« Toute chose ressemble à un clou… »

« Toute chose ressemble à un clou, pour celui qui ne possède qu’un marteau », écrivait Abraham Maslow.

A l’Université de Paix, nous pensons qu’il existe des « outils » susceptibles de nous permettre de mieux vivre ensemble, mieux communiquer et mieux comprendre ce qui se passe lorsque nous sommes en relation. Il ne s’agit pas de baguettes magiques permettant d’éliminer les différends, mais plutôt de repères que nous pouvons utiliser en fonction des situations, et vérifier s’ils sont adéquats ou non, s’ils nous conviennent.

En tant qu’organisme de formation, l’Université de Paix propose de développer ces compétences et apprentissages notamment à travers le Brevet en gestion positive des conflits avec les jeunes (cf. Les apprentissages de ce Brevet). Dans cette formation, les participants apprennent non seulement les « contenus » de base en gestion de conflits, mais aussi à les appliquer et à évaluer leur adéquation aux différents contextes.

Notre mission de développement de « l’outillage relationnel » de chacun se traduit aussi dans des interventions « sur mesure », à la demande, souvent auprès d’adultes en charge de l’éducation des jeunes (cf. le témoignage d’une enseignante, parmi d’autres témoignages). Sur ce site, vous découvrirez par ailleurs des pistes méthodologiques pour parler des relations dès la maternelle. Vous trouverez aussi des fiches d’activités directement réalisables avec des enfants.

L’Université de Paix produit, partage et diffuse des ressources pédagogiques et des contenus et méthodes de formation afin d’outiller chaque personne qui le souhaite à résoudre ses conflits par le dialogue, et non « par des coups de marteau ».

« Les relations des jeunes sur le web » (ppt)

Cyberharcèlement, addictions, selfies, image de soi… Comment utilisent-ils les technologies ?

Présentation powerpoint et sources (liens) de la conférence « Les relations des jeunes sur le web » (précédemment intitulée « Les relations 2.0, relations connectées »).

Les jeunes passent désormais une partie de leur temps sur les réseaux sociaux. Inspiré par ce constat, Michel Serres parle de « Petite Poucette » pour désigner cette génération qui communique avec son pouce sur les écrans… Tablettes, PC ou smartphones, les médias numériques occupent une grande place dans le quotidien. Quels sont leurs impacts sur les relations ?

Dans cette présentation, nous exposons tout d’abord quelques idées reçues classiques à l’égard d’Internet et de ses usages.

Ensuite, nous passons en revue plusieurs pratiques typiques des jeunes sur le web. A partir de ces observations, nous identifions des repères pour comprendre comment les technologies modifient (ou non) nos rapports sociaux.

Enfin, nous formalisons un ensemble de pistes pour aborder la relation à travers ces nouveaux médias, non seulement au niveau des jeunes, mais aussi des adultes : comment prévenir les malentendus sur le web ? Comment y gérer un conflit ? Quelles sont les choses qui diffèrent par rapport à la vie « IRL » (In Real Life, « dans la vraie vie ») ?

Tous ces moments sont accompagnés d’exemples illustratifs et études de cas.

 

Sources – pour aller plus loin

L’impact des nouveaux médias sur nos relations

Le 13 novembre 2014, Julien Lecomte (Chargé de communication à l’Université de Paix) était présent sur le plateau de l’émission Canal et compagnie (Canal Zoom et Canal C) pour parler des effets des médias sur nos manières de communiquer et d’aborder les relations. Il est intervenu en seconde partie d’émission et a répondu aux questions de l’animateur Roland au sujet de ces nouveaux outils médiatiques : diminuent-ils nos relations interpersonnelles ? Engendrent-ils plus de violence ? Nous rendent-ils plus narcissiques ? Faut-il parler de modes ou de véritables pratiques durables ? Peut-on éduquer à la relation sur les réseaux sociaux ?

Malheureusement, cette vidéo n’est plus hébergée sur le site de Canal C / Canal Zoom. Celle-ci ne nous appartient pas, et donc nous n’avons pas a priori l’autorisation de les héberger nous-mêmes. Nous allons demander aux chaines de télévision s’il n’y a pas de souci à cela ou si elles sous-traitent la gestion de leurs archives. En attendant, il n’est donc malheureusement plus possible de visionner cette vidéo.

> Pour (re)voir la vidéo

Cathy Van Dorslaer : « Ca fonctionne ! »

Novembre 2001. Trois mois que Cathy Van Dorslaer a réintégré, après cinq ans de détachement, son école et ses classes du technique et du professionnel, avec pour projet d’initier ses élèves à la Communication Nonviolente et à la gestion positive des conflits et de partager son expérience avec ses collègues.

Elle nous offre ici son témoignage (initialement paru dans le trimestriel n°77, en 2001).

« Des outils de l’Université de Paix en classe, ça marche ? »

Le premier septembre, je retrouve donc la cour de récréation, la mallette, le tableau noir, la poussière de craie, les « têtes blondes »… avec un réel bonheur et l’enthousiasme (me disent mes collègues) d’une jeune stagiaire. Je suis titulaire de nombreux cours qui me permettront (au travers du programme officiel) de travailler le respect de soi et de l’autre, l’écoute, la communication, la compréhension et la gestion du conflit : Clés pour l’adolescence, Gestion collective de projets pluridisciplinaires, Religion, Expression en communication, Français, Actualité.

Je suis également impatiente de confronter les nombreux outils que j’ai découverts, appliqués et enseignés durant trois ans à l’Université de Paix à un public que j’ai moins eu l’occasion de rencontrer : des élèves de l’enseignement technique et professionnel qui, me dit-on, se montrent davantage violents, agressifs, démotivés qu’avant mon départ.

Il serait trop long de retracer ici trois mois de travail, de tâtonnements parfois. Je peux juste dire que les résultats sont à la juste mesure des moyens investis, ou, dit autrement, que je suis heureuse et satisfaite de ce qui se passe entre moi et mes élèves, de l’évolution qui se dessine dans ma classe, mais que je ne peux rien dire de l’impact que notre façon de fonctionner a dans d’autres cours ou hors de l’école. Il est encore trop tôt, me semble-t-il, pour évaluer. J’ai l’intuition cependant d’œuvrer comme un jardinier, plantant patiemment mes bulbes, alors que la saison est morose et parfois hostile, pour qu’au printemps germent des fleurs et que l’été soit une apothéose de couleurs et d’odeurs ou, soyons modeste, pour qu’il fasse bon vivre au jardin. Je me contenterai donc de préciser quelles règles de conduite ou quels outils m’ont semblé les plus pertinents, parmi tous ceux que j’emportais dans mes bagages et quelles adaptations il m’a semblé juste d’apporter.

  1. Le règlement (propre à l’établissement ou propre au cours) et son application sont un support indispensable en début d’année. Personne ne se connaît encore, la communication positive ne se fait pas spontanément. Savoir clairement ce qu’il est permis ou pas de faire sécurise chacun. Il est primordial que chacun en comprenne le sens, l’applique et sache clairement ce qu’il encourt s’il l’enfreint. Je dois avouer que j’en avais perdu l’habitude, travaillant avec des adultes motivés par une démarche qu’ils ont choisie. J’ai dû réapprendre la rigueur (une décision prise doit être juste et non motivée par l’énervement de l’instant et doit surtout être appliquée), j’ai également fait appel à toutes mes connaissances du langage non-verbal pour consolider mes propos de l’intonation, la posture, les gestes ou les expressions nécessaires à l’impact que je souhaitais avoir.
  2. Le message « Je » et la Communication Nonviolente. Avoir profondément ancrés en moi les principes de base de la Communication Nonviolente (faits/sentiments/besoins/demande) m’ont permis, bien des fois, de pouvoir me positionner avec force, mais surtout avec respect et empathie, face à un comportement d’élève qui me posait problème ou posait problème au groupe. J’ai pu m’exprimer, ou l’aider à s’exprimer autrement. A chaque fois, nous nous sommes entendus. Le fait de savoir qu’un comportement violent, agressif, est, pour reprendre l’expression de Marschall Rosenberg « l’expression maladroite d’un besoin inassouvi » m’a permis de pouvoir recevoir avec indulgence et détachement les manifestations de découragement, d’inquiétude, de tristesse,… de mes élèves, de les traduire, de les comprendre ; sans me sentir accusée, jugée, et sans donc être tentée avant tout de me défendre ou de réprimer. Cette sérénité-là est un atout majeur, une force mais aussi une façon, la meilleure peut-être, d’initier à une communication positive.
  3. Alterner théorie et analyse sur le vif. Je suis, dans mes cours, le fil conducteur des formations que j’ai données précédemment ; qu’il s’agisse de la mise en place d’un climat de respect au sein de la classe, de la découverte des composantes de la communication non-verbale et verbale, de la prise de conscience du positionnement de chacun en situation de conflit, de l’expérimentation de la difficulté à écouter de façon empathique, de l’utilisation de la Communication Nonviolente. Mais, à chaque fois qu’une situation s’y prête (et cela arrive très souvent) je quitte ma démarche chronologique pour appliquer les outils qu’il convient et j’explique ensuite aux élèves ce qui s’est passé, selon quelle logique j’ai procédé, avec quels outils ils peuvent analyser ce qui se passe, comment les choses auraient pu de dire autrement. Il a fallu un peu de temps pour qu’ils se fassent à ce genre de méthodologie, j’ai mené la danse seule pendant tout un temps, mais ils commencent maintenant à disposer de suffisamment de données pour pouvoir, petit à petit, fonctionner seuls ou pour établir des liens entre les différents moments d’apprentissage et les moments d’expression réels.
  4. Bien que je me sois donné pendant plusieurs semaines pour premier objectif de travailler la cohésion du groupe, la découverte positive et le respect de l’autre ; il m’a fallu constater que le « climat relationnel » de certaines classes ne permettait toujours pas une expression confiante de chacun face au groupe : certaines classes sont fort nombreuses, les élèves sont souvent à des niveaux de maturité et de concentration très différents, le temps imparti (50 minutes) est trop court pour garantir l’écoute et l’expression de tous, le non-jugement ou la confidentialité ne sont pas toujours respectés au terme du cours. Je procède donc parfois, quand le sujet de réflexion est plus personnel, de façon individuelle, demandant aux élèves de travailler seul, par écrit, dans un dossier qu’ils me remettent (s’ils le souhaitent). Je renvoie par la suite à la classe, de façon anonyme, ce qui est apparu. Un débat naît souvent, permettant à chacun, en fin de compte, d’évoluer dans la découverte de soi et de l’autre.

Le mot de la fin alors, après un trimestre… cela marche ! Il est passionnant de confronter une théorie à une pratique aussi forte, mouvante, bousculante. Il est surtout émouvant de découvrir sous des dehors bravaches et parfois, reconnaissons-le, désagréables, la sensibilité, la fragilité, la générosité, l’humour, le courage de chacun de ses élèves. Mes élèves et moi-même sommes ravis de cette expérience, nous nous le disions encore hier, à la dernière heure de la journée, alors que nous nous sentions un peu engourdis par une étrange chaleur et que nous ne savions plus s’il fallait l’attribuer au local surchauffé ou au plaisir d’être ensemble à rire en écoutant Sébastien, Thomas, François, Jean-Sébastien, et même Anaïs se lancer courageusement dans des exercices d’improvisation.

Tisser des liens intergénérationnels

Selon Dominique Pire, le premier palier du Dialogue Fraternel est l’action en commun : « Pour être unitive, une action doit être réalisée ensemble, sur un terrain commun, par des gens différents ». Les 27 et 28 mars 2004, l’Université de Paix a proposé un module de formation pour tisser des liens entre les générations en construisant des projets qui rassemblent différentes tranches d’âge, « pour construire des ponts entre les générations ».

Un article initialement publié dans le trimestriel n°86, en 2004.

L’intergénérationnel : un peu d’histoire

Au cours des dernières décennies, nous avons assisté, dans les pays occidentaux, à une augmentation considérable de l’espérance de vie, d’une part, et de l’autre à une diminution des quotients de fertilité, avec pour résultat un accroissement important de la population âgée. Par ailleurs, les structures familiales ont beaucoup évolué, parallèlement à l’urbanisation, l’industrialisation et l’indépendance économique des personnes âgées dans les années 50 : on passe de la famille étendue de type “large” à la famille réduite de type “allongé”, avec 4, parfois 5 générations qui se côtoient et des rôles qui se cumulent (je peux être à la fois fille, mère, petite-fille…).

Parallèlement à ces mouvements démographiques et à ces changements de structure familiale, on a assisté à l’émergence d’états-nations de plus en plus interventionnistes dans l’organisation de la vie collective. En conséquence, les solidarités familiales ont été remplacées progressivement par des solidarités publiques.

Cependant, la crise économique des années 80 a provoqué un affaiblissement des solidarités publiques et les familles sont à nouveau sollicitées pour amoindrir l’impact négatif des politiques d’austérité. On assiste donc à une relance des solidarités individuelles, familiales et de proximité, et certains y voient l’indice d’une réhabilitation de la famille et d’une plus grande prise de conscience des citoyens responsables dans le cadre d’une démocratie plus directe.

Faut-il tempérer cet enthousiasme ? Les solidarités privées sont encore trop peu nombreuses et trop limitées pour qu’on puisse prétendre qu’elles remplacent avantageusement les solidarités publiques. D’autre part, ces solidarités “nouvelles” ne pèsent-elles pas trop, matériellement et psychologiquement sur une génération-sandwich que nous représentons ?

“Sans une réflexion en profondeur sur les moyens concrets d’articuler les pratiques privées et les politiques officielles, il y a donc fort à craindre que le fossé ne se creuse davantage et qu’on puisse continuer à désigner ironiquement l’intergénérationnel comme un “gadget d’animation sociale”…

Ce qui compte donc dans notre action, outre le fait de mettre des générations en présence, c’est surtout que cette action ait un impact sur la vision que chacun a de sa place dans le continuum des âges de la vie. “Une véritable solidarité générationnelle ne sera possible que si chaque génération reconnaît dans l’autre un moment évolutif et fondateur de sa propre existence, en ôtant toute inflexion pathétique à un concept qui aspire à être un projet de société, et non une pieuse évocation de bons sentiments.”

Un exemple : la généalogie à l’école

Le projet « Généalogie à l’école » a eu lieu au cours de l’année scolaire 2001-2002. Des élèves de 5ème primaire réalisent leur arbre généalogique ou aident un enfant de la classe à réaliser le sien. Ils étaient guidés par des aînés formés ou expérimentés en généalogie (certains suivaient une formation à l’Université des Aînés). Il y a eu huit rencontres qui se sont achevées par une exposition ouverte aux familles, aux enfants de l’école, aux amis. Lors de cette exposition, les enfants ont présenté leur travail ; l’arbre généalogique personnalisé (chacun avait choisi un thème pour son arbre : les ballons, les fleurs, les fusées…), l’arbre réalisé sur ordinateur à l’aide d’un logiciel, une exposition d’objets anciens, le carnet de bord réalisé en classe dans lequel ils avaient mis en forme toutes les étapes, toutes les démarches effectuées pour construire leur arbre.

Quels étaient les objectifs visés ?

Le premier objectif était que les générations en présence s’échangent des savoirs et des savoir-faire dans la réalisation d’un projet commun. Dans ce projet il y avait trois générations : les enfants, les aînés, l’institutrice et la coordinatrice de l’association Réseau Générations Solidaires  (qui représente la génération intermédiaire).

Le second objectif était de permettre à chaque enfant de construire son arbre et/ou de s’approprier la démarche de recherche généalogique pour pouvoir accéder à ses racines, à ses origines.

Réaliser un tel projet met en présence de nombreux partenaires autour de la question des générations, ce qui représente un 3ème objectif : activer un réseau de professionnels. Le Cercle d’Histoire d’Ottignies, Géniwal, l’école de Lauzelle, Réseau Générations Solidaires et d’autres encore, plus ponctuellement. La participation de tous était vraiment importante pour faire aboutir ce projet.

Une évaluation de cette action a été menée par Réseau Générations Solidaires auprès des aînés et des enfants, avec la collaboration de l’institutrice. C’était très positif aussi bien pour les uns que pour les autres : le courant était passé, les idées toutes faites dépassées. Les aînés ont découvert l’école d’aujourd’hui, la pédagogie nouvelle, l’enthousiasme des enfants, les nouvelles familles (divorcées, recomposées…)

Les enfants, de leur côté, ont appris beaucoup de choses sur les aînés, sur leur famille… « Quand j’ai fait mon arbre, j’ai découvert plein de petites anecdotes rigolotes et même parfois mignonnes. Par exemple, qu’une de mes grand-mères adorait sucer des boules au citron… »