Fiche-outil : « Et si tu me suivais ? »

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  • Découvrir une composante du langage non-verbal : la notion d’espace interpersonnel.
  • Expérimenter les conséquences du (non) respect de cette notion d’espace.

MATERIEL

Lattes : une pour deux participants.

DISPOSITION

Les participants circulent librement dans un espace délimité.

DEROULEMENT

  • L’animateur distribue une latte pour deux participants.
  • Les mains croisées dans le dos, les deux participants font tenir la latte entre eux (en l’appuyant sur leur front, leur thorax ou leur abdomen par exemple).
  • Au signal de l’animateur, les participants circulent dans la pièce sans que la latte ne tombe.
  • Dans un premier temps, le participant le plus âgé guide la progression et fait comprendre par des pressions où il veut aller.
  • Lorsque l’animateur le précise, les rôles s’inversent. Le plus jeune guide la marche.
  • Si la latte tombe, les participants la ramassent et essayent à nouveau.

Pistes de réflexion…

L’animateur permet aux participants d’exprimer comment ils ont vécu l’activité :

  • Tous les duos ont-ils réussi à relever le défi ?
  • Quelles ont été les difficultés ?
  • Était-il facile de se tenir si près de l’autre ? Pourquoi cela a-t-il paru gênant à certains ?

Notes à l’animateur

L’animateur peut établir des liens avec des situations de promiscuité dans la vie réelle qui génèrent des tensions :

  • Y a-t-il des moments (à l’école, en famille, dans la vie de tous les jours) où ils se sentent également embarrassés, voire énervés, d’être aussi proches des autres ?
  • Comment réagissent-ils quand cela arrive ?

Fiche-outil : « Je m’assieds dans l’herbe »

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  • Reconnaître l’autre en l’appelant par son prénom.
  • Être attentif à la place de chacun.

MATERIEL

Aucun

DISPOSITION

Des chaises en cercle.

Il y a une chaise en plus que le nombre de participants.

L’animateur et les participants sont assis sur les chaises.

DÉROULEMENT

  • Le participant qui s’aperçoit le premier qu’il y a une chaise vide à sa gauche ou à sa droite tape sur celle-ci, s’y assied en disant : « Je m’assieds… ». Il libère donc sa chaise.
  • Son voisin suit le mouvement en s’asseyant sur la chaise nouvellement libérée et dit : « …dans l’herbe … »
  • Le suivant fait de même en s’asseyant sur la nouvelle chaise libérée et dit : « …et j’appelle… ». Il appelle alors un participant du groupe.
  • Le participant appelé quitte sa chaise pour aller s’asseoir sur la chaise libre.
  • Une autre chaise est donc libérée. De nouveau, le participant qui s’aperçoit le premier de la place vide s’y assied en disant « Je m’assieds… ». Et ainsi de suite.

Pistes de réflexion…

L’animateur suscite le débat autour de questions telles que :

  • Certains participants ont peut-être été appelés plus souvent que d’autres ? Pourquoi ? Comment se sentent-ils ?
  • Comment se sentent les participants qui n’ont pas été appelés ?
  • Pourquoi a-t-on tendance à plutôt appeler ses amis ?

Notes à l’animateur

  • Si deux enfants tapent sur une chaise libre à coté d’eux et disent « je m’assieds… » en même temps, il est possible de construire avec le groupe de nouvelles règles pour les départager. Exemple : jouer à « pierre, papier, ciseaux ».
  • L’animateur sera attentif à ce que chaque enfant soit appelé au moins une fois. Pour aider, les participants déjà appelés peuvent faire un signe (pouce en l’air, par exemple).
  • Cette activité est fort appréciée et souvent demandée. C’est l’occasion d’en complexifier les règles, en tenant compte des retours précédents. Cette révision est en général proposée spontanément par les participants. En voici quelques exemples :
    • Je respecte le rythme amorcé au début du jeu.
    • J’essaie d’appeler quelqu’un en face de moi, sans chercher mon copain ou ma copine.
    • Les filles appellent les garçons et les garçons appellent les filles.

Jean-Luc Tilmant : écoles citoyennes

Entretien avec Jean-Luc Tilmant : des écoles citoyennes pour prévenir la violence

Jean-Luc Tilmant est enseignant, psychopédagogue spécialisé en problèmes de violences à l’école et en institutions, auteur de 3 livres : Treize stratégies pour prévenir les violences à l’école (2004), Aider l’école à prévenir les violences : 12 stratégies (2006) et Le syndrome d’Harpocrate ou l’école démocratique ? (2008).

Propos recueillis par Christine Cuvelier, en 2010.

Si nous vous demandons de vous présenter en quelques mots, que diriez-vous ?

Pour tous nos amis de l’Université de Paix, je dirais que je suis un citoyen du monde, un humaniste, enseignant et psychopédagogue qui souhaite, comme un enfant, changer les vilains côtés de notre monde en travaillant essentiellement l’axe éducatif.

Quand on parle de violences à l’école, de quelles violences parle-t-on ?

Des violences spectaculaires dont la presse s’empare ? Des écoles qui flambent ? En pédagogie institutionnelle, nous parlons plutôt de la violence de l’école caserne dirigée par le dieu Harpocrate, le dieu du silence. Dans cette école on se tait et jamais on ne rentre en conflit ; on subit les sarcasmes, les vexations, l’incompétence et par-dessus-tout le manque de considération…

Les violences à l’école, comment ça marche ?

Prenez un jeune et placez-le dans un système où il sera frustré en terme de communication, de considération et d’acceptation, confrontez-le à des adultes déçus, peu motivés, irrespectueux, mélangez le tout et vous obtenez le cocktail explosif qu’on appelle : violence.

Les violences à l’école ont toujours existé, mais elles changent de forme. Quels sont les traits actuels qui vous surprennent le plus ?

A part notre société, rien n’a changé ! Mais je suis surpris du manque de lucidité de nos politiciens qui n’utilisent les experts que lorsqu’ils se trouvent dans une situation délicate pour leur pouvoir. En-dehors de ce cas de figure, ils travaillent à la petite semaine… Ce n’est pas comme cela qu’on dirige une société vers l’épanouissement de tous, un slogan que vous lisez pourtant sur toutes leurs affiches.

Quelle est l’ampleur de la problématique des violences à l’école ?

Les violences très spectaculaires restent très minoritaires dans nos pays occidentaux. Elles étaient bien plus graves au Moyen-âge ; de ce côté, nous avons évolué ! La violence institutionnelle plus sournoise est en augmentation car les professionnels sont de moins en moins bien formés !

Faire face aux injures, insultes, moqueries, cris, bousculades dans les couloirs, refus de l’autorité, petits larcins, dégradation des locaux, que faire ? Qu’est-ce qui peut faire la différence ?

Créer une école citoyenne dans laquelle on se parle, où tout se négocie sauf la LOI construite par tout le collectif. En bref, ce qui peut faire changer les choses, c’est la PAROLE.

Selon vous, quel lien peut-on faire entre votre travail et celui de l’Université de Paix ?

Vous PARLEZ ! Vous semez des valeurs au contact de tous vos interlocuteurs ! Vous êtes incontournable en matière de prévention ! Nous avons donc besoin de vous pour construire des écoles citoyennes !

Quel est le meilleur compliment que nous puissions vous faire ?

Me dire que je n’ai pas renié mon serment : celui de ne jamais faire subir à mes jeunes, ce qu’on m’a fait subir !

En quelques mots et en guise de conclusion, le mot de la fin pour vous, ce serait…

Je n’aime pas le mot de la fin, il me renvoie à l’angoisse de mort mais je vais faire un effort. Je voudrais avec toutes les bonnes volontés, les énergies positives et les associations humanistes renverser la logique de notre société ! Nous ne pouvons pas rester inactifs face à la souffrance d’autres humains au prise avec des institutions en déclin… Et si nous nous remettions au travail !

La loi, la règle, le pouvoir et moi

Par Vincent Philippe HACKEN, initialement publié dans le trimestriel n°95, en 2006.

Quand on parle de la loi, de la règle et du rapport que nous entretenons avec elle, nous entrons dans une des dimensions les plus complexes de notre réalité humaine. En effet, nous entrouvrons par ce biais l’ensemble de ce qui permet, structurellement parlant, à des hommes et à des femmes de vivre ensemble, de grandir et de s’émanciper.

Si la question de la loi est au cœur de l’organisation de la cité des hommes – depuis des lustres, philosophes et politologues débattent de la question – la problématique est tellement large et complexe en ses ramifications que les psychosociologues, les pédagogues, les anthropologues, les éthologues et les psychologues de tous poils se sont penchés sur la question.

C’est que la loi est au cœur de chaque dimension de nos existences.

En effet, elle est, en son sens le plus large, une superstructure qui organise nos rapports sociaux et sociétaires, superstructure à laquelle nous devons rendre des comptes (dans le regard du législateur comme dans celui de la culture dont nous sommes issus).

Mais elle est aussi, en sa dimension la plus intime, comme une infrastructure profonde dans la construction de nos vies et de nos identités, infrastructure dont nous ne sommes parfois qu’à demi conscients mais qui détermine grandement nos positionnements et nos choix de vie.

Elle est d’une part externe et « objectivable » quand elle se lit dans nos textes de loi ou dans nos concertations explicites, mais elle court, invisible, dans les arcanes de toutes nos relations, fussent-elles avec nous-mêmes. Elle est en même temps présente et absente, explicite et implicite.

Elle est consciente dans les règles déclarées de nos codes de vie sociale, culturels ou linguistiques, tout en étant généralement insue/discrète/secrète dans la texture même des relations que nous entretenons avec nous-même et avec les autres. Elle est tout autant collective qu’intime ou personnelle.

La loi génère et contrôle nos comportements, mais elle nous permet de nous construire et de nous émanciper lors qu’elle nous sert de repère et de balise dans le concret de nos vies.

Elle est parfois la mouche du coche, parfois le refuge du faible, et chacun de se l’approprier plus ou moins pour en faire un rempart protecteur, ou le bâton qui frappe, la chose qui relie autant qu’elle exclut, qui fonde un contrat ou permet de le rompre.

Quoi qu’il en soit, et quel que soit l’aspect de la loi ou de la règle que l’on réfléchisse, personne n’échappe à l’obligation de devoir se positionner et de décider du rapport qu’il/elle entretient avec elle.

Soumission plus ou moins consciente, acceptation positive ou résignation plus ou moins bien vécue, rébellion ouverte ou secrète, chacun d’entre nous de se positionner : aménagement dans les applications, arrangements (à l’amiable et concerté), modifications négociées, marchandages plus ou moins licites, élargissements, mise en œuvre, exceptions organisées ou provoquées : autant d’indicateurs du fait que nous sommes en permanence dans un rapport vivant d’adoption/adaptation à l’égard de cette dimension du monde des hommes.

La chose est tellement vraie que nous traitons/travaillons ce rapport à la loi et à la règle tout autant dans notre quotidien concret, voire intime, que dans nos relations les plus lointaines.

Nous ne cessons de penser ce qui doit être fait, de réfléchir en fonction de ce qui aurait du être fait, de répondre à des « obligations » que nous nous sommes données à nous-même dans le pilotage de nos existences ou à celles qui, souvent plus claires en nos esprits, nous sont faites par nos proches, nos familles ou les organisations auxquelles nous participons.

Nous prenons (ou non) nos « responsabilités » en fonction d’injonctions diverses qui dérivent, d’une manière ou d’une autre, de notre rapport à l’ensemble des règles et lois qui régissent nos vies.

Pas un geste de nos vies concrètes, donc, pas une pensée fût-elle intime, qui ne soit, d’une manière ou d’une autre en relation avec la question de la règle et de la loi.

En filigrane, je ne cesse donc d’obéir ou de désobéir, d’adopter ou d’adapter, soit d’aménager concrètement mon rapport à la loi. Qu’il s’agisse de règles sociales, de principes philosophiques, de lois ou de règlements, ou encore d’injonctions diverses, je ne cesse donc d’organiser concrètement ma vie et mes comportements en lien avec cet ensemble complexe qui, à la fois, balise mon existence et me permet de la développer.

Dans le cadre de la formation que l’Université de Paix organise, nous travaillons ensemble sur cet ensemble complexe pour en définir différentes dimensions et réfléchir, autant individuellement que collectivement, aux tenants et aboutissants de cette problématique complexe.

Nous aborderons les dimensions intrapersonnelle, interpersonnelle, groupale, organisationnelle et institutionnelle de la problématique (cf. Grille d’intelligibilité du social).

Niveau par niveau, nous entreprendrons une investigation approfondie de la question de la loi et de la règle, en entrecroisant des connaissances théoriques multidisciplinaires et nos propres pratiques afin de réfléchir, chacun, notre rapport à la question.

Psychologie, psychosociologie, sociologie, mais aussi analyse organisationnelle et institutionnelle, anthropologie culturelle ou philosophie, nous permettront de dégager connaissances et réflexions quant à la manière avec laquelle chacun d’entre nous établit sa relation au champ des règles et des lois.

Forum international de rencontre entre jeunes

UNIVERSITE DE PAIX 1960-2000 – FORUM INTERNATIONAL DE RENCONTRE ENTRE JEUNES

Rédigé par Christine Cuvelier, cet article a été initialement publié dans le trimestriel n°73, en 2000.

Un article historique sur un événement organisé à l’occasion des 40 ans de l’Université de Paix.

Cette action a mené plus de huit cents jeunes à la découverte d’autres pays, de leurs habitants, de leurs coutumes en les faisant véritablement participer à la vie locale.

L’Université de Paix a proposé, du 29 octobre au 4 novembre dernier, un Forum international de rencontre entre jeunes. Une semaine durant, 50 participants sont venus d’une trentaine de pays européens, africains, asiatiques et américains afin d’échanger sur la «gestion positive des conflits».

A l’occasion des 40 ans de notre institution, il nous paraissait important de fêter cet événement et d’articuler passé et présent dans une nouvelle synergie.

  • Le passé : l’esprit des premières sessions internationales organisées par l’Université de Paix. Il s’agissait de réunir des jeunes de tous les continents dans des sessions longues pour échanger expériences, analyses et critiques et pour approfondir les engagements de chacun allant dans le sens de la paix.
  • Le présent : l’axe de travail de l’Université de Paix depuis plus de 10 ans « Apprendre à gérer positivement les conflits ». Cet axe de travail serait le thème central de cette rencontre internationale.

Lors de ce Forum, nous avons voulu donner aux jeunes venus des cinq continents quelles que soient leur origine sociale, leur appartenance culturelle, leur obédience philosophique, l’occasion de mettre en commun les efforts qu’ils développent dans leur pays pour prévenir et gérer violence et conflits.

Nous avons aussi tenté d’apporter des réponses à certaines de leurs questions, questions de ceux qui ne se résignent pas et qui souhaitent au-delà de leurs oppositions, gérer leurs différends ; de ceux qui souhaitent, hors de tout débordement de violence, trouver une «autre» issue aux conflits auxquels ils sont confrontés.

Le programme

Difficile de résumer une semaine d’échanges, de rencontres, de débats, de visites, d’autant que cette semaine a été particulièrement riche pour tous les participants autant que pour les formateurs et les invités. Différentes formes d’activités ont été proposées : des ateliers, des témoignages, des échanges d’expériences mais aussi des formations et des présentations d’outils pédagogiques. Ces activités ont notamment permis aux jeunes de :

  1. créer des ponts et poser des jalons pour l’avenir en se préparant à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures;
  2. partager connaissances et savoir-faire pour s’approprier des savoirs et acquérir des compétences afin d’être apte à gérer positivement les conflits;
  3. développer un réseau d’échanges de savoirs;
  4. explorer des outils nécessaires à la construction de l’autonomie, la confiance en soi, la prise de responsabilité et utiles à l’amélioration du «vivre ensemble».

Ce Forum n’aurait pas été ce qu’il a été sans l’intervention :

  • d’une part, des formateurs de l’Université de Paix qui ont proposé un cycle de formations ayant trait aux notions de conflits, communication verbale et non-verbale, créativité, pouvoir et médiation ;
  • d’autre part, de personnes ressources invitées à partager leurs connaissances de tel ou tel aspect précis ayant trait à la problématique traitée durant la semaine.

Échange de pratiques et de connaissances entre des professionnels et des jeunes qui les ont interrogés avec intérêt et regard critique. Tout au long de la semaine, les savoirs ont ainsi été questionnés, appropriés, critiqués et reconstruits dans une dynamique générale de mise en commun.

Cette construction commune, nous avons voulu la symboliser par la plantation d’un Arbre de la Paix, qui a trouvé sa place dans le parc de La Marlagne, témoignage vivant d’une rencontre réelle et du travail collectif de cette semaine.

Un cycle de formation a été proposé aux jeunes. Nos objectifs durant cette formation ont été les suivants :

  • Exercer son esprit de créativité face à des situations problématiques.
  • Pouvoir sortir du cadre : élargir ses points de vue et par là les possibilités de solution.
  • Découvrir une série de notions et d’outils pouvant faciliter le développement d’une approche créative face à des situations problématiques.

Des personnes ressources

L’objectif du Forum était de favoriser, nouer et multiplier des contacts entre les participants mais aussi de favoriser, nouer et multiplier des contacts entre les participants et d’autres associations.

En voici quelques exemples…

  • Notre groupe a participé à des tables rondes organisées par Luc ARNOULD, Directeur général de NEW dans les bâtiments de la Bourse à Namur. A chaque table, étaient réunis 7 ou 8 jeunes et un namurois représentant du monde associatif, économique, culturel, politique, privé, etc. Ce dernier était chargé de présenter en quelques minutes un ou deux cas de litiges, cas vécu ou théorique en rapport avec son secteur d’activités et d’animer les débats. Ces échanges furent spontanés, passionnants et enthousiastes.
  • «Apprendre à devenir le citoyen de demain…», thème d’une journée dévolue à la découverte de diverses institutions belges : Yamina GHOUL, Secrétaire générale de la COJ, nous a présenté les structures de politique de jeunesse en Belgique, Hugues BAYET la philosophie de la politique de jeunesse en Communauté française et Kurt DE BACKER 6) la politique de jeunesse en Communauté flamande.
  • Notre groupe a également accueilli Monsieur Josy DEHOUBERT et un candidat délégué de classe de l’Ecole Asty-Moulin (Namur) qui nous ont fait part de leurs motivations. Ce rôle, nous ont-t-ils expliqué, est le premier engagement de citoyenneté, une entrée de plain-pied dans la vie citoyenne.
  • Une autre expérience de découverte, d’ouverture d’esprit et de citoyenneté, celle de l’opération «PatchWorld – Avoir vingt ans en l’An 2000» lancée par la ville de Namur nous a été présentée par Dany MARTIN et deux jeunes ayant participé à cette opération, Stépahne RAPPE et Nunzio MAUGERI.

Cette action a mené plus de huit cents jeunes à la découverte d’autres pays, de leurs habitants, de leurs coutumes en les faisant véritablement participer à la vie locale.

Stéphane RAPPE : «Le projet Patchworld» visant à rapprocher deux peuples proches par la langue mais lointain par la culture a pris fin au terme de cette année scolaire 1999-2000. Dans ce cadre, je crois avoir vécu ce qu’aucune photo ne saura jamais montrer.

A travers le regard de ces gens, j’ai souvent vu l’envie, parfois le dédain mais de toute façon le concept du blanc à qui tout sourit.

Me promenant dans une échoppe de cosmétiques, j’ai pu remarquer combien les canons de beauté représentés sur les réclames étaient physiquement proches du type métis sinon eurasien. Ainsi, quand leurs yeux nous criaient «visa» les nôtres leur criaient «nature et authenticité»».

Par ailleurs, notre groupe a eu droit à une visite guidée du Parlement wallon par son plus jeune député, Philippe HENRY, et à une réception à l’Hôtel de Ville de Namur avec Monsieur Tanguy AUSPERT, Echevin de la Jeunesse. Cette rencontre qui avait pour but de se familiariser avec quelques structures politiques communale et communautaire belges s’est terminée par le verre de l’amitié.

Et la culture…

Durant toute la semaine, Lise BRACHET nous a fait le plaisir d’exposer quelques-unes de ses toiles sur le thème « Plaidoyer pour la paix ». Ce fut pour notre groupe l’occasion de se réunir dans un univers pictural emprunt de douceur et de tendresse et de réfléchir aux conséquences malheureuses de la guerre.

La ville de Namur s’est dévoilée au fil d’une ballade dans son cœur historique. Mais aussi, notre groupe, invité du Théâtre de Namur, a assisté à une représentation du spectacle «Un conte d’hiver» de Shakespeare, une nouvelle création de Dominique Serron au Grand Manège de Namur. Nous avons pu également applaudir la dernière représentation en Belgique du spectacle «Sahmata» de Al Midan Théâtre (Nazareth) joué en langue arabe.

A son petit-fils, Haifa, Abou Maïssa, raconte l’histoire de son passé, celle de son exil quand la guerre de 1948 commence et de son village palestinien, Sahamata, aujourd’hui déserté, proche de la frontière libanaise mais également ses espoirs d’une paix entre palestiniens et israéliens construite sur le respect mutuel et l’égalité des droits, véritable plaidoyer en faveur de la fin de l’Intifida !

La plantation de l’arbre de La Paix

Un Forum international tel que celui-ci se devait de recourir à la symbolique à la fois pour célébrer le présent et aussi pour marquer l’avenir, assurer le souvenir. L’Université de Paix, lors de la remise des Certificats en gestion positive des conflits de l’année académique 1999-2000 s’était vu offrir un superbe pommier répondant au nom de La Paix.

Pourquoi celui-ci ne servirait-il pas de symbole, de souvenir entre tout le travail accompli par l’institution dans son quotidien et celui accompli par les participants à ce Forum international ? Le pommier de La Paix fut donc transporté du Boulevard du Nord à La Marlagne et planté par les bons soins de tous les participants.

Gageons qu’il poussera serein dans cet environnement et que de longues années durant il fleurira et apportera les fruits de la Paix que d’autres ici sont venus planter et que d’autres encore viendront chercher.

Des partenaires étrangers

Une rencontre internationale, ce sont aussi des partenaires étrangers. D’autres associations intéressées au fonctionnement de cette rencontre internationale nous ont déjà demandé comment nous avons choisi nos partenaires étrangers, comment nous les avons identifiés… Durant une longue phase de préparation, des associations avec lesquelles nous avions déjà travaillé et qu’il nous semblait intéressant d’inviter ont été contactées. D’emblée, certaines ont accepté de contribuer au projet ; d’autres, ne pouvant être présentes, nous ont fait part des coordonnées d’autres organisations. Ainsi, peu à peu, le groupe d’associations partenaires s’est constitué, chacune s’engageant à y déléguer des jeunes pour participer aux travaux de la semaine de rencontre. Au terme de cet échange de contacts et d’invitations lancées, pour des raisons financières, politiques, administratives,… le plus souvent indépendantes de notre volonté et de notre pouvoir d’action, il nous a fallu, avec regret, admettre que certains ne pourraient nous rejoindre.

L’hébergement et l’accueil

Finalement, plus de 50 jeunes issus de 32 pays dont 17 africains, 32 européens, 1 asiatique et 3 américains ont pu manifester leur intérêt pour ce Forum qui les a mené en Belgique, au Centre Marcel Hicter (Domaine de La Marlagne) pour un séjour de 7 jours. Nous tenons à remercier Armand Pirlet et toute son équipe, pour nous avoir permis de nous sentir bien, «comme chez soi», ce qui était un défi pour un groupe aussi hétérogène. Les repas étaient des moments privilégiés et conviviaux de rencontre, facilitant les discussions spontanées. La musique, une autre atmosphère, un autre moyen pour les participants de dialoguer, de s’exprimer, de communiquer. La rencontre d’un pays se fait également par les plaisirs de la table et la diversité de sa cuisine. Durant la soirée multiculturelle, un des moments forts de ce Forum, nous avons goûté différentes spécialités culinaires : moambe, carry, couscous, riz, fruits frais exotiques, pâtisseries tunisiennes et togolaises… et dansé au son de différentes percussions. De retour dans nos quartiers de l’Université de Paix, en défaisant les caisses, nous avons trouvé minutieusement emballés des cadeaux : le boubou saumon offert par Angèle à Mireille et celui de coloris vert pour Christine, la céramique bulgare de Nadia, les sujets en poterie de Amira, un djembé de nos amis africains… Chaque présent nous replonge dans cette semaine ; chacun à notre tour, nous évoquons tantôt un souvenir tantôt une anecdote. Nous revoyons défiler tous les visages de ces jeunes, leur sourire radieux, leur mimique, leur espoir. Et, chaque fois, nous ne pouvons nous empêcher de sourire tant cette semaine fut chargée d’apprentissage et d’émotion intenses.

La langue

La principale langue de travail a été le français. L’anglais, langue internationale incontournable, a été retenue comme deuxième langue de travail. Une équipe de traducteurs a assuré, tout au long des ateliers, une traduction simultanée. Grâce à Albertine, Christine, Jean-Christophe, Ludmilla, Paula, Sayed, Stéphane et Thierry, nous avons pu travailler avec efficacité durant toute la semaine.

Quelques conclusions

Ce Forum a été une sorte de laboratoire idéal en matière de multiculturalisme où plus de 50 jeunes venus d’une trentaine de pays ont cohabité durant une semaine pour acquérir une riche expérience des manières positives de faire face aux conflits.

Il leur a fallu rapidement apprendre, au-delà des différences flagrantes, à engager des relations de partenariat.

Ces jeunes se sont racontés, ont échangé de multiples informations sur leurs pays respectifs, leurs manières de faire, leurs cultures tout en devenant capables, dans l’échange, de «se mettre entre parenthèses un moment» pour permettre une rencontre vraie, authentique avec l’autre. Dominique Pire, fondateur de l’Université de Paix, est resté présent tout au long de cette semaine où nous avons tous, jeunes et intervenants, pratiqué ce qu’il appelait le « dialogue fraternel ».

Ecouter, accepter les différences culturelles, faciliter la communication, promouvoir le dialogue interculturel ont été les maîtres-mots de la semaine toute entière, avec des résultats stupéfiants. Comment permettre autrement l’apprentissage de la gestion positive des conflits, l’émergence d’une citoyenneté responsable et le développement de politiques interculturelles sans cela ?

C’est, par la pratique, au travers de l’expérience que ces cinquante jeunes ont pu prendre conscience et mesurer le chemin qui mène de soi vers l’autre.

Ils ont également pris conscience du socle de valeurs communes, humanistes qu’ils avaient en patrimoine et redécouvert combien ils avaient beaucoup à apprendre les uns des autres à condition cependant de veiller à ce que les particularismes d’ordre culturel, ethnique, social, religieux, politique,… ne constituent pas des obstacles insurmontables à un mieux-vivre ensemble.

L’exigence est de taille et néanmoins indispensable au succès futur d’une société plus juste et plus solidaire.

Un pas vers une culture de paix ? Très certainement.

Le projet était, fut et reste ambitieux.

Si c’est toujours vrai, il nous a fallu dans le cadre de ce Forum internationnal, être davantage vigilants à la prise en compte et à la reconnaissance de la spécificité de chaque jeune.

En effet, nous considérons que, pour promouvoir une véritable culture de paix, il convient de considérer les différences non pas comme un problème à résoudre mais bien comme une richesse à exploiter.

C’est bien là un des défis que l’Université de Paix relève depuis 40 ans. C’est bien là aussi ce qui se vécut durant cette semaine.

Nos attentes et nos souhaits, sont-ils à la hauteur du résultat ? Y aura-t-il une continuation, une exploitation de ce réseau de contacts ?

L’Université de Paix a très certainement atteint ses objectifs de départ : faire se rencontrer des jeunes, leur donner un maximum de pistes dans la perspective d’une gestion positive de conflits et permettre une construction commune de savoirs dans le cadre d’une rencontre où chacun, avec les autres, s’est enrichi. Mais la rencontre n’est pas terminée. Les participants à cette rencontre internationale sont repartis en sachant l’existence d’un réseau de personnes, jeunes et moins jeunes, un réseau auquel ils sont dorénavant reliés.

Ce forum virtuel sera un lieu de rencontres, d’échanges et de débats sur la prévention et la gestion positive des conflits dans la perspective de l’émergence de cette culture de paix dont nous parlions précédemment. Grâce à ce réseau, les jeunes ayant participé au Forum pourront :

  • continuer d’apprendre et d’échanger sur les différents projets/sujets qui les intéressent,
  • participer à des discussions,
  • coopérer à distance et ce, grâce aux projets d’information, de formation et d’animation à distance qu’ils développeront et, par ailleurs, en faire bénéficier leurs pairs.

Les jeunes espèrent, et certains y travaillent déjà, que ce Forum aboutira également tôt ou tard :

  • à d’autres projets d’échange de jeunes,
  • à des projets de formation commune, ailleurs, sur des thématiques connexes : dans des camps de réfugiés, par exemple.

La richesse des contacts, la découverte des autres et les liens qui se sont tissés durant le Forum, l’originalité de la pédagogie développée et l’enthousiasme de tous ceux qui ont œuvré à cette rencontre internationale audacieuse en ont fait un événement unique et inoubliable qui fera date dans les annales de l’Université de Paix.

Comment transmettre la citoyenneté?

« Transmettre, apprendre : pourquoi, comment ? ». Compte-rendu de l’intervention de Julie Duelz intitulée « La citoyenneté : quelle transmission de cette « mission » ? ».

Julie Duelz est Formatrice à l’Université de Paix, Coordinatrice du programme de développement des habiletés sociales « Graines de médiateurs », Coordinatrice du Brevet d’animateur en gestion de conflits (dans des groupes d’enfants)

Transmettre la citoyenneté

Le constat de Julie Duelz est que les équipes professorales sont en quête de sens et se demandent comment, concrètement, réaliser le troisième objectif du décret « Missions », à savoir « préparer les élèves à devenir des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique, solidaire, pluraliste, et ouverte aux autres cultures ». Elle rappelle quelques balises : favoriser la participation active pour vivre ensemble de façon harmonieuse, faire prendre conscience des droits et des devoirs de chacun et transmettre des valeurs comme le respect, la justice, l’égalité.

La suite de son exposé se subdivise en trois parties : par rapport à la citoyenneté, que transmettre, comment le transmettre et enfin à qui?

Transmettre la citoyenneté, oui, mais quoi ?

Quatre axes, quatre rouages qui s’articulent, sont à travailler dans les écoles. Le premier concerne le vivre ensemble : il s’agit d’apprendre aux enfants à passer au-delà de leurs jugements, de leurs stéréotypes, pour jeter des ponts entre eux et créer une cohésion de groupe. Cela commence par des jeux très simples : s’imaginer être un domino et chercher des points communs (un directement perceptible, puis un qui ne se voit pas) avec son voisin de gauche et avec celui de droite, par exemple.

Le second axe est lié à la compréhension du conflit. En lui-même, ce dernier n’est qu’un désaccord, mais il s’agit de le gérer positivement. Différentes attitudes sont possibles (compétition, repli, collaboration et …) et il importe de trouver celle qui est adéquate : aucune solution en soi n’est ni bonne, ni mauvaise… Si la difficulté est surmontée dans le respect de chacun, c’est un pas franchi sur le chemin de la démocratie.

Transmettre la citoyenneté, c’est aussi apprendre à communiquer, et, plus particulièrement, à distinguer les faits des jugements. Sur base d’illustrations, les enfants vont exprimer ce qu’ils voient et prendre peu à peu conscience qu’ils interprètent très souvent. Une fois les faits et les éléments indiscutables repérés, ils cherchent ensemble des hypothèses pour mieux comprendre ce qui est représenté. D’autres jeux sont proposés pour les aider à exprimer leurs émotions : il leur est demandé de traduire par leur visage ce qui émane de celui d’une personne photographiée. Ils se rendent ainsi compte que l’émotion n’est pas perçue par tous de la même façon et qu’il n’y a là rien de menaçant. Petit à petit, les jugements changent et se transforment : traiter quelqu’un d’abruti cause de la souffrance chez l’autre ; par contre, celui qui exprime sa colère ou sa tristesse, puis formule une proposition pour atténuer le désagrément qu’il a subi, progresse dans le domaine de la socialisation.

Le dernier rouage est celui de l’action, par exemple via l’instauration d’un conseil de coopération, qui se tient une heure par semaine et qui assure une gestion démocratique de la vie de classe. Enfant et enseignant ont le même statut : chacun, sur base des faits relevés, peut, par un post-it, exprimer ce qu’il a apprécié ou non… Dans ce cas de figure, il fera une proposition pour un changement.

Transmettre la citoyenneté, comment ?

Des règles de vie sont élaborées. Celui qui en enfreint une est directement confronté aux conséquences de ses actes et aura une sanction réparatrice, prenant la forme d’une action utile tant pour le groupe que pour lui.

Disposer les enfants en cercle permet aussi à chacun de voir et d’être vu de la même manière. La citoyenneté se transmet également au travers d’activités. Le débriefing offre une occasion de parler et de réfléchir sur ce qui s’est passé. Par exemple, un enfant qui n’a pas été appelé lors d’une animation et qui exprime sa tristesse éveille à la conscience de l’autre. Le jeu sera recommencé, mais complété d’une règle pour n’exclure personne. Ainsi émergent de nouvelles normes liées à des valeurs, mais aussi de nouveaux savoirs, savoir-faire et savoir-être.

Transmettre la citoyenneté, à qui ?

Tous les acteurs sont concernés, pas seulement les enfants. Pour arriver à un résultat durable, l’Université de Paix propose des activités d’information et/ou de formation en école destinées tant aux enfants et aux enseignants qu’à la direction, aux parents,… pour développer les savoir-être et favoriser de multiples transferts.

En conclusion

Des valeurs partagées par tous les acteurs, des règles de vie acceptées et vécues par tous, un souci de cohérence… auront sans aucun doute des effets très bénéfiques sur la vie en classe.

Selma Khelif, CISP et Algérie

On entend volontiers que les participants éprouvent tellement d’intérêt vis-à-vis de cette nouvelle manière de travailler qu’ils ne peuvent envisager de laisser leur place vide, qu’ils se doivent aussi d’en faire « profiter » leurs collègues… quoi de plus intéressant quand on sait que cette formation a pour objectif de favoriser la collaboration, la coopération.

Les contacts et rencontres entre l’Université de Paix et l’éducation nationale algérienne ont eu lieu à partir de juillet 2006, afin de voir les possibilités et intérêts de travailler ensemble dans le cadre de projets de développement portés par le CISP (ONG italienne) et ses partenaires associatifs algériens. En 2012, nous continuons les partenariats et actions entreprises à travers le Réseau Université de Paix. Selma Khelif nous offre sa vision de cette collaboration.

Témoignage de Selma Khelif – Psychologue et coordinatrice de projet de développement pour le CISP Algérie

Ma première rencontre avec le programme et les formateurs de l’Université de Paix s’est faite en 2007. Un programme de formation qui rassemble des jeux de coopération afin de donner à voir qu’il y a d’autres possibilités de répondre à l’autre, de tisser des liens avec l’autre que celles que nous apprenons plus aisément à l’école et ailleurs. En effet, il y a la coopération, la collaboration ! Il n’y a pas que la compétition, quoi qu’il arrive. C’est une occasion, en quelque sorte de donner à voir que je peux réussir sans piétiner mon camarade, que je peux réussir même en faisant justement attention à ce camarade, en l’aidant en cours de route. Et cette dernière réussite est double car elle l’est aussi dans le sens d’une réussite dans le tissage de liens de confiance…

Cette aventure a commencé par la formation dans un premier temps des animateurs d’associations partenaires travaillant auprès des enfants ; dans un second temps, à Bab El Oued (BEO) –quartier populaire d’Alger- des enseignants, des adjoints de l’éducation et des conseillers d’éducation et d’orientation, grâce à un module d’initiation en mai 2007, puis d’approfondissement en novembre 2007.

Les premiers modules de formation ont été animés par des formateurs de l’Université de Paix, sous forme de 4 jours de suite par module, en ma présence. Les participants sont des professionnels, convoqués par leur tutelle afin de participer à la formation, souvent sans trop connaître l’objectif de cette dernière.

Dès le premier jour du module, les participants sont agréablement surpris par l’aménagement de la salle (en cercle, sans table) et, très vite, par l’aspect ludique de la formation et par les attentions qui leur sont accordées. Alors le participant qui ne peut assister le deuxième jour trouve judicieux d’envoyer un collègue à lui, à sa place. Cela a été d’abord « déroutant », car il semble qu’il est plus « utile » d’assister aux 4 jours, afin de comprendre la philosophie transmise par les concepts et les jeux de coopération ! On dira que cela se passe « à l’algérienne ! », avec un brin d’ironie. Et quand on se donne la peine d’aller au-delà de ces considérations organisationnelles d’efficacité, on entend volontiers que les participants éprouvent tellement d’intérêt vis-à-vis de cette nouvelle manière de travailler qu’ils ne peuvent envisager de laisser leur place vide, qu’ils se doivent aussi d’en faire « profiter » leurs collègues… quoi de plus intéressant quand on sait que cette formation a pour objectif de favoriser la collaboration, la coopération !

Et oui, tous les participants ont considéré ce module de formation comme un moment de « repos », de « soin »,… un moment pour revenir sur eux-mêmes, se détendre, réfléchir sur soi sans la pression de tous les jours… Un enseignant a rapporté que son épouse souhaitait que ce style de formation se renouvelle régulièrement, car son époux « a changé ! Il rentre à la maison souriant, discute avec les enfants… et ne s’est pas mis en colère durant toute la semaine de formation… ».

Les professionnels de l’éducation soulignent avant tout et essentiellement cet apport personnel de la formation qui fait qu’ils vont à la rencontre de l’autre (famille, élèves, collègues,…) de manière sereine, et… cela se voit !

Ensuite, chaque année, deux modules de formation sont proposés. Pour les participants -les encadreurs des enfants, cela est apparu un peu lent au niveau de la progression, de la diffusion et de l’intérêt manifesté pour ces concepts. Il a fallu envisager la formation de formateurs, des relais algériens. Quoi de plus efficace que de former des animateurs et des professionnels des associations partenaires dans la diffusion, entre pairs, d’une communication non-violente ? … Et, pour que la diffusion se fasse plus vite et qu’elle s’adapte aux contextes et aux opportunités.

Pour cela, un groupe de 20 animateurs à la gestion positive des conflits a été sélectionné, en tenant compte de leur disponibilité et leur possibilité de quitter le foyer familial durant, par exemple, 4 jours en résidentiel pour le premier module de formation de formateurs relais, module auquel j’ai participé.

En mai et novembre 2008, 9 formateurs relais stagiaires (dont je fais partie) ont pu expérimenter l’animation d’un module « Initiation à la gestion positive des conflits », sous la supervision d’un formateur de l’Université de Paix, pour un groupe de professionnels de l’éducation de Bab El Oued.

Quelle belle expérience ! Quel beau début ! Quel enthousiasme ! Entre-temps, et avant ce premier module de mai 2008, des réunions régulières de suivi et de soutien à la mise en pratique s’organisaient, pour les professionnels de BEO qui ont été formés. J’animais ces réunions. J’apprenais avec les professionnels de terrain, les accompagnants à revoir, ensemble, la manière de mettre en pratique les concepts et jeux de coopération vus lors de précédentes formations, toujours selon les disponibilités des adultes, des enfants, de l’espace… et toujours, selon la fonction et l’engagement personnel de chacun.

En effet, une enseignante d’éducation sportive trouvait de la facilité à proposer des jeux de coopération durant ses cours. Un enseignant de mathématique trouvait utile de commencer son cours par « la météo » [consistant à exprimer ses émotions de manière imagée], activité qui a surpris les élèves car l’enseignant partageait aussi ses émotions… Selon l’enseignant, les élèves sont plus calmes et le cours se déroule plus facilement, plus rapidement et plus efficacement.

Un autre adjoint de l’éducation explique qu’il est plus souriant dans la cour de récréation et que les élèves ont du coup moins peur d’aller lui demander de l’aide pour gérer leurs conflits. Il a appris à ouvrir le dialogue avec les élèves au lieu de crier et de punir. Il est reconnu par le directeur d’établissement comme étant une ressource dans la gestion des conflits entre collègues et entre élèves.

Une conseillère d’orientation incite les élèves à parler en « JE » et à écouter celui qui parle… Une convention avec la direction de la jeunesse et des sports permet de former différents groupes de professionnels de maisons de jeunes de la région de Tizi Ouzou, par des formateurs relais algériens.

Et là, commencent à apparaître les difficultés d’animation et d’organisation de l’équipe de formateurs relais,… et les solutions à y apporter : la nécessité d’organiser des réunions mensuelles dites d’intervision afin d’exercer les manières de faire, d’exposer les concepts, de comprendre les objectifs de chaque proposition d’activité, de planifier le travail en co-animation,… ceci amenant à reconnaître de mieux en mieux les limites et les compétences de chacun et à collaborer ; ceux qui ont avancé plus vite soutiennent les autres. Un début d’autonomie de co-construction de savoirs, savoir-faire et savoir-être se crée dans la mesure où le groupe de formateurs relais algériens poursuit sa formation continue même en l’absence des formateurs de l’Université de Paix et est conscient de cette nécessité.

En cours de route, des collègues formateurs relais ont quitté le groupe, pour des raisons diverses. Cela nous a d’abord peiné, aussi parce que nous étions moins nombreux à poursuivre cet objectif de diffusion, ne comprenant pas toujours bien leur motivation à abandonner. Nous n’étions progressivement plus qu’une dizaine.

Constat est fait que programmer des sessions de formation de 4 jours est difficile car il faut tenir compte de la période pour les organiser (examens, congés scolaires, conseils de classe,…), les proposer uniquement en semaine… ce qui implique un nombre peu élevé de modules de formation… et une diffusion plus lente que prévue.

En 2009… il était temps, pour poursuivre la progression des formateurs relais algériens, de programmer un module d’approfondissement. Deux groupes sont constitués, animés par un formateur relais, supervisé par un des formateurs de l’Université de Paix.

Cette expérience est, à mon avis, à marquer d’une pierre blanche ! Elle nous a amenés à revenir sur nous-mêmes, sur ce que nous attendions des compétences de l’Université de Paix, sur ce que nous comptions faire de nos savoir-faire et, surtout, ce que nous ne pouvions pas faire. En effet, nous avons dit STOP à cette progression car elle ne nous correspondait pas.

Nous comprenions que nous allions trop vite pour pouvoir être à la hauteur de ce que nous avions à diffuser, à transmettre, et que nous ne pouvions plus suivre le rythme suggéré par les formateurs de l’Université de Paix, car cette expérience se passe en Algérie, et justement à l’algérienne !

Nous avons donc pris plus de temps pour discuter dans le détail de ce que chacun faisait, de cette nouvelle manière d’envisager les liens, de manière non-violente et constructive. Et voilà,  nous réalisons ensemble que nous sommes 9 à diffuser des concepts, des outils qui invitent à la non-violence et cela, chaque jour, dans chacune de nos interventions auprès de la population adulte.

En effet, nos actions ne peuvent se limiter à des sessions de 4 jours de formation pour un groupe déterminé. Nos actions… Quand 3 enseignants d’un collège de BEO décident de mettre en place un atelier-pilote en gestion positive des conflits, en septembre 2008, ils rencontrent des difficultés avec leurs collègues non initiés et expriment cette difficulté lors d’une des réunions de suivi. Je propose en accord avec le directeur du collège de réunir l’ensemble de l’équipe pédagogique, une matinée ou 2 heures, afin de les sensibiliser à l’action menée par les 3 enseignants. Cette séance n’est pas l’occasion d’initier qui que ce soit, mais est une opportunité pour « donner à vivre » aux autres collègues, les bénéfices de se réunir, de donner de l’attention et de la considération à toutes les interrogations, invitant ceux-ci à assister à l’atelier-pilote. Les collègues sont passés de la curiosité et de la méfiance à de la considération, de l’encouragement pour les 3 enseignants. Car, ces derniers continuent, sur leur temps libre, à proposer cet atelier à un groupe d’adolescents.

 

Aujourd’hui, les adolescents concernés par l’atelier sont reconnus, tout comme les 3 enseignants, en tant que ressources par les autres professionnels et par les autres élèves. En effet, avoir choisi, au hasard, 2 adolescents par classe, a donné ce beau résultat de la présence d’au moins une ressource par classe. Un enseignant en difficulté avec ses élèves est soutenu par cette petite graine de médiateur. Et, cela est une réussite ! Et ces jeunes issus des ateliers de non-violence me demandent : « Poursuit-on ces ateliers quand on sera au lycée ? ». Nous n’avons pas la possibilité, par rapport au nombre de formateurs relais, d’initier et d’accompagner aussi des professionnels de lycées… Alors on réfléchit avec leurs enseignants à leur permettre de préparer et de co-animer les séances de la dernière année de collège, en renforçant leurs connaissances et leurs outils. Pourquoi ? Tout simplement, pour qu’ils soient des ressources aussi au lycée, accompagnés et reconnus par les conseillers d’orientation scolaire initiés car chacun est en charge de 2 collèges et d’un lycée. A suivre !

N’oublions pas qu’en formant un groupe de jeunes adultes d’une association de Bab El Oued, ils en parlent autour d’eux. Aussi, d’autres associations de jeunes adultes sont en demande, pour eux-mêmes, afin de mieux gérer leurs relations, et pour les enfants dont ils ont la charge durant les vacances scolaires… et voilà qu’une association de Djanet (Sud de l’Algérie) va frapper à toutes les portes pour trouver un sponsor, de quoi nous payer 2 billets d’avion pour accompagner de grands adolescents à passer le BAC… à travailler la question de la confiance et de l’estime de soi. Ce lien a permis de faire émerger la demande des professionnels de l’éducation de cette région du sud algérien, qui attendent d’être formés à leur tour.

Depuis septembre 2010, nous mettons en place une intervision, à peu près tous les 4 à 5 mois, en résidentiel, durant 3 jours. Parler de nos difficultés, de nos compétences, explorer d’autres outils… permet de renforcer le groupe des formateurs-relais, 3 jours de partage et de vivre ensemble, 3 jours pour apprendre encore à se faire confiance, à se parler avec pour seul objectif « grandir ensemble ».

Depuis décembre 2010, de nouveaux formateurs-relais ont intégré le groupe des 9, particulièrement sensibles à l’importance de se mobiliser dans la diffusion de possibilités fraternelles… Je les accompagne selon leur emploi du temps, à revoir les outils à diffuser, à les accompagner à devenir formateurs… leur premier stage de formateurs-relais est prévu pour juin 2011… des enseignants, des étudiants, des psychologues ont donné un nouveau souffle à notre groupe qui est à présent constitué de 18 formateurs-relais.

Une dernière nouvelle, les collègues relais qui ont dû quitter le groupe se sont constitués en association « El Yamama » (la colombe) dont l’un des objectifs est la diffusion d’outils de non-violence et de gestion positive des conflits. Cette association vient à notre rencontre, en juillet prochain, afin de voir ensemble les possibilités de se soutenir mutuellement, en regardant dans la même direction, celle de la non-violence. Une question de chiffre ? Je peux dire que plus de 1000 adultes ont été sensibilisés directement à la gestion positive des conflits, mais cela n’aurait pas beaucoup de sens et serait même réducteur de ce travail de partage et de sensibilisation qui se fait tous les jours, par les relais, par les initiés, par les enfants…

Gestion de conflit et citoyenneté

« La violence commence là où finit la parole ». – Marek Halter

En 2009, plus de 500 enfants en Communauté française ont bénéficié du programme de formation « Graines de médiateurs », soutenu par la Fondation Bernheim. Comment, par l’apprentissage d’habiletés sociales, l’Université de Paix peut-elle faire progresser une culture de la non-violence et de la paix ?

La gestion de conflit dans l’éducation à la citoyenneté

Un article rédigé par Cathy Van Dorslaer et initialement publié en 2009, dans notre trimestriel.

Durant deux années, Nathalie Ballade et moi avons dispensé le programme « Graines de médiateurs » dans quatre classes de l’Institut Saint-Joseph à Malonne. Au fil de vingt séances dans les classes, de coachings des enseignants au terme de chacune d’elles, de deux journées de formations pour toute l’équipe pédagogique, de deux conférences pour les parents, de six journées de formation pour les enseignants concernés, des liens durables se sont créés. Des liens d’amitié nés de la confiance que chaque partenaire a accordée à l’autre, des partages réciproques de points de vue et de compétences, de la créativité sans cesse stimulée. Des liens qui, au-delà des enseignants, se sont noués avec les enfants, leurs parents, les différents adultes qui les encadrent. Permettant une construction solide et durable qui persistera après le départ de l’équipe de l’Université de Paix, au travers de l’enseignement des professeurs impliqués dans le projet et de leurs collègues qui se sont montrés curieux, intéressés et preneurs, mais aussi, au travers d’un projet d’établissement qui garantit sa pérennité et que la direction, les enseignants et les parents ont souhaité mettre en place.

Une atmosphère…

Le projet « Graines de médiateurs », qui vise à initier les enfants à la gestion positive des conflits, a été accueilli dans de nombreuses écoles volontaires. La méthodologie mise au point par l’Université de Paix n’a été qu’un outil, de mieux en mieux rôdé au fil des années et des expériences, pour planter ces graines et les faire fleurir. C’est le terrain qui les accueillent qui permet la floraison. Petites ou grandes écoles se sont déclarées partantes, de la ville ou des campagnes, avec des publics dits « difficiles » ou plus sereins. Dans toutes celles où le projet a éclos, un esprit, une ambiance, une caractéristique, une volonté particulière étaient déjà présentes, portés par un enseignant, quelques-uns ou toute une équipe.

En décrivant mon intervention à l’Institut Saint-Joseph de Malonne, c’est cette alchimie que je souhaite décrire, en prenant le temps d’évoquer, tout autant que la méthode et les résultats, mes impressions, mes coups de coeur, ce qui a fait des séances d’apprentissage et d’échanges des moments forts et inoubliables. Une façon de rendre hommage, de remercier, mais aussi l’occasion de témoigner qu’une vie plus sereine à l’école se construit avec des moments planifiés, organisés, réfléchis, tout autant qu’avec des humeurs, des ambiances, des gestes et des initiatives spontanés dont chaque acteur de l’enseignement regorge et qu’il est prêt à partager quand la place lui en est laissée.

Niché, tout en longueur, sur les flancs du village de Malonne, l’Institut Saint-Joseph. Une petite route à sens unique y grimpe et, au fil des saisons, chaudement emmitouflés ou en vêtements légers et colorés, les enfants empruntent les escaliers qui mènent aux cours de récréations en terrasse. Certains y viennent à pied (ribambelle d’enfants qui babillent, les plus grands tenant les plus petits par la main, foulant le tapis de feuilles mortes ou humant le parfum des lilas qui fleurissent aux alentours), d’autres à vélo (tout fiers de cette première étape vers l’autonomie), d’autres en voiture (et malgré le ballet régulier des voitures qui s’arrêtent devant l’école, on a le temps de recevoir la provision de bisous nécessaire pour la journée, de recevoir les dernières recommandations, de faire un dernier signe). Avec la mallette sur le dos bien sûr, mais aussi le ballon de foot pour la récré, un panneau pour présenter l’élocution, un bricolage fait maison, un bouquet de fleurs pour madame ou un gros gâteau pour fêter son anniversaire.

Je m’y suis rendue une trentaine de fois et à chaque fois, le charme a opéré, avant même d’entrer et de commencer les animations. La beauté de la nature qui l’entoure, la sérénité d’une école de village et l’accueil reçu à l’arrivée (un bonjour de tous, plus des bisous, des cris de joie, une proposition spontanée d’aide pour porter le matériel) ont fait que, à chaque fois, j’ai oublié la fatigue ou le stress d’une fin de semaine et que je me suis ressourcée avant le week-end, heureuse de partager mes outils avec des enfants et des enseignants enthousiastes, et de me nourrir des moments uniques et forts que nous allions vivre ensemble.

Après l’accueil de l’entrée (qui prend du temps mais quel bonheur), quelques escaliers, la traversée de couloirs qui, semaine après semaine, exposent de nouvelles réalisations d’enfants (dessins, panneaux sur des thèmes vus au cours, photographies de projets réalisés par la classe et puis -ce qui me fait plaisir- des traces du programme « Graines de médiateurs »), la salle des profs avec, en plus d’un nouvel accueil chaleureux, la bonne odeur du café matinal. C’est un vivier extraordinaire : lieu de concertation entre les enseignants dès le matin mais aussi centre de soutien, d’échanges conviviaux et humoristiques, elle est régulièrement traversée par des enfants qui transportent le potage de classe en classe ou les petites chaises colorées pour les animations, elle est de temps en temps « squattée » par les parents qui organisent des ventes de dagoberts au profit de l’école, et elle est toujours un refuge pour tout enfant souffrant, stressé, inquiet ou triste.

La cloche se fait entendre, il va être temps de commencer.

Dans la classe…

Nathalie a été chez les troisièmes années avec Monsieur André. Instituteur expérimenté et créatif, conteur connu par ailleurs, convaincu avant même notre arrivée que l’apprentissage se fera d’autant mieux que l’enfant se sentira bien, il a multiplié comme les petits pains les idées et suggestions apportées par l’Université de Paix.

J’ai été d’abord chez Madame Françoise et les troisièmes-quatrièmes. Avant de commencer l’animation, j’admirais les nouvelles réalisations d’enfants et la progression des apprentissages. Tant de choses se passaient entre mes interventions : des règles d’orthographes et de calcul s’ajoutaient au mur, des dossiers scientifiques s’empilaient, trouvant miraculeusement de la place entre des chefs d’œuvre qui séchaient avant de faire le bonheur des mamans et les bougies que l’on n’a pas oublié d’allumer pour soutenir un enfant qui s’inquiétait pour un proche. Surplombant le coin où avait lieu l’animation, des cordes auxquelles étaient accrochés les derniers sujets d’élocution. Nathan, si réservé et taiseux en début d’année, m’a expliqué les différentes espèces d’aigles qu’il avait répertoriées, m’en a montré les photos et a attiré mon attention sur les sujets d’élocution qui l’avaient enthousiasmé. Et puis surtout, au mur, au tableau, les animaux du conflit (chacune des attitudes face au conflit peut être représentée métaphoriquement par un animal), les bonhommes des sentiments, l’arbre des besoins, autant de signes que ce qui a été appris lors des séances précédentes a été retenu, intégré et servi de façon régulière.

Après la récréation, c’était la classe de 4ième de Madame Sophie. Les mêmes traces d’une pédagogie planifiée avec sa collègue s’étalaient sur des murs aux couleurs vives et toniques. Bien que la même préparation était prévue pour les deux séances, rien ne se passait jamais à l’identique. Un conflit vécu durant la récréation, l’émotion d’un enfant qu’il arrivait à mettre en mots de façon juste et forte, la dynamique du groupe, l’énergie du moment faisaient la différence.

L’après-midi, je retrouvais Madame Monique et ses petits poussins de deuxième année. Excités mais enthousiastes, ils adoraient particulièrement la météo et toutes les activités qui permettaient de parler de leurs sentiments. Ils étaient époustouflants du haut de leur 7 ans, évoquant les chagrins, les déceptions, les peurs propres à leur âge mais aussi leurs espoirs, leurs petits et grands bonheurs. Chez eux, tout était sérieux et profond. Les disputes et les réconciliations, les amusements et les fous rires entre copains, ce que Madame disait, ce que je leur apprenais avec mes girafes complices et attendries. Performance pour de si jeunes futurs médiateurs, ils étaient capables de s’écouter dans le plus grand silence, de reformuler avec empathie et compassion. L’émotion était parfois si forte que les larmes montaient aux yeux des adultes qui assistaient à ces moments magiques.

Tout un programme…

Pendant deux ans donc, à raison d’une séance par mois, les élèves de quatre classes ont acquis les compétences propres à la médiation, en suivant pas à pas le fil conducteur de la méthode mise au point par l’Université de Paix.

La cohésion du groupe, la confiance et la coopération ont d’abord été travaillées via des activités ludiques et créatives (cf. Graines de médiateurs, le guide pratique).

On a ensuite abordé le cœur du sujet, le conflit. En s’identifiant à un animal, chacun a pu découvrir comment il se positionne par rapport au conflit, comment les autres ressentent et vivent son attitude, comment il peut faire pour en sortir et conserver de bonnes relations avec les membres de la classe. Les conflits récurrents, parfois futiles, parfois profonds, ont pu être mis en lumière et être désamorcés. Les meneurs et les plus discrets ont repris une place plus harmonieuse.

C’est en travaillant l’écoute, la reformulation, l’expression des sentiments et des besoins que des bases efficaces de la négociation et de la médiation sont posées.

Dernière séance de formation…

La toute dernière séance est arrivée. Nous avons convenu de ne pas trop évoquer la tristesse et la nostalgie de cette dernière rencontre pour nous consacrer à notre objectif principal, la médiation. Les principes semblent simples quand on s’est entraîné à exprimer ses sentiments et ses besoins, quand on est convaincu qu’il existe une issue au conflit, quand on a envie de trouver une solution qui conviennent à tous. Tous les enfants ont donc compris comment il faut procéder, quelles étapes il faut suivre. Certains se sont aidés des cartes modèles et d’autres, véritables girafes médiatrices, ont mené le jeu avec naturel, légèreté et efficacité.

Toutes nos graines de médiateurs méritant leur diplôme de médiateur en herbe, une séance de clôture de formation et de remise de diplômes a été prévue. Tous les parents ont été conviés à la cérémonie durant laquelle un bref aperçu des activités menées et des objectifs du programme était également prévu. Ils ont tous déclaré qu’ils seraient présents ce jour-là! Trois cents personnes dans la salle des fêtes! Où allions-nous les mettre, quelles activités allions-nous proposer qui soient révélatrices de ce que nous avions vécu tout en impliquant tout le monde ? Après avoir laissé souffler un léger vent de panique, Nathalie et moi nous sommes rappelées que des petits et des grands miracles se sont produits à chaque séance, que l’enthousiasme et la joie ne peuvent qu’être porteurs de moments heureux.

Et cela a été le cas! C’était incroyable! Des échanges de signatures grâce au Bingo, pour briser la glace. « Les pingouins sur la banquise » et « Pêcheur, filet, sardines » pour se rapprocher des autres, se serrer, s’empiler. Je garde en mémoire ces petites filles et petits garçons, juchés fièrement sur les épaules de leurs parents qui éclatent de rire et visiblement s’amusent beaucoup.

« Miroir » a été, selon moi, le « magic moment », une synthèse idéale de tout ce que nous avons vécu et partagé durant deux ans. Trois cent personnes, en couples, chacun faisant face à l’autre et bougeant au rythme de la musique dans des mouvements identiques et harmonieux. Frère et sœur, grand-père et petit-fils, enfant et parent, copain et copine, élève et enseignant, les yeux dans les yeux, liés par un fil invisible, avec un sourire qui se dessine, s’élargit, puis le rire qui éclate.

Nous le savions déjà mais là, nous en avons la preuve : l’objectif était atteint, au-delà même de nos espérances, et ses effets ne s’éteindraient pas de si tôt.