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Témoignages de Certifiés 2015

Ci-dessous, retrouvez le témoignage de 4 personnes ayant suivi le Certificat en gestion positive des conflits interpersonnels (2014-2015).

Pendant les formations à l’Université de Paix, il règne un réel climat de bienveillance. J’ose me lancer, risquer, expérimenter une position inhabituelle pour moi, aller voir à l’intérieur, questionner. Le regard encourageant des autres participants soutient ce temps de gestation, où je m’émerveille des changements qui s’opèrent en moi.

Entre les week-ends, bien sûr, le quotidien reprend sa place et les différents types de savoirs abordés au cours des sessions semblent parfois bien loin. Alors, est-ce que ça sert vraiment à quelque chose ? Tout ça c’est beau, mais je ne parviens pas à mettre en pratique ce que j’apprends !

Et puis, c’est encore une fois par les regards extérieurs que je me rends compte que si, quelque chose s’ouvre, change, bouge. Il paraît que les personnes de 80 ans se perçoivent à l’intérieur comme à leurs 30 ans. Voir le changement en soi, ce n’est manifestement pas si simple. Alors peut-être que oui, finalement, ça travaille ?

Je pense que chacun puise dans la formation ce qui lui est le plus utile. Pour ma part, c’est l’assertivité et l’expression claire de demandes et de besoins qui m’ont le plus rejointe.

Au terme de la formation, et dans les mois qui ont suivi, j’ai vécu différents types de conflits. De la petite bisbrouille suite à un malentendu, rapidement conscientisée, entendue puis résolue, à une situation pesante et pénible de conflit sourd de plus de 2 mois au travail, à présent dénouée. Dans ce vécu-là, il m’a été posée la question de savoir si la formation suivie en gestion positive des conflits interpersonnels m’avait servi à quelque chose, vu la longueur et la lourdeur de ce conflit. Ma première réponse a été « non ». Puis,  en passant en revue ma position, les objectifs, les circonstances, la relation en jeu dans ce conflit, j’ai réalisé que finalement, j’avais entrepris ce qui était possible à mon niveau, et que j’avais pu faire montre d’assertivité et d’expression claire de mes limites, ce qui n’aurait peut-être pas été le cas sans la formation.

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Alors, ce certificat, c’est un peu comme un parfum délicat : il exprime sa puissance de façon subtile, difficilement évaluable, presqu’à l’insu de celui qui le porte. Mais les personnes environnantes le sentent et il laisse derrière lui un sillage qui donne envie…

Voici en quelques mots ce que le certificat m’a apporté et m’apporte encore. J’ai eu la sensation de vivre un parcours personnel intense, fait de découvertes, de prises de conscience et de remises en question. Les apports de chaque formateur et des participants m’ont ouvert des perspectives dans la relation aux autres et à moi-même. Aujourd’hui encore, je sens que beaucoup de choses bougent. Je vis les conflits de plus en plus franchement, avec plus de confiance en moi et plus d’ouverture aux autres. 

J’éprouve encore une grande gratitude pour l’Université de Paix et ses intervenants. L’accueil et le partage dont ils font preuve est un vrai cadeau ! Je garde aussi le souvenir de leur présence chaleureuse apportée dans les moments difficiles.

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Que dire sinon que cette formation laisse des traces, et j’espère pour longtemps…

Pour Pass-ages, ma collègue et moi avons employé de bâton de parole. Pour l’animation des gens dans le projet, je me réfère à la sociocratie et à la gestion positive des conflits.

Entre nous, nous faisons un DESC [technique d’assertivité, ndlr] quand cela est nécessaire. Quand l’un commence à parler en forme de DESC, l’autre comprend directement de quoi il s’agit et l’écoute est différente, plus rapide. Personnellement, ça me permet de parler plus vite des problèmes. Vraiment intéressant d’avoir fait la formation à deux !

Je crois que mon jugement sur les gens est moins hâtif et plus nuancé. Je comprends plus d’autres façons que la mienne de réagir.

J’apprécie beaucoup le petit mémo/résumé que tu nous avais envoyé avant l’examen. Ca me permet de retrouver plus facilement un chapitre que je voudrais relire et qui pourrait me servir (ça m’est arrivé deux ou trois fois).

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9 mois pour vivre en groupe une formation qui, mois après mois, enrichis des exposés et des travaux pratiques en sous-groupes nous a permis de l’intégrer à notre vie courante.

Pour moi en particulier, au travail, dans les relations à la maison, et dans le groupe qui se construit pour notre projet Pass-ages où nous avons à construire et concrétiser un projet qui allie habitat groupé, naissance et mourance. C’est chaque jour apprendre à exprimer mes émotions, mes besoins, écouter ceux des autres, me positionner, aller jusqu’au bout de moi et jusqu’au bout de l’écoute des autres. Et inventer un nouveau vivre ensemble.

Merci pour ce parcours… Je sens combien il continue ses « effets ».

Le témoignage de Caroline Gavroy

Caroline Gavroy a suivi le Certificat en gestion positive des conflits interpersonnels, une de nos formations de longue durée. Aujourd’hui, elle nous livre son regard sur son parcours…

« Dans la peur de perdre la relation, je m’accommodais sans cesse aux décisions de l’autre, au point d’avoir le sentiment de « subir », de ne pas être entendue. Cette personne avait une emprise importante sur moi, un certain pouvoir, une autorité. Je préférais donc me soumettre plutôt que d’entrer en conflit. Cependant, je vivais de plus en plus de ressentiments car je ne prenais pas soin de mes besoins. Je ne comprends pas encore très bien aujourd’hui cette peur, d’où elle venait, et peut-être que je nourrissais une certaine croyance : « on ne se dispute pas avec les gens de sa famille ». En fin de compte, j’ai décidé d’agir, à la fin de la formation […] »

Le programme proposé dans le certificat en gestion de conflits interpersonnels est très bien construit, tant sur la durée que dans sa chronologie. Il permet à chaque participant de trouver sa place, d’établir des liens de confiance. En dehors de la qualité des formations proposées chaque week-end, c’est bien l’esprit de convivialité et bienveillance qui a été pour moi extraordinaire. Les formateurs arrivent avec un regard positif et non discriminant pour les non initiés que nous sommes !

Le contenu en tant que tel est riche, accessible. Et chaque participant a le choix d’approfondir, d’aller plus loin avec la proposition d’ouvrages de référence et/ou d’autres formations. Le programme traite le conflit, les influences multiples dont nous ne prenons pas toujours gare et, surtout, le fait de se centrer sur soi, se respecter en analysant au mieux le problème, avec l’objectivité requise afin de mettre en place des modes de gestion efficaces. La formation offre un panel d’outils pour analyser et gérer le conflit, ce qui le dédramatise à mes yeux, et permet de reprendre du pouvoir sur soi.

 

D’un point de vue personnel, la formation m’a permis de retrouver un équilibre ! Après des années passées à l’étranger dans un climat de guerre, j’avais besoin de sérénité et de faire le point par rapport à mon vécu. Durant des années, j’ai passé du temps à apprendre des outils relationnels, des techniques de communication ; mais je ne parvenais pas à voir le conflit comme pouvant être positif. Il me faisait très peur. Aujourd’hui, le conflit permet de mieux me comprendre, mieux m’affirmer, et est pour moi une source pour avancer ! Non pas que je m’amuse à provoquer des conflits en permanence, mais j’ose me positionner, sans peur, et j’en retire un bénéfice important. Je me sens reconnue, je mets plus facilement en place des changements dans ma vie car j’ose la confrontation. Dans les désaccords que je peux vivre au quotidien, je me sens également plus ouverte à l’autre, je peux entendre ses motivations sans vouloir à tout prix qu’il partage les miennes. Cela amène à être créatif dans la recherche de solutions, et à accepter l’autre tel qu’il est.

J’utilise les outils chaque jour ! Dans ma vie personnelle, comme expliqué plus haut, où la peur n’est plus une entrave à mes décisions. En début de formation à l’Université de Paix [UP], j’étais demandeuse d’emploi et je cherchais un travail qui me permettrait de travailler sur l’humain, avec des adultes, dans le but de transmettre des outils de communication et de confiance en soi. J’ai eu la chance de trouver l’emploi rêvé ! Je travaille depuis bientôt 2 ans pour une asbl d’insertion socioprofessionnelle où je donne des « cours » de confiance en soi, communication et gestion de conflits, en plus de tout un travail pour permettre aux bénéficiaires de construire un projet personnel et professionnel. Ma formation a donc été de suite mise en pratique. L’encadrement de groupes de personnes durant 6 mois est un beau terrain de conflits ! Je prends énormément de plaisir dans mon travail, car ce ne sont pas de « beaux discours », mais bien du vécu pour moi, et la joie de transmettre est en plus, confortée par les retours du public qui prend conscience de ses fonctionnements et met en pratique les outils transmis. J’y crois et je vois des résultats chez les autres. Les résultats ne se mesurent pas en termes de réussite face à l’emploi, mais dans l’équilibre retrouvé de certaines personnes. Je travaille sur la responsabilisation, qui permet de reprendre du pouvoir sur sa vie et d’être décideur de changement. Depuis la fin de la formation, je continue à me former à l’UP et me nourrit de lectures qui m’interpellent. Ma soif de comprendre, d’apprendre est assouvie, mais mon besoin de transmettre l’est aussi.

 

Par hasard, j’ai retrouvé une lettre que j’avais écrite en 2007, où j’avais mentionné mes objectifs de vie. Quelle surprise de découvrir que 3 ans après, j’avais bien réalisé ces objectifs, pris soin de mes désirs. Je suis très déterminée et j’ai bien conscience que la formation est un pilier dans ma vie! J’en attendais énormément, et j’en ai reçu plus ! J’ai pu établir de meilleurs liens avec mes proches, amener du changement dans des relations qui ne me convenaient pas, les faire évoluer et m’accepter telle que je suis.

Des exemples de conflits, il y en a énormément. Mais je peux parler d’une situation personnelle : j’entretenais une relation avec un membre de ma famille qui ne me convenait pas du tout. Dans la peur de perdre la relation, je m’accommodais sans cesse aux décisions de l’autre, au point d’avoir le sentiment de « subir », de ne pas être entendue. Cette personne avait une emprise importante sur moi, un certain pouvoir, une autorité. Je préférais donc me soumettre plutôt que d’entrer en conflit. Cependant, je vivais de plus en plus de ressentiments car je ne prenais pas soin de mes besoins. Je ne comprends pas encore très bien aujourd’hui cette peur, d’où elle venait, et peut-être que je nourrissais une certaine croyance : « on ne se dispute pas avec les gens de sa famille ». En fin de compte, j’ai décidé d’agir, à la fin de la formation. Je suis allée rejoindre la personne dans la compétition (croix de Barry Hart – enfin, de Thomas et Kilmann), ça a été des moments très durs, mais j’ai tenu bon. Pendant des mois, le contact a été bref, pratiquement rompu. Mais aujourd’hui, les nouvelles bases d’une relation se mettent en place, avec du souci pour l’autre, une certaine égalité (fini le « pouvoir » sur moi !). Même si ces moments ont été difficiles, j’avais confiance sur le fait que c’était le seul moyen de casser notre fonctionnement relationnel. J’imagine la difficulté pour l’autre de me voir lui tenir tête, non contre lui, mais d’affirmer des convictions différentes. Je suis fière de moi. En même temps, ma décision a été prise suite à de longues réflexions, et je pense avoir une capacité de lâcher-prise, car il faut pouvoir mettre de côté les souvenirs qui font mal, passer à autre chose et s’ouvrir à nouveau à ce qui peut être bon.

Des anecdotes, pour conclure : la sincérité et la tolérance de Philippe, l’humour et la pertinence de Christelle, la douceur et les reformulations de Julie, le sourire de François, confrontation de Mireille, les jeux, les mises en scène et l’ouverture d’esprit, le désir de partager de tous les autres formateurs ! Le plaisir de rencontrer des personnes intéressantes, avec des parcours de vie différents ! La tolérance des membres du groupe face à mes moments de « folie » ! La joie de dormir le samedi soir à l’UP et de refaire le monde, avec une bouteille de Génépi !

Voilà mon témoignage par écrit ! J’en parle souvent à mon entourage, et je suis chaque fois heureuse d’apprendre qu’une personne motivée par mon expérience, ait l’envie de suivre la formation !

Le témoignage de Jean-Pol

Jean-Pol BENOIT a participé au Certificat en gestion positive des conflits interpersonnels (année académique 2002-2003). Lors de la remise des certificats et de l’accueil des nouveaux candidats à cette certification en septembre 2003, Jean-Pol Benoît nous a fait part de ce qu’il a retiré de ce cursus de formation.

Lettre ouverte, initialement publiée dans le trimestriel n°85, en 2003.

Je suis professeur de religion à mi-temps essentiellement dans l’enseignement technique et professionnel ; ce travail je le trouve difficile.

Malgré mon âge déjà bien avancé, 48 ans depuis peu, je suis un jeune professeur. Il y a 10 ans, j’ai perdu mon emploi dans le secteur social suite à un conflit mal géré. Comme j’avais besoin d’argent pour élever nos 3 enfants, j’ai pris le boulot qui se présentait.

En ce début d’année scolaire, je vis une situation très difficile. Si je la gère plus ou moins positivement, c’est en grande partie grâce aux outils appris lors de mon cursus de formations à l’Université de Paix : un certificat de base en gestion positive des conflits interpersonnels cohérent et qui permet d’agir positivement et concrètement dans la vie de tous les jours.

Mon histoire. Quand je rentre à l’école ce 1er septembre 2003, je constate que je perds toutes les classes où j’étais heureux d’aller donner cours. Il n’y a aucune mauvaise intention de la part de la direction. Il y a des dédoublements qui ne se font pas, des jeux de chaise musicale liés à l’ancienneté, etc. J’ai 4 heures en moins (comme j’étais temporaire pour ces 4 heures, cela fait 250 € en moins par mois). J’ai à nouveau des classes les plus difficiles le vendredi après-midi, ma demande de changement d’horaire n’ayant pas été entendue. C’est comme cela que je retrouve une classe de 4ème électromécanique de 24 élèves avec qui j’avais eu toutes les peines du monde à m’en sortir en 3ième.

J’ai donc un très grand sentiment de frustration et ce sont d’abord ma femme et mes enfants qui font les frais d ma mauvaise humeur.

J’ai aussi un sentiment de jalousie : ma fille aînée vient de finir ses études de professeur de mathématique ; elle est engagée pour un temps plein dans mon école ; elle ira dans deux classes où je vais aussi. Elle est en super forme et maîtrise super bien son entrée dans le métier.

Nous sommes vendredi 12 septembre dernier. Dans cette classe, je vis le chahut complet : cris, bousculades, lancement de projectiles, commentaires pour faire rigoler chaque fois que je parle.  Quand je mets ma veste à la fin de l’heure, la manche est attachée avec un fil en plastic. Bref la totale.

Je me sens très en colère mais surtout anéanti, découragé. J’ai envie de tout arrêter, je pleure un long moment.

Mon premier besoin est un besoin de protection : ne plus retourner en classe lundi et le médecin me fait un certificat d’une semaine ; il se termine aujourd’hui, 19 septembre 2003, date de la remise des certificats.

Je me calme, petit à petit, comme d’habitude. Mon premier réflexe est de me dire que je dois prendre sur moi, comme on dit, que je dois me montrer fort et retourner à l’école comme un soldat courageux qui retourne au front. Mais le courage est-ce bien se mettre sur le dos des charges impossibles ?

Ce que j’ai avalé cette fois-ci, je n’ai pas envie de le digérer, « digérer du poison à la longue ça intoxique et ça rend malade » . J’ai plutôt besoin de dégueuler, mais on ne dégueule pas n’importe où…

Je décide d’aller vider mon sac chez le directeur. Il s’appelle Marc et l’an dernier c’était encore un collègue. Dans son petit mot de rentrée, il s’est dit décidé à soutenir ses professeurs, à aller sur le terrain s’il le faut, c’est l’occasion de vérifier…

Marc m’écoute très longuement avec beaucoup d’empathie, il me dit qu’il a déjà vécu cela, qu’il y a d’autres professeurs dans l’école qui le vivent, que le chahut en classe est un sujet tabou.

Je lui parle de ma formation à l’Université de Paix et il me dit qu’il est très intéressé, qu’il a envie de mettre en place des nouvelles choses. Il se dit prêt à m’aider. On se quitte là-dessus. Je me sens mieux mais mon problème n’est pas résolu.

Je décide de contacter deux collègues, professeur de religion avec qui je m’entends bien. J’ai besoin d’être soutenu, trop souvent dans la vie ; j’ai voulu par amour-propre me débrouiller seul comme un grand, être fort, montrer que moi au moins…

Philippe et Geneviève viennent passer deux heures avec moi. Nous réfléchissons à des idées concrètes et nous rédigeons une petite note à Marc.

Nous demandons que le cours de religion soit suspendu provisoirement dans cette classe où je suis en difficulté. Les heures de cours seront consacrées à un « conseil de tous » où seront présents tous les élèves, Marc le directeur et moi. L’objectif : renouer le dialogue et permettre au cours de reprendre dans des conditions meilleures.

Comme Marc s’était montré intéressé, je joins le catalogue des formations de l’Université de Paix ainsi qu’un extrait de mon travail de fin de certificat où je racontais deux anecdotes illustrant des résolutions positives de conflit vécues en classe.

Jeudi 18 septembre matin, le directeur me téléphone. Il est d’accord avec ma proposition et m’informe qu’il ne connaît pas bien les élèves. Je sens qu’il a un peu peur. Nous discutons de la manière de faire : il interviendra en premier pour rappeler que le cours de religion est un cours à part entière et qui doit être respecté comme tel ; ensuite, je lirai un texte aux élèves en essayant de respecter les quatre étapes de la Communication Nonviolente : rappeler les faits, exprimer ce que j’ai ressenti, dire mes besoins de professeur et formuler des demandes concrètes. Les élèves seront ensuite invités à faire la même chose et chacun lira son texte. Cela devrait déboucher sur un contrat où nous nous mettrons d’accord sur des règles pour mieux vivre ensemble.

Le conseil de tous aura lieu lundi 22 septembre en 4ème heure. C’est la première fois qu’une telle expérience se fait dans l’école. Je suis convaincu que ce sera positif pour moi, pour les élèves, pour le directeur et pour l’école en général.

Je ne suis cependant pas euphorique : les problèmes de la classe ne vont pas disparaître en une fois et l’école ne va pas accueillir d’emblée ce type de démarche. Certains professeurs se montreront intéressés, auront peut-être envie d’avancer dans cette voie mais il y aura aussi ces discours déjà souvent entendu « si on se met à discuter avec les élèves où va-t-on ».

Au cours de la conversation avec le directeur, ils m’annoncent deux autres bonnes nouvelles. D’une part, il me propose deux heures de plus en 7ème professionnelle (une classe de 6 garçons très chouettes avec qui j’aurai plaisir à travailler : ça fait déjà 125 € de récupéré). D’autre part, il a aussi changé mon horaire ; je n’aurai plus cours le vendredi après-midi. Comme quoi la Communication Nonviolente, ça marche.

Peut-être certains d’entre vous auront-ils envie de connaître la suite de l’histoire : le texte que je lirai aux élèves je l’enverrai à l’Université de Paix (2). Ca me fait plaisir de venir à Namur : j’y suis né, j’y ai fait mes études à Malonne et l’Université de Paix est un lieu où je me sens soutenu, encouragé, relié à d’autres personnes qui travaillent pour des relations plus positives.

Merci de m’avoir écouté : si toutes les classes où je vais étaient comme vous, le métier de professeur serait bien agréable. Mais finalement, créer un climat de paix en classe est-ce que c’est aussi impossible qu’on veut bien le dire ?

Le témoignage de Didier Van Impe

Didier Van Impe a suivi et obtenu, en septembre 2001, le Certificat en gestion positive des conflits interpersonnels. Nous lui avons demandé de nous livrer quelques impressions et bénéfices retirés de ce cursus de formation.

Propos recueillis par Christine Cuvelier, initialement publiés dans le trimestriel n°81, en 2002.

Si nous vous demandons de vous présenter brièvement, que diriez-vous ?

Voilà donc, je suis Didier, marié et papa de 4 enfants.

Extérieurement, je suis réservé et rigoureux, mais dans le fond, un gars simple et peut-être un peu excentrique. Oui, sûrement.

Bref, un homme parmi tant d’autres, avec ses points positifs (doué pour l’écoute [?], volontaire), mais aussi bourrés de blocages et de peurs et encore tellement peu expérimenté à la communication authentique. Difficile de s’affirmer en ne parlant qu’en «je», 40 ans d’éducation à dire «tu».Quelles sont donc ces émotions ?

Réalité complexe de l’homme d’aujourd’hui. Profondément pour la paix et donc non agressif, il m’arrive pourtant de pousser encore des colères « from time to time ».

Lors de l’année culturelle 2000-2001, vous avez participé au Certificat de base en gestion positive des conflits interpersonnels. Qu’en avez-vous retiré ?

Que dire d’une expérience aussi riche. J’ai beaucoup aimé une expérience de groupe très ouvert et où confiance et support mutuels n’étaient pas de vains mots.

Le plus important tout de même reste la découverte progressive de soi et de ses (devrais-je dire : « de moi et de mes ») réactions positives ou difficiles durant les mises en situation.

Une première prise de conscience aussi : je ne m’en sors pas mal en médiation et en gestion d’équipe, gestion de réunion. Même si dans le groupe certains ont pour consigne de «jouer» une attitude plutôt perturbante et négative. Car c’est là aussi l’intérêt des mises en situation, c’est de donner un rôle, un caractère à chacun des participants à l’exercice. On est donc confronté à des situations réelles, et on peut expérimenter ses réactions, ses émotions en toute sécurité.

Pour moi, j’y ai découvert la nécessité, la possibilité et l’assurance de pouvoir poser mes conflits «potentiels», en tout cas mes différences et mes désaccords.

(En relisant ce texte, je me rends compte combien encore il m’est automatique de parler négativement : me vient-il encore à dire : «Non, je ne suis pas d’accord» trop souvent, plutôt que de dire «Voilà ce que j’ai compris de ce que tu m’as dis et moi j’ai besoin de …».)

C’est la seule voie possible pour voir mes besoins accomplis. Il faut au moins que je les exprime «authentiquement» en étant confiant de pouvoir gérer les réactions possibles «émotives», agressives, déstabilisantes… des autres et de pouvoir trouver une solution «win-win» au travers de l’écoute de soi et de l’autre, et avec quelque peu ou beaucoup de créativité.

C’est tout de même super complexe, mais essayer et avoir ne fusse qu’un peu de réussite c’est déjà çà.

Vous venez du secteur privé, quelles étaient vos motivations à vous former dans une organisation telle que la nôtre ?

Je suis ingénieur, chef de projets (grand projets) d’une entreprise automobile Nippone, implantée en Europe -en Belgique, France, Angleterre, Pologne, Tchéquie et Turquie.

Ingénieur veut en général dire rationnel, esprit de synthèse et rigueur.

Pas nécessairement les qualités humaines requises pour garder et développer la motivation des équipes ; garder un esprit positif pour le bon millier de participants au chantier du Projet ; négocier avec les Autorités et rencontrer les besoins de la hiérarchie. En ce sens, je ne suis donc pas un Ingénieur tout à fait typique. Par nature, je suis déjà très à l’écoute de mes collaborateurs

Mais il ne faut pas s’y tromper, mes motivations sont avant tout personnelles. Ras le bol de «combattre» et d’être en compétition dans ma vie professionnelle, mais aussi personnelle. Ras le bol d’être soumis à des petites escarmouches pour jauger de sa prédominance sur l’autre, sur moi. Je n’avais pas vraiment de réponse à ces comportements.

Mon souhait est de pouvoir lâcher prise, mieux me connaître et mieux exprimer mes besoins et enfin arriver à une certaine sérénité.

Choisir l’Université de Paix, plutôt qu’une formation pour «manager» par exemple convient donc mieux à ma démarche et me permet de sortir du cadre.

Une formation pour «manager» à la base existe déjà pour devenir plus performant, plus compétitif. Macho quoi (que ce soit d’ailleurs pour les Hommes ou les Femmes).

Je voulais simplement être plus présent aux gens qui m’entourent et mieux m’épanouir.

Vous travaillez avec des personnes de nationalités et de cultures différentes (français, japonais,…). Dans ce cadre, qu’en est-il des outils découverts lors de nos formations ?

Français, Japonais, Anglais, Allemands… plus de 17 nationalités parmi les quelques 1.500 personnes engagées sur le Projet. Mais aussi de nombreuses sous-cultures de groupe : le management supérieur, les cadres moyens, les ouvriers, les Autorités (marrant déjà comme les noms vous classent et vous cloisonnent); le client et les fournisseurs, les concurrents; l’appartenance à une entreprise ou à une division, l’engineering et la production,…

Tous ont un rôle attendu, une fonction déterminée, des fonctionnements établis.

Les enjeux et les responsabilités sont grands et ainsi en va-t-il des craintes et du stress de chacun.

Pour moi, impossible d’affronter des groupes au fonctionnement cohérent et puissant, mais parfois tellement inacceptables dans ma propre personnalité.

Paradoxalement, j’ai donc créer un nouveau groupe Projet en prenant soin d’y mélanger au moins Japonais, Français et Belges, et cela correspondait à une attente des participants.

Nouveau, donc libre de fonctionnements préétablis.

Nous avons pu, ensemble, établir un lieu de bonne humeur, parfois même chahuteur (pour évacuer le stress sans doute), mais avec beaucoup d’entraide et d’écoute mutuelle.

J’ai établi des règles de fonctionnement du nouveau groupe, basé sur ces critères.

Plus question d’entendre «Les Japonais sont comme ceci», «Les Européens sont des paresseux»,… ! sans être à l’écoute et discuter directement la vraie nature de la frustration ressentie.

Dès lors qu’on ne s’affronte plus à des groupes monolithiques, mais que l’on rentre en relation avec des individus, chacun unique et particulier,  tous les outils de la gestion des conflits Interpersonnels sont d’application.

A commencer par la médiation (où je me sens à l’aise), mais aussi l’expression claire des besoins (très important dans le cas de cultures aux fonctionnements différents), la négociation.

L’écoute active est toujours nécessaire.

La communication Nonviolente, où plutôt la communication authentique est difficile, d’abord parce qu’elle ne fait pas partie de ma culture (je ne commence qu’à l’intégrer un peu) et puis parce que les sensibilités aux mots et intonations des différentes cultures sont différentes. Pas mal d’apprentissage, et d’ajustement sont nécessaires ; mais il n’y a aucune crainte à avoir, c’est déjà beaucoup mieux que la communication «violente» et puis avec un peu de bonne volonté, c’est déjà cela.

Et le mot de la fin pour vous, ce serait…

Conclure est difficile au milieu du chemin. Avançons pas après pas là où la découverte des relations humaines et la «non-violence» nous emmènent.

J’engage chacun à essayer. Au début, c’est un peu lourd, car vraiment on se retrouve plein de doutes et d’émotions nouvelles ou surgissantes et, comme vous accordez de l’écoute, c’est vers vous que l’on se tourne naturellement pour «reporter» les problèmes. Mais ensuite la richesse des relations humaines apporte tellement de satisfactions.