La pédagogie Graines de médiateurs

Repères pédagogiques du programme Graines de médiateurs – Apprentissage de la gestion des conflits auprès des 6-12 ans

Graines de médiateurs est un programme pédagogique mis en place par l’Université de Paix afin d’apprendre aux enfants entre six et douze ans à gérer leurs conflits de manière autonome.

L’objectif est de les rendre plus à même de résoudre leurs désaccords sans avoir nécessairement recours à l’aide d’un adulte.

Les outils qui sont partagés avec les enfants et leurs enseignants correspondent par ailleurs à des bases de la médiation. Ces méthodes peuvent donc également mener à former de véritables tiers-intervenants, capables de gérer des conflits dans lesquels ils ne sont pas partie prenante. Nous développons la médiation par les pairs avec des élèves plus âgés.

Découvrez également la vidéo Graines de médiateurs (cliquez sur l’image)

Qu’est-ce que la gestion de conflits ?

Avant d’aborder la mise en place concrète du programme, précisons quelques termes. A l’Université de Paix, nous choisissons d’envisager le conflit comme la traduction d’un désaccord ou d’une opposition. Nous invitons à le considérer comme étant neutre et pas nécessairement négatif. Comme le dit Max Lucade : « Conflict is inevitable, but combat is optional ».

Cette citation a du sens dans la mesure où les représentations et croyances à l’égard du conflit ont une influence par rapport à la façon de les gérer (cela rejoint notamment la question des biais cognitifs, mais aussi des croyances en général). Si un enfant pense qu’un conflit engendre toujours un gagnant et un perdant, il va peut-être systématiquement l’aborder de manière compétitive ou le fuir. Si l’opposition est envisagée comme neutre, le champ des attitudes possibles est beaucoup plus ouvert. C’est la façon de réagir des parties en présence qui va colorer ou non le désaccord et lui donner une issue positive ou négative (cf. la vidéo réalisée avec le CFA concernant les attitudes en conflit).

Le pluralisme

Un mot sur la méthode, ensuite : le pluralisme épistémologique (cf. notre page Mission et pédagogie). Cette notion signifie que nous ne nous focalisons pas sur une seule école de pensée ou sur un seul type de méthodes de gestion de conflits. Nous combinons des sources et pratiques : psychologie sociale, médiation,  négociation, communication (dont Communication NonViolente – CNV), dynamique de groupes, écoute active ou encore gestion des émotions. Cette liste est loin d’être exhaustive. Simplement, nous ne nous limitons pas à une seule façon d’envisager la gestion de conflits.

Notre posture par rapport aux théories est identique vis-à-vis des conflits : si une personne se focalise sur une seule solution, cela peut constituer un frein à la gestion positive de la situation. Par contre, en faisant preuve de créativité et en considérant d’autres points de vue, elle peut contribuer à trouver des solutions qui conviennent aux deux parties.

Ces deux parti-pris, d’une part sur la vision du conflit et d’autre part concernant le pluralisme, sont en soi révélateurs de la logique que nous tâchons de partager avec les enfants : une attitude d’ouverture créative.

Avant d’entamer la présentation proprement dite de la mise en place concrète sur le terrain, présentons encore un élément de contexte : les quatre engrenages à travailler pour une réflexion de fond sur la gestion de conflits.

Quatre « rouages » pour mieux vivre les conflits

Cf. Université de Paix asbl (collectif), Graines de médiateurs II, Accompagner les enfants dans l’apprentissage de la gestion positive des conflits, Namur : Université de Paix asbl et Fondation Bernheim, 2010.

L’Université de Paix applique une méthodologie propre par rapport à l’apprentissage de la gestion des conflits au quotidien. Quatre « rouages » sont distingués. Comme dans un mécanisme complexe, la modification d’un seul engrenage a des répercussions sur tout le système dont il fait partie. Par exemple, si la compréhension du conflit change, les attitudes pour le gérer changent également, et vice versa. De même, si un enfant reconnait mieux les émotions auxquelles il est confronté, il peut les exprimer de manière plus adéquate.

  • Un premier rouage est le « vivre-ensemble » : par des activités de mise en situation, il est question ici de créer du lien, du commun, d’apprendre à se connaître, à se faire confiance.
  • Le « comprendre », ensuite, consiste en un temps de réflexion sur les attitudes, perceptions et ressentis par rapport au conflit et aux émotions qu’il suscite. Il s’agit de comprendre aussi les phénomènes d’étiquetage, les croyances et représentations, par exemple.
  • Le pôle « communiquer » exerce quant à lui l’écoute et l’expression et vise à développer l’intelligence émotionnelle, l’empathie.
  • Enfin, l’« agir » invite à passer à l’action, en tant que partie ou comme tiers intervenant, et est orienté solution.

Cette catégorisation peut être croisée avec d’autres manières de développer les compétences relationnelles, sous forme d’étapes, notamment. Nous privilégions désormais une approche plus ouverte, permettant à chacun d’apprendre à son rythme.

Sur le terrain : éléments de mise en place concrète

La mise en place correspond à quelques grands principes.

Tout d’abord, un cadre de vie clair et justifié. Il comprend quelques grandes règles basiques, en lien au vivre-ensemble : « je parle quand j’ai la parole (que nous symbolisons par une balle-témoin) », « je ne blesse l’autre ni avec les gestes ni avec les mots », « j’ai le droit de ne pas faire une activité qui me met dans l’inconfort, mais je ne la perturbe pas (droit au « stop ») ». Nous indiquons également les conséquences en termes de sanction ou réparation en cas de transgression de la règle : « trouver trois qualités à la personne blessée avec les mots », par exemple.

Toujours en lien avec ce vivre-ensemble, nous adoptons un dispositif « en cercle » dans les classes. L’animateur y prend place. Cela revient à donner la même place aux membres du groupe et à instaurer la même distance entre chaque individu. Il s’agit d’installer la coopération dans le groupe.

Voir aussi :

Cliquez sur l’image pour voir cinq extraits vidéo de la conférence « Graines de médiateurs » (2013)

Nous pratiquons par séances de deux périodes de cours d’affilée (2×50 minutes) selon des rituels et des modules brefs.

Les séances débutent régulièrement par un rappel participatif des règles de vie et de leurs logiques.

Ensuite, une activité de communication est proposée : il s’agit pour les enfants d’exprimer leurs émotions du moment, notamment via la « météo ». Les différentes émotions, agréables ou désagréables, sont symbolisées par des expressions faciales sur des images. Par exemple : un soleil avec le sourire (joie), un nuage qui pleure (tristesse), un éclair (colère) ou le vent qui s’enfuit (peur). Les enfants choisissent la météo qui leur correspond le mieux et expliquent pourquoi, s’ils le veulent. Il n’y a pas de commentaire : les émotions sont déposées « au centre du cercle » et ne le sont pas pour faire débat (Il arrive que des choses graves et/ou fort chargées en émotions soient dites durant cette activité. Il convient alors pour l’enseignant de prendre un temps éventuel lors d’une pause pour en discuter). Ce genre d’activité peut se décliner avec des émoticônes symbolisant les quatre émotions de base ou via des exercices d’expression corporelle.

Notons enfin la place importante du travail sur l’estime de soi, les qualités et le fait de trouver du commun dans le groupe, afin que chacun puisse se sentir bien et à « sa place » sans devoir tâcher de l’obtenir d’une manière « destructrice ».

Attitudes en conflits

Un autre exemple d’outil correspond à la croix des animaux représentant des attitudes en conflit, réalisée sur base de l’ouvrage de  K. L. THOMAS & R.H. KILMAN, The Thomas – Kilmann conflict model instrument (TKI), New-York : Xicom Inc, 1974.

Là encore, nous procédons par symboles et l’activité se veut participative. Plutôt que de se contenter d’inculquer en théorie ce que sont les quatre types de comportements (compétition – lion, coopération – dauphin, repli – tortue, accommodation – caméléon), nous proposons des situations dans lesquelles les enfants apprennent à reconnaître les différentes attitudes (cf. la vidéo réalisée avec le CFA concernant les attitudes en conflit).

Voir aussi : [Vidéo] Graines de médiateurs : des attitudes en conflit.

Par exemple, « Léo aimerait bien la dernière tranche de gâteau et moi aussi : A. Je la prends et la mange : lion / B. Personne ne la prend : tortue / C. Nous la coupons en deux : dauphin / D. Je la lui laisse, il y tient tellement : caméléon ».

Notons qu’aucune attitude n’est bonne ou mauvaise dans l’absolu (tout comme il n’est pas question de proscrire les jugements et les opinions, cf. ci-dessous). Certaines sont juste plus adaptées que d’autres en fonction des situations, des relations et objectifs en présence. L’idée consiste à ne pas se limiter à un seul type de réaction et à les choisir en conscience. En effet, certains enfants ont tendance à adopter des comportements compétitifs (argumenter, séduire, influencer, imposer), tandis que d’autres ont plus tendance à s’accommoder (s’effacer pour faire plaisir aux amies, s’écraser)…

Faits, opinions, sentiments

Un autre outil correspond à apprendre à distinguer les faits et les opinions. « Un tel est méchant » est un jugement. Il n’est pas précis, pas factuel. A l’enfant, nous demandons : « qu’est-ce qui te fait dire cela ? Qu’est-ce qu’il a dit, exactement ? Qu’est-ce qu’il t’a fait ? Qu’as-tu vu ? ». En conflit, tâcher de se limiter aux faits permet parfois d’éviter des malentendus et interprétations erronées. De plus, les faits donnent de l’information plus précise qu’une pensée : si vous dites à un enfant « je suis content(e) quand tu joues avec ta sœur », vous lui donnez plus d’informations sur son comportement que si vous dites simplement « tu es gentil ». Là encore, il ne s’agit pas de se retenir de juger, mais de pouvoir distinguer ce que l’on pense de ce qui se passe effectivement. C’est aussi un moyen de distinguer les comportements (observables) des personnes : il est très différent de dire que quelqu’un est violent que de lui dire qu’il a adopté à trois reprises un comportement que l’on peut qualifier de violent, qui a blessé (frapper, insulter…). Cet outil peut être relié entre autres à la CNV qui invite à exprimer des ressentis et des demandes en fonction de faits et de besoins : « Quand tu me fais un croche-pied et que je tombe (fait), je suis très en colère (sentiment exprimé en « je »). Je voudrais que tu arrêtes ! ».

Voir aussi : [Vidéo] Graines de médiateurs : vu – pas vu

Développer l’intelligence émotionnelle

Il s’agit notamment de pouvoir reconnaître les émotions (chez soi et chez l’autre), les identifier et les nommer, ainsi que de trouver des moyens pour les canaliser et les exprimer de manière acceptable, constructive (les « gérer » positivement). Cela vise à développer l’empathie et les facultés à comprendre les ressentis au-delà des désaccords.

Il ne s’agit pas d’éliminer les émotions, au contraire. Nous travaillons pour cela plusieurs éléments : développement du vocabulaire émotionnel, expression des émotions, exercices d’écoute permettant de faire des hypothèses sur l’émotion de l’autre, reconnaissance des mimiques et expressions faciales et corporelles, ou encore réflexion autour de solutions pour « se calmer » et/ou dire son émotion ou accueillir celle de l’autre…

Vers la négociation et la médiation

Outre les quelques méthodes de gestion des émotions et de recherches de solutions créatives, le programme vise à l’appropriation des étapes suivantes dans la gestion autonome des conflits :

  1. Instaurer un cadre de CONFIANCE.
  2. Identifier les FAITS observables.
  3. Exprimer et écouter les SENTIMENTS de chacun.
  4. Identifier les BESOINS que les parties cherchent à satisfaire.
  5. Imaginer des SOLUTIONS qui rencontrent les besoins de chacun.
  6. APPLIQUER des solutions.
  7. Terminer par L’ENTENTE.

Une autre manière de formaliser un dialogue constructif est représenté par le « SIREP », sur base de l’ouvrage de E. CRARY, Négocier, ça s’apprend tôt !, Pratiques de résolution de problèmes avec les enfants de 3 à 12 ans, Seattle : Parenting Press Inc, 1984 (trad. Adelin, Namur : Rousseau, Université de Paix).

  • S = Stop. Je respire. Marquer une pause et se calmer.
  • I = Identifier le problème (les faits).
  • R = Rechercher plein d’idées (créativité).
  • E = Evaluer les solutions.
  • P = Planifier et décider.

Le processus de la médiation est similaire à celui de la négociation, sauf que la personne qui gère le déroulement de ces étapes est extérieure au conflit à régler. Cet apprentissage nécessite de bonnes bases dans la compréhension des attitudes, l’expression et l’écoute des émotions, la distinction entre faits et pensées, l’identification des besoins et les exercices de créativité.

Pour réussir

Pour conclure cet article, permettons-nous quelques remarques afin que les actions entreprises pour apprendre aux enfants à gérer les conflits soient efficaces.

Le changement visé correspond à des attitudes, des « savoir-être ». Il s’agit d’un processus qui nécessite un suivi régulier, principalement de la part des enseignants. Deux heures par mois sont loin d’être suffisantes : elles sont les ébauches de véritables routines de travail, soutenues par les directions et comprises par les parents d’élèves. Ce n’est pas non plus en se focalisant sur un seul outil (l’expression des émotions ou la grammaire CNV) que l’on obtient des résultats probants.

De plus, au début du programme, quand certains enfants sortent de leur mutisme, la tâche peut d’abord sembler d’autant plus difficile. Il est important de ne pas se laisser décourager et se limiter à une seule étape, d’expression de soi par exemple. Il ne s’agit pas d’une baguette magique qui amorce un changement radical du jour au lendemain.

Enfin, il ne faut pas oublier les règles qui régissent le vivre-ensemble en amont, dans l’institution. Ainsi, si un enfant frappe un autre élève, il n’est pas le moment de faire de la gestion de conflits, mais d’appliquer des mesures de sanction et de réparation. Deux élèves qui se battent ont parfois besoin qu’un adulte intervienne pour cesser la bagarre, et pas pour les aider à exprimer leur ressenti (pas tout de suite, en tout cas). On ne demande pas par ailleurs à un pair (un autre enfant) d’intervenir comme médiateur dans ce genre de situation : ce n’est pas son rôle. Il s’agit bien d’un cadre préventif.

Pour aller plus loin

Université de Paix asbl (collectif), Graines de médiateurs II, Accompagner les enfants dans l’apprentissage de la gestion positive des conflits, Namur : Université de Paix asbl et Fondation Bernheim, 2010.

Université de Paix asbl (collectif), Graines de médiateurs : le DVD [en ligne], Namur : Université de Paix asbl.

Université de Paix asbl (collectif), Graines de médiateurs, Médiateurs en herbe, Editions Memor, 2000.

Pour implanter le programme

> Implanter complètement le programme dans une école, à la demande

> Animations « à la carte », sur mesure

> Subsides possibles

Fiche de lecture Conflit conjugal et Médiation

Fiche de lecture de l’ouvrage Conflit conjugal et Médiation (1998), de Louis Genet, par Jean-François Lecocq.

Article paru initialement dans le trimestriel n°76, en 2001.

Inscrit depuis plus de vingt ans au barreau de Liège comme avocat, Louis Genet connaît bien l’ampleur des séquelles charriées par la « judiciarisation » des conflits, en particulier en matière familiale. Très tôt, sa réflexion l’a mené à collaborer à la mise en place de la première École de Médiation en Belgique qui est devenue par la suite, la Section de Médiation du Centre de Promotion Sociale pour Éducateurs (Liège) où il enseigne le droit aux futurs médiateurs. Il est également l’un des fondateurs du Centre de Recherche de Médiation.

Je recommande sans réserve la lecture de ce livre où la réflexion lucide sur la médiation est rejointe ça et là par le témoignage personnel de son auteur. L’analyse des rôles du médiateur et du juriste est particulièrement fouillée. La pertinence des nuances que Louis Genet apporte dans son analyse n’a d’égal que l’authenticité dont il fait preuve dans la relation de son expérience « d’avocat-médiateur ». C’est ainsi qu’analysant les causes de l’échec d’une médiation il écrit :

« Les « médieurs » s’adressaient à moi non comme « aide à la communication », non comme tiers favorisant leur dialogue mais uniquement comme « personne supposée savoir » ce qui était la solution à leurs différends. (…) La méprise avait été chez chacun de croire à une médiation, alors qu’il s’agissait d’une consultation, transmission d’un savoir que je détenais, d’une conciliation, tentative de ma part de les convaincre que la solution que j’avancerais serait raisonnable, voire d’un arbitrage dans lequel j’indiquais ce que disait le droit appliqué à la situation qu’ils me soumettaient. Mais de médiation évidemment pas, dans la mesure où il était impossible de leur faire échanger autrement les arguments qu’ils s’étaient adressés mille fois pour tenter de se convaincre. Il était uniquement question de me convaincre que le chiffre que chacun avançait était juridiquement le meilleur. (…) Je sus alors en les quittant que je ne ferais plus de médiation en ma qualité d’avocat : qu’à l’instar des stages de psychanalyse que je ne pouvais mener que si ma qualité d’avocat était inconnue de l’analysant, la présomption de connaissances techniques dont cette qualité de juriste me crédite, me disqualifie du même coup comme candide, comme cette sorte de lien dans un espace-temps qui restaure le dialogue sous la condition d’un effacement de soi-même pour laisser entière place aux médieurs » (pages 70 et 71).

Ce regard lucide sur sa pratique d’avocat-médiateur lui permet de tirer d’utiles remarques comme celle-ci :

« Les tentatives des Ordres professionnels pour permettre aux avocats de se « positionner »sur le marché de la médiation consiste à leur apprendre un métier. Je n’y vois aucune objection – que du contraire vu mon éthique « militante » en faveur du « client » – mais pour autant que cela soit dit, reconnu, conçu et organisé comme deux métiers différents. On est loin du compte » (page 91).

Mais le regard critique de l’auteur n’est jamais absent de compassion pour les différents acteurs du conflit. Aussi que l’on soit médiateur, juriste, thérapeute ou simplement curieux de nouvelles méthodes de gestion de conflit dans notre société, ce livre nous aide à mieux percevoir les enjeux profondément humains de la médiation.

Négociation et médiation : deux modes de gestion

Cet article, rédigé par Mireille Jacquet, a fait l’objet d’une publication en 2001, dans le trimestriel numéro 74.

Dès le plus jeune âge et jusqu’à la fin de notre vie, chaque jour apporte des sources potentielles de conflits. L’écriture chinoise du mot «conflit» contient deux aspects : opportunité et danger. Transformer les conflits rencontrés en chances de progresser individuellement et de construire ensemble est l’enjeu d’une gestion effective des conflits. Le dialogue tel que l’Université de Paix le conçoit implique le respect de deux principes :

  • le respect de l’autre comme personne implique la capacité et la volonté de l’écouter, de le comprendre et la décision de ne pas lui imposer nos propres convictions;
  • le respect de la vérité des faits correspond à l’ouverture à d’autres vérités que la nôtre, ainsi l’acceptation des faits qui ne nous sont pas favorables.

Ce dialogue est une énergie positive insufflée aux divers modes de gestion de conflits dont la négociation et la médiation.

La négociation est une confrontation directe entre les parties en conflit.

Nous négocions sans l’avoir appris, de manière parfois automatique, coopérative ou non… C’est selon… avec la tendance d’être satisfait si «on a coupé la poire en deux». L’enjeu du travail de l’Université de Paix est – à ce niveau – de former les négociateurs que nous sommes à la négociation coopérative et à des attitudes basées sur le dialogue qui vont accroître l’efficacité des techniques (cf. Les 5 qualités du négociateur) :

  • Possibilités d’accroissement d’efficacité à court terme en augmentant les gains respectifs grâce à une meilleure définition des enjeux et à la recherche de solutions les satisfaisant de manière adéquate.
  • Accroissement d’efficacité à moyen et à long termes : le climat dans lequel s’est déroulée la négociation permettra un futur ouvert à des relations positives.

La médiation nous est souvent moins spontanée.

La médiation est l'intervention d'un tiers pour rétablir la communication entre les parties, lorsque la négociation n'est plus possible...

Processus mené par une personne étrangère au conflit, elle a pour objectif d’amener les parties en conflit à rétablir la communication entre elles.

Celles-ci sont invitées à trouver elles-mêmes des solutions créatives conformes à leurs intérêts. Le médiateur est quant à lui le garant de la sécurité des personnes et de la bonne répartition de la parole, appuyé par un cadre bien défini.

La médiation intervient donc comme un mode de gestion possible lorsque la communication entre les parties en conflit est tellement détériorée qu’elle ne permet plus la négociation. Elles souhaitent néanmoins parvenir à trouver ensemble une solution à leur situation.

De par sa technique et de par les compétences qu’elle nécessite dans le chef du médiateur, la médiation correspond à l’application actualisée des principes de respect des personnes et de respect de vérité des faits. En effet, pour que son intervention soit constructive, le médiateur doit veiller à ce que chacune des personnes en présence soit reconnue dans son vécu (sachant que « de mon point de vue, j’ai toujours raison ») et que sa dignité soit préservée. Au niveau des faits, le médiateur aidera à leur définition, sans les évaluer. Un certain temps sera consacré au récit de vie des parties en conflit et à leur vision des choses.

La méthode de discussion est donc essentielle et se doit d’incarner – notamment – les principes cités.

A l’Université de Paix, les sessions consacrées à ces deux modes de gestion des conflits comprennent un minimum de théorie, laissant la majeure partie du temps aux mises en situation et exercices divers. Différencier valeurs et besoins, prêter attention aux émotions, cerner de manière précise les intérêts en jeu… deviendront des démarches systématiques si un apprentissage concret a permis de pointer leurs difficultés mais aussi leur pertinence et leur efficacité. Cas fictifs ou cas réels vécus par les personnes présentes sont la base du travail du groupe. Chacun a ainsi l’opportunité de travailler ses attitudes et comportements en s’impliquant au gré de ses choix.

Implanter le programme Graines de médiateurs (2013-2014)

Page relative à l’appel à candidatures 2013-2014 suite au soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles

> Présentation générale du programme

> Implantation complète dans votre école

> Interventions « à la carte » sur base du programme

> Sources de subsides possibles

Implanter « Graines de médiateurs – Programme de prévention de la violence à l’école primaire » dans votre école / votre classe. Mettre en place dans l’école, dans la classe, une dynamique de respect de chacun, d’éducation à la paix et à la citoyenneté afin – notamment – de permettre la pratique de la médiation.

Personnes concernées

  • Vous êtes enseignant/directeur/parent ;
  • Vous êtes convaincus de l’utilité de travailler en prévention la gestion des conflits et l’apprentissage de la médiation à l’école ;
  • Votre école n’a pas les moyens de s’offrir une formation longue…

Grâce au soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, l’Université de Paix propose le programme de formation longue « Graines de médiateurs » pour la période de septembre 2013 à août 2014.

Par an, sont compris dans le projet :

  • 9 animations d’1h40 pour deux classes primaires d’une école, suivies de 9 séances de coaching avec le/la titulaire
  • 2 journées de formation à Namur pour ces mêmes titulaires, lundi 3 février 2014 et lundi 17 mars 2014
  • 2 journées de formation pour l’ensemble de l’équipe (à prendre en charge par la FOCEF ou le CECP )
  • Une journée de formation à Namur pour les directions, le vendredi 10 janvier 2014
  • Une conférence pour les parents, les enseignants, l’ensemble de la communauté éducative
  • Le livre pédagogique « Graines de médiateurs II »

Infos supplémentaires et contact

  • Page du programme de formation « Graines de médiateurs » réalisé à la demande
  • Université de Paix  asbl [C/o Julie Duelz] – 4, Bd du Nord – 5000 Namur (j.duelz@universitedepaix.be – 081 55 41 43).

 

Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Grâce au soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, l’Université de Paix propose le programme de formation longue « Graines de médiateurs » à prix réduit dans 5 écoles tous réseaux confondus en Communauté française et ce, pour la période de septembre 2013 à août 2014.

Présentation de la Galeria de Mediacio

Dans le souci de développer une communication de proximité et de créer des liens hors frontières, l’Université de Paix propose depuis septembre 2003 des relais en Belgique et en Espagne. Entretien avec Silvia Casanovas Danes, représentante du Réseau Université de Paix en Espagne (Barcelone).

Propos de Silvia Casanova Danès, recueillis par Christine Cuvelier, initialement parus dans le trimestriel n°88, en 2004.

Question 1 : Si nous te demandons de te présenter brièvement ainsi que la Galeria de Mediacio, que nous dis-tu ?

Je suis quelqu’un de très inquiète professionnellement, très branchée sur le côté créatif de la communication et sur les relations interpersonnelles. Ma formation de base : psychologue, pédagogue, éducatrice spécialisée, thérapeute,… m’a permis de me spécialiser dans la résolution des conflits et plus spécialement dans la médiation familiale et scolaire toujours sous l’optique de la théorie systémique. Je travaille comme technicienne psychopédagogique (dans le primaire et secondaire) et comme formatrice de formateurs dans le département d’éducation du gouvernement catalan.

J’ai acquis depuis 25 ans une expérience inestimable qui m’a permis d’entreprendre l’aventure de création et de mise en place de la Galeria de Mediacio.

La Galeria de Mediacio est la concrétisation d’un de mes rêves. C’est un centre de documentation, de création et de diffusion d’outils sur la résolution des conflits et en particulier sur la médiation dans ses différents versants familial, scolaire, communautaire,… Les différents professionnels, experts et jeunes en formation peuvent trouver les idées et le matériel nécessaires pour leur travail quotidien. La Galeria se compose de trois espaces complémentaires :

1) l’espace de documentation

  • la bibliothèque, la vidéothèque et la revue de presse
  • un espace de formation de formateurs pour offrir aux professionnels des ateliers avec des thèmes spécialisés
  • un petit éditorial pour publier et diffuser les expériences novatrices qui surgissent dans le champ de la médiation et de la résolution des conflits
  • la traduction de documents principalement du français à l’espagnol

2) le laboratoire d’idées : endroit où l’on joue avec les mots, les images, les idées, les symboles,… un endroit de créativité où l’on crée de nouvelles façons de faire et de dire Je travaille en collaboration avec une actrice de théâtre et de cinéma de Colombie et une designer du Nicaragua.

3) un cabinet de thérapie et médiation systémique et familiale en collaboration avec une médiatrice et un avocat

Question 2 : Tu as participé au Forum international de rencontre entre jeunes en novembre 2000 ; c’est par ce biais que tu as découvert l’Université de Paix. Qu’est-ce que cette expérience t’a apporté ?

J’ai connu l’Université de Paix et j’ai découvert une sorte de synchronisation dans nos manières de travailler qui m’a d’emblée mis très à l’aise.

J’ai pu parler avec des jeunes du Congo, de Rwanda, du Cambodge, du Cameroun,… et cela m’a permis de connaître d’autres horizons.

Le Forum m’a permis aussi d’échanger savoirs et souhaits avec des personnes ressources et avec les formateurs de l’Université de Paix.

Et sourtout, j’ai beaucoup apprécié la bonne organisation et la totale disponibilité des membres de l’UP.

A refaire. A quand le prochain Forum ?

Question 3 : La Galeria de Mediacio est un des relais de l’Université de Paix. En quoi ce partenariat est-il pertinent, utile pour toi ?

Actuellement tu travailles sur la traduction de l’ouvrage « Graines de médiateurs… Médiateurs en herbe », y a-t-il d’autres projets que tu souhaites développer en collaboration avec l’Université de Paix ?

  • Déjà traduire et publier d’autres ouvrages et outils pédagogiques qui sont à la base de l’UP. Faire la diffusion et servir de tremplin à l’Espagne et à l’Amérique latine.
  • Approfondir la collaboration entre l’Université de Paix et l’Université de Barcelone lors de son programme d’études post-universitaires : « Education et conflits, la médiation comme recours » que dirige Carme Romia dont je suis la coordinatrice. Continuer à organiser le voyage de fin d’études pour les étudiants de l’Université de Barcelone à Namur afin de connaître l’UP.
  • Faire connaître et introduire à l’école française (dont je suis ancienne élève) et au lycée français de Barcelone vos outils pédagogiques sur la gestion de conflits. Servir de liaison entre ces écoles et l’Université de Paix.
  • Rechercher ensemble d’autres partenaires étrangers et d’autres expériences en gestion positive des conflits.

Question 4 : Le mot de la fin… La Galeria de Mediacio dans 10 ans ? Le futur de la Galeria de Mediacio, qu’est-ce ?

J’aimerais que la concrétisation du rêve entrepris il y a une décennie soit une réalité accomplie et que la Galeria de Mediacio soit :

  • un espace de créativité pour façonner de nouvelles manières de faire dans le monde de la communication et de la résolution de conflits
  • un siège d’une petite maison d’édition « Les trois chaises », spécialisée en médiation où les jeunes professionnels puissent publier leurs idées et pensées
  • un endroit reconnu de formation de formateurs
  • un centre de documentation ayant les dernières nouveautés parues dans le domaine
  • un endroit de rencontre entre professionnels venant de Gernika, de Madrid, de Lyon, de Namur… pour partager nos différents savoirs.

Le dernier mot « On ne réussit qu’une seule chose, on réussit ses rêves » (Jacques Brel).

Graines de médiateurs pour écoles sans violence

Le bimestriel Alter Echos des mois de février et mars 2013 a consacré un article au projet « Graines de médiateurs » dans les écoles primaires.

L’article, rédigé par Cédric Vallet, est intitulé « Graines de médiateurs pour écoles sans violence ». Le journaliste y explique le projet et donne la parole aux différents acteurs qui permettent sa réussite : non seulement au sein de l’Université de Paix (formateurs et intervenants), mais aussi dans les écoles qui participent au programme.

L’implication et l’avis des équipes éducatives (enseignants, directions, PMS…) et des parents est en effet une condition pour que ce projet de deux ans soit une réussite pour chacun.

Image : Alter Echos

Formations à l’Institut de Formation Judiciaire

Formations à l’Institut de Formation Judiciaire (IFJ)

De mai à septembre 2012, l’Institut de Formation Judiciaire (IFJ) a proposé aux membres du personnel de l’Ordre Judiciaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles une vingtaine de journées de sensibilisation à la gestion des conflits au travail. Celles-ci ont été réalisées à Mons, Charleroi, Liège, Namur et Bruxelles. Entre autres conflits vécus par les participants (greffiers, collaborateurs, secrétaires de parquet…), citons des tensions entre collègues, liées entre autres à la surcharge de travail en rapport direct avec le manque d’effectifs.

Grâce à des outils de compréhension du niveau où se situe le conflit tels que la « grille d’intelligibilité du social, de J. Ardoino » (pdf sur le site de Gérard Pirotton), les participants ont été invités à agir de manière plus efficace, là où ils ont du pouvoir de changement.

Prenons un exemple : je me fâche sur mon supérieur hiérarchique qui me demande de travailler ce week-end.

  • Au niveau intrapersonnel (conflit intérieur) de la grille d’Ardoino, je suis partagé entre le souhait du travail bien fait et l’envie de passer du temps en famille.
  • Au niveau interpersonnel, je n’apprécie pas que mon responsable exige que ce soit moi qui travaille ce week-end.
  • Au niveau groupal, j’ai remplacé en partie mon supérieur lorsqu’il a été absent de manière prolongée et depuis, les membres de mon équipe me demandent de gérer les problèmes de dernière minute, parfois à la place du chef.
  • Au niveau organisationnel, il y a un nombre anormal d’absences prolongées avec certificats médicaux et les personnes absentes ne sont pas remplacées ni congédiées. Aucune question n’est posée en réunion autour des causes possibles de cet absentéisme.
  • Au niveau institutionnel, il peut y avoir des difficultés liées aux règlements et aux termes de la Convention collective en matière de temps de travail, de procédures en cas d’absence, de récupération des heures supplémentaires…

Parallèlement à cela, la distinction faits/jugements, l’expression claire des émotions et la recherche de solutions concrètes ont amené les participants à trouver des pistes de sortie à des situations pourtant récurrentes dans leur travail. Des techniques de protection et de gestion de l’agressivité les ont finalement outillés pour faire face aux critiques des collègues ou des justiciables.

Quand un avocat devient médiateur

Depuis la loi du 19 février 2001, la médiation familiale est reconnue comme faisant partie du processus juridique. Ainsi, le médiateur familial doit être agréé pour être désigné par un tribunal. Ceci implique que le médiateur suive une formation dont les conditions seront bientôt fixées par un arrêté royal. C’est dans ce contexte que l’Université de Paix a été contactée par la Confédération des Barreaux Francophones et Germanophone à l’intention des avocats désireux d’être reconnus comme médiateurs agréés.

Un article de Julie ARTUS, Jean-François LECOCQ et Sonja LEONARD, initialement publié dans le trimestriel n°79, en 2002.

Le module de deux jours que nous proposons, centré sur la pratique de techniques de communication, est inclus dans un processus de dix jours au total. Nous avons eu l’occasion, cette année de rencontrer trois groupes d’approximativement quinze avocats.

Lors de notre première rencontre, deux peurs nous habitaient. La première était que le public soit principalement présent par « intérêt », la médiation prenant de plus en plus de place, il fallait se recycler afin d’accéder à ce type de clientèle, ce type d’intérêt garantissant une moindre motivation. La seconde était que ce même public, expert dans la communication sous sa forme expressive, soit peu réceptif à un contenu qu’il connaîtrait déjà.

Or, nous avons pu constater que ces craintes étaient loin d’être fondées.

En effet, le relevé des attentes montrait une grande insatisfaction quant au métier d’avocat tel qu’il est actuellement pratiqué en cas de divorce. Cette insatisfaction résultant des conséquences d’une logique centrée sur l’attaque de l’autre, à savoir le coût humain en terme de destruction de l’adversaire, de soi-même, d’une relation que l’on ne voit plus que sous son jour le plus sombre; à savoir aussi la frustration occasionnée par les accords contractés dans un tel climat et leur précarité.

Cette insatisfaction, que l’on peut qualifier de ras-le-bol, voire de dégoût, pour quelques-uns, ainsi qu’une certaine curiosité, ont poussé les participants en présence à découvrir une alternative aux procédures de divorce actuellement en vigueur quand il ne s’agit pas de divorce par consentement mutuel.

La médiation est ainsi considérée comme un processus de résolution de conflit parmi d’autres, nécessitant certaines conditions à priori quant à son bon déroulement.

Nous avons ainsi découvert un public curieux, ouvert, emprunt d’une grande modestie quant à leur savoir-faire dans le contexte de la médiation, et d’une motivation réelle.

La formation a proposé des bases en communication centrées sur l’écoute. Ces bases ont permis d’ajuster aussi la partie expressive de la communication à la situation de médiation, différente de celle d’un tribunal.

Les deux journées ont également permis, par le biais de jeux de rôles, d’expérimenter et de pratiquer les phases de l’accueil et du récit présentes dans toute médiation. Nous avons pu ainsi constater combien la première phase est importante dans l’instauration d’une confiance, d’un cadre, de règles nécessaires au déroulement du processus. Le principe de co-médiation a aussi pu être testé, ses avantages et difficultés relevés.

Nous avons également amorcé l’initiation au processus de Communication Nonviolente, outil précieux, efficace, dans la seconde phase, mais difficile dans son application concrète. La Communication Nonviolente, soucieuse de prendre en compte les sentiments et les besoins des personnes, nous semble un outil important dans le processus de médiation.

En effet, si le côté juridique centre son action sur les faits et les procédures, éléments importants lorsqu’on est dans une logique de résolution de conflits par le jugement, par la prise de décision d’une personne extérieure, la médiation propose plutôt de se centrer sur comment les personnes vivent les faits, données inévitables si l’on se situe dans une logique de gestion de conflits où les parties trouveront elles-mêmes les solutions qui leur conviendront. Ainsi prendre en compte les sentiments qui les animent, et les besoins qu’elles cherchent à satisfaire garantit une écoute au-delà des faits, et permet souvent d’envisager des solutions qui ne seront plus le symbole d’une lutte gagnée, mais qui seront plus proches de la satisfaction de réels besoins.

Une des difficultés rencontrées par les participants concernant cette approche était de fixer la limite entre la médiation et la thérapie. Si l’avocat devient médiateur, il n’en est effectivement pas pour autant thérapeute. La limite peut se situer au niveau des objectifs poursuivis.

L’objectif de la médiation est d’aboutir à des solutions praticables et satisfaisantes pour les deux parties. L’approche que nous proposons, en terme d’écoute, de prise en compte des sentiments et des besoins de chacun, est un moyen d’aboutir à ce type de solutions. Si des effets thérapeutiques se manifestent, ils ne constituent cependant pas l’objectif poursuivi.

Le rôle de l’avocat est dès lors d’éclaircir la demande et de renvoyer à un thérapeute si les objectifs des clients lui semblent aller dans ce sens. Il est aussi le garant de la praticabilité des solutions et surtout de leur adéquation à la loi. Adéquation sans doute nécessaire si l’on vise la longévité des solutions.

Liens entre droit et gestion des conflits

Par Mireille Jacquet, initialement publié en 2002 dans le trimestriel n°79 de l’Université de Paix.

Quand j’ai décidé d’étudier le droit, c’était avec la conviction absolue que cela répondait à ma recherche de justice.

Les lois édictées donnant les principes de régulation des rapports entre les hommes, il «suffirait» aux juges de s’y référer pour trancher tout différend. Dès lors, appliquer la loi adéquate et décider ainsi qui a tort et qui a raison devait être un travail de procédure relativement simple, hormis la précision de quelques détails propres à chaque situation présentée. Quant à l’application de la décision prise, cela ne devait poser de problèmes puisque la référence objective était connue de tous («Nul n’est censé ignorer la loi»)… chacun se devait donc de l’accepter.

Idéalisme ? Sans doute !

Dans les faits, connaissance de la loi, applicabilité, respect,… sont des dimensions régulièrement battues en brèche.

Mais surtout, méconnaissance de la complexité des situations conflictuelles et des relations humaines ! Si chacun respectait la totalité des règlements et des lois, le nombre de situations problématiques chuterait, bien entendu.

«Resteraient», notamment, les conflits se situant à la frontière de l’applicabilité des lois soit en raison de leur nature, soit en raison de l’interprétation donnée à la loi de référence. Et aussi les conflits dans lesquels la dimension de la relation est importante (ce qui, de près ou de loin est actuellement indemnisé comme dommage moral).

Cela signifie un nombre important de situations difficiles pouvant êtres vécues comme culpabilisantes par les personnes concernées.

Situations qui seront -ou non- portées devant les tribunaux, lesquels prendront une décision pour les cas présentés. Même si, à ce moment-là, les acteurs du monde judiciaire souhaitent prendre en compte tous les éléments factuels et relationnels ainsi que les conséquences à court et à long terme, le temps disponible, les structures ne permettent pas souvent de le faire concrètement.

La nécessité de travailler en aval des situations conflictuelles autrement que par l’établissement de règles ; la nécessité de ne pas lire le conflit comme un échec définitif et insurmontable ; la nécessité pour les parties en conflit de clarifier puis d’exprimer complètement leur lecture des faits, leurs besoins, leurs souhaits par rapport à la situation ; la nécessité de construire la relation post-conflictuelle ; autant d’éléments qui, au fil des années, me sont apparus comme devant être travaillés tant au niveau de l’éducation qu’au niveau des analyses et des moyens proposés aux parties pour résoudre leur conflit.

Dès lors que le regard porté sur une situation est modifié, les moyens recherchés pour la gérer sont différents. Il s’agira donc –avant de travailler les modes de gestion de conflit- d’apprendre à regarder le conflit comme une source possible d’amélioration et à s’approprier des éléments permettant de clarifier les positions de chacune des parties du conflit.

L’ouverture à l’autre, la communication seront alors facilitées et favoriseront une action plus adéquate dans le cadre du respect de l’autre et des règles de vie en société.

[Vidéo] Conférence Médiation entre jeunes

Ce 18 octobre 2012, Christelle Lacour a donné une conférence concernant la Médiation entre jeunes au Salon de l’éducation à Namur.

Si vous avez raté cette intervention ou si vous souhaitez la revoir, la vidéo est désormais disponible ci-dessous. Bon visionnage!

Ci-dessous, le powerpoint distribué lors de la conférence :

Découvrez également une vidéo d’une séance de médiation fictive, jouée par des jeunes volontaires.