Harcèlement et cyberharcèlement (Canal et cie)

Le 9 novembre 2015, l’Université de Paix était présente sur le plateau de l’émission Canal et compagnie (Canal Zoom).

Alexandre Castanheira (Formateur à l’Université de Paix) et Yves Collard (Média Animation asbl) étaient les invités de cette émission.

La discussion a porté sur le phénomène du harcèlement entre jeunes et de son pendant « en ligne », le cyberharcèlement… Comment mieux comprendre le harcèlement ? Quelles sont ses caractéristiques et comment y faire face ? Comment y réagir ? Que faire en tant que parent ?

Le cyber-harcèlement, c’est du harcèlement

Depuis quelques mois, nous recevons de plus en plus de demandes d’écoles ou de parents pour intervenir à propos du phénomène du « cyberharcèlement ».

Il est réducteur et biaisé d’aborder cela comme un problème totalement neuf et spécifique, confiné sur les réseaux sociaux. En effet, le web n’est en réalité qu’un nouveau « territoire » où s’inscrivent et se prolongent les relations.

Les études ne permettent pas de dire qu’il y a plus de harcèlement qu’avant. Par contre, celui-ci est peut-être plus « visible » étant donné que certains cas sont publics, sur les réseaux sociaux. Dans « cyberharcèlement », il y a « cyber » et « harcèlement ». Chacune de ces dimensions mérite que l’on s’y attarde.

Le « cyberharcèlement » n’est pas un phénomène totalement neuf ou isolé : pour y faire face, nous privilégions une approche intégrée.

Les « ingrédients » du harcèlement (entre élèves)

Pour comprendre le harcèlement sur les réseaux sociaux, il faut donc d’abord comprendre le harcèlement tout court. Comme l’explique Alexandre Castanheira, le harcèlement entre élèves (appelé school bullying en anglais) présente plusieurs caractéristiques assez précises. Généralement, les spécialistes affirment qu’un jeune est victime de harcèlement lorsque :

  • il est soumis de façon répétée et sur une certaine durée à des comportements perçus comme violents, négatifs, agressifs de la part d’une ou plusieurs personnes ;
  • il s’agit d’une situation intentionnellement agressive qui vise à mettre en difficulté la victime ;
  • il y a une relation de domination psychologique telle que la victime n’est pas en mesure ou ne se sent pas en mesure de sortir de ce rapport de force, de se défendre.

Une autre dimension importante de ce phénomène réside dans sa nature « groupale ». Contrairement à d’autres formes de violence à l’école, les cas de harcèlement ont lieu en présence et grâce au groupe de pairs, les « témoins ». La plupart du temps, le « harceleur » va rechercher, grâce à une instrumentalisation du rire, à renforcer sa position dominante dans le groupe en agissant devant des témoins. Certains rallient le « harceleur » (les « suiveurs »), d’autres ne présentent pas de positionnement clair (« outsiders ») ou ne voient rien, d’autres, enfin vont chercher à secourir la victime (« sauveurs »). Dans tous les cas, ceux qui n’agissent pas pour stopper le harcèlement renforcent celui-ci.

Une stratégie efficace de prévention consiste précisément à agir sur les « outsiders » en leur donnant les moyens et les compétences pour s’impliquer afin de faire cesser la situation de harcèlement.

En conséquence, pour travailler la question du harcèlement, nous privilégions une approche des relations et de la communication en groupe. Celle-ci vise à développer l’empathie des jeunes, à les sensibiliser de manière spécifique au harcèlement, à leur faire expérimenter des pratiques coopératives, etc. C’est pourquoi nos programmes d’intervention proposent une approche intégrée, comprenant un travail sur le bien-être et les relations harmonieuses en groupe. Autrement dit, des mesures curatives et des activités de prévention sont envisagées (sensibilisation, réflexion sur le phénomène, analyse de celui-ci, etc.) par rapport au problème, mais elles sont en lien avec une réflexion qui les englobe, sur le « vivre ensemble », les relations et la communication. Une attention est portée aux dynamiques de groupe dans un cadre plus large et à des activités visant à construire du lien et développer les compétences sociales et émotionnelles chez les élèves, que ce soit en secondaire, en primaire ou en maternelle.

> Pour aller plus loin, lire les pistes d’intervention relevées par A. Castanheira

> Cf. également Travailler le relationnel à l’école : au-delà des mesures « curatives »

Les relations sur les réseaux sociaux

Un autre angle d’attaque consiste à comprendre les relations sur les réseaux sociaux. En quoi sont-elles différentes ? Qu’est-ce qui change, quels sont les impacts des nouveaux médias sur nos relations ? Si l’on se contente de les aborder par le prisme du cyberharcèlement, là encore, on n’a qu’une vision tronquée du phénomène.

Comme expliqué dans Comprendre les relations numériques, la plupart des pratiques sur le web ont une dimension relationnelle : commenter un statut ou un article, chatter, tweeter, « liker » un contenu, partager un article ou une opinion, etc. Même les jeux en ligne et les applications suscitent une forte interaction entre les joueurs, qui soit y retrouvent leurs amis, soit y tissent des relations nouvelles. Internet n’est pas un monde à part, mais un « nouveau territoire » dans lequel se jouent nos échanges avec les autres…

Le web est aussi le territoire de dérives plus ou moins conséquentes à ces niveaux. La violence n’est pas née avec les technologies, mais elle s’y manifeste différemment.

Un phénomène de harcèlement peut acquérir une autre visibilité sur le web. C’est différent d’exprimer un désaccord lors d’une discussion à deux ou bien de le faire en réaction à un statut public posté par une personne. Dans ce second cas, il est parfois plus difficile de savoir qui va nous lire et donc de prévoir les impacts de ce que l’on dit. De surcroit, il y a un coté « spectaculaire » aux échanges, au sens où les gens qui débattent le font devant des spectateurs (les « témoins », « suiveurs » ou « outsiders », dans le cas de harcèlement).

Ensuite, le web est un territoire qui nous entoure en continu. Les cas de cyber-harcèlement correspondent en général à des cas de harcèlement « classique » qui se prolonge via les réseaux sociaux [à propos du harcèlement entre jeunes, lire les articles de fond sur notre site]. Cela peut avoir des conséquences dramatiques étant donné que le harcèlement pouvait autrefois être confiné dans le domaine du travail ou de l’école, et donc renforcer la sensation d’impuissance des individus en position de victime, dans un cadre où l’on ne sait pas très bien qui est témoin de quoi. A contrario, cet espace de visibilité peut permettre d’identifier les cas de harcèlement (attention cependant aux décodages hâtifs), pour peu que les intervenants éducatifs ne considèrent pas que ce qui se passe en ligne n’a rien à voir avec ce dont ils sont supposés s’occuper.

Plusieurs autres dimensions font que les relations numériques sont multiples et complexes. Il y a la possibilité d’utiliser l’anonymat (typiquement, à l’occasion de commentaires haineux), de « jouer un rôle », etc.

> Pour continuer la réflexion lire aussi Comprendre les rel@tions numériques

Le cyberharcèlement : au-delà de la lutte « anti-symptômes »

Beaucoup de sources proposent plusieurs moyens pour lutter contre le harcèlement en ligne. Même les réseaux sociaux s’y sont mis : Facebook et Twitter informent sur ses options de confidentialité et le fait de signaler les contenus, Ask.fm (dont le fonctionnement a été pointé du doigt suite à des cas de harcèlement ayant abouti à des conséquences dramatiques) propose d’empêcher les commentaires et questions anonymes, etc. Certains « éducateurs » proposent des animations ou sensibilisations à ce qu’ils identifient comme étant des « dangers du web ».

Ce faisant, ces acteurs luttent contre les symptômes, et non les causes.

Lorsque votre batterie est faible sur votre portable, vous pourriez recharger la batterie (travailler sur les causes) ou vous pourriez faire disparaître la petite icône qui représente la batterie (éliminer le symptôme). En éliminant le symptôme, vous serez peut-être moins incommodé-e-, mais vous n’avez pas réglé le problème.

La plupart des acteurs de la prévention et de l’intervention par rapport aux cas de harcèlement s’accordent désormais pour privilégier ce type d’approches intégrées, et non seulement des interventions qui se contentent de moraliser ou d’éliminer les symptômes d’un phénomène qui peut avoir des conséquences très graves.

Pour aller plus loin :

 

Conférence dans la newsletter de la FAPEO

La newsletter de la FAPEO relaie la conférence suivante dans son édition « reliftée » du mois de mai :

Conférence : « HARCÈLEMENT À L’ÉCOLE »

Le harcèlement est un phénomène souvent sous-estimé, voire ignoré, alors que ses conséquences psychologiques, sociales et scolaires peuvent s’avérer graves. Cette conférence de l’Université de la Paix vous permettra d’approcher le harcèlement en milieu scolaire sous 4 angles : comprendre, identifier, prévenir et intervenir.

Quand ? Le mardi 28 mai 2013, à 19h30

Où ? À l’Université de la Paix – Boulevard du Nord, 4 à 5000 Namur

Infos : n.grondin@universitedepaix.be ou 081/55.41.40

Cet événement a été également relayé dans l’agenda du magazine Namurois Le Confluent.

Harcèlement à l’école dans Sans Chichis

2013-01-16 - SansChichis - Alex

Le mercredi 15 janvier 2013, l’émission Sans Chichis a consacré son dossier au harcèlement, plus spécifiquement avec les jeunes, à l’école notamment.

2013-01-16 - SansChichis - Alex

Cliquez sur l'image pour voir la séquence de Sans Chichis

Alexandre Castanheira, Licencié et agrégé (enseignant) en langues et littératures romanes et formateur à l’Université de Paix, était l’invité de cette émission. Aux cotés de Joëlle et d’Adrien, il a présenté plusieurs conseils et pistes pour tenter de comprendre et de faire face aux phénomènes de harcèlement, dont sont victimes 8 à 15 % des jeunes. Il s’agit de pistes pour les victimes, les parents (des victimes, mais aussi du harceleur, qui n’a peut-être pas conscience des conséquences potentiellement dramatiques de ses actes), les enseignants, les directeurs… pour agir et limiter l’ampleur des impacts négatifs du harcèlement.

Vous pouvez revoir la séquence vidéo sur le site de la RTBF/SansChichis : Sans Chichis – Que faire en cas de harcèlement?

Alexandre est membre de la « cellule ados » de l’Université de Paix. Il contribue au fonctionnement de cellules de médiation entre jeunes dans plusieurs écoles secondaires et est intervenu également en primaire. Pour obtenir davantage d’informations sur ces actions ou approfondir l’une ou l’autre thématique, vous pouvez consulter la page concernant nos actions avec les jeunes, ainsi que les pages relatives à nos formations, pour adultes.

Recherche-action sur le harcèlement à l’école

Campagne I'm not scared

Projet I'm not scaredLe harcèlement à l’école représente un défi important auquel tous les systèmes éducatifs européens doivent faire face. Afin de trouver des solutions à ce problème, la Commission européenne finance le projet « I’m not scared » dans le cadre du programme d’apprentissage tout au long de la vie.

Ce projet, coordonné pour la Belgique par Inforef, se décline en 4 activités :

  • Collecte d’informations

Une base de données a été créée et propose une liste de publications traitant du phénomène d’intimidation disponible dans les 9 pays partenaires et d’initiatives pour prévenir et lutter contre les brimades à l’école.

  • Études de cas

Des situations de brimades sont analysées selon le point de vue des différents acteurs impliqués dans l’événement d’intimidation : les victimes, les élèves intimidants, d’autres étudiants, les enseignants, les directeurs d’école, les parents des élèves concernés, des intervenants extérieurs (experts, décideurs politiques,…).

  • Rapport transnational

Un rapport transnational soulignera les similitudes et les principales différences de prévention et de lutte contre les brimades à l’école.

  • Stratégie européenne de lutte contre l’intimidation

Au terme de ce projet, une stratégie de mise en œuvre de lutte contre l’intimidation, les brimades, le harcèlement,… sera développée et proposée au niveau européen.

L’Université de Paix participe à cette recherche-action depuis mai 2011.

Les autres partenaires sont : Zinev Technologies Art (Bulgarie) – Zentrum für Forschung empirische Pädagogische & Universität Koblenz-Landau (Allemagne) – École de ASPETE    éducation pédagogique et technologique (Grèce) – Connectis & Istituto di Istruzione Superiore Don Lorenzo Milani (Italie) – Université Technologique de Kaunas (Lituanie) – EuroEd Fondation (Roumanie) – Université de Séville (Espagne) – Wilsthorpe Community School (Royaume-Uni).

En savoir plus sur le site d’I’m not scared.

Campagne I'm not scared

Avec Inforef.

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