La théorie de l’attachement

Sommes-nous tous égaux face au conflit ? Qu’en dit la théorie de l’attachement ?

Un article rédigé par Marie-Noëlle de Theux-Heymans, Psychopédagogue, Formatrice d’adultes formée à la théorie de l’attachement, initialement publié en 2011, dans notre trimestriel.

Dernièrement, j’ai eu l’occasion d’observer une classe d’enfants de maternelle durant leur récréation. Un enfant, que nous appellerons Paul, utilisait le petit vélo convoité de tous et était bien décidé à le garder durant toute la récré. Mon attention a été attirée par la diversité des réactions des autres enfants qui souhaitaient également utiliser le vélo. Marie attrape le guidon, pousse Paul. Paul la repousse; Marie ne lâche pas prise. L’institutrice arrête les enfants en leur signalant ces comportements trop violents. Un peu plus tard, Aloys qui observe Paul depuis un bout de temps, profite d’un arrêt de celui-ci pour lui demander le vélo, et s’efface après le refus de Paul. A la fin de la récré, un autre enfant fait un croche pied à Paul et lui dit : « Je m’en fous de ton vélo, tu le gardes tout le temps pour toi. Tant pis, je m’en fous à fond ! »

Qu’il s’agisse de Paul, Marie, Chloé ou Aloys, ces enfants vivaient le même désaccord : utiliser le vélo. Et pourtant, ils ont abordé cette situation de manière bien différente. Plus largement, il nous arrive de repérer dans les groupes d’enfants (et de plus grands…) des personnes qui ont l’art de gérer les situations conflictuelles en souplesse et d’autres qui « entrent » en bagarre ouverte; ou encore d’autres qui s’effacent… Certaines personnes auraient-elles davantage de ressources pour gérer positivement un conflit ? Comment favoriser ces ressources auprès des enfants que nous côtoyons en tant que parent, éducateur, enseignant,…

Une lecture de la situation via la théorie de l’attachement

>  La recherche de sécurité avant tout

Parler d’attachement dans la théorie de l’attachement renvoie à une notion un peu différente du langage courant. Nous dirons d’un enfant qu’il est attaché de manière sécure lorsque, en cas de détresse, il se tourne spécifiquement vers la personne qui s’occupe le plus de lui : il recherche sa proximité afin d’être apaisé et rassuré (Bowlby, 1996). Ainsi, l’attachement est un lien affectif très particulier durable, non interchangeable et unique entre deux personnes (Ainsworth, Blehar, Waters & Wall, 1978). Pour illustrer ce propos, pensons au premier réflexe d’un enfant lorsqu’il a peur ou lorsqu’il se fait mal.

>  Rechercher la sécurité pour survivre

Le nourrisson naît immature à la naissance. Des soins attentifs d’un adulte bienveillant sont indispensables à sa survie. La protection et la sécurité constituent un besoin fondamental du nourrisson. Ce dernier est heureusement doté de tout un « équipement » (pleurs, cris, mimiques) qui lui permet d’appeler à l’aide lorsqu’il ressent un malaise, encourageant l’adulte à se rapprocher de lui (Bowlby, 1996). Toute physique au départ, cette recherche de proximité évoluera vers une recherche de disponibilité de l’adulte qui s’occupe le plus de lui créant ainsi les fondements du sentiment de sécurité intérieure.

>  Se construire une image du monde et de soi-même

Lorsqu’il vit un stress, il active son « programme » d’appel. Dans le meilleur des cas, un adulte s’approche de lui et l’apaise. Jour après jour, il enregistre ces expériences de stress et d’apaisement. Il repère qu’un adulte particulier s’occupe plus souvent de lui : il dirige alors sélectivement ses comportements d’attachement vers sa figure d’attachement. Intériorisant le cycle d’éveil et de détente, il intègre la notion de « sécurité ressentie », prémisses des capacités de régulation des émotions et comportements (Bowlby, 2011; Schoffield & Beek, 2006).

Cycle d’éveil et de la détente ou cycle de la confiance (Fahlberg, 1988 cité par Schoffield & Beek, 2006; Lemieux, 2004)

Peu à peu, il se forge représentations et croyances à propos de lui-même et des autres (Lemieux, 2004) :

  • Je suis important.
  • Les adultes sont dignes de confiance.
  • L’univers est « cool », sécuritaire et intéressant à explorer.
  • Se montrer « faible » ou malade ou vulnérable n’est pas dangereux.

Les représentations d’attachement présenteront des différences individuelles en fonction de la qualité du mode d’appel de l’enfant et du mode de réponse de cet adulte préférentiel.

>  Se sentir en sécurité pour explorer, risquer, oser

L’enfant est également doté d’un système qui le pousse à découvrir son environnement et à se tourner vers les inconnus, le système exploratoire. Ce dernier s’active lorsque l’enfant se sent en sécurité et s’éteint lorsqu’il se sent effrayé ou en détresse. Le système d’attachement et le système exploratoire sont antagonistes. L’enfant, qui aura intégré qu’il peut venir se réconforter chez sa figure d’attachement en cas de détresse, pourra se fier à ses parents comme une base de sécurité dont il part pour explorer le monde et comme un refuge qui lui procure réconfort et sécurité lorsqu’il est en détresse (Ainstworth et al., 1978, Bowlby, 2011).

> Voir aussi : le cercle de la sécurité (Marvin, Cooper, Hoffman, & Powell, 2002)

Il a été observé que la qualité de l’attachement a un impact sur le développement de l’enfant dans la mesure où les représentations d’attachement vont servir de filtres à travers lesquels l’individu interprète les nouvelles expériences (Bowlby, 1996). Les enfants sécures gèrent les situations de manière plus autonome, sont plus compétents au niveau socio-relationnel (Weinfeld, Sroufe, Egeland & Carlson, 2008). La sécurité de l’attachement pendant la petite enfance constitue un facteur protecteur important pour l’individu qui est plus à même de fonctionner adéquatement, même dans l’adversité (Miljkovitch, 2009).

S’agirait-il d’une fatalité ?

Ou, pour paraphraser certains best-sellers, qui ont marqué les esprits : tout se jouerait-il avant un an ?

Non, heureusement non ! Bowlby (2011) insiste pour dire que l’attachement se construit durant toute la vie. Les croyances peuvent évoluer, se modifier en fonction des expériences vécues par l’enfant. Pour l’adulte de référence de l’enfant, il s’agira de chercher à être une base de sécurité pour l’enfant.

Retour dans la cour de récréation

Pour l’enfant qui cherche à obtenir le vélo de Paul, oser dire son désaccord, traverser les émotions inhérentes à la situation de conflit, se sentir capable d’obtenir le vélo, nécessite d’avoir expérimenté que cela est possible avec un minimum de sécurité; qu’il a des ressources pour gérer des situations de stress et qu’il est entendu en situation de difficulté.

Pour le parent, l’enseignant, l’éducateur, soutenir la capacité des enfants à gérer positivement des conflits consisterait alors à leur offrir des situations où ils expérimentent cela. Comment fournir cette base de sécurité à l’enfant ? Quelles sont les clés qui aideront l’adulte à montrer la sensibilité nécessaire à l’enfant ? Quelles grilles d’observation pour comprendre le besoin spécifique de sécurité de l’enfant ?

Vivre un conflit peut représenter un stress. En construisant avec l’enfant la confiance dans la disponibilité d’une base de sécurité, l’adulte lui offre aussi la possibilité d’explorer de nouveaux modes de gestion de ses conflits. En ce sens, la théorie de l’attachement offre une grille de compréhension de l’enfant particulièrement éclairante.

Pour aller plus loin…

  • Bowlby, J. (1954). Soins maternels et santé mentale, Cahiers de l’O.M.S., Genève.
  • Bowlby, J. (2011). Le lien, la psychanalyse et l’art d’être parent (Wiart Yvane, Trad.). Albin Michel (œuvre originale publiée en 1988).
  • Guédeney, N. (2010). L’attachement, un lien vital. Bruxelles : Flabert édition et Yapaka.be, Col. Temps d’arrêt/lectures.
  • Lemieux, J. (2004). L’adoption internationale, démystifier le rêve pour mieux vivre la réalité. Montréal : Le monde est ailleurs inc.
  • Miljkovitch, R. (2009). L’attachement au niveau des représentations. In N. Guédeney & A. Guédeney (Eds). L’attachement : approche théorique du bébé à la personne âgée (p. 39-48). Issy-les-Moulineaux : Elsevier-Masson.

Estime de soi : dessine ta silhouette

Adultes, adolescents, enfants… il nous est tous arrivé de douter de nos compétences et de notre capacité à affronter certaines situations. Et pourtant, chacun de nous possède des qualités et des points forts sur lesquels il peut s’appuyer en cas de difficulté. L’estime de soi, auto-évaluation juste de sa propre valeur, peut être travaillée et développée à tout âge. Elle constitue un facteur important dans la prévention des conflits et favorise le bien-être personnel.

Un article rédigé par Julie Duelz, initialement paru dans le trimestriel n°95, en 2006.

Une activité pour aider les enfants à s’estimer : « Et si tu dessinais ta silhouette ? »

Certaines activités permettent aux enfants d’augmenter leur estime d’eux-mêmes. La silhouette est une activité qui, menée au bon moment dans un groupe, permet à chacun de se recentrer sur ses forces et compétences et de les montrer aux autres. Ce double processus – reconnaissance par soi-même de ses capacités et reconnaissance par les autres – est un « bon carburant » pour l’estime de soi.

Jeudi, 10h30. Manon et Camille, Caroline et Lucas, Jonathan et Mathieu, l’enseignant et tous les autres enfants de la classe semblent bien occupés. L’un est couché sur une grande feuille de papier et l’autre dessine le contour de la silhouette de son camarade sur la feuille. L’exercice provoque des fous-rires lorsque la pointe du feutre chatouille les doigts. De la concentration pour ne pas rater un doigt ou pour ne pas tâcher le vêtement. Une fois le contour achevé, les réactions de l’enfant voyant son « ombre » ne tardent pas : « J’ai des si petits pieds ? » s’étonne Manon ; « C’est marrant de voir mes cheveux », dit Mathieu.

Ensuite, chacun représente sur sa silhouette toutes les choses qu’il est capable de faire avec les différentes parties de son corps. Les fous-rires se font plus rares, l’ambiance devient calme et apaisée, presque magique. Chacun est avec lui-même. Certains y vont franchement avec les couleurs, d’autres sont perplexes et m’interpellent : « Julie, je ne sais rien faire ! »

Enfin, les silhouettes sont affichées aux murs, aux fenêtres,… et même au plafond ! Les enfants présentent une chose qu’ils ont envie de partager avec les autres. Jonathan présente sa silhouette habillée en joueur de football et dit aux autres « qu’il aimerait beaucoup être une star de football à la télé ». Manon, qui s’est dessinée avec des bottes d’équitation, parle avec enthousiasme de son cheval. Lucas a colorié un grand cœur sur sa silhouette : il aime partager. Avec fierté et émotion, Mathieu raconte à ses camarades comment il peut aider sa maman handicapée à porter les courses. Tous les élèves semblent ressentir l’importance de ce moment de partage et sont attentifs aux présentations de chacun. Lorsque Madame Joëlle présente sa silhouette à son tour, on entend les mouches voler.

Comme à chaque fois que cette activité est menée, je suis stupéfaite de constater le peu de connaissance qu’ont les enfants (et les adultes en ont encore moins) d’eux-mêmes ainsi que de la peur du regard de l’autre. Qu’est-ce que je suis capable de faire ? Que vont penser les autres si je dessine un grand cœur ? Et si j’écris que je sais faire une tarte aux pommes ?

Toutes ces réflexions peuvent être exprimées à la fin de l’activité. Ce moment d’échange final est incontournable pour parler des difficultés rencontrées et pour construire peu à peu la confiance dans la classe. Mathieu partage ses émotions au reste de la classe : « J’avais un peu peur de le dire à toute la classe parce que je pensais qu’ils allaient rire, mais comme Lucas a parlé du cœur, j’ai osé ».

Pour en arriver là, différentes étapes ont été traversées par la classe. On ne commence pas les animations en abordant les activités d’estime de soi. Chaque groupe a son histoire, son rythme et sa dynamique propres qui sont à respecter (Ces étapes sont décrites dans le livre Jeux coopératifs pour bâtir la paix, 2005) :

  • Les enfants doivent d’abord se sentir accueillis et en sécurité (étape 1). Le cadre est posé dès le début des animations : je ne fais pas mal ni moralement ni physiquement, j’ai le droit au stop (si je ne veux pas participer, je me mets sur le côté sans déranger les autres). Ces règles, dont l’animateur est le garant, permettent aux enfants d’avancer en sécurité.
  • Les activités d’expression suivent (étape 2) ainsi que les jeux d’écoute (étape 3).
  • Ensuite, les thématiques des jeux proposés relèvent de la place de chacun dans le groupe (étape 4).
  • L’étape des qualités suit (étape 5)
  • …puis laisse la place aux jeux de confiance et de coopération (étapes 6 et 7).

Il est midi, les enfants quittent la classe. Les impressions de l’institutrice ne tardent pas : découverte d’une facette inconnue d’un enfant plus réservé, surprise que tous les garçons n’aient pas tous présenté le football comme activité favorite et étonnée positivement par la qualité d’écoute.

La semaine suivante, l’institutrice nous raconte l’enthousiasme des enfants à présenter leurs silhouettes à leurs parents et à en parler à la maison. Avec humour, elle lâche : « les tables de multiplications ne suscitent pas autant d’intérêt ! ». Elle trouve aussi qu’il y a « quelque chose de changé dans l’ambiance de la classe, ils font un peu plus attention aux autres »

Faire dessiner aux enfants leur silhouette est une activité intéressante pour augmenter la conscience de leurs capacités et aptitudes particulières. Cependant, elle est loin d’être suffisante. C’est au quotidien que nous, adultes, avons la responsabilité d’alimenter l’estime de soi chez les enfants. Comment ? En les aidant à être conscients de leurs forces mais également de leurs limites. En les aidant à trouver par eux-mêmes des idées pour surmonter un défi, une difficulté. En évitant les mots jugeants ou blessants qui peuvent faire des dégâts. Et si nous commencions par nous-mêmes ?

L’estime de soi, tout comme la tension ou l’agressivité, est contagieuse dans un groupe. Celui qui dit un compliment à un autre, qui encourage et qui reconnaît le positif chez l’autre voit en même temps son estime personnelle rehaussée. Que de perspectives encourageantes…

Education à la paix en maternelle

Dans le cadre de la Décade de l’Union européenne pour la culture de la paix et de la non violence pour les enfants dans le monde (2001-2010), la Commission européenne a attribué des fonds Daphné à l’International Fellowship of Reconciliation (IFOR) (MIR en francophonie), afin de réaliser une recherche-action sur l’éducation à la paix et la prévention de la violence dans les écoles maternelles. Les fonds européens Daphné sont attribués à des projets qui visent à combattre la violence envers les enfants, les adolescents et les femmes. L’Université de Paix a été sollicitée pour participer à cette recherche-action, qui jette les bases de l’élaboration d’un programme européen de développement des habiletés sociales.

Un article rédigé par Christelle Lacour et Julie Duelz, initialement paru dans le trimestriel du mois de juin 2008.

Prévenir la violence dans les écoles maternelles – Projet européen d’éducation à la paix

Suite à la tragique affaire Dutroux, et pour montrer sa détermination à lutter contre ces crimes, l’Union Européenne décide en 1997 de commencer à financer des projets européens spécifiquement consacrés à la lutte contre la violence envers les enfants et les femmes. C’est la naissance du programme Daphné, sous la responsabilité de la Direction Générale Justice et Affaires Intérieures. Le premier cycle de subventions a été attribué entre 2000 et 2004, le deuxième a été inauguré l’année dernière (Daphné II). Pour le deuxième cycle de subventions, le programme se concentrera sur l’échange de bonnes pratiques entre les pays membres et insiste sur la coopération entre les pays et le partage des expériences et des méthodes. Ces possibilités permettent de développer des projets originaux et efficaces.

C’est donc dans le cadre de l’appel à projets Daphné II que l’IFOR a proposé l’idée du projet « Approches durables pour l’éducation à la paix et la prévention de la violence dans les écoles maternelles ». Cette idée a émergé suite à la lecture du rapport de l’OCDE « Petite enfance, grands défis II : Éducation et structures d’accueil ».

Participent à cette recherche à la fois des Universités (Université d’Halmstadt en Suède, de Florence et de Pise en Italie, de Lodz en Pologne, d’Oslo en Norvège, de Fribourg en Allemagne, Université du Kosovo) et des centres de formations pour enfants et adultes, comme l’Université de Paix en Belgique ou le Centre pour la Communication Non Violente en Suède. Dans chaque pays partenaire, des écoles maternelles pilotes ont été choisies pour faire partie de la recherche-action. En Belgique, il s’agit de l’école communale d’Ecausinnes, dans le Hainaut.

La recherche action en prévention de la violence dans les écoles maternelles s’étend sur 4 ans. Dans un premier temps, nous avons effectué un état des lieux concernant la violence et les habiletés sociales dans les écoles maternelles de chaque pays partenaire (questionnaires, observations filmées de conflits entre enfants, interviews, revue de la littérature et des lois nationales, etc.). Cette première phase a commencé en juillet 2007 et s’est terminée fin avril 2008, avec des publications et une conférence internationale regroupant les participants locaux, nationaux et internationaux au projet. L’objectif était de réaliser une comparaison internationale des contextes nationaux en matière de législation, d’éducation à la paix, d’infrastructures dans les écoles,…

Sur base des résultats de la phase I et avec la collaboration des pays partenaires de l’étude (notamment Allemagne, Suède, Italie, Pologne, Norvège), il s’agit alors de construire et de tester un programme européen de développement des habiletés sociales dans les classes maternelles de chaque pays (phase II : mai 2008 – mai 2010). Ce programme a pour finalité l’éducation à la paix chez les enfants, en collaboration avec les instituteurs, l’équipe éducative et les parents concernés. Il s’agira ainsi de donner des ateliers dans les classes maternelles, mais également d’offrir des journées de coaching aux enseignants et de formation ou d’information à l’équipe éducative (surveillants, puéricultrices…) et aux parents. Cette étape sera également l’occasion d’échanges entre les écoles, institutions ou encore universités des différents pays. Comme la phase I, la phase II se clôturera par une conférence internationale et des publications concernant le processus et les résultats des ateliers pour enfants et adultes dans les écoles.

La dernière phase (phase III : juin 2010 – juin 2011) sera consacrée à l’évaluation du projet, en vue de modifier le programme de développement des habiletés sociales et d’estimer les retombées possibles au niveau national, européen et international.

A tout moment durant ce projet, seront visés au niveau international :

  • la visibilité et la promotion de la prévention de la violence et de l’éducation à la paix dans des classes maternelles auprès des différents systèmes éducatifs européens (en Belgique, auprès du Ministère de l’Éducation de la Communauté française);
  • la coopération et la mise en réseau interdisciplinaire (psychologie, pédagogie, pédiatrie, sciences de l’éducation, sociologie,…) et la mise en réseau locale, nationale et européenne (entre écoles, associations de parents, communes, journaux, universités, ONG, Commission européenne…).

Nous sommes convaincus qu’éduquer à la citoyenneté et à la gestion de conflits est un travail qui se fait dans la durée et avec tous les partenaires scolaires. C’est pourquoi l’approche systémique du programme européen de prévention de la violence en maternelle nous intéresse particulièrement.

Comme nous l’avons expliqué plus haut, l’Université de Paix a été contactée par l’IFOR afin de collaborer à la réalisation de cette recherche-action sur la prévention de la violence et l’éducation à la Paix chez les enfants en école maternelle. Notre rôle consiste à :

  • participer aux réunions européennes (réflexion, décisions, etc.) et aux conférences internationales ;
  • favoriser les liens entre les partenaires locaux, nationaux et européens ;
  • rendre des rapports nationaux concernant l’avancée du projet, le processus, les résultats, l’évaluation, les possibilités de retombées locales, nationales, internationales ;
  • collecter les informations concernant l’école, les lois belges, les études universitaires belges sur la prévention de la violence et l’éducation à la paix ;
  • réaliser les observations, mener les interviews, collecter les données concernant la violence chez les enfants, etc. ;
  • servir de lien, de contact entre le siège de la recherche (en Allemagne) et l’école communale d’Ecausinnes, école pilote pour le projet ;
  • rencontrer le directeur, les institutrices, les parents, l’équipe éducative de l’école communale d’Ecausinnes, afin de les informer et de codécider des modalités concrètes de réalisation du programme européen de développement des habiletés sociales ;
  • donner des ateliers aux enfants et des formations aux adultes (enseignants, équipe éducative, parents…).

L’Université de Paix apporte une expérience de plus de 15 ans dans l’apprentissage de la gestion de conflits en maternelle et en primaire. Le programme que nous réalisons actuellement dans les classes s’intitule « Graines de médiateurs ». Primé par la Communauté Française en novembre 2006, il est sans cesse amélioré grâce à notre expérience sur le terrain et à la collaboration des enseignants.

Par ailleurs, collaborer et mettre en commun les différentes approches des partenaires du projet européen nous paraît être la meilleure façon d’ouvrir notre champ d’action et de nous enrichir de l’expérience des autres pays membres de la recherche-action. Finalement, tester, évaluer, se questionner sur ce programme européen de développement des habiletés sociales permettra sans aucun doute d’en mesurer l’impact concret dans la gestion positive des conflits, de l’enfant de 3 ans au Directeur d’école.

Parallèlement à ce travail, l’Université de Paix a pris contact avec le Cabinet de la Ministre-Présidente de la Communauté française. Une rencontre a eu lieu le 14 février 2008, afin de présenter le projet européen à Monsieur Dominique Luperto, collaborateur de la Madame la Ministre Marie Arena. L’Université de Paix s’est engagée à communiquer les résultats des différentes phases de cette recherche-action. En retour, Monsieur Luperto a accepté de nous transmettre ses commentaires, suggestions et pistes de travail concernant le projet européen et ses suites possibles au niveau national.

« Kids » et self-defense (2006)

Au Centre William Lennox à Ottignies, lors des vacances de Carnaval 2006, 16 enfants de 8 à 12 ans, garçons et filles (et oui… le self-defense n’est pas exclusivement réservé aux garçons !), ont eu la chance de participer au stage « Kids et Self-Defense » organisé par l’Université de Paix.

Un article initialement paru dans le trimestriel n)95, en 2006.

Après avoir accueilli les enfants dans la rotonde, nous nous sommes dirigés vers le dojo. Là, chacun a pu enfiler un judoghi (tenue pour pratiquer du judo ) et s’agenouiller sur le tatami pour le salut… C’est parti ! Nous commençons par quelques exercices en guise d’échauffement.

Au programme…

L’objectif de ce stage est de proposer à chaque enfant des exercices qui vont lui permettre …

  • d’augmenter le maîtrise de ses gestes et de ses mouvements en réalisant des exercices d’équilibre et de coordination,
  • de découvrir des gestes qui peuvent lui « sauver la mise » en cas d’agression,
  • d’apprendre à esquiver,
  • de se relaxer et d’en apprécier les bienfaits,
  • de prendre sa place dans un groupe et de s’y sentir en confiance.

Pour que chacun se sente à l’aise et puisse participer aux exercices dans un cadre sécurisant, nous avons installé plusieurs règles pour vivre ensemble ces deux journées :

  • Je parle en mon nom (Je parle de moi).
  • Je ne fais mal ni à moi, ni aux autres. Ni au corps, ni au cœur.
  • J’ai droit au stop. Si un exercice me met mal à l’aise, je peux me placer sur le côté du groupe et être observateur.
  • Je marche avec mes chaussures en dehors du tatami.

L’idée de coupler les jeux de coopération et les techniques de self-défense n’est pas neuve. L’Université de Paix l’avait déjà expérimentée l’an dernier.

La spécificité de ce stage réside néanmoins dans cette association peu banale et pouvant paraître contradictoire. Il n’en est rien !

Les enfants, riches de leurs expériences, savent que des situations d’agression ne se vivent pas uniquement par le corps, mais aussi par la parole. C’est pourquoi après chaque exercice de self-defense ou de coopération, nous prenions le temps d’échanger afin de traduire l’exercice réalisé dans des situations que les enfants rencontrent quotidiennement.

Ils pouvaient alors exprimer ce qu’ils avaient ressenti durant l’exercice, demander l’avis ou l’aide d’un partenaire face à un problème qu’ils rencontrent et y apporter de nouvelles solutions qui leur permettent de se sentir plus à l’aise face à certaines situations d’agression.

Un peu de culture japonaise…

Chacune des deux journées a été rythmée par un moment où Joseph Médina (Professeur de Judo et de Ju-Jitsu) nous a partagé un peu de son savoir en matière de culture japonaise.

Ainsi, au terme de la première journée, chaque enfant est rentré chez lui avec son prénom traduit en japonais.

Ich, ni, san, chi, go !

Et oui, nos kids savent maintenant compter en japonais.

Si vous leur demandez pourquoi ils portent un « kimono », ils vous diront que cet « habit de cérémonie » ne serait pas très pratique pour les exercices physiques qu’ils pratiquent… et qu’ils préfèrent leur judoghi (vêtement de judo).

Arrivés au terme de la première journée de stage, les kids sont rentrés chez eux la tête remplie de découvertes : gestes d’esquive, techniques d’immobilisation ou de dégagement …

Quel plaisir et quelle fierté de pouvoir montrer à papa et maman comment les contrôler, sans pour autant leur faire mal ou comment me dégager lorsqu’ils me serrent avec leurs mains sans pour autant utiliser ma force.

En effet, une des valeurs fondamentales véhiculées durant le stage est bien de proposer des exercices pour se sentir à l’aise ou se protéger en gardant un contact, un lien avec son partenaire. Joseph Médina dira d’ailleurs à ce sujet : « Ma spécificité, c’est d’apprendre aux enfants à se défendre pour qu’ils ne doivent jamais se défendre… ».

Après ces deux journées, les enfants ont reçu, en présence de leurs parents et de leurs proches, un diplôme sportif personnalisé.

Pour conclure…

La pédagogie active et participative a permis à chacun d’augmenter sa confiance en lui, de tester ses limites et celles de ses partenaires, de découvrir diverses techniques de self-défense et de développer des compétences relationnelles pour une communication intrinsèquement non-violente.

Retours du stage de Paques 2003

Du 14 au 17 avril 2003, une vingtaine d’enfants de 8 à 12 ans ont participé au stage de Pâques organisé par l’Université de Paix…

…Abracadabra, balai magique, emmène-moi !

Lundi matin, un soleil timide illumine le centre culturel « Marcel Hicter » du domaine de la Marlagne… Les animateurs (Axelle, Christine, Julie et Laurent) accueillent les futurs apprentis sorciers et leurs parents. Les enfants sont invités à inscrire leur prénom sur le parchemin à l’entrée de la salle scellant ainsi un pacte de participation à ce merveilleux voyage.

Certains, plus timides, observent les lieux avec appréhension tandis que d’autres, les « vieux briscards » de l’an dernier, sont plus à l’aise. Ces derniers constatent le changement de décor donnant à la pièce une atmosphère « potteresque ». Un grand chaudron au milieu de la pièce, un feu ouvert, de larges voiles ondulant au gré des courants d’air, un balai magique, un vieux grimoire… Qu’elle est loin la case de Joséphine Makalélé !

Dès son arrivée, Camille, la plus jeune du groupe, confie à Julie en regardant du coin de l’œil le grand Julien : « Ça va être un petit peu dur pour moi mais ça va aller ! »

Les parents partis, les enfants s’asseyent en cercle et participent à leurs premiers jeux de coopération. Ceux-ci permettent de briser la glace, de retenir rapidement les prénoms de chacun et de s’apprivoiser…

D’un commun accord, enfants et animateurs réalisent une charte qui définit un espace de libertés et de limites : « je ne me moque pas des autres », « nous sommes ici pour nous amuser », « je ne coupe pas les branches des arbres », « j’écoute l’autre quand il parle »… Le respect de toutes ces règles garantit un climat serein propice à l’épanouissement de chacun dans la vie du groupe.

Un panneau d’évaluation permanente est à leur disposition durant tout le stage. Enfants et animateurs peuvent y indiquer à tout moment « ce qu’ils apprécient », « ce qu’ils n’apprécient pas » et « ce qu’ils proposent ».

L’organisation des 4 jours suit un même canevas. Après l’accueil, les animateurs animent une séance de jeux coopératifs dont les objectifs évoluent au fil des jours. Les enfants disposent, ensuite, d’une demi-heure de temps libre avant de reprendre des activités dirigées comme la fabrication d’une baguette magique, d’une marionnette, de balles pour jongler,… Le début de l’après-midi est consacré à des jeux d’équipe dans le Domaine de La Marlagne (jeu de piste, construction de cabane, chasse au trésor,…). Le goûter, un moment de détente apprécié par tous, précède l’évaluation quotidienne : lecture des remarques inscrites au panneau d’évaluation permanente et prise de parole de chacun pour faire le bilan personnel de la journée.

Chaque matin, les animateurs organisent des jeux de coopération. Ceux-ci sont bien évidemment sélectionnés selon les étapes du fil conducteur amenant les membres du groupe à coopérer. En effet, la coopération n’est pas innée, elle se construit dans l’expérience et dans la richesse des interactions. Les différences sociologiques des apprentis sorciers (âge, lieu de vie, école…), dans ce contexte, ne sont pas des freins mais des atouts.

Pratiquement, la progression vers la coopération se fait en 7 étapes illustrées ci-dessous :

  • Étape 1 : l’accueil avec « je m’assieds dans l’herbe » où chaque enfant est amené à retenir rapidement les prénoms de ses pairs.
  • Étape 2 : l’expression avec « j’aime, je n’aime pas » où chacun choisit d’expliquer aux autres ce qu’il aime.
  • Étape 3 : le regard positif sur soi, sur les autres « moi aussi… » où chaque apprenti sorcier raconte une expérience qu’il pense être le seul à avoir vécue.
  • Étape 4 : la place avec « pomme/poire/pêche » où l’enfant placé au centre du cercle cherche à reprendre une place quand les autres enfants doivent se déplacer à son injonction.
  • Étape 5 : l’écoute avec « le crocodile » où un enfant les yeux bandés habitant une île matérialisée par feuille de journal doit empêcher les autres enfants devenus crocodiles d’arracher le journal.
  • Étape 6 : la confiance avec « le vampire » où les apprentis sorciers les yeux fermés attendent avec impatience voire angoisse qu’un « vampire » vienne les croquer !
  • Étape 7 : la coopération avec « x pieds, x mains » où les enfants doivent réaliser le plus rapidement possible « au sol, il doit y avoir 20 pieds et 6 mains ! ».

Quatre jours de soleil, de rire, de jeux, de bricolage et de scoubidou… et nous voilà déjà à la fin de ce stage. Les parents arrivent et prennent place à leur tour dans le cercle de chaises… C’est le moment pour les enfants de présenter et de résumer leur séjour au Domaine de La Marlagne. Certains par un spectacle de marionnettes, d’autres en invitant les parents à participer à leurs jeux de coopération favoris.

La dernière évaluation des enfants fait apparaître les moments les plus appréciés. « J’ai tout aimé » disent certains « même la soupe ». « Je me suis fais une amie ! » claironne Julie en serrant Marie-Anaïs dans ses bras…

Pour les formateurs aussi, l’évaluation générale est positive, de bons moments de rigolade, des courses poursuites éprouvantes « pour les esprits maléfiques », le succès inattendu des scoubidous devenus la principale occupation des pauses, la serviabilité et la gentillesse des enfants …

Tous se quittent le sourire aux lèvres. La petite Camille lance « A l’année prochaine ! » et, de manière un peu conspiratrice, « Ce sera quoi le thème ? ». Suspense…

« Sur la trace des indiens… »

Du 2 au 4 avril 2001, l’Université de Paix a proposé une session « Sur la trace des indiens… ».  Trois jours durant, 22 enfants âgés de 8 à 12 ans ont été amenés à développer la confiance en eux et en l’autre et à développer des attitudes et des valeurs nécessaires à la gestion de conflits.

Par Cathy Van Dorslaer, initialement publié dans le trimestriel n°75, en 2001.

Sur la trace des indiens…

Troisième et dernier jour du stage. Nous descendons vers le local après le repas. A notre arrivée, c’est la surprise… un de ces moments magiques que l’on garde en souvenir. Dans le coin lecture, couchés à plat ventre, des enfants sont plongés dans leurs livres. D’autres continuent à peindre leurs t-shirts, s’échangeant peintures et conseils . Quelques-uns entourent Cécile et Coralie qui répètent, à la guitare, la chanson de « Wakatanka ». Les plus petits, eux, font des aller-retour entre le local et le grand sapin où ils ont aménagé, au fil des jours, un super-mega-géant tipi.

Sans consignes ni directives, les enfants vivent un moment d’harmonie, de partage et de plaisir d’être ensemble. Notre objectif est atteint et nous en sommes heureuses, émues même.

Mais commençons par le commencement.

Pour accueillir nos 22 petits indiens et indiennes, nous -Cécile DENIS, Cécile DUPONT, Lysiane MOTTIAUX et Cathy VAN DORSLAER, formatrices à l’Université de Paix- avons préparé des jeux d’intérieur ou d’extérieur en rapport avec les indiens dans lesquels nous avons distillé des activités qui permettent d’installer rapidement la confiance et la coopération au sein du groupe. Le local qui nous accueille est spacieux et s’ouvre sur les bois. Nous y avons aménagé un coin lecture, avec des livres et des bandes dessinées relatives aux indiens, et une grande pile de «J’aime lire» qui auront un grand succès. A l’autre bout, le cercle de chaises qui accueillera les jeux coopératifs et les moments de gestion du groupe. Un peu partout, des tables et des chaises pour les bricolages prévus en petits groupes. Et tout autour, du soleil, des arbres, de l’espace !

Première heure ensemble. Les enfants sont assis en cercle, sagement. Ils ne se connaissent pas et chacun, à sa manière, manifeste sa crainte, ou sa joie, de se trouver dans un si grand groupe. Au fur et à mesure des jeux coopératifs, le rire s’installe, d’abord ; puis la découverte de l’autre, de son prénom, de son humour, de son tempérament, de ses hobbies.

La glace est rompue, chacun est rassuré, nous pouvons partir explorer nos terres… d’autant que c’est la première journée de soleil d’un printemps frileux et que, grands comme petits, nous avons envie d’en profiter. La tribu se met en marche en direction des étangs. Des petits groupes se forment déjà : les filles qui papotent; les grands qui prennent tous les raccourcis ; les amateurs de cailloux, de plumes, de bâtons…et derrière, les contemplatifs. Au hasard du chemin, un banc. Une chaise musicale coopérative s’improvise et c’est le succès : sans bousculade et dans un fou rire, tout le mode s’empile.

De retour au local, nous demandons aux enfants, en sous-groupes, de proposer des règles de vie qui permettront à chacun de se sentir en sécurité durant ces trois jours de stage. C’est sur base de ces propositions que différents moments de la vie du groupe pourront être gérés, négociés : vous pouvez aller dehors chercher du matériel mais dans des limites qui permettent aux animatrices de vous voir ; les bâtons ne peuvent pas être utilisés pour se battre ; tout le monde reste à table durant le repas et un temps libre est donné après pour jouer ; si j’ai un conflit avec un autre, je fais appel à une animatrice pour qu’elle m’aide à me faire entendre sans utiliser d’insulte ni de coup…

Le cadre a donc été mis en place. Il ne reste plus qu’à s’amuser ensemble, se rencontrer, faire appel à la créativité, aux talents artistiques. Et c’est bien ce qui va se passer, dans un brouhaha de galopades, de rires, de trouvailles, de taches de peinture, de boue, d’herbe.

Chaque enfant aura sans doute fait son hit-parade des activités menées mais il nous semble que c’est à belles dents que toutes les propositions ont été croquées. Pour témoin, Joaquim (9 ans), qui clôturait la première journée par un «Vivement demain! » qui ne s’est pas démenti par la suite. Qu’ont-ils fait qui suscite un tel enthousiasme ? Un totem, un village indien, un jeu de piste (indien bien sûr), un tee-shirt peint, une chanson… autant de moments où chacun a eu l’occasion de se découvrir un don, de collaborer avec l’autre, de s’entendre reconnaître par les autres une qualité.

Le totem, première activité de collaboration proposée, consistait en un savant empilage de caisses que les enfants ont décorées en sous-groupes : deux ou trois enfants se chargeant d’illustrer, sur une caisse, un thème qu’ils avaient choisi : la chasse, les costumes ou les fêtes des indiens, les chevaux,… Certains ont commencé très vite, s’échangeant les suggestions et le matériel sans problèmes. D’autres ont dû s’initier à la négociation. D’autres encore, qui n’avaient pas trop d’idées, se sont finalement découvert des capacités : si je suis maladroit avec un pinceau, je peux utiliser mes doigts ou la paume de mes mains ; s’il n’y a plus de peinture, les feuilles et les fleurs font encore mieux l’affaire. En fin de journée, le totem se dresse au milieu de la pièce, plus haut, plus coloré, plus beau qu’un vrai et les enfants commentent, admirent, s’expliquent l’un l’autre les astuces de fabrication.

Le lendemain, c’est un village indien qu’il s’agira de construire. Chaque enfant reçoit de la terre glaise et, mis en confiance par l’activité de la veille, se met à l’ouvrage. En se basant sur la documentation mise à leur disposition, ou sur leur inspiration du moment, ils élaborent des habitations indiennes, des décors, des animaux, des personnages ; pensent aux moindres détails, complètent avec de la mousse, des fleurs, des petits bois, des cailloux. Camille et son amie s’essayent même à une création aveugle : les yeux bandés, elles sculptent une même motte de terre.

Il y a aussi eu le jeu de piste. Un groupe accompagnera Cathy pour le tracer, trois autres groupes se lanceront à tour de rôle sur la piste des flèches en bois, en cailloux, des messages parfois trop bien cachés et des épreuves à remporter tous ensemble. Deux heures de cavalcades dans les bois, un ruisseau à traverser et une pente vraiment très raide à remonter où l’on se pousse et se hisse joyeusement. Les enfants reviendront fourbus, ivres de bon air, les poches et les mains pleines de petits cadeaux de la nature. Les animatrices, quant à elles, ont les jambes qui leur rappellent qu’elles n’ont plus 20 ans. Mais c’est si gai !

Le dernier jour, vous l’avez vu, est celui où nos petits indiens et indiennes, de façon spontanée bien souvent, auront l’occasion de manifester leur plaisir d’être ensemble. La matinée sera consacrée à la peinture d’un t-shirt sur lequel chacun peindra un animal et une qualité que les autres enfants lui auront suggérés. Les discussions vont bon train pendant l’attribution : William, à qui ses amis d’école disent qu’il est «prêt à tout» nuancera avec ses amis indiens pour finalement peindre un «Jaguar, toujours prêt».

Dernier après-midi : « Mustang, compte sur moi », « Ouistiti,100.000 volts », « Loup, prudent » et tous les autres se peignent mutuellement sur le visage de vrais signes indiens ou de véritables œuvres d’art.

Alors que nous chantons une dernière fois « Wakatanka » en y ajoutant des couplets de notre invention, les parents arrivent. Déjà ! Comme le temps a passé vite ! Rien n’est prêt pour les accueillir. Qu’à cela ne tienne, ils vivront en «life» la fin du stage. Le cercle s’agrandit à chaque arrivée et nous avons bien du plaisir à associer papa, maman, la petite sœur ou le cousin aux jeux coopératifs qui s’enchaînent. Il y aura le «Je m’assieds dans l’herbe», le «pomme-poire-pêche», le «vampire» qui nous ont tant fait rire, mais aussi l’explication de toutes les autres activités et la découverte, un verre à la main, des réalisations de chacun.

Nous avons entendu dire que nos indiens avaient parfois eu le cœur bien gros de se quitter. Une liste des adresses a été envoyée pour qu’ils aient l’occasion de se revoir. Qu’ils sachent aussi que, l’année prochaine, un autre stage est prévu (les 2, 3, 4 et 5 avril 2002) sur le thème de l’Afrique. Au programme : contes, danses, musiques d’Afrique ; construction de masques et de jouets africains ; préparation et dégustation d’un authentique repas congolais.

Hugh !

Journée Internationale des Droits de l’Enfant 2006

Dans le cadre de la Journée Internationale des Droits de l’Enfant (en l’honneur de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant), l’Université de Paix a ouvert ses portes aux enfants le lundi 20 novembre 2006.

Un article initialement publié dans le trimestriel n°97, en 2007.

Journée Internationale des Droits de l’Enfant

Adoptée par les Nations Unies le 20 novembre 1989, la Convention Internationale des Droits de l’Enfant affirme qu’un enfant n’est pas seulement un être fragile qu’il faut protéger mais que c’est une personne qui a le droit d’être éduquée, soignée, acceptée, respectée, quelque soit l’endroit du monde où elle est née. Et aussi que tout jeune a le droit de s’amuser, d’apprendre et de s’exprimer.

Dans le cadre de la Journée Internationale des Droits de l’Enfant, l’Université de Paix a organisé des ateliers créatifs et ludiques pour une dizaine de classes primaires. Lors de ces activités, plus de 160 enfants ont donc exercé le droit de s’exprimer, de s’amuser… Ils ont également réfléchi sur ce que signifiaient ces droits pour eux. Finalement, ils ont été invités à envisager les devoirs comme corollaires et indissociables des droits, et à tenter la coopération par le jeu. Dans chaque atelier, les enfants recevaient des pièces permettant de reformer un puzzle coloré des Droits de l’Enfant en fin de journée.

Voici présentés, en quelques lignes, les différents ateliers organisés ce 20 novembre 2006…

L’atelier « Jeux coopératifs »

Un jeu coopératif est un jeu sans gagnant ni perdant. L’accent est mis sur la convivialité, le plaisir de rencontrer les autres et un défi où l’enjeu est de gagner tous ensemble. A travers quelques jeux de coopération, nous avons tenté de donner aux enfants le droit d’être des enfants, de jouer et de s’amuser dans la paix, la collaboration et l’ouverture à l’autre.

L’atelier « Marionnettes de la paix »

Dans cet atelier, les enfants ont été invités à imaginer une petite saynète. En donnant la parole à des marionnettes, ils ont adressé un message aux adultes et évoqué un droit infantile fondamental pour eux. Cette saynète a été filmée. L’objectif était de leur donner le droit de s’exprimer librement.

L’atelier « Électro » sur les droits et les devoirs

Lors de cette activité, les enfants ont mis en lien des droits de l’enfant avec des devoirs. Ils ont associé ces droits et ces devoirs sur un électro en bois. Le principe était simple. A gauche, la colonne des « devoirs » et, à droite, celles des droits. Il suffisait de relier chacun des éléments entre eux pour que s’allume la lumière magique. Par exemple, si tout enfant a le droit d’être différent, il devra en toute logique, ne pas se moquer de ceux qui le sont. Le but était ici de répondre au droit d’être éduqué, notamment en comprenant ce qu’il est important de mettre en place pour vivre ensemble dans le respect des droits de chacun, c’est-à-dire de mes droits mais aussi de ceux des autres.

L’atelier « Fresque sur totem »

Afin de refléter le droit de l’enfant à avoir une famille, nous lui avons demandé d’écrire son prénom et de se présenter lui et sa famille sous la forme d’un dessin. Il a ensuite collé son oeuvre sur un totem, au milieu des autres créations.

Riche en rires, en échanges et en émotions, cette journée a été une véritable réussite. Réussite, parce que les enfants ont réfléchi, discuté et appris des choses qu’ils ignoraient concernant leurs propres droits. Bonheur, parce qu’ils se sont amusés et sont repartis avec un sourire jusqu’aux oreilles. Espoir enfin, puisque ces jeunes enfants ont tenté pour quelques instants l’ouverture, le respect et la coopération, pratiques de paix qu’ils transposeront, qui sait, dans leurs relations avec les adultes et avec les autres enfants.

Agissons pour éduquer à la paix

 

Vous aussi, vous pouvez contribuer à construire une société plus harmonieuse, prévenir la violence et favoriser une meilleure gestion de conflits au quotidien !

Cliquez ici si vous souhaitez contribuer à ces actions !

 

L’Université de Paix asbl travaille au quotidien avec des jeunes et des adultes afin de leur fournir des outils pour gérer les conflits d’une manière qui convienne à chacun.

Son action vise à favoriser un meilleur « vivre ensemble », par le partage de la réflexion, l’expérimentation de situations et la prise de conscience des relations avec autrui.

Pour ce faire, l’Université de Paix accompagne des adultes par rapport à leurs propres conflits et entreprend un travail de fond avec les jeunes.

Grâce à votre aide et en tant qu’Organisation de Jeunesse, nous éduquons et sensibilisons les enfants, les adolescents et les personnes qui en ont la charge, qu’ils soient enseignants, éducateurs, animateurs… Nous intervenons directement sur le terrain, notamment dans plusieurs écoles primaires et secondaires belges. En plus des formations, conférences et actions d’informations que nous proposons au grand public, nous produisons des ressources et outils pédagogiques, tels que le livre Graines de médiateurs II ou encore le jeu coopératif Belfedar, afin de partager le plus largement possible les méthodes de gestion de conflits.

Par cet article, nous vous proposons d’agir avec nous en effectuant un don (*) permettant de la sorte de continuer à développer, pérenniser et transmettre ces méthodes pour vivre des relations plus harmonieuses, qui conviennent à chacun.

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Nous vous remercions d’ores et déjà pour votre geste !

(*) Tout versement de 40 euros ou plus, versé en une ou plusieurs fois au cours de la même année civile, donne droit à une exonération fiscale. Pour en savoir plus sur notre action au quotidien, vous pouvez consulter notre page « Questions fréquentes », ainsi que les différents articles de ce site. Nous sommes également disponibles par e-mail ou au 081/554140. Nous pouvons enfin convenir d’une rencontre, si vous le souhaitez.

Une nouvelle reconnaissance par l’ONE

L’Université de Paix a obtenu pour la première fois l’agrément et le subventionnement de l’ONE pour une partie des activités de formations continues destinées aux professionnels de la petite enfance 0-3 ans : accueillant(e) et co-accueillant(e) conventionné(e) ou autonome, professionnel travaillant dans les milieux d’accueil collectifs, professionnel des SASPE (services d’accueil spécialisé de la petite enfance), accueillants -souvent bénévoles- des lieux de rencontres enfants (les parents, par exemple)…

Cet agrément est attribué pour une période de deux ans, de 2012 à 2014.

Depuis 2008, l’Université de Paix collabore au programme de formations ATL (Accueil Temps Libre), destinées aux professionnels de l’enfance (3-12 ans) : accueillant(e),animateur(trice), responsable de projet d’accueil extrascolaire, coordinateur d’écoles de devoirs, coordinateur de centres de vacances, coordinateur ATL…