« La folie, c’est de faire toujours la même chose… »

« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent »

La citation est attribuée à Albert Einstein.

Lorsque les désaccords perdurent ou s’enveniment, les parties en conflit peuvent se décourager. L’impression d’être dans une « voie sans issue » s’installe. 2016 n’a pas été épargnée par des drames d’une extrême violence, ici et ailleurs. Nous écrivions dans de précédents trimestriels que la paix n’est jamais acquise une fois pour toutes, mais qu’elle doit se construire et s’entretenir au quotidien.

Comme le développe Almudena Vaquerizo Gilsanz dans son article sur les liens entre créativité et médiation, il est difficile de ne pas se censurer et de ne pas être obsédé – et donc enfermé – par la recherche de ce qui nous semble être « la » solution. Face à des situations qui nous attristent, nous mettent en colère ou nous effraient, nous pourrions être attirés par des « solutions » simplistes, et nous contenter de répondre à la violence par encore plus de violence, de surveillance, de stigmatisation et de méfiance.

Comment espérer un résultat différent en répétant sans cesse ces « recettes » qui, seules, se sont avérées inefficaces (voire meurtrières) ?

Almudena Vaquerizo Gilsanz poursuit : « la créativité permet d’ouvrir le champ de ce qui est possible, de ce qui est permis. C’est un espace de nouvelle liberté, lorsque l’on pense être dans une impasse, que l’on a tout essayé »… Dans ce trimestriel, nous vous souhaitons une année 2017 pleine de créativité, pleine de nouvelles expériences, et donc pleine de solutions. Nous ne prétendons pas qu’il faut arrêter d’agir, au contraire. Nous prétendons qu’il faut multiplier les niveaux d’action, et travailler sur le long terme.

Nous vous proposons notamment des outils afin de développer l’intelligence émotionnelle des enfants. En éduquant dès le plus jeune âge à gérer ses émotions et en développant l’empathie, nous pensons que nous pouvons construire, brique par brique, une meilleure compréhension mutuelle.

Au travail, également, avec le pôle UP Entreprise (voir le site UP Entreprise), nous développons des approches diversifiées pour résoudre des problèmes : parfois, une difficulté relationnelle peut cacher un dysfonctionnement au niveau organisationnel, par exemple… Là encore, il s’agit de diversifier les points de vue.

A l’Université de Paix, nous souhaitons aussi partager une certaine réappropriation critique des outils que nous partageons et appliquons. Il ne suffit pas d’utiliser grammaticalement des théories, des grilles de lecture ou des méthodes de communication pour vivre des relations harmonieuses. Paradoxalement, elles peuvent même parfois nuire à la relation.

Enfin, l’Université de Paix continue – et continuera – à produire, partager et diffuser des ressources pédagogiques et des contenus et méthodes de formation afin d’outiller chaque personne qui le souhaite à résoudre ses conflits positivement.

Créativité et médiation

A l’occasion de la Semaine Mondiale de la Médiation du 17 au 22 octobre 2016, les membres de l’UBMP (Union Belge des Médiateurs Professionnels) ont ouvert leurs services de médiation tant aux professionnels qu’au grand public, autour du thème : « le médiateur et sa pratique ».

Dans ce cadre, l’Université de Paix a proposé la conférence « la créativité au service de la médiation » le 18 octobre 2016.

Par Almudena Vaquerizo Gilsanz

« Si on fait ce que l’on a toujours fait, on aura ce que l’on a toujours eu »

 (Mark Twain)

En conflit, les personnes voient souvent le problème depuis un seul point de vue, convaincus d’avoir raison. Les parties en conflit ont alors parfois du mal à changer de position pour en percevoir d’autres. Voilà un des rôles du médiateur : amener chaque partie en conflit à modifier sa position face au conflit, à tenter de le résoudre autrement…

Au moment où nous avons utilisé une partie de notre cerveau pour analyser, comprendre, résumer, expliquer, dire… avec des mots qui deviennent usés et pas entendus à force d’être répétés, et alors que la résolution du conflit parait s’éloigner… Pourquoi ne pas tenter de faire autrement ?

Une rencontre extraordinaire avec Silvia Casanovas, une médiatrice chevronnée et passionnée, m’a fait entrevoir un nouveau monde de possibilités à mettre au service de la médiation. J’ai eu envie de partager cela avec d’autres médiateurs.

« Et je peux faire ça » ?

Cette envie s’est affirmée lors de séances d’intervision entre médiateurs, c’est-à-dire des moments d’échanges autour de leurs pratiques, de leurs difficultés, de leurs questionnements… J’y ai entendu des médiateurs avoir de belles idées créatives pour aborder une situation difficile. Ils demandaient alors : « et je peux faire ça » ? « Vraiment, je peux sortir des « Playmobil » sur la table, montrer une photo, ou encore faire écouter les paroles d’une chanson pour faire comprendre une idée autrement » ?

Il est difficile de ne pas se censurer et de ne pas être obsédé – et donc enfermé – par la recherche de ce qui nous semble être « la » solution. Or même les choses qui peuvent nous paraître « loufoques » peuvent nous aider à changer de point de vue…

La créativité permet d’ouvrir le champ de ce qui est possible, de ce qui est permis. C’est un espace de nouvelle liberté, lorsque l’on pense être dans une impasse, que l’on a tout essayé… En médiation, alors que les médiés disent « ce n’est pas possible », les outils de créativité peuvent se révéler étonnamment efficaces pour dénouer des situations difficiles.

La créativité fait appel à d’autres facultés de notre cerveau que celles que nous utilisons pour expliquer, analyser ou résumer un problème. Les facultés créatives nous aident à voir les situations de façon globale, qui nous ouvrent les portes de l’émotionnel, de l’inconscient, de l’imagination, de l’intuition… La créativité nous prend par la main pour emprunter le chemin du changement plus facilement.

Faire autrement pour un résultat qui convient aux deux parties

Albert Einstein disait déjà que « la folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ».

Alors, pour devenir le médiateur qui correspond au mieux à ma personnalité, quelles compétences créatives – développées certainement dans d’autres domaines de ma vie – pourrais-je mettre au service de mon métier ? Quelles propositions pour « faire autrement » puis-je amener ?

Les exemples et supports pour travailler la créativité et voir les choses autrement sont nombreux : cela peut être une peinture qui trône dans la salle de médiation pour symboliser l’esprit de la médiation, une vidéo pour montrer à quel point nous interprétons la réalité sans nous en rendre compte, une citation imprimée pour prendre du recul, un casse-tête pour se dire que l’on peut y arriver si on sort du cadre (en abordant autrement la situation à régler), un objet pour symboliser une émotion ou un conflit, une histoire pour illustrer ce que les médiés vivent…

Lors de la conférence interactive du 18 octobre 2016, une trentaine de participants étudiants ou professionnels de la médiation, ont eu l’occasion d’explorer des nouvelles portes d’entrée pour exercer ce beau métier qu’est la médiation.

> Découvrez la formation « Médiation créative à travers les arts »

La créativité au service de la médiation

> Inscriptions

Le mardi 18 octobre 2016 à 19h30 (Réf. 1666)

A l’Université de Paix (Boulevard du Nord, 4 – 5000 Namur)

Par Almudena Vaquerizo Gilsanz, Formatrice à l’Université de Paix, Médiatrice Agréée.

« Si on fait ce que l’on a toujours fait, on aura ce que l’on a toujours eu » (Mark Twain)

En médiation, les outils de créativité peuvent se révéler étonnamment efficaces pour dénouer des situations difficiles.

La créativité fait appel à des zones du cerveau différentes que celles du raisonnement, ce qui peut aider à sortir du rationnel, qui nous empêche des fois de voir une situation de façon globale pour accéder mieux à l’émotionnel et donner accès à la petite voix intérieure de l’intuition.

Différents outils expérimentés seront des intermédiaires entre le vécu et la verbalisation, ils peuvent être facilitateurs de parole dépersonnalisant quelque peu ce qui est dit.

Lors de cette conférence interactive, vous aurez l’occasion d’explorer des nouvelles portes d’entrée pour faciliter le travail de médiation.

Cette conférence est agréée à hauteur de 2 heures de formation permanente par la Commission Fédérale de Médiation.

Prix d’entrée : gratuit

> Inscriptions

Formations 2016-2017

Dates et modalités du Brevet « Jeunes » (PDF) > Voir la page du Brevet Jeunes

Dates et modalités du Certificat « Interpersonnel » (PDF) > Voir la page du Certificat Interpersonnel

Agenda des conférences (PDF) > Voir la page des conférences

Dates et thèmes des modules de formation (PDF) > Voir la page des modules

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Voir aussi le comparatif des formations longues 2016-2017

Et si… (fiche-outil « créativité »)

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Dessin d’Alice par John Tenniell (Alice au Pays des merveilles – Lewis Carroll).

OBJECTIFS

  • Exercer sa créativité.
  • Découvrir et intégrer les règles de la créativité.
  • S’entraîner à la recherche de solutions innovantes.

MATERIEL

Aucun

DISPOSITION

Les participants sont assis en cercle

DEROULEMENT

  • L’animateur précise aux participants que l’activité va leur permettre d’exercer leur créativité. Il leur explique ou leur rappelle les règles :
    • Toutes les idées sont les bienvenues !
    • Il est important de trouver un maximum d’idées.
    • Les propositions les plus loufoques, les plus originales sont admises.
    • Une idée peut en amener une autre.
  • Il débute l’exercice en posant une question : « Que se passerait-il si le soleil s’éloignait de la terre ? » Il donne une réponse (exemple : « Tout le monde aurait froid »), puis il demande au groupe d’émettre des suggestions.
  • Lorsque les participants n’émettent plus d’idées, l’animateur pose une nouvelle question, comme : « Que se passerait-il s’il ne pleuvait plus ? S’il n’y avait plus de couleur ? S’il n’y avait plus de fleurs ? S’il n’existait qu’une seule langue ? »
  • L’exercice se poursuit jusqu’à nouvel épuisement des idées.
  • L’animateur relance plusieurs fois la réflexion jusqu’à ce que tous les participants aient eu l’occasion de s’exprimer.

Pistes de réflexion …

L’animateur incite les participants à s’exprimer sur les difficultés qu’ils ont rencontrées :

  • Etait-ce facile ou difficile d’imaginer des conséquences à des situations fictives ?
  • Les participants peuvent-ils citer des situations vécues pour lesquelles l’imagination a été utile dans la résolution de problèmes ou de conflits ?

NOTES A L’ANIMATEUR

L’animateur est vigilant aux critiques émises face aux propositions. Il rappelle les règles de la créativité : « Toutes les idées sont les bienvenues ! » ; « Les propositions les plus loufoques, les plus originales sont admises ». En effet, les participants sont d’autant plus créatifs que leurs idées ne sont pas censurées.

Pour stimuler davantage la créativité, l’animateur peut lancer au groupe le défi de proposer un nombre minimum d’idées dans un temps limité (ex. 15 idées minimum en une minute).

Créativité et conflits

Comment la gestion des conflits et la créativité sont-elles liées ?

Un article de Sonja Leonard, publié initialement dans le trimestriel n°74 de l’Université de Paix, en 2001. A l’époque, des formations permettant spécifiquement de développer la créativité avaient lieu. En 2013, la créativité dans la recherche de solutions est travaillée transversalement dans d’autres formations.Pour commencer, attardons-nous quelque peu à cerner ce que l’on entend par «créativité».

  • «La créativité est un processus qui se déroule dans le temps et qui se caractérise par l’originalité, l’esprit d’adaptation et le souci de réalisation concrète»  Mc Kinnon
  • «C’est un ensemble de comportements opérant des transformations originales et significatives dans l’organisation du conscient»  Ghiselin

Plus pragmatiquement encore, on pourrait définir la créativité comme étant notre capacité à créer. C’est-à-dire, faire à partir de rien ou réaliser un assemblage original et utile en combinant des éléments préexistant ou encore provoquer la rencontre nouvelle de deux éléments qui existaient dans des domaines séparés. Si cette rencontre s’avère pertinente et originale, on parlera de création.

De ces essais définitoires, il convient de remarquer que la créativité est opérante, agissante. Elle n’est pas à confondre avec l’imagination, l’originalité en tant que telles. En effet, l’imagination nous aide à nous faire des représentations banales ou originales. C’est ce que nous décidons de faire de ces représentations qui en fera ou non l’aliment de notre créativité. Ainsi, le rêveur qui reste perdu dans la contemplation de sa prodigieuse imagination sans jamais la mettre ni en forme ni en action n’est pas créatif. De même, celui qui s’interdit de rêver et qui considère l’originalité comme dangereuse se condamne à la routine.

La créativité : pour qui ?

Au milieu des années 50, John Paul Guilford, président de l’association des psychologues des U.S.A a reçu du gouvernement fédéral la mission de définir clairement la nature de la créativité et les moyens concrets de l’éduquer et de la développer.

Il a travaillé sur deux échantillons d’un millier de personnes chacun. Le premier regroupait des créateurs reconnus dans différentes disciplines et le second était constitué de personnes représentatives de la population «normale». Une importante série de tests a été administrée aux uns et aux autres.

Les conclusions de ce travail font apparaître que :

  • chacun possède un potentiel créatif mais peu l’utilisent ;
  • le potentiel créatif est indépendant du sexe, de l’âge, de l’origine sociale ;
  • le potentiel créatif peut être réveillé à tout âge par une pédagogie appropriée.

Le potentiel créatif ici mesuré n’a rien à voir avec le Quotient Intellectuel mesuré par le test de Binet et Simon qui évalue l’aptitude à trouver rapidement la bonne réponse à une question mettant en jeu les capacités analytiques et déductives et faisant appel à l’intelligence convergente. Le potentiel créatif quant à lui fait appel à l’intelligence divergente et est évalué, entre autres, par quatre critères : la fluidité (nombre de réponses données en un temps donné sur un problème posé), la flexibilité (nombre de catégories différentes dans lesquelles on peut classer ces réponses), l’originalité (capacité de produire des idées statistiquement peu fréquentes) et l’élaboration (capacité de produire des idées détaillées et complexes).

Ces quelques préliminaires posés, pourquoi la créativité comme défi au conflit ?

A l’Université de Paix, comme partout ailleurs où l’on travaille à la gestion positive des conflits, on postule que le conflit est inhérent à la vie voire à la base même de son évolution. Ce sont les modes de gestion qu’on choisit de lui appliquer qui en déterminent l’issue : destructrice ou bénéfique pour les parties concernées. Cela admis, il convient dès lors, en gestion positive des conflits, de se concentrer sur tout ce qui permettra la deuxième issue.

Pour aborder les conflits interpersonnels, une dimension communément travaillée est celle de la communication. L’homme ne peut pas ne pas communiquer et, pour résoudre ses conflits autrement que de manière archaïque c’est-à-dire en ayant recours soit à l’agression soit à la fuite, il pourra se servir de son langage, de ses «mots pour le dire» comme autant d’outils lui permettant de dépasser sa «primarité», comme autant de chances de donner une issue satisfaisante aux conflits dans lesquels il se trouve.

Si l’homme est un «communicateur», il est aussi un «créateur». Nous posons que ses capacités créatrices sont également autant d’outils utiles, voire nécessaires à une gestion positive des conflits. De notre capacité créatrice dépendra l’invention de modes nouveaux, impensés, surprenants pour la gestion de nos différends.

Mais si, on l’a dit, tout un chacun possède un potentiel créatif, d’aucuns l’ont, pour de multiples raisons -que nous ne détaillerons pas ici mais qui sont questionnées lors de la session-, laissé ou laissent en jachère. Il s’agira dès lors de se donner deux journées pour réveiller un tant soit peu ce potentiel et découvrir puis travailler différentes méthodes créatives de résolution de problèmes.

D’entrée de jeu, nous faisons le pari de sortir du cadre. Différentes activités sont proposées qui permettent de bousculer nos conditionnements, revoir nos habitudes, questionner nos perceptions.

Ensuite un travail sur les sens. Réveiller, aiguiser notre perception du réel en utilisant au mieux la vue, l’ouïe et le toucher. En effet, se donner à être créatif, même -et peut-être surtout- dans les situations conflictuelles, c’est aussi se doter d’outils permettant l’élargissement du champ des possibles. Il s’agira dès lors de développer des aptitudes qui ont pour objet la connaissance du monde extérieur que ce soit le sens du réel (saisir les significations, fonctions, relations) ou l’attention aux autres (éprouver les pensées et sentiments de l’autre) ainsi que des aptitudes ayant pour objet la capacité de juger et de transformer le monde extérieur en recombinant entre eux les éléments dont il est composé (remise en cause, adaptation et rapidité des réactions, abstractions, analogies, attention intérieure). La pratique de ces exercices préliminaires devrait se traduire moins par des résultats immédiats et spectaculaires que par un changement progressif du quotidien. L’individu devient plus attentif au monde, plus libre dans ses pensées et démarches. Il comprend autrement les situations qui se présentent et s’y adapte «nouvellement» avec davantage de satisfaction personnelle.

Lors de ces deux journées de formation, afin que les participants puissent, en sous-groupes, travailler à des méthodes créatives de résolution de problèmes sur des situations conflictuelles qui leur sont propres, il est nécessaire que s’installe très vite un climat de confiance. Différentes activités proposées au groupe poursuivent cet objectif de garantir ce nécessaire climat sans lequel aucun travail efficace ne pourrait se faire.

Les sens échauffés, le climat installé, le travail «sérieux» peut commencer.

A partir de situations simples, il s’agira, dans un premier temps d’appliquer «les règles de la roue libre» ou C.Q.F.D.

  • «C» comme censure abolie. A toute proposition d’idée, le jugement critique est exclu, que ce soit envers soi – ne sommes-nous pas parfois aussi bien servi que par nous-même ?- qu’envers autrui.
  • «Q» comme quantité d’abord. En effet, plus on aura d’idées, plus le risque sera grand d’en avoir de bonnes.
  • «F» comme farfelu souhaité. Il sera toujours plus facile de transformer une idée originale en idée simple qu’une idée banale en idée novatrice.
  • «D» comme démultiplication systématique. Chacun est invité à rebondir sur les idées qui précèdent.

La plupart du temps, la grande leçon qui se dégage de ce premier exercice est de constater à quel point il est difficile d’une part, de ne pas censurer et, d’autre part, de ne pas être avant tout obsédé -et donc enfermé- par la recherche de La solution.

Alors comment faire pour suivre une méthode créative de résolution de problèmes ?

La méthode propose cinq étapes, dont sont décrits ici les objectifs et non les applications, tout au long desquelles les règles de la roue libre resteront d’actualité.

1. Perception créative ou exploration du problème : rassembler le plus grand nombre d’informations, objectives ou subjectives, faits et chiffres, sensations et intuitions, affirmations et hypothèses sur le problème à affronter.

2. Analyse créative ou structuration du problème : restructurer le problème afin d’aboutir à une véritable radiographie en relief, identifiant l’objectif à atteindre et indiquant les zones critiques auxquelles s’intéresser en priorité.

3. Production créative ou production d’idées : générer un maximum d’idées « magiques » dont les plus prometteuses seront traduites en idées créatives.

4. Sélection créative ou décision : optimiser  le choix de la meilleure idée en favorisant un examen bienveillant et une appropriation de toutes les propositions, en particulier les plus dérangeantes.

5. Application créative ou passage à l’action : préparer le passage à l’action dans les meilleures conditions possibles.

De l’avis des participants qui s’y sont essayés, cette méthode qui n’est pas une nouvelle recette miracle (ouf !), ouvre des portes inattendues, trace des chemins possibles, apporte des solutions nouvelles aux situations problèmes travaillées. Si cela est possible, c’est tant mieux. Et si cela est possible c’est aussi grâce à l’investissement de chacun, à ce laisser-aller créatif auquel chacun s’est rendu, convaincu qu’être davantage humain, c’est être davantage créateur de sa propre vie, de ses propres solutions.

Et moi de relire cette phrase vieille de mai 68 : « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait… »

Présentation de la Galeria de Mediacio

Dans le souci de développer une communication de proximité et de créer des liens hors frontières, l’Université de Paix propose depuis septembre 2003 des relais en Belgique et en Espagne. Entretien avec Silvia Casanovas Danes, représentante du Réseau Université de Paix en Espagne (Barcelone).

Propos de Silvia Casanova Danès, recueillis par Christine Cuvelier, initialement parus dans le trimestriel n°88, en 2004.

Question 1 : Si nous te demandons de te présenter brièvement ainsi que la Galeria de Mediacio, que nous dis-tu ?

Je suis quelqu’un de très inquiète professionnellement, très branchée sur le côté créatif de la communication et sur les relations interpersonnelles. Ma formation de base : psychologue, pédagogue, éducatrice spécialisée, thérapeute,… m’a permis de me spécialiser dans la résolution des conflits et plus spécialement dans la médiation familiale et scolaire toujours sous l’optique de la théorie systémique. Je travaille comme technicienne psychopédagogique (dans le primaire et secondaire) et comme formatrice de formateurs dans le département d’éducation du gouvernement catalan.

J’ai acquis depuis 25 ans une expérience inestimable qui m’a permis d’entreprendre l’aventure de création et de mise en place de la Galeria de Mediacio.

La Galeria de Mediacio est la concrétisation d’un de mes rêves. C’est un centre de documentation, de création et de diffusion d’outils sur la résolution des conflits et en particulier sur la médiation dans ses différents versants familial, scolaire, communautaire,… Les différents professionnels, experts et jeunes en formation peuvent trouver les idées et le matériel nécessaires pour leur travail quotidien. La Galeria se compose de trois espaces complémentaires :

1) l’espace de documentation

  • la bibliothèque, la vidéothèque et la revue de presse
  • un espace de formation de formateurs pour offrir aux professionnels des ateliers avec des thèmes spécialisés
  • un petit éditorial pour publier et diffuser les expériences novatrices qui surgissent dans le champ de la médiation et de la résolution des conflits
  • la traduction de documents principalement du français à l’espagnol

2) le laboratoire d’idées : endroit où l’on joue avec les mots, les images, les idées, les symboles,… un endroit de créativité où l’on crée de nouvelles façons de faire et de dire Je travaille en collaboration avec une actrice de théâtre et de cinéma de Colombie et une designer du Nicaragua.

3) un cabinet de thérapie et médiation systémique et familiale en collaboration avec une médiatrice et un avocat

Question 2 : Tu as participé au Forum international de rencontre entre jeunes en novembre 2000 ; c’est par ce biais que tu as découvert l’Université de Paix. Qu’est-ce que cette expérience t’a apporté ?

J’ai connu l’Université de Paix et j’ai découvert une sorte de synchronisation dans nos manières de travailler qui m’a d’emblée mis très à l’aise.

J’ai pu parler avec des jeunes du Congo, de Rwanda, du Cambodge, du Cameroun,… et cela m’a permis de connaître d’autres horizons.

Le Forum m’a permis aussi d’échanger savoirs et souhaits avec des personnes ressources et avec les formateurs de l’Université de Paix.

Et sourtout, j’ai beaucoup apprécié la bonne organisation et la totale disponibilité des membres de l’UP.

A refaire. A quand le prochain Forum ?

Question 3 : La Galeria de Mediacio est un des relais de l’Université de Paix. En quoi ce partenariat est-il pertinent, utile pour toi ?

Actuellement tu travailles sur la traduction de l’ouvrage « Graines de médiateurs… Médiateurs en herbe », y a-t-il d’autres projets que tu souhaites développer en collaboration avec l’Université de Paix ?

  • Déjà traduire et publier d’autres ouvrages et outils pédagogiques qui sont à la base de l’UP. Faire la diffusion et servir de tremplin à l’Espagne et à l’Amérique latine.
  • Approfondir la collaboration entre l’Université de Paix et l’Université de Barcelone lors de son programme d’études post-universitaires : « Education et conflits, la médiation comme recours » que dirige Carme Romia dont je suis la coordinatrice. Continuer à organiser le voyage de fin d’études pour les étudiants de l’Université de Barcelone à Namur afin de connaître l’UP.
  • Faire connaître et introduire à l’école française (dont je suis ancienne élève) et au lycée français de Barcelone vos outils pédagogiques sur la gestion de conflits. Servir de liaison entre ces écoles et l’Université de Paix.
  • Rechercher ensemble d’autres partenaires étrangers et d’autres expériences en gestion positive des conflits.

Question 4 : Le mot de la fin… La Galeria de Mediacio dans 10 ans ? Le futur de la Galeria de Mediacio, qu’est-ce ?

J’aimerais que la concrétisation du rêve entrepris il y a une décennie soit une réalité accomplie et que la Galeria de Mediacio soit :

  • un espace de créativité pour façonner de nouvelles manières de faire dans le monde de la communication et de la résolution de conflits
  • un siège d’une petite maison d’édition « Les trois chaises », spécialisée en médiation où les jeunes professionnels puissent publier leurs idées et pensées
  • un endroit reconnu de formation de formateurs
  • un centre de documentation ayant les dernières nouveautés parues dans le domaine
  • un endroit de rencontre entre professionnels venant de Gernika, de Madrid, de Lyon, de Namur… pour partager nos différents savoirs.

Le dernier mot « On ne réussit qu’une seule chose, on réussit ses rêves » (Jacques Brel).

Le témoignage de Catherine Bruynbroeck

Catherine Bruynbroeck est enseignante à Ixelles. Elle y a partagé le programme « Graines de médiateurs ». Elle nous fait part aujourd’hui de son témoignage : « Nous avons mutuellement changé nos regards sur l’autre »…

Julien [J.] : Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans le programme ?

Catherine Bruynbroeck [C.] : Ce qui me plaît dans le programme, c’est la créativité que permettent les exercices, certains sont transformables à l’infini, en fonction des âges, des groupes, il y a toujours moyen de les adapter, ou d’en inventer d’autres… De plus, il n’y a pas un ordre établi, on pioche au gré de l’énergie du groupe. Pour moi qui aime la spontanéité, c’est extra… et pour quelqu’un qui a besoin de plus de structure, cela convient tout aussi bien, car le livre « Graines de médiateurs II » est extrêmement bien construit ! Une fois qu’on a compris la philosophie du programme, on peut même transposer certains cours « matière » sous forme de défi-coopération comme proposé dans le programme !

J. : Comment les élèves vivent-ils le projet ?

C. : Pour moi, ces jeux sont des « bulles d’air » dans le cursus scolaire, les enfants adorent (succès garanti) et j’insiste toujours sur le fait que c’est de l’apprentissage au même titre que des maths ou du français… Je structure beaucoup ce qui a été appris.

J. : Voyez-vous une différence de comportements, des changements chez les élèves qui suivent le programme Graines de Médiateurs ?

C. : Il faut savoir, dès le départ que GDM ne va pas faire évoluer tous les enfants à un même niveau. Lorsque j’ai débuté, il y a trois ans, cette classe était réputée comme « très difficile », les professeurs s’en plaignaient beaucoup. Les exercices ont mis du temps à faire de l’effet sur eux, mais, petit à petit, quelque chose s’est produit au sein du groupe et c’est devenu une classe bien dynamique, des enfants avec qui on peut avoir des échanges très enrichissants, le tout dans le respect des règles de vie en école. Nous avons mutuellement changé nos regards sur l’autre…

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Vous aussi vous avez un témoignage ou désirez vous exprimer, sur un programme, un outil, une formation ou autre expérience? N’hésitez pas à contacter Julien Lecomte et à nous envoyer vos textes!