Enseignante, elle accompagne les jeunes médiateurs

Témoignage d’une enseignante de Félicien Rops, formée pour accompagner les équipes de jeunes médiateurs, dans le cadre du programme Médiation entre jeunes.

Qu’est-ce que cette formation a pu vous apporter ? Quelles étaient les motivations de l’école, de l’équipe pédagogique à participer à ce projet ?

D’un point de vue personnel, la formation à la médiation m’a permis de clarifier des notions (par exemple, l’écoute active) et de les pratiquer. Les exercices où l’on distingue les faits des émotions me servent quasi quotidiennement en classe.

Au sein de l’école, il me semble que nous avons voulu tester et entrer dans un nouveau mode de fonctionnement en cas de conflits entre élèves. Au départ, les adultes qui sont entrés dans le projet ne savaient pas bien où ils allaient, mais au fil des mois et des années, notre projet a été et est relayé par d’autres professeurs qui en voient l’intérêt et l’efficacité.

Où s’opère le service de médiation à l’école ? Comment cela se passe-t-il ? Quels sont les conflits qui y sont gérés ?

La direction de l’école, qui nous soutient activement, nous a accordés un local aménagé avec des fauteuils, des poufs en un lieu « à part », confortable et différent d’une classe dans lequel nous pouvons rencontrer les élèves demandeurs. Il nous est déjà arrivé de faire des médiations informelles dans la cour de récré, en classe…

Soit les élèves viennent nous trouver directement pour un rendez-vous… Soit ils contactent un de leurs professeurs qui relaie la demande… Soit la sous-direction de l’école nous demande une intervention. Dans ce cas précis, les parties en conflit ne sont pas toujours toutes les deux d’accord pour prendre un rendez-vous ; dans ce cas, nous faisons alors une écoute de la partie demandeuse et parfois l’autre partie accepte une médiation dans un second temps.

Nous réglons des conflits entre 2 et maximum 3 élèves (les autres conflits sont relayés à la médiatrice scolaire avec qui nous collaborons). L’objet des conflits peut aller de « ma copine ne me parle plus depuis qu’elle a un nouveau petit copain » à des conflits entre ex petits amis, etc. C’est très varié! Cela concerne aussi bien des élèves du premier degré que les rhétos. Certains conflits sont aussi liés aux réseaux sociaux.

Comment s’organise le service de médiation au sein de l’école ?

Lorsqu’un rendez-vous est demandé, je me charge de voir qui des médiateurs sont disponibles et quand. En général, c’est un binôme jeune-adulte avec parfois un nouveau médiateur comme observateur. Nous allons chercher les jeunes en classe sans préciser quoi que ce soit au professeur et à la classe. Nous nous réunissons au local et parfois, s’il y a besoin, nous reprogrammons un rendez-vous (par exemple, si une séance ne suffit pas pour des raisons de temps, de complexité des faits, etc.). Après le départ des parties en conflit, un débriefing s’opère entre les médiateurs. Nous tenons également à jour un document sur chaque médiation. Les parties en conflit signent d’ailleurs, en fin de médiation, un accord sur les solutions adoptées.

Ressentez-vous une différence à l’école, dans la classe, dans la cour de récré depuis l’implantation du service de médiation ? Si oui, que pouvez-vous en dire?

Pour ma part en 17 ans dans l’école, je trouve qu’on voit moins de conflits qui dégénèrent (violence, etc.). Les collègues nous ont dit également qu’après le passage en médiation des deux parties en conflit, l’ambiance de classe s’améliore. En effet, un conflit entre deux personnes en implique souvent d’autres qui prennent partie pour l’une ou l’autre…

Enfin, je pense que ça marche car… nos meilleurs partisans sont ceux qui ont participé à une médiation, qui viennent nous remercier, encore des mois après, même en ayant quitté l’école… Et même si ce n’est pas parfait, pour ceux que cela a pu aider cela en valait la peine!

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Propos recueillis par Christine Cuvelier, Chargée de relations publiques

La médiation entre jeunes en 5 questions

Par Christelle Lacour, Formatrice à l’Université de Paix, interrogée par Christine Cuvelier, Chargée de Relations Publiques à l’Université de Paix.

1) La médiation entre jeunes, c’est quoi ?

C’est un processus par lequel les jeunes accompagnent d’autres jeunes dans leur gestion de conflit, afin que les parties en conflit clarifient de manière acceptable ce qui leur pose problème, et trouvent elles-mêmes des solutions au différend qui les occupe.

2) Quels sont les étapes de la mise en place d’un dispositif de médiation entre jeunes ?

Nous nous basons sur un modèle intitulé « ASIREP » :

  • Accueil des parties en conflit.
  • Stop : moment de détente, de canalisation des tensions (par la posture, la respiration, la décharge dans un punchingball…).
  • Identifier le problème : les faits et les émotions qui sont sous-jacents aux jugements émis par les médiés.
  • Rechercher. Evaluer les solutions (pour en choisir une qui convient aux 2 parties).
  • Planifier l’action (QQOQ : Qui fait Quoi, Où et Quand ?).

Voir aussi :

3)  Quels sont les établissements scolaires qui ont répondu à l’appel et/ou qui font appel à l’Université de Paix pour implanter une cellule de médiation [cf. Programme Médiation entre jeunes] ?

Des écoles de tous les réseaux et de toutes les provinces en Fédération Wallonie-Bruxelles.

4) Quel(s) est (sont) les points forts de la médiation entre jeunes ?

Les jeunes sont responsabilisés par rapport à leur gestion de conflit, et bénéficient d’un processus qui leur offre la sécurité nécessaire pour se dire les choses d’une façon respectueuse. Le fait que ce soient d’autres jeunes qui accompagnent la gestion de leurs tensions favorise également cette autonomie des adolescents dans la résolution de leurs différends.

5)  Ces formations sont-elles ouvertes aussi aux travailleurs sociaux et aux adolescents d’autres structures de jeunesse ?

Oui, ces formations sont ouvertes à toute structure dans laquelle des groupes de jeunes sont encadrés par des adultes, qu’il s’agisse d’éducateurs, de psychologues, d’assistants sociaux, d’animateurs, d’infirmiers…

L’une des conditions pour que cela fonctionne avec des jeunes médiateurs est que le groupe de jeunes soit assez stable. Dans des organisations où le turn-over des ados est important, ce sont généralement les adultes qui se forment et pratiquent la médiation.

Ludivine, jeune médiatrice

Ludivine est médiatrice à l’école Félicien Rops de Namur (cf. notre programme Médiation entre jeunes). Elle a accepté de répondre à quelques questions.

Bonjour, Ludivine. Peux-tu nous dire ce qui t’a décidée à devenir médiatrice ?

J’ai 18 ans et suis élève dans une école namuroise. Ce qui m’a motivée à participer à ce projet est de pouvoir répondre à mon entourage quand ils ont des problèmes ; les aider à réagir quand ils ont des problèmes.

Quelles sont les qualités pour être médiateur ?

Rester calme et impartial. Rester concentré sur tous les problèmes en même temps, ne pas oublier un truc ! Avoir de la compassion et savoir écouter.

La médiation à l’école, pour toi, c’est quoi ?

… une activité relaxante avec des amis. Cela m’a appris beaucoup de choses dans la vie, dans les relations. La médiation, ça consiste à régler des conflits, à savoir conseiller quelqu’un qui pose des questions sur ses conflits.

Que réponds-tu à un jeune qui se demande si c’est utile de devenir médiateur ?

Oui, c’est utile dans la vie personnelle, cela aide beaucoup.

Avant, j’avais des amis qui me racontaient des problèmes et je ne savais pas quoi dire. Maintenant, je sais…

Quels éléments ou quels principes retenus pourrais-tu citer ?

Il y a la reformulation. Aussi, dégager des faits et des émotions… Décortiquer le conflit. Les méthodes de décodage physique des émotions.

Depuis la fin de la formation, as-tu eu l’occasion d’assurer une médiation ? Et si oui, que peux-tu nous en dire tout en respectant, bien sûr, la confidentialité ?

Oui… Cela prend du temps. Il y a beaucoup d’émotions. Je me suis impliquée même si ça a pris du temps. Nous sommes arrivés à un accord très concret. J’ai senti que j’ai pu aider…

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Propos recueillis par Christine Cuvelier, Chargée de relations publiques

« Médiateurs en herbe » dans La Libre

La journaliste Fanny Leroy a assisté à une animation du programme Graines de médiateurs visant à rendre les enfants plus autonomes dans une gestion « constructive » de leurs conflits. Ce programme passe par la formation des enfants, mais aussi des adultes responsables de leur éducation, afin qu’à terme, ces derniers puissent reproduire les animations sans la présence d’un intervenant de l’Université de Paix.

Un article à lire dans La Libre du 17/03/2014.

Extraits choisis

[…] « Cet exercice, nous ne l’aurions jamais réussi au début des ateliers. Lors de la première séance, ils savaient par exemple difficilement sortir de la classe sans se bousculer », explique Marie Hargot pendant la récréation.

[…] Monsieur Frédéric, bénéficiaire de l’un de ces programmes, est convaincu de son utilité. « Il est certain que les enfants ont des réflexes bien ancrés, mais il suffit de leur rappeler le contenu des formations pour qu’ils agissent différemment lorsqu’un conflit se présente. De mon point de vue, ça m’a permis d’éclaircir ce que je faisais déjà de manière intuitive. Ça m’aide aussi à gagner du temps lorsque je suis confronté à une situation de conflit », explique l’instituteur.

[…] « Nous tentons d’amener les jeunes à canaliser leurs émotions, à vivre dans un climat de paix. Selon nous, l’école n’est pas qu’un lieu où l’on apprend des matières scolaires, mais aussi un endroit d’éducation », souligne Julien Lecomte.

> Lire l’article complet sur le site de La Libre.

Un éditorial de Timothée Demont

Un article de Timothée Demont, membre du Conseil d’administration de l’Université de Paix, publié en tant qu’éditorial du trimestriel n°126.

Dans cet article, T. Demont compare les situations belge et française en ce qui concerne l’éducation à la paix et à la médiation par les pairs…

Cela fait un peu plus d’un an que j’habite et travaille en France. Je trouve ce grand pays fascinant à de nombreux égards. Je pensais le connaitre et me sentais si proche, en tant que Belge francophone. Pourtant, de vivre en son sein, de suivre au quotidien les débats et remous sociaux et politiques qui l’habitent, je me suis rendu compte que nous étions en fait des sociétés assez différentes. Il s’agit pour une grande part de ressentis informes, difficiles à transcrire. Néanmoins, un constat n’a cessé de me revenir régulièrement à l’esprit. Il s’agit d’un constat nécessairement subjectif et simplificateur, mais que j’avais néanmoins envie de partager ici puisqu’il trouve son origine dans l’outil de lecture de la croix de Barry-Hart découvert à l’UP. Ainsi donc, je ressens une logique de compétition très prégnante dans la sphère publique française. L’Etat français, ce n’est un secret pour personne, est un Etat centralisé, fort et influent. Le Président se doit d’avoir une bonne dose de charisme et d’autorité.  Les Français ont l’habitude que l’Etat régule abondamment et fixe la marche à suivre jusque dans ses moindres détails. Ils ont aussi l’habitude de s’en plaindre, d’ailleurs. Il reste, non sans ambiguïté, qu’ils en ont d’une certaine manière besoin. Le Président Hollande est arrivé au pouvoir un peu par erreur, dans un mouvement de retour de balancier. Une majorité des citoyens s’étaient montrés fatigués par les manières excessives de Sarkozy et s’étaient prononcés en faveur d’un changement de profil radical. Cependant, les sondages actuels montrent que beaucoup d’entre eux regrettent le côté « rassurant » d’un Président et d’un gouvernement « autoritaire ».

Je voudrais évoquer un exemple récent, proche de la réalité de l’UP, d’une de ces décisions prises à Paris et imposées tant bien que mal à grand renfort de communication. La loi Peillon contre le harcèlement à l’école demande à chaque établissement de mettre en place une politique préventive, sur base de conseils prodigués dans une série de guides pratiques publiés par le gouvernement[1]. Résultat : un recueil de bonnes intentions, dans lequel on retrouve notamment la nécessité de mettre en place un climat scolaire agréable, des règles claires, des espaces de parole, des pratiques collaboratives et de l’empathie entre enfants, un système de médiation par les pairs, etc.[2]. Bref, une bonne idée… malheureusement largement inefficace parce que dénuée d’accompagnement et de formations de longue durée sur le terrain, capables d’impliquer et de transformer progressivement tous les acteurs de la communauté éducative en gardiens du savoir vivre ensemble. Loin de cette approche « top-down » cherchant à faire du bruit et du chiffre, l’UP [Université de Paix] sème des graines de médiateurs en Fédération Wallonie Bruxelles depuis 2007… Qui ont déjà fait éclore autant de fleurs dans les classes et cours de récréation. Mais il est vrai que le contexte n’est pas le même.

Timothée Demont


[1] Il est vrai que le phénomène de harcèlement dans l’hexagone a pris des dimensions inquiétantes : une enquête de l’Observatoire de la violence à l’école auprès d’élèves de primaires montre que 14% et 10% des élèves déclarent avoir subi un harcèlement moral et physique, respectivement. Les chiffres sont assez proches pour le niveau secondaire.

Conférence Graines de médiateurs (vidéo)

Ci-dessous, 5 courts extraits de la conférence « Graines de médiateurs » donnée en octobre 2013 par Frédéric Billiard, directeur d’école et formateur pour l’Université de Paix. Pour en savoir plus : le programme Graines de médiateurs.

1. « Vu – pas vu ». Comment exprimer des faits et des émotions ?

2. « Jouer pour apprendre à mieux se connaitre » (domino)

3. Vivre ensemble et trouver du commun

4. Liens entre sciences et gestion de conflits

5. Positionnements et attitudes en conflits

Implanter le programme Graines de médiateurs (2013-2014)

Page relative à l’appel à candidatures 2013-2014 suite au soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles

> Présentation générale du programme

> Implantation complète dans votre école

> Interventions « à la carte » sur base du programme

> Sources de subsides possibles

Implanter « Graines de médiateurs – Programme de prévention de la violence à l’école primaire » dans votre école / votre classe. Mettre en place dans l’école, dans la classe, une dynamique de respect de chacun, d’éducation à la paix et à la citoyenneté afin – notamment – de permettre la pratique de la médiation.

Personnes concernées

  • Vous êtes enseignant/directeur/parent ;
  • Vous êtes convaincus de l’utilité de travailler en prévention la gestion des conflits et l’apprentissage de la médiation à l’école ;
  • Votre école n’a pas les moyens de s’offrir une formation longue…

Grâce au soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, l’Université de Paix propose le programme de formation longue « Graines de médiateurs » pour la période de septembre 2013 à août 2014.

Par an, sont compris dans le projet :

  • 9 animations d’1h40 pour deux classes primaires d’une école, suivies de 9 séances de coaching avec le/la titulaire
  • 2 journées de formation à Namur pour ces mêmes titulaires, lundi 3 février 2014 et lundi 17 mars 2014
  • 2 journées de formation pour l’ensemble de l’équipe (à prendre en charge par la FOCEF ou le CECP )
  • Une journée de formation à Namur pour les directions, le vendredi 10 janvier 2014
  • Une conférence pour les parents, les enseignants, l’ensemble de la communauté éducative
  • Le livre pédagogique « Graines de médiateurs II »

Infos supplémentaires et contact

  • Page du programme de formation « Graines de médiateurs » réalisé à la demande
  • Université de Paix  asbl [C/o Julie Duelz] – 4, Bd du Nord – 5000 Namur (j.duelz@universitedepaix.be – 081 55 41 43).

 

Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Grâce au soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, l’Université de Paix propose le programme de formation longue « Graines de médiateurs » à prix réduit dans 5 écoles tous réseaux confondus en Communauté française et ce, pour la période de septembre 2013 à août 2014.