socialisation

Les relations des jeunes sur le web

Risques et usages

Les nouvelles technologies engendrent un certain nombre d’inquiétudes. Qu’est-ce que le « cyber » harcèlement ? Les « selfies » sont-ils une pratique saine ? A quoi servent toutes ces applications connectées en ligne ?

Parents, éducateurs, animateurs, enseignants… nous interpellent régulièrement à propos des relations des jeunes sur les réseaux sociaux.

Quels effets ces médias ont-ils sur leurs manières de communiquer et d’aborder les relations ? Diminuent-ils leurs relations interpersonnelles ? Engendrent-ils plus de violence ? Les rendent-ils plus narcissiques ? Faut-il parler de modes ou de véritables pratiques durables ? Peut-on éduquer à la relation sur les réseaux sociaux ? Quelles sont les « bonnes pratiques » et comment les développer ?

Objectifs

  • Avoir un aperçu des effets des technologies numériques sur les pratiques sociales.
  • Comprendre et expérimenter les médias dans leurs dimensions relationnelles et émotionnelles.
  • Développer une réflexion critique sur les usages et enjeux des technologies et des réseaux en ligne.
  • Élaborer des pistes pédagogiques pour éduquer à la relation sur et à travers les médias.

Contenus

  • Internet en chiffres
  • Idées reçues à l’égard des nouveaux médias
  • Pratiques et usages du web, avec études de cas
    • Image de soi et réputation
    • Relations interpersonnelles
  • Pistes pour des relations (plus) harmonieuses / sereines sur le web
  • Bibliographie / webographie détaillée

Méthodologie

  • Supports variés
  • Alternance théorie / pratique
  • Études de cas
  • Jeux de rôles
  • Expérimentation d’outils et /ou de réseaux sociaux

Groupe : de 12 à 18 personnes

Durée : 1 journée de 9h30 à 16h30 (6 heures) 

Date : Lundi 20 avril 2020 – Référence : 2029

Lieu : Université de Paix

Prix :

  • 90 euros (Particulier, Association)
  • 80 euros (Membre adhérent UP)
  • 50 euros (Jeunes de moins de 26 ans)
  • 120 euros (Organisation)
logo[1] Cette formation est agréée à hauteur de 6 heures par la Commission Fédérale de Médiation.
logonohatefr-640x270[1]  Aussi dans le cadre de la campagne « No Hate ».

> Inscriptions

> Renseignements pratiques complémentaires

 

L’impact des nouveaux médias sur nos relations

Le 13 novembre 2014, Julien Lecomte (Chargé de communication à l’Université de Paix) était présent sur le plateau de l’émission Canal et compagnie (Canal Zoom et Canal C) pour parler des effets des médias sur nos manières de communiquer et d’aborder les relations. Il est intervenu en seconde partie d’émission et a répondu aux questions de l’animateur Roland au sujet de ces nouveaux outils médiatiques : diminuent-ils nos relations interpersonnelles ? Engendrent-ils plus de violence ? Nous rendent-ils plus narcissiques ? Faut-il parler de modes ou de véritables pratiques durables ? Peut-on éduquer à la relation sur les réseaux sociaux ?

Malheureusement, cette vidéo n’est plus hébergée sur le site de Canal C / Canal Zoom. Celle-ci ne nous appartient pas, et donc nous n’avons pas a priori l’autorisation de les héberger nous-mêmes. Nous allons demander aux chaines de télévision s’il n’y a pas de souci à cela ou si elles sous-traitent la gestion de leurs archives. En attendant, il n’est donc malheureusement plus possible de visionner cette vidéo.

> Pour (re)voir la vidéo

Selfies, réseaux sociaux et estime de soi

Le troisième numéro du fanzine trimestriel de la Confédération des Organisations de Jeunesse indépendantes et pluralistes vient de sortir. A cette occasion, vous pouvez découvrir deux articles pour mieux comprendre les relations sur le web

Désigné « mot de l’année » par le dictionnaire Oxford, le « selfie » est un autoportrait réalisé à l’aide d’un appareil photo. Cette pratique semble de plus en plus répandue : est-ce le signe d’une société de plus en plus narcissique, focalisée sur l’image ?

Avant tout chose, il faut relativiser l’ampleur du phénomène. Une des raisons les plus probables de ce « selfie boom » est simplement la possibilité technique de le faire. La photographie numérique n’est pas la même chose que la photographie argentique, où chaque photo « ratée » était perdue. Ici, on peut se permettre de ne pas cadrer correctement, de recommencer encore et encore : on ne « gâche » pas de la pellicule pour autant… L’essor du selfie est lié à la démultiplication des tablettes, smartphones et autres objets connectés.

En tant que « nouvel » usage technologique, le selfie a d’abord été pratiqué par les jeunes, puis par certains « influenceurs », comme Facebook notamment. Aujourd’hui, on peut se demander si cela ne risque pas de devenir « old-school » maintenant que les adultes trouvent ça « cool » d’en faire aussi… S’il y a beaucoup d’émulation sociale autour de ce phénomène, il se pourrait aussi que ce soit en partie une mode.

Par rapport à la question qui nous occupe, certaines études semblent montrer des corrélations entre un usage intense des selfies et une propension au narcissisme. Toutefois, la chercheuse danah boyd constate que les selfies ne sont pas que des actes narcissiques. Est-ce qu’un autoportrait devant un monument est la même chose qu’un selfie dans le miroir de sa salle de bains ? Une fonction de la photo peut être d’immortaliser un moment, de dire « j’y étais ». Ce type de cliché servirait d’abord à mettre en valeur un contexte, et non la personne en tant que telle.

Le baume du « like »

D’un autre coté, danah boyd constate dans ses recherches que les « likes » font du bien aux jeunes et que la quête de l’attention est fort présente dans leur construction identitaire. L’image de soi (celle que l’on donne, et celle que les autres nous renvoient) occupe donc une place prépondérante sur le web.

Différents réseaux sociaux illustrent comment cette image peut être « travaillée », mise en scène. Par exemple, Google+ propose de lister vos « plus belles réussites ». Facebook invite quant à lui à renseigner vos « événements marquants » dans sa timeline, ou à « choisir une image unique » en guise de photo de couverture. Des sites qui se revendiquent de l’éducation aux médias abondent dans cette direction, lorsqu’ils soulignent l’importance de faire très attention à votre « e-reputation », votre réputation en ligne. A ce sujet, certains analystes parlent de « personal branding » pour désigner le fait que des individus ont recours à des pratiques similaires à celles du marketing pour se mettre en valeur, créer une sorte de « vitrine de soi ».

Les plus alarmistes déplorent dès lors le risque d’un modèle du web comme « lieu du paraître », où l’erreur, par exemple, ne serait plus permise et nous poursuivrait toute notre vie.

Les likes et les partages deviendraient les unités de mesure de la valeur des personnes.

Dans cet ordre d’idées, pour Thomas De Long, « Facebook crée une culture de compétition et de comparaison ». Concrètement, les personnes partagent plus volontiers des informations comme « j’ai eu une promotion » ou « regardez ma nouvelle voiture » que leurs échecs, et encore moins les banalités du quotidien. Selon lui, cela contribuerait à nous rendre malheureux en augmentant nos standards de succès.

Plus loin encore, un individu peut avoir la sensation non seulement que les autres ont une meilleure vie que lui (parce qu’il est confronté à une réalité « épurée »), mais en plus que l’image qu’il renvoie de lui-même n’est pas conforme à qui il est vraiment. En effet, il existe parfois un écart entre la vitrine « idéale » qu’une personne affiche à l’extérieur et l’image qu’elle a d’elle-même.

Tout cela mérite d’être nuancé. Certains refusent d’être sur Facebook, ne pratiquent pas régulièrement le selfie ou encore disent ne pas se tracasser de l’image qu’ils donnent d’eux-mêmes. Il est profondément réducteur de dire qu’une société dans son ensemble est plus ou moins égocentrique. Dans les discours, par ailleurs, les personnes peuvent prendre beaucoup de distance critique avec leurs propres pratiques, soulignant la conscience qu’ils ont de « porter un masque » et de « jouer le jeu ». Toujours est-il que ces réflexions peuvent être mises en lien avec un travail relatif à la connaissance de soi, aux croyances qu’un individu porte sur lui-même et sur les autres, à la confiance qu’il a en lui et dans les autres, ou encore aux réussites et aux échecs qu’il s’autorise et se reconnait. C’est-à-dire, en somme, sur l’estime de soi.

« Les rel@tions numériques », dans le COJ#03

Le troisième numéro du fanzine trimestriel de la Confédération des Organisations de Jeunesse indépendantes et pluralistes vient de sortir. A cette occasion, vous pouvez découvrir deux articles pour mieux comprendre les relations sur le web

On pourrait croire que les personnes qui sont scotchées à leurs écrans n’ont plus de relations sociales. Or, des sociologues et des psychologues, notamment A. Casilli, se sont penchés sur la question et ont constaté qu’il s’agit d’une idée reçue. Au contraire, la plupart des pratiques sur le web ont une dimension relationnelle : commenter un statut ou un article, chatter, tweeter, « liker » un contenu, partager un article ou une opinion, etc. Même les jeux en ligne et les applications suscitent une forte interaction entre les joueurs, qui soit y retrouvent leurs amis, soit y tissent des relations nouvelles. Internet n’est pas un monde à part, mais un « nouveau territoire » dans lequel se jouent nos échanges avec les autres…

Ce n’est pas pour autant que l’on communique de la même façon sur le web et « IRL », « dans la vraie vie ». En témoigne par exemple l’usage du smiley et de la ponctuation. Si votre collègue vous écrit « Bonjour. Dans 5 minutes, j’aimerais te parler. », cela peut être perçu différemment que si elle vous écrit « Bonjour ! Dans 5 minutes, j’aimerais te parler 🙂 ». Pourtant, il s’agit du même contenu lexical. Pour se faire comprendre, nous sommes donc appelés à intégrer des aspects de la communication « face à face » du quotidien dans notre communication écrite. Les mots impliquent des pensées, des interprétations et des effets, en lien avec un contexte : il ne suffit pas d’être très factuel pour être sûr de bien se faire comprendre.

Un autre cliché fréquent par rapport à Internet et aux réseaux sociaux est qu’ils élimineraient progressivement toute notion d’intimité. Les pratiques des jeunes montrent au contraire qu’ils y sont très attentifs, ce qui explique d’ailleurs en partie le succès de Snapchat, par exemple. Sur ce réseau, non seulement les parents ne sont pas encore (contrairement à Facebook), mais en plus les échanges sont éphémères : ils disparaissent après consultation (même si cela peut être contourné assez aisément).

Qu’en est-il des relations plus problématiques, conflictuelles, voire de la violence ?

Malheureusement, le web est aussi le territoire de dérives plus ou moins conséquentes à ces niveaux. La violence n’est pas née avec les technologies, mais elle s’y manifeste différemment.

Tout d’abord, la violence acquiert une autre visibilité sur le web. Il n’y a peut-être pas plus de violence qu’avant (c’est difficile à quantifier), mais celle-ci est plus visible, parfois publique. C’est différent d’exprimer un désaccord lors d’une discussion à deux ou bien de le faire en réaction à un statut public posté par une personne. Dans ce second cas, il est parfois plus difficile de savoir qui va nous lire et donc de prévoir les impacts de ce que l’on dit. De surcroit, il y a un coté « spectaculaire » aux échanges, au sens où les gens qui débattent le font devant des spectateurs. Cela peut renforcer les dynamiques compétitives de certains, tandis que d’autres n’exprimeront jamais leur opinion et se replieront… La prise de parole (collaborative, raisonnée, ou encore constructive) sur le web est l’un des enjeux que cela soulève.

Ensuite, le web est un territoire qui nous entoure en continu. Les cas de cyber-harcèlement correspondent en général à des cas de harcèlement « classique » qui se prolonge via les réseaux sociaux [à propos du harcèlement entre jeunes, lire les articles de fond sur notre site]. Cela peut avoir des conséquences dramatiques étant donné que le harcèlement pouvait autrefois être confiné dans le domaine du travail ou de l’école, et donc renforcer la sensation d’impuissance des individus en position de victime, dans un cadre où l’on ne sait pas très bien qui est témoin de quoi. A contrario, cet espace de visibilité peut permettre d’identifier les cas de harcèlement (attention cependant aux décodages hâtifs), pour peu que les intervenants éducatifs ne considèrent pas que ce qui se passe en ligne n’a rien à voir avec ce dont ils sont supposés s’occuper.

Plusieurs autres dimensions font que les relations numériques sont multiples et complexes. Il y a la possibilité d’utiliser l’anonymat (typiquement, à l’occasion de commentaires haineux), de « jouer un rôle », etc.

Dans le cadre d’une éducation citoyenne, il semble dès lors intéressant d’amener un questionnement sur les conséquences (même non désirées) de nos messages (une compréhension des mécanismes en place dans nos relations ou dans la communication), ou encore de favoriser des postures et des dynamiques empathiques et coopératives, y compris (mais pas seulement) sur les réseaux sociaux.

Pour continuer la réflexion sur la question des relations numériques, lire aussi la fiche « Socialisation numérique » du CSEM.