologie provient de Thomas Gordon. Pour lui, nous utilisons des messages que l’on peut considérer comme risqués. Ce sont des messages généralement bien acceptés quand la tension est basse, mais plus difficilement recevables par celui qui vit une situation problématique et qui est vulnérable. Dans un tel contexte, il peut ressentir plus facilement ces messages comme dévalorisants ou agressifs. Ces messages ne sont donc risqués que si l’autre est dans l’émotion et qu’il a besoin de se sentir entendu, de décharger son émotion…

Les messages risqués sont classés en trois catégories :

  • jugement sur la personne, la situation ou son émotion
  • solution
  • diversion par rapport au vécu de l’interlocuteur
Jugement Solution Diversion
Moraliser, prêcher  Donner des ordres, commander Rassurer, consoler
Critiquer, blâmer Avertir, menacer Enquêter, questionner
Complimenter, approuver Conseiller, donner des solutions Dévier, blaguer, esquiver
Humilier, ridiculiser Argumenter, persuader par la logique   
Psychanalyser, diagnostiquer    

Travailler le relationnel à l’école : au-delà des mesures « curatives »

Régulièrement, l’Université de Paix est appelée pour résoudre des cas de violences, comme on appelle les pompiers lorsqu’il y a le feu. Les formateurs et animateurs en gestion de conflits peuvent intervenir dans ces situations, mais il reste alors un travail de reconstruction à effectuer : comment réparer ce qui a été endommagé ? Comment prévenir ce phénomène ?

La paix est plus que l’absence de violence. Comment agir pour favoriser et maintenir un climat de paix, des relations harmonieuses ?

Face à des cas de harcèlement ou d’injures et de coups (par exemple), les différents acteurs et intervenants peuvent être désemparés. Ils souhaitent dès lors des solutions rapides et radicales. En réalité, plusieurs théories montrent que pour que cela soit efficace, cela implique plusieurs niveaux d’action.

La « Pyramide de prévention », par J. Deklerck

Cette approche correspond à un traitement très spécifique du phénomène, focalisée sur le problème. C’est ce que J. Deklerck appelle des mesures curatives. Il s’agit par exemple des sanctions, qui sont plus ou moins éducatives et efficaces selon les cas. Si un élève perturbe le cours en insultant plusieurs de ses camarades, il est mis en retenue. L’Université de Paix reçoit régulièrement des demandes d’intervention « curative », pour résoudre un problème dans l’immédiat : « quelles solutions mettre en place » ? Quelles réparations à court terme envisager ?

Deklerck - Pyramide de prévention

Deklerck – Pyramide de prévention

Deklerck explique qu’il s’agit d’un niveau de prévention indirecte, entre autres dans la mesure où il appelle à d’autres actions par la suite. Il s’agit d’interventions très situationnelles, à court terme (travailler les mesures curatives à un moment donné n’empêche pas de travailler ensuite d’autres dimensions de la pyramide, au contraire).

Cependant, si le problème se répète, ce qui est souvent le cas et d’autant plus lorsqu’il s’agit de harcèlement scolaire, il implique une réflexion plus large quant à la prévention. Viennent alors ce que Deklerck appelle des mesures spécifiques de prévention. Ces mesures se situent toujours au niveau du problème, mais cette fois il s’agit de s’interroger sur comment éviter qu’il survienne. Il s’agit alors de prévention directe. Par exemple, pour prévenir le harcèlement, il est possible d’organiser des sensibilisations au phénomène dans les classes.

Toujours selon l’auteur, il existe ensuite des mesures générales de prévention. Progressivement, le focus se déplace du problème (approche spécifique) au bien-être (approche fondamentale). Il s’agit toujours de prévention de problème, mais nous nous situons déjà dans un cadre plus indirect, élargi par rapport au contexte et aux relations. Des outils de communication, de négociation ou encore de médiation par les pairs peuvent être travaillés à ce niveau. Une réflexion démocratique sur les règles et un travail sur la confiance en soi (estime de soi), sur les émotions, etc. peuvent également être mis en place.

A cela s’ajoutent des actions relatives à la mise en place d’un cadre général favorisant la qualité de vie. Le focus est clairement ici davantage sur le bien-être. Il n’est plus vraiment question de prévention directe, étant donné que le problème n’est plus mentionné. Le travail s’effectue alors sur tout le contexte, qui a une influence sur les interactions. Il s’agit entre autres d’activités relatives au « vivre ensemble » (climat de classe, par exemple) ou encore sur les dynamiques de groupe. Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’il arrive que nous recevions des demandes pour agir sur le « climat » d’une équipe de travail alors qu’il y a des problèmes avérés (disputes, inimitiés, etc.). Tout comme une approche focalisée sur le problème risque d’être insuffisante, un moment de team-building n’est en principe pas supposé apporter de mesures curatives par rapport à des problèmes situationnels…

Enfin, l’auteur élargit encore son modèle en y intégrant un niveau d’action relatif au bien-être, pris globalement dans la société.

En somme, cela signifie que la prévention de la violence est traversée par l’ensemble des niveaux identifiés par Deklerck : les mesures curatives peuvent s’accompagner de mesures de prévention directe (spécifiques ou générales), ainsi que d’un travail sur la qualité de vie. Le travail préventif fait appel (au moins indirectement) à des actions contextuelles, qui touchent au bien-être et au « vivre ensemble » harmonieux en groupe ou en société.

C’est pourquoi nos programmes d’intervention proposent une approche intégrée, comprenant un travail sur le bien-être et des relations harmonieuses en groupe. Des mesures curatives et des activités de prévention sont envisagées (sensibilisation, réflexion sur le phénomène, analyse de celui-ci, etc.) en cas de problème, mais elles sont en lien avec une réflexion qui les englobe. Une attention est portée aux dynamiques de groupe dans un cadre plus large et à des activités visant à construire du lien et développer l’empathie chez les élèves, que ce soit en secondaire, en primaire ou en maternelle.

> Dans une optique similaire, nos programmes impliquent autant que possible tous les acteurs du monde scolaire (élèves, groupe classe, enseignants, directions, parents…). A ce sujet, pour aller plus loin, cf. l’article « Niveaux d’actions pour créer le changement ».

Le témoignage d’Isabelle Lejeune

Entretien avec Isabelle Lejeune, Certifiée 2008 (Certificat en gestion positive des conflits avec les jeunes), par Christine Cuvelier.

Les modules proposés, de l’appartenance au groupe à la gestion des conflits en passant par l’écoute, l’affirmation de soi et la créativité, nous rendaient acteurs de notre propre apprentissage.

Bonjour, Isabelle. Si nous te demandons de te présenter en quelques mots, que dirais-tu ?

Je suis épouse, maman et enseignante d’ados, passionnée par tout ce que j’entreprends, à l’écoute des autres et de moi-même pour donner sens aux relations.

Quelles ont été tes motivations à t’engager dans ce cursus de formation ?

Comme enseignante, je suis depuis toujours soucieuse de mettre en valeur les qualités que chacun porte en lui et d’encourager les jeunes à rebondir à partir de leurs ressources, parfois insoupçonnées. Lors de mon inscription à la formation, j’écrivais : «Je suis très sensible au maintien de la paix, du respect de l’autre et d’un climat serein pour toute cohabitation, tout échange et transmission de savoir.» Mon intérêt pour la Communication NonViolente m’avait déjà permis de me situer dans une nouvelle dynamique et je voyais dans le Certificat un complément intéressant.

Comment s’est déroulé ce cursus de formation ?

Ce fut une très belle année riche en découvertes. Avant d’apprendre à s’occuper des conflits extérieurs à nous, nous avons d’abord pris conscience de notre propre personnalité et de ses multiples facettes : déjà un fameux programme ! En cheminant à ma propre découverte, j’ai pu mettre en avant mes facultés de créativité, de communication, d’expression… et accueillir celles des autres participantes pour grandir ensemble.
Les modules proposés, de l’appartenance au groupe à la gestion des conflits en passant notamment par l’écoute, l’affirmation de soi et la créativité, nous rendaient acteurs de notre propre apprentissage et c’était vraiment motivant et intéressant !

As-tu pu appliquer et appliques-tu les outils proposés dans ton travail ?

Depuis un an, il ne se passe pas un jour sans que je n’envoie un clin d’œil à l’Université de Paix !

En effet, au quotidien je suis amenée à pratiquer l’écoute active, à gérer des interactions entre les élèves en observant les faits d’abord, à aider les jeunes à évacuer les étiquettes qu’on leur colle ou qu’ils se collent et à les redynamiser en mettant en avant leurs qualités, à créer avec les élèves les règles de fonctionnement en classe et à décider ensemble des sanctions à attribuer,…

Par exemple, l’an passé en 5ème secondaire, les élèves du cours de français ont décidé que s’ils ne rendaient pas les travaux à la date fixée préalablement ensemble, ils seraient pénalisés d’1 point/20 par jour de cours de retard. Pourtant ils ont aussi estimé qu’ils avaient droit à un oubli sur l’année ; la première fois, ils ne seraient donc pas sanctionnés. Je n’ai jamais eu autant de travaux rendus à temps que cette année-là : seul 1 élève perdit 1 point sur l’année entière ! Ils s’étaient sentis responsables de leur décision…

Quelle expérience en as-tu retirée ?

Une expérience personnelle enrichissante sur le plan personnel et relationnel. Ce fut l’occasion aussi, après 4 ans de pause-carrière, de redonner de bonnes bases à mon retour devant les classes, pleine de nouveaux projets et d’outils concrets d’observation et d’actions. D’ailleurs, le jour de la rentrée, j’ai fait asseoir mes élèves de 16 ans en cercle et on a joué pour apprendre à mieux se connaître, comme au Certificat…et ça marche !

Ton meilleur souvenir…

Il n’y en a pas qu’un ! Mais je pense au jour où on avait décidé de toutes se mettre ensemble pour préparer le repas : on devait partager nos savoir-faire… ou bien le jour où on a fait la formation dans le jardin d’une participante, on faisait partie d’un groupe où chacune avait sa place…
Comme pour les élèves, les souvenirs sont toujours créés à partir des moments «hors du commun» !

Quels conseils pour les candidats au Certificat ?

Une volonté de se remettre d’abord en question soi-même et être ouvert à toutes les activités les plus imaginatives et les plus farfelues proposées par des formateurs motivés et compétents : le cerveau droit fonctionne souvent bien plus que le gauche !

En quelques mots et en guise de conclusion, le mot de la fin pour toi, ce serait…

Si la gestion des conflits m’intéressait, je suis aujourd’hui encore bien plus attirée par sa prévention; la terre porte bien plus de fruits si elle a été préparée avec attention : écoute, valorisation, partage… en sont les engrais.

Merci beaucoup Isabelle pour cette causerie !

Propos recueillis par Christine Cuvelier, Chargée de relations publiques

Le témoignage d’Anne-Laurence

Anne-Laurence a suivi le Certificat en gestion positive des conflits avec les jeunes (désormais Brevet en gestion de conflits avec les jeunes). Elle nous offre aujourd’hui son témoignage.

Qu’est-ce qui vous a plu particulièrement dans ce programme ?

La pédagogie par une alternance entre les exercices, l’analyse de la situation par les participants, ainsi que la théorie expliquée après par les formateurs.

Que retirez-vous de cette expérience, d’un point de vue tout à fait personnel ?

Que du bonheur! Une prise de conscience de ma façon de fonctionner, un pouvoir d’analyse sur la situation et des pistes à suivre, des solutions surtout qui m’apportent, que j’apporte à mon petit garçon et à mes proches, à mes collègues, ….

Utilisez-vous vous-même l’un ou l’autre outil de médiation proposé dans votre quotidien ?

Je n’arrête pas! C’est extra! J’ai encore des choses à apprendre et à la fois je m’approprie de plus en plus les outils. Je passe par différentes techniques apprises comme exprimer ses besoins, parler des faits, se connaître et connaître les autres, analyser des situations en situation de stress ou de coopération,… J’adore, je suis passionnée de voir les enfants prendre conscience de leurs réactions et après de changer de comportement.

Voyez-vous une différence de comportements, des changements, chez vous, ou chez les enfants dont vous vous occupez ?

Lors de stages de 3 à 5 jours avec des enfants de 5 à 8 ans, je prends le matin une heure pour faire des exercices de connaissance de soi, des autres, de coopération ou de prévention à la gestion des conflits chaque jour. Les enfants sont souriants, calmes, les mots et les gestes « qui font mal » sont moins présents et ils sont accueillis au conseil au début ou fin de journée.

Le témoignage de Marie-Noëlle

Marie Noëlle Heymans : « Une véritable intimité se crée dans ce groupe et m’a permis de tester des attitudes que je n’aurais pas osées ailleurs »

« Les progrès se font parfois lents mais les habitudes de changement sont enclenchées… »

Madame Marie Noëlle Heymans, vous avez suivi le Certificat en gestion de conflits interpersonnels,

Julien [J.] : Qu’est-ce qui vous a plu particulièrement dans ce programme ?

Marie Noëlle Heymans [M. H.] : L’intérêt d’un tel programme est le travail « au long court », si je puis dire. Le travail se fait de mois en mois par petites touches. Et en fin de compte, lors du bilan, j’ai observé chez moi un véritable changement en profondeur.

Je nommerai trois ingrédients qui ont fait que « la sauce a pris » :

1- le groupe : tout est mis en place pour que le groupe se prenne en charge, se responsabilise. Une véritable intimité se crée dans ce groupe et m’a permis de tester des attitudes que je n’aurais pas osées ailleurs. Le changement se teste en séance pour ensuite être davantage utilisé dans le quotidien entre les séances.

2- le coordinateur de la formation : à chaque séance, l’université de Paix invite un intervenant différent, particulièrement expérimenté dans le domaine concerné. Pour que cette formation ait une cohérence malgré la succession des intervenants, un coordinateur participe à toutes les séances et a pour mission de nous encourager à faire les liens entre les différents thèmes, il accompagne les trajectoires de chacun. Il s’agit là d’un rôle discret mais tout à fait important.

3- La progression des thématiques : Ces thématiques visaient tout autant à nous donner de nouvelles lunettes pour décoder nos interactions quotidiennes mais aussi pour nous outiller dans notre communication. En d’autres mots, elles m’ont permis d’être un peu plus lucide sur moi-même et plus outillée dans la relation aux autres.

J. : Que retirez-vous de cette expérience, d’un point de vue tout à fait personnel ?

M. H. : Le message que je retiens le plus, le plus marqué en moi, je l’ai entendu à la première journée du premier week-end : « Le conflit n’est qu’un désaccord. Il est pris dans un maillage fait d’émotions que chacun gère plus ou moins bien, d’enjeux, de contexte, de place des uns et des autres, d’une dimension temporelle, … En lui-même, le conflit, ce n’est pas grave ! »

Formidable découverte !

Ce jour-là, le conflit a cessé d’être un gros méchant monstre que je dois éviter à tout prix. Cela a profondément modifié mon rapport aux autres.

J. : Utilisez-vous vous-même l’un ou l’autre outil de médiation proposé dans votre quotidien ?

Oui, très certainement au quotidien. Mon homme me dit régulièrement qu’il a été le premier bénéficiaire de la formation !

Les progrès se font parfois lents mais les habitudes de changement sont enclenchées…

Haim Ginott[1], un pédopsychiatre qui a mis au point des programmes de communication respectueuse dans les familles a écrit que cette approche peut se comparer à l’apprentissage d’une nouvelle langue, comme l’allemand ou le chinois. Et de plus, tout en apprenant ce nouveau langage, il fallait désapprendre l’ancien discours, issu d’une vie entière. Il serait assez normal que nous la parlions avec un certain accent; l’objectif étant que les générations qui nous suivent puissent l’intégrer comme une langue maternelle ! Beau programme, non ?

J. : Auriez-vous une anecdote, un petit récit ou autre à nous partager par rapport à votre expérience ?

M. H. : J’ai compris que ce que je découvrais en formation « percolait » dans l’éducation de mes enfants le jour où mon fiston âgé de 8 ans à ce moment-là m’a rapporté une discussion qu’il a eue avec son institutrice.

Assez turbulent, il était régulièrement accusé d’avoir donné des coups ou de participer à une bagarre. L’institutrice l’accusait parfois à tort, ce qui le mettait en rage. Un jour, alors qu’elle l’interpelle et qu’elle lui demande ce qu’il a fait à « x », il lui répond : « Je ne suis pas d’accord avec vous, je suis triste et fâché d’être accusé alors que vous n’avez pas vu ce qu’il se passe. Gérons ce désaccord ! »  Mon fiston a été très content de me dire l’étonnement de son institutrice si peu habituée à un tel langage de sa part et surtout de son exploit à freiner l’explosion liée à la colère et à la dire avec des mots. En rigolant, il me dit : « Tu l’as expliqué à Papa, hier pendant le souper ! »
Notre famille est en apprentissage de cette seconde langue et je sais que cela prendra du temps pour tout le monde !


[1] Faber A & Mazlish E. (2001) « Parents épanouis, enfants épanouis, cultivez le bonheur dans votre famille », éd. Relations plus inc.

Le témoignage de Christiane, au Luxembourg

Christiane Wagner-Bach a participé au Certificat en prévention et gestion de conflits dans les groupes de jeunes au Luxembourg (SCRIPT-IFC). Elle nous livre aujourd’hui son ressenti par rapport à son expérience.

« Voici quelques unes de mes réflexions au terme d’un peu plus de la moitié du certificat :

A la fin du 6ième module,  je comprends, peu à peu, comment les différents modules sont reliés entre eux. Jusqu’ici, j’avais eu des difficultés pour trouver ce « fil rouge ». C’est surtout le répertoire des 4 attitudes éducatives qui m’a  démontré à quel point les différents modules se complètent. Il me reste à utiliser, de façon adéquate, les nombreuses idées que j’ai rencontrées. Je me réjouis de les incorporer dans mon travail et dans la relation à l’autre.

Je prends, par exemple, le module sur l’estime de soi qui m’a montré que le développement de l’estime de soi chez nous-mêmes et surtout chez nos élèves est souvent négligé ou oublié. Je pense qu’il est très important d’y faire plus attention et d’éviter des attitudes éducatives qui nuisent à l’estime de soi des enfants.

Pour conclure en toute transparence, j’ai envie d’ajouter : certains modules m’ont plus intéressée que d’autres, certains furent même très intenses. Je vais encore relire mes syllabi pour intégrer l’ensemble. Mais déjà, et j’en suis satisfaite : les outils vus me permettent de mieux comprendre les conflits dans un groupe et m’aident à intervenir de façon adéquate et consciente. Jusqu’ici, j’ai beaucoup appris sur les autres membres du certificat et sur moi-même ».

Le témoignage d’Emmanuella

Emmanuella Lonardo a suivi le Certificat en gestion positive des conflits avec les jeunes, une de nos formations de longue durée. Aujourd’hui, elle nous livre son regard sur son parcours…

« Cette formation  m’a permis de me rendre compte de la dimension qu’il existe entre l’autre et moi ».

Qu’est-ce qui vous a particulièrement plu ?

– Les échanges avec les autres participants. Dans tous les cas, respect des règles mentionnées dès le départ, c’est-à-dire : parler en « je » [parler de soi plutôt que sur autrui], droit au STOP [droit de poser ses limites]…

– Les échanges purement professionnels, très respectueux du cadre de vie, des valeurs de chacun.

– Le côté très pratique : à partir d’exercices, on découvre de la théorie. Pour l’équipe de formation, je trouve cela très pro. Pour leur créativité : Bravo !

Que retirez-vous de cette expérience d’un point de vue personnel ?

Cette formation  m’a permis de me rendre compte de la dimension qu’il existe entre l’autre et moi. Je suis moi, avec mes interprétations, mon vécu, mes choix et l’autre est l’autre. Respecter mon vécu et celui de l’autre est une grande étape dans la gestion de la relation avec lui ou elle.

Utilisez-vous vous-même parfois des outils présentés lors du Certificat ?

J’utilise assez souvent les techniques de l’écoute active et du DESC.

J’aborde également et plus souvent que dans le passé mes propres besoins et émotions. Mes objectifs sont clairement exprimés dès le départ. Je demande à l’autre de clarifier ses objectifs, je vérifie ses émotions par rapport à ce qu’il vient de me dire, ce qu’il vient de vivre.

J’ai appris à me dire : « Ce qui te fait rire ne fais pas forcément rire tout le monde ! »

Voyez-vous une différence de comportement… ?

Dans le cadre des stages que je coordonne, je suis beaucoup plus à l’écoute. Quand il y a un souci entre 2 enfants, j’écoute en demandant aux enfants de me citer les faits, pas leurs interprétations. Les enfants sont alors plus à l’aise pour gérer un conflit, ils expriment leur vécu par rapport à la situation qu’ils viennent de vivre. Je prépare une petite formation (au départ de celle que j’ai suivie à l’Université de Paix) pour l’équipe d’animation : ceux-ci sont plus à l’aise, l’échange est réellement palpable sur le terrain. Toutes les règles sont respectées parce qu’elles sont toutes connues, qu’elles sont claires et que leur conséquences sont clairement expliquées !

Prévenir la violence chez les enfants et les ados

Violence physique, verbale, psychologique, institutionnelle… Qu’en est-il de ces violences à l’école, à la garderie, à la maison de quartier, au centre ou encore à la maison de jeunes aujourd’hui ? Comment agir ? Comment gérer et décoder la violence ? Comment encourager des enfants, des adolescents à adopter des comportements appropriés et non-violents lors de différends et leur permettre ainsi de jouir d’une meilleure qualité de vie ?

Prévenir la violence chez les enfants et les adolescents : que dire et que faire ?

Par Christelle Lacour, initialement publié en 2010, dans le trimestriel de l’Université de Paix.

Violence et besoins : des liens possibles

D’où vient cette violence chez les jeunes mise en avant par les médias ? La violence est un phénomène humain fortement lié à la frustration et donc a fortiori à l’insatisfaction d’un besoin. Ces considérations ont fait l’objet de la création d’un schéma à l’Université de Paix. Ce schéma, appelé « cercle de la frustration » ou « cercle de la violence », est basé sur les travaux de Paul-Henri Content (licencié en psychologie sociale, formateur pour adultes, superviseur et thérapeute en psychologie humaniste), inspiré lui-même par les théories du besoin en psychologie.

Prenons un exemple concret. Arthur dit à Jason : « Eh ça va la machine à calculer ? » (NDLR : boutons d’acné sur le visage) en regardant les autres avec le sourire. Jason se lève et dit, les poings serrés : « Tu vas me le payer ! ». Plus tard, Arthur constate que les pneus de son vélo sont crevés. Si nous suivons la logique circulaire du schéma ci-dessus, nous pouvons imaginer qu’au départ, le besoin non satisfait de Jason est le besoin de respect, voire d’acceptation ou d’intégration dans le groupe. Ce besoin en souffrance amène rapidement de la colère envers Arthur : les sourcils se froncent, le rythme cardiaque augmente et les poings de Jason se serrent. Cette colère se transforme en intention hostile : « Tu vas me le payer ! ». Et le passage à l’acte violent de Jason (crever les pneus du vélo) peut se justifier à ses yeux par l’humiliation publique d’Arthur. Il se fait justice lui-même, en quelque sorte. En amont de ce bout de conflit, comment expliquer la violence verbale d’Arthur ? Et quelles conséquences au fait d’avoir crevé ses pneus en représailles ? Cet acte provoquera sans doute la frustration d’autres besoins chez Arthur (avec le risque d’escalade que cela implique), sans pour autant satisfaire le besoin frustré au départ chez Jason, à savoir le respect ou le souhait d’être accepté dans le groupe. Dans ce cadre, nous pouvons envisager que la violence est l’expression dramatique d’un besoin non satisfait. Dramatique, car elle permet rarement de combler le besoin qu’elle tente de faire reconnaître ou soigner. Au contraire, la violence appelle la violence. D’où l’idée de cercle.

Se positionner : se protéger et écouter

Mais alors, comment réagir en tant qu’adulte dans cette situation ? Heureusement, il existe plusieurs portes de sortie pour faire de ce cercle vicieux un cercle vertueux. Remontons un peu dans le temps et arrêtons-nous juste après la réflexion d’Arthur sur les boutons de Jason. La première chose à faire est de se positionner physiquement à la fois pour se protéger (en gardant une certaine distance ou en s’asseyant) et à la fois pour manifester de la bienveillance face aux émotions exprimées maladroitement (en utilisant le regard, une voix posée et des gestes ouverts). Prendre Jason et/ou Arthur à part, en dehors du regard du groupe, peut aussi favoriser l’apaisement face à la situation.

La prise en charge de la frustration de Jason peut alors se faire de différentes manières. Il est possible de l’écouter activement, à la façon de Thomas Gordon (docteur en psychologie clinique, psychologue humaniste, pionnier dans la conceptualisation de la résolution des différends gagnant-gagnant ou sans perdant) : « Tu es fâché de te faire traiter de machine à calculer ?» ou «Tu es triste qu’Arthur dise cela devant tout le groupe en souriant ? ». Autre possibilité, exprimer sa désapprobation à Arthur de façon assertive : « Je suis fâché et je ne suis pas d’accord que tu dises cela à Jason. C’est une question de respect » (Pour aller plus loin : écoute active).

La méthode de médiation « SIREP »

L’adulte peut également utiliser la médiation, grâce à la méthode SIREP (méthode de médiation, détaillée dans Négocier, ça s’apprend tôt ! (1997), Namur : Université de Paix.) :

  • Stop pour gérer les émotions : «Je vous demande d’aller dans le coin émotions, de respirer comme nous l’avons appris, de faire tel exercice de décharge des émotions,… Quand vous vous sentirez mieux, nous pourrons reparler de cet événement.»
  • Identifier le problème : «Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce qui a été dit ou fait réellement ? Comment te sens-tu ? Qu’est-ce que ça te fait ?» Il est important de donner la parole alternativement à chaque partie au conflit et de faire écouter en silence et reformuler l’autre partie (pour vérifier qu’elle a compris). Par ailleurs, nettoyer les jugements permet de repartir des faits, base de discussion constructive en gestion de conflits.
  • Rechercher des solutions, les Évaluer pour en choisir une et Planifier la solution trouvée : « Que proposez-vous ? Quelle solution vous paraît la plus satisfaisante pour les deux ? Comment la mettre en œuvre : où, quand, comment, avec qui ? »

Un cadre sécurisant pour tous

L’écoute, l’expression assertive et la médiation sont particulièrement efficaces lorsque les choses semblent encore négociables, donc avant qu’un acte de violence verbale ou physique ait été posé.

Dans la sphère du « non négociable », il est par ailleurs intéressant de rappeler :

  1. la règle (exemple : « Je ne fais de mal ni à moi ni aux autres »).
  2. les sanctions possibles en cas de transgression : sanctions réparatrices en lien avec les conséquences de l’acte commis, comme s’excuser, reformuler les choses de façon acceptable, réparer les dégâts matériels causés, remplir une fiche de réflexion/réparation sur ce qui vient de se passer, etc.

Une fois l’acte de violence posé, il est très important de sanctionner, c’est-à-dire de faire assumer au jeune les conséquences de ses actions. Cette sanction n’empêche aucunement de faire un travail de fond, plus préventif comme celui qui est proposé précédemment : écouter, exprimer son point de vue adulte, inviter les parties à trouver des solutions, leur donner les moyens de décharger systématiquement leurs émotions…

Toutes ces techniques de communication constructives s’apprennent. Cet apprentissage demande du temps, c’est pourquoi l’Université de Paix a créé un programme de développement des habiletés sociales : « Graines de médiateurs II – Accompagner des enfants dans l’apprentissage de la gestion positive des conflits ».

Ce programme a été testé durant une vingtaine d’années dans plus de 200 groupes d’enfants et d’adolescents. Il consiste à accompagner les jeunes dans l’apprentissage des compétences qui permettent de prévenir la violence et de gérer les conflits. Grâce à « Graines de médiateurs », les jeunes apprennent à s’estimer, à faire confiance à l’autre, à prendre une place acceptable dans le groupe,… ces dimensions servant de piliers à l’édifice d’une paix solide et durable. Parallèlement, des équipes d’enseignants, d’éducateurs, de surveillants, de puéricultrices, d’animateurs suivent des formations leur permettant de remettre en question leurs attitudes et leurs pratiques adultes et de servir de modèle de référence «non violent» pour les jeunes qu’ils encadrent. La violence est un jeu qui se joue à plusieurs. Il est naturel qu’elle se déjoue à plusieurs également…

Le témoignage de Catherine

Catherine a suivi le Certificat en gestion de conflits interpersonnels. Elle a accepté de nous partager brièvement une partie de son expérience :

« Pour résumer mon vécu, je dirais que je suis arrivée avec plein de croyances et d’attentes. Je repars avec le sentiment que le certificat m’a donné des clés, ouvert des portes, mais que tout reste à faire. Ce n’est pas la fin d’une aventure humaine ou de la découverte de soi mais le début. Vers ce nouveau voyage, j’emmène avec moi deux nouvelles croyances « créditer l’autre d’une intention positive » et « accepter que je n’ai pas de pouvoir sur l’autre » lui rendre la responsabilité de ses choix et prendre la responsabilité des miens ».